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N° 485 486 - Juillet Août 2021 - La Russie et son empire = Les Russes et leur empire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - 113 p. Langues : Français (fre)
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[article]
Titre : Editorial - Désarroi post-impérial Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie post-impérial Note de contenu :
Vladimir Poutine avait surpris son monde en décrivant, en 2005, la chute de l'URSS comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle ». Ce qu'exprimait ce jour-là le président russe n'était assurément pas un éloge du régime communiste, mais bien l'idée que la Russie n'est rien sans l'empire.
Le plus grand pays du monde est celui de la démesure : lorsqu'on planta une gare à Vladivostok, il fallait quinze jours de train pour rallier depuis Moscou le nouveau port, « maître de l'Orient » (9 000 km). Mais la Russie est aussi le produit d'un triple héritage impérial : celui des Scandinaves (Rous'), seigneurs de Kiev et qui, baptisés autour de l'An Mil, établissent leur domination sur les peuples alentour ; le deuxième est l'héritage mongol, que les historiens russes du XIXe siècle désignent comme le « joug tatar » pour faire oublier ce que les Russes lui doivent : en faisant des princes de Moscou leurs intermédiaires, les Mongols ont assuré leur prééminence sur tous les autres souverains de la région ; le troisième héritage est bien sûr celui de Byzance qui, après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, fit peu à peu de Moscou la « troisième Rome » et de son prince un « César » (tsar).
Plus rien n'arrêterait une expansion de trois cents ans. Il suffisait à Ivan le Terrible, maître de Kazan (1552), et à ses successeurs de laisser faire les chasseurs de fourrure pour prendre possession sur leurs pas de l'immensité sibérienne. Cette spectaculaire conquête de l'Est offrait à vrai dire bien peu de résistance... Vainqueur des Suédois, Pierre le Grand progressa vers le nord, déplaçant la capitale sur les bords de la Neva, dans un décor qui le hissait au rang des principaux souverains européens. Princesse allemande devenue impératrice, Catherine II, elle, croque la Pologne et, plus durablement encore, la Crimée. Régnant d'une main de fer sur un ensemble « multiethnique », elle sait traiter avec les élites allemandes et pleurer sur la destruction d'une mosquée. « Elle a vu les peuples », écrit le marquis de Ségur, ambassadeur de France qui l'accompagne, éperdu d'admiration, dans l'une de ses tournées triomphales.
Lorsque Alexandre Ier entre en vainqueur à Paris en 1814, le monde a compris qu'il fallait compter avec l'Empire russe. Mais ce colosse surarmé fait peur. Sa progression dans le Caucase et en Asie centrale inquiète les Anglais. Ses visées sur Constantinople déclenchent l'alliance imprévue des Européens avec les Ottomans et l'humiliante défaite en Crimée en 1856. De nouveau les Russes se tournent vers l'Asie. « C'est là qu'est notre espérance », écrit Dostoïevski. Lénine s'en souviendra en 1917 dans « La Russie contre l'Occident ».
A cette construction pluriséculaire, l'empire soviétique apporte la démesure de l'ère des masses. Et son effondrement est un affaiblissement sans précédent. La transition démocratique fait long feu. La Russie peine à s'inventer sans l'empire. Le coup de force de Poutine annexant la Crimée en 2014 lui assure le soutien des populations. Mais la violation des règles internationales marginalise le pays à l'ONU. Bravant l'Occident décadent, la Russie renoue avec l'asiatisme et se tourne vers la Chine. Mais pour la Chine, le pays qui pèse à peine 2 % du PIB mondial n'est qu'un partenaire de second ordre. L'exaltation d'un passé grandiose ne peut tenir lieu de politique. Pour la Russie, empêtrée dans la régression démocratique et les pratiques d'un autre âge, le défi aujourd'hui est de devenir un État parmi d'autres.
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 3[article] Editorial - Désarroi post-impérial [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 3
Mots-clés : Russie post-impérial Note de contenu :
Vladimir Poutine avait surpris son monde en décrivant, en 2005, la chute de l'URSS comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle ». Ce qu'exprimait ce jour-là le président russe n'était assurément pas un éloge du régime communiste, mais bien l'idée que la Russie n'est rien sans l'empire.
Le plus grand pays du monde est celui de la démesure : lorsqu'on planta une gare à Vladivostok, il fallait quinze jours de train pour rallier depuis Moscou le nouveau port, « maître de l'Orient » (9 000 km). Mais la Russie est aussi le produit d'un triple héritage impérial : celui des Scandinaves (Rous'), seigneurs de Kiev et qui, baptisés autour de l'An Mil, établissent leur domination sur les peuples alentour ; le deuxième est l'héritage mongol, que les historiens russes du XIXe siècle désignent comme le « joug tatar » pour faire oublier ce que les Russes lui doivent : en faisant des princes de Moscou leurs intermédiaires, les Mongols ont assuré leur prééminence sur tous les autres souverains de la région ; le troisième héritage est bien sûr celui de Byzance qui, après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, fit peu à peu de Moscou la « troisième Rome » et de son prince un « César » (tsar).
Plus rien n'arrêterait une expansion de trois cents ans. Il suffisait à Ivan le Terrible, maître de Kazan (1552), et à ses successeurs de laisser faire les chasseurs de fourrure pour prendre possession sur leurs pas de l'immensité sibérienne. Cette spectaculaire conquête de l'Est offrait à vrai dire bien peu de résistance... Vainqueur des Suédois, Pierre le Grand progressa vers le nord, déplaçant la capitale sur les bords de la Neva, dans un décor qui le hissait au rang des principaux souverains européens. Princesse allemande devenue impératrice, Catherine II, elle, croque la Pologne et, plus durablement encore, la Crimée. Régnant d'une main de fer sur un ensemble « multiethnique », elle sait traiter avec les élites allemandes et pleurer sur la destruction d'une mosquée. « Elle a vu les peuples », écrit le marquis de Ségur, ambassadeur de France qui l'accompagne, éperdu d'admiration, dans l'une de ses tournées triomphales.
Lorsque Alexandre Ier entre en vainqueur à Paris en 1814, le monde a compris qu'il fallait compter avec l'Empire russe. Mais ce colosse surarmé fait peur. Sa progression dans le Caucase et en Asie centrale inquiète les Anglais. Ses visées sur Constantinople déclenchent l'alliance imprévue des Européens avec les Ottomans et l'humiliante défaite en Crimée en 1856. De nouveau les Russes se tournent vers l'Asie. « C'est là qu'est notre espérance », écrit Dostoïevski. Lénine s'en souviendra en 1917 dans « La Russie contre l'Occident ».
A cette construction pluriséculaire, l'empire soviétique apporte la démesure de l'ère des masses. Et son effondrement est un affaiblissement sans précédent. La transition démocratique fait long feu. La Russie peine à s'inventer sans l'empire. Le coup de force de Poutine annexant la Crimée en 2014 lui assure le soutien des populations. Mais la violation des règles internationales marginalise le pays à l'ONU. Bravant l'Occident décadent, la Russie renoue avec l'asiatisme et se tourne vers la Chine. Mais pour la Chine, le pays qui pèse à peine 2 % du PIB mondial n'est qu'un partenaire de second ordre. L'exaltation d'un passé grandiose ne peut tenir lieu de politique. Pour la Russie, empêtrée dans la régression démocratique et les pratiques d'un autre âge, le défi aujourd'hui est de devenir un État parmi d'autres.
Dossier : L'Empire russe - Un art de gouverner hérité des Mongols / Jane Burbank in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Un art de gouverner hérité des Mongols Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jane Burbank, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 6-9 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie gouverner Mongols Note de contenu : Les revendications politiques de Vladimir Poutine trouvent en partie leur fondement dans l'histoire longue de la Russie et de ses multiples héritages. Grande spécialiste de l'histoire des empires, Jane Burbank nous explique pourquoi.
L'Histoire : Qu'est-ce qu'un empire ?
Jane Burbank : Un empire, c'est d'abord une entité politique de grande taille et expansionniste, voire une entité politique qui conserve le souvenir d'un pouvoir étendu dans l'espace.
Deuxième élément de définition : un empire gouverne des peuples différents les uns des autres en maintenant des distinctions entre ces populations. Pour cela, il fait appel à un « répertoire » de stratégies. Il n'y a donc pas de « formulaire institutionnel » unique qui définisse un empire : il y a bien des manières de gouverner, et bien des manières d'être gouverné par un empire.
Le recours à des intermédiaires entre le pouvoir central et les populations est essentiel, surtout quand il s'agit de régner sur un vaste territoire. La tâche est souvent confiée à des élites locales. Mais ces intermédiaires peuvent échapper au contrôle de l'empire : comment s'assurer de leur loyauté ? Comment les utiliser ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 6-9[article] Dossier : L'Empire russe - Un art de gouverner hérité des Mongols [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jane Burbank, Auteur . - 2021 . - p. 6-9.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 6-9
Mots-clés : Russie gouverner Mongols Note de contenu : Les revendications politiques de Vladimir Poutine trouvent en partie leur fondement dans l'histoire longue de la Russie et de ses multiples héritages. Grande spécialiste de l'histoire des empires, Jane Burbank nous explique pourquoi.
L'Histoire : Qu'est-ce qu'un empire ?
Jane Burbank : Un empire, c'est d'abord une entité politique de grande taille et expansionniste, voire une entité politique qui conserve le souvenir d'un pouvoir étendu dans l'espace.
Deuxième élément de définition : un empire gouverne des peuples différents les uns des autres en maintenant des distinctions entre ces populations. Pour cela, il fait appel à un « répertoire » de stratégies. Il n'y a donc pas de « formulaire institutionnel » unique qui définisse un empire : il y a bien des manières de gouverner, et bien des manières d'être gouverné par un empire.
Le recours à des intermédiaires entre le pouvoir central et les populations est essentiel, surtout quand il s'agit de régner sur un vaste territoire. La tâche est souvent confiée à des élites locales. Mais ces intermédiaires peuvent échapper au contrôle de l'empire : comment s'assurer de leur loyauté ? Comment les utiliser ...
Dossier : L'Empire russe - La fabrique des tsars / Pierre Gonneau in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - La fabrique des tsars Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Gonneau, Expert Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 12-18 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie gouverner tsars Note de contenu : Après la chute de Constantinople en 1453, Moscou, au coeur des territoires russes rassemblés, devient la troisième Rome. Successeur de l'empereur, le monarque prend le nom de tsar (césar) et se couvre d'atours impériaux.
C'est Pierre le Grand qui proclame formellement l'Empire russe en 1721 (cf. p. 32). Pourtant, la prétention de la dynastie régnante à la monarchie universelle est bien plus ancienne. Elle s'est affirmée en plusieurs étapes, de la chute de l'Empire byzantin à la guerre russo-polonaise de 1654-1667.
Le rassemblement des terres russes
Quand tombe Constantinople (que les Slaves appellent « Tsargrad »), prise « par les Turcs sans-Dieu » le 29 mai 1453, la Russie sort d'une longue guerre dynastique, remportée par Vassili II (parfois appelé Basile II), le grand-prince de Moscou. Cette victoire lui permet de modifier les règles de succession : il met fin au principe de la succession latérale, c'est-à-dire au sein de la même génération, qui impliquait des partages territoriaux, et qui avait fait de la Rous' une véritable mosaïque de principautés. A la place est établie une succession verticale, de père en fils, qui donne plus de force au pou ...
Pou
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 12-18[article] Dossier : L'Empire russe - La fabrique des tsars [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Gonneau, Expert . - 2021 . - p. 12-18.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 12-18
Mots-clés : Russie gouverner tsars Note de contenu : Après la chute de Constantinople en 1453, Moscou, au coeur des territoires russes rassemblés, devient la troisième Rome. Successeur de l'empereur, le monarque prend le nom de tsar (césar) et se couvre d'atours impériaux.
C'est Pierre le Grand qui proclame formellement l'Empire russe en 1721 (cf. p. 32). Pourtant, la prétention de la dynastie régnante à la monarchie universelle est bien plus ancienne. Elle s'est affirmée en plusieurs étapes, de la chute de l'Empire byzantin à la guerre russo-polonaise de 1654-1667.
Le rassemblement des terres russes
Quand tombe Constantinople (que les Slaves appellent « Tsargrad »), prise « par les Turcs sans-Dieu » le 29 mai 1453, la Russie sort d'une longue guerre dynastique, remportée par Vassili II (parfois appelé Basile II), le grand-prince de Moscou. Cette victoire lui permet de modifier les règles de succession : il met fin au principe de la succession latérale, c'est-à-dire au sein de la même génération, qui impliquait des partages territoriaux, et qui avait fait de la Rous' une véritable mosaïque de principautés. A la place est établie une succession verticale, de père en fils, qui donne plus de force au pou ...
PouDossier : L'Empire russe - Chronologie : de la Rous' à la Fédération de Russie in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Chronologie : de la Rous' à la Fédération de Russie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 10 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie gouverner tsars Note de contenu : Chronologie de la Rous' à la Fédération de Russie
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 10[article] Dossier : L'Empire russe - Chronologie : de la Rous' à la Fédération de Russie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - p. 10.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 10
Mots-clés : Russie gouverner tsars Note de contenu : Chronologie de la Rous' à la Fédération de Russie Dossier : L'Empire russe - 1550-1800 : une construction eurasiatique in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - 1550-1800 : une construction eurasiatique Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 20-21 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie construction eurasiatique 1550 Note de contenu :
Après la prise de Kazan par Ivan le Terrible (1552), les nouveaux tsars de Russie construisent en trois cents ans le plus grand empire multiethnique du monde moderne. Tout commence par la conquête de l'Est. Après sa victoire dans la guerre du Nord, Pierre le Grand, lui, se tourne vers l'Europe et devient « empereur » avant que Catherine II accomplisse en Crimée son rêve grec.
Sur la Neva
Pierre le Grand fonde Saint-Pétersbourg en 1703 et en fait sa nouvelle capitale, résolument européenne. La Cour devient l'une des plus flamboyantes du Continent (Saint-Pétersbourg, le palais de Tauride et la Neva par Benjamin Paterssen, avant 1797).
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 20-21[article] Dossier : L'Empire russe - 1550-1800 : une construction eurasiatique [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - p. 20-21.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 20-21
Mots-clés : Russie construction eurasiatique 1550 Note de contenu :
Après la prise de Kazan par Ivan le Terrible (1552), les nouveaux tsars de Russie construisent en trois cents ans le plus grand empire multiethnique du monde moderne. Tout commence par la conquête de l'Est. Après sa victoire dans la guerre du Nord, Pierre le Grand, lui, se tourne vers l'Europe et devient « empereur » avant que Catherine II accomplisse en Crimée son rêve grec.
Sur la Neva
Pierre le Grand fonde Saint-Pétersbourg en 1703 et en fait sa nouvelle capitale, résolument européenne. La Cour devient l'une des plus flamboyantes du Continent (Saint-Pétersbourg, le palais de Tauride et la Neva par Benjamin Paterssen, avant 1797).
Dossier : L'Empire russe - Une immense mosaïque eurasiatique / Marie-Karine Schaub in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Une immense mosaïque eurasiatique Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Marie-Karine Schaub, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 22-31 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie construction eurasiatique 1550 Note de contenu : D'Ivan le terrible à Catherine II, les Russes étendent, organisent et modernisent un empire multiethnique. Tout en maintenant des modes différenciés de gouvernement.
Entre 1650 et 1800 la Russie devient le plus grand empire continental à l'échelle de la planète, s'étendant de la Pologne au Pacifique, de l'Arctique à la mer Caspienne et à la mer Noire, tout en intégrant une multiplicité de langues, de cultures ou de religions différentes. Peuplée de 20 millions d'habitants en 1725, elle en compte 37 millions en 1800, divisés en 25 groupes ethniques. Cette mosaïque se complique d'une subordination plus ou moins directe, forte ou durable au gouvernement de Moscou puis de Saint-Pétersbourg à partir du moment où la ville devient capitale en 1712. L'empire est pensé comme une collection de peuples unis par leur soumission au souverain et l'usage de la langue russe, en particulier dans l'administration. Il relève d'un processus constant de colonisation de nouvelles terres, source d'enrichissement pour la famille souveraine et les serviteurs de l'État central. Il représente un cadre souple dont l'un des principes de fonctionnement est un mode de gouvern ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 22-31[article] Dossier : L'Empire russe - Une immense mosaïque eurasiatique [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Marie-Karine Schaub, Auteur . - 2021 . - p. 22-31.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 22-31
Mots-clés : Russie construction eurasiatique 1550 Note de contenu : D'Ivan le terrible à Catherine II, les Russes étendent, organisent et modernisent un empire multiethnique. Tout en maintenant des modes différenciés de gouvernement.
Entre 1650 et 1800 la Russie devient le plus grand empire continental à l'échelle de la planète, s'étendant de la Pologne au Pacifique, de l'Arctique à la mer Caspienne et à la mer Noire, tout en intégrant une multiplicité de langues, de cultures ou de religions différentes. Peuplée de 20 millions d'habitants en 1725, elle en compte 37 millions en 1800, divisés en 25 groupes ethniques. Cette mosaïque se complique d'une subordination plus ou moins directe, forte ou durable au gouvernement de Moscou puis de Saint-Pétersbourg à partir du moment où la ville devient capitale en 1712. L'empire est pensé comme une collection de peuples unis par leur soumission au souverain et l'usage de la langue russe, en particulier dans l'administration. Il relève d'un processus constant de colonisation de nouvelles terres, source d'enrichissement pour la famille souveraine et les serviteurs de l'État central. Il représente un cadre souple dont l'un des principes de fonctionnement est un mode de gouvern ...
Dossier : L'Empire russe - Moi, Pierre, empereur / Thierry Sarmant in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Moi, Pierre, empereur Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Thierry Sarmant, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 32-36 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie Pierre le Grand empereur Note de contenu :
Lorsque la Russie gagne la guerre contre la Suède, Pierre le Grand décide d'adopter officiellement le titre d'« empereur ». C'est l'aboutissement d'une stratégie diplomatique pour siéger à la table des monarques européens.
Le 22 octobre 17211, afin de fêter le traité de Nystad signé le 30 août précédent pour sanctionner la victoire de la Russie contre la Suède après vingt années de guerre, Pierre Ier fit célébrer un service d'action de grâces dans l'église de la Trinité de Saint-Pétersbourg. Après la liturgie, à laquelle le tsar participa en chantant avec le clergé, on donna lecture du texte du traité. Puis l'archevêque Théophane Prokopovitch prononça un discours à la gloire du souverain : « De l'obscurité et de l'ignorance il a fait un théâtre de la gloire pour le monde entier [...]. Il a introduit la Russie dans la communauté des peuples civilisés. »
Le chancelier Golovkine, doyen du Sénat, harangua à son tour le tsar dans des termes assez similaires. « Le Sénat, conclut-il, prend la liberté de supplier Votre Majesté, avec la plus profonde soumission, de recevoir le titre de Pierre le Grand, Père de la Patrie, empereur de toutes les Russies. » Et ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 32-36[article] Dossier : L'Empire russe - Moi, Pierre, empereur [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Thierry Sarmant, Auteur . - 2021 . - p. 32-36.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 32-36
Mots-clés : Russie Pierre le Grand empereur Note de contenu :
Lorsque la Russie gagne la guerre contre la Suède, Pierre le Grand décide d'adopter officiellement le titre d'« empereur ». C'est l'aboutissement d'une stratégie diplomatique pour siéger à la table des monarques européens.
Le 22 octobre 17211, afin de fêter le traité de Nystad signé le 30 août précédent pour sanctionner la victoire de la Russie contre la Suède après vingt années de guerre, Pierre Ier fit célébrer un service d'action de grâces dans l'église de la Trinité de Saint-Pétersbourg. Après la liturgie, à laquelle le tsar participa en chantant avec le clergé, on donna lecture du texte du traité. Puis l'archevêque Théophane Prokopovitch prononça un discours à la gloire du souverain : « De l'obscurité et de l'ignorance il a fait un théâtre de la gloire pour le monde entier [...]. Il a introduit la Russie dans la communauté des peuples civilisés. »
Le chancelier Golovkine, doyen du Sénat, harangua à son tour le tsar dans des termes assez similaires. « Le Sénat, conclut-il, prend la liberté de supplier Votre Majesté, avec la plus profonde soumission, de recevoir le titre de Pierre le Grand, Père de la Patrie, empereur de toutes les Russies. » Et ...
Dossier : L'Empire russe - Catherine II chez les Tatars / Wladimir Berelowitch in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Catherine II chez les Tatars Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Wladimir Berelowitch, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 38-42 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie Catherine II Tatars Note de contenu : A l'exemple des empereurs romains, Catherine fit du voyage un véritable outil de gouvernement, destiné à servir la cohésion d'un territoire en perpétuelle expansion, aussi vaste que disparate. Retour sur quatre de ces déplacements hautement politiques.
Catherine II ne fut certes pas le premier monarque à voyager à travers son empire, mais elle fut celle qui, à l'Époque moderne, sut ériger cette pratique en véritable mode de gouvernement. Si l'on excepte son déplacement obligé de Saint-Pétersbourg à Moscou en 1762 pour se faire couronner, son règne fut ponctué par huit voyages, tous à l'intérieur de son « petit ménage », comme elle aimait appeler l'Empire russe. Dès son premier grand déplacement dans les provinces baltes, en 1764, ces voyages prirent l'apparence d'expéditions longues de plusieurs semaines, jusqu'au dernier, le plus célèbre, qu'elle entreprit en Russie méridionale en 1787, et qui dura la bagatelle de six mois.
En cela Catherine se distingua très nettement de ses prédécesseurs. Pierre le Grand avait certes passé sa vie à courir le pays, mais en dehors de ses deux périples en Europe et de ses campagnes militaires, il avait uniquement effectué des déplacements utilitaires, poursuivant des objectifs précis, tels ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 38-42[article] Dossier : L'Empire russe - Catherine II chez les Tatars [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Wladimir Berelowitch, Auteur . - 2021 . - p. 38-42.
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Mots-clés : Russie Catherine II Tatars Note de contenu : A l'exemple des empereurs romains, Catherine fit du voyage un véritable outil de gouvernement, destiné à servir la cohésion d'un territoire en perpétuelle expansion, aussi vaste que disparate. Retour sur quatre de ces déplacements hautement politiques.
Catherine II ne fut certes pas le premier monarque à voyager à travers son empire, mais elle fut celle qui, à l'Époque moderne, sut ériger cette pratique en véritable mode de gouvernement. Si l'on excepte son déplacement obligé de Saint-Pétersbourg à Moscou en 1762 pour se faire couronner, son règne fut ponctué par huit voyages, tous à l'intérieur de son « petit ménage », comme elle aimait appeler l'Empire russe. Dès son premier grand déplacement dans les provinces baltes, en 1764, ces voyages prirent l'apparence d'expéditions longues de plusieurs semaines, jusqu'au dernier, le plus célèbre, qu'elle entreprit en Russie méridionale en 1787, et qui dura la bagatelle de six mois.
En cela Catherine se distingua très nettement de ses prédécesseurs. Pierre le Grand avait certes passé sa vie à courir le pays, mais en dehors de ses deux périples en Europe et de ses campagnes militaires, il avait uniquement effectué des déplacements utilitaires, poursuivant des objectifs précis, tels ...
Dossier : L'Empire russe - Le palais grec de Potemkine / Olga Medvedkova in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Le palais grec de Potemkine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olga Medvedkova, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 44-45 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie palais Potemkine Note de contenu :
Fonder un empire orthodoxe en Grèce sous protection de la Russie, c'était le « projet grec » de Catherine II. L'ambition s'incarna dans un édifice construit à Saint-Pétersbourg, propriété de son favori Potemkine, le palais de Tauride.
En juillet 1774 la Russie conclut avec la Turquie la paix de Kutchuk-Kaïnardji, favorable à la Russie, lui attribuant certains territoires, ainsi que le libre passage entre le Bosphore et les Dardanelles. La Crimée (ou comme cette presqu'île s'appelait dans l'Antiquité et au Moyen Age, la Tauride, c'est-à-dire le pays des Taures, évoqués par Hérodote) fut détachée de l'Empire ottoman et reçut le statut d'État indépendant dirigé par un khan pro-russe. La Russie reçut par ailleurs le droit de protéger les orthodoxes de l'Empire ottoman. Furent ainsi posées les bases de la politique russe d'expansion dans la région de la mer Noire et de la Méditerranée orientale. Cette politique connut un développement idéologique dans le « système oriental » du prince Grigori Potemkine, favori de Catherine II, et surtout dans le « projet grec », selon lequel un nouvel empire orthodoxe devait être créé, essentiellement sur le territoire de la Grèce et des principautés danubiennes sous la protection de ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 44-45[article] Dossier : L'Empire russe - Le palais grec de Potemkine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olga Medvedkova, Auteur . - 2021 . - p. 44-45.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 44-45
Mots-clés : Russie palais Potemkine Note de contenu :
Fonder un empire orthodoxe en Grèce sous protection de la Russie, c'était le « projet grec » de Catherine II. L'ambition s'incarna dans un édifice construit à Saint-Pétersbourg, propriété de son favori Potemkine, le palais de Tauride.
En juillet 1774 la Russie conclut avec la Turquie la paix de Kutchuk-Kaïnardji, favorable à la Russie, lui attribuant certains territoires, ainsi que le libre passage entre le Bosphore et les Dardanelles. La Crimée (ou comme cette presqu'île s'appelait dans l'Antiquité et au Moyen Age, la Tauride, c'est-à-dire le pays des Taures, évoqués par Hérodote) fut détachée de l'Empire ottoman et reçut le statut d'État indépendant dirigé par un khan pro-russe. La Russie reçut par ailleurs le droit de protéger les orthodoxes de l'Empire ottoman. Furent ainsi posées les bases de la politique russe d'expansion dans la région de la mer Noire et de la Méditerranée orientale. Cette politique connut un développement idéologique dans le « système oriental » du prince Grigori Potemkine, favori de Catherine II, et surtout dans le « projet grec », selon lequel un nouvel empire orthodoxe devait être créé, essentiellement sur le territoire de la Grèce et des principautés danubiennes sous la protection de ...
Dossier : L'Empire russe - Un pied en Amérique / Eric Hoesli in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Un pied en Amérique Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Eric Hoesli, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 46-50 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie Alaska pied Amérique Note de contenu : En 1725, Pierre le Grand charge Béring d'une mission présentant un enjeu de puissance capital pour la Russie : voir s'il est possible d'atteindre le continent américain par son versant occidental. Retour sur une épopée scientifique, économique et géopolitique.
L'Histoire : A partir de quand les Russes ont-ils cherché à se rendre jusqu'aux limites de l'Asie ? Dans quel but ?
Éric Hoesli : Il ne s'agit pas d'une conquête territoriale classique avec un objectif précis, mais plutôt d'une extension progressive vers l'est depuis le milieu du XVIe siècle. Les acteurs en sont principalement les trappeurs, qui vont chercher des fourrures toujours plus loin, poussés par l'extinction des proies (en premier lieu la zibeline) dans leurs zones de chasse habituelles. L'État n'est donc pas à l'origine de ce mouvement, il se contente d'être présent à titre de percepteur à partir de la fin du XVIe siècle, en réclamant un impôt sur les fourrures. Cette conquête a lieu à un rythme lent, par voie fluviale puis navale plutôt que terrestre : les trappeurs se réunissent en commandos et descendent les fleuves puis empruntent leurs affluents sur des radeaux, s'enfonçant davantage encore en Sibérie.
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 46-50[article] Dossier : L'Empire russe - Un pied en Amérique [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Eric Hoesli, Auteur . - 2021 . - p. 46-50.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 46-50
Mots-clés : Russie Alaska pied Amérique Note de contenu : En 1725, Pierre le Grand charge Béring d'une mission présentant un enjeu de puissance capital pour la Russie : voir s'il est possible d'atteindre le continent américain par son versant occidental. Retour sur une épopée scientifique, économique et géopolitique.
L'Histoire : A partir de quand les Russes ont-ils cherché à se rendre jusqu'aux limites de l'Asie ? Dans quel but ?
Éric Hoesli : Il ne s'agit pas d'une conquête territoriale classique avec un objectif précis, mais plutôt d'une extension progressive vers l'est depuis le milieu du XVIe siècle. Les acteurs en sont principalement les trappeurs, qui vont chercher des fourrures toujours plus loin, poussés par l'extinction des proies (en premier lieu la zibeline) dans leurs zones de chasse habituelles. L'État n'est donc pas à l'origine de ce mouvement, il se contente d'être présent à titre de percepteur à partir de la fin du XVIe siècle, en réclamant un impôt sur les fourrures. Cette conquête a lieu à un rythme lent, par voie fluviale puis navale plutôt que terrestre : les trappeurs se réunissent en commandos et descendent les fleuves puis empruntent leurs affluents sur des radeaux, s'enfonçant davantage encore en Sibérie.
Dossier : L'Empire russe - 1806, le tour du monde ! / Clément Fabre in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - 1806, le tour du monde ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 51 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie tour du monde Krusenstern Note de contenu : En trois ans, Krusenstern mène à bien la première circumnavigation russe.
En 1807 le médecin japonais Otsuki Gentaku fait paraître un ouvrage en seize volumes intitulé Kankai ibun, « Récit extraordinaire du tour des océans ». C'est la compilation des histoires que lui ont livrées en 1804 quatre marins japonais partis de Sendai onze ans auparavant. Après avoir été pris dans une violente tempête en 1793, et avoir dérivé jusqu'aux îles Aléoutiennes, ils ont été secourus par des Russes et conduits à Saint-Pétersbourg, où le tsar Alexandre Ier les a reçus en audience, avant de décider qu'une ambassade les reconduirait chez eux, chargée en même temps de négocier l'ouverture de relations diplomatiques et commerciales avec le Japon.
Quand la Neva et la Nadejda quittent Kronstadt en août 1803 avec les quatre Japonais, presque tous les membres de leurs équipages entament un carnet de voyage. C'est que le voyage est plus qu'une simple ambassade : c'est le premier tour du monde organisé par la Russie. Hermann Ludwig von Löwenstern, ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 51[article] Dossier : L'Empire russe - 1806, le tour du monde ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Auteur . - 2021 . - p. 51.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 51
Mots-clés : Russie tour du monde Krusenstern Note de contenu : En trois ans, Krusenstern mène à bien la première circumnavigation russe.
En 1807 le médecin japonais Otsuki Gentaku fait paraître un ouvrage en seize volumes intitulé Kankai ibun, « Récit extraordinaire du tour des océans ». C'est la compilation des histoires que lui ont livrées en 1804 quatre marins japonais partis de Sendai onze ans auparavant. Après avoir été pris dans une violente tempête en 1793, et avoir dérivé jusqu'aux îles Aléoutiennes, ils ont été secourus par des Russes et conduits à Saint-Pétersbourg, où le tsar Alexandre Ier les a reçus en audience, avant de décider qu'une ambassade les reconduirait chez eux, chargée en même temps de négocier l'ouverture de relations diplomatiques et commerciales avec le Japon.
Quand la Neva et la Nadejda quittent Kronstadt en août 1803 avec les quatre Japonais, presque tous les membres de leurs équipages entament un carnet de voyage. C'est que le voyage est plus qu'une simple ambassade : c'est le premier tour du monde organisé par la Russie. Hermann Ludwig von Löwenstern, ...
Dossier : L'Empire russe - 1800 - 1914 : une puissance avec laquelle il faut compter in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - 1800 - 1914 : une puissance avec laquelle il faut compter Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 52-54 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie 1800 puissance Alexandre I empire russe apogée Note de contenu :
En 1814 Alexandre Ier entre dans Paris en vainqueur. Le monde comprend qu'il faut maintenant compter avec l'Empire russe. Mais ses appétits dans le Caucase et en Asie centrale liguent contre lui les Européens et les Turcs. Après l'humiliante défaite de Crimée en 1856, la Russie, inspirée par l'asiatisme, se vit délibérément comme un empire d'Orient.
Cap au sud
Toile de Vassili Verechtchaguine, Au pied des murailles. Épisode de la défense du château à Samarkand contre les fils de l'émir de Boukhara en 1868 (1871, Moscou, galerie Tretiakov). L'artiste a peint une Série du Turkestan qui magnifie les conquêtes russes en Asie centrale.
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 52-54[article] Dossier : L'Empire russe - 1800 - 1914 : une puissance avec laquelle il faut compter [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - p. 52-54.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 52-54
Mots-clés : Russie 1800 puissance Alexandre I empire russe apogée Note de contenu :
En 1814 Alexandre Ier entre dans Paris en vainqueur. Le monde comprend qu'il faut maintenant compter avec l'Empire russe. Mais ses appétits dans le Caucase et en Asie centrale liguent contre lui les Européens et les Turcs. Après l'humiliante défaite de Crimée en 1856, la Russie, inspirée par l'asiatisme, se vit délibérément comme un empire d'Orient.
Cap au sud
Toile de Vassili Verechtchaguine, Au pied des murailles. Épisode de la défense du château à Samarkand contre les fils de l'émir de Boukhara en 1868 (1871, Moscou, galerie Tretiakov). L'artiste a peint une Série du Turkestan qui magnifie les conquêtes russes en Asie centrale.
Dossier : L'Empire russe - Quand la Russie a commencé à faire peur / Marie-Pierre Rey in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Quand la Russie a commencé à faire peur Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Marie-Pierre Rey, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 56-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie 1815 Alexandre Crimée Note de contenu :
En 1815, lors du congrès de Vienne, la Russie entre pleinement dans le concert des nations européennes. Pourtant, au cours du XIXe siècle, cette position va être contestée : l'Empire russe, qui progresse dans le Caucase et en Asie centrale, inquiète.
La Russie n'a que deux alliés - son armée et sa flotte », affirmait Alexandre III (1881-1894). Abrupte, la formule en dit long, non seulement sur l'importance du fait militaire dans les pratiques, l'identité et l'imaginaire russes, mais aussi sur le rapport aux autres entretenu par l'empire des tsars dans le dernier tiers du XIXe siècle.
Pourtant, quelque soixante-dix ans plus tôt, en 1814, Alexandre Ier en appelait à la mise en oeuvre d'un nouveau système européen dont la Russie se voulait partie prenante. En mars 1816, dans une lettre confidentielle adressée au secrétaire d'État aux Affaires étrangères lord Castlereagh, il s'affirmait en faveur d'« une réduction simultanée des forces armées de toute sorte dont l'entretien sur le pied de guerre affaiblit la crédibilité des traités existants et constitue un lourd fardeau pour tous les peuples ». Comment et pourquoi, en quelques décennies à peine, l'Empire russe a-t-il pu se retrouver isolé sur la scène inte ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 56-63[article] Dossier : L'Empire russe - Quand la Russie a commencé à faire peur [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Marie-Pierre Rey, Auteur . - 2021 . - p. 56-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 56-63
Mots-clés : Russie 1815 Alexandre Crimée Note de contenu :
En 1815, lors du congrès de Vienne, la Russie entre pleinement dans le concert des nations européennes. Pourtant, au cours du XIXe siècle, cette position va être contestée : l'Empire russe, qui progresse dans le Caucase et en Asie centrale, inquiète.
La Russie n'a que deux alliés - son armée et sa flotte », affirmait Alexandre III (1881-1894). Abrupte, la formule en dit long, non seulement sur l'importance du fait militaire dans les pratiques, l'identité et l'imaginaire russes, mais aussi sur le rapport aux autres entretenu par l'empire des tsars dans le dernier tiers du XIXe siècle.
Pourtant, quelque soixante-dix ans plus tôt, en 1814, Alexandre Ier en appelait à la mise en oeuvre d'un nouveau système européen dont la Russie se voulait partie prenante. En mars 1816, dans une lettre confidentielle adressée au secrétaire d'État aux Affaires étrangères lord Castlereagh, il s'affirmait en faveur d'« une réduction simultanée des forces armées de toute sorte dont l'entretien sur le pied de guerre affaiblit la crédibilité des traités existants et constitue un lourd fardeau pour tous les peuples ». Comment et pourquoi, en quelques décennies à peine, l'Empire russe a-t-il pu se retrouver isolé sur la scène inte ...
Dossier : L'Empire russe - Un empire d'Orient ? / Lorraine Meaux de in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Un empire d'Orient ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Lorraine Meaux de, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 64-69 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie empire d'orient Note de contenu : Au XIXe siècle, la consolidation de la puissance russe se fait à l'est. Le siècle d'or sera asiatique.
Au XIXe siècle la consolidation de la puissance russe se fit à l'est : de la mer Noire à la Mandchourie, en passant par la Transcaucasie et l'Asie centrale, les tsars successifs ont contribué à bâtir un « empire d'Orient ». Si cette expression ne recoupe aucune réalité administrative et ne se trouve pas non plus sous la plume des publicistes de l'époque, elle décrit bien a posteriori la réalisation d'un projet politique en même temps qu'elle révèle une étape clé de la construction identitaire russe : tandis que le centre de gravité du territoire impérial s'est déplacé progressivement vers l'est, un « Orient russe » se fait jour. Acteurs ou observateurs attentifs des changements en cours, militaires, savants, diplomates, écrivains et artistes nourrissent alors un imaginaire national qui vient inspirer « l'idée russe », soit l'affirmation de l'originalité de cet immense pays dans le champ historique mondial.
Cet impérialisme oriental s'inscrit dans une longue traditio ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 64-69[article] Dossier : L'Empire russe - Un empire d'Orient ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Lorraine Meaux de, Auteur . - 2021 . - p. 64-69.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 64-69
Mots-clés : Russie empire d'orient Note de contenu : Au XIXe siècle, la consolidation de la puissance russe se fait à l'est. Le siècle d'or sera asiatique.
Au XIXe siècle la consolidation de la puissance russe se fit à l'est : de la mer Noire à la Mandchourie, en passant par la Transcaucasie et l'Asie centrale, les tsars successifs ont contribué à bâtir un « empire d'Orient ». Si cette expression ne recoupe aucune réalité administrative et ne se trouve pas non plus sous la plume des publicistes de l'époque, elle décrit bien a posteriori la réalisation d'un projet politique en même temps qu'elle révèle une étape clé de la construction identitaire russe : tandis que le centre de gravité du territoire impérial s'est déplacé progressivement vers l'est, un « Orient russe » se fait jour. Acteurs ou observateurs attentifs des changements en cours, militaires, savants, diplomates, écrivains et artistes nourrissent alors un imaginaire national qui vient inspirer « l'idée russe », soit l'affirmation de l'originalité de cet immense pays dans le champ historique mondial.
Cet impérialisme oriental s'inscrit dans une longue traditio ...
Dossier : L'Empire russe - Face aux Anglais / Etienne Peyrat in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Face aux Anglais Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Etienne Peyrat, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 70-73 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie Anglais confrontation Note de contenu :
Dans son avancée en Asie centrale au cours du XIXe siècle la Russie se trouve bientôt confrontée aux ambitions des Britanniques statio nnés en Inde. Ce « Grand Jeu » des puissances a imposé, pour longtemps, une vision impériale de la région. Dans l'indifférence quant au sort de ses populations.
L'expression « Grand Jeu » (en anglais Great Game) a repris du service après les attentats du 11 septembre 2001 pour ancrer ces événements dans une plus longue durée. Elle renvoie, dans son acception la plus courante, à l'idée d'une rivalité politico-militaire intense déployée au XIXe siècle entre Russie et Royaume-Uni pour la suprématie en Asie centrale. Si cette rivalité est un fait historique, le Grand Jeu a fait naître un imaginaire de la région qui en complique singulièrement l'étude1.
Cette expression n'est guère utilisée par les acteurs du XIXe siècle et sa popularité est plutôt le résultat de constructions ultérieures. Elle s'appuie sur des ouvrages à succès du XXe siècle, comme ceux de la voyageuse suisse Ella Maillart2, des Britanniques Rudyard Kipling ou Peter Hopkirk, celui-ci figeant la vision d'une Asie centrale peuplée de populations mystérieuses, terrain de jeu d'acteurs interlopes, explorateurs-espions et officiers au service de puissances lointaine ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 70-73[article] Dossier : L'Empire russe - Face aux Anglais [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Etienne Peyrat, Auteur . - 2021 . - p. 70-73.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 70-73
Mots-clés : Russie Anglais confrontation Note de contenu :
Dans son avancée en Asie centrale au cours du XIXe siècle la Russie se trouve bientôt confrontée aux ambitions des Britanniques statio nnés en Inde. Ce « Grand Jeu » des puissances a imposé, pour longtemps, une vision impériale de la région. Dans l'indifférence quant au sort de ses populations.
L'expression « Grand Jeu » (en anglais Great Game) a repris du service après les attentats du 11 septembre 2001 pour ancrer ces événements dans une plus longue durée. Elle renvoie, dans son acception la plus courante, à l'idée d'une rivalité politico-militaire intense déployée au XIXe siècle entre Russie et Royaume-Uni pour la suprématie en Asie centrale. Si cette rivalité est un fait historique, le Grand Jeu a fait naître un imaginaire de la région qui en complique singulièrement l'étude1.
Cette expression n'est guère utilisée par les acteurs du XIXe siècle et sa popularité est plutôt le résultat de constructions ultérieures. Elle s'appuie sur des ouvrages à succès du XXe siècle, comme ceux de la voyageuse suisse Ella Maillart2, des Britanniques Rudyard Kipling ou Peter Hopkirk, celui-ci figeant la vision d'une Asie centrale peuplée de populations mystérieuses, terrain de jeu d'acteurs interlopes, explorateurs-espions et officiers au service de puissances lointaine ...
Dossier : L'Empire russe - Petits trocs sur le fleuve Amour / Sören Urbansky in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Petits trocs sur le fleuve Amour Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sören Urbansky, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 74-77 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie trocs fleuve Chine 1727 Note de contenu : Désireuse de commercer avec son grand voisin chinois, la Russie est le premier pays à établir avec la Chine un traité qui autorise, en 1727, les échanges de part et d'autre de la frontière. Jusqu'à ce que ses ambitions en Mandchourie déstabilisent la région.
Au milieu du XIIIe siècle, la « paix mongole » avait ouvert un immense espace de circulation entre l'Europe et l'Asie. Pour la première fois des voyageurs européens (missionnaires ou marchands) avaient gagné l'Extrême-Orient. Par leur intermédiaire, la Russie et la Chine s'étaient mises à entretenir des contacts sporadiques et indirects. Mais, aux siècles suivants, on cessa peu à peu de traverser à pied le vaste continent eurasiatique, au profit de la route maritime, bien plus rapide.
Incidents frontaliers
La route terrestre eurasiatique connut cependant une renaissance au XVIIe siècle. L'initiative, cette fois, vint de Russie. L'avancée de la Russie vers l'est à travers la Sibérie, motivée par des considérations commerciales plus que politiques, reste à ce jour unique dans l'histoire par sa fulgurance (cf. p. 22). En 1639 un groupe de cosaques atteignait l'océan Pacifique. Galvanisés par les rumeurs de vastes gisements d'argent et de terre ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 74-77[article] Dossier : L'Empire russe - Petits trocs sur le fleuve Amour [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sören Urbansky, Auteur . - 2021 . - p. 74-77.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 74-77
Mots-clés : Russie trocs fleuve Chine 1727 Note de contenu : Désireuse de commercer avec son grand voisin chinois, la Russie est le premier pays à établir avec la Chine un traité qui autorise, en 1727, les échanges de part et d'autre de la frontière. Jusqu'à ce que ses ambitions en Mandchourie déstabilisent la région.
Au milieu du XIIIe siècle, la « paix mongole » avait ouvert un immense espace de circulation entre l'Europe et l'Asie. Pour la première fois des voyageurs européens (missionnaires ou marchands) avaient gagné l'Extrême-Orient. Par leur intermédiaire, la Russie et la Chine s'étaient mises à entretenir des contacts sporadiques et indirects. Mais, aux siècles suivants, on cessa peu à peu de traverser à pied le vaste continent eurasiatique, au profit de la route maritime, bien plus rapide.
Incidents frontaliers
La route terrestre eurasiatique connut cependant une renaissance au XVIIe siècle. L'initiative, cette fois, vint de Russie. L'avancée de la Russie vers l'est à travers la Sibérie, motivée par des considérations commerciales plus que politiques, reste à ce jour unique dans l'histoire par sa fulgurance (cf. p. 22). En 1639 un groupe de cosaques atteignait l'océan Pacifique. Galvanisés par les rumeurs de vastes gisements d'argent et de terre ...
Dossier : L'Empire russe - 1917 - 2021 : l'empire est-il vraiment tombé ? in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - 1917 - 2021 : l'empire est-il vraiment tombé ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 78-79 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie place Rouge communisme Note de contenu :
Lénine l'avait juré, on en avait fini avec le colonialisme. Mais dans les années 1920 renaît avec le communisme soviétique une structure impériale, tenue d'une main de fer par Staline, « petit père des peuples ». La chute de l'URSS, en 1991, stupéfie le monde. Trente ans plus tard il reste à la Russie de Vladimir Poutine à se construire pour la première fois comme nation.
Post-impérial
Marche cosaque lors d'une parade militaire pour le Jour de la Victoire, 76e anniversaire de la défaite nazie, sur la place Rouge, Moscou, le 9 mai 2021.
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 78-79[article] Dossier : L'Empire russe - 1917 - 2021 : l'empire est-il vraiment tombé ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - p. 78-79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 78-79
Mots-clés : Russie place Rouge communisme Note de contenu :
Lénine l'avait juré, on en avait fini avec le colonialisme. Mais dans les années 1920 renaît avec le communisme soviétique une structure impériale, tenue d'une main de fer par Staline, « petit père des peuples ». La chute de l'URSS, en 1991, stupéfie le monde. Trente ans plus tard il reste à la Russie de Vladimir Poutine à se construire pour la première fois comme nation.
Post-impérial
Marche cosaque lors d'une parade militaire pour le Jour de la Victoire, 76e anniversaire de la défaite nazie, sur la place Rouge, Moscou, le 9 mai 2021.
Dossier : L'Empire russe - Le grand pays et les petites patries / Sabine Dullin in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Le grand pays et les petites patries Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sabine Dullin, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 80-88 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie patries 1917 Staline Note de contenu :
La révolution de 1917 et la chute du régime tsariste ont-elles signé la fin de l'Empire russe ? Rien n'est moins sûr. Depuis Moscou, sous la houlette de Lénine puis, plus encore, de Staline, une nouvelle forme d'impérialisme s'invente dans le gigantesque État fédéral eurasiatique créé en 1922, l'Union soviétique, dont la Russie n'est a priori qu'une république parmi quinze.
Février 1917. Un vent de liberté et de démocratie souffle sur l'ensemble de l'empire tsariste. Des télégrammes de Tiflis, de Kiev, de Kharkov ou d'Helsinki saluent le nouveau gouvernement de la Russie libre. En Asie centrale la fin des discriminations à l'égard des indigènes (inorodtsy) et l'égalité de droits proclamée par Petrograd semblent annoncer la disparition du vieil ordre colonial. Le Courrier du Turkestan relaie immédiatement l'abdication du tsar. Le général Kouropatkine, gouverneur militaire de la province honni pour sa brutalité lors des révoltes de 1916, pourtant reconduit dans ses fonctions par le gouvernement provisoire, est mis en prison par les révolutionnaires locaux. Dans le Caucase l'abolition de la vice-royauté et le départ du vice-roi sont un moment de liesse révolutionnaire. Mais, ici comme en Asie centrale, les ouvriers, les soldats et les petits colons russes de Bakou et de Tachkent, une toute petite minorité de la population, font aussi leu ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 80-88[article] Dossier : L'Empire russe - Le grand pays et les petites patries [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sabine Dullin, Auteur . - 2021 . - p. 80-88.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 80-88
Mots-clés : Russie patries 1917 Staline Note de contenu :
La révolution de 1917 et la chute du régime tsariste ont-elles signé la fin de l'Empire russe ? Rien n'est moins sûr. Depuis Moscou, sous la houlette de Lénine puis, plus encore, de Staline, une nouvelle forme d'impérialisme s'invente dans le gigantesque État fédéral eurasiatique créé en 1922, l'Union soviétique, dont la Russie n'est a priori qu'une république parmi quinze.
Février 1917. Un vent de liberté et de démocratie souffle sur l'ensemble de l'empire tsariste. Des télégrammes de Tiflis, de Kiev, de Kharkov ou d'Helsinki saluent le nouveau gouvernement de la Russie libre. En Asie centrale la fin des discriminations à l'égard des indigènes (inorodtsy) et l'égalité de droits proclamée par Petrograd semblent annoncer la disparition du vieil ordre colonial. Le Courrier du Turkestan relaie immédiatement l'abdication du tsar. Le général Kouropatkine, gouverneur militaire de la province honni pour sa brutalité lors des révoltes de 1916, pourtant reconduit dans ses fonctions par le gouvernement provisoire, est mis en prison par les révolutionnaires locaux. Dans le Caucase l'abolition de la vice-royauté et le départ du vice-roi sont un moment de liesse révolutionnaire. Mais, ici comme en Asie centrale, les ouvriers, les soldats et les petits colons russes de Bakou et de Tachkent, une toute petite minorité de la population, font aussi leu ...
Dossier : L'Empire russe - URSS : comment un empire implose / Nicolas WERTH in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - URSS : comment un empire implose Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Nicolas WERTH, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 90-97 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie URSS Note de contenu : L'Union soviétique est un exemple unique d'un empire mort de sa belle mort. Les aspirations nationales et démocratiques ont sans doute joué leur rôle. Mais, dans cet effondrement géopolitique majeur, on oublie souvent un événement décisif : la proclamation par Boris Eltsine, en juin 1990, de la souveraineté de la Russie.
La chute de l'URSS à la fin de l'année 1991 est le résultat d'un processus complexe et multi-causal. C'est à la fois un système socio-économique - le « socialisme développé » pour reprendre la terminologie de Leonid Brejnev - et un État fédéral qui s'effondrent simultanément.
La liste des causes ayant conduit à la « plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle » selon l'actuel président russe Vladimir Poutine est longue. Au pouvoir depuis 1985, Mikhaïl Gorbatchev cherche à transformer l'URSS par une réorganisation économique (perestroïka) et davantage de transparence (glasnost). Mais le système économique soviétique ne parvient pas à sortir de la crise et l'autarcie l'isole des circuits mondiaux. Depuis le milieu des années 1970 les taux de croissance ont brutalement chuté, la productivité du travail s'est effondrée et la consommation est en berne. Vient s'ajouter à cela une crise démographique, caractérisée notamment par une baisse de l'espérance de vie de qu ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 90-97[article] Dossier : L'Empire russe - URSS : comment un empire implose [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Nicolas WERTH, Auteur . - 2021 . - p. 90-97.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 90-97
Mots-clés : Russie URSS Note de contenu : L'Union soviétique est un exemple unique d'un empire mort de sa belle mort. Les aspirations nationales et démocratiques ont sans doute joué leur rôle. Mais, dans cet effondrement géopolitique majeur, on oublie souvent un événement décisif : la proclamation par Boris Eltsine, en juin 1990, de la souveraineté de la Russie.
La chute de l'URSS à la fin de l'année 1991 est le résultat d'un processus complexe et multi-causal. C'est à la fois un système socio-économique - le « socialisme développé » pour reprendre la terminologie de Leonid Brejnev - et un État fédéral qui s'effondrent simultanément.
La liste des causes ayant conduit à la « plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle » selon l'actuel président russe Vladimir Poutine est longue. Au pouvoir depuis 1985, Mikhaïl Gorbatchev cherche à transformer l'URSS par une réorganisation économique (perestroïka) et davantage de transparence (glasnost). Mais le système économique soviétique ne parvient pas à sortir de la crise et l'autarcie l'isole des circuits mondiaux. Depuis le milieu des années 1970 les taux de croissance ont brutalement chuté, la productivité du travail s'est effondrée et la consommation est en berne. Vient s'ajouter à cela une crise démographique, caractérisée notamment par une baisse de l'espérance de vie de qu ...
Dossier : L'Empire russe - Le périple de Kapuscinski / Sophie Coeuré in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Le périple de Kapuscinski Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sophie Coeuré, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie URSS Kapuscinski Note de contenu :
En 1989, ce reporter polonais observe la fin de l'URSS comme celle d'un empire colonial.
Au printemps 1989, Ryszard Kapuscinski, 57 ans, s'élance en solitaire pour un périple de deux années et de 60 000 km à travers les quinze républiques de l'Union soviétique en voie de disparition, de la Pologne au Pacifique, de Vorkouta au Caucase. En résultera un livre, Imperium, publié en 1993 (et traduit en français chez 10-18 en 1999).
Reporter célèbre, formé comme ses compatriotes Hanna Krall ou Mariusz Wilk à l'école de la « littérature du réel » ayant entretenu des liens ambigus avec le pouvoir communiste polonais, Kapuscinski est emporté par le « vent de démocratie » qui soulève l'Est européen. A Moscou, devenu « paradis des discuteurs », il assiste au putsch manqué d'août 1991. Sa plongée dans l'hiver glacé de la Kolyma, lieu « le plus terrible du monde avec Auschwitz », où coexistent victimes et bourreaux, où disparaissent les traces du Goulag, est poignante. Mais ce qui intéresse avant tout cet historien de formation, spécialiste ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 98[article] Dossier : L'Empire russe - Le périple de Kapuscinski [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sophie Coeuré, Auteur . - 2021 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 98
Mots-clés : Russie URSS Kapuscinski Note de contenu :
En 1989, ce reporter polonais observe la fin de l'URSS comme celle d'un empire colonial.
Au printemps 1989, Ryszard Kapuscinski, 57 ans, s'élance en solitaire pour un périple de deux années et de 60 000 km à travers les quinze républiques de l'Union soviétique en voie de disparition, de la Pologne au Pacifique, de Vorkouta au Caucase. En résultera un livre, Imperium, publié en 1993 (et traduit en français chez 10-18 en 1999).
Reporter célèbre, formé comme ses compatriotes Hanna Krall ou Mariusz Wilk à l'école de la « littérature du réel » ayant entretenu des liens ambigus avec le pouvoir communiste polonais, Kapuscinski est emporté par le « vent de démocratie » qui soulève l'Est européen. A Moscou, devenu « paradis des discuteurs », il assiste au putsch manqué d'août 1991. Sa plongée dans l'hiver glacé de la Kolyma, lieu « le plus terrible du monde avec Auschwitz », où coexistent victimes et bourreaux, où disparaissent les traces du Goulag, est poignante. Mais ce qui intéresse avant tout cet historien de formation, spécialiste ...
Dossier : L'Empire russe - Ukraine 1991 / François-Xavier Nérard in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Ukraine 1991 Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : François-Xavier Nérard, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 99-102 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie URSS Lénine adieu Ukraine 1991 Note de contenu : Depuis son indépendance en 1991, l'Ukraine a tenté d'effacer, par intermittence, les traces de son passé soviétique dans l'espace public. Aujourd'hui, c'est plus largement l'histoire impériale russe qui est visée. La guerre de 2014 a changé la donne.
Le 22 février 2014 un millier de personnes se rassemblent sur la place Lénine à Dnipropetrovsk, une grande ville industrielle de l'est de l'Ukraine. Elles entourent, pour la déboulonner, une imposante statue du chef bolchevique, érigée là en 1957 pour célébrer le 40e anniversaire de la révolution d'Octobre. Ni les quelques communistes présents ni des policiers au demeurant bien passifs ne parviennent à les en empêcher. A 1 heure du matin, après sept heures d'efforts, Lénine chute de son piédestal.
Le jour même, on avait appris que le président ukrainien Viktor Ianoukovitch venait de quitter précipitamment son pays face à une situation qui échappait totalement à son contrôle. Kiev pleurait 82 morts depuis le 20 février. Des centaines de milliers de manifestants dénonçaient, depuis fin novembre 2013, le refus du gouvernement de signer un accord de coopération avec l'Union européenne pour favoriser un partenariat avec la Russie. Plus fortement que lors de la « Révolution orange » dix ans auparavant, certains militants de ce mouvement, bientôt appelé la « révolution de la dignité » (ou Euromaïdan), posaient la question de l'héritage soviétique en Ukraine : la statue de Lénine, qui trônait au bas du boulevard Chevtchenko à Kiev depuis 1946, avait été abattue en décembre à l'initiative des députés et de partisans du parti nationaliste Svoboda. Pour de plus en plus d'Ukrainiens, tourner la page du régime Ianoukovitch et des élites formées à l'ère soviétique devait passer par les décommunisation et désoviétisation radicales du pays.
Passé communiste ou passé russe
De fait, les traces du passé soviétique n'avaient pas totalement disparu dans le pays, vingt-trois ans après l'effondrement de l'URSS et l'accession à l'indépendance en août 1991. C'était notamment le cas dans l'est du pays, creuset de son histoire soviétique. Kharkov fut la capitale inaugurale de la République socialiste soviétique d'Ukraine, fondée en décembre 1917. La ville fut modernisée, c'est là que fut construit le Derzhprom, premier gratte-ciel soviétique. La région du Donbass, des villes comme Dnipropetrovsk ou Zaporijia doivent leur puissance, leur prestige et leur prospérité à l'industrialisation soviétique.
La soviétisation du reste du pays est progressive. Kiev est pris par l'Armée rouge le 12 juin 1920, ce qui met fin à l'expérience de la République populaire d'Ukraine, dont l'indépendance avait été proclamée par la Rada centrale en novembre 1917. Il faudra attendre 1934 pour que la ville, berceau historique de l'Ukraine, sorte de son purgatoire symbolique et redevienne la capitale de la République socialiste soviétique.
Après leur victoire dans la guerre civile et leur défaite contre la Pologne, les bolcheviks prennent le contrôle d'une Ukraine aux frontières remaniées par le traité de Riga (1921), qui devient l'un des États fondateurs de l'URSS en décembre 1922. C'est enfin après le pacte germano-soviétique, en 1939, que l'Union soviétique annexe les régions d'Ukraine occidentale, comme la Galicie, austro-hongroise puis polonaise. Le rapport au passé soviétique est ainsi très différent selon les régions d'Ukraine.
Sous le régime soviétique, plaques commémoratives, statues de Lénine et autres monuments à la gloire du communisme se sont multipliés sur le territoire ukrainien, marquant durablement l'espace visuel et la carte mentale des habitants. Pour autant, cette soviétisation de l'Ukraine ne peut être réduite à une simple communisation ou à une russification. Aux côtés des leaders bolcheviques, de maintes personnalités ukrainiennes « soviétocompatibles » ont été mises à l'honneur. Taras Chevtchenko en est le meilleur exemple. On trouve dans chaque ville ou presque une statue ou une rue au nom de ce poète fondateur de la littérature ukrainienne au début du XIXe siècle.
La crise, puis la chute de l'URSS posent la question de la présence des traces de cette histoire et provoquent immédiatement une première vague de décommunisation. Celle-ci est rapide à l'ouest du pays. A Lviv, un premier monument à Lénine est démonté dès septembre 1990 après que l'Ukraine a proclamé en juin sa souveraineté. Au même moment, l'avenue Lénine devient celle de la Liberté : elle avait été jusqu'en 1919 celle du Roi-Louis Ier (en référence au grand roi médiéval qui régna sur la Hongrie et la Pologne au XIVe siècle), puis celle du Premier-Mai de 1940 à 1941, avant d'être l'avenue Adolf-Hitler pendant l'occupation allemande et de redevenir celle du Premier-Mai de 1945 à 1959.
Plus emblématique encore, la rue de la Paix, ancienne rue Staline de 1944 à 1961, prend en 1992 le nom de Stepan Bandera, le nationaliste ukrainien dont le parti collabora avec les nazis. Elle avait successivement porté le nom de Lev Sapieha, un hetman (chef cosaque) lituanien et des komsomols (les jeunes communistes) à l'époque de la première conquête soviétique, avant de devenir la Fürstenstrasse (rue des princes) pendant l'occupation nazie.
Cette première vague de décommunisation touche aussi le centre du pays. A Kiev, la place principale de la ville, la place de la révolution d'Octobre (ex-place Kalinine, premier président du Soviet suprême) est rebaptisée place de l'Indépendance (Maïdan Nézalejnosti). La grande statue de Lénine, qui la dominait depuis 1977, est démontée dès septembre 1991, dans les premiers jours de l'indépendance. A Odessa, beaucoup de rues retrouvent le nom qu'elles portaient avant la révolution d'Octobre : en 1994, la rue Lénine redevient la rue Richelieu, du nom du duc, gouverneur de la ville et de la Nouvelle-Russie entre 1803 et 1814.
La conception des nouveaux billets de banque est un autre signe de cette refondation des symboles. L'Ukraine indépendante choisit d'honorer Mikhaïl Grouchevski, le président de la Rada de 1917, et Ivan Mazepa, hetman des cosaques qui trahit Pierre le Grand pour Charles XII de Suède pendant la guerre du Nord. Pourtant, la décommunisation de 1991-1992 reste inachevée : les dirigeants ukrainiens, qui ont pour la plupart un passé lié au Parti communiste ou à l'État soviétique, font le choix de ne pas trop interroger le passé pour construire les fondations du nouvel État-nation. C'est le Holodomor, la Grande Famine de 1932-1933, très vite présenté comme un génocide des Ukrainiens, qui devient central dans l'écriture de l'histoire nationale.
La question des rapports de l'Ukraine avec la Russie ne se pose jamais frontalement, même si des tensions peuvent surgir. Ainsi, en 2007, la restauration à Odessa du monument inauguré en 1900 en l'honneur de Catherine II et des fondateurs d'Odessa, voilé après la révolution de février 1917 et démonté par les bolcheviks en 1920, provoque la fureur de certains nationalistes ukrainiens, qui y voient un hommage rendu à la domination russe.
C'est bien la « révolution de la dignité » et les tensions qui s'exacerbent avec la Russie début 2014, qui posent de nouveau avec force la question de la décommunisation.
Rompre avec la colonisation russe
Dans les années qui suivirent l'indépendance, l'Est, et notamment la région minière du Donbass, l'un des coeurs, symbolique et économique, de l'URSS, était devenu une zone frontière entre la Russie et l'Ukraine, un espace d'identités mélangées et de loyautés multiples si bien décrit par l'historienne Tatiana Zhurzenko1. Dans ces régions, les toponymes d'un passé soviétique étaient restés bien présents, les liens avec la Russie demeuraient forts et le russe restait la langue dominante. Les événements de 2014 vont servir de test et de révélateur et contraindre les habitants à choisir leur camp2.
L'invasion de la Crimée par les troupes russes en février 2014 et la crise, puis la guerre, dans les régions de l'Est qui, soutenues par Moscou, combattent pour leur autonomie, accélèrent le processus. Alors que les opposants au Maïdan mobilisent souvent des symboles d'une nostalgie soviétique (le ruban de saint Georges, orange et noir, qui symbolise la victoire de l'Armée rouge sur l'Allemagne nazie), la dimension soviétocompatible de l'Ukraine postsoviétique disparaît. L'année 2014 provoque en Ukraine une prise de conscience nationale très forte. Le passé soviétique est désormais assimilé plus largement à un passé russe avec lequel il faut rompre. Le déboulonnage de la statue de Lénine à Kharkov en septembre 2014 en témoigne. Alors que le maire, Guennadi Kernes, menaçait quelques mois auparavant de briser les mains de quiconque tenterait de toucher à ce monument, il laisse faire. La guerre est passée par là.
En mai 2015 le Parlement ukrainien vote quatre lois de décommunisation sous l'influence de l'Institut de la mémoire nationale. Elles prévoient notamment l'interdiction de la symbolique des régimes communiste et nazi dans l'espace public, le changement des noms de rues et le démantèlement des statues, l'ouverture totale des archives soviétiques et des mesures en faveur des combattants pour l'indépendance de l'Ukraine ; 965 statues de Lénine sont déboulonnées entre 2013 et 2016 : on parle de leninopad, la « chute des Lénine » ; 52 000 rues sont débaptisées ; 986 localités et 32 villes changent de nom, à l'image de Dnipropetrovsk qui devient Dnipro, abandonnant le nom de Grigori Petrovski, dirigeant bolchevique originaire de la ville.
L'ingérence russe en Crimée et dans le Donbass a ajouté une nouvelle dimension à ces changements : il convient désormais d'effacer aussi bien toute référence à la Russie. A Kiev, le pont de Moscou, qui traverse le Dniepr, est ainsi d'abord repeint en bleu et jaune, aux couleurs du drapeau ukrainien, avant d'être rebaptisé pont « du Nord » en 2018. La place et l'avenue de Moscou changent également de nom : la seconde prenant celuimmunisation se fait dérussification, conformément à un discours de plus en plus présent en Ukraine qui tend à présenter le passé comme une période de colonisation russe.
Notes
1. T. Zhurzenko, Borderlands into Bordered Lands. Geopolitics of Identity in Post-Soviet Ukraine, New York, Columbia University Press, 2010.
2. Cf. Anne de Tinguy, « Ukraine : le test », L'Histoire n° 405, novembre 2014, pp. 62-66.
L'AUTEUR
Maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, François-Xavier Nérard a notamment publié 5 % de vérité. La dénonciation dans l'URSS de Staline (Tallandier, 2004) et, avec Marie-Pierre Rey, un Atlas historique de la Russie (Autrement, 2019).
Ivan Mazepa
Au début du XVIIIe siècle, ce chef des cosaques s'allie à Charles XII contre le tsar Pierre le Grand. Il est aujourd'hui célébré comme un héros national de l'Ukraine indépendante et figure sur un billet de banque.
Taras Chevtchenko
Ce poète du XIXe siècle est la personnalité la plus appréciée du pays. Cher aux nationalistes, son nom est resté omniprésent dans l'espace public pendant l'ère soviétique.
Stepan Bandera
Malgré sa collaboration avec les nazis et sa participation à de nombreux crimes de guerre, il est aujourd'hui considéré comme un héros national pour avoir proclamé l'indépendance de l'Ukraine en 1941.
Des frontières mouvantes
En 1991 le territoire de l'Ukraine indépendante est le fruit d'une histoire mouvementée, qui explique un rapport différent au passé selon les régions. Les régions de l'Est proviennent de l'ancien empire russe tandis que celles de l'Ouest ont été rattachées entre 1939 et 1945 aux dépens de la Pologne, de la Roumanie ou de la Tchécoslovaquie. La Crimée, donnée par Nikita Khrouchtchev en 1954, fut annexée par la Russie en 2014. La guerre perdure avec les séparatistes dans le Donbass.
MOTS CLÉS
Holodomor
« Extermination par la faim » en ukrainien. Le terme désigne la Grande Famine orchestrée par Staline, qui fit environ 4,5 millions de morts entre 1932 et 1933 en Ukraine. L'événement est devenu central dans la construction ukrainienne nationale.
Rada
Cette Assemblée politique du peuple ukrainien dirigea brièvement, après la révolution de 1917, une République populaire ukrainienne autonome autour de Kiev jusqu'à ce que les bolcheviks mettent fin en 1920 à cet éphémère épisode d'indépendance.
Donbass : l'escalade
Intégré à l'empire russe à la fin du XVIIe siècle, foyer de l'industrialisation de la Russie dès la fin du XIXe siècle, le bassin du Donetz, vaste zone charbonnière, devient à l'époque soviétique un coeur symbolique du pays, largement mis en scène par la propagande. L'indépendance de l'Ukraine en 1991 bouleverse le statut de la région. La transition économique frappe une industrie vieillissante ; les mineurs, russophones, se sentent déclassés et ostracisés.
En novembre 2013 le Donbass s'oppose à la révolution à Kiev. En avril 2014 des activistes séparatistes prennent le contrôle des régions de Donetsk et Louhansk et déclarent leur autonomie en mai après l'organisation de référendums, jugés illégaux par Kiev. Des miliciens locaux encadrés par des mercenaires russes se heurtent à l'armée ukrainienne et à des « bataillons volontaires » qui lancent une opération militaire. Les combats font 13 000 morts et au moins 1,5 million de déplacés internes dans le pays. En février 2015 les accords de Minsk II « gèlent » le conflit sans y mettre fin. Si l'armée régulière russe n'est pas officiellement engagée en Ukraine, le soutien de Moscou aux séparatistes est avéré.
F.-X. N.
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 99-102[article] Dossier : L'Empire russe - Ukraine 1991 [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / François-Xavier Nérard, Auteur . - 2021 . - p. 99-102.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 99-102
Mots-clés : Russie URSS Lénine adieu Ukraine 1991 Note de contenu : Depuis son indépendance en 1991, l'Ukraine a tenté d'effacer, par intermittence, les traces de son passé soviétique dans l'espace public. Aujourd'hui, c'est plus largement l'histoire impériale russe qui est visée. La guerre de 2014 a changé la donne.
Le 22 février 2014 un millier de personnes se rassemblent sur la place Lénine à Dnipropetrovsk, une grande ville industrielle de l'est de l'Ukraine. Elles entourent, pour la déboulonner, une imposante statue du chef bolchevique, érigée là en 1957 pour célébrer le 40e anniversaire de la révolution d'Octobre. Ni les quelques communistes présents ni des policiers au demeurant bien passifs ne parviennent à les en empêcher. A 1 heure du matin, après sept heures d'efforts, Lénine chute de son piédestal.
Le jour même, on avait appris que le président ukrainien Viktor Ianoukovitch venait de quitter précipitamment son pays face à une situation qui échappait totalement à son contrôle. Kiev pleurait 82 morts depuis le 20 février. Des centaines de milliers de manifestants dénonçaient, depuis fin novembre 2013, le refus du gouvernement de signer un accord de coopération avec l'Union européenne pour favoriser un partenariat avec la Russie. Plus fortement que lors de la « Révolution orange » dix ans auparavant, certains militants de ce mouvement, bientôt appelé la « révolution de la dignité » (ou Euromaïdan), posaient la question de l'héritage soviétique en Ukraine : la statue de Lénine, qui trônait au bas du boulevard Chevtchenko à Kiev depuis 1946, avait été abattue en décembre à l'initiative des députés et de partisans du parti nationaliste Svoboda. Pour de plus en plus d'Ukrainiens, tourner la page du régime Ianoukovitch et des élites formées à l'ère soviétique devait passer par les décommunisation et désoviétisation radicales du pays.
Passé communiste ou passé russe
De fait, les traces du passé soviétique n'avaient pas totalement disparu dans le pays, vingt-trois ans après l'effondrement de l'URSS et l'accession à l'indépendance en août 1991. C'était notamment le cas dans l'est du pays, creuset de son histoire soviétique. Kharkov fut la capitale inaugurale de la République socialiste soviétique d'Ukraine, fondée en décembre 1917. La ville fut modernisée, c'est là que fut construit le Derzhprom, premier gratte-ciel soviétique. La région du Donbass, des villes comme Dnipropetrovsk ou Zaporijia doivent leur puissance, leur prestige et leur prospérité à l'industrialisation soviétique.
La soviétisation du reste du pays est progressive. Kiev est pris par l'Armée rouge le 12 juin 1920, ce qui met fin à l'expérience de la République populaire d'Ukraine, dont l'indépendance avait été proclamée par la Rada centrale en novembre 1917. Il faudra attendre 1934 pour que la ville, berceau historique de l'Ukraine, sorte de son purgatoire symbolique et redevienne la capitale de la République socialiste soviétique.
Après leur victoire dans la guerre civile et leur défaite contre la Pologne, les bolcheviks prennent le contrôle d'une Ukraine aux frontières remaniées par le traité de Riga (1921), qui devient l'un des États fondateurs de l'URSS en décembre 1922. C'est enfin après le pacte germano-soviétique, en 1939, que l'Union soviétique annexe les régions d'Ukraine occidentale, comme la Galicie, austro-hongroise puis polonaise. Le rapport au passé soviétique est ainsi très différent selon les régions d'Ukraine.
Sous le régime soviétique, plaques commémoratives, statues de Lénine et autres monuments à la gloire du communisme se sont multipliés sur le territoire ukrainien, marquant durablement l'espace visuel et la carte mentale des habitants. Pour autant, cette soviétisation de l'Ukraine ne peut être réduite à une simple communisation ou à une russification. Aux côtés des leaders bolcheviques, de maintes personnalités ukrainiennes « soviétocompatibles » ont été mises à l'honneur. Taras Chevtchenko en est le meilleur exemple. On trouve dans chaque ville ou presque une statue ou une rue au nom de ce poète fondateur de la littérature ukrainienne au début du XIXe siècle.
La crise, puis la chute de l'URSS posent la question de la présence des traces de cette histoire et provoquent immédiatement une première vague de décommunisation. Celle-ci est rapide à l'ouest du pays. A Lviv, un premier monument à Lénine est démonté dès septembre 1990 après que l'Ukraine a proclamé en juin sa souveraineté. Au même moment, l'avenue Lénine devient celle de la Liberté : elle avait été jusqu'en 1919 celle du Roi-Louis Ier (en référence au grand roi médiéval qui régna sur la Hongrie et la Pologne au XIVe siècle), puis celle du Premier-Mai de 1940 à 1941, avant d'être l'avenue Adolf-Hitler pendant l'occupation allemande et de redevenir celle du Premier-Mai de 1945 à 1959.
Plus emblématique encore, la rue de la Paix, ancienne rue Staline de 1944 à 1961, prend en 1992 le nom de Stepan Bandera, le nationaliste ukrainien dont le parti collabora avec les nazis. Elle avait successivement porté le nom de Lev Sapieha, un hetman (chef cosaque) lituanien et des komsomols (les jeunes communistes) à l'époque de la première conquête soviétique, avant de devenir la Fürstenstrasse (rue des princes) pendant l'occupation nazie.
Cette première vague de décommunisation touche aussi le centre du pays. A Kiev, la place principale de la ville, la place de la révolution d'Octobre (ex-place Kalinine, premier président du Soviet suprême) est rebaptisée place de l'Indépendance (Maïdan Nézalejnosti). La grande statue de Lénine, qui la dominait depuis 1977, est démontée dès septembre 1991, dans les premiers jours de l'indépendance. A Odessa, beaucoup de rues retrouvent le nom qu'elles portaient avant la révolution d'Octobre : en 1994, la rue Lénine redevient la rue Richelieu, du nom du duc, gouverneur de la ville et de la Nouvelle-Russie entre 1803 et 1814.
La conception des nouveaux billets de banque est un autre signe de cette refondation des symboles. L'Ukraine indépendante choisit d'honorer Mikhaïl Grouchevski, le président de la Rada de 1917, et Ivan Mazepa, hetman des cosaques qui trahit Pierre le Grand pour Charles XII de Suède pendant la guerre du Nord. Pourtant, la décommunisation de 1991-1992 reste inachevée : les dirigeants ukrainiens, qui ont pour la plupart un passé lié au Parti communiste ou à l'État soviétique, font le choix de ne pas trop interroger le passé pour construire les fondations du nouvel État-nation. C'est le Holodomor, la Grande Famine de 1932-1933, très vite présenté comme un génocide des Ukrainiens, qui devient central dans l'écriture de l'histoire nationale.
La question des rapports de l'Ukraine avec la Russie ne se pose jamais frontalement, même si des tensions peuvent surgir. Ainsi, en 2007, la restauration à Odessa du monument inauguré en 1900 en l'honneur de Catherine II et des fondateurs d'Odessa, voilé après la révolution de février 1917 et démonté par les bolcheviks en 1920, provoque la fureur de certains nationalistes ukrainiens, qui y voient un hommage rendu à la domination russe.
C'est bien la « révolution de la dignité » et les tensions qui s'exacerbent avec la Russie début 2014, qui posent de nouveau avec force la question de la décommunisation.
Rompre avec la colonisation russe
Dans les années qui suivirent l'indépendance, l'Est, et notamment la région minière du Donbass, l'un des coeurs, symbolique et économique, de l'URSS, était devenu une zone frontière entre la Russie et l'Ukraine, un espace d'identités mélangées et de loyautés multiples si bien décrit par l'historienne Tatiana Zhurzenko1. Dans ces régions, les toponymes d'un passé soviétique étaient restés bien présents, les liens avec la Russie demeuraient forts et le russe restait la langue dominante. Les événements de 2014 vont servir de test et de révélateur et contraindre les habitants à choisir leur camp2.
L'invasion de la Crimée par les troupes russes en février 2014 et la crise, puis la guerre, dans les régions de l'Est qui, soutenues par Moscou, combattent pour leur autonomie, accélèrent le processus. Alors que les opposants au Maïdan mobilisent souvent des symboles d'une nostalgie soviétique (le ruban de saint Georges, orange et noir, qui symbolise la victoire de l'Armée rouge sur l'Allemagne nazie), la dimension soviétocompatible de l'Ukraine postsoviétique disparaît. L'année 2014 provoque en Ukraine une prise de conscience nationale très forte. Le passé soviétique est désormais assimilé plus largement à un passé russe avec lequel il faut rompre. Le déboulonnage de la statue de Lénine à Kharkov en septembre 2014 en témoigne. Alors que le maire, Guennadi Kernes, menaçait quelques mois auparavant de briser les mains de quiconque tenterait de toucher à ce monument, il laisse faire. La guerre est passée par là.
En mai 2015 le Parlement ukrainien vote quatre lois de décommunisation sous l'influence de l'Institut de la mémoire nationale. Elles prévoient notamment l'interdiction de la symbolique des régimes communiste et nazi dans l'espace public, le changement des noms de rues et le démantèlement des statues, l'ouverture totale des archives soviétiques et des mesures en faveur des combattants pour l'indépendance de l'Ukraine ; 965 statues de Lénine sont déboulonnées entre 2013 et 2016 : on parle de leninopad, la « chute des Lénine » ; 52 000 rues sont débaptisées ; 986 localités et 32 villes changent de nom, à l'image de Dnipropetrovsk qui devient Dnipro, abandonnant le nom de Grigori Petrovski, dirigeant bolchevique originaire de la ville.
L'ingérence russe en Crimée et dans le Donbass a ajouté une nouvelle dimension à ces changements : il convient désormais d'effacer aussi bien toute référence à la Russie. A Kiev, le pont de Moscou, qui traverse le Dniepr, est ainsi d'abord repeint en bleu et jaune, aux couleurs du drapeau ukrainien, avant d'être rebaptisé pont « du Nord » en 2018. La place et l'avenue de Moscou changent également de nom : la seconde prenant celuimmunisation se fait dérussification, conformément à un discours de plus en plus présent en Ukraine qui tend à présenter le passé comme une période de colonisation russe.
Notes
1. T. Zhurzenko, Borderlands into Bordered Lands. Geopolitics of Identity in Post-Soviet Ukraine, New York, Columbia University Press, 2010.
2. Cf. Anne de Tinguy, « Ukraine : le test », L'Histoire n° 405, novembre 2014, pp. 62-66.
L'AUTEUR
Maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, François-Xavier Nérard a notamment publié 5 % de vérité. La dénonciation dans l'URSS de Staline (Tallandier, 2004) et, avec Marie-Pierre Rey, un Atlas historique de la Russie (Autrement, 2019).
Ivan Mazepa
Au début du XVIIIe siècle, ce chef des cosaques s'allie à Charles XII contre le tsar Pierre le Grand. Il est aujourd'hui célébré comme un héros national de l'Ukraine indépendante et figure sur un billet de banque.
Taras Chevtchenko
Ce poète du XIXe siècle est la personnalité la plus appréciée du pays. Cher aux nationalistes, son nom est resté omniprésent dans l'espace public pendant l'ère soviétique.
Stepan Bandera
Malgré sa collaboration avec les nazis et sa participation à de nombreux crimes de guerre, il est aujourd'hui considéré comme un héros national pour avoir proclamé l'indépendance de l'Ukraine en 1941.
Des frontières mouvantes
En 1991 le territoire de l'Ukraine indépendante est le fruit d'une histoire mouvementée, qui explique un rapport différent au passé selon les régions. Les régions de l'Est proviennent de l'ancien empire russe tandis que celles de l'Ouest ont été rattachées entre 1939 et 1945 aux dépens de la Pologne, de la Roumanie ou de la Tchécoslovaquie. La Crimée, donnée par Nikita Khrouchtchev en 1954, fut annexée par la Russie en 2014. La guerre perdure avec les séparatistes dans le Donbass.
MOTS CLÉS
Holodomor
« Extermination par la faim » en ukrainien. Le terme désigne la Grande Famine orchestrée par Staline, qui fit environ 4,5 millions de morts entre 1932 et 1933 en Ukraine. L'événement est devenu central dans la construction ukrainienne nationale.
Rada
Cette Assemblée politique du peuple ukrainien dirigea brièvement, après la révolution de 1917, une République populaire ukrainienne autonome autour de Kiev jusqu'à ce que les bolcheviks mettent fin en 1920 à cet éphémère épisode d'indépendance.
Donbass : l'escalade
Intégré à l'empire russe à la fin du XVIIe siècle, foyer de l'industrialisation de la Russie dès la fin du XIXe siècle, le bassin du Donetz, vaste zone charbonnière, devient à l'époque soviétique un coeur symbolique du pays, largement mis en scène par la propagande. L'indépendance de l'Ukraine en 1991 bouleverse le statut de la région. La transition économique frappe une industrie vieillissante ; les mineurs, russophones, se sentent déclassés et ostracisés.
En novembre 2013 le Donbass s'oppose à la révolution à Kiev. En avril 2014 des activistes séparatistes prennent le contrôle des régions de Donetsk et Louhansk et déclarent leur autonomie en mai après l'organisation de référendums, jugés illégaux par Kiev. Des miliciens locaux encadrés par des mercenaires russes se heurtent à l'armée ukrainienne et à des « bataillons volontaires » qui lancent une opération militaire. Les combats font 13 000 morts et au moins 1,5 million de déplacés internes dans le pays. En février 2015 les accords de Minsk II « gèlent » le conflit sans y mettre fin. Si l'armée régulière russe n'est pas officiellement engagée en Ukraine, le soutien de Moscou aux séparatistes est avéré.
F.-X. N.
Dossier : L'Empire russe - Diaspora - Les nouveaux archipels / Catherine Gousseff in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Diaspora - Les nouveaux archipels Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Catherine Gousseff, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 104-107 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie URSS diaspora exode Note de contenu :
Les Russes exilés après la révolution ont été la bête noire du régime soviétique. Depuis la chute de l'URSS, l'histoire de la migration antibolchevique a été érigée en modèle pour les nouvelles diasporas et constitue le ferment idéologique du nouveau soft power.
Autrefois honnis par le pouvoir soviétique, les Russes de l'étranger sont aujourd'hui l'objet de toutes les attentions des autorités russes. Un retournement qui s'explique par l'histoire même de cette émigration, et par la façon dont ces Russes de l'étranger ont entretenu un lien avec leur histoire et leur pays d'origine. A la fin de la guerre civile en 1921, au moins 1 million de personnes avaient déjà franchi les frontières de la Russie pour chercher refuge, principalement en Europe, à Berlin, Prague, Belgrade, Sofia et surtout Paris, qui devint le centre de cette nouvelle diaspora. La visibilité de la présence russe dans ces capitales fut un phénomène prégnant. Il tenait notamment à la dynamique du lien communautaire, stimulé et encadré par une élite diversifiée, désireuse de représenter la « vraie » Russie hors des frontières, d'en défendre et d'en prolonger l'héritage, vilipendé en URSS au nom du grand projet émancipateur qui entendait faire du ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 104-107[article] Dossier : L'Empire russe - Diaspora - Les nouveaux archipels [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Catherine Gousseff, Auteur . - 2021 . - p. 104-107.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 104-107
Mots-clés : Russie URSS diaspora exode Note de contenu :
Les Russes exilés après la révolution ont été la bête noire du régime soviétique. Depuis la chute de l'URSS, l'histoire de la migration antibolchevique a été érigée en modèle pour les nouvelles diasporas et constitue le ferment idéologique du nouveau soft power.
Autrefois honnis par le pouvoir soviétique, les Russes de l'étranger sont aujourd'hui l'objet de toutes les attentions des autorités russes. Un retournement qui s'explique par l'histoire même de cette émigration, et par la façon dont ces Russes de l'étranger ont entretenu un lien avec leur histoire et leur pays d'origine. A la fin de la guerre civile en 1921, au moins 1 million de personnes avaient déjà franchi les frontières de la Russie pour chercher refuge, principalement en Europe, à Berlin, Prague, Belgrade, Sofia et surtout Paris, qui devint le centre de cette nouvelle diaspora. La visibilité de la présence russe dans ces capitales fut un phénomène prégnant. Il tenait notamment à la dynamique du lien communautaire, stimulé et encadré par une élite diversifiée, désireuse de représenter la « vraie » Russie hors des frontières, d'en défendre et d'en prolonger l'héritage, vilipendé en URSS au nom du grand projet émancipateur qui entendait faire du ...
Dossier : L'Empire russe - Ce qu'on raconte aux enfants / Korine Amacher in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Ce qu'on raconte aux enfants Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Korine Amacher, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 108-109 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie URSS manuels scolaires enfants historique Note de contenu :
Les manuels scolaires russes traduisent la volonté du pouvoir de forger un grand récit historique, pivot de l'identité nationale, présentant l'histoire impériale comme une étape inéluctable vers une patrie russe unique mais multiethnique.
A la suite de la disparition de l'URSS les Russes ont redécouvert des pans entiers de leur histoire, censurée pendant l'ère soviétique. Depuis 1991 les recherches historiques sur l'Empire russe se sont rapidement développées. La vision soviétique d'un empire tsariste « prison des peuples » fut très vite abandonnée, tout comme celle d'une URSS fondée sur « l'amitié entre les peuples ». Délaissant une vision « russo-centrée », les historiennes et les historiens se sont intéressés aux particularités de la gestion complexe d'un empire multiethnique et se sont efforcés de réintégrer l'histoire de la Russie impériale dans une histoire globale. Ce dynamisme ne trouve toutefois que peu d'écho dans les manuels scolaires.
Pourtant, dans les années 1990, le marché des manuels d'histoire russe destinés à l'école secondaire avait explosé, avec la publication de dizaines d'ouvrages agréés par le ministère de l'Éducation pour toutes les classes. Chaque année, les manuels ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 108-109[article] Dossier : L'Empire russe - Ce qu'on raconte aux enfants [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Korine Amacher, Auteur . - 2021 . - p. 108-109.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 108-109
Mots-clés : Russie URSS manuels scolaires enfants historique Note de contenu :
Les manuels scolaires russes traduisent la volonté du pouvoir de forger un grand récit historique, pivot de l'identité nationale, présentant l'histoire impériale comme une étape inéluctable vers une patrie russe unique mais multiethnique.
A la suite de la disparition de l'URSS les Russes ont redécouvert des pans entiers de leur histoire, censurée pendant l'ère soviétique. Depuis 1991 les recherches historiques sur l'Empire russe se sont rapidement développées. La vision soviétique d'un empire tsariste « prison des peuples » fut très vite abandonnée, tout comme celle d'une URSS fondée sur « l'amitié entre les peuples ». Délaissant une vision « russo-centrée », les historiennes et les historiens se sont intéressés aux particularités de la gestion complexe d'un empire multiethnique et se sont efforcés de réintégrer l'histoire de la Russie impériale dans une histoire globale. Ce dynamisme ne trouve toutefois que peu d'écho dans les manuels scolaires.
Pourtant, dans les années 1990, le marché des manuels d'histoire russe destinés à l'école secondaire avait explosé, avec la publication de dizaines d'ouvrages agréés par le ministère de l'Éducation pour toutes les classes. Chaque année, les manuels ...
Dossier : L'Empire russe - Un passé encombrant / Timothy Frye in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Un passé encombrant Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Timothy Frye, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 110-111 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie URSS passé patriotisme Poutine Note de contenu : Quelle est l'adhésion des populations russes à la politique post-impériale de Vladimir Poutine ? Dialoguant avec Marie-Pierre Rey, Timothy Frye nous livre ici une vision plus nuancée qu'on ne le croit.
Marie-Pierre Rey : Après son élection à la présidence de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine a semblé exprimer une certaine nostalgie de l'ancienne Union soviétique. Plus récemment, son patriotisme affiché, ses manifestations publiques d'attachement à l'orthodoxie et son train de vie fastueux évoquent plutôt l'héritage tsariste. Comment analysez-vous cette évolution ?
Timothy Frye : Comme je le montre dans mon récent ouvrage Weak Strongman. The Limits of Power in Putin's Russia (Princeton University Press, 2021), je suis assez sceptique envers les tentatives de comprendre la politique russe comme une extension de la vision du monde de Vladimir Poutine. Les observateurs étrangers ont d'ailleurs souvent été pris de court par ses agissements. Quand Vladimir Poutine accuse l'Occident d'être la source de tous les maux de la Russie et en appelle à l'orthodoxie russe comme fondement de l'identité nationale, il est difficile ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 110-111[article] Dossier : L'Empire russe - Un passé encombrant [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Timothy Frye, Auteur . - 2021 . - p. 110-111.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 110-111
Mots-clés : Russie URSS passé patriotisme Poutine Note de contenu : Quelle est l'adhésion des populations russes à la politique post-impériale de Vladimir Poutine ? Dialoguant avec Marie-Pierre Rey, Timothy Frye nous livre ici une vision plus nuancée qu'on ne le croit.
Marie-Pierre Rey : Après son élection à la présidence de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine a semblé exprimer une certaine nostalgie de l'ancienne Union soviétique. Plus récemment, son patriotisme affiché, ses manifestations publiques d'attachement à l'orthodoxie et son train de vie fastueux évoquent plutôt l'héritage tsariste. Comment analysez-vous cette évolution ?
Timothy Frye : Comme je le montre dans mon récent ouvrage Weak Strongman. The Limits of Power in Putin's Russia (Princeton University Press, 2021), je suis assez sceptique envers les tentatives de comprendre la politique russe comme une extension de la vision du monde de Vladimir Poutine. Les observateurs étrangers ont d'ailleurs souvent été pris de court par ses agissements. Quand Vladimir Poutine accuse l'Occident d'être la source de tous les maux de la Russie et en appelle à l'orthodoxie russe comme fondement de l'identité nationale, il est difficile ...
Dossier : L'Empire russe - Poutine refait l'histoire / Taline Ter Minassian in L'Histoire, N° 485 486 (Juillet Août 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'Empire russe - Poutine refait l'histoire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Taline Ter Minassian, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 112-113 Langues : Français (fre) Mots-clés : Russie URSS Poutine exposition Note de contenu : 'exposition permanente « Russie, mon histoire » témoigne de la réécriture de l'histoire officielle par le Kremlin.
Situé à Moscou, le VDNKh, Parc des réalisations économiques de l'URSS - 136 hectares, 256 pavillons -, est une gigantesque attraction populaire vouée à la gloire de l'Union soviétique. En son sein, le pavillon 57 abrite l'exposition permanente « Russie, mon histoire » destinée à populariser le nouveau « roman national » russe. Elle a été inaugurée en 2015 en présence de Vladimir Poutine, du patriarche Kirill, de l'archimandrite Tikhon (Chevkounov), présenté comme le « confesseur de Poutine ».
Entouré de la ministre de l'Éducation, Olga Vassilieva, et d'un cercle de conseillers parmi lesquels les représentants des trois principaux éditeurs de manuels scolaires de Russie, Vladimir Poutine intervient à un double titre. « Russie, mon histoire » est empreinte de sa vision de l'histoire russe. Et elle lui accorde la dimension d'un personnage historique. Le projet, qui a pris forme au début de son troisième mandat présidentiel en 2012, témoigne d'une véritable poli ...
in L'Histoire > N° 485 486 (Juillet Août 2021) . - p. 112-113[article] Dossier : L'Empire russe - Poutine refait l'histoire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Taline Ter Minassian, Auteur . - 2021 . - p. 112-113.
Langues : Français (fre)
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Mots-clés : Russie URSS Poutine exposition Note de contenu : 'exposition permanente « Russie, mon histoire » témoigne de la réécriture de l'histoire officielle par le Kremlin.
Situé à Moscou, le VDNKh, Parc des réalisations économiques de l'URSS - 136 hectares, 256 pavillons -, est une gigantesque attraction populaire vouée à la gloire de l'Union soviétique. En son sein, le pavillon 57 abrite l'exposition permanente « Russie, mon histoire » destinée à populariser le nouveau « roman national » russe. Elle a été inaugurée en 2015 en présence de Vladimir Poutine, du patriarche Kirill, de l'archimandrite Tikhon (Chevkounov), présenté comme le « confesseur de Poutine ».
Entouré de la ministre de l'Éducation, Olga Vassilieva, et d'un cercle de conseillers parmi lesquels les représentants des trois principaux éditeurs de manuels scolaires de Russie, Vladimir Poutine intervient à un double titre. « Russie, mon histoire » est empreinte de sa vision de l'histoire russe. Et elle lui accorde la dimension d'un personnage historique. Le projet, qui a pris forme au début de son troisième mandat présidentiel en 2012, témoigne d'une véritable poli ...





