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N° 490 - Décembre 2021 - L'idéologie CONFUCIUS - Des Han à Xi Jinping = Pearl Harbor : Le traumatisme américain [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021. Langues : Français (fre)
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| HISTOIRE | Revues | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Libre-Accès | P9587 | Disponible |
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[article]
Titre : Editorial - Idéologie impériale Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : idéologie impériale asie
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 3[article] Editorial - Idéologie impériale [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 3
Mots-clés : idéologie impériale asie Forum - Les professeurs témoignent ! in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Forum - Les professeurs témoignent ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : professeurs témoignages Note de contenu : Vous avez été nombreux à nous écrire sur le dossier « Professeur d'histoire » (L'Histoire n° 488, octobre 2021). Et notamment les enseignants :
Depuis quarante-trois ans c'est je crois la première fois que vous abordez l'histoire du métier de professeur. L'article « Une passion européenne ? » de Cécile Leyrat est passionnant. Difficile de bâtir une Europe unie sans un enseignement d'une histoire nationale qui s'intègre dans une histoire européenne. Le cas anglais illustre bien l'influence de l'enseignement de l'histoire sur la formation d'une conscience européenne. Comment un Anglais peut-il se sentir « Européen » s'il ignore complètement l'histoire de la France (à part la guillotine ou Napoléon) ou celle de l'Allemagne (à part le nazisme) ? C'est pourtant le sens des programmes actuels anglais. Une comparaison avec les programmes écossais ou irlandais aurait été révélatrice. A propos des historiens anglais et l'Europe, je vous recommande Cosmopolitan Islanders de Richard J. Evans.
Christophe Denizot
Cette enquête m'a beaucoup intéressé. Pourtant je dois dire qu'elle m'a laissé sur ma faim. Ça ne correspond pas toujours à ma vision de la discipline. Son enseignement est le fruit d'un long héritage et n'a pas su forcément s'adapter. Dans vos articles, les élèves apparaissent comme un ensemble uniforme. Or, de Dunkerque à Bonifacio, de Brest à Strasbourg, du Paris intra-muros à la banlieue, l'histoire n'est pas perçue de la même façon. Par ailleurs, il ressort de l'enquête que l'enseignant doit être un professionnel qui maîtrise parfaitement sa discipline. Oui, bien sûr. Cependant, je me souviens qu'en licence de géographie, dans les années 1960 à Dijon, un professeur nous avait donné cours sur la géographie de l'URSS à raison de deux heures par semaine pendant une année. Cours passionnant et détaillé, au point que je me sentais incollable sur le sujet. Seulement, face à des élèves, la géographie de l'URSS tient en 30 minutes. La première fois, ça m'a donné le vertige, tant il fallait synthétiser.
Jean-Claude Steib
La photo de couverture me concerne bien que je ne reconnaisse pas le professeur : j'étais élève dans ce lycée Montaigne l'année en question, 1960. Je voudrais faire savoir ce qui m'est arrivé cette année-là : ce n'est pas glorieux mais c'est édifiant. Le professeur de géographie - et d'histoire, mais de ce côté-là il ne m'a laissé aucun souvenir particulier - voulait que, pour la « composition » trimestrielle, événement important, nous puissions dessiner de mémoire les bassins des grands fleuves de France, et en nommer les principaux affluents. Ce professeur se nommait M. Pernet, Pierre peut-être. Il ne nous avait bien sûr donné aucune méthode et pas le moindre fond de carte. Le jour de la « composition », j'ai essayé de tricher, très maladroitement, et je me suis fait « prendre ». Je me suis juré que ça n'arriverait plus, et j'ai pu faire un bon bac, puis passer une licence de lettres classiques, et faire une carrière en collège où je me suis pas mal soucié de pédagogie.
Paul Apartis
Capitales bombardées par Israël
Jean-Pierre Halbron se demande quelles sont les huit capitales arabes bombardées par Israël depuis les années 1970, évoquées dans l'entretien avec Rashid Khalidi dans le numéro sur « Les États-Unis et le monde » (L'Histoire n° 487, septembre 2021). L'auteur a répondu : 1. Le Caire, bombardée par l'aviation maintes fois entre 1969 et 1970. 2. Damas, bombardée par l'aviation maintes fois entre 1967 et aujourd'hui. 3. Beyrouth, bombardée par l'aviation maintes fois entre 1968 et 1982 et en 2006. 4. Amman, bombardée par l'aviation en 1969-1970. 5. Bagdad, bombardée par l'aviation en 1981. 6. Tunis, bombardée par l'aviation en 1985. 7. Alger, cible d'une attaque aérienne en 1988. 8. Khartoum, bombardée par l'aviation en 2009.
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 4[article] Forum - Les professeurs témoignent ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - p. 4.
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in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 4
Mots-clés : professeurs témoignages Note de contenu : Vous avez été nombreux à nous écrire sur le dossier « Professeur d'histoire » (L'Histoire n° 488, octobre 2021). Et notamment les enseignants :
Depuis quarante-trois ans c'est je crois la première fois que vous abordez l'histoire du métier de professeur. L'article « Une passion européenne ? » de Cécile Leyrat est passionnant. Difficile de bâtir une Europe unie sans un enseignement d'une histoire nationale qui s'intègre dans une histoire européenne. Le cas anglais illustre bien l'influence de l'enseignement de l'histoire sur la formation d'une conscience européenne. Comment un Anglais peut-il se sentir « Européen » s'il ignore complètement l'histoire de la France (à part la guillotine ou Napoléon) ou celle de l'Allemagne (à part le nazisme) ? C'est pourtant le sens des programmes actuels anglais. Une comparaison avec les programmes écossais ou irlandais aurait été révélatrice. A propos des historiens anglais et l'Europe, je vous recommande Cosmopolitan Islanders de Richard J. Evans.
Christophe Denizot
Cette enquête m'a beaucoup intéressé. Pourtant je dois dire qu'elle m'a laissé sur ma faim. Ça ne correspond pas toujours à ma vision de la discipline. Son enseignement est le fruit d'un long héritage et n'a pas su forcément s'adapter. Dans vos articles, les élèves apparaissent comme un ensemble uniforme. Or, de Dunkerque à Bonifacio, de Brest à Strasbourg, du Paris intra-muros à la banlieue, l'histoire n'est pas perçue de la même façon. Par ailleurs, il ressort de l'enquête que l'enseignant doit être un professionnel qui maîtrise parfaitement sa discipline. Oui, bien sûr. Cependant, je me souviens qu'en licence de géographie, dans les années 1960 à Dijon, un professeur nous avait donné cours sur la géographie de l'URSS à raison de deux heures par semaine pendant une année. Cours passionnant et détaillé, au point que je me sentais incollable sur le sujet. Seulement, face à des élèves, la géographie de l'URSS tient en 30 minutes. La première fois, ça m'a donné le vertige, tant il fallait synthétiser.
Jean-Claude Steib
La photo de couverture me concerne bien que je ne reconnaisse pas le professeur : j'étais élève dans ce lycée Montaigne l'année en question, 1960. Je voudrais faire savoir ce qui m'est arrivé cette année-là : ce n'est pas glorieux mais c'est édifiant. Le professeur de géographie - et d'histoire, mais de ce côté-là il ne m'a laissé aucun souvenir particulier - voulait que, pour la « composition » trimestrielle, événement important, nous puissions dessiner de mémoire les bassins des grands fleuves de France, et en nommer les principaux affluents. Ce professeur se nommait M. Pernet, Pierre peut-être. Il ne nous avait bien sûr donné aucune méthode et pas le moindre fond de carte. Le jour de la « composition », j'ai essayé de tricher, très maladroitement, et je me suis fait « prendre ». Je me suis juré que ça n'arriverait plus, et j'ai pu faire un bon bac, puis passer une licence de lettres classiques, et faire une carrière en collège où je me suis pas mal soucié de pédagogie.
Paul Apartis
Capitales bombardées par Israël
Jean-Pierre Halbron se demande quelles sont les huit capitales arabes bombardées par Israël depuis les années 1970, évoquées dans l'entretien avec Rashid Khalidi dans le numéro sur « Les États-Unis et le monde » (L'Histoire n° 487, septembre 2021). L'auteur a répondu : 1. Le Caire, bombardée par l'aviation maintes fois entre 1969 et 1970. 2. Damas, bombardée par l'aviation maintes fois entre 1967 et aujourd'hui. 3. Beyrouth, bombardée par l'aviation maintes fois entre 1968 et 1982 et en 2006. 4. Amman, bombardée par l'aviation en 1969-1970. 5. Bagdad, bombardée par l'aviation en 1981. 6. Tunis, bombardée par l'aviation en 1985. 7. Alger, cible d'une attaque aérienne en 1988. 8. Khartoum, bombardée par l'aviation en 2009.Evènement : Pearl Harbor, le traumatisme états-unien / Olivier WIEVIORKA in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Evènement : Pearl Harbor, le traumatisme états-unien Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier WIEVIORKA, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 12-20 Langues : Français (fre) Mots-clés : Pearl Harbor Japon Yamamoto rêves impériaux Note de contenu :
Pourquoi les Japonais ont-ils attaqué les Américains le 7 décembre 1941 ? Et pourquoi à Pearl Harbor ? Quel était l'objectif de l'amiral Yamamoto, concepteur du plan ? Comment expliquer que les États-Unis aient été surpris par ce raid ? Retour sur un traumatisme américain, qui fut aussi une victoire japonaise en trompe l'oeil.
Rien n'y fait ! Malgré huit commissions d'enquête diligentées entre décembre 1941 et juillet 1946 et la publication d'une avalanche de livres, l'attaque japonaise sur Pearl Harbor inspire encore des thèses complotistes : Roosevelt aurait sciemment laissé le Japon frapper, pour obliger ses compatriotes à s'engager dans une guerre qu'ils refusaient... Ces fables reflètent l'ampleur du traumatisme subi par les Américains le 7 décembre 1941. Elles confirment aussi la difficulté à interpréter un événement paradoxal : les Japonais remportèrent une victoire, mais ce triomphe scella leur perte ; les Américains pâtirent de leur impéritie, mais leur négligence les aida à se placer en ordre de bataille.
Depuis l'ère Meiji (1868-1912), le Japon construisait un empire. Après avoir annexé Formose (Taïwan, 1895), puis la Corée (1910), il s'attaqua, à partir de 1931 et plus encore de 1937, à la Chine1. Mais les nationalistes résistaient.
Rêves impériaux...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 12-20[article] Evènement : Pearl Harbor, le traumatisme états-unien [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier WIEVIORKA, Auteur . - 2021 . - p. 12-20.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 12-20
Mots-clés : Pearl Harbor Japon Yamamoto rêves impériaux Note de contenu :
Pourquoi les Japonais ont-ils attaqué les Américains le 7 décembre 1941 ? Et pourquoi à Pearl Harbor ? Quel était l'objectif de l'amiral Yamamoto, concepteur du plan ? Comment expliquer que les États-Unis aient été surpris par ce raid ? Retour sur un traumatisme américain, qui fut aussi une victoire japonaise en trompe l'oeil.
Rien n'y fait ! Malgré huit commissions d'enquête diligentées entre décembre 1941 et juillet 1946 et la publication d'une avalanche de livres, l'attaque japonaise sur Pearl Harbor inspire encore des thèses complotistes : Roosevelt aurait sciemment laissé le Japon frapper, pour obliger ses compatriotes à s'engager dans une guerre qu'ils refusaient... Ces fables reflètent l'ampleur du traumatisme subi par les Américains le 7 décembre 1941. Elles confirment aussi la difficulté à interpréter un événement paradoxal : les Japonais remportèrent une victoire, mais ce triomphe scella leur perte ; les Américains pâtirent de leur impéritie, mais leur négligence les aida à se placer en ordre de bataille.
Depuis l'ère Meiji (1868-1912), le Japon construisait un empire. Après avoir annexé Formose (Taïwan, 1895), puis la Corée (1910), il s'attaqua, à partir de 1931 et plus encore de 1937, à la Chine1. Mais les nationalistes résistaient.
Rêves impériaux...
Enquête sur une photographie / Bruno CABANES in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Enquête sur une photographie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Bruno CABANES, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 22-23 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine photographie enquête massacre 1941 Note de contenu :
L'historienne américaine Wendy Lower a enquêté pendant dix ans pour identifier les victimes et les bourreaux d'un massacre en Ukraine, en octobre 1941.
A l'été 2009 l'historienne américaine Wendy Lower travaillait aux archives du musée-mémorial de l'Holocauste à Washington DC (États-Unis) lorsqu'elle fit connaissance avec deux jeunes journalistes venus de Prague. Ils lui confièrent une photographie du front de l'Est pour l'expertiser. La scène, d'une violence extrême, se passait, selon eux, le lundi 13 octobre 1941, à Miropol (Myropil en français), en Ukraine. Un ravin - ou peut-être une large fosse creusée de main d'homme ? - occupe la moitié gauche de l'image. A droite, un groupe de quatre hommes, deux Allemands et leurs deux auxiliaires ukrainiens, fait feu à bout portant sur une femme, dont le corps est en train de basculer dans le vide. Son enfant est entraîné dans sa chute pour finir enterré vivant. Un autre civil ukrainien se tient en retrait.
Si la documentation photographique de la Shoah est particulièrement importante, peu nombreuses sont les images qui saisissent les tueurs dans l'instant même de ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 22-23[article] Enquête sur une photographie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Bruno CABANES, Auteur . - 2021 . - p. 22-23.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 22-23
Mots-clés : Ukraine photographie enquête massacre 1941 Note de contenu :
L'historienne américaine Wendy Lower a enquêté pendant dix ans pour identifier les victimes et les bourreaux d'un massacre en Ukraine, en octobre 1941.
A l'été 2009 l'historienne américaine Wendy Lower travaillait aux archives du musée-mémorial de l'Holocauste à Washington DC (États-Unis) lorsqu'elle fit connaissance avec deux jeunes journalistes venus de Prague. Ils lui confièrent une photographie du front de l'Est pour l'expertiser. La scène, d'une violence extrême, se passait, selon eux, le lundi 13 octobre 1941, à Miropol (Myropil en français), en Ukraine. Un ravin - ou peut-être une large fosse creusée de main d'homme ? - occupe la moitié gauche de l'image. A droite, un groupe de quatre hommes, deux Allemands et leurs deux auxiliaires ukrainiens, fait feu à bout portant sur une femme, dont le corps est en train de basculer dans le vide. Son enfant est entraîné dans sa chute pour finir enterré vivant. Un autre civil ukrainien se tient en retrait.
Si la documentation photographique de la Shoah est particulièrement importante, peu nombreuses sont les images qui saisissent les tueurs dans l'instant même de ...
Dossier : L'idéologie Confucius. Des Hans à Xi Jinping in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Dossier : L'idéologie Confucius. Des Hans à Xi Jinping Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 30-57 Langues : Français (fre) Mots-clés : Xi Jinping Confucius Chine universalisme Note de contenu : Du célèbre sage on ne sait pas grand-chose de façon certaine, si ce n'est qu'il a bien existé. Il a connu la Chine divisée du VIe siècle avant notre ère et a proposé une pensée sur laquelle, depuis le premier empire, en 221 av. n. è., les dynasties successives ont pu s'appuyer, recrutant notamment des lettrés-fonctionnaires formés au confucianisme. Accusé d'être la cause de tous les maux du pays à la fin de l'empire et sous Mao, il a été remis à l'honneur avec Xi Jinping, devenant le porte-drapeau des « valeurs asiatiques » contre l'universalisme des droits de l'homme.
8 sous-dossiers
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 30-57[article] Dossier : L'idéologie Confucius. Des Hans à Xi Jinping [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2021 . - p. 30-57.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 30-57
Mots-clés : Xi Jinping Confucius Chine universalisme Note de contenu : Du célèbre sage on ne sait pas grand-chose de façon certaine, si ce n'est qu'il a bien existé. Il a connu la Chine divisée du VIe siècle avant notre ère et a proposé une pensée sur laquelle, depuis le premier empire, en 221 av. n. è., les dynasties successives ont pu s'appuyer, recrutant notamment des lettrés-fonctionnaires formés au confucianisme. Accusé d'être la cause de tous les maux du pays à la fin de l'empire et sous Mao, il a été remis à l'honneur avec Xi Jinping, devenant le porte-drapeau des « valeurs asiatiques » contre l'universalisme des droits de l'homme.
8 sous-dossiersDossier : Les cent visages de Confucius / Anne Cheng in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Dossier : Les cent visages de Confucius Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Anne Cheng, Expert Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 32-39 Langues : Français (fre) Mots-clés : Confucius Note de contenu :
A chaque époque son Confucius. Depuis deux mille cinq cents ans, maître Kong et sa pensée ont fait l'objet d'appropriations et de réinventions successives. Une histoire de bout en bout politique, en Chine comme ailleurs.
L'Histoire : Que sait-on de Confucius ?
Anne Cheng : Il faut tout d'abord rappeler que même si Confucius (forme latinisée de Kong fuzi, c'est-à -dire « maître Kong », en chinois) est un personnage historique, dont l'existence est avérée - contrairement par exemple à Laozi, le fondateur mythique du taoïsme -, il fait partie de ces maîtres qui, tel Socrate en Grèce, n'ont laissé aucun écrit, et que l'on ne connaît donc que de seconde main.
La biographie conventionnelle de Confucius peut se résumer comme l'histoire d'un échec. Né en 551 avant notre ère au pays de Lu, dans l'actuelle péninsule du Shandong, pendant la période dite des « Printemps et Automnes » (771-481 av. n. è.), il aurait mené une carrière politique relativement médiocre dans différents États vassaux de la dynastie des Zhou (cf. p. 44). La tradition veut qu'il ait exercé les fonctions de ministre de la Justice à Lu, même s'il est proba ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 32-39[article] Dossier : Les cent visages de Confucius [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Anne Cheng, Expert . - 2021 . - p. 32-39.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 32-39
Mots-clés : Confucius Note de contenu :
A chaque époque son Confucius. Depuis deux mille cinq cents ans, maître Kong et sa pensée ont fait l'objet d'appropriations et de réinventions successives. Une histoire de bout en bout politique, en Chine comme ailleurs.
L'Histoire : Que sait-on de Confucius ?
Anne Cheng : Il faut tout d'abord rappeler que même si Confucius (forme latinisée de Kong fuzi, c'est-à -dire « maître Kong », en chinois) est un personnage historique, dont l'existence est avérée - contrairement par exemple à Laozi, le fondateur mythique du taoïsme -, il fait partie de ces maîtres qui, tel Socrate en Grèce, n'ont laissé aucun écrit, et que l'on ne connaît donc que de seconde main.
La biographie conventionnelle de Confucius peut se résumer comme l'histoire d'un échec. Né en 551 avant notre ère au pays de Lu, dans l'actuelle péninsule du Shandong, pendant la période dite des « Printemps et Automnes » (771-481 av. n. è.), il aurait mené une carrière politique relativement médiocre dans différents États vassaux de la dynastie des Zhou (cf. p. 44). La tradition veut qu'il ait exercé les fonctions de ministre de la Justice à Lu, même s'il est proba ...
Dossier : Moderniser la Chine avec ou sans Confucius / Sebastian Veg in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Dossier : Moderniser la Chine avec ou sans Confucius Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sebastian Veg, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 40-43 Langues : Français (fre) Mots-clés : Moderniser Chine sans Confucius Note de contenu :
La chute de l'empire vient remettre en question, au début du XXe siècle, l'héritage confucéen. Ce qui n'empêche pas sa permanence.
Les lettrés et intellectuels chinois n'ont pas attendu le XXe siècle pour critiquer l'idéologie confucéenne. C'est toutefois à la fin de la dynastie Qing, dynastie mandchoue, que les remises en cause se multiplient et se systématisent. Dès les dernières années du XIXe siècle, à partir du constat partagé de l'affaiblissement politique et économique de l'empire mandchou, un clivage profond apparaît parmi les lettrés entre des réformateurs monarchistes comme Kang Youwei, qui cherchent à moderniser le confucianisme, et des érudits nationalistes comme Zhang Binglin, qui le fustigent pour son caractère hégémonique et ses liens immémoriaux avec le pouvoir despotique de la Cour. Les premiers soutiennent une monarchie constitutionnelle, alors que les seconds appellent de leurs voeux une république débarrassée des Mandchous.
Après la révolution de 1911, qui met fin à l'empire, beaucoup d'intellectuels sont déçus par la lenteur du changement des mentalités et des habitudes politiques, ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 40-43[article] Dossier : Moderniser la Chine avec ou sans Confucius [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sebastian Veg, Auteur . - 2021 . - p. 40-43.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 40-43
Mots-clés : Moderniser Chine sans Confucius Note de contenu :
La chute de l'empire vient remettre en question, au début du XXe siècle, l'héritage confucéen. Ce qui n'empêche pas sa permanence.
Les lettrés et intellectuels chinois n'ont pas attendu le XXe siècle pour critiquer l'idéologie confucéenne. C'est toutefois à la fin de la dynastie Qing, dynastie mandchoue, que les remises en cause se multiplient et se systématisent. Dès les dernières années du XIXe siècle, à partir du constat partagé de l'affaiblissement politique et économique de l'empire mandchou, un clivage profond apparaît parmi les lettrés entre des réformateurs monarchistes comme Kang Youwei, qui cherchent à moderniser le confucianisme, et des érudits nationalistes comme Zhang Binglin, qui le fustigent pour son caractère hégémonique et ses liens immémoriaux avec le pouvoir despotique de la Cour. Les premiers soutiennent une monarchie constitutionnelle, alors que les seconds appellent de leurs voeux une république débarrassée des Mandchous.
Après la révolution de 1911, qui met fin à l'empire, beaucoup d'intellectuels sont déçus par la lenteur du changement des mentalités et des habitudes politiques, ...
Dossier : La pensée sur laquelle s'est bâti un empire / Yuri Pines in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Dossier : La pensée sur laquelle s'est bâti un empire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Yuri Pines, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 44-49 Langues : Français (fre) Mots-clés : Confucius Qin Shi Huangdi Chine empire bâti Note de contenu :
Lorsqu'en 221 avant notre ère Qin Shi Huangdi réunifie le territoire chinois et instaure l'empire, c'est l'aboutissement d'un long processus enclenché au VIe siècle av. n. è. par Confucius puis ses disciples. Retour sur une révolution dans l'histoire de la pensée chinoise.
Confucius est le premier penseur indépendant que l'on connaisse dans l'histoire chinoise. Pour comprendre en quoi son oeuvre diffère de ce que l'on connaît de la vie intellectuelle des Printemps et Automnes (771-481 avant notre ère ), il faut dire quelques mots de la situation politique de la Chine à l'époque.
Un rêve de stabilité
Depuis 771 avant notre ère, date à laquelle la dynastie des Zhou déplace sa capitale vers l'est, à Luoyi (on distingue ainsi la période des Zhou occidentaux, centrée sur Haojing, de celle des Zhou orientaux), le pouvoir de la maison royale connaît un déclin progressif. La Chine des Zhou était composée de centaines de minuscules États dans le bassin du fleuve Jaune, rassemblés en entités politiques plus larges. Ces dernières étaient dirigées par des ducs apparentés à la famille royale, qui plaçaient leurs proches à la tête des différents États. Le pouvoir était ainsi tenu par de puissants lignages unis par une ascen ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 44-49[article] Dossier : La pensée sur laquelle s'est bâti un empire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Yuri Pines, Auteur . - 2021 . - p. 44-49.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 44-49
Mots-clés : Confucius Qin Shi Huangdi Chine empire bâti Note de contenu :
Lorsqu'en 221 avant notre ère Qin Shi Huangdi réunifie le territoire chinois et instaure l'empire, c'est l'aboutissement d'un long processus enclenché au VIe siècle av. n. è. par Confucius puis ses disciples. Retour sur une révolution dans l'histoire de la pensée chinoise.
Confucius est le premier penseur indépendant que l'on connaisse dans l'histoire chinoise. Pour comprendre en quoi son oeuvre diffère de ce que l'on connaît de la vie intellectuelle des Printemps et Automnes (771-481 avant notre ère ), il faut dire quelques mots de la situation politique de la Chine à l'époque.
Un rêve de stabilité
Depuis 771 avant notre ère, date à laquelle la dynastie des Zhou déplace sa capitale vers l'est, à Luoyi (on distingue ainsi la période des Zhou occidentaux, centrée sur Haojing, de celle des Zhou orientaux), le pouvoir de la maison royale connaît un déclin progressif. La Chine des Zhou était composée de centaines de minuscules États dans le bassin du fleuve Jaune, rassemblés en entités politiques plus larges. Ces dernières étaient dirigées par des ducs apparentés à la famille royale, qui plaçaient leurs proches à la tête des différents États. Le pouvoir était ainsi tenu par de puissants lignages unis par une ascen ...
Dossier : Des mandarins pas si confucéens / Pierre-Etienne Will in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Dossier : Des mandarins pas si confucéens Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre-Etienne Will, Expert Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 50-54 Langues : Français (fre) Mots-clés : mandarins Confucius Chine dynastie méritocratie fonctionnaires élite administration Note de contenu :
Achat de titres, distinction sociale et corruption. Loin des fantasmes qui entourent les mandarins, la vertu confucéenne et la méritocratie de l'Empire chinois, plongée dans un milieu de lettrés-fonctionnaires plus hétérogène et pragmatique qu'on ne croit.
Il faut se méfier de l'image, trop abstraite et figée, que l'on a longtemps eue en Europe des lettrés-fonctionnaires, ceux qu'on appelle « mandarins » depuis le XVIe siècle - un terme qui d'ailleurs n'a rien de chinois. On a vanté avec les Jésuites la moralité, la sagesse et le sens de l'État de ces mandarins-philosophes, et la méritocratie du système mandarinal ; on a critiqué au XIXe siècle l'immobilisme d'une bureaucratie uniquement préoccupée des Classiques et déconnectée des exigences du monde moderne ; mais on est passé à côté de la diversité et des évolutions de ce monde bureaucratique chinois. Les fameux examens impériaux ne font leur apparition que sous les dynasties des Sui (581-618) puis des Tang (618-907), mais ils ne concernent alors qu'une minorité de fonctionnaires, et guère les échelons les plus élevés de la bureaucratie impériale. Ce n'est qu'à partir de la dynastie des Song (960-1279) qu'ils se généralisent véritablement, avant d'atteindre leur âge d'or da ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 50-54[article] Dossier : Des mandarins pas si confucéens [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre-Etienne Will, Expert . - 2021 . - p. 50-54.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 50-54
Mots-clés : mandarins Confucius Chine dynastie méritocratie fonctionnaires élite administration Note de contenu :
Achat de titres, distinction sociale et corruption. Loin des fantasmes qui entourent les mandarins, la vertu confucéenne et la méritocratie de l'Empire chinois, plongée dans un milieu de lettrés-fonctionnaires plus hétérogène et pragmatique qu'on ne croit.
Il faut se méfier de l'image, trop abstraite et figée, que l'on a longtemps eue en Europe des lettrés-fonctionnaires, ceux qu'on appelle « mandarins » depuis le XVIe siècle - un terme qui d'ailleurs n'a rien de chinois. On a vanté avec les Jésuites la moralité, la sagesse et le sens de l'État de ces mandarins-philosophes, et la méritocratie du système mandarinal ; on a critiqué au XIXe siècle l'immobilisme d'une bureaucratie uniquement préoccupée des Classiques et déconnectée des exigences du monde moderne ; mais on est passé à côté de la diversité et des évolutions de ce monde bureaucratique chinois. Les fameux examens impériaux ne font leur apparition que sous les dynasties des Sui (581-618) puis des Tang (618-907), mais ils ne concernent alors qu'une minorité de fonctionnaires, et guère les échelons les plus élevés de la bureaucratie impériale. Ce n'est qu'à partir de la dynastie des Song (960-1279) qu'ils se généralisent véritablement, avant d'atteindre leur âge d'or da ...
Dossier : Un universalisme à la chinoise / Clément Fabre in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Dossier : Un universalisme à la chinoise Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 56-57 Langues : Français (fre) Mots-clés : universalisme Chine Xi Jinping tradiction Note de contenu :
La Chine de Xi Jinping dénonce les droits de l'homme comme un nouvel impérialisme occidental, et promeut à leur place des valeurs asiatiques, mâtinées de confucianisme.
Confucius peut-il servir d'arme contre l'impérialisme occidental ? Le lettré Kang Youwei déjà , à la toute fin du XIXe siècle, avait rêvé une réforme de la Chine sur une base confucéenne, pour lui permettre de résister aux assauts des puissances occidentales et du Japon. Projet vite avorté, mais ressurgissent aujourd'hui en Chine des mouvements qui se réclament de lui : la « clique Kang » (Kang dang) voit ainsi dans le réformateur le choix du confucianisme contre les Lumières européennes.
On ne saurait comprendre cette résurrection de Kang Youwei sans la replacer dans une dynamique plus longue inaugurée hors de Chine, au cours des années 1990, dans les débats autour des « valeurs asiatiques ». Le contexte est double alors. D'un côté, le miracle économique asiatique, qui fait souffler un vent d'optimisme dans la région ; de l'autre, les critiques que s'attirent à l'époque plusieurs pays de la région pour des infractions aux droits de l'homme. Aussi ce ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 56-57[article] Dossier : Un universalisme à la chinoise [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Auteur . - 2021 . - p. 56-57.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 56-57
Mots-clés : universalisme Chine Xi Jinping tradiction Note de contenu :
La Chine de Xi Jinping dénonce les droits de l'homme comme un nouvel impérialisme occidental, et promeut à leur place des valeurs asiatiques, mâtinées de confucianisme.
Confucius peut-il servir d'arme contre l'impérialisme occidental ? Le lettré Kang Youwei déjà , à la toute fin du XIXe siècle, avait rêvé une réforme de la Chine sur une base confucéenne, pour lui permettre de résister aux assauts des puissances occidentales et du Japon. Projet vite avorté, mais ressurgissent aujourd'hui en Chine des mouvements qui se réclament de lui : la « clique Kang » (Kang dang) voit ainsi dans le réformateur le choix du confucianisme contre les Lumières européennes.
On ne saurait comprendre cette résurrection de Kang Youwei sans la replacer dans une dynamique plus longue inaugurée hors de Chine, au cours des années 1990, dans les débats autour des « valeurs asiatiques ». Le contexte est double alors. D'un côté, le miracle économique asiatique, qui fait souffler un vent d'optimisme dans la région ; de l'autre, les critiques que s'attirent à l'époque plusieurs pays de la région pour des infractions aux droits de l'homme. Aussi ce ...
L'Atelier des CHERCHEURS : Pourquoi Alexandre II a aboli le servage / Michel Tissier in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS : Pourquoi Alexandre II a aboli le servage Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel Tissier, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 58-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : Alexandre II abolition servage Empire russe impérialisme Note de contenu :
En 1861 le tsar émancipait les 22 millions de serfs de l'Empire russe. Alors que l'esclavage était partout remis en cause, l'enjeu pour le régime, après sa défaite dans la guerre de Crimée, était de tenir son rang parmi les puissances impériales.
En mars 1856 l'Empire russe, défait dans la guerre de Crimée, signait le traité de Paris. Succès diplomatique pour Napoléon III, cet acte mortifiait la puissance russe. Les Britanniques et les Français avaient obtenu cette victoire en apportant leur aide à l'Empire ottoman, adversaire méprisé des Russes. L'impressionnante domination stratégique que ceux-ci avaient forgée pendant des décennies, entre Europe et Asie, vacillait. Comment réparer cette humiliation ?
Ce n'est pas par un exploit militaire, mais par un acte civil, qu'Alexandre II reprend l'avantage moralement. Le 19 février 1861, selon le calendrier julien en vigueur dans l'empire, il promulgue l'abolition du servage pour la masse immense - 22 millions de personnes, soit la moitié de la population de statut paysan - qui se trouvait au pouvoir des seigneurs (ou pomechtchiki), les nobles propriétaires de domaines fonciers.
En 1861 la propagande tsariste rencontre en Europe un écho pos ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 58-63[article] L'Atelier des CHERCHEURS : Pourquoi Alexandre II a aboli le servage [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel Tissier, Auteur . - 2021 . - p. 58-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 58-63
Mots-clés : Alexandre II abolition servage Empire russe impérialisme Note de contenu :
En 1861 le tsar émancipait les 22 millions de serfs de l'Empire russe. Alors que l'esclavage était partout remis en cause, l'enjeu pour le régime, après sa défaite dans la guerre de Crimée, était de tenir son rang parmi les puissances impériales.
En mars 1856 l'Empire russe, défait dans la guerre de Crimée, signait le traité de Paris. Succès diplomatique pour Napoléon III, cet acte mortifiait la puissance russe. Les Britanniques et les Français avaient obtenu cette victoire en apportant leur aide à l'Empire ottoman, adversaire méprisé des Russes. L'impressionnante domination stratégique que ceux-ci avaient forgée pendant des décennies, entre Europe et Asie, vacillait. Comment réparer cette humiliation ?
Ce n'est pas par un exploit militaire, mais par un acte civil, qu'Alexandre II reprend l'avantage moralement. Le 19 février 1861, selon le calendrier julien en vigueur dans l'empire, il promulgue l'abolition du servage pour la masse immense - 22 millions de personnes, soit la moitié de la population de statut paysan - qui se trouvait au pouvoir des seigneurs (ou pomechtchiki), les nobles propriétaires de domaines fonciers.
En 1861 la propagande tsariste rencontre en Europe un écho pos ...
L'Atelier des CHERCHEURS : Comment les marchands de Florence fraudaient le fisc / Ingrid Houssaye Michienzi in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS : Comment les marchands de Florence fraudaient le fisc Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Ingrid Houssaye Michienzi, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 64-65 Langues : Français (fre) Mots-clés : Florence fisc marchands fraude Moyen-Age Note de contenu :
Dans la Méditerranée du XVe siècle la fraude fiscale est chose courante. Reprises à nouveaux frais, les sources commerciales nous en disent long sur les pratiques marchandes à la fin du Moyen Age.
Le 11 avril 1405, port de Valence, Couronne d'Aragon. Les agents de la compagnie d'affaires du Florentin Francesco Datini chargent un ballot de soie sur une embarcation à destination des côtes italiennes. Ce ballot est enregistré sur le registre de bord sous le nom du marchand catalan Johan Beyona et scellé de son sceau.
14 mai 1405, port de Piombino, Toscane. Giovanni Cirioni, agent de la compagnie Datini, monte à bord du navire fraîchement arrivé de Valence pour inciter le scribe à changer la marque commerciale apposée sur le ballot de soie et à modifier le nom de son propriétaire sur le registre de bord. Il s'agit de remplacer le nom et la marque commerciale du Catalan Johan Beyona par ceux de la compagnie Datini. L'objectif de cette manoeuvre : éviter le paiement des taxes à Valence et à Piombino.
Mais Cirioni n'est pas assez prudent. La fraude est découverte suite à une dénonciation faite auprès des autorités de Piombino. Le ballot de soie est séquestré et un procès est instruit pour « fraude et tromperie », conduit par le podestat, premier magistrat de la commune, et par le percepteur de la gabelle Iacopo Pucci.
Cette affaire peut être reconstituée grâce à la formidable documentation marchande conservée au sein du fonds Datini des archives de Prato en Toscane. Ce corpus exceptionnel (plus de 150 000 lettres et 600 registres de comptes) a été exploité de manière importante à partir des années 1960 avec une approche plutôt quantitative, souvent prisonnière d'une lecture classique strictement économique, avant d'être délaissé par les chercheurs. Riche en multiples histoires, ce fonds est aujourd'hui examiné de manière transversale afin de répondre à des questionnements neufs, davantage qualitatifs. On y trouve par exemple les traces écrites d'un commerce interreligieux notable en péninsule Ibérique dans un contexte de ségrégation spatiale et de persécution envers les Juifs. On y trouve aussi exposés de manière concrète les pratiques commerciales et le fonctionnement des réseaux d'affaires en Méditerranée occidentale.
Guerre commerciale
Cette affaire de fraude fiscale nous permet d'en apprendre plus sur les stratégies commerciales déployées par la compagnie florentine. Retournons d'abord à Valence. Depuis la fin du XIIIe siècle les marchands catalans et aragonais se plaignent des négociants italiens auprès des souverains de la Couronne d'Aragon. Ils les accusent de pratiquer l'accaparement de marchandises et d'infiltrer les milieux financiers de la Couronne.
Les souverains de la Couronne jonglent alors entre mesures punitives d'expulsion des marchands italiens du royaume et retour au statu quo. A la suite d'une énième mesure d'expulsion décrétée en 1401 par Martin Ier, une nouveauté voit le jour : établir une taxe spécifique de 3 deniers par lire (1,25 %) sur les marchandises que les Italiens importent ou exportent des territoires de la Couronne.
Mais immédiatement, dans les milieux marchands toscans, on réfléchit à la parade. Puisque les sujets de la Couronne d'Aragon ne paient pas cette taxe, quelle que soit leur origine, deux moyens s'offrent à eux. Le premier est d'obtenir la citoyenneté aragonaise au terme d'une procédure peu complexe. Comme l'écrit un Toscan installé dans l'île de Majorque, « pour le bien de nos marchandises et de celles de nos amis, je me suis fait citoyen d'ici ».
Le second moyen est la substitution d'identité, c'est-à -dire commercer sous le nom d'un tiers consentant, le plus souvent une proche relation d'affaires. L'emprunt de telles identités de complaisance est alors facilité par l'absence d'un réel enregistrement administratif permettant un processus complet d'identification. Seule la marque du souverain ou des autorités qui délivrent un document officiel, à travers les sceaux et les signatures, le rend authentique.
La citoyenneté d'autrui devient vite un instrument de fraude. Les marchands toscans trafiquent entre eux des cartes de citoyenneté. A Majorque, les agents de la compagnie Datini opèrent sous le nom d'autres marchands toscans, tels Frosino di ser Giovanni, un Florentin citoyen de Barcelone, ou Tommaso Casini, citoyen de Valence. Ainsi, c'est afin d'éviter le paiement de la taxe spécifique aux Italiens que, le 11 avril 1405, les agents de la compagnie Datini de Valence ont placé leur ballot de soie sous le nom du Catalan Johan Beyona.
Une fois le navire arrivé à Piombino, Giovanni Cirioni, en montant sur le bateau, veut effectuer la procédure inverse et placer la soie sous nom toscan pour éviter de payer la taxe réservée aux marchandises étrangères. Une pratique qui n'a rien d'exceptionnel, si l'on en croit la réaction des autorités locales, qui prennent l'affaire très au sérieux. Ainsi, d'après les agents de Francesco Datini à Piombino, « ceux d'ici font une grande estime de ce cas parce qu'il apparaît un exemple que les autres auront à suivre ».
Une longue procédure juridique
L'imprudence de Cirioni constitue donc une aubaine pour l'historien. La procédure juridique qui s'ensuit, bien documentée dans les archives de la compagnie, nous donne à voir la complexité des réseaux marchands impliqués dans cette affaire. Les sources montrent ainsi que la procédure dure plus d'un mois. Il ne s'agit pas de juger les actes de Cirioni, mais d'identifier le propriétaire du ballot de soie. Il faut déterminer très précisément la propriété de la marchandise. Si celle-ci appartient au marchand catalan, les droits doivent être payés à Piombino ; en revanche, si le ballot de soie est à la compagnie Datini, le paiement des droits n'est pas exigé.
Après des déclarations contradictoires, Cirioni doit fournir des documents consignés à la Cour par le biais d'écritures notariées. Il s'agit de lettres commerciales prouvant les modalités d'achat du ballot de soie et son expédition, du contrat d'assurance et de déclaration de personnes présentes lors de l'arrivée du navire.
Mais la procédure traîne. Les agents sur place utilisent différents moyens pour la faire avancer, notamment l'intimidation. Ils menacent le percepteur de porter plainte contre lui à Florence afin que tout coût ou dommage survenu au ballot de soie lui soit imputé. Cette pression, renforcée par le poids du marchand - Francesco Datini - auquel appartient la marchandise et qui suit l'affaire de près, accélère le processus juridique. La soie est rapidement récupérée et l'instruction, close. Giovanni Cirioni, quant à lui, n'est jamais inquiété. Il reste libre durant la procédure. Aucune lettre ne mentionne une incarcération ou une quelconque amende. Et comme l'atteste sa correspondance, il reprend tranquillement ses activités à Piombino. Une issue heureuse, qui montre bien qu'au début du XVe siècle les grandes compagnies réussissent déjà à s'affranchir des lois de la fiscalité...
L'AUTEURE
Chargée de recherche au CNRS, Ingrid Houssaye Michienzi est spécialiste de l'histoire économique et sociale de l'espace méditerranéen à la fin du Moyen Age. Elle a publié Datini, Majorque et le Maghreb, XIVe-XVe siècles. Réseaux, espaces méditerranéens et stratégies marchandes (Brill, 2013).
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 64-65[article] L'Atelier des CHERCHEURS : Comment les marchands de Florence fraudaient le fisc [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Ingrid Houssaye Michienzi, Auteur . - 2021 . - p. 64-65.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 64-65
Mots-clés : Florence fisc marchands fraude Moyen-Age Note de contenu :
Dans la Méditerranée du XVe siècle la fraude fiscale est chose courante. Reprises à nouveaux frais, les sources commerciales nous en disent long sur les pratiques marchandes à la fin du Moyen Age.
Le 11 avril 1405, port de Valence, Couronne d'Aragon. Les agents de la compagnie d'affaires du Florentin Francesco Datini chargent un ballot de soie sur une embarcation à destination des côtes italiennes. Ce ballot est enregistré sur le registre de bord sous le nom du marchand catalan Johan Beyona et scellé de son sceau.
14 mai 1405, port de Piombino, Toscane. Giovanni Cirioni, agent de la compagnie Datini, monte à bord du navire fraîchement arrivé de Valence pour inciter le scribe à changer la marque commerciale apposée sur le ballot de soie et à modifier le nom de son propriétaire sur le registre de bord. Il s'agit de remplacer le nom et la marque commerciale du Catalan Johan Beyona par ceux de la compagnie Datini. L'objectif de cette manoeuvre : éviter le paiement des taxes à Valence et à Piombino.
Mais Cirioni n'est pas assez prudent. La fraude est découverte suite à une dénonciation faite auprès des autorités de Piombino. Le ballot de soie est séquestré et un procès est instruit pour « fraude et tromperie », conduit par le podestat, premier magistrat de la commune, et par le percepteur de la gabelle Iacopo Pucci.
Cette affaire peut être reconstituée grâce à la formidable documentation marchande conservée au sein du fonds Datini des archives de Prato en Toscane. Ce corpus exceptionnel (plus de 150 000 lettres et 600 registres de comptes) a été exploité de manière importante à partir des années 1960 avec une approche plutôt quantitative, souvent prisonnière d'une lecture classique strictement économique, avant d'être délaissé par les chercheurs. Riche en multiples histoires, ce fonds est aujourd'hui examiné de manière transversale afin de répondre à des questionnements neufs, davantage qualitatifs. On y trouve par exemple les traces écrites d'un commerce interreligieux notable en péninsule Ibérique dans un contexte de ségrégation spatiale et de persécution envers les Juifs. On y trouve aussi exposés de manière concrète les pratiques commerciales et le fonctionnement des réseaux d'affaires en Méditerranée occidentale.
Guerre commerciale
Cette affaire de fraude fiscale nous permet d'en apprendre plus sur les stratégies commerciales déployées par la compagnie florentine. Retournons d'abord à Valence. Depuis la fin du XIIIe siècle les marchands catalans et aragonais se plaignent des négociants italiens auprès des souverains de la Couronne d'Aragon. Ils les accusent de pratiquer l'accaparement de marchandises et d'infiltrer les milieux financiers de la Couronne.
Les souverains de la Couronne jonglent alors entre mesures punitives d'expulsion des marchands italiens du royaume et retour au statu quo. A la suite d'une énième mesure d'expulsion décrétée en 1401 par Martin Ier, une nouveauté voit le jour : établir une taxe spécifique de 3 deniers par lire (1,25 %) sur les marchandises que les Italiens importent ou exportent des territoires de la Couronne.
Mais immédiatement, dans les milieux marchands toscans, on réfléchit à la parade. Puisque les sujets de la Couronne d'Aragon ne paient pas cette taxe, quelle que soit leur origine, deux moyens s'offrent à eux. Le premier est d'obtenir la citoyenneté aragonaise au terme d'une procédure peu complexe. Comme l'écrit un Toscan installé dans l'île de Majorque, « pour le bien de nos marchandises et de celles de nos amis, je me suis fait citoyen d'ici ».
Le second moyen est la substitution d'identité, c'est-à -dire commercer sous le nom d'un tiers consentant, le plus souvent une proche relation d'affaires. L'emprunt de telles identités de complaisance est alors facilité par l'absence d'un réel enregistrement administratif permettant un processus complet d'identification. Seule la marque du souverain ou des autorités qui délivrent un document officiel, à travers les sceaux et les signatures, le rend authentique.
La citoyenneté d'autrui devient vite un instrument de fraude. Les marchands toscans trafiquent entre eux des cartes de citoyenneté. A Majorque, les agents de la compagnie Datini opèrent sous le nom d'autres marchands toscans, tels Frosino di ser Giovanni, un Florentin citoyen de Barcelone, ou Tommaso Casini, citoyen de Valence. Ainsi, c'est afin d'éviter le paiement de la taxe spécifique aux Italiens que, le 11 avril 1405, les agents de la compagnie Datini de Valence ont placé leur ballot de soie sous le nom du Catalan Johan Beyona.
Une fois le navire arrivé à Piombino, Giovanni Cirioni, en montant sur le bateau, veut effectuer la procédure inverse et placer la soie sous nom toscan pour éviter de payer la taxe réservée aux marchandises étrangères. Une pratique qui n'a rien d'exceptionnel, si l'on en croit la réaction des autorités locales, qui prennent l'affaire très au sérieux. Ainsi, d'après les agents de Francesco Datini à Piombino, « ceux d'ici font une grande estime de ce cas parce qu'il apparaît un exemple que les autres auront à suivre ».
Une longue procédure juridique
L'imprudence de Cirioni constitue donc une aubaine pour l'historien. La procédure juridique qui s'ensuit, bien documentée dans les archives de la compagnie, nous donne à voir la complexité des réseaux marchands impliqués dans cette affaire. Les sources montrent ainsi que la procédure dure plus d'un mois. Il ne s'agit pas de juger les actes de Cirioni, mais d'identifier le propriétaire du ballot de soie. Il faut déterminer très précisément la propriété de la marchandise. Si celle-ci appartient au marchand catalan, les droits doivent être payés à Piombino ; en revanche, si le ballot de soie est à la compagnie Datini, le paiement des droits n'est pas exigé.
Après des déclarations contradictoires, Cirioni doit fournir des documents consignés à la Cour par le biais d'écritures notariées. Il s'agit de lettres commerciales prouvant les modalités d'achat du ballot de soie et son expédition, du contrat d'assurance et de déclaration de personnes présentes lors de l'arrivée du navire.
Mais la procédure traîne. Les agents sur place utilisent différents moyens pour la faire avancer, notamment l'intimidation. Ils menacent le percepteur de porter plainte contre lui à Florence afin que tout coût ou dommage survenu au ballot de soie lui soit imputé. Cette pression, renforcée par le poids du marchand - Francesco Datini - auquel appartient la marchandise et qui suit l'affaire de près, accélère le processus juridique. La soie est rapidement récupérée et l'instruction, close. Giovanni Cirioni, quant à lui, n'est jamais inquiété. Il reste libre durant la procédure. Aucune lettre ne mentionne une incarcération ou une quelconque amende. Et comme l'atteste sa correspondance, il reprend tranquillement ses activités à Piombino. Une issue heureuse, qui montre bien qu'au début du XVe siècle les grandes compagnies réussissent déjà à s'affranchir des lois de la fiscalité...
L'AUTEURE
Chargée de recherche au CNRS, Ingrid Houssaye Michienzi est spécialiste de l'histoire économique et sociale de l'espace méditerranéen à la fin du Moyen Age. Elle a publié Datini, Majorque et le Maghreb, XIVe-XVe siècles. Réseaux, espaces méditerranéens et stratégies marchandes (Brill, 2013).
L'Atelier des CHERCHEURS : Le moine et les inondations de la Seine / Orest Ranum in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS : Le moine et les inondations de la Seine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Orest Ranum, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 66-70 Langues : Français (fre) Mots-clés : moine Jean de Thoulouse Seine inondation 1658 fleuve Paris Note de contenu :
Les observations de Jean de Thoulouse, moine de l'abbaye Saint-Victor de Paris au XVIIe siècle, constituent une source précieuse pour l'histoire du climat. Il fut notamment témoin de la montée des eaux qui, en 1658, fit une soixantaine de morts.
Même si les « pouces » et les « pieds » du milieu du XVIIe siècle sont moins précis que les mesures scientifiques d'aujourd'hui (1 pouce correspondait à peu près à 2,7 centimètres), les observations de Jean de Thoulouse, prieur à l'abbaye Saint-Victor de Paris, constituent une source précieuse pour l'histoire environnementale1.
Né en 1590, Thoulouse devient moine en 1605 à l'abbaye royale Saint-Victor, prestigieuse communauté ecclésiastique de la rive gauche de la Seine. Jusqu'en 1659, année où il meurt à l'âge de 69 ans, il consigne avec un même souci de connaissance scientifique la vie au sein de la communauté, les événements politiques tels que la Fronde mais aussi les épisodes climatiques extrêmes et notamment les inondations de la Seine.
Certes, des observations relatives à la météo, aux inondations, aux moissons ou aux vendanges sont présentes ici ou là dans les Mémoires du XVIIe siècle. Mais, à ma connaissance, celles de Jean de Thoulouse sont ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 66-70[article] L'Atelier des CHERCHEURS : Le moine et les inondations de la Seine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Orest Ranum, Auteur . - 2021 . - p. 66-70.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 66-70
Mots-clés : moine Jean de Thoulouse Seine inondation 1658 fleuve Paris Note de contenu :
Les observations de Jean de Thoulouse, moine de l'abbaye Saint-Victor de Paris au XVIIe siècle, constituent une source précieuse pour l'histoire du climat. Il fut notamment témoin de la montée des eaux qui, en 1658, fit une soixantaine de morts.
Même si les « pouces » et les « pieds » du milieu du XVIIe siècle sont moins précis que les mesures scientifiques d'aujourd'hui (1 pouce correspondait à peu près à 2,7 centimètres), les observations de Jean de Thoulouse, prieur à l'abbaye Saint-Victor de Paris, constituent une source précieuse pour l'histoire environnementale1.
Né en 1590, Thoulouse devient moine en 1605 à l'abbaye royale Saint-Victor, prestigieuse communauté ecclésiastique de la rive gauche de la Seine. Jusqu'en 1659, année où il meurt à l'âge de 69 ans, il consigne avec un même souci de connaissance scientifique la vie au sein de la communauté, les événements politiques tels que la Fronde mais aussi les épisodes climatiques extrêmes et notamment les inondations de la Seine.
Certes, des observations relatives à la météo, aux inondations, aux moissons ou aux vendanges sont présentes ici ou là dans les Mémoires du XVIIe siècle. Mais, à ma connaissance, celles de Jean de Thoulouse sont ...
L'Atelier des CHERCHEURS : Nouveau regard sur la Jacquerie / Gaëtan Bonnot in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS : Nouveau regard sur la Jacquerie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Gaëtan Bonnot, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 72-77 Langues : Français (fre) Mots-clés : Jacquerie 1358 violence paysan viol massacre révolte rébellion Note de contenu :
La Jacquerie de 1358 a été présentée, jusqu'au XIXe siècle, comme un déchaînement de violences paysannes vite réprimées. Des sources viennent bousculer ce récit convenu.
Effrois. Ce terme s'impose dès août 1358 pour désigner le soulèvement que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de Jacquerie. Il dénote l'impact chez les contemporains de ce mouvement rural dont les descriptions qui nous sont parvenues concordent sur le caractère soudain et particulièrement brutal. La révolte a lieu dans le contexte de la guerre de Cent Ans, alors que la royauté des Valois, contestée par Charles II de Navarre et fragilisée depuis la défaite française de Poitiers face aux Anglais en septembre 1356, connaît une grave crise. Tandis que le roi de France Jean II est prisonnier à Londres, le dauphin, le futur Charles V, doit faire face à des critiques virulentes à l'intérieur du royaume : Étienne Marcel, le prévôt des marchands de la ville de Paris, prend la tête d'une contestation qui bascule en révolte avec le meurtre de deux maréchaux au palais le 22 février 1358, et les campagnes se rebellent1.
Il est d'usage de faire débuter la révolte le 28 m ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 72-77[article] L'Atelier des CHERCHEURS : Nouveau regard sur la Jacquerie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Gaëtan Bonnot, Auteur . - 2021 . - p. 72-77.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 72-77
Mots-clés : Jacquerie 1358 violence paysan viol massacre révolte rébellion Note de contenu :
La Jacquerie de 1358 a été présentée, jusqu'au XIXe siècle, comme un déchaînement de violences paysannes vite réprimées. Des sources viennent bousculer ce récit convenu.
Effrois. Ce terme s'impose dès août 1358 pour désigner le soulèvement que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de Jacquerie. Il dénote l'impact chez les contemporains de ce mouvement rural dont les descriptions qui nous sont parvenues concordent sur le caractère soudain et particulièrement brutal. La révolte a lieu dans le contexte de la guerre de Cent Ans, alors que la royauté des Valois, contestée par Charles II de Navarre et fragilisée depuis la défaite française de Poitiers face aux Anglais en septembre 1356, connaît une grave crise. Tandis que le roi de France Jean II est prisonnier à Londres, le dauphin, le futur Charles V, doit faire face à des critiques virulentes à l'intérieur du royaume : Étienne Marcel, le prévôt des marchands de la ville de Paris, prend la tête d'une contestation qui bascule en révolte avec le meurtre de deux maréchaux au palais le 22 février 1358, et les campagnes se rebellent1.
Il est d'usage de faire débuter la révolte le 28 m ...
L'Atelier des CHERCHEURS : Dionysos - La beauté androgyne / Hervé DUCHÊNE in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS : Dionysos - La beauté androgyne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Hervé DUCHÊNE, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 78-79 Langues : Français (fre) Mots-clés : Grèce musée exposition Note de contenu :
Au coeur du quartier chic de Kolonaki, le musée d'Art cycladique d'Athènes présente, jusqu'au 16 janvier 2022, une magnifique exposition, « Kallos, la beauté ultime ». Dans la Grèce de Platon la conception de la beauté est inséparable de l'idée selon laquelle le beau se confond avec le bon et le bien. La beauté des corps est une manière d'être qui, par son élégance, en impose. Elle parle aussi à l'esprit, car elle inspire celui qui la contemple ; elle est source de vertu. Cela vaut plus encore pour la beauté ultime, celle des divinités. L'artiste qui cherche à la représenter sait qu'il lui faut s'affranchir des clivages ordinaires.
Une des pièces maîtresses de l'exposition dont elle orne l'affiche, la tête du Dionysos découvert à Thasos en 1922, vient brouiller les frontières entre masculin et féminin. Commissaire de l'exposition, l'archéologue Nikolaos Stampolidis se souvient d'une expérience conduite il y a plus de dix ans avec ses étudiants dans l'ancien ...
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 78-79[article] L'Atelier des CHERCHEURS : Dionysos - La beauté androgyne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Hervé DUCHÊNE, Auteur . - 2021 . - p. 78-79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 78-79
Mots-clés : Grèce musée exposition Note de contenu :
Au coeur du quartier chic de Kolonaki, le musée d'Art cycladique d'Athènes présente, jusqu'au 16 janvier 2022, une magnifique exposition, « Kallos, la beauté ultime ». Dans la Grèce de Platon la conception de la beauté est inséparable de l'idée selon laquelle le beau se confond avec le bon et le bien. La beauté des corps est une manière d'être qui, par son élégance, en impose. Elle parle aussi à l'esprit, car elle inspire celui qui la contemple ; elle est source de vertu. Cela vaut plus encore pour la beauté ultime, celle des divinités. L'artiste qui cherche à la représenter sait qu'il lui faut s'affranchir des clivages ordinaires.
Une des pièces maîtresses de l'exposition dont elle orne l'affiche, la tête du Dionysos découvert à Thasos en 1922, vient brouiller les frontières entre masculin et féminin. Commissaire de l'exposition, l'archéologue Nikolaos Stampolidis se souvient d'une expérience conduite il y a plus de dix ans avec ses étudiants dans l'ancien ...
Guide Livres : Le cuisinier de Talleyrand / Antoine De Baecque in L'Histoire, N° 490 (Décembre 2021)
[article]
Titre : Guide Livres : Le cuisinier de Talleyrand Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine De Baecque, Auteur Année de publication : 2021 Article en page(s) : p. 80-81 Langues : Français (fre) Mots-clés : Talleyrand Antonin Carême culinaire cuisinier Note de contenu :
A partir d'archives inédites, Marie-Pierre Rey retrace les différentes facettes du destin d'Antonin Carême, « le roi des cuisiniers », qui devint le pionnier des « chefs » à la française et la première gloire culinaire européenne.
La légende coiffe volontiers Antonin Carême de la toque blanche du cuisinier suprême, le chef. Ainsi le rapporte Pierre Lacam dans le Le Journal des Confiseurs-Pâtissiers au début de l'année 1883 : « En 1823, après l'expédition d'Espagne, les bérets et les toques firent fureur parmi les élégantes. Carême se dit alors : "Et si nous changions notre vilain bonnet de coton contre cette toque mignonnette ?" Le lendemain, il se coiffa de la toque blanche qui, depuis, a fait le tour du monde. » C'est un couronnement : le roi des cuisiniers, au faîte de sa gloire, invente sa propre couronne, qui le sacre premier artiste dans sa profession. Cette légende est un peu trop belle pour être vraie ; elle est d'ailleurs fausse... comme le démontre la biographie que vient de lui consacrer Marie-Pierre Rey, qui fait office de second couronnement, celui de l'histoire. Voici enfin rigoureusement reconstituée la vie d'un enfant de la rue devenu, au début du XIXe siècle, le cuisinier vedette des grands du continent.
Carême est unanimement respecté car il est à la fois cuisinier et gastronome. Il revendique un savoir que seul confère le faire, dont les hommes de lettres, aussi gastronomes soient-ils, ne peuvent se prévaloir. Mais il ne se contente pas du rôle de cuisinier, réinventant la langue du traité culinaire, telle une forme poétique et philosophique, au style classique, ponctuée de digressions érudites et historiques. L'ambition de Carême consiste à devenir l'écrivain de sa propre pratique. Il en résulte L'Art de la cuisine française au XIXe siècle, son chef-d'oeuvre, publié en 1828, au crépuscule d'une vie de recettes, de rencontres et de voyages. Carême signe enfin son livre du prénom « Antonin »... Du petit Marie-Antoine, enfant perdu de Paris, à Antonin, qui sonne comme un patronyme impérial, l'écrivain-cuisinier s'est inventé. Il plane sur la gastronomie et se mobilise pour la défense de sa profession : réglementation, hygiène et reconnaissance, lui offrant sa légitimité.
Carême vient de loin : abandonné à la rue à 11 ans par son père, il se fait apprenti, gagnant ses galons par son labeur et son mérite. L'histoire exemplaire pointe l'une des vérités de Carême : sa formation autodidacte, qui l'inscrit d'emblée dans le travail et la tradition. Il sera celui qui apprend, vite et bien, et celui qui poursuit, en le magnifiant, ce qu'il a appris. Ses aptitudes sont remarquées ; il entre à 13 ans chez le célèbre pâtissier Bailly, rue Vivienne, près du Palais-Royal. Il y forge ce qui fera sa gloire, le gâteau ou, plus exactement, la pâte feuilletée, qu'il sait rendre si aérée, et les croquembouches aux couleurs douces et aux formes architecturales les plus extravagantes, deux spécialités qui font qu'on se pâme chez Bailly. La pâtisserie connaît une vogue sans précédent à Paris.
A 17 ans, en 1801, il est promu « premier tourier » chez Bailly, sous les ordres de son maître, Jean Avice, pâtissier à l'hôtel de Galliffet, où est installé le ministère des Relations extérieures. Voici la chance de Carême, le kairos d'une vie de cuisinier : l'occupant des lieux est Talleyrand, qui a fait du chemin depuis l'évêque révolutionnaire d'Autun qu'il fut en 1789 tout en conservant ses manières (de table) d'Ancien Régime. Il devient l'un des principaux personnages de l'État impérial, le chef incontesté de la diplomatie et met au point, avec l'aval du Premier consul puis de l'Empereur, ce que l'on peut nommer une « gastronomie diplomatique ».
« La table où se fait l'Europe »
Marie-Pierre Rey, grâce à une plongée dans des sources difficiles d'accès car dispersées (aux Archives nationales, dans les archives personnelles de James de Rothschild, l'un des mécènes du cuisinier, dans les archives d'État de Saint-Pétersbourg, où il a oeuvré, dans les archives privées de la famille royale d'Angleterre), par sa connaissance des Mémoires d'époque (ceux de Talleyrand, de lady Morgan, du chef lui-même, etc.), peut restituer les différentes facettes du destin de Carême avec une rigueur et une précision inédites, tout en replaçant cette vie dans un contexte historique que cette grande spécialiste de la Russie d'Alexandre Ier maîtrise sur le bout des doigts. Une centaine de pages de recettes, « A la table d'Antonin Carême », viennent compléter le tout. Dès lors, Carême dialogue d'autant mieux avec nos chefs étoilés contemporains, de plus en plus médiatisés, l'une des figures phares de l'autorité et du prestige d'aujourd'hui.
En 1803 Napoléon Bonaparte finance pour Talleyrand l'achat de Valençay, un grand domaine dans le Val de Loire. Le château est destiné à devenir un lieu de rendez-vous diplomatiques, la « table où se fait l'Europe », une table de négociations et une table gourmande, l'art culinaire favorisant les tractations les plus ardues. Carême, dont la réputation enfle, se voit confier la confection des pièces montées destinées à la table du Premier consul ou de Talleyrand.
Ce dernier lance un défi au jeune cuisinier : créer une année entière de menus, sans répétition et en utilisant uniquement des produits de saison, notamment ceux récoltés par les jardiniers du château. Carême relève le gant, et peut ainsi compléter sa formation dans les cuisines réputées de Talleyrand. Le ministre encourage Carême dans la création d'un nouveau style gastronomique, raffiné, élégant, avec l'utilisation, notamment, d'herbes et de légumes frais ainsi que des sauces plus subtiles. Internationale et célèbre, la table de Talleyrand fait la réputation de Carême, qui devient la première gloire culinaire européenne, le pionnier des « chefs » à la française, multipliant dès lors les séjours à l'étranger, régalant les meilleures tables.
Lors du congrès de Vienne, de septembre 1814 à juin 1815, la réputation de Carême traverse l'Europe, puisqu'il est l'argument le plus décisif de Talleyrand, alors que le diplomate négocie en position de faiblesse après la défaite de Napoléon. La table à la française de Carême attire un congrès de louanges. A Vienne se dessine une nouvelle carte de l'Europe, mais s'esquisse aussi un nouvel ordre des goûts culinaires des classes dirigeantes, dont l'art de Carême serait la clé de voûte.
Mot clé :
Livre
Antoine de Baecque est enseignant à l'École normale supérieure.
Le Premier des chefs. L'exceptionnel destin d'Antonin Carême, Marie-Pierre Rey, Flammarion, 2021, 388 p., 24,90 €.
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 80-81[article] Guide Livres : Le cuisinier de Talleyrand [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine De Baecque, Auteur . - 2021 . - p. 80-81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 490 (Décembre 2021) . - p. 80-81
Mots-clés : Talleyrand Antonin Carême culinaire cuisinier Note de contenu :
A partir d'archives inédites, Marie-Pierre Rey retrace les différentes facettes du destin d'Antonin Carême, « le roi des cuisiniers », qui devint le pionnier des « chefs » à la française et la première gloire culinaire européenne.
La légende coiffe volontiers Antonin Carême de la toque blanche du cuisinier suprême, le chef. Ainsi le rapporte Pierre Lacam dans le Le Journal des Confiseurs-Pâtissiers au début de l'année 1883 : « En 1823, après l'expédition d'Espagne, les bérets et les toques firent fureur parmi les élégantes. Carême se dit alors : "Et si nous changions notre vilain bonnet de coton contre cette toque mignonnette ?" Le lendemain, il se coiffa de la toque blanche qui, depuis, a fait le tour du monde. » C'est un couronnement : le roi des cuisiniers, au faîte de sa gloire, invente sa propre couronne, qui le sacre premier artiste dans sa profession. Cette légende est un peu trop belle pour être vraie ; elle est d'ailleurs fausse... comme le démontre la biographie que vient de lui consacrer Marie-Pierre Rey, qui fait office de second couronnement, celui de l'histoire. Voici enfin rigoureusement reconstituée la vie d'un enfant de la rue devenu, au début du XIXe siècle, le cuisinier vedette des grands du continent.
Carême est unanimement respecté car il est à la fois cuisinier et gastronome. Il revendique un savoir que seul confère le faire, dont les hommes de lettres, aussi gastronomes soient-ils, ne peuvent se prévaloir. Mais il ne se contente pas du rôle de cuisinier, réinventant la langue du traité culinaire, telle une forme poétique et philosophique, au style classique, ponctuée de digressions érudites et historiques. L'ambition de Carême consiste à devenir l'écrivain de sa propre pratique. Il en résulte L'Art de la cuisine française au XIXe siècle, son chef-d'oeuvre, publié en 1828, au crépuscule d'une vie de recettes, de rencontres et de voyages. Carême signe enfin son livre du prénom « Antonin »... Du petit Marie-Antoine, enfant perdu de Paris, à Antonin, qui sonne comme un patronyme impérial, l'écrivain-cuisinier s'est inventé. Il plane sur la gastronomie et se mobilise pour la défense de sa profession : réglementation, hygiène et reconnaissance, lui offrant sa légitimité.
Carême vient de loin : abandonné à la rue à 11 ans par son père, il se fait apprenti, gagnant ses galons par son labeur et son mérite. L'histoire exemplaire pointe l'une des vérités de Carême : sa formation autodidacte, qui l'inscrit d'emblée dans le travail et la tradition. Il sera celui qui apprend, vite et bien, et celui qui poursuit, en le magnifiant, ce qu'il a appris. Ses aptitudes sont remarquées ; il entre à 13 ans chez le célèbre pâtissier Bailly, rue Vivienne, près du Palais-Royal. Il y forge ce qui fera sa gloire, le gâteau ou, plus exactement, la pâte feuilletée, qu'il sait rendre si aérée, et les croquembouches aux couleurs douces et aux formes architecturales les plus extravagantes, deux spécialités qui font qu'on se pâme chez Bailly. La pâtisserie connaît une vogue sans précédent à Paris.
A 17 ans, en 1801, il est promu « premier tourier » chez Bailly, sous les ordres de son maître, Jean Avice, pâtissier à l'hôtel de Galliffet, où est installé le ministère des Relations extérieures. Voici la chance de Carême, le kairos d'une vie de cuisinier : l'occupant des lieux est Talleyrand, qui a fait du chemin depuis l'évêque révolutionnaire d'Autun qu'il fut en 1789 tout en conservant ses manières (de table) d'Ancien Régime. Il devient l'un des principaux personnages de l'État impérial, le chef incontesté de la diplomatie et met au point, avec l'aval du Premier consul puis de l'Empereur, ce que l'on peut nommer une « gastronomie diplomatique ».
« La table où se fait l'Europe »
Marie-Pierre Rey, grâce à une plongée dans des sources difficiles d'accès car dispersées (aux Archives nationales, dans les archives personnelles de James de Rothschild, l'un des mécènes du cuisinier, dans les archives d'État de Saint-Pétersbourg, où il a oeuvré, dans les archives privées de la famille royale d'Angleterre), par sa connaissance des Mémoires d'époque (ceux de Talleyrand, de lady Morgan, du chef lui-même, etc.), peut restituer les différentes facettes du destin de Carême avec une rigueur et une précision inédites, tout en replaçant cette vie dans un contexte historique que cette grande spécialiste de la Russie d'Alexandre Ier maîtrise sur le bout des doigts. Une centaine de pages de recettes, « A la table d'Antonin Carême », viennent compléter le tout. Dès lors, Carême dialogue d'autant mieux avec nos chefs étoilés contemporains, de plus en plus médiatisés, l'une des figures phares de l'autorité et du prestige d'aujourd'hui.
En 1803 Napoléon Bonaparte finance pour Talleyrand l'achat de Valençay, un grand domaine dans le Val de Loire. Le château est destiné à devenir un lieu de rendez-vous diplomatiques, la « table où se fait l'Europe », une table de négociations et une table gourmande, l'art culinaire favorisant les tractations les plus ardues. Carême, dont la réputation enfle, se voit confier la confection des pièces montées destinées à la table du Premier consul ou de Talleyrand.
Ce dernier lance un défi au jeune cuisinier : créer une année entière de menus, sans répétition et en utilisant uniquement des produits de saison, notamment ceux récoltés par les jardiniers du château. Carême relève le gant, et peut ainsi compléter sa formation dans les cuisines réputées de Talleyrand. Le ministre encourage Carême dans la création d'un nouveau style gastronomique, raffiné, élégant, avec l'utilisation, notamment, d'herbes et de légumes frais ainsi que des sauces plus subtiles. Internationale et célèbre, la table de Talleyrand fait la réputation de Carême, qui devient la première gloire culinaire européenne, le pionnier des « chefs » à la française, multipliant dès lors les séjours à l'étranger, régalant les meilleures tables.
Lors du congrès de Vienne, de septembre 1814 à juin 1815, la réputation de Carême traverse l'Europe, puisqu'il est l'argument le plus décisif de Talleyrand, alors que le diplomate négocie en position de faiblesse après la défaite de Napoléon. La table à la française de Carême attire un congrès de louanges. A Vienne se dessine une nouvelle carte de l'Europe, mais s'esquisse aussi un nouvel ordre des goûts culinaires des classes dirigeantes, dont l'art de Carême serait la clé de voûte.
Mot clé :
Livre
Antoine de Baecque est enseignant à l'École normale supérieure.
Le Premier des chefs. L'exceptionnel destin d'Antonin Carême, Marie-Pierre Rey, Flammarion, 2021, 388 p., 24,90 €.





