Néolitique - L'agriculture a-t-elle fait le malheur des hommes ? |
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N° 492 - Février 2022 - Néolitique - L'agriculture a-t-elle fait le malheur des hommes ? = Japon, 1930 - Le fascisme rampant [texte imprimé (livres, articles, périodiques)]. Il y a un siècle Gordon Childe proposait le concept de « révolution néolithique ». De fait, l’agriculture et l’élevage, qui marquent l’entrée dans le Néolithique autour de 10000 avant notre ère, au Proche-Orient en premier, constituent une rupture essentielle. Aujourd’hui on la rend parfois responsable des maux de notre Terre. Les progrès de l’archéologie, de nouvelles méthodes, permettent de restituer la variété des processus à l’œuvre durant ces millénaires décisifs. Loin de la caricature d’une humanité marchant vers un progrès continu ou courant à sa perte. Avec Christophe Darmangeat, Jean-Paul Demoule, Catherine Perlès, Boris Valentin. Langues : Français (fre)
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| HISTOIRE | Revues | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Libre-Accès | P9610 | Disponible |
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[article]
Titre : L'Edito : Révolution Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : révolution agriculture néolithique Note de contenu : On ne sait pas très bien comment cela a commencé. Et si l'on peut même parler de « révolution » alors que les changements s'étalent sur des centaines, voire quelques milliers d'années. Tout de même... Ce que l'archéologue australien Gordon Childe, il y a tout juste cent ans, a désigné sous le nom de « révolution néolithique » est sans doute la principale rupture de l'histoire humaine.
Profitant du réchauffement lié à l'entrée dans l'interglaciaire, vers 10000 avant notre ère, des groupes humains sédentarisés sont devenus agriculteurs. La convergence est stupéfiante : Proche-Orient (10000 av. n. è.), Chine (8000 av. n. è.), Amazonie (6000 av. n. è.), Afrique (5 000 av. n. è.), tous les continents sont touchés. Les plantes sélectionnées à la fois pour leurs qualités nutritives et leur adaptation à la récolte ne furent pas partout les mêmes mais, en moins de 5 000 ans, avec des exceptions ou des retours en arrière, la culture des céréales bouleversa la condition humaine.
Le finistère eurasiatique est alors un bout du monde. On sait aujourd'hui comment et par quelles routes les pratiques agricoles ont gagné le continent depuis le Proche-Orient. A l'âge de la sédentarisation, c'est l'Europe qui fut colonisée.
En bon marxiste, Gordon Childe considérait cette révolution comme une étape capitale dans la marche du progrès. L'agriculture permit une croissance exponentielle des productions, donc des hommes, favorisant la naissance des grands États, donc de l'écriture qui donna le branle à l'histoire.
Il est de bon ton aujourd'hui de considérer les choses un peu autrement. En témoigne l'extraordinaire succès du livre de Yuval Noah Harari, Sapiens, dernier avatar du mythe du Paléolithique heureux, ouvert en 1972 par Marshall Sahlins, auteur du fameux Age de pierre, âge d'abondance.
En 2017 l'anthropologue James Scott expliquait à son tour comment les céréales, toutes mûres en même temps et faciles à prélever, ont favorisé la domination des États sur les agriculteurs. Ce n'est pas tout. Assignés à un labeur harassant, de plus en plus nombreux, vulnérables aux épidémies propagées par la proximité avec les animaux, hommes et femmes marchaient à leur perte. Ne restait plus qu'à inventer les machines, gourmandes en charbon et autres énergies fossiles (cette fois-ci l'Europe s'en chargea), qui achèveraient le programme de destruction finale non seulement d'une humanité obèse et confinée mais d'une planète exsangue.
Pas question ici de nier la manière dont les « progrès » techniques ont durablement aggravé, et souvent justifié, les prédations, les massacres, les injustices ou la domination de l'homme - et de la femme - par l'homme. Pas question non plus de nier les effets catastrophiques pour l'environnement d'un Anthropocène que Jean-Paul Demoule propose de faire remonter précisément à la révolution néolithique. Mais la quête d'un âge d'or perdu, celui de chasseurs-cueilleurs respectueux du milieu, ignorant le travail, la guerre, la maladie et la domination masculine semble relever d'une utopie bien proche des grands récits religieux. En complicité avec les plus grands spécialistes (pas toujours d'accord sur tout), la construction de ce dossier nous incite plutôt à conclure en historiens, attentifs à décrire les évolutions, les processus, les trajectoires de groupes humains, qui, comme nous, ont fait des choix. Pour le meilleur et pour le pire.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 3[article] L'Edito : Révolution [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 3
Mots-clés : révolution agriculture néolithique Note de contenu : On ne sait pas très bien comment cela a commencé. Et si l'on peut même parler de « révolution » alors que les changements s'étalent sur des centaines, voire quelques milliers d'années. Tout de même... Ce que l'archéologue australien Gordon Childe, il y a tout juste cent ans, a désigné sous le nom de « révolution néolithique » est sans doute la principale rupture de l'histoire humaine.
Profitant du réchauffement lié à l'entrée dans l'interglaciaire, vers 10000 avant notre ère, des groupes humains sédentarisés sont devenus agriculteurs. La convergence est stupéfiante : Proche-Orient (10000 av. n. è.), Chine (8000 av. n. è.), Amazonie (6000 av. n. è.), Afrique (5 000 av. n. è.), tous les continents sont touchés. Les plantes sélectionnées à la fois pour leurs qualités nutritives et leur adaptation à la récolte ne furent pas partout les mêmes mais, en moins de 5 000 ans, avec des exceptions ou des retours en arrière, la culture des céréales bouleversa la condition humaine.
Le finistère eurasiatique est alors un bout du monde. On sait aujourd'hui comment et par quelles routes les pratiques agricoles ont gagné le continent depuis le Proche-Orient. A l'âge de la sédentarisation, c'est l'Europe qui fut colonisée.
En bon marxiste, Gordon Childe considérait cette révolution comme une étape capitale dans la marche du progrès. L'agriculture permit une croissance exponentielle des productions, donc des hommes, favorisant la naissance des grands États, donc de l'écriture qui donna le branle à l'histoire.
Il est de bon ton aujourd'hui de considérer les choses un peu autrement. En témoigne l'extraordinaire succès du livre de Yuval Noah Harari, Sapiens, dernier avatar du mythe du Paléolithique heureux, ouvert en 1972 par Marshall Sahlins, auteur du fameux Age de pierre, âge d'abondance.
En 2017 l'anthropologue James Scott expliquait à son tour comment les céréales, toutes mûres en même temps et faciles à prélever, ont favorisé la domination des États sur les agriculteurs. Ce n'est pas tout. Assignés à un labeur harassant, de plus en plus nombreux, vulnérables aux épidémies propagées par la proximité avec les animaux, hommes et femmes marchaient à leur perte. Ne restait plus qu'à inventer les machines, gourmandes en charbon et autres énergies fossiles (cette fois-ci l'Europe s'en chargea), qui achèveraient le programme de destruction finale non seulement d'une humanité obèse et confinée mais d'une planète exsangue.
Pas question ici de nier la manière dont les « progrès » techniques ont durablement aggravé, et souvent justifié, les prédations, les massacres, les injustices ou la domination de l'homme - et de la femme - par l'homme. Pas question non plus de nier les effets catastrophiques pour l'environnement d'un Anthropocène que Jean-Paul Demoule propose de faire remonter précisément à la révolution néolithique. Mais la quête d'un âge d'or perdu, celui de chasseurs-cueilleurs respectueux du milieu, ignorant le travail, la guerre, la maladie et la domination masculine semble relever d'une utopie bien proche des grands récits religieux. En complicité avec les plus grands spécialistes (pas toujours d'accord sur tout), la construction de ce dossier nous incite plutôt à conclure en historiens, attentifs à décrire les évolutions, les processus, les trajectoires de groupes humains, qui, comme nous, ont fait des choix. Pour le meilleur et pour le pire.
Forum (Février 2022) in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Forum (Février 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : roi fascisme mafia Note de contenu : Le roi, le fascisme et la mafia
Beaucoup de réactions sur la nouvelle formule de notre trimestriel, L'Histoire Collection (n° 94) sur « La révolution fasciste » (en vente en kiosque jusqu'au 15 mars). Vous êtes quelques-uns à trouver l'article de Catherine Brice « Victor-Emmanuel III. Les grandes fautes d'un petit roi » trop peu sévère avec le souverain italien. Justine Mattei, au contraire, s'interroge : « Étant donné le rôle qu'a joué Victor-Emmanuel III dans l'entrée en guerre de l'Italie avec l'Entente en 1915 et dans le renversement du Duce en 1943, mérite-il d'être qualifié de "petit roi" ? » Marc Deligny se demande « si des rapports entre les squadristes et les mafias ont existé : les mafieux, comme les pègres françaises, se sont-ils partagés entre collaboration avec les fascistes et entente avec les antifascistes. On dit que les Alliés ont utilisé les services de Lucky Luciano, extradé des États-Unis, pour faciliter leur entrée en Sicile ».
La réponse des auteures
Il n'était pas question ici de faire le procès du roi, précise Catherine Brice. L'article sur Victor-Emmanuel III visait à restituer la logique des décisions du souverain, en montrant quelle fut vraiment sa marge de manoeuvre, ou la manière dont il a perçu l'évolution du régime. Son légalisme, son attachement à la Couronne, son respect de l'ordre et sa détestation de la guerre civile constituent des clés de lecture pour comprendre ses décisions. Concernant le rôle des mafias, Marie-Anne Matard apporte ces précisions : « Après la marche sur Rome, les mafieux tentent de rallier le gouvernement jusqu'à ce que le préfet Mori soit envoyé pour lutter contre la mafia en 1924-1925. Mais le régime fasciste ne s'est pas donné les moyens de l'éradiquer. Les Alliés n'ont pas utilisé la mafia pour organiser le débarquement en Sicile. » Vous avez été plusieurs à vous interroger sur le terme de « mook » pour qualifier notre nouvelle formule. Ce terme qualifie cette forme hybride entre un magazine et un livre.
La laine d'Elbeuf
Je remercie Jean-Pierre Rioux pour sa recension de l'ouvrage Mémoires normandes. Pour une autre histoire de Normandie (n° 491, p. 82). Puis-je cependant préciser que ce ne sont pas les « cotonnades » qui ont fait la réputation pluriséculaire d'Elbeuf mais bien le drap de laine.
Francis Concato
La réponse de Jean-Pierre Rioux
Vous avez raison et ma plume a fourché : la draperie d'Elbeuf est surtout lainière et la cotonnade est plutôt à Rouen.
« Pièces à conviction »
J'apprécie votre revue et j'y suis abonné depuis une quinzaine d'années. Cependant, je vous avoue que la « carte blanche » de Pierre Assouline, en dernière page du n° 490 (décembre 2021), m'a déconcerté. Ce ne sont pas les critiques elles-mêmes, violentes, contre Éric Zemmour qui m'ont choqué, c'est le fait que l'auteur n'apporte aucune preuve étayant son propos : c'est paradoxal, de mon point de vue.
Paul Saint-Bézard
La réponse de la rédaction
La « Carte blanche » de Pierre Assouline permettait de pointer quelques contre-vérités que les historiens ont démontées de longue date. Dans notre nouvelle rubrique sur notre site www.lhistoire.fr, « Pièces à conviction », des historiens décryptent les affirmations historiquement fausses, archives à l'appui.
Le passé du sommeil
Jacques Robert, professeur en cancérologie, a réagi à l'article d'A. Roger Ekirch, « La révolution du sommeil » (n° 488, octobre 2021). « Rien n'est crédible dans sa thèse. Sur le plan neurophysiologique, le sommeil nocturne est découpé en tranches de 90 à 120 minutes, devenant de plus en plus profond. Mais nos horloges ultradiennes ne se dérèglent pas de façon collective, au gré des modes ou des sociétés. On peut trouver des allusions au "premier" et au "deuxième" sommeil dans la littérature. Mais elles sont anecdotiques. On peut certes imaginer que l'industrialisation ait pu modifier un comportement fondamental ; mais je ne peux concevoir que les paysans aient pu changer rapidement leur mode de vie. »
La réponse de la rédaction
A. Roger Ekirch a constitué un vaste corpus de sources (littérature, dictons, journaux intimes, livres de prière, traités de médecine, dépositions judiciaires...). Le facteur décisif qui permet le passage au sommeil d'une seule traite est la généralisation de la lumière artificielle. Elle induit un décalage de l'heure du coucher qui s'est diffusé progressivement dans la société.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 4[article] Forum (Février 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 4
Mots-clés : roi fascisme mafia Note de contenu : Le roi, le fascisme et la mafia
Beaucoup de réactions sur la nouvelle formule de notre trimestriel, L'Histoire Collection (n° 94) sur « La révolution fasciste » (en vente en kiosque jusqu'au 15 mars). Vous êtes quelques-uns à trouver l'article de Catherine Brice « Victor-Emmanuel III. Les grandes fautes d'un petit roi » trop peu sévère avec le souverain italien. Justine Mattei, au contraire, s'interroge : « Étant donné le rôle qu'a joué Victor-Emmanuel III dans l'entrée en guerre de l'Italie avec l'Entente en 1915 et dans le renversement du Duce en 1943, mérite-il d'être qualifié de "petit roi" ? » Marc Deligny se demande « si des rapports entre les squadristes et les mafias ont existé : les mafieux, comme les pègres françaises, se sont-ils partagés entre collaboration avec les fascistes et entente avec les antifascistes. On dit que les Alliés ont utilisé les services de Lucky Luciano, extradé des États-Unis, pour faciliter leur entrée en Sicile ».
La réponse des auteures
Il n'était pas question ici de faire le procès du roi, précise Catherine Brice. L'article sur Victor-Emmanuel III visait à restituer la logique des décisions du souverain, en montrant quelle fut vraiment sa marge de manoeuvre, ou la manière dont il a perçu l'évolution du régime. Son légalisme, son attachement à la Couronne, son respect de l'ordre et sa détestation de la guerre civile constituent des clés de lecture pour comprendre ses décisions. Concernant le rôle des mafias, Marie-Anne Matard apporte ces précisions : « Après la marche sur Rome, les mafieux tentent de rallier le gouvernement jusqu'à ce que le préfet Mori soit envoyé pour lutter contre la mafia en 1924-1925. Mais le régime fasciste ne s'est pas donné les moyens de l'éradiquer. Les Alliés n'ont pas utilisé la mafia pour organiser le débarquement en Sicile. » Vous avez été plusieurs à vous interroger sur le terme de « mook » pour qualifier notre nouvelle formule. Ce terme qualifie cette forme hybride entre un magazine et un livre.
La laine d'Elbeuf
Je remercie Jean-Pierre Rioux pour sa recension de l'ouvrage Mémoires normandes. Pour une autre histoire de Normandie (n° 491, p. 82). Puis-je cependant préciser que ce ne sont pas les « cotonnades » qui ont fait la réputation pluriséculaire d'Elbeuf mais bien le drap de laine.
Francis Concato
La réponse de Jean-Pierre Rioux
Vous avez raison et ma plume a fourché : la draperie d'Elbeuf est surtout lainière et la cotonnade est plutôt à Rouen.
« Pièces à conviction »
J'apprécie votre revue et j'y suis abonné depuis une quinzaine d'années. Cependant, je vous avoue que la « carte blanche » de Pierre Assouline, en dernière page du n° 490 (décembre 2021), m'a déconcerté. Ce ne sont pas les critiques elles-mêmes, violentes, contre Éric Zemmour qui m'ont choqué, c'est le fait que l'auteur n'apporte aucune preuve étayant son propos : c'est paradoxal, de mon point de vue.
Paul Saint-Bézard
La réponse de la rédaction
La « Carte blanche » de Pierre Assouline permettait de pointer quelques contre-vérités que les historiens ont démontées de longue date. Dans notre nouvelle rubrique sur notre site www.lhistoire.fr, « Pièces à conviction », des historiens décryptent les affirmations historiquement fausses, archives à l'appui.
Le passé du sommeil
Jacques Robert, professeur en cancérologie, a réagi à l'article d'A. Roger Ekirch, « La révolution du sommeil » (n° 488, octobre 2021). « Rien n'est crédible dans sa thèse. Sur le plan neurophysiologique, le sommeil nocturne est découpé en tranches de 90 à 120 minutes, devenant de plus en plus profond. Mais nos horloges ultradiennes ne se dérèglent pas de façon collective, au gré des modes ou des sociétés. On peut trouver des allusions au "premier" et au "deuxième" sommeil dans la littérature. Mais elles sont anecdotiques. On peut certes imaginer que l'industrialisation ait pu modifier un comportement fondamental ; mais je ne peux concevoir que les paysans aient pu changer rapidement leur mode de vie. »
La réponse de la rédaction
A. Roger Ekirch a constitué un vaste corpus de sources (littérature, dictons, journaux intimes, livres de prière, traités de médecine, dépositions judiciaires...). Le facteur décisif qui permet le passage au sommeil d'une seule traite est la généralisation de la lumière artificielle. Elle induit un décalage de l'heure du coucher qui s'est diffusé progressivement dans la société.
On va en parler in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : On va en parler Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6-8 Langues : Français (fre) Mots-clés : IMA jardins ouvriers Toulouse ONG Russie euro 20 ans IRFA Obélisque Note de contenu : IMA
RENDEZ-VOUS EN JUIN
En 2022, les Journées de l'histoire de l'Institut du monde arabe retrouvent leur format initial sur trois jours consécutifs, du 10 au 12 juin prochains. Le thème choisi pour ces rendez-vous dont L'Histoire est partenaire : « Femmes et genres ». Un sujet profondément renouvelé des deux côtés de la Méditerranée.
Pas-de-Calais
JARDINS OUVRIERS
Les Archives départementales du Pas-de-Calais ont lancé une nouvelle collecte de mémoire autour des jardins ouvriers, mis dès la fin du XIXe siècle à la disposition des mineurs et encouragés par les compagnies minières qui les employaient. Après la Seconde Guerre mondiale, ils perdurent sous le nom de jardins familiaux. Si vous possédez des archives ou documents personnels, photos, films, carnets et almanachs, contrats de location et bien sûr des objets, contactez les responsables via le site des archives du Pas-de-Calais.
Toulouse
20 000 LIEUX SUR LA TERRE
L'histoire à venir à Toulouse du 12 au 15 mai traitera de « 20 000 lieux sur la Terre » ou ce que font les lieux sur l'histoire des humains et des non-humains qui habitent le monde. Le théâtre Garonne, la librairie Ombres blanches, les éditions Anacharsis et l'université Toulouse-Jean-Jaurès sont les grands ordonnateurs de cette 5e édition.
Russie
L'ONG MEMORIAL DISSOUTE
La Cour suprême de Russie a dissous l'ONG « Memorial International, ses antennes régionales et autres composantes » à la demande du Parquet (photo du verdict). Motif de la décision : l'omission de la mention « agent de l'étranger » obligatoire pour toute association recevant des fonds étrangers. Parallèlement, l'un des ténors de Memorial, l'historien Iouri Dmitriev, a été condamné à quinze ans de prison pour « agression sexuelle ».
Anniversaire
LES 20 ANS DE L'EURO
On a oublié aujourd'hui les débats et polémiques entourant la création de la monnaie européenne. Pour son 20e anniversaire, le musée de la Monnaie organise une exposition-événement jusqu'au 14 juillet 2022, quai de Conti à Paris.
Archives France-Asie
IRFA
L'Institut de recherche France-Asie préserve et valorise les collections patrimoniales des Missions étrangères de Paris, société de prêtres catholiques fondée en 1658. Le patrimoine issu de ces quatre siècles d'échanges culturels et de travaux scientifiques, en particulier les bulletins et annales et les rapports annuels de 1840 à 1962, est aujourd'hui accessible sur le site bilingue (français-anglais). Photo : chrétiens japonais, fin XIXe siècle. Plus d'information sur le site de l'Irfa de Paris.
Égyptomanie
L'OBÉLISQUE FÊTE CHAMPOLLION
En 1822, Champollion déchiffrait les hiéroglyphes. Pour ce bicentenaire, l'obélisque de la place de la Concorde, offert en 1829 par Méhémet Ali, vice-roi d'Égypte, est restauré. Les travaux devraient être achevés en juin.
Festival
LANGUES CLASSIQUES A VERSSAILLES
Hellénistes, latinistes et sinisants sont attendus les 4 et 5 février 2022, à l'hôtel de ville de Versailles et au cinéma Le Roxane, pour la 4e édition du festival. Le thème, vivifiant : les Architectures et jardins antiques. Parmi les intervenants annoncés : Carole Roche-Hawley, Alessandro Garcea, John Scheid, Jean-Luc Fournet, Vinciane Pirenne-Delforge, Anne Cheng et Dominique Charpin du Collège de France, Bruno Dagens, Vincent Puech, Edhem Eldem.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 6-8[article] On va en parler [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6-8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 6-8
Mots-clés : IMA jardins ouvriers Toulouse ONG Russie euro 20 ans IRFA Obélisque Note de contenu : IMA
RENDEZ-VOUS EN JUIN
En 2022, les Journées de l'histoire de l'Institut du monde arabe retrouvent leur format initial sur trois jours consécutifs, du 10 au 12 juin prochains. Le thème choisi pour ces rendez-vous dont L'Histoire est partenaire : « Femmes et genres ». Un sujet profondément renouvelé des deux côtés de la Méditerranée.
Pas-de-Calais
JARDINS OUVRIERS
Les Archives départementales du Pas-de-Calais ont lancé une nouvelle collecte de mémoire autour des jardins ouvriers, mis dès la fin du XIXe siècle à la disposition des mineurs et encouragés par les compagnies minières qui les employaient. Après la Seconde Guerre mondiale, ils perdurent sous le nom de jardins familiaux. Si vous possédez des archives ou documents personnels, photos, films, carnets et almanachs, contrats de location et bien sûr des objets, contactez les responsables via le site des archives du Pas-de-Calais.
Toulouse
20 000 LIEUX SUR LA TERRE
L'histoire à venir à Toulouse du 12 au 15 mai traitera de « 20 000 lieux sur la Terre » ou ce que font les lieux sur l'histoire des humains et des non-humains qui habitent le monde. Le théâtre Garonne, la librairie Ombres blanches, les éditions Anacharsis et l'université Toulouse-Jean-Jaurès sont les grands ordonnateurs de cette 5e édition.
Russie
L'ONG MEMORIAL DISSOUTE
La Cour suprême de Russie a dissous l'ONG « Memorial International, ses antennes régionales et autres composantes » à la demande du Parquet (photo du verdict). Motif de la décision : l'omission de la mention « agent de l'étranger » obligatoire pour toute association recevant des fonds étrangers. Parallèlement, l'un des ténors de Memorial, l'historien Iouri Dmitriev, a été condamné à quinze ans de prison pour « agression sexuelle ».
Anniversaire
LES 20 ANS DE L'EURO
On a oublié aujourd'hui les débats et polémiques entourant la création de la monnaie européenne. Pour son 20e anniversaire, le musée de la Monnaie organise une exposition-événement jusqu'au 14 juillet 2022, quai de Conti à Paris.
Archives France-Asie
IRFA
L'Institut de recherche France-Asie préserve et valorise les collections patrimoniales des Missions étrangères de Paris, société de prêtres catholiques fondée en 1658. Le patrimoine issu de ces quatre siècles d'échanges culturels et de travaux scientifiques, en particulier les bulletins et annales et les rapports annuels de 1840 à 1962, est aujourd'hui accessible sur le site bilingue (français-anglais). Photo : chrétiens japonais, fin XIXe siècle. Plus d'information sur le site de l'Irfa de Paris.
Égyptomanie
L'OBÉLISQUE FÊTE CHAMPOLLION
En 1822, Champollion déchiffrait les hiéroglyphes. Pour ce bicentenaire, l'obélisque de la place de la Concorde, offert en 1829 par Méhémet Ali, vice-roi d'Égypte, est restauré. Les travaux devraient être achevés en juin.
Festival
LANGUES CLASSIQUES A VERSSAILLES
Hellénistes, latinistes et sinisants sont attendus les 4 et 5 février 2022, à l'hôtel de ville de Versailles et au cinéma Le Roxane, pour la 4e édition du festival. Le thème, vivifiant : les Architectures et jardins antiques. Parmi les intervenants annoncés : Carole Roche-Hawley, Alessandro Garcea, John Scheid, Jean-Luc Fournet, Vinciane Pirenne-Delforge, Anne Cheng et Dominique Charpin du Collège de France, Bruno Dagens, Vincent Puech, Edhem Eldem.
On va en parler - Gironde : les samedis de Cabara / Anne-Marie Cocula in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Gironde : les samedis de Cabara Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Anne-Marie Cocula, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : Cabara Gironde Saint-Emilion village Note de contenu : Bienvenue au village de Cabara dont les maisons longent la rive gauche de la Dordogne, à deux kilomètres du bourg et du port de Branne, en aval. De là, un pont façon Eiffel permet de gagner les vignobles de Saint-Émilion. Plus modestes, ceux de Cabara dans l'Entre-deux-Mers peuvent se vanter de produire un vin portant l'étiquette de la « Butte de Charlemagne » dont le souvenir perdure. Au centre de Cabara s'élève l'auberge de la Marine. Son nom rappelle que, depuis la fin du XVIIIe siècle, les bateliers des rivières navigables furent enrôlés dans la marine royale pour combattre les Anglais et préserver les vrais matelots quand la guerre s'éternisait.
Pour entrer dans l'auberge, des marches de bonne hauteur la préservent des hautes eaux de l'hiver grossies du flot des marées qui remontent depuis l'estuaire de la Gironde. Proche de l'entrée, une échelle des crues rappelle la date des inondations et la hauteur des eaux. La plus dévastatrice, en mars 1783, emporta le vieux pont médiéval de Bergerac, le seul de la vallée. Par temps plus calme, une fois par mois, de septembre à mai, les hôtes de l'auberge se font un plaisir d'accueillir les « samedis de Cabara » avec pour disciplines souveraines les sciences humaines. Notamment l'archéologie, l'histoire et la géographie, en toutes périodes et en tous lieux, avec des illustrations déployées sur grand écran dans les deux salles où se presse le public des villages, des bourgs et des villes alentour, notamment Libourne et Bordeaux.
La première conférence des samedis de Cabara (association dont le bureau comprend Anne-Marie Cocula, Mireille Lucu, Danielle Piot et Bernard Larrieu, responsable des éditions de l'Entre-deux-Mers) eut lieu le 23 janvier 2010. Et l'on approche de la centième, avec les visioconférences qui ont remplacé, pour cause de pandémie, les soirées conviviales et fraternelles où les connaissances sont exaltées par la cheminée et les vins chauds parfumés d'épices.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 6[article] On va en parler - Gironde : les samedis de Cabara [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Anne-Marie Cocula, Auteur . - 2022 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 6
Mots-clés : Cabara Gironde Saint-Emilion village Note de contenu : Bienvenue au village de Cabara dont les maisons longent la rive gauche de la Dordogne, à deux kilomètres du bourg et du port de Branne, en aval. De là, un pont façon Eiffel permet de gagner les vignobles de Saint-Émilion. Plus modestes, ceux de Cabara dans l'Entre-deux-Mers peuvent se vanter de produire un vin portant l'étiquette de la « Butte de Charlemagne » dont le souvenir perdure. Au centre de Cabara s'élève l'auberge de la Marine. Son nom rappelle que, depuis la fin du XVIIIe siècle, les bateliers des rivières navigables furent enrôlés dans la marine royale pour combattre les Anglais et préserver les vrais matelots quand la guerre s'éternisait.
Pour entrer dans l'auberge, des marches de bonne hauteur la préservent des hautes eaux de l'hiver grossies du flot des marées qui remontent depuis l'estuaire de la Gironde. Proche de l'entrée, une échelle des crues rappelle la date des inondations et la hauteur des eaux. La plus dévastatrice, en mars 1783, emporta le vieux pont médiéval de Bergerac, le seul de la vallée. Par temps plus calme, une fois par mois, de septembre à mai, les hôtes de l'auberge se font un plaisir d'accueillir les « samedis de Cabara » avec pour disciplines souveraines les sciences humaines. Notamment l'archéologie, l'histoire et la géographie, en toutes périodes et en tous lieux, avec des illustrations déployées sur grand écran dans les deux salles où se presse le public des villages, des bourgs et des villes alentour, notamment Libourne et Bordeaux.
La première conférence des samedis de Cabara (association dont le bureau comprend Anne-Marie Cocula, Mireille Lucu, Danielle Piot et Bernard Larrieu, responsable des éditions de l'Entre-deux-Mers) eut lieu le 23 janvier 2010. Et l'on approche de la centième, avec les visioconférences qui ont remplacé, pour cause de pandémie, les soirées conviviales et fraternelles où les connaissances sont exaltées par la cheminée et les vins chauds parfumés d'épices.
On va en parler - Les gens in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Les gens Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : prix du renseignement prix du Guesclin BNF primés à l'IMA prix hommage Note de contenu : Andreï Kozovoï
Prix du Renseignement
Le spécialiste de la Russie contemporaine a été primé par l'Académie du renseignement pour Les Services secrets russes, des tsars à Poutine (Tallandier, 2020). Une édition actualisée paraîtra au printemps.
Jean-Christian Petitfils
Prix Du Guesclin
Son ouvrage, Henri IV (Perrin, 2021), a reçu le Prix du Guesclin 2021 dans la catégorie « biographie ».
Pascal Ory
A la BNF
L'académicien a été nommé président du conseil scientifique de la BNF.
Dima de Clerck et Stéphane Malsagne
Primés à l'IMA
Le Liban en guerre, 1975-1990 publié chez Belin en 2020 a reçu le Grand Prix des Journées de l'histoire de l'Institut du monde arabe, le jury étant présidé par Henry Laurens.
Manoël Penicaud
Prix Lyautey
Remis par l'Académie des sciences d'outre-mer, c ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 8[article] On va en parler - Les gens [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 8
Mots-clés : prix du renseignement prix du Guesclin BNF primés à l'IMA prix hommage Note de contenu : Andreï Kozovoï
Prix du Renseignement
Le spécialiste de la Russie contemporaine a été primé par l'Académie du renseignement pour Les Services secrets russes, des tsars à Poutine (Tallandier, 2020). Une édition actualisée paraîtra au printemps.
Jean-Christian Petitfils
Prix Du Guesclin
Son ouvrage, Henri IV (Perrin, 2021), a reçu le Prix du Guesclin 2021 dans la catégorie « biographie ».
Pascal Ory
A la BNF
L'académicien a été nommé président du conseil scientifique de la BNF.
Dima de Clerck et Stéphane Malsagne
Primés à l'IMA
Le Liban en guerre, 1975-1990 publié chez Belin en 2020 a reçu le Grand Prix des Journées de l'histoire de l'Institut du monde arabe, le jury étant présidé par Henry Laurens.
Manoël Penicaud
Prix Lyautey
Remis par l'Académie des sciences d'outre-mer, c ...
Evénement : Un inconnu nommé Molière / Martial Poirson in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Evénement : Un inconnu nommé Molière Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Martial Poirson, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 12-19 Langues : Français (fre) Mots-clés : Molière Jean-Baptiste Poquelin légende Note de contenu : Né il y a quatre cents ans, Molière, auteur de théâtre de langue française le plus lu, joué et traduit dans le monde, est devenu une figure indissociable de notre récit national. Mais du personnage historique, on ne sait presque rien. Un tel vide a autorisé nombre d'affabulations sur le plus illustre de nos inconnus. Un mythe est né, qui s'est propagé dans le monde entier jusqu'à nos jours, avec une constance stupéfiante.
Né le 15 janvier 1622 à Paris rue Saint-Honoré, fils aîné d'une famille bourgeoise libérale et cultivée, Jean-Baptiste Poquelin était voué par les règles de succession à reprendre la fonction de son père au sein de la prestigieuse corporation des marchands-tapissiers de Paris. Un métier destiné à fournir les tissus d'ameublement, tapis et tapisseries ornant les plus riches demeures. Il devait également reprendre sa charge de « tapissier valet de chambre du Roi », qui consistait, trois mois par an, à se rendre au palais du Louvre pour veiller à l'entretien des meubles, tissus et tapisseries de la chambre du roi. Peu astreignante, cette fonction était un tremplin vers le poste convoité de valet de chambre ordinaire du roi.
Tout prédispose donc le jeune Poquelin à un destin d'homme de cour au sein de l'élite cultivée. Pourtant il y renonce en faveur d'une des professions les plus déconsidérées : celle de comédien, frappée d'opprobre par l'Église en vertu de la ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 12-19[article] Evénement : Un inconnu nommé Molière [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Martial Poirson, Auteur . - 2022 . - p. 12-19.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 12-19
Mots-clés : Molière Jean-Baptiste Poquelin légende Note de contenu : Né il y a quatre cents ans, Molière, auteur de théâtre de langue française le plus lu, joué et traduit dans le monde, est devenu une figure indissociable de notre récit national. Mais du personnage historique, on ne sait presque rien. Un tel vide a autorisé nombre d'affabulations sur le plus illustre de nos inconnus. Un mythe est né, qui s'est propagé dans le monde entier jusqu'à nos jours, avec une constance stupéfiante.
Né le 15 janvier 1622 à Paris rue Saint-Honoré, fils aîné d'une famille bourgeoise libérale et cultivée, Jean-Baptiste Poquelin était voué par les règles de succession à reprendre la fonction de son père au sein de la prestigieuse corporation des marchands-tapissiers de Paris. Un métier destiné à fournir les tissus d'ameublement, tapis et tapisseries ornant les plus riches demeures. Il devait également reprendre sa charge de « tapissier valet de chambre du Roi », qui consistait, trois mois par an, à se rendre au palais du Louvre pour veiller à l'entretien des meubles, tissus et tapisseries de la chambre du roi. Peu astreignante, cette fonction était un tremplin vers le poste convoité de valet de chambre ordinaire du roi.
Tout prédispose donc le jeune Poquelin à un destin d'homme de cour au sein de l'élite cultivée. Pourtant il y renonce en faveur d'une des professions les plus déconsidérées : celle de comédien, frappée d'opprobre par l'Église en vertu de la ...
Evénement : La querelle de « L'École des femmes » : une stratégie maîtrisée in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Evénement : La querelle de « L'École des femmes » : une stratégie maîtrisée Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 20-25 Langues : Français (fre) Mots-clés : Molière querelle école des femmes Note de contenu : En 1662, la comédie de Molière suscita une vive polémique, que l'auteur, conscient de la publicité qu'elle pouvait lui apporter, s'évertua à entretenir.
Première « grande comédie » de Molière, L'École des femmes est une pièce engagée. L'enjeu : l'émancipation des femmes. Elle suscitera une querelle qui se prolongera pendant deux ans. Le dramaturge envisage les questions de l'amour et du mariage dans une société dont il condamne le statut fait aux femmes, qui les empêche d'accéder pleinement au savoir, exige leurs soumissions, et prône les mariages arrangés selon les volontés de leurs parents ou de leurs tuteurs. Donnée pour la première fois au public parisien le 26 décembre 1662, la pièce connaît un succès immédiat, et très vite la troupe est invitée à la jouer au Louvre.
La pièce sera attaquée, non par les dévots, mais par les dramaturges et les troupes rivales. « On ne se déchire bien qu'en famille », disait Mauriac. Parmi elles, la troupe de l'Hôtel de Bourgogne, furieuse de s'être vue raillée dans Les Précieuses
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 20-25[article] Evénement : La querelle de « L'École des femmes » : une stratégie maîtrisée [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 20-25.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 20-25
Mots-clés : Molière querelle école des femmes Note de contenu : En 1662, la comédie de Molière suscita une vive polémique, que l'auteur, conscient de la publicité qu'elle pouvait lui apporter, s'évertua à entretenir.
Première « grande comédie » de Molière, L'École des femmes est une pièce engagée. L'enjeu : l'émancipation des femmes. Elle suscitera une querelle qui se prolongera pendant deux ans. Le dramaturge envisage les questions de l'amour et du mariage dans une société dont il condamne le statut fait aux femmes, qui les empêche d'accéder pleinement au savoir, exige leurs soumissions, et prône les mariages arrangés selon les volontés de leurs parents ou de leurs tuteurs. Donnée pour la première fois au public parisien le 26 décembre 1662, la pièce connaît un succès immédiat, et très vite la troupe est invitée à la jouer au Louvre.
La pièce sera attaquée, non par les dévots, mais par les dramaturges et les troupes rivales. « On ne se déchire bien qu'en famille », disait Mauriac. Parmi elles, la troupe de l'Hôtel de Bourgogne, furieuse de s'être vue raillée dans Les PrécieusesActualité : La quasi-guerre franco-américaine / Eric Schnakenbourg in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Actualité : La quasi-guerre franco-américaine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Eric Schnakenbourg, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 29-27 Langues : Français (fre) Mots-clés : relations Etats-Unis France guerre Biden Macron Note de contenu : Les relations entre les États-Unis et la France peuvent se tendre, elles ne se rompent jamais. Mais de 1797 à 1800, la guerre n'était pas si loin.
En septembre 2021, la rupture par l'Australie d'un contrat d'armement de sous-marins français au profit d'une alliance avec les États-Unis a provoqué une crise diplomatique entre Washington et Paris. En 2018, le président Emmanuel Macron célébrait « le miracle de la relation entre les États-Unis et la France ». L'amitié entre les deux pays est donc nourrie de temps forts, mais aussi de crises notables. Toutefois, jamais ils n'en sont arrivés à une rupture ouverte, sauf dans les années 1790 lors de la « quasi-guerre » (Quasi War).
En 1793, après avoir appris le déclenchement de la guerre entre la France et la Grande-Bretagne, le président américain George Washington s'empressa de proclamer la neutralité des États-Unis. Une position profitable puisque les navires américains accueillirent le commerce des belligérants, notamment des Français. Les besoins croissants des pays en guerre furent à l'origine d'un temps de prospérité : « les affai ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 29-27[article] Actualité : La quasi-guerre franco-américaine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Eric Schnakenbourg, Auteur . - 2022 . - p. 29-27.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 29-27
Mots-clés : relations Etats-Unis France guerre Biden Macron Note de contenu : Les relations entre les États-Unis et la France peuvent se tendre, elles ne se rompent jamais. Mais de 1797 à 1800, la guerre n'était pas si loin.
En septembre 2021, la rupture par l'Australie d'un contrat d'armement de sous-marins français au profit d'une alliance avec les États-Unis a provoqué une crise diplomatique entre Washington et Paris. En 2018, le président Emmanuel Macron célébrait « le miracle de la relation entre les États-Unis et la France ». L'amitié entre les deux pays est donc nourrie de temps forts, mais aussi de crises notables. Toutefois, jamais ils n'en sont arrivés à une rupture ouverte, sauf dans les années 1790 lors de la « quasi-guerre » (Quasi War).
En 1793, après avoir appris le déclenchement de la guerre entre la France et la Grande-Bretagne, le président américain George Washington s'empressa de proclamer la neutralité des États-Unis. Une position profitable puisque les navires américains accueillirent le commerce des belligérants, notamment des Français. Les besoins croissants des pays en guerre furent à l'origine d'un temps de prospérité : « les affai ...
Actualité : De la Toussaint à la Madeleine : ouvriers agricoles au Moyen Age / Jean-Marc Moriceau in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Actualité : De la Toussaint à la Madeleine : ouvriers agricoles au Moyen Age Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Marc Moriceau, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 28-29 Langues : Français (fre) Mots-clés : agricole exploitation Moyen-âge enfants serviteur place rang Note de contenu : Une archive un peu oubliée, aujourd'hui bien étudiée, nous dévoile la vie d'une exploitation agricole normande à la fin du Moyen Age.
Les documents qui nous permettent de saisir pleinement la vie quotidienne des campagnes avant l'Époque moderne sont bien rares. Deux n'avaient pas totalement échappé aux historiens, archives exceptionnelles signalées par Marc Bloch. Elles concernent une famille terrienne de Normandie, les Perrotte (devenus « de Cairon » par la grâce de Louis XI en 1472), qui ont fait fructifier leur domaine au XVe siècle. Passé la bataille de Formigny (1450), et la génération de Colas, un laboureur anobli, leur élévation sociale va de pair avec un processus d'accumulation foncière1. A la mort de leur père, trois gentilshommes campagnards prospèrent à Cairon et à Bretteville-l'Orgueilleuse dans la plaine de Caen : Jean de Cairon, par ailleurs curé de Colombiers-sur-Seulles, à 11 km du domaine ; Étienne, célibataire, et Nicolas, père de neuf enfants, l'un comme l'autre écuyers. Au début du XVIe siècle, leur ascension est indiscutable : François Ier lui-même fait halte en leur logis po ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 28-29[article] Actualité : De la Toussaint à la Madeleine : ouvriers agricoles au Moyen Age [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Marc Moriceau, Auteur . - 2022 . - p. 28-29.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 28-29
Mots-clés : agricole exploitation Moyen-âge enfants serviteur place rang Note de contenu : Une archive un peu oubliée, aujourd'hui bien étudiée, nous dévoile la vie d'une exploitation agricole normande à la fin du Moyen Age.
Les documents qui nous permettent de saisir pleinement la vie quotidienne des campagnes avant l'Époque moderne sont bien rares. Deux n'avaient pas totalement échappé aux historiens, archives exceptionnelles signalées par Marc Bloch. Elles concernent une famille terrienne de Normandie, les Perrotte (devenus « de Cairon » par la grâce de Louis XI en 1472), qui ont fait fructifier leur domaine au XVe siècle. Passé la bataille de Formigny (1450), et la génération de Colas, un laboureur anobli, leur élévation sociale va de pair avec un processus d'accumulation foncière1. A la mort de leur père, trois gentilshommes campagnards prospèrent à Cairon et à Bretteville-l'Orgueilleuse dans la plaine de Caen : Jean de Cairon, par ailleurs curé de Colombiers-sur-Seulles, à 11 km du domaine ; Étienne, célibataire, et Nicolas, père de neuf enfants, l'un comme l'autre écuyers. Au début du XVIe siècle, leur ascension est indiscutable : François Ier lui-même fait halte en leur logis po ...
Actualité : Génocide et crimes contre l'humanité : le Tribunal ouïgour a tranché / Cloé Drieu in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Actualité : Génocide et crimes contre l'humanité : le Tribunal ouïgour a tranché Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Cloé Drieu, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 30-31 Langues : Français (fre) Mots-clés : génocide crime ouïgour torture Xinjiang Chine Note de contenu : Le 9 décembre 2021, une instance indépendante établie à Londres a reconnu la Chine coupable de torture, crimes contre l'humanité, génocide à l'égard de la minorité ouïgoure.
Le Tribunal ouïgour a rendu sa décision le 9 décembre 2021. Torture, crimes contre l'humanité et génocide, ainsi sont caractérisées les atrocités et les violences systématiques et planifiées commises dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, appelée Turkestan oriental par celles et ceux qui ne reconnaissent pas la légitimité du pouvoir chinois perçu comme colonial.
La décision de ce tribunal indépendant établi à Londres, parfois qualifié de « tribunal du peuple » ou « tribunal citoyen » car aucune instance de justice internationale n'a pu être saisie, a été rendue après un an et demi de travail sous la présidence de Sir Goeffrey Nice, ancien procureur général lors du procès de Slobodan Milosevic, et sous la direction de l'avocat d'affaires Hamid Sabi, également spécialisé dans les droits humains. Ce dernier est en effet à l'initiative du « Tribunal Iran » chargé d'enquêter sur les massacres politiques de la fin des années 1980, du « Tribunal Chine » sur ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 30-31[article] Actualité : Génocide et crimes contre l'humanité : le Tribunal ouïgour a tranché [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Cloé Drieu, Auteur . - 2022 . - p. 30-31.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 30-31
Mots-clés : génocide crime ouïgour torture Xinjiang Chine Note de contenu : Le 9 décembre 2021, une instance indépendante établie à Londres a reconnu la Chine coupable de torture, crimes contre l'humanité, génocide à l'égard de la minorité ouïgoure.
Le Tribunal ouïgour a rendu sa décision le 9 décembre 2021. Torture, crimes contre l'humanité et génocide, ainsi sont caractérisées les atrocités et les violences systématiques et planifiées commises dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, appelée Turkestan oriental par celles et ceux qui ne reconnaissent pas la légitimité du pouvoir chinois perçu comme colonial.
La décision de ce tribunal indépendant établi à Londres, parfois qualifié de « tribunal du peuple » ou « tribunal citoyen » car aucune instance de justice internationale n'a pu être saisie, a été rendue après un an et demi de travail sous la présidence de Sir Goeffrey Nice, ancien procureur général lors du procès de Slobodan Milosevic, et sous la direction de l'avocat d'affaires Hamid Sabi, également spécialisé dans les droits humains. Ce dernier est en effet à l'initiative du « Tribunal Iran » chargé d'enquêter sur les massacres politiques de la fin des années 1980, du « Tribunal Chine » sur ...
Actualité : 14-18 : bilan d'un centenaire / Arndt Weinrich in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Actualité : 14-18 : bilan d'un centenaire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Arndt Weinrich, Auteur ; Nicolas Patin, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 32-33 Langues : Français (fre) Mots-clés : commémoration 14-18 Centenaire Note de contenu : Pendant cinq années, la France a commémoré la Première Guerre mondiale. Retour sur une période riche scientifiquement.
A lire également: Quel bilan scientifique pour le centenaire de 1914-1918 ? A. Weinrich et N. Patin
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 32-33[article] Actualité : 14-18 : bilan d'un centenaire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Arndt Weinrich, Auteur ; Nicolas Patin, Auteur . - 2022 . - p. 32-33.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 32-33
Mots-clés : commémoration 14-18 Centenaire Note de contenu : Pendant cinq années, la France a commémoré la Première Guerre mondiale. Retour sur une période riche scientifiquement.
A lire également: Quel bilan scientifique pour le centenaire de 1914-1918 ? A. Weinrich et N. PatinDossier : Néolitihique - L'agriculture a-t-elle fait le malheur des hommes ? in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Dossier : Néolitihique - L'agriculture a-t-elle fait le malheur des hommes ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 34-57 Langues : Français (fre) Mots-clés : néolithique agriculture dossier révolution Note de contenu : Il y a un siècle Gordon Childe proposait le concept de « révolution néolithique ». De fait, l'agriculture et l'élevage qui marquent l'entrée dans le Néolithique autour de 10000 avant notre ère, au Proche-Orient en premier, constituent une rupture essentielle. Aujourd'hui on la rend parfois responsable des maux de notre Terre. Les progrès de l'archéologie, les nouvelles méthodes, permettent de restituer la variété des processus à l'oeuvre durant ces millénaires décisifs. Loin de la caricature d'une humanité marchant vers un progrès continu ou courant à sa perte.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 34-57[article] Dossier : Néolitihique - L'agriculture a-t-elle fait le malheur des hommes ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 34-57.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 34-57
Mots-clés : néolithique agriculture dossier révolution Note de contenu : Il y a un siècle Gordon Childe proposait le concept de « révolution néolithique ». De fait, l'agriculture et l'élevage qui marquent l'entrée dans le Néolithique autour de 10000 avant notre ère, au Proche-Orient en premier, constituent une rupture essentielle. Aujourd'hui on la rend parfois responsable des maux de notre Terre. Les progrès de l'archéologie, les nouvelles méthodes, permettent de restituer la variété des processus à l'oeuvre durant ces millénaires décisifs. Loin de la caricature d'une humanité marchant vers un progrès continu ou courant à sa perte. Dossier : Néolitihique - Carte géographique - Naissance de l'agriculture in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Dossier : Néolitihique - Carte géographique - Naissance de l'agriculture Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 36-37 Langues : Français (fre) Mots-clés : carte géographique monde agriculture foyers Note de contenu : Carte géographique mondiale de la naissance de l'agriculture : des foyers multiples
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 36-37[article] Dossier : Néolitihique - Carte géographique - Naissance de l'agriculture [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 36-37.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 36-37
Mots-clés : carte géographique monde agriculture foyers Note de contenu : Carte géographique mondiale de la naissance de l'agriculture : des foyers multiples Dossier : Néolitihique - Une révolution mondiale / Jean-Paul Demoule in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Dossier : Néolitihique - Une révolution mondiale Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Paul Demoule, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 38-45 Langues : Français (fre) Mots-clés : révolution mondiale agriculteurs éleveurs alimentation démographie néolithique Note de contenu : Entre 10000 et 5000 ans avant notre ère, les hommes se transforment en agriculteurs et éleveurs dans plusieurs points du globe. Avec une série de conséquences sur l'alimentation, la démographie, les structures sociales ou la représentation du monde dont nous sommes les héritiers directs.
La révolution néolithique, longtemps ignorée aussi bien des programmes scolaires de l'enseignement secondaire que dans notre culture générale, est devenue depuis quelques années un sujet de débats et d'interrogations. Ce n'est sans doute pas par hasard. Il y a 12 000 ans en effet (soit vers 10000 avant notre ère), la planète ne comptait pas plus de 2 à 3 millions d'humains, qui vivaient pour la plupart en petits groupes nomades de quelques dizaines d'individus. Ils se nourrissaient de chasse, de pêche et de cueillette et les différences sociales que nous livrent leurs tombes étaient pour la plupart ténues. En douze millénaires seulement, c'est-à-dire 4 % de la durée d'existence d'Homo sapiens, attesté depuis 300 000 ans, l'humanité a atteint 7 milliards d'individus, dont plus de la moitié vit dans des métropoles, sinon des mégalopoles, tandis que quelques dizaines de personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre.
Tout cela est dû à la révolution néolithiqu ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 38-45[article] Dossier : Néolitihique - Une révolution mondiale [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Paul Demoule, Auteur . - 2022 . - p. 38-45.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 38-45
Mots-clés : révolution mondiale agriculteurs éleveurs alimentation démographie néolithique Note de contenu : Entre 10000 et 5000 ans avant notre ère, les hommes se transforment en agriculteurs et éleveurs dans plusieurs points du globe. Avec une série de conséquences sur l'alimentation, la démographie, les structures sociales ou la représentation du monde dont nous sommes les héritiers directs.
La révolution néolithique, longtemps ignorée aussi bien des programmes scolaires de l'enseignement secondaire que dans notre culture générale, est devenue depuis quelques années un sujet de débats et d'interrogations. Ce n'est sans doute pas par hasard. Il y a 12 000 ans en effet (soit vers 10000 avant notre ère), la planète ne comptait pas plus de 2 à 3 millions d'humains, qui vivaient pour la plupart en petits groupes nomades de quelques dizaines d'individus. Ils se nourrissaient de chasse, de pêche et de cueillette et les différences sociales que nous livrent leurs tombes étaient pour la plupart ténues. En douze millénaires seulement, c'est-à-dire 4 % de la durée d'existence d'Homo sapiens, attesté depuis 300 000 ans, l'humanité a atteint 7 milliards d'individus, dont plus de la moitié vit dans des métropoles, sinon des mégalopoles, tandis que quelques dizaines de personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre.
Tout cela est dû à la révolution néolithiqu ...
Dossier : Néolitihique - Chasseurs-cueilleurs : l'âge d'or perdu ? / Christophe Darmangeat in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Dossier : Néolitihique - Chasseurs-cueilleurs : l'âge d'or perdu ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Christophe Darmangeat, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 46-47 Langues : Français (fre) Mots-clés : néolithique chasseurs cueilleurs Anthropocène Note de contenu : Si elles n’avaient rien d’un enfer, les sociétés de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique n’étaient probablement pas un havre d’abondance, de paix et d’égalité entre les sexes.
On a longtemps considéré que les sociétés de chasseurs-cueilleurs mobiles, qui ont représenté l’essentiel de l’histoire humaine, se trouvaient à la limite perpétuelle de la survie. Leurs membres, menacés par la faim, auraient passé l’essentiel de leur temps à tenter de subvenir à leurs besoins. Cette très faible productivité était aussi censée expliquer l’absence de classes sociales : parvenant à peine à se nourrir, un être humain ne pouvait guère entretenir quelque exploiteur que ce soit.
Cette vision fut contestée par Marshall Sahlins dans Age de pierre, âge d’abondance en 1972. En s’appuyant sur quelques cas ethnographiques, celui-ci affirmait que les chasseurs-cueilleurs disposaient de larges temps de loisir. Ne désirant pas sans cesse accumuler de nouveaux biens, ils subvenaient à leurs besoins avec un temps de travail très réduit. Loin d’être marquées par la pénurie, leurs sociétés connaissaient une authentique abondance.
En réalité, l’économie de ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 46-47[article] Dossier : Néolitihique - Chasseurs-cueilleurs : l'âge d'or perdu ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Christophe Darmangeat, Auteur . - 2022 . - p. 46-47.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 46-47
Mots-clés : néolithique chasseurs cueilleurs Anthropocène Note de contenu : Si elles n’avaient rien d’un enfer, les sociétés de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique n’étaient probablement pas un havre d’abondance, de paix et d’égalité entre les sexes.
On a longtemps considéré que les sociétés de chasseurs-cueilleurs mobiles, qui ont représenté l’essentiel de l’histoire humaine, se trouvaient à la limite perpétuelle de la survie. Leurs membres, menacés par la faim, auraient passé l’essentiel de leur temps à tenter de subvenir à leurs besoins. Cette très faible productivité était aussi censée expliquer l’absence de classes sociales : parvenant à peine à se nourrir, un être humain ne pouvait guère entretenir quelque exploiteur que ce soit.
Cette vision fut contestée par Marshall Sahlins dans Age de pierre, âge d’abondance en 1972. En s’appuyant sur quelques cas ethnographiques, celui-ci affirmait que les chasseurs-cueilleurs disposaient de larges temps de loisir. Ne désirant pas sans cesse accumuler de nouveaux biens, ils subvenaient à leurs besoins avec un temps de travail très réduit. Loin d’être marquées par la pénurie, leurs sociétés connaissaient une authentique abondance.
En réalité, l’économie de ...
Dossier : Néolitihique - La colonisation de l'Europe / Catherine Perlès in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Dossier : Néolitihique - La colonisation de l'Europe Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Catherine Perlès, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 48-53 Langues : Français (fre) Mots-clés : néolithique colonisation Europe sédentaire migration Note de contenu : On le sait aujourd'hui : ce sont des agriculteurs-éleveurs du Proche-Orient qui ont introduit en Europe ce nouveau mode de vie. Peu à peu, grâce à l'archéologie et à la génétique, se dessinent plus finement leurs parcours, leur rencontre avec les populations autochtones, les paysages qu'ils ont créés.
Le Proche-Orient constitue un des foyers primaires de néolithisation. On peut y suivre avec précision l'apparition d'un mode de vie sédentaire vers 12500 avant notre ère (av. n. è.), puis de la domestication des céréales et des légumineuses, de la chèvre, du mouton, du porc et du boeuf, ainsi que l'éclosion d'une gamme très large de techniques nouvelles, dont l'architecture pérenne, la poterie, le polissage de la pierre, le tissage, et bien d'autres encore (cf. p. 38). Ces éléments n'apparaîtront en Europe que plusieurs millénaires plus tard : les plus anciennes dates ne remontent pas au-delà de 6700 av. n. è. en Grèce, de 6100 av. n. è. dans les Balkans et le sud de l'Italie.
« Diffusionnistes » vs « indigénistes »
Très tôt, l'idée de migrations depuis le Proche-Orient et l'Anatolie vers l'Europe s'est donc imposée. Toutefois, rejetant avec virulence ces thèses diffusionnistes inspirées de Gordon Childe, l'inventeur du concept de « ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 48-53[article] Dossier : Néolitihique - La colonisation de l'Europe [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Catherine Perlès, Auteur . - 2022 . - p. 48-53.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 48-53
Mots-clés : néolithique colonisation Europe sédentaire migration Note de contenu : On le sait aujourd'hui : ce sont des agriculteurs-éleveurs du Proche-Orient qui ont introduit en Europe ce nouveau mode de vie. Peu à peu, grâce à l'archéologie et à la génétique, se dessinent plus finement leurs parcours, leur rencontre avec les populations autochtones, les paysages qu'ils ont créés.
Le Proche-Orient constitue un des foyers primaires de néolithisation. On peut y suivre avec précision l'apparition d'un mode de vie sédentaire vers 12500 avant notre ère (av. n. è.), puis de la domestication des céréales et des légumineuses, de la chèvre, du mouton, du porc et du boeuf, ainsi que l'éclosion d'une gamme très large de techniques nouvelles, dont l'architecture pérenne, la poterie, le polissage de la pierre, le tissage, et bien d'autres encore (cf. p. 38). Ces éléments n'apparaîtront en Europe que plusieurs millénaires plus tard : les plus anciennes dates ne remontent pas au-delà de 6700 av. n. è. en Grèce, de 6100 av. n. è. dans les Balkans et le sud de l'Italie.
« Diffusionnistes » vs « indigénistes »
Très tôt, l'idée de migrations depuis le Proche-Orient et l'Anatolie vers l'Europe s'est donc imposée. Toutefois, rejetant avec virulence ces thèses diffusionnistes inspirées de Gordon Childe, l'inventeur du concept de « ...
Dossier : Néolitihique - La vraie entrée dans l'histoire / Boris Valentin in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Dossier : Néolitihique - La vraie entrée dans l'histoire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Boris Valentin, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 54-57 Langues : Français (fre) Mots-clés : néolithique écriture révolution préhistoire histoire paléohistoire Note de contenu : On considère généralement que l'apparition de l'écriture marque les débuts de l'histoire humaine. Mais les changements radicaux dès la fin de la préhistoire invalident, selon Boris Valentin, cette conception : au Néolithique, l'humanité est déjà entrée dans l'histoire.
L'Histoire : Qui a inventé le Néolithique ?
Boris Valentin : La préhistoire s'est construite comme discipline au XIXe siècle avec le souci de démontrer l'ancienneté de l'homme. Les pionniers de ces travaux sont les Français Paul Tournal, Jacques Boucher de Perthes, Édouard Lartet. A cette première préoccupation s'ajoute très vite, dans les années 1850-1860, et parfois chez les mêmes protagonistes (comme Lartet), la volonté de bâtir une chronologie interne, avec les moyens de l'époque : on cherche à identifier des étapes dans l'évolution des faunes ou des techniques à travers l'étagement des couches (ce qu'on appelle la stratigraphie). En 1865, John Lubbock définit le terme de « paléolithique », avec comme vis-à-vis celui de « néolithique », sur la stricte base des transformations observées dans l'outillage en silex dans la zone de naissance de la préhistoire, c'est-à-dire la France, la Belgique et la Grande-Bretagne. Le Néolithique ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 54-57[article] Dossier : Néolitihique - La vraie entrée dans l'histoire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Boris Valentin, Auteur . - 2022 . - p. 54-57.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 54-57
Mots-clés : néolithique écriture révolution préhistoire histoire paléohistoire Note de contenu : On considère généralement que l'apparition de l'écriture marque les débuts de l'histoire humaine. Mais les changements radicaux dès la fin de la préhistoire invalident, selon Boris Valentin, cette conception : au Néolithique, l'humanité est déjà entrée dans l'histoire.
L'Histoire : Qui a inventé le Néolithique ?
Boris Valentin : La préhistoire s'est construite comme discipline au XIXe siècle avec le souci de démontrer l'ancienneté de l'homme. Les pionniers de ces travaux sont les Français Paul Tournal, Jacques Boucher de Perthes, Édouard Lartet. A cette première préoccupation s'ajoute très vite, dans les années 1850-1860, et parfois chez les mêmes protagonistes (comme Lartet), la volonté de bâtir une chronologie interne, avec les moyens de l'époque : on cherche à identifier des étapes dans l'évolution des faunes ou des techniques à travers l'étagement des couches (ce qu'on appelle la stratigraphie). En 1865, John Lubbock définit le terme de « paléolithique », avec comme vis-à-vis celui de « néolithique », sur la stricte base des transformations observées dans l'outillage en silex dans la zone de naissance de la préhistoire, c'est-à-dire la France, la Belgique et la Grande-Bretagne. Le Néolithique ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Le drame des mal-mariées / Yannick Ripa in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Le drame des mal-mariées Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Yannick Ripa, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 58-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : alliance famille mariage drame Code civil couvent Note de contenu : Consentir n'est pas toujours vouloir et le mariage reste avant tout au XIXe siècle une alliance entre deux familles. Pour les femmes, destinées au foyer et sans autonomie financière, il s'apparente à une obligation. Les plus rebelles à ce modèle ont laissé des témoignages poignants.
Le soleil se lève à peine ce 27 août 1887 quand la jeune Fortunée, 20 ans, enjambe la rambarde du pont de Puteaux à Paris. Comme tant de désespérées, elle a choisi la noyade pour mettre fin à ses tourments. Elle préfère mourir plutôt que de renoncer à épouser celui qu'elle aime, et refuse de devenir la femme d'un homme qui sera choisi par les siens. Pourtant, depuis la Révolution française, le mariage a cessé d'être uniquement un sacrement pour être d'abord un contrat civil consenti entre les deux parties, libres ainsi de toute contrainte.
En 1804, l'article 146 du Code civil le confirme : « Il n'y a pas de mariage lorsqu'il n'y a pas de consentement. » Celui-ci peut être émis une fois la majorité matrimoniale atteinte (18 ans révolus pour les garçons et 15 ans révolus pour les filles). Toutefois « un acte respectueux et formel demandant le conseil des parents » (art. 151) est exigé jusqu'à l'âge de 30 ans pour les garçons, et de 25 ans pou ..
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 58-63[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Le drame des mal-mariées [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Yannick Ripa, Auteur . - 2022 . - p. 58-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 58-63
Mots-clés : alliance famille mariage drame Code civil couvent Note de contenu : Consentir n'est pas toujours vouloir et le mariage reste avant tout au XIXe siècle une alliance entre deux familles. Pour les femmes, destinées au foyer et sans autonomie financière, il s'apparente à une obligation. Les plus rebelles à ce modèle ont laissé des témoignages poignants.
Le soleil se lève à peine ce 27 août 1887 quand la jeune Fortunée, 20 ans, enjambe la rambarde du pont de Puteaux à Paris. Comme tant de désespérées, elle a choisi la noyade pour mettre fin à ses tourments. Elle préfère mourir plutôt que de renoncer à épouser celui qu'elle aime, et refuse de devenir la femme d'un homme qui sera choisi par les siens. Pourtant, depuis la Révolution française, le mariage a cessé d'être uniquement un sacrement pour être d'abord un contrat civil consenti entre les deux parties, libres ainsi de toute contrainte.
En 1804, l'article 146 du Code civil le confirme : « Il n'y a pas de mariage lorsqu'il n'y a pas de consentement. » Celui-ci peut être émis une fois la majorité matrimoniale atteinte (18 ans révolus pour les garçons et 15 ans révolus pour les filles). Toutefois « un acte respectueux et formel demandant le conseil des parents » (art. 151) est exigé jusqu'à l'âge de 30 ans pour les garçons, et de 25 ans pou ..L'Atelier des CHERCHEURS - Feuilleton - 6. Désindustrialisation, la face cachée des Trente Glorieuses ? / Régis Boulat in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Feuilleton - 6. Désindustrialisation, la face cachée des Trente Glorieuses ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Régis Boulat, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 64-65 Langues : Français (fre) Mots-clés : désindustrialisation Mulhouse déclin Trente Glorieuses Note de contenu : Question politique longtemps ignorée des historiens, la désindustrialisation fait aujourd'hui l'objet de travaux renouvelés, qui montrent la complexité d'un phénomène trouvant ses racines au coeur des Trente Glorieuses.
Plus qu'aucun autre pays européen, la France a subi depuis les années 1970 un processus massif de désindustrialisation ayant entraîné la disparition d'emplois, un déficit abyssal de sa balance commerciale, une diminution relative de son PIB et, au final, un affaiblissement de sa puissance. La production industrielle de la France qui représentait un peu plus de la moitié de celle de l'Allemagne en 1974, n'en représentait plus que le tiers en 2014.
Longtemps ignorée ou minorée, la désindustrialisation fait aujourd'hui l'objet de l'attention des historiens qui soulignent la gravité de ses conséquences économiques et sociales et l'abandon de toute politique industrielle depuis quarante ans. Ces travaux permettent de complexifier la chronologie de la désindustrialisation. Dès la période des Trente Glorieuses, on assiste ainsi à des phénomènes de désindustrialisation partielle et de reconversion sectorielle qui conduisent à la disparition de certains acteurs économiques traditionnels. Dans les années 1970 s'amorce une seconde phase de la désindustrialisation, qui voit le recul de l'emploi industriel, en lien avec les mutations du capitalisme international.
Des usines ferment, d'autres ouvrent
Cette vision renouvelée du processus de désindustrialisation est illustrée par le cas de la région de Mulhouse. Là, la création, au milieu du XVIIIe siècle, des premières manufactures d'indiennes (toiles de coton imprimées) a été le point de départ d'un processus d'industrialisation collectif original orienté vers l'activité textile, la construction mécanique et la chimie. Sa vigueur s'explique notamment par l'ancrage territorial d'un patronat protestant fortement homogène et solidaire, rassemblé au sein de la Société industrielle de Mulhouse fondée en 1826.
Si la Seconde Guerre mondiale a laissé la région exsangue, la reconstruction-modernisation, largement autofinancée, a été plus rapide dans la construction mécanique que dans le textile. A partir du début des années 1950, les Trente Glorieuses ont fait coexister industrialisation et désindustrialisation dans le Haut-Rhin. C'est d'abord le coton qui a connu des crises successives dès le début des années 1950 en raison de la dégradation du marché international (décolonisation, concurrence des pays en voie de développement), de l'avènement des fibres synthétiques et de la société de consommation. En 1971 plus de 220 établissements industriels textiles du Haut-Rhin avaient déjà mis la clé sous la porte. Seules les entreprises les plus solides et dirigées par des patrons habiles sont parvenues à s'adapter (Société anonyme d'industrie cotonnière dirigée par Jacques-Henry Gros ou groupe Schaeffer dirigé par Bernard Thierry-Mieg). Il en a résulté un mouvement de concentration, souvent contre-productif dans la mesure où il a pu entraîner le départ du siège social - comme dans le cas de DMC/Thiriez & Cartier-Bresson.
Mais la fin du textile s'est accompagnée dans le Haut-Rhin d'une reconversion de l'appareil productif, permettant ainsi un maintien de l'emploi industriel à un haut niveau. Ainsi, en 1970, l'industrie emploie encore 53 % des actifs (les autres travaillant dans l'agriculture ou les services) grâce aux mutations des secteurs de la mécanique ou de la chimie. Dès 1965 l'industrie des métaux dépasse ainsi le textile par l'importance de ses effectifs. Ce développement s'est réalisé à la faveur de l'implantation de 145 établissements nouveaux : en 1970 plus du quart de la branche des métaux travaille dans des entreprises qui n'existaient pas en 1960 ; à l'inverse, les entreprises présentes dans ce secteur depuis les années 1820 connaissent à leur tour des difficultés. Ainsi, l'effondrement des carnets de commande de la SACM (Société alsacienne de construction mécanique, fondée en 1872) conduit l'entreprise à diversifier ses productions et à passer des accords financiers qui entraînent sa dilution dans des ensembles dont elle n'a plus le contrôle, précédent son absorption par Hispano-Suiza, puis son démantèlement en 1986.
Adieu machines textiles et biens d'équipement, c'est l'industrie automobile qui, à partir du début des années 1960, avec l'implantation de Peugeot, occupe désormais la première place. Toutefois, cette « mutation industrielle » s'accompagne du départ des centres de décision des grandes entreprises, auquel s'ajoutent l'arrivée de capitaux extérieurs à la région et le développement du travail frontalier.
A Mulhouse, les Trente Glorieuses sont donc caractérisées par une première désindustrialisation, qui constitue la face cachée du processus de modernisation et de rattrapage à l'oeuvre, dans un cadre national, du début des années 1950 au début des années 1970. Dans la mesure où les entreprises du textile ou de la construction mécanique qui disparaissent sont remplacées par l'automobile, activité relevant d'une autre phase de l'industrialisation, et par le développement du travail frontalier, le chômage n'explose pas jusqu'aux années 1980.
A partir de la seconde moitié des années 1970, une deuxième vague de désindustrialisation, dont les logiques sont bien différentes, s'abat sur le territoire mulhousien : elle a pour cadre un mouvement de financiarisation et résulte de délocalisations et d'une sous-traitance internationale qui se développent sur un marché désormais mondial. A cela viennent s'ajouter les contraintes imposées par l'intégration européenne.
Au terme de ces processus qui ont entraîné le recul de l'emploi industriel au profit de l'emploi tertiaire, l'Alsace reste pourtant, avec la Franche-Comté et les Pays de la Loire, l'une des régions françaises les plus industrialisées grâce à trois secteurs que sont les équipements mécaniques, l'automobile et l'agroalimentaire. Mais les structures de cet appareil productif ne sont plus les mêmes qu'il y a cinquante ans. Les derniers représentants des dynasties patronales protestantes ont disparu dans les années 1980 et ont été remplacés par de grands groupes internationaux. On note ainsi une forte concentration des emplois industriels dans des établissements de grande taille appartenant à des groupes à capitaux allemands, suisses ou américains (pour 44 % des salariés alsaciens, le centre de décision se situe à l'étranger contre 27 % en moyenne nationale), ce qui n'est pas sans danger pour l'avenir.
Le cas de Mulhouse permet ainsi de saisir la complexité du processus de désindustrialisation engagé dès les Trente Glorieuses, et met en lumière la fragilité paradoxale de l'activité industrielle contemporaine intégrée à une économie financiarisée et globalisée.
L'AUTEUR
Maître de conférences à l'université de Haute-Alsace, Régis Boulat est spécialiste des Trente Glorieuses. Il a notamment publié Jean Fourastié, un expert en productivité. La modernisation de la France, années trente-années cinquante (Besançon, PUFC, 2008).
Mulhouse : déclin précoce du textile
Textile
A Mulhouse, les Trente Glorieuses sont marquées par le déclin des activités traditionnelles comme le textile, déclin compensé par l'essor de la chimie et le renouvellement de la métallurgie et de la mécanique. L'emploi chutera à partir des années 1980 (cliché de l'usine textile Schlumpf, en 1976, à Mulhouse).
MOT CLÉ
Trente Glorieuses
Terme inventé par l'économiste Jean Fourastié en 1979, en référence aux « trois glorieuses » de juillet 1830, pour désigner la période de prospérité qui s'étend de la Libération au krach pétrolier de 1973, marquée par une forte croissance démographique et industrielle et des progrès techniques importants. L'expression est aujourd'hui remise en question par des historiens, qui insistent sur son coût environnemental ou la persistance des inégalités sociales.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 64-65[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Feuilleton - 6. Désindustrialisation, la face cachée des Trente Glorieuses ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Régis Boulat, Auteur . - 2022 . - p. 64-65.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 64-65
Mots-clés : désindustrialisation Mulhouse déclin Trente Glorieuses Note de contenu : Question politique longtemps ignorée des historiens, la désindustrialisation fait aujourd'hui l'objet de travaux renouvelés, qui montrent la complexité d'un phénomène trouvant ses racines au coeur des Trente Glorieuses.
Plus qu'aucun autre pays européen, la France a subi depuis les années 1970 un processus massif de désindustrialisation ayant entraîné la disparition d'emplois, un déficit abyssal de sa balance commerciale, une diminution relative de son PIB et, au final, un affaiblissement de sa puissance. La production industrielle de la France qui représentait un peu plus de la moitié de celle de l'Allemagne en 1974, n'en représentait plus que le tiers en 2014.
Longtemps ignorée ou minorée, la désindustrialisation fait aujourd'hui l'objet de l'attention des historiens qui soulignent la gravité de ses conséquences économiques et sociales et l'abandon de toute politique industrielle depuis quarante ans. Ces travaux permettent de complexifier la chronologie de la désindustrialisation. Dès la période des Trente Glorieuses, on assiste ainsi à des phénomènes de désindustrialisation partielle et de reconversion sectorielle qui conduisent à la disparition de certains acteurs économiques traditionnels. Dans les années 1970 s'amorce une seconde phase de la désindustrialisation, qui voit le recul de l'emploi industriel, en lien avec les mutations du capitalisme international.
Des usines ferment, d'autres ouvrent
Cette vision renouvelée du processus de désindustrialisation est illustrée par le cas de la région de Mulhouse. Là, la création, au milieu du XVIIIe siècle, des premières manufactures d'indiennes (toiles de coton imprimées) a été le point de départ d'un processus d'industrialisation collectif original orienté vers l'activité textile, la construction mécanique et la chimie. Sa vigueur s'explique notamment par l'ancrage territorial d'un patronat protestant fortement homogène et solidaire, rassemblé au sein de la Société industrielle de Mulhouse fondée en 1826.
Si la Seconde Guerre mondiale a laissé la région exsangue, la reconstruction-modernisation, largement autofinancée, a été plus rapide dans la construction mécanique que dans le textile. A partir du début des années 1950, les Trente Glorieuses ont fait coexister industrialisation et désindustrialisation dans le Haut-Rhin. C'est d'abord le coton qui a connu des crises successives dès le début des années 1950 en raison de la dégradation du marché international (décolonisation, concurrence des pays en voie de développement), de l'avènement des fibres synthétiques et de la société de consommation. En 1971 plus de 220 établissements industriels textiles du Haut-Rhin avaient déjà mis la clé sous la porte. Seules les entreprises les plus solides et dirigées par des patrons habiles sont parvenues à s'adapter (Société anonyme d'industrie cotonnière dirigée par Jacques-Henry Gros ou groupe Schaeffer dirigé par Bernard Thierry-Mieg). Il en a résulté un mouvement de concentration, souvent contre-productif dans la mesure où il a pu entraîner le départ du siège social - comme dans le cas de DMC/Thiriez & Cartier-Bresson.
Mais la fin du textile s'est accompagnée dans le Haut-Rhin d'une reconversion de l'appareil productif, permettant ainsi un maintien de l'emploi industriel à un haut niveau. Ainsi, en 1970, l'industrie emploie encore 53 % des actifs (les autres travaillant dans l'agriculture ou les services) grâce aux mutations des secteurs de la mécanique ou de la chimie. Dès 1965 l'industrie des métaux dépasse ainsi le textile par l'importance de ses effectifs. Ce développement s'est réalisé à la faveur de l'implantation de 145 établissements nouveaux : en 1970 plus du quart de la branche des métaux travaille dans des entreprises qui n'existaient pas en 1960 ; à l'inverse, les entreprises présentes dans ce secteur depuis les années 1820 connaissent à leur tour des difficultés. Ainsi, l'effondrement des carnets de commande de la SACM (Société alsacienne de construction mécanique, fondée en 1872) conduit l'entreprise à diversifier ses productions et à passer des accords financiers qui entraînent sa dilution dans des ensembles dont elle n'a plus le contrôle, précédent son absorption par Hispano-Suiza, puis son démantèlement en 1986.
Adieu machines textiles et biens d'équipement, c'est l'industrie automobile qui, à partir du début des années 1960, avec l'implantation de Peugeot, occupe désormais la première place. Toutefois, cette « mutation industrielle » s'accompagne du départ des centres de décision des grandes entreprises, auquel s'ajoutent l'arrivée de capitaux extérieurs à la région et le développement du travail frontalier.
A Mulhouse, les Trente Glorieuses sont donc caractérisées par une première désindustrialisation, qui constitue la face cachée du processus de modernisation et de rattrapage à l'oeuvre, dans un cadre national, du début des années 1950 au début des années 1970. Dans la mesure où les entreprises du textile ou de la construction mécanique qui disparaissent sont remplacées par l'automobile, activité relevant d'une autre phase de l'industrialisation, et par le développement du travail frontalier, le chômage n'explose pas jusqu'aux années 1980.
A partir de la seconde moitié des années 1970, une deuxième vague de désindustrialisation, dont les logiques sont bien différentes, s'abat sur le territoire mulhousien : elle a pour cadre un mouvement de financiarisation et résulte de délocalisations et d'une sous-traitance internationale qui se développent sur un marché désormais mondial. A cela viennent s'ajouter les contraintes imposées par l'intégration européenne.
Au terme de ces processus qui ont entraîné le recul de l'emploi industriel au profit de l'emploi tertiaire, l'Alsace reste pourtant, avec la Franche-Comté et les Pays de la Loire, l'une des régions françaises les plus industrialisées grâce à trois secteurs que sont les équipements mécaniques, l'automobile et l'agroalimentaire. Mais les structures de cet appareil productif ne sont plus les mêmes qu'il y a cinquante ans. Les derniers représentants des dynasties patronales protestantes ont disparu dans les années 1980 et ont été remplacés par de grands groupes internationaux. On note ainsi une forte concentration des emplois industriels dans des établissements de grande taille appartenant à des groupes à capitaux allemands, suisses ou américains (pour 44 % des salariés alsaciens, le centre de décision se situe à l'étranger contre 27 % en moyenne nationale), ce qui n'est pas sans danger pour l'avenir.
Le cas de Mulhouse permet ainsi de saisir la complexité du processus de désindustrialisation engagé dès les Trente Glorieuses, et met en lumière la fragilité paradoxale de l'activité industrielle contemporaine intégrée à une économie financiarisée et globalisée.
L'AUTEUR
Maître de conférences à l'université de Haute-Alsace, Régis Boulat est spécialiste des Trente Glorieuses. Il a notamment publié Jean Fourastié, un expert en productivité. La modernisation de la France, années trente-années cinquante (Besançon, PUFC, 2008).
Mulhouse : déclin précoce du textile
Textile
A Mulhouse, les Trente Glorieuses sont marquées par le déclin des activités traditionnelles comme le textile, déclin compensé par l'essor de la chimie et le renouvellement de la métallurgie et de la mécanique. L'emploi chutera à partir des années 1980 (cliché de l'usine textile Schlumpf, en 1976, à Mulhouse).
MOT CLÉ
Trente Glorieuses
Terme inventé par l'économiste Jean Fourastié en 1979, en référence aux « trois glorieuses » de juillet 1830, pour désigner la période de prospérité qui s'étend de la Libération au krach pétrolier de 1973, marquée par une forte croissance démographique et industrielle et des progrès techniques importants. L'expression est aujourd'hui remise en question par des historiens, qui insistent sur son coût environnemental ou la persistance des inégalités sociales.
L'Atelier des CHERCHEURS - Calvin contre les "veaux" de la Sorbonne / Olivier Christin in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Calvin contre les "veaux" de la Sorbonne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Christin, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 66-70 Langues : Français (fre) Mots-clés : Calvin Sorbonne réforme pamphlets Note de contenu : En 1544, le réformateur publie deux pamphlets vigoureux et drolatiques pour ridiculiser les docteurs de la Sorbonne. Une méthode rendue possible grâce à l'alliance des méthodes humanistes et des techniques de l'imprimé.
Je n'ai jamais dit cela », « mes propos ont été déformés », « tout cela est sorti de son contexte »... Nous sommes devenus familiers de ces dénégations des hommes et des femmes politiques confrontés à certaines de leurs déclarations et embarrassés de les voir reprises hors des circonstances de leur énonciation initiale. Elles sont devenues courantes, à mesure du développement des chaînes d'information en continu et des réseaux sociaux, qui enregistrent presque sans relâche les moments de la vie publique, et gardent en mémoire les gestes et les paroles de ses acteurs. Mais cet avènement de la critique et de la possibilité de confronter chacun à ce qu'il a véritablement dit ou écrit ne date pas de la révolution médiatique actuelle, ni même de la naissance de la presse d'opinion. On peut le faire remonter à la fin du Moyen Age et au début de l'Époque moderne, quand les méthodes intellectuelles de l'humanisme et l'essor de l'imprimé fixent le texte et le renden ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 66-70[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Calvin contre les "veaux" de la Sorbonne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Christin, Auteur . - 2022 . - p. 66-70.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 66-70
Mots-clés : Calvin Sorbonne réforme pamphlets Note de contenu : En 1544, le réformateur publie deux pamphlets vigoureux et drolatiques pour ridiculiser les docteurs de la Sorbonne. Une méthode rendue possible grâce à l'alliance des méthodes humanistes et des techniques de l'imprimé.
Je n'ai jamais dit cela », « mes propos ont été déformés », « tout cela est sorti de son contexte »... Nous sommes devenus familiers de ces dénégations des hommes et des femmes politiques confrontés à certaines de leurs déclarations et embarrassés de les voir reprises hors des circonstances de leur énonciation initiale. Elles sont devenues courantes, à mesure du développement des chaînes d'information en continu et des réseaux sociaux, qui enregistrent presque sans relâche les moments de la vie publique, et gardent en mémoire les gestes et les paroles de ses acteurs. Mais cet avènement de la critique et de la possibilité de confronter chacun à ce qu'il a véritablement dit ou écrit ne date pas de la révolution médiatique actuelle, ni même de la naissance de la presse d'opinion. On peut le faire remonter à la fin du Moyen Age et au début de l'Époque moderne, quand les méthodes intellectuelles de l'humanisme et l'essor de l'imprimé fixent le texte et le renden ...
L'Atelier des CHERCHEURS - La France face au sida / Philippe Artières in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - La France face au sida Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Philippe Artières, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 72-76 Langues : Français (fre) Mots-clés : sida France éthique politique épidémie vih Note de contenu : La gestion de l'épidémie de Covid fait voir d'un autre oeil la manière dont la France a réagi à l'irruption du sida dans les années 1980.
Un mois après l'arrivée de François Mitterrand à l'Élysée en mai 1981, le monde apprend que cinq jeunes homosexuels californiens sont morts en quelques semaines après avoir été traités pour une forme de pneumonie qui n'apparaît que lorsque le système immunitaire est très affaibli. Des cas similaires sont bientôt identifiés dans d'autres régions du monde. En 1982 l'acronyme aids, francisé en sida (syndrome d'immunodéficience acquise), fait son apparition.
Mais le président français tarde à lancer une politique de lutte à la hauteur de la pandémie qui est en train de flamber. C'est pourtant une équipe française de l'Institut Pasteur, celle de Françoise Barré-Sinoussi, Luc Montagnier et Jean-Claude Chermann, qui en 1983 isole le virus de l'immuno-déficience humaine (nommé VIH en 1986). Ses modes de transmission sont établis avec certitude : les relations sexuelles, le lait maternel et le sang.
Les premiers tests de dépistage sont mis au point q ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 72-76[article] L'Atelier des CHERCHEURS - La France face au sida [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Philippe Artières, Auteur . - 2022 . - p. 72-76.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 72-76
Mots-clés : sida France éthique politique épidémie vih Note de contenu : La gestion de l'épidémie de Covid fait voir d'un autre oeil la manière dont la France a réagi à l'irruption du sida dans les années 1980.
Un mois après l'arrivée de François Mitterrand à l'Élysée en mai 1981, le monde apprend que cinq jeunes homosexuels californiens sont morts en quelques semaines après avoir été traités pour une forme de pneumonie qui n'apparaît que lorsque le système immunitaire est très affaibli. Des cas similaires sont bientôt identifiés dans d'autres régions du monde. En 1982 l'acronyme aids, francisé en sida (syndrome d'immunodéficience acquise), fait son apparition.
Mais le président français tarde à lancer une politique de lutte à la hauteur de la pandémie qui est en train de flamber. C'est pourtant une équipe française de l'Institut Pasteur, celle de Françoise Barré-Sinoussi, Luc Montagnier et Jean-Claude Chermann, qui en 1983 isole le virus de l'immuno-déficience humaine (nommé VIH en 1986). Ses modes de transmission sont établis avec certitude : les relations sexuelles, le lait maternel et le sang.
Les premiers tests de dépistage sont mis au point q ...
Décryptage d'image : Jeanne : le portrait griffonné du greffier / Claude Gauvard in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Décryptage d'image : Jeanne : le portrait griffonné du greffier Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Claude Gauvard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 78-79 Langues : Français (fre) Mots-clés : portrait Jeanne d'Arc parchemin procès Note de contenu : Aucun portrait de Jeanne d'Arc n'est actuellement connu. A peine savons-nous, grâce aux deux procès (1431 et 1456), qu'elle était plutôt grande et bien faite sous la cuirasse qu'elle portait depuis son départ de Vaucouleurs en février 1429. La légende a vite transformé son personnage, ici en Judith, là en bergère. Ces déformations font de ce dessin, griffonné à chaud le 10 mai 1429 par le greffier du Parlement de Paris Clément de Fauquembergue, une référence. Il est même devenu l'icône de l'héroïne par l'émotion qu'il suscite. Mais on oublie trop vite que ce portrait n'a pas été pris sur le vif. Il traduit plutôt la façon dont un officier royal, vivant à Paris sous la domination des Anglais qui y sont installés depuis le traité de Troyes (1420), imagine la Pucelle après avoir entendu le cri public annoncer leur défaite à Orléans.
Cependant, l'image de Jeanne est certainement moins complaisante qu'il ne paraît. L'héroïne prend plutôt les traits de la ...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 78-79[article] Décryptage d'image : Jeanne : le portrait griffonné du greffier [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Claude Gauvard, Auteur . - 2022 . - p. 78-79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 78-79
Mots-clés : portrait Jeanne d'Arc parchemin procès Note de contenu : Aucun portrait de Jeanne d'Arc n'est actuellement connu. A peine savons-nous, grâce aux deux procès (1431 et 1456), qu'elle était plutôt grande et bien faite sous la cuirasse qu'elle portait depuis son départ de Vaucouleurs en février 1429. La légende a vite transformé son personnage, ici en Judith, là en bergère. Ces déformations font de ce dessin, griffonné à chaud le 10 mai 1429 par le greffier du Parlement de Paris Clément de Fauquembergue, une référence. Il est même devenu l'icône de l'héroïne par l'émotion qu'il suscite. Mais on oublie trop vite que ce portrait n'a pas été pris sur le vif. Il traduit plutôt la façon dont un officier royal, vivant à Paris sous la domination des Anglais qui y sont installés depuis le traité de Troyes (1420), imagine la Pucelle après avoir entendu le cri public annoncer leur défaite à Orléans.
Cependant, l'image de Jeanne est certainement moins complaisante qu'il ne paraît. L'héroïne prend plutôt les traits de la ...
Guide des Livres : Japon, « vallée sombre » / Pierre-François Souyri in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Japon, « vallée sombre » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre-François Souyri, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80-81 Langues : Français (fre) Mots-clés : Japon Masao Maruyama 1930 régime ultranationaliste militariste Note de contenu : La réflexion de Masao Maruyama, l'un des grands intellectuels japonais du XXe siècle, est enfin traduite en français : il éclaire la manière dont l'État de l'archipel a glissé dans les années 1930 vers un régime ultranationaliste et militariste.
Rarement un auteur aura fait preuve d'une pareille lucidité pour analyser un phénomène historique, alors qu'il avait encore le nez sur l'événement. « C'est la lumière qui sort des ténèbres », a-t-on pu ainsi écrire à son propos. En lisant aujourd'hui les articles de Masao Maruyama (mort en 1996), publiés en 1946, 1947 et 1949 et regroupés par l'éditeur sous le titre Le Fascisme japonais, on ne peut qu'être frappé par la clarté de l'analyse de ce contemporain des événements, rescapé de Hiroshima. En Allemagne, comme le rappelle Johann Chapoutot dans sa préface, Friedrich Meinecke avait publié dès 1946 la Catastrophe allemande et sa théorie du Sonderweg est encore une référence. Les articles de Maruyama sont du même bois et ne peuvent être ignorés de celui qui voudrait comprendre ce que fut la tragédie asiatique des années noires entre l'invasion de la Mandchourie et l'écrasement du régime de Tokyo en 1945, la « vallée sombre », comme disent les Japonais.
Dans un travail d'édition impeccable, Morvan Perroncel nous livre en effet trois études essentielles de l'un des grands intellectuels japonais du deuxième XXe siècle, dont l'oeuvre est en France quasi inconnue. Pourtant plusieurs des ouvrages de ce spécialiste de la pensée politique japonaise ont été publiés en langue française par Le Débat, les Presses universitaires de France et les Belles Lettres, mais sans écho ou presque.
Maruyama part ici d'un questionnement multiple. D'abord, d'où vient cet étrange sentiment d'irresponsabilité dans lequel baigne la société japonaise dans l'immédiat après-guerre ? Et comment qualifier l'indécision générale des dirigeants japonais de ce temps qui semblent subir les événements plus qu'ils ne les provoquent ? Qu'est-ce que ce fascisme rampant - Maruyama dit « atrophié » -, sans chef, sans parti de masse, produit d'une armée qui en devient le vecteur principal et qui s'empare de l'État sans que l'on puisse vraiment donner une date de prise du pouvoir, comme par une série de glissements progressifs alors que toutes les tentatives de coup d'État des forces les plus ultras échouent et que les éléments les plus « fascistes », comme l'idéologue Kita Ikki, sont exécutés (ce dernier en 1937) ? Comment un pareil régime peut-il émerger dans le sillage de l'État moderne créé à l'époque Meiji sans toucher au cadre établi par la Constitution de 1889 ? En est-il l'exact opposé ou la caricature voire le produit direct ?
Selon Maruyama, le système pousse au conformisme et à l'obéissance passive : loyauté aux supérieurs, respect des anciens, esprit de sacrifice, etc. Et il s'interroge : qui donnait les ordres pendant la guerre ? La machinerie militaire de l'administration et de l'armée, certes, mais personne individuellement ne s'estimait responsable. Pas les officiers qui étaient censés obéir à leur hiérarchie mais qui désobéissaient quand l'idéologie dictait leur action ; pas la hiérarchie qui était censée obéir aux ordres impériaux mais qui collectivement faisait pression sur l'empereur en permanence ; pas les soldats qui étaient censés obéir aux ordres mais qui se défoulaient sur les populations civiles dans les zones conquises. En fait chaque organe de décision fonctionnait selon sa propre logique tout en devant tenir compte des autres centres de pouvoir. Dans pareil contexte, le gouvernement ne disposait pas d'une autorité déterminante parce qu'il était lui-même un enjeu entre plusieurs centres de décision. Chaque ministre engageait sa responsabilité devant l'empereur mais l'empereur ne présidait pas le conseil des ministres, et le Premier ministre n'était pas le véritable chef des armées (ce dernier est prévenu de l'attaque de Pearl Harbor alors que celle-ci est déjà engagée). Le Conseil privé apparaît aussi comme un lieu concurrentiel de pouvoir mais ne l'emportait pas non plus sur le gouvernement. On a pu évoquer le conflit entre civils et militaires mais il faudrait aussi rappeler la rivalité permanente entre l'armée et la marine (qui chacune avaient son ministre), l'État-major et les ministères, et au sein du ministère de l'Armée de Terre, le bureau des affaires militaires et celui des affaires générales, etc.
Pagaille au sommet
Le système, paralysé, avançait sans ligne directrice, et les initiatives des milieux les plus radicaux, des « hors-la-loi » dit Maruyama, étaient finalement entérinées, ce qui donne une impression d'improvisation et de désordre, allant jusqu'à agacer Ribbentrop qui reprochait aux Japonais leur incapacité à formuler des objectifs clairs. Le journaliste français Robert Guillain, en poste à Tokyo pendant la guerre, avait d'ailleurs qualifié cette incroyable pagaille qui régnait au sommet de l'État japonais de « pétaudière ». Depuis Maruyama, les historiens ont pu montrer à quel point cette analyse était juste. En Mandchourie en 1931, les officiers sur place agirent de leur plein gré - par loyauté disaient-ils - et contraignirent Tokyo à accepter le fait accompli. A l'automne 1937, les ordres étaient de ne pas marcher sur Nankin, mais les officiers sur place décidèrent de passer outre sans qu'aucune punition ne vienne les sanctionner - on sait pourtant quelles en furent les horribles conséquences.
Dans l'article de 1949, intitulé « Le profil psychologique des dirigeants de guerre japonais », Maruyama montre comment ces derniers - pour la plupart cultivés et issus de l'élite - sont différents des nazis et, donc, comment la rupture est relative avec les années 1920 dans la bureaucratie et l'armée. Il explique de quelle manière le langage fleuri de l'époque est souvent un paravent pour ne parler que par euphémisme, - langage « fuyant comme l'anguille et vaporeux comme la brume » - là où les dirigeants allemands agissaient en pleine conscience de leurs actes.
Maruyama évoque le terme fasciste - mais il parle aussi d'ultranationalisme ou de militarisme - en soulignant les ressemblances et surtout les différences avec les régimes fascistes européens. Il évoque des « phases » historiques. D'abord une période de « préparation » depuis le début des années 1920 quand les mouvements fascisants sont extérieurs à l'appareil d'État puis, à partir de 1931, la « maturation » quand les groupes ultras agissent par la pression sur les gouvernements « par le bas », en pratiquant intimidations diverses, assassinats et coups d'État. Après l'échec du coup d'État de février 1936, les officiers de la « faction de contrôle » s'emparent du pouvoir qu'ils partagent avec la bureaucratie civile et mettent en place un « fascisme par le haut », plus stable, mais qui conduit droit à la guerre. Son analyse de la petite bourgeoisie soutenant la dictature et la guerre reste prodigieuse de finesse, de même que celle du comportement, parfois déroutant, des protagonistes du procès de Tokyo.
Au final un grand livre, un « classique » mis enfin à disposition des lecteurs francophones.
Mot clé :
Livre
Pierre-François Souyri est Professeur honoraire à l'université de Genève.
Le Fascisme japonais, 1931-1945. Analyse et interprétation, Masao Maruyama, préface de Johann Chapoutot, traduit du japonais par Morvan Perroncel, Les Belles Lettres, 2021, 304 p., 27 €.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 80-81[article] Guide des Livres : Japon, « vallée sombre » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre-François Souyri, Auteur . - 2022 . - p. 80-81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 80-81
Mots-clés : Japon Masao Maruyama 1930 régime ultranationaliste militariste Note de contenu : La réflexion de Masao Maruyama, l'un des grands intellectuels japonais du XXe siècle, est enfin traduite en français : il éclaire la manière dont l'État de l'archipel a glissé dans les années 1930 vers un régime ultranationaliste et militariste.
Rarement un auteur aura fait preuve d'une pareille lucidité pour analyser un phénomène historique, alors qu'il avait encore le nez sur l'événement. « C'est la lumière qui sort des ténèbres », a-t-on pu ainsi écrire à son propos. En lisant aujourd'hui les articles de Masao Maruyama (mort en 1996), publiés en 1946, 1947 et 1949 et regroupés par l'éditeur sous le titre Le Fascisme japonais, on ne peut qu'être frappé par la clarté de l'analyse de ce contemporain des événements, rescapé de Hiroshima. En Allemagne, comme le rappelle Johann Chapoutot dans sa préface, Friedrich Meinecke avait publié dès 1946 la Catastrophe allemande et sa théorie du Sonderweg est encore une référence. Les articles de Maruyama sont du même bois et ne peuvent être ignorés de celui qui voudrait comprendre ce que fut la tragédie asiatique des années noires entre l'invasion de la Mandchourie et l'écrasement du régime de Tokyo en 1945, la « vallée sombre », comme disent les Japonais.
Dans un travail d'édition impeccable, Morvan Perroncel nous livre en effet trois études essentielles de l'un des grands intellectuels japonais du deuxième XXe siècle, dont l'oeuvre est en France quasi inconnue. Pourtant plusieurs des ouvrages de ce spécialiste de la pensée politique japonaise ont été publiés en langue française par Le Débat, les Presses universitaires de France et les Belles Lettres, mais sans écho ou presque.
Maruyama part ici d'un questionnement multiple. D'abord, d'où vient cet étrange sentiment d'irresponsabilité dans lequel baigne la société japonaise dans l'immédiat après-guerre ? Et comment qualifier l'indécision générale des dirigeants japonais de ce temps qui semblent subir les événements plus qu'ils ne les provoquent ? Qu'est-ce que ce fascisme rampant - Maruyama dit « atrophié » -, sans chef, sans parti de masse, produit d'une armée qui en devient le vecteur principal et qui s'empare de l'État sans que l'on puisse vraiment donner une date de prise du pouvoir, comme par une série de glissements progressifs alors que toutes les tentatives de coup d'État des forces les plus ultras échouent et que les éléments les plus « fascistes », comme l'idéologue Kita Ikki, sont exécutés (ce dernier en 1937) ? Comment un pareil régime peut-il émerger dans le sillage de l'État moderne créé à l'époque Meiji sans toucher au cadre établi par la Constitution de 1889 ? En est-il l'exact opposé ou la caricature voire le produit direct ?
Selon Maruyama, le système pousse au conformisme et à l'obéissance passive : loyauté aux supérieurs, respect des anciens, esprit de sacrifice, etc. Et il s'interroge : qui donnait les ordres pendant la guerre ? La machinerie militaire de l'administration et de l'armée, certes, mais personne individuellement ne s'estimait responsable. Pas les officiers qui étaient censés obéir à leur hiérarchie mais qui désobéissaient quand l'idéologie dictait leur action ; pas la hiérarchie qui était censée obéir aux ordres impériaux mais qui collectivement faisait pression sur l'empereur en permanence ; pas les soldats qui étaient censés obéir aux ordres mais qui se défoulaient sur les populations civiles dans les zones conquises. En fait chaque organe de décision fonctionnait selon sa propre logique tout en devant tenir compte des autres centres de pouvoir. Dans pareil contexte, le gouvernement ne disposait pas d'une autorité déterminante parce qu'il était lui-même un enjeu entre plusieurs centres de décision. Chaque ministre engageait sa responsabilité devant l'empereur mais l'empereur ne présidait pas le conseil des ministres, et le Premier ministre n'était pas le véritable chef des armées (ce dernier est prévenu de l'attaque de Pearl Harbor alors que celle-ci est déjà engagée). Le Conseil privé apparaît aussi comme un lieu concurrentiel de pouvoir mais ne l'emportait pas non plus sur le gouvernement. On a pu évoquer le conflit entre civils et militaires mais il faudrait aussi rappeler la rivalité permanente entre l'armée et la marine (qui chacune avaient son ministre), l'État-major et les ministères, et au sein du ministère de l'Armée de Terre, le bureau des affaires militaires et celui des affaires générales, etc.
Pagaille au sommet
Le système, paralysé, avançait sans ligne directrice, et les initiatives des milieux les plus radicaux, des « hors-la-loi » dit Maruyama, étaient finalement entérinées, ce qui donne une impression d'improvisation et de désordre, allant jusqu'à agacer Ribbentrop qui reprochait aux Japonais leur incapacité à formuler des objectifs clairs. Le journaliste français Robert Guillain, en poste à Tokyo pendant la guerre, avait d'ailleurs qualifié cette incroyable pagaille qui régnait au sommet de l'État japonais de « pétaudière ». Depuis Maruyama, les historiens ont pu montrer à quel point cette analyse était juste. En Mandchourie en 1931, les officiers sur place agirent de leur plein gré - par loyauté disaient-ils - et contraignirent Tokyo à accepter le fait accompli. A l'automne 1937, les ordres étaient de ne pas marcher sur Nankin, mais les officiers sur place décidèrent de passer outre sans qu'aucune punition ne vienne les sanctionner - on sait pourtant quelles en furent les horribles conséquences.
Dans l'article de 1949, intitulé « Le profil psychologique des dirigeants de guerre japonais », Maruyama montre comment ces derniers - pour la plupart cultivés et issus de l'élite - sont différents des nazis et, donc, comment la rupture est relative avec les années 1920 dans la bureaucratie et l'armée. Il explique de quelle manière le langage fleuri de l'époque est souvent un paravent pour ne parler que par euphémisme, - langage « fuyant comme l'anguille et vaporeux comme la brume » - là où les dirigeants allemands agissaient en pleine conscience de leurs actes.
Maruyama évoque le terme fasciste - mais il parle aussi d'ultranationalisme ou de militarisme - en soulignant les ressemblances et surtout les différences avec les régimes fascistes européens. Il évoque des « phases » historiques. D'abord une période de « préparation » depuis le début des années 1920 quand les mouvements fascisants sont extérieurs à l'appareil d'État puis, à partir de 1931, la « maturation » quand les groupes ultras agissent par la pression sur les gouvernements « par le bas », en pratiquant intimidations diverses, assassinats et coups d'État. Après l'échec du coup d'État de février 1936, les officiers de la « faction de contrôle » s'emparent du pouvoir qu'ils partagent avec la bureaucratie civile et mettent en place un « fascisme par le haut », plus stable, mais qui conduit droit à la guerre. Son analyse de la petite bourgeoisie soutenant la dictature et la guerre reste prodigieuse de finesse, de même que celle du comportement, parfois déroutant, des protagonistes du procès de Tokyo.
Au final un grand livre, un « classique » mis enfin à disposition des lecteurs francophones.
Mot clé :
Livre
Pierre-François Souyri est Professeur honoraire à l'université de Genève.
Le Fascisme japonais, 1931-1945. Analyse et interprétation, Masao Maruyama, préface de Johann Chapoutot, traduit du japonais par Morvan Perroncel, Les Belles Lettres, 2021, 304 p., 27 €.
Guide des Livres : L'émeute du Capitole / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'émeute du Capitole Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : émeute capitole Etats-Unis démocratie dégradation Note de contenu : Ran Halévi décrypte comment la démocratie s'est dégradée aux États-Unis.
L'assaut du Capitole à Washington, le 6 janvier 2021, a révélé au monde la crise profonde de la démocratie aux États-Unis. Dans cet essai pénétrant, Ran Halévi relate, sources à l'appui, la folle journée qui vit, selon l'expression de Victor Hugo, une « insurrection » tourner en « émeute ». Des dizaines de milliers de partisans de Donald Trump, persuadés par celui-ci que son échec électoral n'avait été possible que par une fraude gigantesque et entraînés par des groupes d'extrême droite (suprématistes blancs, conspirationnistes, antisémites, etc.), ont forcé les portes du « siège de la légitimité nationale », où se déroulait l'homologation des résultats de l'élection et se sont livrés à la chasse aux mauvais élus, au vice-président républicain Mike Pence, sans savoir quoi faire d'autre que du vandalisme. Sinistre bilan : cinq morts, dont un policier ; images de l'émeute répandues par les assaillants à travers le monde ; outrages aux lois ostentatoires et refus entêté par une partie des citoyens d'admettre le verdict du suffrage universel.
L'auteur met en évidence la responsabilité de Donald Trump. « Quatre années de tumulte, émaillées de plus de trente mille mensonges, faussetés ou désinformations. » Comment un bon tiers des Américains ont-ils pu, et peuvent-ils encore, nourrir une dévotion à cet histrion malhonnête ? L'auteur décrypte le « pacte populiste » passé entre Donald Trump et ses fidèles. Le gros de ces bataillons, nous dit-il, est composé « des oubliés de la mondialisation économique et du progressisme identitaire », hostiles aux élites, réfractaires à la science et aux experts.
Au-delà de la journée du 6 janvier, Ran Halévi expertise en profondeur la polarisation idéologique aux extrêmes, les fractures culturelles intensifiées par les réseaux sociaux, qui transforment le système du bipartisme traditionnel en affrontement irréductible. L'avenir n'est pas écrit, mais jamais depuis la guerre de Sécession la démocratie américaine n'a couru un tel danger.
Mot clé :
Livre
Le Chaos de la démocratie américaine, Ran Halévi, « Le Débat » / Gallimard, 2022, 158 p., 13,50 €.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : L'émeute du Capitole [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 82
Mots-clés : émeute capitole Etats-Unis démocratie dégradation Note de contenu : Ran Halévi décrypte comment la démocratie s'est dégradée aux États-Unis.
L'assaut du Capitole à Washington, le 6 janvier 2021, a révélé au monde la crise profonde de la démocratie aux États-Unis. Dans cet essai pénétrant, Ran Halévi relate, sources à l'appui, la folle journée qui vit, selon l'expression de Victor Hugo, une « insurrection » tourner en « émeute ». Des dizaines de milliers de partisans de Donald Trump, persuadés par celui-ci que son échec électoral n'avait été possible que par une fraude gigantesque et entraînés par des groupes d'extrême droite (suprématistes blancs, conspirationnistes, antisémites, etc.), ont forcé les portes du « siège de la légitimité nationale », où se déroulait l'homologation des résultats de l'élection et se sont livrés à la chasse aux mauvais élus, au vice-président républicain Mike Pence, sans savoir quoi faire d'autre que du vandalisme. Sinistre bilan : cinq morts, dont un policier ; images de l'émeute répandues par les assaillants à travers le monde ; outrages aux lois ostentatoires et refus entêté par une partie des citoyens d'admettre le verdict du suffrage universel.
L'auteur met en évidence la responsabilité de Donald Trump. « Quatre années de tumulte, émaillées de plus de trente mille mensonges, faussetés ou désinformations. » Comment un bon tiers des Américains ont-ils pu, et peuvent-ils encore, nourrir une dévotion à cet histrion malhonnête ? L'auteur décrypte le « pacte populiste » passé entre Donald Trump et ses fidèles. Le gros de ces bataillons, nous dit-il, est composé « des oubliés de la mondialisation économique et du progressisme identitaire », hostiles aux élites, réfractaires à la science et aux experts.
Au-delà de la journée du 6 janvier, Ran Halévi expertise en profondeur la polarisation idéologique aux extrêmes, les fractures culturelles intensifiées par les réseaux sociaux, qui transforment le système du bipartisme traditionnel en affrontement irréductible. L'avenir n'est pas écrit, mais jamais depuis la guerre de Sécession la démocratie américaine n'a couru un tel danger.
Mot clé :
Livre
Le Chaos de la démocratie américaine, Ran Halévi, « Le Débat » / Gallimard, 2022, 158 p., 13,50 €.
Guide des Livres : L'inertie, ruine des empires / Clément Fabre in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'inertie, ruine des empires Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : décolonisation Europe Note de contenu : Une remarquable synthèse sur la fin des empires coloniaux européens.
Attention à ne pas se laisser induire en erreur par la couverture : les décolonisations qu'étudie ici Guillaume Blanc ne se résument pas au moment où le siège occupé jusqu'alors par les pouvoirs coloniaux se vide, avant que ne viennent s'y asseoir les pouvoirs nouvellement parvenus à l'indépendance. C'est ici une histoire bien plus longue qu'aborde l'auteur.
Cette synthèse, d'une ambition remarquable car elle couvre les empires français, britannique et allemand comme belge, hollandais, portugais et italien, et deux siècles d'histoire des continents asiatique et africain, s'ouvre au XIXe siècle car il s'agit, d'abord, de décortiquer un ordre colonial défini, par essence, comme un état de crise, qui porterait en lui-même les germes de sa destruction. Elle se prolonge jusqu'à nos jours : Guillaume Blanc entend dévoiler le legs colonial sans lequel on ne saurait comprendre les différentes sociétés qui se sont développées sur les ruines des empires.
C'est cet emboîtement des temporalités que l'historien met ici en lumière, en évitant toute généralisation : attentif aussi bien au poids des rivalités, des sentiments d'appartenance et des formes de gouvernance antérieures à la colonisation, qu'à celles héritées de la période coloniale ou nées dans la lutte contre le colonisateur. L'ouvrage se lit, par-delà la succession des études de cas, comme une réflexion sur l'inertie coloniale, au coeur déjà des travaux que l'auteur avait consacrés aux parcs nationaux éthiopiens. L'auteur, enfin, met en garde contre l'inconscient colonial qui continue d'informer les regards portés, depuis l'Europe, sur les sociétés asiatiques et africaines. Si l'histoire postcoloniale de ces sociétés demeure méconnue, et réduite souvent à un tableau caricatural de violences tribales et de haines ethniques ou religieuses, c'est que nous demeurons tributaires de catégories a-historiques et essentialisantes héritées, elles aussi, de l'époque coloniale. Et si le siège vide, en couverture, était celui, plutôt, de ces conceptions éculées, et dont l'histoire postcoloniale entend aujourd'hui venir déranger l'assise ?
Mot clé :
Livre
Clément Fabre est doctorant à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne.
Décolonisations. Histoires situées d’Afrique et d’Asie, XIXe-XXIe siècle, Guillaume Blanc, Seuil, 2022, 544 p., 11,90 €.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : L'inertie, ruine des empires [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Auteur . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 82
Mots-clés : décolonisation Europe Note de contenu : Une remarquable synthèse sur la fin des empires coloniaux européens.
Attention à ne pas se laisser induire en erreur par la couverture : les décolonisations qu'étudie ici Guillaume Blanc ne se résument pas au moment où le siège occupé jusqu'alors par les pouvoirs coloniaux se vide, avant que ne viennent s'y asseoir les pouvoirs nouvellement parvenus à l'indépendance. C'est ici une histoire bien plus longue qu'aborde l'auteur.
Cette synthèse, d'une ambition remarquable car elle couvre les empires français, britannique et allemand comme belge, hollandais, portugais et italien, et deux siècles d'histoire des continents asiatique et africain, s'ouvre au XIXe siècle car il s'agit, d'abord, de décortiquer un ordre colonial défini, par essence, comme un état de crise, qui porterait en lui-même les germes de sa destruction. Elle se prolonge jusqu'à nos jours : Guillaume Blanc entend dévoiler le legs colonial sans lequel on ne saurait comprendre les différentes sociétés qui se sont développées sur les ruines des empires.
C'est cet emboîtement des temporalités que l'historien met ici en lumière, en évitant toute généralisation : attentif aussi bien au poids des rivalités, des sentiments d'appartenance et des formes de gouvernance antérieures à la colonisation, qu'à celles héritées de la période coloniale ou nées dans la lutte contre le colonisateur. L'ouvrage se lit, par-delà la succession des études de cas, comme une réflexion sur l'inertie coloniale, au coeur déjà des travaux que l'auteur avait consacrés aux parcs nationaux éthiopiens. L'auteur, enfin, met en garde contre l'inconscient colonial qui continue d'informer les regards portés, depuis l'Europe, sur les sociétés asiatiques et africaines. Si l'histoire postcoloniale de ces sociétés demeure méconnue, et réduite souvent à un tableau caricatural de violences tribales et de haines ethniques ou religieuses, c'est que nous demeurons tributaires de catégories a-historiques et essentialisantes héritées, elles aussi, de l'époque coloniale. Et si le siège vide, en couverture, était celui, plutôt, de ces conceptions éculées, et dont l'histoire postcoloniale entend aujourd'hui venir déranger l'assise ?
Mot clé :
Livre
Clément Fabre est doctorant à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne.
Décolonisations. Histoires situées d’Afrique et d’Asie, XIXe-XXIe siècle, Guillaume Blanc, Seuil, 2022, 544 p., 11,90 €.
Guide des Livres : Société et nature in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Société et nature Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : nature écologie révolution industrielle darwin puristanisme Note de contenu : Le Puritanisme vert. Aux origines de l’écologisme, Philippe Pelletier, Le Pommier, 2021, 330 p., 24 €.
C'est à une lecture décapante de l'écologie que nous invite Philippe Pelletier, professeur émérite de géographie de l'université Lumière Lyon-II. La longue histoire des rapports entre société et nature prend un tournant nouveau au milieu du XIXe siècle avec les révolutions industrielle et darwinienne. Les premières réflexions sur une écologie savante aboutissent en 1957, sous la plume de Bertrand de Jouvenel, à la naissance de l'écologisme sous le nom d'« écologie politique ». Société et nature ne cessent de dialoguer depuis, s'affirmant comme un binôme structurant de la vie politique mondiale. Au tandem ressources-population s'est pratiquement substitué le binôme environnement-population.
L'auteur s'attache à retrouver les origines puritaines de l'écologisme. L'écologie punitive, qui ne se cache plus, en dérive directement : « l'écologisme actuel s'assimile toujours davantage à un puritanisme vert » aux multiples ramifications et recompositions allemande, scandinave, française, américaine, ici soigneusement décortiquées. « La grande force du puritanisme vert est d'avoir introduit une vision religieuse au sein des problématiques environnementales. » Un point de vue riche d'enseignements qui s'apparente aussi à un pamphlet comme l'illustre cette sentence finale : « L'écopuritanisme s'impose ainsi en niant ce qui est le fondement de l'identité humaine. »
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Livre
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Société et nature [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 83
Mots-clés : nature écologie révolution industrielle darwin puristanisme Note de contenu : Le Puritanisme vert. Aux origines de l’écologisme, Philippe Pelletier, Le Pommier, 2021, 330 p., 24 €.
C'est à une lecture décapante de l'écologie que nous invite Philippe Pelletier, professeur émérite de géographie de l'université Lumière Lyon-II. La longue histoire des rapports entre société et nature prend un tournant nouveau au milieu du XIXe siècle avec les révolutions industrielle et darwinienne. Les premières réflexions sur une écologie savante aboutissent en 1957, sous la plume de Bertrand de Jouvenel, à la naissance de l'écologisme sous le nom d'« écologie politique ». Société et nature ne cessent de dialoguer depuis, s'affirmant comme un binôme structurant de la vie politique mondiale. Au tandem ressources-population s'est pratiquement substitué le binôme environnement-population.
L'auteur s'attache à retrouver les origines puritaines de l'écologisme. L'écologie punitive, qui ne se cache plus, en dérive directement : « l'écologisme actuel s'assimile toujours davantage à un puritanisme vert » aux multiples ramifications et recompositions allemande, scandinave, française, américaine, ici soigneusement décortiquées. « La grande force du puritanisme vert est d'avoir introduit une vision religieuse au sein des problématiques environnementales. » Un point de vue riche d'enseignements qui s'apparente aussi à un pamphlet comme l'illustre cette sentence finale : « L'écopuritanisme s'impose ainsi en niant ce qui est le fondement de l'identité humaine. »
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Guide des Livres : Les Andes et l'Amazone in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Les Andes et l'Amazone Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : Andes Équateur Amazone voyages Note de contenu : Voyages en Amérique, Charles-Marie de La Condamine, édition établie et présentée par Matthias Soubise, Les Belles Lettres, 2021, 460 p., 23,90 €.
Dans les années 1970, il n'était pas rare de voir, dans les Andes équatoriennes, lors de fêtes indiennes, des personnages incarnant, avec vêtements, plumes et bicornes, les académiciens français qui, deux siècles et demi auparavant, étaient venus effectuer la mesure de l'arc du méridien terrestre sur l'équateur. Cette mission, et l'oeuvre du plus célèbre de ces académiciens, La Condamine, eurent même quelque importance pour l'adoption du nom du pays, l'Équateur (El Ecuador), qui naquit à l'issue des guerres d'indépendance, au début du XIXe siècle.
Cette nouvelle édition regroupe l'essentiel des textes que, pendant et à l'issue de son périple de dix ans (1735-1745) - le séjour dans les Andes, la descente de l'Amazone -, La Condamine a publiés sur son aventure. De ces récits, qui eurent à l'époque un grand retentissement, ressort une forte impression : s'il ne fut pas le plus brillant des hommes des Lumières, il en fut l'une des incarnations les plus emblématiques, par le souci « encyclopédique » qui émane de ses descriptions, par sa curiosité jamais assouvie, par son usage de la raison critique et par sa précision scientifique. Élu à l'Académie des sciences à 29 ans, il dédie son existence à cette façon de voir le monde, par les mathématiques, la physique, la botanique, l'observation ethnographique. Il décrit le quinquina, se passionne pour l'inoculation de la petite vérole afin de la soigner, revisite les mythes de l'Eldorado et des Amazones, pour en douter. Les textes sont fort bien présentés par Matthias Soubise, qui montre comment ces publications sont adaptées d'une part aux attentes du lecteur français et, d'autre part, participent à des règlements de compte entre les membres de la mission (Bouguer, Godin, Jussieu), car la quête intellectuelle n'est pas exempte de petitesses. Il n'empêche. Leur grand intérêt réside dans un équilibre propre à cette époque entre la mise en oeuvre d'une démarche scientifique, une description plus rationnelle qu'esthétique de la nature, et un journal de voyage à quelques égards picaresque et souvent plein d'humour, même s'il est frappé au coin de bien des préjugés.
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in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Les Andes et l'Amazone [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 83.
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Mots-clés : Andes Équateur Amazone voyages Note de contenu : Voyages en Amérique, Charles-Marie de La Condamine, édition établie et présentée par Matthias Soubise, Les Belles Lettres, 2021, 460 p., 23,90 €.
Dans les années 1970, il n'était pas rare de voir, dans les Andes équatoriennes, lors de fêtes indiennes, des personnages incarnant, avec vêtements, plumes et bicornes, les académiciens français qui, deux siècles et demi auparavant, étaient venus effectuer la mesure de l'arc du méridien terrestre sur l'équateur. Cette mission, et l'oeuvre du plus célèbre de ces académiciens, La Condamine, eurent même quelque importance pour l'adoption du nom du pays, l'Équateur (El Ecuador), qui naquit à l'issue des guerres d'indépendance, au début du XIXe siècle.
Cette nouvelle édition regroupe l'essentiel des textes que, pendant et à l'issue de son périple de dix ans (1735-1745) - le séjour dans les Andes, la descente de l'Amazone -, La Condamine a publiés sur son aventure. De ces récits, qui eurent à l'époque un grand retentissement, ressort une forte impression : s'il ne fut pas le plus brillant des hommes des Lumières, il en fut l'une des incarnations les plus emblématiques, par le souci « encyclopédique » qui émane de ses descriptions, par sa curiosité jamais assouvie, par son usage de la raison critique et par sa précision scientifique. Élu à l'Académie des sciences à 29 ans, il dédie son existence à cette façon de voir le monde, par les mathématiques, la physique, la botanique, l'observation ethnographique. Il décrit le quinquina, se passionne pour l'inoculation de la petite vérole afin de la soigner, revisite les mythes de l'Eldorado et des Amazones, pour en douter. Les textes sont fort bien présentés par Matthias Soubise, qui montre comment ces publications sont adaptées d'une part aux attentes du lecteur français et, d'autre part, participent à des règlements de compte entre les membres de la mission (Bouguer, Godin, Jussieu), car la quête intellectuelle n'est pas exempte de petitesses. Il n'empêche. Leur grand intérêt réside dans un équilibre propre à cette époque entre la mise en oeuvre d'une démarche scientifique, une description plus rationnelle qu'esthétique de la nature, et un journal de voyage à quelques égards picaresque et souvent plein d'humour, même s'il est frappé au coin de bien des préjugés.
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Guide des Livres : Un viking catholique in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Un viking catholique Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : Vicking catholicisme souverain Danemark Note de contenu : Harald à la Dent bleue. Viking, roi, chrétien, Lucie Malbos, Passés composés, 2022, 270 p., 22 €.
Sur ce roi danois dont le surnom est surtout associé aujourd'hui à la technologie Bluetooth, les sources sont peu nombreuses, dispersées, allusives, souvent tardives ou teintées de légende : chroniques et sagas, hagiographies, monuments encore visibles ou restitués par l'archéologie, iconographie, épigraphie runique, monnaies, etc. Tous les fils réunis dans cette passionnante enquête tissent - souvent au conditionnel, mais la discussion n'en est que plus intéressante - l'histoire d'un « roi de la transition et de la synthèse » : transition religieuse en particulier puisque c'est sous son règne que s'opéra, pour le Danemark, l'étape décisive de la conversion de l'élite gouvernante au catholicisme ; synthèse entre la tradition scandinave et les nouveautés que les Danois retirent alors de leurs multiples contacts avec la Germanie ottonienne, le monde slave au sud de la Baltique ou l'Angleterre anglo-saxonne. Cette dimension transparaît aussi bien dans le monnayage royal que dans la politique religieuse ou dans l'oeuvre du bâtisseur que fut Harald. Ce livre est ainsi l'occasion de se plonger, au prisme de la vie d'un souverain danois, dans l'histoire de ce Xe siècle si méconnu, si mal aimé.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Un viking catholique [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 83
Mots-clés : Vicking catholicisme souverain Danemark Note de contenu : Harald à la Dent bleue. Viking, roi, chrétien, Lucie Malbos, Passés composés, 2022, 270 p., 22 €.
Sur ce roi danois dont le surnom est surtout associé aujourd'hui à la technologie Bluetooth, les sources sont peu nombreuses, dispersées, allusives, souvent tardives ou teintées de légende : chroniques et sagas, hagiographies, monuments encore visibles ou restitués par l'archéologie, iconographie, épigraphie runique, monnaies, etc. Tous les fils réunis dans cette passionnante enquête tissent - souvent au conditionnel, mais la discussion n'en est que plus intéressante - l'histoire d'un « roi de la transition et de la synthèse » : transition religieuse en particulier puisque c'est sous son règne que s'opéra, pour le Danemark, l'étape décisive de la conversion de l'élite gouvernante au catholicisme ; synthèse entre la tradition scandinave et les nouveautés que les Danois retirent alors de leurs multiples contacts avec la Germanie ottonienne, le monde slave au sud de la Baltique ou l'Angleterre anglo-saxonne. Cette dimension transparaît aussi bien dans le monnayage royal que dans la politique religieuse ou dans l'oeuvre du bâtisseur que fut Harald. Ce livre est ainsi l'occasion de se plonger, au prisme de la vie d'un souverain danois, dans l'histoire de ce Xe siècle si méconnu, si mal aimé.
Guide des Livres : Intersectionnelle in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Intersectionnelle Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : mariage échec inégalité héritage Note de contenu : On doit à #MeToo cette nouvelle biographie de Flora Tristan (1803-1844) : l'historienne Brigitte Krulic a en effet été interpellée par l'actualité de la réflexion et des actions de celle qui réclamait un 89 des femmes. Tôt mariée sans amour pour ne plus être une bâtarde, mère de deux enfants, elle refuse de se soumettre à son conjoint et à sa violence, autorisée, avec modération, par le Code civil. Seul l'échec d'un féminicide par balle lui rend officiellement sa liberté. Bien avant cette mesure, Flora mène la vie d'une « paria », avec pour mission sur terre de lutter contre les inégalités. Sa posture relève, avant l'heure, de l'intersectionnalité : elle relie inégalités de sexe, de classe (la femme est « le prolétaire du prolétaire »), voire de race (lors de son rocambolesque séjour au Pérou, pour réclamer le riche héritage de son père !). Dénoncer ne suffit pas : elle élabore un projet d'Union ouvrière, après avoir constaté la misère dans l'Angleterre industrielle. Seule la mort arrête cette militante hors norme qui méritait bien que l'on retrouve à nouveau ses mots et ses gestes.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Intersectionnelle [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
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Mots-clés : mariage échec inégalité héritage Note de contenu : On doit à #MeToo cette nouvelle biographie de Flora Tristan (1803-1844) : l'historienne Brigitte Krulic a en effet été interpellée par l'actualité de la réflexion et des actions de celle qui réclamait un 89 des femmes. Tôt mariée sans amour pour ne plus être une bâtarde, mère de deux enfants, elle refuse de se soumettre à son conjoint et à sa violence, autorisée, avec modération, par le Code civil. Seul l'échec d'un féminicide par balle lui rend officiellement sa liberté. Bien avant cette mesure, Flora mène la vie d'une « paria », avec pour mission sur terre de lutter contre les inégalités. Sa posture relève, avant l'heure, de l'intersectionnalité : elle relie inégalités de sexe, de classe (la femme est « le prolétaire du prolétaire »), voire de race (lors de son rocambolesque séjour au Pérou, pour réclamer le riche héritage de son père !). Dénoncer ne suffit pas : elle élabore un projet d'Union ouvrière, après avoir constaté la misère dans l'Angleterre industrielle. Seule la mort arrête cette militante hors norme qui méritait bien que l'on retrouve à nouveau ses mots et ses gestes. Guide des Livres : Jazz dans la nuit in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Jazz dans la nuit Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : radio écoute insomniaque routier nuit Note de contenu : Micros de nuit. Histoire de la radio nocturne en France, 1945-2012, Marine Beccarelli, préface de Pascal Ory, Rennes, PUR, 2021, 462 p., 25 €.
Insomniaques, cabossés par la vie ou routiers sympas, ils étaient fidèles à la radio de nuit. Comme on va chez le psy, au bistrot du coin ou, tout gentiment, pour se sentir mieux. Marine Beccarelli rend hommage à tous ces noctambules et à leurs émissions favorites dans un livre dense, bien rythmé par la chronologie et très neuf, issu de sa thèse de doctorat. Et, au passage, son travail convainc que l'histoire de la radio, si souvent trop discrète ou trop technique, peut pousser loin la connaissance des états d'âme d'un XXe siècle qui voguait encore sans podcasts, sans écrans tactiles, sans réseaux sociaux ni tombereaux de somnifères.
Les ondes hertziennes adorant le silence nocturne, l'écoute étant alors plus attentive, il y eut jusqu'au milieu des années 1950 un maigre public, couché très tard ou levé très tôt et d'esprit encore « sans-filiste », qui faisait cligner l'oeil vert du poste. Mais ensuite, avec la généralisation de l'autoradio, du transistor et de la bande FM, des stations de service public ou des périphériques, et notamment Paris-Inter, Europe n° 1 et Radio Luxembourg, surent créer et tisser « à pas de velours » un lien singulier et durable entre une émission-culte, son animateur adulé et l'auditeur anonyme. Ainsi prirent forme et vie des « oasis » sonores, en direct, sans pub ni infos en rafales et, au contraire, pleines de liberté, de découvertes, de mystères, de musiques, d'imaginaires et de « couleur des voix », sur fond de confidences sincères et partagées, de joie à enfin « se parler vraiment » loin du bruit.
Cette intimité est née en 1955 avec Route de nuit, une idée de Roland Dhordain qui accompagna les forçats du volant, les boulangers ou même Jean Cocteau, fasciné par « les hiboux de France Inter » ; avec aussi, lancée la même année, Pour ceux qui aiment le jazz de Frank Ténot et Daniel Filipacchi sur Europe n° 1. Puis elle a essaimé socialement et culturellement dans les dernières décennies du siècle grâce, exemples majeurs, aux longues fidélités d'un public de tous âges et de toutes sensibilités au Pop Club si inventif de José Artur (1965-2005) ou à Allô Macha ! de Macha Béranger (1977-2006) qui souda avec délicatesse « la famille des sans-sommeil », sans oublier Jazz dans la nuit d'André Francis sur Inter ou les Nuits magnétiques d'Alain Veinstein sur France Culture. Marine Beccarelli suit beaucoup d'autres émissions et croque leurs joyeuses équipes, comble les lacunes d'archives (parentes pauvres, les nocturnes ont été rarement enregistrées), plonge dans les courriers de lecteurs et fait des interviews pour nous dire combien on aima ces petites musiques de nuit qui aidaient à vivre autrement en attendant Morphée.
Le XXIe siècle a fermé tous ces micros-là, pour laisser place au martèlement 24 heures sur 24 dans tous les médias, où « les logiques du jour ont colonisé la nuit ». Ce triomphe de la monotonie anxiogène, sans libre respiration, n'arrange pas les affaires des 70 % de Français qui ont toujours des problèmes de sommeil. Alors qu'un peu de jazz dans la nuit...
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Jazz dans la nuit [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
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Mots-clés : radio écoute insomniaque routier nuit Note de contenu : Micros de nuit. Histoire de la radio nocturne en France, 1945-2012, Marine Beccarelli, préface de Pascal Ory, Rennes, PUR, 2021, 462 p., 25 €.
Insomniaques, cabossés par la vie ou routiers sympas, ils étaient fidèles à la radio de nuit. Comme on va chez le psy, au bistrot du coin ou, tout gentiment, pour se sentir mieux. Marine Beccarelli rend hommage à tous ces noctambules et à leurs émissions favorites dans un livre dense, bien rythmé par la chronologie et très neuf, issu de sa thèse de doctorat. Et, au passage, son travail convainc que l'histoire de la radio, si souvent trop discrète ou trop technique, peut pousser loin la connaissance des états d'âme d'un XXe siècle qui voguait encore sans podcasts, sans écrans tactiles, sans réseaux sociaux ni tombereaux de somnifères.
Les ondes hertziennes adorant le silence nocturne, l'écoute étant alors plus attentive, il y eut jusqu'au milieu des années 1950 un maigre public, couché très tard ou levé très tôt et d'esprit encore « sans-filiste », qui faisait cligner l'oeil vert du poste. Mais ensuite, avec la généralisation de l'autoradio, du transistor et de la bande FM, des stations de service public ou des périphériques, et notamment Paris-Inter, Europe n° 1 et Radio Luxembourg, surent créer et tisser « à pas de velours » un lien singulier et durable entre une émission-culte, son animateur adulé et l'auditeur anonyme. Ainsi prirent forme et vie des « oasis » sonores, en direct, sans pub ni infos en rafales et, au contraire, pleines de liberté, de découvertes, de mystères, de musiques, d'imaginaires et de « couleur des voix », sur fond de confidences sincères et partagées, de joie à enfin « se parler vraiment » loin du bruit.
Cette intimité est née en 1955 avec Route de nuit, une idée de Roland Dhordain qui accompagna les forçats du volant, les boulangers ou même Jean Cocteau, fasciné par « les hiboux de France Inter » ; avec aussi, lancée la même année, Pour ceux qui aiment le jazz de Frank Ténot et Daniel Filipacchi sur Europe n° 1. Puis elle a essaimé socialement et culturellement dans les dernières décennies du siècle grâce, exemples majeurs, aux longues fidélités d'un public de tous âges et de toutes sensibilités au Pop Club si inventif de José Artur (1965-2005) ou à Allô Macha ! de Macha Béranger (1977-2006) qui souda avec délicatesse « la famille des sans-sommeil », sans oublier Jazz dans la nuit d'André Francis sur Inter ou les Nuits magnétiques d'Alain Veinstein sur France Culture. Marine Beccarelli suit beaucoup d'autres émissions et croque leurs joyeuses équipes, comble les lacunes d'archives (parentes pauvres, les nocturnes ont été rarement enregistrées), plonge dans les courriers de lecteurs et fait des interviews pour nous dire combien on aima ces petites musiques de nuit qui aidaient à vivre autrement en attendant Morphée.
Le XXIe siècle a fermé tous ces micros-là, pour laisser place au martèlement 24 heures sur 24 dans tous les médias, où « les logiques du jour ont colonisé la nuit ». Ce triomphe de la monotonie anxiogène, sans libre respiration, n'arrange pas les affaires des 70 % de Français qui ont toujours des problèmes de sommeil. Alors qu'un peu de jazz dans la nuit...
Guide des Livres : Paris à l'avant-garde in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Paris à l'avant-garde Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84-85 Langues : Français (fre) Mots-clés : 1860 Paris moderne vie Note de contenu : Paris, « capitales » des XIXe siècles, Christophe Charle, Seuil, 2021, 672 p., 14,50 €.
Christophe Charle arpente de nouveau le XIXe siècle, mais, cette fois, depuis la capitale parisienne. Paradigme de la modernité libérale à partir de 1860, Paris est plus que Paris. C'est un laboratoire politique, social et surtout culturel : s'y expérimentent de nouveaux regards sur la ville devenue spectacle, des pratiques de loisirs, la mise en place du modèle de rupture dans les arts - impressionnisme, symbolisme, naturalisme... A la fin du XIXe siècle, Paris est la capitale des avant-gardes européennes. Un séjour dans les mansardes de la grande cité est la condition d'un succès futur pour les artistes venant de la province et surtout de l'étranger. Car Paris, de 1800 à 1914, passe d'environ 500 000 habitants à plus de 2 millions grâce à une immigration constante.
Le rapport passionnel à la capitale est l'autre nom de la réussite sociale française, une matrice littéraire balzacienne qui dure jusqu'à... aujourd'hui ? Les écrivains sont d'ailleurs omniprésents dans ce « Tableau de Paris » tant la ville et sa description sont tissées de littérature. Les grands motifs parisiens en proviennent : la bohème, la ville de tous les plaisirs et de tous les vices, la ville révolutionnaire, etc. Parmi eux, les « classes dangereuses » alimentent la peur des élites et justifient un régime d'administration dérogatoire jusqu'en 1976, caractérisé par la tutelle d'une double préfecture (de Police et de la Seine). Contrairement à Londres ou Berlin, l'extension spatiale contrainte par des fortifications (le mur des Fermiers-généraux en 1785-1790 puis celles de Thiers en 1840) a densifié le tissu urbain, avant de le segmenter socialement à la suite de l'haussmannisation. L'empilement des fonctions capitales, la concentration des ressources intellectuelles et culturelles singularisent Paris au XIXe siècle, la rendent désirable pour les étrangers et dure à vivre pour les plus modestes, encore très nombreux à la Belle Époque.
Alternant les vues d'ensemble et les études de cas, Christophe Charle nous offre une vision récapitulative, transnationale et toujours comparative de cette ville au pluriel, ainsi qu'une interprétation en clair-obscur du siècle qui l'a hissée jusqu'au mythe.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 84-85[article] Guide des Livres : Paris à l'avant-garde [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 84-85.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 84-85
Mots-clés : 1860 Paris moderne vie Note de contenu : Paris, « capitales » des XIXe siècles, Christophe Charle, Seuil, 2021, 672 p., 14,50 €.
Christophe Charle arpente de nouveau le XIXe siècle, mais, cette fois, depuis la capitale parisienne. Paradigme de la modernité libérale à partir de 1860, Paris est plus que Paris. C'est un laboratoire politique, social et surtout culturel : s'y expérimentent de nouveaux regards sur la ville devenue spectacle, des pratiques de loisirs, la mise en place du modèle de rupture dans les arts - impressionnisme, symbolisme, naturalisme... A la fin du XIXe siècle, Paris est la capitale des avant-gardes européennes. Un séjour dans les mansardes de la grande cité est la condition d'un succès futur pour les artistes venant de la province et surtout de l'étranger. Car Paris, de 1800 à 1914, passe d'environ 500 000 habitants à plus de 2 millions grâce à une immigration constante.
Le rapport passionnel à la capitale est l'autre nom de la réussite sociale française, une matrice littéraire balzacienne qui dure jusqu'à... aujourd'hui ? Les écrivains sont d'ailleurs omniprésents dans ce « Tableau de Paris » tant la ville et sa description sont tissées de littérature. Les grands motifs parisiens en proviennent : la bohème, la ville de tous les plaisirs et de tous les vices, la ville révolutionnaire, etc. Parmi eux, les « classes dangereuses » alimentent la peur des élites et justifient un régime d'administration dérogatoire jusqu'en 1976, caractérisé par la tutelle d'une double préfecture (de Police et de la Seine). Contrairement à Londres ou Berlin, l'extension spatiale contrainte par des fortifications (le mur des Fermiers-généraux en 1785-1790 puis celles de Thiers en 1840) a densifié le tissu urbain, avant de le segmenter socialement à la suite de l'haussmannisation. L'empilement des fonctions capitales, la concentration des ressources intellectuelles et culturelles singularisent Paris au XIXe siècle, la rendent désirable pour les étrangers et dure à vivre pour les plus modestes, encore très nombreux à la Belle Époque.
Alternant les vues d'ensemble et les études de cas, Christophe Charle nous offre une vision récapitulative, transnationale et toujours comparative de cette ville au pluriel, ainsi qu'une interprétation en clair-obscur du siècle qui l'a hissée jusqu'au mythe.
Guide des Livres : L'Empire russe in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'Empire russe Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 85-86 Langues : Français (fre) Mots-clés : synthèse vie soviétique bouleversements Russie 1991 1905 Note de contenu : L’Age soviétique. Une traversée de l’Empire russe au monde postsoviétique, Alain Blum, Françoise Daucé, Marc Élie, Isabelle Ohayon Armand Colin, 2021, 432 p., 26,50 €.
Trente ans après la disparition de l'Union soviétique, cet ouvrage collectif permet de mesurer l'ampleur des bouleversements historiographiques qui ont renouvelé depuis 1991 notre connaissance de l'histoire de ce pays. En choisissant de commencer leur étude à la fin de l'Empire russe et de la mener jusqu'aux reconfigurations actuelles de l'espace postsoviétique, les quatre auteurs embrassent cet « âge soviétique » dont ils s'attachent à explorer les ruptures et les tournants, mais aussi les continuités. Le premier chapitre se présente sous la forme d'une synthèse de 1905 à aujourd'hui et reprend les césures chronologiques classiques. Les huit suivants proposent, à travers des thématiques en phase avec la recherche actuelle, une traversée originale de cette histoire : la question nationale ; les circulations entre l'espace soviétique et l'extérieur ; la violence et les répressions ; la population russe et soviétique ; l'économie planifiée et vécue au quotidien ; les arts et les médias, outils de contrôle et de négociation ; les sciences au service de la transformation de l'humain et de la nature ; et enfin les différentes formes de protestation sociale. Sans omettre les différents débats théoriques qui ont accompagné l'étude de l'URSS, cette riche synthèse rassemble les résultats des recherches les plus récentes : diversité des espaces, pluralité des situations, importance des pratiques, le lecteur francophone peut ainsi mieux comprendre l'expérience soviétique et ses débordements contemporains.
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in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 85-86
Mots-clés : synthèse vie soviétique bouleversements Russie 1991 1905 Note de contenu : L’Age soviétique. Une traversée de l’Empire russe au monde postsoviétique, Alain Blum, Françoise Daucé, Marc Élie, Isabelle Ohayon Armand Colin, 2021, 432 p., 26,50 €.
Trente ans après la disparition de l'Union soviétique, cet ouvrage collectif permet de mesurer l'ampleur des bouleversements historiographiques qui ont renouvelé depuis 1991 notre connaissance de l'histoire de ce pays. En choisissant de commencer leur étude à la fin de l'Empire russe et de la mener jusqu'aux reconfigurations actuelles de l'espace postsoviétique, les quatre auteurs embrassent cet « âge soviétique » dont ils s'attachent à explorer les ruptures et les tournants, mais aussi les continuités. Le premier chapitre se présente sous la forme d'une synthèse de 1905 à aujourd'hui et reprend les césures chronologiques classiques. Les huit suivants proposent, à travers des thématiques en phase avec la recherche actuelle, une traversée originale de cette histoire : la question nationale ; les circulations entre l'espace soviétique et l'extérieur ; la violence et les répressions ; la population russe et soviétique ; l'économie planifiée et vécue au quotidien ; les arts et les médias, outils de contrôle et de négociation ; les sciences au service de la transformation de l'humain et de la nature ; et enfin les différentes formes de protestation sociale. Sans omettre les différents débats théoriques qui ont accompagné l'étude de l'URSS, cette riche synthèse rassemble les résultats des recherches les plus récentes : diversité des espaces, pluralité des situations, importance des pratiques, le lecteur francophone peut ainsi mieux comprendre l'expérience soviétique et ses débordements contemporains.
Guide des Livres : Apparitions et hantises in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Apparitions et hantises Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 85 Langues : Français (fre) Mots-clés : maison hantée enquêtes récits Note de contenu : Les Intelligences particulières. Enquête dans les maisons hantées, Grégory Delaplace, préface de Vinciane Despret, Bruxelles, Vue de l’Esprit, 2021, 224 p., 21 €.
Semblant faire signe aux temps plus anciens où les fantômes se pressaient davantage au nouvel an qu'à la Toussaint, de nombreux livres sont parus sur les apparitions. Parmi ceux-ci, celui de Grégory Delaplace mérite une attention « particulière ». Délaissant son terrain accoutumé, la Mongolie, pour l'Angleterre du milieu du XXe siècle, l'anthropologue offre une enquête passionnante et suggestive au carrefour de l'anthropologie, de la sociologie, de l'histoire des sciences et de l'histoire. Le livre a pour point d'appui les enquêtes menées sur des maisons hantées par la Society for Psychical Research (SPR), une société savante londonienne fondée en 1882. Contrairement aux sociétés spiritualistes qui se multiplient depuis le XIXe siècle, la SPR ne considère pas l'existence des esprits comme un préalable mais comme un fait devant être prouvé. En arpentant le rejet progressif de ce domaine d'enquête hors de l'activité de la Société, Grégory Delaplace examine l'expérience de la hantise à la fois comme une capacité perceptive propre à certains individus, et comme une façon mutuelle et tacite de s'accorder sur ce que l'on sent en un lieu déterminé, soit deux formes d'intelligences sur lesquelles pèse un soupçon croissant.
Grâce à sa composition singulière, alternant démonstration et récits d'apparitions, cet ouvrage savant et poétique parvient à articuler une proposition épistémologique ambitieuse et une narration vibrante : un véritable tour de force !
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 85[article] Guide des Livres : Apparitions et hantises [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 85.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 85
Mots-clés : maison hantée enquêtes récits Note de contenu : Les Intelligences particulières. Enquête dans les maisons hantées, Grégory Delaplace, préface de Vinciane Despret, Bruxelles, Vue de l’Esprit, 2021, 224 p., 21 €.
Semblant faire signe aux temps plus anciens où les fantômes se pressaient davantage au nouvel an qu'à la Toussaint, de nombreux livres sont parus sur les apparitions. Parmi ceux-ci, celui de Grégory Delaplace mérite une attention « particulière ». Délaissant son terrain accoutumé, la Mongolie, pour l'Angleterre du milieu du XXe siècle, l'anthropologue offre une enquête passionnante et suggestive au carrefour de l'anthropologie, de la sociologie, de l'histoire des sciences et de l'histoire. Le livre a pour point d'appui les enquêtes menées sur des maisons hantées par la Society for Psychical Research (SPR), une société savante londonienne fondée en 1882. Contrairement aux sociétés spiritualistes qui se multiplient depuis le XIXe siècle, la SPR ne considère pas l'existence des esprits comme un préalable mais comme un fait devant être prouvé. En arpentant le rejet progressif de ce domaine d'enquête hors de l'activité de la Société, Grégory Delaplace examine l'expérience de la hantise à la fois comme une capacité perceptive propre à certains individus, et comme une façon mutuelle et tacite de s'accorder sur ce que l'on sent en un lieu déterminé, soit deux formes d'intelligences sur lesquelles pèse un soupçon croissant.
Grâce à sa composition singulière, alternant démonstration et récits d'apparitions, cet ouvrage savant et poétique parvient à articuler une proposition épistémologique ambitieuse et une narration vibrante : un véritable tour de force !
Guide des Livres : L'État par ses effectifs in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'État par ses effectifs Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 85 Langues : Français (fre) Mots-clés : gouverner Etat 1973 obsession France Note de contenu : Trop de fonctionnaires ? Histoire d’une obsession française, XIXe-XXIe siècle, Émilien Ruiz, Fayard, 2021, 272 p., 22 €.
« Tous ceux qu'emploie le gouvernement sont paresseux [...] et la République est en proie à 20 000 sots qui la corrompent » : on est en 1793, et déjà Saint-Just fustige les fonctionnaires. Émilien Ruiz déroule ici, de la Révolution aux politiques d'austérité en matière d'effectifs publics qui se sont succédé sous les trois derniers quinquennats, le fil rouge des dénonciations récurrentes que soulève, en France, le nombre des fonctionnaires, alors même que depuis plus de deux siècles on échoue à trouver une définition consensuelle au fonctionnariat : la seule chose que l'on sache avec certitude, en France, au sujet des fonctionnaires, c'est qu'il y en a trop !
Au-delà de ce premier constat provocateur, c'est une véritable histoire de l'État par ses effectifs qu'entreprend l'ouvrage. La résistance des milieux libéraux à l'extension progressive du domaine d'action de l'État - favorisée au XXe siècle par les deux conflits mondiaux - côtoie ainsi la méfiance avec laquelle les régimes successifs considèrent des agents nommés sous les régimes précédents, et à la loyauté incertaine. D'où un paradoxe patent : les régimes mêmes qui dénoncent avec le plus de vigueur les effectifs des fonctionnaires contribuent pourtant à les grossir encore - ne serait-ce que pour s'assurer un nombre suffisant de serviteurs fidèles. Gare toutefois à ne pas traiter en bloc ces fonctionnaires qui ne forment un groupe cohérent qu'aux yeux de leurs détracteurs : Émilien Ruiz s'emploie à complexifier ce tableau de groupe, sans en entreprendre pour autant l'impossible prosopographie. D'une lecture facile malgré les nombreux graphiques et tableaux qui viennent l'étayer, l'ouvrage articule ainsi l'histoire conflictuelle du renforcement de l'État, celle, quantitative, des effectifs de fonctionnaires qui la sous-tendent, et celle enfin des critiques qu'aimantent ces deux processus. En un mot, l'auteur rappelle ce qu'il y a de politique dans des débats que l'on a pris l'habitude de réduire à des problèmes budgétaires.
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Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 85
Mots-clés : gouverner Etat 1973 obsession France Note de contenu : Trop de fonctionnaires ? Histoire d’une obsession française, XIXe-XXIe siècle, Émilien Ruiz, Fayard, 2021, 272 p., 22 €.
« Tous ceux qu'emploie le gouvernement sont paresseux [...] et la République est en proie à 20 000 sots qui la corrompent » : on est en 1793, et déjà Saint-Just fustige les fonctionnaires. Émilien Ruiz déroule ici, de la Révolution aux politiques d'austérité en matière d'effectifs publics qui se sont succédé sous les trois derniers quinquennats, le fil rouge des dénonciations récurrentes que soulève, en France, le nombre des fonctionnaires, alors même que depuis plus de deux siècles on échoue à trouver une définition consensuelle au fonctionnariat : la seule chose que l'on sache avec certitude, en France, au sujet des fonctionnaires, c'est qu'il y en a trop !
Au-delà de ce premier constat provocateur, c'est une véritable histoire de l'État par ses effectifs qu'entreprend l'ouvrage. La résistance des milieux libéraux à l'extension progressive du domaine d'action de l'État - favorisée au XXe siècle par les deux conflits mondiaux - côtoie ainsi la méfiance avec laquelle les régimes successifs considèrent des agents nommés sous les régimes précédents, et à la loyauté incertaine. D'où un paradoxe patent : les régimes mêmes qui dénoncent avec le plus de vigueur les effectifs des fonctionnaires contribuent pourtant à les grossir encore - ne serait-ce que pour s'assurer un nombre suffisant de serviteurs fidèles. Gare toutefois à ne pas traiter en bloc ces fonctionnaires qui ne forment un groupe cohérent qu'aux yeux de leurs détracteurs : Émilien Ruiz s'emploie à complexifier ce tableau de groupe, sans en entreprendre pour autant l'impossible prosopographie. D'une lecture facile malgré les nombreux graphiques et tableaux qui viennent l'étayer, l'ouvrage articule ainsi l'histoire conflictuelle du renforcement de l'État, celle, quantitative, des effectifs de fonctionnaires qui la sous-tendent, et celle enfin des critiques qu'aimantent ces deux processus. En un mot, l'auteur rappelle ce qu'il y a de politique dans des débats que l'on a pris l'habitude de réduire à des problèmes budgétaires.
Guide des Livres : Décolonisation in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Décolonisation Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : Indochine décolonisation guerre Note de contenu : La Guerre d’Indochine. Dictionnaire, Ivan Cadeau, François Cochet, Rémy Porte, Perrin / Ministère des Armées, 2021, 950 p., 35 €.
C'est désormais une évidence : comparée à la guerre d'Algérie et la guerre du Vietnam, l'histoire du conflit indochinois (1945-1954) fait figure de parent pauvre. Et pourtant cette guerre, qui opposa les Français aux Vietnamiens dirigés par Ho Chi Minh pendant presque une décennie, fut la guerre de décolonisation la plus violente du XXe siècle, un champ de bataille meurtrier de la guerre froide et une guerre civile entre Vietnamiens. Saluons donc la sortie de ce beau dictionnaire dirigé par Ivan Cadeau, François Cochet et Rémy Porte. En plus de 900 entrées, une quarantaine d'auteurs nous fournissent une foule d'informations, souvent inédites, sur les aspects les plus divers de la guerre d'Indochine. Si la chose militaire est au coeur de ce dictionnaire (les chefs, leurs opérations, les grandes unités et batailles), le lecteur trouvera aussi des informations passionnantes sur la culture, l'économie et la société - ainsi des entrées sur la guerre économique, la revue Indochine Sud-Est Asiatique, les prisonniers et internés militaires ou les ralliés et réfugiés. Le côté international de ce conflit est bien abordé avec des notules sur le rôle des Américains, des Chinois, ou la conférence de Genève entre autres. Quelques éclairages figurent aussi sur la guerre entre les Vietnamiens. Bref, voici un travail qui contribue à sortir ce conflit de l'ombre où il ne mérite pas d'être relégué.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 86[article] Guide des Livres : Décolonisation [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 86
Mots-clés : Indochine décolonisation guerre Note de contenu : La Guerre d’Indochine. Dictionnaire, Ivan Cadeau, François Cochet, Rémy Porte, Perrin / Ministère des Armées, 2021, 950 p., 35 €.
C'est désormais une évidence : comparée à la guerre d'Algérie et la guerre du Vietnam, l'histoire du conflit indochinois (1945-1954) fait figure de parent pauvre. Et pourtant cette guerre, qui opposa les Français aux Vietnamiens dirigés par Ho Chi Minh pendant presque une décennie, fut la guerre de décolonisation la plus violente du XXe siècle, un champ de bataille meurtrier de la guerre froide et une guerre civile entre Vietnamiens. Saluons donc la sortie de ce beau dictionnaire dirigé par Ivan Cadeau, François Cochet et Rémy Porte. En plus de 900 entrées, une quarantaine d'auteurs nous fournissent une foule d'informations, souvent inédites, sur les aspects les plus divers de la guerre d'Indochine. Si la chose militaire est au coeur de ce dictionnaire (les chefs, leurs opérations, les grandes unités et batailles), le lecteur trouvera aussi des informations passionnantes sur la culture, l'économie et la société - ainsi des entrées sur la guerre économique, la revue Indochine Sud-Est Asiatique, les prisonniers et internés militaires ou les ralliés et réfugiés. Le côté international de ce conflit est bien abordé avec des notules sur le rôle des Américains, des Chinois, ou la conférence de Genève entre autres. Quelques éclairages figurent aussi sur la guerre entre les Vietnamiens. Bref, voici un travail qui contribue à sortir ce conflit de l'ombre où il ne mérite pas d'être relégué.
Guide des Livres : Psychiatrie et politique in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Psychiatrie et politique Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : psychiatrie soviétique traitements politique Note de contenu : Une histoire de la psychiatrie soviétique, Grégory Dufaud, éditions de l’EHESS, 2021, 320 p., 23 €.
La psychiatrie soviétique reste, aujourd'hui encore, assimilée à un outil répressif qui fut utilisé sous Léonid Brejnev pour mettre au pas les dissidents. En choisissant de reconstituer l'histoire de cette discipline sur un temps long - des dernières années du régime tsariste à la fin des années 1980, Grégory Dufaud nous invite à dépasser cette approche réductrice.
La complexité des relations entre le pouvoir politique et la psychiatrie est au coeur de l'ouvrage. Place des psychiatres dans le projet soviétique de transformation de la société, objectifs et modalités des politiques gouvernementales mises en place pour prendre en charge les patients, définition des frontières entre le normal et le pathologique, usages des savoirs psychiatriques : ces différentes perspectives montrent que les relations entre politique et psychiatrie furent ambivalentes. Des approches originales dans le traitement des maladies mentales, qui suscitèrent sinon l'admiration du moins l'intérêt des collègues étrangers, coexistèrent ainsi avec des formes variées d'oppression politique. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, des controverses d'envergure, et notamment celle qui opposa psychiatres et physiologistes à partir des années 1930, agitèrent le milieu scientifique, mais selon des modalités spécifiques à la période stalinienne - le tout sur fond de difficultés matérielles récurrentes et d'inégalités géographiques structurantes. En contribuant à une histoire des pratiques et des savoirs médicaux en Union soviétique, cet ouvrage aborde une question fondamentale : celle de l'autonomie des scientifiques.
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Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 86
Mots-clés : psychiatrie soviétique traitements politique Note de contenu : Une histoire de la psychiatrie soviétique, Grégory Dufaud, éditions de l’EHESS, 2021, 320 p., 23 €.
La psychiatrie soviétique reste, aujourd'hui encore, assimilée à un outil répressif qui fut utilisé sous Léonid Brejnev pour mettre au pas les dissidents. En choisissant de reconstituer l'histoire de cette discipline sur un temps long - des dernières années du régime tsariste à la fin des années 1980, Grégory Dufaud nous invite à dépasser cette approche réductrice.
La complexité des relations entre le pouvoir politique et la psychiatrie est au coeur de l'ouvrage. Place des psychiatres dans le projet soviétique de transformation de la société, objectifs et modalités des politiques gouvernementales mises en place pour prendre en charge les patients, définition des frontières entre le normal et le pathologique, usages des savoirs psychiatriques : ces différentes perspectives montrent que les relations entre politique et psychiatrie furent ambivalentes. Des approches originales dans le traitement des maladies mentales, qui suscitèrent sinon l'admiration du moins l'intérêt des collègues étrangers, coexistèrent ainsi avec des formes variées d'oppression politique. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, des controverses d'envergure, et notamment celle qui opposa psychiatres et physiologistes à partir des années 1930, agitèrent le milieu scientifique, mais selon des modalités spécifiques à la période stalinienne - le tout sur fond de difficultés matérielles récurrentes et d'inégalités géographiques structurantes. En contribuant à une histoire des pratiques et des savoirs médicaux en Union soviétique, cet ouvrage aborde une question fondamentale : celle de l'autonomie des scientifiques.
Guide des Livres : Villes rurales in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Villes rurales Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : Villes rural agricole commercialisation marché Note de contenu : Les Petites Villes et le monde agricole. France, XIXe siècle, Corinne Marache, Rennes, PUR, 2021, 385 p., 26 €.
Les profondes transformations de l'agriculture française au XIXe siècle ne sauraient être comprises sans prendre en compte le rôle des petites villes : telle est la thèse défendue dans cet ouvrage par Corinne Marache, professeure à l'université Bordeaux Montaigne. En analysant le rôle des différents acteurs issus de ces petites villes, elle montre l'étroitesse des liens que commerçants, artisans, vétérinaires et autres notables entretiennent avec le monde agricole. Souvent eux-mêmes propriétaires terriens et/ou exploitants agricoles, attachés à l'idée de progrès, ils organisent les comices et promeuvent le crédit à l'agriculture ainsi que l'enseignement agricole. Ils sont aussi à la manoeuvre pour améliorer les moyens de transport et obtenir l'organisation de marchés et foires qui facilitent la commercialisation et incitent les paysans à produire pour le marché. C'est un monde d'interdépendances, bien plus que de domination, qu'on redécouvre au moment même où l'exode urbain remet à l'honneur ces petites villes.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 87[article] Guide des Livres : Villes rurales [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 87
Mots-clés : Villes rural agricole commercialisation marché Note de contenu : Les Petites Villes et le monde agricole. France, XIXe siècle, Corinne Marache, Rennes, PUR, 2021, 385 p., 26 €.
Les profondes transformations de l'agriculture française au XIXe siècle ne sauraient être comprises sans prendre en compte le rôle des petites villes : telle est la thèse défendue dans cet ouvrage par Corinne Marache, professeure à l'université Bordeaux Montaigne. En analysant le rôle des différents acteurs issus de ces petites villes, elle montre l'étroitesse des liens que commerçants, artisans, vétérinaires et autres notables entretiennent avec le monde agricole. Souvent eux-mêmes propriétaires terriens et/ou exploitants agricoles, attachés à l'idée de progrès, ils organisent les comices et promeuvent le crédit à l'agriculture ainsi que l'enseignement agricole. Ils sont aussi à la manoeuvre pour améliorer les moyens de transport et obtenir l'organisation de marchés et foires qui facilitent la commercialisation et incitent les paysans à produire pour le marché. C'est un monde d'interdépendances, bien plus que de domination, qu'on redécouvre au moment même où l'exode urbain remet à l'honneur ces petites villes.
Guide des Livres : Antisémitisme américain in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Antisémitisme américain Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 86-87 Langues : Français (fre) Mots-clés : intégration juifs antisémitisme Amérique Note de contenu : Les Larmes de l’histoire. De Kichinev à Pittsburgh, Pierre Birnbaum, Gallimard, 2022, 198 p., 18,50 €.
Tocqueville, à l'origine de la sociologie comparative, ne fait aucune place à l'antisémitisme ni aux Juifs dans De la démocratie en Amérique : « Il se prive ainsi d'une dimension non dépourvue d'importance [...]. Autant les Juifs se trouvent au coeur de l'histoire française, autant ils sont comme invisibles au sein de la société américaine de son temps. » Pierre Birnbaum avait déjà mis en parallèle ces deux modèles d'intégration des minorités - le communautarisme américain et l'universalisme français. La pente ascendante de l'antisémitisme en Amérique du Nord conjuguée à l'influence croissante des suprémacistes blancs, et à l'assaut contre le Capitole en janvier 2021, l'ont incité à retracer l'histoire de l'antisémitisme américain. Il est sous-estimé. Certes, les croisades, les Inquisitions, les pogroms et la Shoah furent réservés au Vieux continent ; l'histoire des Juifs est une vallée de larmes en Europe, elle est nettement moins lacrymale sur le Nouveau Continent. Pour certains historiens, l'assimilation à la française aurait joué contre les Juifs. Depuis une vingtaine d'années, la situation est inquiétante au pays des Lumières. Mais dès le début du XXe siècle, l'antisémitisme se fait meurtrier aux États-Unis. Pierre Birnbaum raconte le procès et le lynchage de Leo Frank, passionnante affaire Dreyfus à l'américaine qui a mobilisé le pays en 1913. Après la Dépression, la pensée conspirationniste traverse l'Atlantique : les Juifs prépareraient une prise de pouvoir en s'appuyant sur les Noirs. Antisémitisme et racisme font cause commune. Les attentats contre les synagogues se multiplient dès les années 1950 et en 2018, le feu ouvert contre la synagogue de Pittsburgh tue onze fidèles : « En dépit de son exceptionnalisme, le domicile américain se révèle aussi baigné de larmes. » Comme Pierre Birnbaum le rappelle, Philip Roth s'interrogeait déjà sur la fin d'un équilibre dans Le Complot contre l'Amérique (Gallimard, 2006).
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 86-87[article] Guide des Livres : Antisémitisme américain [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 86-87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 86-87
Mots-clés : intégration juifs antisémitisme Amérique Note de contenu : Les Larmes de l’histoire. De Kichinev à Pittsburgh, Pierre Birnbaum, Gallimard, 2022, 198 p., 18,50 €.
Tocqueville, à l'origine de la sociologie comparative, ne fait aucune place à l'antisémitisme ni aux Juifs dans De la démocratie en Amérique : « Il se prive ainsi d'une dimension non dépourvue d'importance [...]. Autant les Juifs se trouvent au coeur de l'histoire française, autant ils sont comme invisibles au sein de la société américaine de son temps. » Pierre Birnbaum avait déjà mis en parallèle ces deux modèles d'intégration des minorités - le communautarisme américain et l'universalisme français. La pente ascendante de l'antisémitisme en Amérique du Nord conjuguée à l'influence croissante des suprémacistes blancs, et à l'assaut contre le Capitole en janvier 2021, l'ont incité à retracer l'histoire de l'antisémitisme américain. Il est sous-estimé. Certes, les croisades, les Inquisitions, les pogroms et la Shoah furent réservés au Vieux continent ; l'histoire des Juifs est une vallée de larmes en Europe, elle est nettement moins lacrymale sur le Nouveau Continent. Pour certains historiens, l'assimilation à la française aurait joué contre les Juifs. Depuis une vingtaine d'années, la situation est inquiétante au pays des Lumières. Mais dès le début du XXe siècle, l'antisémitisme se fait meurtrier aux États-Unis. Pierre Birnbaum raconte le procès et le lynchage de Leo Frank, passionnante affaire Dreyfus à l'américaine qui a mobilisé le pays en 1913. Après la Dépression, la pensée conspirationniste traverse l'Atlantique : les Juifs prépareraient une prise de pouvoir en s'appuyant sur les Noirs. Antisémitisme et racisme font cause commune. Les attentats contre les synagogues se multiplient dès les années 1950 et en 2018, le feu ouvert contre la synagogue de Pittsburgh tue onze fidèles : « En dépit de son exceptionnalisme, le domicile américain se révèle aussi baigné de larmes. » Comme Pierre Birnbaum le rappelle, Philip Roth s'interrogeait déjà sur la fin d'un équilibre dans Le Complot contre l'Amérique (Gallimard, 2006).
Guide des Livres : Livre total in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Livre total Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre imprimerie contrôle voyage Note de contenu : D’encre et de papier. Une histoire du livre imprimé, Olivier Deloignon, Jean-Marc Chatelain, Jean-Yves Mollier, Éditions de l’Imprimerie nationale, 2021, 416 p., 89 €.
Bien sûr, il y a le texte, dû à Jean-Yves Mollier, spécialiste de l'histoire du livre et de l'édition, à Jean-Marc Chatelain, directeur de la Réserve des livres rares à la BNF, et Olivier Deloignon, professeur d'histoire de la typographie et du livre. En trois parties denses, on découvre d'abord le livre « expérimenté » (du VIIIe au XVIe siècle), à partir de son invention en Asie jusqu'au laboratoire européen et à la révolution de l'imprimerie ; puis « contrôlé », aux XVIIe et XVIIIe siècles, politiquement réglementé avec le régime du privilège, qui n'empêche pas le piratage, la contrefaçon, le « marronnage ». C'est aussi le moment où émerge le rôle central du « libraire », qui tient tous les bouts de la chaîne du livre. Dernière étape, le livre « apprivoisé », depuis le XIXe siècle jusqu'à la diffusion pour tous, avec la distinction croissante entre éditeur au rôle entrepreneurial, et imprimeur, artisan devenant industriel. Sans oublier la figure centrale du lecteur : après l'ère des happy few, selon l'expression introduite par Stendhal, l'alphabétisation et les lois scolaires augmentent et diversifient le lectorat.
Mais ici la richesse du texte ne saurait faire oublier la beauté de l'objet, dessiné par SP Millot, de la couverture brochée au choix du papier, des illustrations pleine page aux vignettes scandant les marges. On voyage avec une pagode en bois japonaise du VIIIe siècle contenant une prière xylographiée sur papier, des caractères typographiques ouïgours en bois de poirier des XIIIe-XIVe siècles ou, plus proche de nous, un feuillet colorié des années 1430 du Saint-Christophe de Buxheim (Allemagne).
Les dernières pages, éclectiques, butinent entre livres-culte et revues de référence, sans oublier, plus inattendu, une couverture de Radiant, sorte de manga hexagonal qui fut la première série française reliée éditée au Japon. Avec ce clin d'oeil, la boucle commencée dans la Chine ancienne est bouclée.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 87[article] Guide des Livres : Livre total [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 87
Mots-clés : livre imprimerie contrôle voyage Note de contenu : D’encre et de papier. Une histoire du livre imprimé, Olivier Deloignon, Jean-Marc Chatelain, Jean-Yves Mollier, Éditions de l’Imprimerie nationale, 2021, 416 p., 89 €.
Bien sûr, il y a le texte, dû à Jean-Yves Mollier, spécialiste de l'histoire du livre et de l'édition, à Jean-Marc Chatelain, directeur de la Réserve des livres rares à la BNF, et Olivier Deloignon, professeur d'histoire de la typographie et du livre. En trois parties denses, on découvre d'abord le livre « expérimenté » (du VIIIe au XVIe siècle), à partir de son invention en Asie jusqu'au laboratoire européen et à la révolution de l'imprimerie ; puis « contrôlé », aux XVIIe et XVIIIe siècles, politiquement réglementé avec le régime du privilège, qui n'empêche pas le piratage, la contrefaçon, le « marronnage ». C'est aussi le moment où émerge le rôle central du « libraire », qui tient tous les bouts de la chaîne du livre. Dernière étape, le livre « apprivoisé », depuis le XIXe siècle jusqu'à la diffusion pour tous, avec la distinction croissante entre éditeur au rôle entrepreneurial, et imprimeur, artisan devenant industriel. Sans oublier la figure centrale du lecteur : après l'ère des happy few, selon l'expression introduite par Stendhal, l'alphabétisation et les lois scolaires augmentent et diversifient le lectorat.
Mais ici la richesse du texte ne saurait faire oublier la beauté de l'objet, dessiné par SP Millot, de la couverture brochée au choix du papier, des illustrations pleine page aux vignettes scandant les marges. On voyage avec une pagode en bois japonaise du VIIIe siècle contenant une prière xylographiée sur papier, des caractères typographiques ouïgours en bois de poirier des XIIIe-XIVe siècles ou, plus proche de nous, un feuillet colorié des années 1430 du Saint-Christophe de Buxheim (Allemagne).
Les dernières pages, éclectiques, butinent entre livres-culte et revues de référence, sans oublier, plus inattendu, une couverture de Radiant, sorte de manga hexagonal qui fut la première série française reliée éditée au Japon. Avec ce clin d'oeil, la boucle commencée dans la Chine ancienne est bouclée.
Guide des Livres : Au fil des fleuves in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Au fil des fleuves Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : fleuves Afrique ressources rivalité Note de contenu : Tigre et Euphrate. Au carrefour des convoitises, Marcel Bazin, CNRS Éditions, 2021, 300 p., 22 €.
Les fleuves ont une histoire, et ces deux-là peut-être plus que d'autres. Avec ce deuxième volume de la collection (le premier était consacré au Congo), Marcel Bazin connu pour ses nombreux travaux sur le Proche-Orient, notamment les mondes turc et iranien, livre une belle remontée dans le temps, mais plus encore un exposé magistral des ressources réelles ou espérées de la vaste région traversée et irriguée par les deux fleuves jumeaux, et combien différents par ailleurs. L'eau et le pétrole sont au coeur des rivalités, l'eau plus que le pétrole car pour elle, ceux qui sont maîtres de hautes vallées, les Turcs, possèdent un instrument de pression dont ils ne se privent guère. Mais ce n'est pas la seule source de conflits, et toute la fin du livre donne un exposé lumineux des conflits qui ont opposé depuis un demi-siècle Turcs et Kurdes, Irak et Iran, Syriens et Irakiens, conflits emboîtés quelquefois, et aux ramifications dépassant de beaucoup la seule Mésopotamie. Il met en lumière avec beaucoup de finesse la variété des identités régionales, leur imbrication, leur recoupement (les Arabes d'Iran soutenant leur pays dans la guerre contre l'Irak voisin), leur éparpillement parfois (les Kurdes), et la difficile survie de quelques-uns (yézidis et chrétiens dans le pseudo « État islamique »). Quand le géographe ajoute son talent à celui de l'historien, du politiste et du conteur, cela donne un livre qui éclaire avec intelligence une histoire complexe et qu'on ne lâche plus en sachant qu'on y reviendra souvent.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 87[article] Guide des Livres : Au fil des fleuves [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 87
Mots-clés : fleuves Afrique ressources rivalité Note de contenu : Tigre et Euphrate. Au carrefour des convoitises, Marcel Bazin, CNRS Éditions, 2021, 300 p., 22 €.
Les fleuves ont une histoire, et ces deux-là peut-être plus que d'autres. Avec ce deuxième volume de la collection (le premier était consacré au Congo), Marcel Bazin connu pour ses nombreux travaux sur le Proche-Orient, notamment les mondes turc et iranien, livre une belle remontée dans le temps, mais plus encore un exposé magistral des ressources réelles ou espérées de la vaste région traversée et irriguée par les deux fleuves jumeaux, et combien différents par ailleurs. L'eau et le pétrole sont au coeur des rivalités, l'eau plus que le pétrole car pour elle, ceux qui sont maîtres de hautes vallées, les Turcs, possèdent un instrument de pression dont ils ne se privent guère. Mais ce n'est pas la seule source de conflits, et toute la fin du livre donne un exposé lumineux des conflits qui ont opposé depuis un demi-siècle Turcs et Kurdes, Irak et Iran, Syriens et Irakiens, conflits emboîtés quelquefois, et aux ramifications dépassant de beaucoup la seule Mésopotamie. Il met en lumière avec beaucoup de finesse la variété des identités régionales, leur imbrication, leur recoupement (les Arabes d'Iran soutenant leur pays dans la guerre contre l'Irak voisin), leur éparpillement parfois (les Kurdes), et la difficile survie de quelques-uns (yézidis et chrétiens dans le pseudo « État islamique »). Quand le géographe ajoute son talent à celui de l'historien, du politiste et du conteur, cela donne un livre qui éclaire avec intelligence une histoire complexe et qu'on ne lâche plus en sachant qu'on y reviendra souvent.
Guide des Revues : L'invention de la semaine in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : L'invention de la semaine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 88 Langues : Français (fre) Mots-clés : réflexion discordances temporelles anachronisme Note de contenu : Sociétés & Représentations revient sur la complexité du rythme hebdomadaire.
Codirigé par Marie-Ève Thérenty, ce dossier dédié au thème de la semaine comme découpe et usages du temps social fut conçu par Dominique Kalifa, mort à l'automne 2020. Il avait décidé, écrit l'historienne dans l'éditorial, de « prendre en charge une recherche sur l'invention du rythme de la semaine dans une perspective d'histoire culturelle ». Une réflexion dans le prolongement de ses derniers travaux sur les discordances temporelles, les anachronies et les « temps mêlés ».
Ce numéro part d'un constat : dans La Civilisation du journal, un ouvrage d'histoire culturelle et littéraire de la presse, pas d'entrée « semaine », malgré l'importance du rythme hebdomadaire dans les médias du XIXe siècle. Mais la semaine est bien plus ancienne, résultant de l'assimilation progressive de deux découpes : une première issue de l'Ancien Testament, une seconde de l'astrologie hellénistique héritée des Babyloniens et des Égyptiens, le tout réassimilé par le christianisme, l'hindouisme et l'islam, sur les cinq continents.
Si la dimension « cosmico-religieuse » de la semaine a déjà été l'objet d'études - on peut notamment citer les travaux du sociologue italien Eviatar Zerubavel - les contributions de ce numéro renouvellent et prolongent la réflexion globale, certaines s'accompagnant d'infographies riches en données.
Fabien Conord montre par exemple comment, dans l'histoire, différents régimes révolutionnaires et réformistes ont échoué à mettre en place durablement un nouveau calendrier ne répondant pas au cycle de sept jours. La force des sentiments religieux et des traditions sociales ont en effet eu raison du calendrier républicain français, du calendrier soviétique, mais aussi du calendrier solaire dans la Perse de Reza Chah Pahlavi ou du calendrier de Kemal dans la Turquie républicaine de l'entre-deux-guerres.
Jean-François Condette révèle quant à lui la lente apparition de la semaine dans le temps scolaire, à côté de l'unité journalière et des scansions plus longues, allant d'un temps de vacances à un autre. La récurrence du dimanche et la création dès le XVIe siècle d'un jour de repos supplémentaire (le mercredi ou le jeudi) montrent l'existence du rythme hebdomadaire, déjà, sous l'Ancien Régime.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 88[article] Guide des Revues : L'invention de la semaine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 88.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 88
Mots-clés : réflexion discordances temporelles anachronisme Note de contenu : Sociétés & Représentations revient sur la complexité du rythme hebdomadaire.
Codirigé par Marie-Ève Thérenty, ce dossier dédié au thème de la semaine comme découpe et usages du temps social fut conçu par Dominique Kalifa, mort à l'automne 2020. Il avait décidé, écrit l'historienne dans l'éditorial, de « prendre en charge une recherche sur l'invention du rythme de la semaine dans une perspective d'histoire culturelle ». Une réflexion dans le prolongement de ses derniers travaux sur les discordances temporelles, les anachronies et les « temps mêlés ».
Ce numéro part d'un constat : dans La Civilisation du journal, un ouvrage d'histoire culturelle et littéraire de la presse, pas d'entrée « semaine », malgré l'importance du rythme hebdomadaire dans les médias du XIXe siècle. Mais la semaine est bien plus ancienne, résultant de l'assimilation progressive de deux découpes : une première issue de l'Ancien Testament, une seconde de l'astrologie hellénistique héritée des Babyloniens et des Égyptiens, le tout réassimilé par le christianisme, l'hindouisme et l'islam, sur les cinq continents.
Si la dimension « cosmico-religieuse » de la semaine a déjà été l'objet d'études - on peut notamment citer les travaux du sociologue italien Eviatar Zerubavel - les contributions de ce numéro renouvellent et prolongent la réflexion globale, certaines s'accompagnant d'infographies riches en données.
Fabien Conord montre par exemple comment, dans l'histoire, différents régimes révolutionnaires et réformistes ont échoué à mettre en place durablement un nouveau calendrier ne répondant pas au cycle de sept jours. La force des sentiments religieux et des traditions sociales ont en effet eu raison du calendrier républicain français, du calendrier soviétique, mais aussi du calendrier solaire dans la Perse de Reza Chah Pahlavi ou du calendrier de Kemal dans la Turquie républicaine de l'entre-deux-guerres.
Jean-François Condette révèle quant à lui la lente apparition de la semaine dans le temps scolaire, à côté de l'unité journalière et des scansions plus longues, allant d'un temps de vacances à un autre. La récurrence du dimanche et la création dès le XVIe siècle d'un jour de repos supplémentaire (le mercredi ou le jeudi) montrent l'existence du rythme hebdomadaire, déjà, sous l'Ancien Régime.
Guide des Revues in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 89 Langues : Français (fre) Mots-clés : contre-histoire étude zolienne races s'informer révolution atlantique Note de contenu : - Contre-histoire : Brasero n° 1-2021
- Etudes zoliennes : Cahiers naturalistes n° 95-2021
- Révolutions atlantiques : Annales historiques de la Révolution française n° 406-2021/4
- S'informer, toujours : documentation photographique n° 8144-2021/6
- Lettres à l'étranger - Darwin et les races
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 89[article] Guide des Revues [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 89
Mots-clés : contre-histoire étude zolienne races s'informer révolution atlantique Note de contenu : - Contre-histoire : Brasero n° 1-2021
- Etudes zoliennes : Cahiers naturalistes n° 95-2021
- Révolutions atlantiques : Annales historiques de la Révolution française n° 406-2021/4
- S'informer, toujours : documentation photographique n° 8144-2021/6
- Lettres à l'étranger - Darwin et les racesGuide des bandes dessinées : Libre comme Kazantzaki / Pascal ORY in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des bandes dessinées : Libre comme Kazantzaki Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pascal ORY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 90 Langues : Français (fre) Mots-clés : biographie Kazantzaki Crétois Note de contenu : Une biographie de l'écrivain crétois qui vécut en France.
Les auteurs nous préviennent d'emblée : « De Nikos Kazantzaki la majorité des Français ne connaît que les romans Alexis Zorba et La Dernière Tentation. » C'est encore trop optimiste. Il y a eu un moment Kazantzaki dans les années d'après-guerre - il est mort en 1957 - puis dans celles qui ont suivi la sortie sur les écrans de Zorba le Grec (Michael Cacoyannis, 1964) et de La Dernière Tentation du Christ (Martin Scorsese, 1988). Mais il est à craindre que son nom n'évoque plus grand-chose hors du monde grec.
Calme et désespéré
Comme nous le dit le sous-titre du premier tome - Le Regard crétois, 1883-1919 - le livre d'Allain Glykos et Antonin accompagne le destin du héros jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Publié, comme il se doit, aux éditions Cambourakis, connues pour leurs bandes dessinées mais aussi pour leurs éditions ou rééditions d'une dizaine de titres de Kazantzaki, ce premier tome sera suivi d'un second. Un troisième sera peut-être nécessaire, si riche aura été la vie de cet homme dont la biographie ne se limite pas à une bibliographie. Écrivain prolixe, Kazantzaki a écrit des romans mais aussi des poèmes - dont une toute personnelle version de l'Odyssée de 33 333 vers -, des récits de voyage, des essais, des pièces de théâtre, des scénarios de film. Il a traduit en grec populaire (« démotique ») Platon et Nietzsche, Dante et Jules Verne, mais il a aussi parcouru le monde - et plusieurs fois habité la France, où il a suivi l'enseignement de Bergson. Il est intervenu activement dans la vie politique de son pays jusqu'à créer un parti politique de gauche et figurer, quelques mois, dans un gouvernement. Il a aussi supervisé le rapatriement des populations grecques du Caucase et témoigné de la lutte des républicains espagnols.
L'album d'Allain Glykos et Antonin (le dessin de celui-ci est d'une remarquable finesse) ne prend pas la forme d'une biographie classique mais d'une conversation entre le premier - d'ascendance grecque par son père - et Kazantzaki, qui entraîne son interlocuteur sur les chemins de la Crète encore dominée par les Turcs lorsque Nikos y naît. Sur ceux de la Grèce qui s'ébroue dans une indépendance relative, sous l'égide d'une église orthodoxe que Kazantzaki ne cessera de provoquer, à charge pour elle de le persécuter jusqu'au-delà de sa mort. Et sur ceux, enfin, du monde entier, sur lequel à deux reprises l'ouvre la France : à 14 ans quand il entre à l'école française de Naxos, tenue par des prêtres catholiques, et dix ans plus tard, quand il s'installe à Paris et s'inscrit en Sorbonne.
Mais à l'écouter raconter sa vie, on se dit que son principal maître à penser fut son père, auquel il ne manqua pas de s'opposer tout en absorbant sa leçon de vie. Père méditerranéen, super concentré de virilité, qui lui assène des paroles et, plus encore, des actes de patriotisme que le fils traduit surtout comme paroles et actes de liberté. Le père traumatise définitivement Nikos en l'emmenant jusqu'au gibet où les Turcs viennent de pendre des patriotes grecs et l'oblige à leur baiser les pieds : « Ce n'était pas de l'amour mais quelque chose de plus profond, de plus animal. » A son ombre de « lion » la mère de Nikos se contente, comme il se doit, d'être une sainte. La chance de Nikos est que le père a décidé de le pousser vers les études, parce qu'il ne serait bon qu'à ça. A la Sorbonne il découvre, outre la parole de Bergson, les textes de Nietzsche mais, au fond, c'est déjà dans son premier roman, écrit en Grèce avant son départ pour la France, qu'on entend la voix qui s'imposera par la suite dans ses chefs-d'oeuvre : « Je suis calme, parce que je suis désespéré. » On ramène souvent la philosophie de Kazantzaki à la phrase qu'il a fait graver sur sa tombe : « Je n'espère rien, je ne crains rien. Je suis libre. » Comme un écho, peut-on penser, du « remède quadruple » d'Épicure : « Ne pas craindre les dieux, ne pas craindre la mort, le bonheur est facile à obtenir, la souffrance est facile à supporter. » On n'a pas tort. Le XXIe siècle devrait mieux comprendre encore Kazantzaki que ne l'a fait son XXe.
Katzantzaki, t. 1, Le Regard crétois, 1883-1919, Allain Glykos, Antonin, Cambourakis, 2021.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 90[article] Guide des bandes dessinées : Libre comme Kazantzaki [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pascal ORY, Auteur . - 2022 . - p. 90.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 90
Mots-clés : biographie Kazantzaki Crétois Note de contenu : Une biographie de l'écrivain crétois qui vécut en France.
Les auteurs nous préviennent d'emblée : « De Nikos Kazantzaki la majorité des Français ne connaît que les romans Alexis Zorba et La Dernière Tentation. » C'est encore trop optimiste. Il y a eu un moment Kazantzaki dans les années d'après-guerre - il est mort en 1957 - puis dans celles qui ont suivi la sortie sur les écrans de Zorba le Grec (Michael Cacoyannis, 1964) et de La Dernière Tentation du Christ (Martin Scorsese, 1988). Mais il est à craindre que son nom n'évoque plus grand-chose hors du monde grec.
Calme et désespéré
Comme nous le dit le sous-titre du premier tome - Le Regard crétois, 1883-1919 - le livre d'Allain Glykos et Antonin accompagne le destin du héros jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Publié, comme il se doit, aux éditions Cambourakis, connues pour leurs bandes dessinées mais aussi pour leurs éditions ou rééditions d'une dizaine de titres de Kazantzaki, ce premier tome sera suivi d'un second. Un troisième sera peut-être nécessaire, si riche aura été la vie de cet homme dont la biographie ne se limite pas à une bibliographie. Écrivain prolixe, Kazantzaki a écrit des romans mais aussi des poèmes - dont une toute personnelle version de l'Odyssée de 33 333 vers -, des récits de voyage, des essais, des pièces de théâtre, des scénarios de film. Il a traduit en grec populaire (« démotique ») Platon et Nietzsche, Dante et Jules Verne, mais il a aussi parcouru le monde - et plusieurs fois habité la France, où il a suivi l'enseignement de Bergson. Il est intervenu activement dans la vie politique de son pays jusqu'à créer un parti politique de gauche et figurer, quelques mois, dans un gouvernement. Il a aussi supervisé le rapatriement des populations grecques du Caucase et témoigné de la lutte des républicains espagnols.
L'album d'Allain Glykos et Antonin (le dessin de celui-ci est d'une remarquable finesse) ne prend pas la forme d'une biographie classique mais d'une conversation entre le premier - d'ascendance grecque par son père - et Kazantzaki, qui entraîne son interlocuteur sur les chemins de la Crète encore dominée par les Turcs lorsque Nikos y naît. Sur ceux de la Grèce qui s'ébroue dans une indépendance relative, sous l'égide d'une église orthodoxe que Kazantzaki ne cessera de provoquer, à charge pour elle de le persécuter jusqu'au-delà de sa mort. Et sur ceux, enfin, du monde entier, sur lequel à deux reprises l'ouvre la France : à 14 ans quand il entre à l'école française de Naxos, tenue par des prêtres catholiques, et dix ans plus tard, quand il s'installe à Paris et s'inscrit en Sorbonne.
Mais à l'écouter raconter sa vie, on se dit que son principal maître à penser fut son père, auquel il ne manqua pas de s'opposer tout en absorbant sa leçon de vie. Père méditerranéen, super concentré de virilité, qui lui assène des paroles et, plus encore, des actes de patriotisme que le fils traduit surtout comme paroles et actes de liberté. Le père traumatise définitivement Nikos en l'emmenant jusqu'au gibet où les Turcs viennent de pendre des patriotes grecs et l'oblige à leur baiser les pieds : « Ce n'était pas de l'amour mais quelque chose de plus profond, de plus animal. » A son ombre de « lion » la mère de Nikos se contente, comme il se doit, d'être une sainte. La chance de Nikos est que le père a décidé de le pousser vers les études, parce qu'il ne serait bon qu'à ça. A la Sorbonne il découvre, outre la parole de Bergson, les textes de Nietzsche mais, au fond, c'est déjà dans son premier roman, écrit en Grèce avant son départ pour la France, qu'on entend la voix qui s'imposera par la suite dans ses chefs-d'oeuvre : « Je suis calme, parce que je suis désespéré. » On ramène souvent la philosophie de Kazantzaki à la phrase qu'il a fait graver sur sa tombe : « Je n'espère rien, je ne crains rien. Je suis libre. » Comme un écho, peut-on penser, du « remède quadruple » d'Épicure : « Ne pas craindre les dieux, ne pas craindre la mort, le bonheur est facile à obtenir, la souffrance est facile à supporter. » On n'a pas tort. Le XXIe siècle devrait mieux comprendre encore Kazantzaki que ne l'a fait son XXe.
Katzantzaki, t. 1, Le Regard crétois, 1883-1919, Allain Glykos, Antonin, Cambourakis, 2021.
Guide des Classiques : Essais d'iconologie d'Erwin Panofsky / Jean Wirth in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide des Classiques : Essais d'iconologie d'Erwin Panofsky Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean Wirth, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 91 Langues : Français (fre) Mots-clés : iconologie Erwin Panofsky historien images Note de contenu : Historien de l'art aux très larges centres d'intérêt, Erwin Panofsky a écrit en 1939 des pages fondamentales sur la lecture des images.
LA THÈSE
L'ouvrage s'ouvre sur une introduction théorique analysant les étapes d'une bonne compréhension du contenu d'une image, de son iconographie par opposition à sa forme. Elle est suivie de cinq essais consacrés à l'art italien de le Renaissance et illustrant la méthode. Quels que soient la richesse et l'intérêt de ces derniers, l'explicitation rigoureuse de la démarche iconographique dans l'introduction est le grand titre de gloire de ce livre.
Erwin Panofsky divise la lecture iconographique de l'image en trois niveaux. Le premier, qu'il appelle la signification primaire ou naturelle, est ce que voit dans une image un spectateur qui ne connaît pas le système symbolique : par exemple une jeune femme assise tenant dans ses bras le cadavre d'un homme barbu, elle portant un disque derrière la tête, lui un disque de même, mais décoré d'une croix. Une personne cultivée accèdera au niveau conventionnel, comprendra qu'il s'agit de la Vierge se lamentant sur son fils mort - bref, d'une pietà. Mais la signification intrinsèque, le contenu, constitue un troisième niveau. Dans le cas qui nous occupe, le thème est une pure invention iconographique, sans texte correspondant. Il se comprend comme une sorte de pendant tragique à la Vierge à l'Enfant. Marie semble plus jeune que son fils, ce qui peut paraître aberrant ou même empêcher de reconnaître les personnages. Mais la Vierge, symbole de l'Église, est pensée comme incorruptible, d'une éternelle beauté, tandis que le Christ s'est fait homme et a totalement assumé la souffrance, l'âge et la mort. Et c'est en comprenant ce genre de choses qu'on accède au sens de l'image, tout en découvrant l'univers religieux de la fin du Moyen Age.
Dans l'exemple de la pietà, l'erreur de lecture qu'on pourrait faire au premier niveau se corrige par le recours au troisième. L'oeuvre formant une totalité, chaque niveau permet de contrôler l'autre et la connaissance du style constitue un correctif supplémentaire.
CE QU'IL EN RESTE
La simplicité du schéma panofskien peut faire oublier le souci sémiologique dont il émane. Il a été parfois critiqué, mais jamais concurrencé et encore moins remplacé. Il ne faut pas se tromper sur son sens : la succession des niveaux n'est ni l'ordre heuristique ni l'ordre d'exposition d'une analyse iconographique.
Un point doit enfin être signalé : dans l'édition française de 1967, l'expression basic attitude, qui désigne chez lui l'ensemble de références et de pratiques culturelles partagées constituant le troisième niveau, est traduite de façon douteuse par « mentalité ». Certes, Erwin Panofsky utilise lui-même une expression vague. Mais il trouvera plus tard un terme mieux approprié chez les scolastiques : l'habitus, désignant une manière d'être et de faire, liée à un groupe social, que Pierre Bourdieu lui empruntera à son tour.
* Professeur honoraire d'histoire de l'art médiéval à l'Université de Genève
Erwin Panofsky
Erwin Panofsky (1892-1968) est un historien allemand d'origine juive. Admirateur d'Aby Warburg, il entre dans son institut à Hambourg, comme Ernst Cassirer et Fritz Saxl. Il possède à la fois un grand intérêt pour l'histoire du style, comme en témoignent ses recherches sur la sculpture gothique allemande, le goût des problèmes théoriques (Idea et La Perspective comme forme symbolique en 1924), et une ouverture à l'histoire des civilisations et de la pensée dans tous ses aspects. Il émigre en 1933 aux États-Unis, où il enseigne à New York puis à Princeton. Cette période est caractérisée par d'importants travaux iconographiques dont les Essais d'iconologie, sans que les autres axes d'investigation soient négligés. Sa reconnaissance en France est rare avant l'engouement des années 1960, dû à un nouvel intérêt pour les questions iconographiques.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 91[article] Guide des Classiques : Essais d'iconologie d'Erwin Panofsky [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean Wirth, Auteur . - 2022 . - p. 91.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 91
Mots-clés : iconologie Erwin Panofsky historien images Note de contenu : Historien de l'art aux très larges centres d'intérêt, Erwin Panofsky a écrit en 1939 des pages fondamentales sur la lecture des images.
LA THÈSE
L'ouvrage s'ouvre sur une introduction théorique analysant les étapes d'une bonne compréhension du contenu d'une image, de son iconographie par opposition à sa forme. Elle est suivie de cinq essais consacrés à l'art italien de le Renaissance et illustrant la méthode. Quels que soient la richesse et l'intérêt de ces derniers, l'explicitation rigoureuse de la démarche iconographique dans l'introduction est le grand titre de gloire de ce livre.
Erwin Panofsky divise la lecture iconographique de l'image en trois niveaux. Le premier, qu'il appelle la signification primaire ou naturelle, est ce que voit dans une image un spectateur qui ne connaît pas le système symbolique : par exemple une jeune femme assise tenant dans ses bras le cadavre d'un homme barbu, elle portant un disque derrière la tête, lui un disque de même, mais décoré d'une croix. Une personne cultivée accèdera au niveau conventionnel, comprendra qu'il s'agit de la Vierge se lamentant sur son fils mort - bref, d'une pietà. Mais la signification intrinsèque, le contenu, constitue un troisième niveau. Dans le cas qui nous occupe, le thème est une pure invention iconographique, sans texte correspondant. Il se comprend comme une sorte de pendant tragique à la Vierge à l'Enfant. Marie semble plus jeune que son fils, ce qui peut paraître aberrant ou même empêcher de reconnaître les personnages. Mais la Vierge, symbole de l'Église, est pensée comme incorruptible, d'une éternelle beauté, tandis que le Christ s'est fait homme et a totalement assumé la souffrance, l'âge et la mort. Et c'est en comprenant ce genre de choses qu'on accède au sens de l'image, tout en découvrant l'univers religieux de la fin du Moyen Age.
Dans l'exemple de la pietà, l'erreur de lecture qu'on pourrait faire au premier niveau se corrige par le recours au troisième. L'oeuvre formant une totalité, chaque niveau permet de contrôler l'autre et la connaissance du style constitue un correctif supplémentaire.
CE QU'IL EN RESTE
La simplicité du schéma panofskien peut faire oublier le souci sémiologique dont il émane. Il a été parfois critiqué, mais jamais concurrencé et encore moins remplacé. Il ne faut pas se tromper sur son sens : la succession des niveaux n'est ni l'ordre heuristique ni l'ordre d'exposition d'une analyse iconographique.
Un point doit enfin être signalé : dans l'édition française de 1967, l'expression basic attitude, qui désigne chez lui l'ensemble de références et de pratiques culturelles partagées constituant le troisième niveau, est traduite de façon douteuse par « mentalité ». Certes, Erwin Panofsky utilise lui-même une expression vague. Mais il trouvera plus tard un terme mieux approprié chez les scolastiques : l'habitus, désignant une manière d'être et de faire, liée à un groupe social, que Pierre Bourdieu lui empruntera à son tour.
* Professeur honoraire d'histoire de l'art médiéval à l'Université de Genève
Erwin Panofsky
Erwin Panofsky (1892-1968) est un historien allemand d'origine juive. Admirateur d'Aby Warburg, il entre dans son institut à Hambourg, comme Ernst Cassirer et Fritz Saxl. Il possède à la fois un grand intérêt pour l'histoire du style, comme en témoignent ses recherches sur la sculpture gothique allemande, le goût des problèmes théoriques (Idea et La Perspective comme forme symbolique en 1924), et une ouverture à l'histoire des civilisations et de la pensée dans tous ses aspects. Il émigre en 1933 aux États-Unis, où il enseigne à New York puis à Princeton. Cette période est caractérisée par d'importants travaux iconographiques dont les Essais d'iconologie, sans que les autres axes d'investigation soient négligés. Sa reconnaissance en France est rare avant l'engouement des années 1960, dû à un nouvel intérêt pour les questions iconographiques.
Guides des Sorties : Exposition - Nantes face à ses esclaves / Domitille Gavriloff de in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guides des Sorties : Exposition - Nantes face à ses esclaves Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Domitille Gavriloff de, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 92-93 Langues : Français (fre) Mots-clés : Nantes exposition esclaves négrier esclavagiste Note de contenu : Le port de l'Atlantique se confronte à son passé négrier et esclavagiste.
Posée sur un socle, une statuette présente avec déférence un plateau à cigares (page de droite). La couleur de peau, les créoles, la chaîne à la taille, le torse nu sont autant d'éléments qui évoquent le statut d'esclave de l'homme représenté, tandis que le produit qu'il offre à la consommation renvoie à la culture coloniale du tabac. Cette « africanerie » - pour reprendre le terme proposé par l'historienne de l'art Anne Lafont - est typique de la décoration des demeures de l'élite nantaise au XVIIIe siècle. Objet de luxe, elle met en scène la réussite sociale des grandes familles impliquées dans le commerce de la traite.
Cette pièce, comme toutes les autres de la collection du musée de l'Histoire de Nantes, reflète la culture matérielle européenne, celle des négociants, armateurs et colons. C'est pourtant à partir de ces objets que l'exposition « L'abîme » relève le défi de proposer un parcours centré sur les millions de victimes de la traite atlantique. Il est à noter que la plupart des objets exposés appartiennent aux collections du musée : le parti pris n'est pas en effet de montrer de nouvelles choses mais de les montrer sous un jour nouveau.
Le parcours reconstitue en quatre parties le passé négrier de la ville de Nantes, des premières explorations de la côte africaine au XVe siècle jusqu'à l'abolition définitive du commerce d'esclaves au XIXe siècle. Depuis les travaux fondateurs de Jean Mettas et Serge Daget, le fait est désormais connu : la traite a considérablement enrichi les ports de la façade atlantique, et Nantes au premier chef, elle qui organisa près de 50 % des expéditions négrières françaises. Livres de compte, actes de vente ou journaux de bord permettent tout au long de la visite de prendre la mesure du phénomène de marchandisation des captifs.
Rendre leur identité aux captifs
Mais s'il est clair que Nantes fut une ville négrière, on sait moins qu'elle fut aussi une ville esclavagiste. La prise en compte de l'esclavage en métropole, venue casser le mythe du « sol libre », a été tardive dans l'historiographie française : l'impulsion est venue de Sue Peabody et Pierre Boulle, deux historiens d'outre-Atlantique.Pour incarner ce qu'a pu être le destin des quelques centaines d'esclaves ayant vécu à Nantes au XVIIIe siècle, les commissaires de l'exposition ont choisi de se focaliser sur des parcours individuels. Celui de Pauline, née esclave en Guadeloupe et débarquée à Nantes, qui réussit à gagner sa liberté en 1716 en entrant au couvent des bénédictines du Calvaire de Nantes. Ou encore celui de Louis Alexandre, originaire de la côte de Guinée, qui, arrivé à Nantes en 1727, obtient son affranchissement, sert le roi au cours de la guerre de Sept Ans et s'installe à Noirmoutier où il se marie en 1760 à une Nantaise. L'enjeu est de rendre leur nom à ces captifs privés de leur identité originelle ; un pari relevé au cours du parcours par la projection visuelle de plusieurs milliers de noms d'esclaves sur l'un des murs du musée.
Le titre de l'exposition, référence au poème d'Édouard Glissant qui évoque le gouffre de l'océan Atlantique où périrent 1,8 million d'Africains, symbolise cependant la difficulté des historiens à les sortir de l'oubli. Pour faire parler les archives, l'exposition propose une scénographie immersive. Les visiteurs peuvent ainsi s'imaginer au fond des cales du bateau négrier de La Marie-Séraphique, ou écouter les personnages d'un tableau raconter leur histoire via un dispositif de projection sonore. Une ambition pédagogique nouvelle qui manifeste, vingt ans après l'exposition pionnière des « Anneaux de la mémoire », le fort engagement de la ville de Nantes.
À VOIR
L'abîme. Nantes dans la traite atlantique et l'esclavage colonial, 1707-1830 jusqu'au 19 juin au château des ducs de Bretagne-musée d'Histoire, Nantes (44).
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 92-93[article] Guides des Sorties : Exposition - Nantes face à ses esclaves [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Domitille Gavriloff de, Auteur . - 2022 . - p. 92-93.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 92-93
Mots-clés : Nantes exposition esclaves négrier esclavagiste Note de contenu : Le port de l'Atlantique se confronte à son passé négrier et esclavagiste.
Posée sur un socle, une statuette présente avec déférence un plateau à cigares (page de droite). La couleur de peau, les créoles, la chaîne à la taille, le torse nu sont autant d'éléments qui évoquent le statut d'esclave de l'homme représenté, tandis que le produit qu'il offre à la consommation renvoie à la culture coloniale du tabac. Cette « africanerie » - pour reprendre le terme proposé par l'historienne de l'art Anne Lafont - est typique de la décoration des demeures de l'élite nantaise au XVIIIe siècle. Objet de luxe, elle met en scène la réussite sociale des grandes familles impliquées dans le commerce de la traite.
Cette pièce, comme toutes les autres de la collection du musée de l'Histoire de Nantes, reflète la culture matérielle européenne, celle des négociants, armateurs et colons. C'est pourtant à partir de ces objets que l'exposition « L'abîme » relève le défi de proposer un parcours centré sur les millions de victimes de la traite atlantique. Il est à noter que la plupart des objets exposés appartiennent aux collections du musée : le parti pris n'est pas en effet de montrer de nouvelles choses mais de les montrer sous un jour nouveau.
Le parcours reconstitue en quatre parties le passé négrier de la ville de Nantes, des premières explorations de la côte africaine au XVe siècle jusqu'à l'abolition définitive du commerce d'esclaves au XIXe siècle. Depuis les travaux fondateurs de Jean Mettas et Serge Daget, le fait est désormais connu : la traite a considérablement enrichi les ports de la façade atlantique, et Nantes au premier chef, elle qui organisa près de 50 % des expéditions négrières françaises. Livres de compte, actes de vente ou journaux de bord permettent tout au long de la visite de prendre la mesure du phénomène de marchandisation des captifs.
Rendre leur identité aux captifs
Mais s'il est clair que Nantes fut une ville négrière, on sait moins qu'elle fut aussi une ville esclavagiste. La prise en compte de l'esclavage en métropole, venue casser le mythe du « sol libre », a été tardive dans l'historiographie française : l'impulsion est venue de Sue Peabody et Pierre Boulle, deux historiens d'outre-Atlantique.Pour incarner ce qu'a pu être le destin des quelques centaines d'esclaves ayant vécu à Nantes au XVIIIe siècle, les commissaires de l'exposition ont choisi de se focaliser sur des parcours individuels. Celui de Pauline, née esclave en Guadeloupe et débarquée à Nantes, qui réussit à gagner sa liberté en 1716 en entrant au couvent des bénédictines du Calvaire de Nantes. Ou encore celui de Louis Alexandre, originaire de la côte de Guinée, qui, arrivé à Nantes en 1727, obtient son affranchissement, sert le roi au cours de la guerre de Sept Ans et s'installe à Noirmoutier où il se marie en 1760 à une Nantaise. L'enjeu est de rendre leur nom à ces captifs privés de leur identité originelle ; un pari relevé au cours du parcours par la projection visuelle de plusieurs milliers de noms d'esclaves sur l'un des murs du musée.
Le titre de l'exposition, référence au poème d'Édouard Glissant qui évoque le gouffre de l'océan Atlantique où périrent 1,8 million d'Africains, symbolise cependant la difficulté des historiens à les sortir de l'oubli. Pour faire parler les archives, l'exposition propose une scénographie immersive. Les visiteurs peuvent ainsi s'imaginer au fond des cales du bateau négrier de La Marie-Séraphique, ou écouter les personnages d'un tableau raconter leur histoire via un dispositif de projection sonore. Une ambition pédagogique nouvelle qui manifeste, vingt ans après l'exposition pionnière des « Anneaux de la mémoire », le fort engagement de la ville de Nantes.
À VOIR
L'abîme. Nantes dans la traite atlantique et l'esclavage colonial, 1707-1830 jusqu'au 19 juin au château des ducs de Bretagne-musée d'Histoire, Nantes (44).
Guides des Sorties : Exposition - Mérinos super star / Amandine Haller in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guides des Sorties : Exposition - Mérinos super star Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Amandine Haller, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 94 Langues : Français (fre) Mots-clés : mérinos mouton ibérique fil laine Note de contenu : Rétrospective sur des moutons d'exception.
Fierté ibérique, la race mérinos franchit la frontière pyrénéenne pour gagner la France au cours de l'été 1786. Offert par Charles III à son cousin Louis XVI, un cheptel de 360 têtes frisées de laine surfine investit, dès l'automne, les verts pâturages de la bergerie royale de Rambouillet, non loin de Paris.
Dans un contexte de concurrence européenne grandissante, la France des Bourbons encourage l'essor de manufactures textiles dès le XVIIe siècle. La « guerre des moutons » prend alors la forme de perpétuelles négociations diplomatiques pour déterminer à qui reviendra le monopole de leur précieuse toison.
La publication de nombreux traités d'instruction destinés aux bergers prouve un intérêt croissant pour les sciences naturelles et l'économie rustique tandis que les innovations techniques telles que la « mule-jenny » révolutionnent l'industrie lainière au XVIIIe siècle. En 1811, Napoléon Ier crée des dépôts de mérinos dans tout l'Empire, désireux d'en faire les « vitrines de l'excellence française ».
Néanmoins, les spécimens de Rambouillet perdent peu à peu de leur lustre et sont, en partie, exportés partout dans le monde, jusqu'en Australie. Mais que faire des bêtes restantes ? La bergerie se mue à la fois en centre de formation et en laboratoire de recherche voué à une zootechnie expérimentale : la mise au point de l'insémination artificielle entre 1942 et 1946 permet finalement de relancer l'élevage. Si, il y a quelques décennies, nos plaines étaient encore peuplées de milliers de mérinos, leur présence se limite aujourd'hui à quelques petits troupeaux dispersés.
Documents officiels, mémoires sur l'éducation et le soin du bétail, échantillons de laine, correspondances, instruments de tonte, plans, oeuvres artistiques... De fil en aiguille, l'exposition croise, au moyen d'outils pédagogiques, divers enjeux : de l'élevage, de l'industrie, du commerce, de la diplomatie et de la science.
À VOIR ET À LIRE
La guerre des moutons. Le mérinos à la conquête du monde, 1786-2021 jusqu'au 18 avril aux Archives nationales, Paris. Le catalogue de l'exposition est disponible aux éditions Gourcuff Granedigo.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 94[article] Guides des Sorties : Exposition - Mérinos super star [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Amandine Haller, Auteur . - 2022 . - p. 94.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 94
Mots-clés : mérinos mouton ibérique fil laine Note de contenu : Rétrospective sur des moutons d'exception.
Fierté ibérique, la race mérinos franchit la frontière pyrénéenne pour gagner la France au cours de l'été 1786. Offert par Charles III à son cousin Louis XVI, un cheptel de 360 têtes frisées de laine surfine investit, dès l'automne, les verts pâturages de la bergerie royale de Rambouillet, non loin de Paris.
Dans un contexte de concurrence européenne grandissante, la France des Bourbons encourage l'essor de manufactures textiles dès le XVIIe siècle. La « guerre des moutons » prend alors la forme de perpétuelles négociations diplomatiques pour déterminer à qui reviendra le monopole de leur précieuse toison.
La publication de nombreux traités d'instruction destinés aux bergers prouve un intérêt croissant pour les sciences naturelles et l'économie rustique tandis que les innovations techniques telles que la « mule-jenny » révolutionnent l'industrie lainière au XVIIIe siècle. En 1811, Napoléon Ier crée des dépôts de mérinos dans tout l'Empire, désireux d'en faire les « vitrines de l'excellence française ».
Néanmoins, les spécimens de Rambouillet perdent peu à peu de leur lustre et sont, en partie, exportés partout dans le monde, jusqu'en Australie. Mais que faire des bêtes restantes ? La bergerie se mue à la fois en centre de formation et en laboratoire de recherche voué à une zootechnie expérimentale : la mise au point de l'insémination artificielle entre 1942 et 1946 permet finalement de relancer l'élevage. Si, il y a quelques décennies, nos plaines étaient encore peuplées de milliers de mérinos, leur présence se limite aujourd'hui à quelques petits troupeaux dispersés.
Documents officiels, mémoires sur l'éducation et le soin du bétail, échantillons de laine, correspondances, instruments de tonte, plans, oeuvres artistiques... De fil en aiguille, l'exposition croise, au moyen d'outils pédagogiques, divers enjeux : de l'élevage, de l'industrie, du commerce, de la diplomatie et de la science.
À VOIR ET À LIRE
La guerre des moutons. Le mérinos à la conquête du monde, 1786-2021 jusqu'au 18 avril aux Archives nationales, Paris. Le catalogue de l'exposition est disponible aux éditions Gourcuff Granedigo.
Guide Médias - Qui sont les brutes ? / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide Médias - Qui sont les brutes ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 95 Langues : Français (fre) Mots-clés : racisme réalisateur Raoul Peck Documentaire colonie Afrique R Note de contenu : Raoul Peck remonte aux origines du racisme.
Raoul Peck est un réalisateur engagé auteur d'oeuvres fortes comme Lumumba, mort d'un prophète (1990), Sometimes in April (2005) ou encore I Am Not Your Negro (2017). Nominé aux Oscars et récompensé par un César et un Bafta - principale récompense britannique -, ce dernier documentaire retraçait l'histoire des luttes pour les droits civiques des années 1950 et 1960 à travers l'oeuvre et les interventions publiques de l'écrivain noir américain James Baldwin (cf. L'Histoire n° 436).
Un documentaire radical
Cette fois-ci, l'ambition de Raoul Peck est encore plus grande : revisiter cinq siècles de colonialisme en Afrique et en Amérique et remonter à la source du racisme et du suprématisme blanc.
Pour cela, le réalisateur s'appuie sur l'ouvrage de Sven Lindqvist publié en 1992 - Exterminez toutes ces brutes - auquel il emprunte d'ailleurs son titre. Dans cet essai, l'universitaire suédois réfléchissait à la manière dont les pseudo théories scientifiques de hiérarchisation des races élaborées par les Européens ont conduit à l'extermination des peuples et notamment à la Shoah. Les autres références utilisées par Raoul Peck pour construire cette série documentaire sont les travaux de l'anthropologue haïtien Michel-Rolph Trouillot et ceux de l'historienne Roxanne Dunbar-Ortiz sur les Amérindiens.
Mêlant documents d'archives, reconstitutions, animations et archives familiales, le cinéaste haïtien propose une narration originale parfois déroutante qui remet en question le récit national des États-Unis reposant sur la découverte d'une terre prétendument vierge. Il souhaite montrer toute la violence de la conquête et la manière dont les vainqueurs l'ont justifiée. Radical - parfois peut-être excessif -, Exterminez toutes ces brutes est une claque qui donne à réfléchir.
À VOIR
Exterminez toutes ces brutes R. Peck le mardi 1er février à 20 h 50 sur Arte.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 95[article] Guide Médias - Qui sont les brutes ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2022 . - p. 95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 95
Mots-clés : racisme réalisateur Raoul Peck Documentaire colonie Afrique R Note de contenu : Raoul Peck remonte aux origines du racisme.
Raoul Peck est un réalisateur engagé auteur d'oeuvres fortes comme Lumumba, mort d'un prophète (1990), Sometimes in April (2005) ou encore I Am Not Your Negro (2017). Nominé aux Oscars et récompensé par un César et un Bafta - principale récompense britannique -, ce dernier documentaire retraçait l'histoire des luttes pour les droits civiques des années 1950 et 1960 à travers l'oeuvre et les interventions publiques de l'écrivain noir américain James Baldwin (cf. L'Histoire n° 436).
Un documentaire radical
Cette fois-ci, l'ambition de Raoul Peck est encore plus grande : revisiter cinq siècles de colonialisme en Afrique et en Amérique et remonter à la source du racisme et du suprématisme blanc.
Pour cela, le réalisateur s'appuie sur l'ouvrage de Sven Lindqvist publié en 1992 - Exterminez toutes ces brutes - auquel il emprunte d'ailleurs son titre. Dans cet essai, l'universitaire suédois réfléchissait à la manière dont les pseudo théories scientifiques de hiérarchisation des races élaborées par les Européens ont conduit à l'extermination des peuples et notamment à la Shoah. Les autres références utilisées par Raoul Peck pour construire cette série documentaire sont les travaux de l'anthropologue haïtien Michel-Rolph Trouillot et ceux de l'historienne Roxanne Dunbar-Ortiz sur les Amérindiens.
Mêlant documents d'archives, reconstitutions, animations et archives familiales, le cinéaste haïtien propose une narration originale parfois déroutante qui remet en question le récit national des États-Unis reposant sur la découverte d'une terre prétendument vierge. Il souhaite montrer toute la violence de la conquête et la manière dont les vainqueurs l'ont justifiée. Radical - parfois peut-être excessif -, Exterminez toutes ces brutes est une claque qui donne à réfléchir.
À VOIR
Exterminez toutes ces brutes R. Peck le mardi 1er février à 20 h 50 sur Arte.
Guide Cinéma : Le monde d'Irène / Antoine De Baecque in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide Cinéma : Le monde d'Irène Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine De Baecque, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 96-97 Langues : Français (fre) Mots-clés : occupation juif tragédie Paris 1942 cinéma Note de contenu : A Paris en 1942, une jeune fille juive pleine d'insouciance oublie les tragédies de son époque pour vivre les expériences de son âge.
Irène a 19 ans et elle va vite. Elle découvre le monde, le théâtre, vit ses amitiés et ses amours intensément. Elle veut devenir actrice et possède un talent fou à exister. Elle est la jeune fille qui va bien. Son père et sa grand-mère se portent sûrement moins bien, peut-être parce qu'ils ont moins d'élan et de fougue à vivre ; ils sont plus posés. Mais également car, eux, ils vivent dans leur temps. A l'été 1942, quand on est juif à Paris, il faut se déclarer tel à la mairie de son arrondissement. Le père, André, souhaite être dans les règles, il se sent responsable de sa famille et craint de braver les autorités. La grand-mère, Marceline, refuse ; elle a l'intuition d'un piège.
Dans le monde d'Irène, il y a le concours de théâtre à la fin de l'année, quelques regards de jeunes hommes de son âge qui la troublent. Le reste, elle ne veut pas le voir, préfère suivre son cours ou retrouver un amoureux. Mais elle n'est pas pour autant écervelée ; elle sent quelque chose tapi dans l'ombre. Ce n'est tout simplement pas l'essentiel de sa vie. Sa seule manière d'être de son temps, jeune Juive du Paris de l'été 1942, c'est de s'évanouir régulièrement : somme toute, seul son corps somatise l'époque.
Troubles temporels
Le plus réussi dans le premier long métrage de Sandrine Kiberlain est précisément de refuser d'être un « film d'époque ». L'Occupation n'est visible ni dans les costumes ni dans les décors : les coiffures des femmes ne sont pas « typiques », il n'y a pas une seule croix gammée ni le moindre officier allemand. Aucun carton ne vient annoncer : « Paris, 1942. »
Au début, on se demande même avec étonnement : « C'est un film sur quoi ? » Sur l'apprentissage d'une jeune actrice, sur l'amitié avec les copines du cours de théâtre, sur une famille sans mère, sur les relations entre Irène et son plus jeune frère, Igor. La piste autobiographique semble s'imposer ; Sandrine Kiberlain filme sa propre initiation, le moment de ses 19 ans, alors qu'elle passe le concours du Conservatoire et qu'elle débute dans le métier : « Ce que j'ai le plus aimé dans ma vie », avoue-t-elle.
Et puis, soudain, au détour d'une phrase lors d'une banale conversation familiale à table : « Il faut mettre le tampon juif sur les papiers. » Pas la peine d'en rajouter avec un drapeau, une étoile ou un uniforme.
Le film ose même quelques troubles temporels ouvertement anachroniques : Tom Waits chante All the World is Green, Philip Glass fait entendre ses « String Quartet », même si Charles Trenet pousse le « Que reste-t-il de nos amours ? » exact de 1942. L'atmosphère d'une époque et la tessiture de l'histoire, on les remarque ailleurs, dans un écart toujours bienvenu : une scène de dîner de shabbat où chacun s'approprie les rituels différemment, la bougie, le miel, la pomme ; la lecture par deux vieilles femmes de la définition d'un mot - « peur » - dans le dictionnaire ; une façon de cacher ses papiers au fond d'un placard ; une fille qui ne vous regarde plus ; un homme qui vous regarde trop. Tous souhaitent vivre normalement, alors qu'ils ne peuvent plus le faire ; ils ne veulent pas croire au pire mais ils ne peuvent plus faire autrement qu'y croire.
Histoire « en creux »
Sandrine Kiberlain a eu la force et la personnalité d'imposer son point de vue, celui de cette « histoire en creux », qui ne reconstitue rien, contre tous les producteurs qui ont dû lui suggérer une « petite scène typique » par-ci, par-là, contre tous les historiens qui s'étonneront devant ce film où ils ne retrouveront pas leurs thèses. Elle a eu raison - c'est sans doute pour cela qu'elle est désormais cinéaste. Car quand l'histoire, soudain, claque sa porte au nez des rêves d'Irène, cela fait bien plus mal. Alors, avec une étonnante insouciance et une puissante sororité, Hélène Berr et Anne Frank prennent la main de cette jeune fille qui allait bien.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 96-97[article] Guide Cinéma : Le monde d'Irène [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine De Baecque, Auteur . - 2022 . - p. 96-97.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 96-97
Mots-clés : occupation juif tragédie Paris 1942 cinéma Note de contenu : A Paris en 1942, une jeune fille juive pleine d'insouciance oublie les tragédies de son époque pour vivre les expériences de son âge.
Irène a 19 ans et elle va vite. Elle découvre le monde, le théâtre, vit ses amitiés et ses amours intensément. Elle veut devenir actrice et possède un talent fou à exister. Elle est la jeune fille qui va bien. Son père et sa grand-mère se portent sûrement moins bien, peut-être parce qu'ils ont moins d'élan et de fougue à vivre ; ils sont plus posés. Mais également car, eux, ils vivent dans leur temps. A l'été 1942, quand on est juif à Paris, il faut se déclarer tel à la mairie de son arrondissement. Le père, André, souhaite être dans les règles, il se sent responsable de sa famille et craint de braver les autorités. La grand-mère, Marceline, refuse ; elle a l'intuition d'un piège.
Dans le monde d'Irène, il y a le concours de théâtre à la fin de l'année, quelques regards de jeunes hommes de son âge qui la troublent. Le reste, elle ne veut pas le voir, préfère suivre son cours ou retrouver un amoureux. Mais elle n'est pas pour autant écervelée ; elle sent quelque chose tapi dans l'ombre. Ce n'est tout simplement pas l'essentiel de sa vie. Sa seule manière d'être de son temps, jeune Juive du Paris de l'été 1942, c'est de s'évanouir régulièrement : somme toute, seul son corps somatise l'époque.
Troubles temporels
Le plus réussi dans le premier long métrage de Sandrine Kiberlain est précisément de refuser d'être un « film d'époque ». L'Occupation n'est visible ni dans les costumes ni dans les décors : les coiffures des femmes ne sont pas « typiques », il n'y a pas une seule croix gammée ni le moindre officier allemand. Aucun carton ne vient annoncer : « Paris, 1942. »
Au début, on se demande même avec étonnement : « C'est un film sur quoi ? » Sur l'apprentissage d'une jeune actrice, sur l'amitié avec les copines du cours de théâtre, sur une famille sans mère, sur les relations entre Irène et son plus jeune frère, Igor. La piste autobiographique semble s'imposer ; Sandrine Kiberlain filme sa propre initiation, le moment de ses 19 ans, alors qu'elle passe le concours du Conservatoire et qu'elle débute dans le métier : « Ce que j'ai le plus aimé dans ma vie », avoue-t-elle.
Et puis, soudain, au détour d'une phrase lors d'une banale conversation familiale à table : « Il faut mettre le tampon juif sur les papiers. » Pas la peine d'en rajouter avec un drapeau, une étoile ou un uniforme.
Le film ose même quelques troubles temporels ouvertement anachroniques : Tom Waits chante All the World is Green, Philip Glass fait entendre ses « String Quartet », même si Charles Trenet pousse le « Que reste-t-il de nos amours ? » exact de 1942. L'atmosphère d'une époque et la tessiture de l'histoire, on les remarque ailleurs, dans un écart toujours bienvenu : une scène de dîner de shabbat où chacun s'approprie les rituels différemment, la bougie, le miel, la pomme ; la lecture par deux vieilles femmes de la définition d'un mot - « peur » - dans le dictionnaire ; une façon de cacher ses papiers au fond d'un placard ; une fille qui ne vous regarde plus ; un homme qui vous regarde trop. Tous souhaitent vivre normalement, alors qu'ils ne peuvent plus le faire ; ils ne veulent pas croire au pire mais ils ne peuvent plus faire autrement qu'y croire.
Histoire « en creux »
Sandrine Kiberlain a eu la force et la personnalité d'imposer son point de vue, celui de cette « histoire en creux », qui ne reconstitue rien, contre tous les producteurs qui ont dû lui suggérer une « petite scène typique » par-ci, par-là, contre tous les historiens qui s'étonneront devant ce film où ils ne retrouveront pas leurs thèses. Elle a eu raison - c'est sans doute pour cela qu'elle est désormais cinéaste. Car quand l'histoire, soudain, claque sa porte au nez des rêves d'Irène, cela fait bien plus mal. Alors, avec une étonnante insouciance et une puissante sororité, Hélène Berr et Anne Frank prennent la main de cette jeune fille qui allait bien.
Guide Cinéma : Piéger les "homos" / Antoine De Baecque in L'Histoire, N° 492 (Février 2022)
[article]
Titre : Guide Cinéma : Piéger les "homos" Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine De Baecque, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 97 Langues : Français (fre) Mots-clés : homos piège RFA loi 1872 175er prison cinéma Note de contenu : La criminalisation de l'homosexualité en RFA.
Surpris par une caméra piège cachée dans un urinoir, Hans Hoffman, homosexuel, est condamné lors d'un procès rapide et emprisonné au nom du paragraphe 175 du code pénal allemand. Nous sommes au début des années 1960, et ce « Paragraphe 175 », décrété en 1872, criminalise l'homosexualité comme « maladie mentale » et « pratique déviante ». Il autorisait également la police à confisquer les lettres privées et à installer des caméras dans certaines toilettes publiques derrière des miroirs sans tain afin de produire des preuves formelles au tribunal. En vigueur jusqu'en 1969, il ne disparaît complètement du code civil allemand qu'en 1994. Au total, 100 000 hommes, les « 175er », ont été traduits en justice dans la République fédérale d'Allemagne (RFA) d'après-guerre. Beaucoup furent emprisonnés.
Entêtement héroïque
Le plus choquant est la continuité des textes juridiques et des pratiques policières entre le régime nazi et la démocratie de la RFA. Certains des 15 000 prisonniers au triangle rose, les « Rosa Winkel », ont d'ailleurs été directement transférés des camps de concentration aux prisons fédérales pour finir de purger leur peine légale.
En 2005, Rob Epstein et Jeffrey Friedman obtenaient l'Ours d'or du meilleur documentaire à la Berlinale pour Paragraph 175, rappelant, documents à l'appui, ce passé récent peu glorieux d'une démocratie conservatrice dont la pudibonderie moralisatrice était érigée en valeur fondatrice du régime. Le film de Sebastian Meise a l'intérêt d'incarner cette traque dont « on ne parle pas » en une fiction juste et sensible, mais impitoyable, dans laquelle Hans Hoffman, joué tout en passion retenue par Franz Rogowski, continue à chercher l'amour en milieu hostile.
Great Freedom est un film de prison, austère et simple, au pathétique contenu, où le personnage central exerce sa volonté impérieuse à être « normal » et à vivre comme il l'entend malgré tous les obstacles qui se dressent devant lui. Cet entêtement est la marque de son héroïsme, quotidien et concentrationnaire. C'est cela qui, in fine, lui permet de vivre et de survivre en homosexuel.
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 97[article] Guide Cinéma : Piéger les "homos" [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine De Baecque, Auteur . - 2022 . - p. 97.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 492 (Février 2022) . - p. 97
Mots-clés : homos piège RFA loi 1872 175er prison cinéma Note de contenu : La criminalisation de l'homosexualité en RFA.
Surpris par une caméra piège cachée dans un urinoir, Hans Hoffman, homosexuel, est condamné lors d'un procès rapide et emprisonné au nom du paragraphe 175 du code pénal allemand. Nous sommes au début des années 1960, et ce « Paragraphe 175 », décrété en 1872, criminalise l'homosexualité comme « maladie mentale » et « pratique déviante ». Il autorisait également la police à confisquer les lettres privées et à installer des caméras dans certaines toilettes publiques derrière des miroirs sans tain afin de produire des preuves formelles au tribunal. En vigueur jusqu'en 1969, il ne disparaît complètement du code civil allemand qu'en 1994. Au total, 100 000 hommes, les « 175er », ont été traduits en justice dans la République fédérale d'Allemagne (RFA) d'après-guerre. Beaucoup furent emprisonnés.
Entêtement héroïque
Le plus choquant est la continuité des textes juridiques et des pratiques policières entre le régime nazi et la démocratie de la RFA. Certains des 15 000 prisonniers au triangle rose, les « Rosa Winkel », ont d'ailleurs été directement transférés des camps de concentration aux prisons fédérales pour finir de purger leur peine légale.
En 2005, Rob Epstein et Jeffrey Friedman obtenaient l'Ours d'or du meilleur documentaire à la Berlinale pour Paragraph 175, rappelant, documents à l'appui, ce passé récent peu glorieux d'une démocratie conservatrice dont la pudibonderie moralisatrice était érigée en valeur fondatrice du régime. Le film de Sebastian Meise a l'intérêt d'incarner cette traque dont « on ne parle pas » en une fiction juste et sensible, mais impitoyable, dans laquelle Hans Hoffman, joué tout en passion retenue par Franz Rogowski, continue à chercher l'amour en milieu hostile.
Great Freedom est un film de prison, austère et simple, au pathétique contenu, où le personnage central exerce sa volonté impérieuse à être « normal » et à vivre comme il l'entend malgré tous les obstacles qui se dressent devant lui. Cet entêtement est la marque de son héroïsme, quotidien et concentrationnaire. C'est cela qui, in fine, lui permet de vivre et de survivre en homosexuel.





