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N° 493 - Mars 2022 - La fabrique des races - dossier spécial = Palais Farnèse, le plus beau palais du monde [texte imprimé (livres, articles, périodiques)]. C'est entre le XVIe et le XXe siècle que la division de l'humanité en races est devenue progressivement une évidence savante. Ces théories raciales plongent leurs racines dans de très anciens préjugés. Mais c'est avec les lois de pureté de sang, et bientôt la traite atlantique qu'elles viennent à jouer un rôle déterminant dans les identités collectives. L'énormité du crime nazi jette l'interdit sur le racisme. Soixante-quinze ans plus tard, on s'interroge sur le retour des races. Qu'en est-il vraiment ? Avec Claude Blanckaert, Daphné Budasz, Vincent Duclert, Clément Fabre, Anaïs Fléchet, Domitille de Gavriloff, Benjamin Isaac, Paulin Ismard, François-René Julliard, Rotem Kowner, Julien Loiseau, Pap Ndiaye, Pauline Peretz, Yann Potin, Emmanuelle Saada, Jean-Frédéric Schaub, Sylvia Sebastiani, Pierre-François Souyri, Ibrahima Thioub, Annette Wieviorka. Langues : Français (fre)
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| HISTOIRE | Revues | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Libre-Accès | P9617 | Disponible |
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Ajouter le résultat dans votre panierL'Edito : Racisés in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : L'Edito : Racisés Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : races considération récit Note de contenu :
Le terme, avec toute sa violence, a fait son entrée dans notre vocabulaire. Tournant parfois en revendication une assignation honnie, il renvoie massivement à cinq cents ans de colonisation, de traite, d'esclavage, et interpelle les historiens. Et si nous le prenions au mot ?
La manie de catégoriser les humains n'épargne probablement aucune civilisation. Expliquer les différences, justifier les inégalités, sont de puissants ressorts de pensée et de domination. Au point que certains historiens parlent de « racisme sans races » à propos d'Aristote et de sa théorie des climats, qui inspira durablement le monde méditerranéen, puis l'Occident tout entier. Dans cette affaire, la couleur ne fut longtemps qu'un marqueur parmi d'autres. A l'autre bout du monde, les Japonais virent, au XVIe siècle, débarquer... des Portugais gris et des Hollandais rouges. Le sang joua son rôle : c'est en son nom que s'élaborèrent au XVe siècle des « statuts de pureté » qui apparaissent comme un tournant décisif dans l'histoire de la pensée raciale. Il s'agissait alors, dans l'Espagne très catholique, d'exclure les descendants de Juifs d'un certain nombre de fonctions au motif de leur naissance entachée, assignation dont aucune conversion ne pourrait plus les faire sortir.
Une histoire était en marche. Dans leurs infinis débats sur l'origine de l'homme, devenu une espèce comme une autre, les Lumières porteuses d'universel ont semé d'autres germes. La force des théories classificatoires de Linné ou de Buffon a ouvert la voie à l'ambition scientifique. L'inlassable passion pour la mesure des crânes, l'angoisse de la dégénérescence, le contexte colonial ou la recherche d'une origine nationale fortifièrent chez certains la notion de « race ».
Restait à la science, en ses dévoiements, à prêter la main à des entreprises criminelles. Les travaux des historiens, depuis trente ans, ont bien établi les étapes du processus de « racisation » d'une population à l'oeuvre dans les génocides. Un processus qui mena, dans l'Allemagne nazie puis dans l'Europe occupée, à la mise à l'écart des Juifs puis à leur déshumanisation et à la persécution meurtrière.
L'énormité du crime mit, en 1945, le racisme hors la loi. On voulut avant tout considérer l'unité de l'espèce humaine et le caractère fragile, aléatoire et réversible des différences physiques. Claude Lévi-Strauss fut le héraut de cette anthropologie sans races. L'Afrique du Sud fut mise à l'index, le monde de l'Unesco serait celui du métissage, dont le Brésil se fit le symbole, au prix d'une durable imposture.
On n'en avait cependant pas fini avec la race. La volonté d'effacement, dont témoignent les débats sur notre Constitution, n'empêcherait pas les discriminations. La race, pour être fabriquée, n'en continue pas moins d'influencer nos imaginaires, nos perceptions collectives, et nos comportements. Protégés par l'anonymat des réseaux sociaux, l'antisémitisme et la haine raciale se portent bien, tandis que l'Amérique de Trump voyait s'affirmer le « suprématisme blanc » en même temps que la revendication d'une histoire « noire » des États-Unis.
Cette revendication aussi est un objet d'histoire. Faut-il la redouter ? On ne manque pas d'exemples d'ailleurs, au cours des siècles, de fiertés retrouvées grâce au « retournement du stigmate ». On ne risque rien à écouter ces voix qui réclament de la considération et parfois un autre récit. A condition de ne pas renoncer à notre humanité commune.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 3[article] L'Edito : Racisés [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 3
Mots-clés : races considération récit Note de contenu :
Le terme, avec toute sa violence, a fait son entrée dans notre vocabulaire. Tournant parfois en revendication une assignation honnie, il renvoie massivement à cinq cents ans de colonisation, de traite, d'esclavage, et interpelle les historiens. Et si nous le prenions au mot ?
La manie de catégoriser les humains n'épargne probablement aucune civilisation. Expliquer les différences, justifier les inégalités, sont de puissants ressorts de pensée et de domination. Au point que certains historiens parlent de « racisme sans races » à propos d'Aristote et de sa théorie des climats, qui inspira durablement le monde méditerranéen, puis l'Occident tout entier. Dans cette affaire, la couleur ne fut longtemps qu'un marqueur parmi d'autres. A l'autre bout du monde, les Japonais virent, au XVIe siècle, débarquer... des Portugais gris et des Hollandais rouges. Le sang joua son rôle : c'est en son nom que s'élaborèrent au XVe siècle des « statuts de pureté » qui apparaissent comme un tournant décisif dans l'histoire de la pensée raciale. Il s'agissait alors, dans l'Espagne très catholique, d'exclure les descendants de Juifs d'un certain nombre de fonctions au motif de leur naissance entachée, assignation dont aucune conversion ne pourrait plus les faire sortir.
Une histoire était en marche. Dans leurs infinis débats sur l'origine de l'homme, devenu une espèce comme une autre, les Lumières porteuses d'universel ont semé d'autres germes. La force des théories classificatoires de Linné ou de Buffon a ouvert la voie à l'ambition scientifique. L'inlassable passion pour la mesure des crânes, l'angoisse de la dégénérescence, le contexte colonial ou la recherche d'une origine nationale fortifièrent chez certains la notion de « race ».
Restait à la science, en ses dévoiements, à prêter la main à des entreprises criminelles. Les travaux des historiens, depuis trente ans, ont bien établi les étapes du processus de « racisation » d'une population à l'oeuvre dans les génocides. Un processus qui mena, dans l'Allemagne nazie puis dans l'Europe occupée, à la mise à l'écart des Juifs puis à leur déshumanisation et à la persécution meurtrière.
L'énormité du crime mit, en 1945, le racisme hors la loi. On voulut avant tout considérer l'unité de l'espèce humaine et le caractère fragile, aléatoire et réversible des différences physiques. Claude Lévi-Strauss fut le héraut de cette anthropologie sans races. L'Afrique du Sud fut mise à l'index, le monde de l'Unesco serait celui du métissage, dont le Brésil se fit le symbole, au prix d'une durable imposture.
On n'en avait cependant pas fini avec la race. La volonté d'effacement, dont témoignent les débats sur notre Constitution, n'empêcherait pas les discriminations. La race, pour être fabriquée, n'en continue pas moins d'influencer nos imaginaires, nos perceptions collectives, et nos comportements. Protégés par l'anonymat des réseaux sociaux, l'antisémitisme et la haine raciale se portent bien, tandis que l'Amérique de Trump voyait s'affirmer le « suprématisme blanc » en même temps que la revendication d'une histoire « noire » des États-Unis.
Cette revendication aussi est un objet d'histoire. Faut-il la redouter ? On ne manque pas d'exemples d'ailleurs, au cours des siècles, de fiertés retrouvées grâce au « retournement du stigmate ». On ne risque rien à écouter ces voix qui réclament de la considération et parfois un autre récit. A condition de ne pas renoncer à notre humanité commune.
Forum in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Forum Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : morts du Struhof Pasteur Judée ou Palestine Note de contenu :
Le dossier Pasteur rouvert
Le dossier « Pasteur, la foi dans la science » (n°491, janvier 2022) a retenu votre attention. Michel de Paz a cru percevoir dans l'éditorial une tonalité hostile à la vaccination. Alain Comtet du Laboratoire de Physique théorique et Modèles statistiques de l'Université Paris Saclay écrit : « On aurait aimé que les premiers travaux de Pasteur sur les symétries soient décrits de façon moins laconique. Grâce à ses expériences d'optique, Pasteur a découvert que des molécules peuvent se présenter sous deux formes images l'une de l'autre dans un miroir. C'est la découverte de la chiralité, concept transversal qui joue aussi bien un rôle dans la structure de l'ADN que dans la physique des particules élémentaires. » Maurice Goidadin souligne qu'« un aspect important de la personnalité de Pasteur, qui explique peut-être le "style Pasteur", est son talent en dessin. Plusieurs de ses beaux et délicats dessins furent exposés dans ce qui fut sa maison, à Arbois il y a quelques années. On pouvait y visiter aussi son laboratoire attenant, premier bâtiment du village à avoir bénéficié de l'eau courante. »
La réponse de la rédaction
Vos lettres nous prouvent à quel point Pasteur reste une figure nationale. Vous avez tout à fait raison de rappeler l'importance de ses travaux sur la chiralité moléculaire, qui sont effectivement essentiels et ont marqué le milieu scientifique par leur postérité considérable. Pour information, il est toujours possible aujourd'hui de visiter la maison de Pasteur à Arbois (39). Elle abrite désormais un véritable musée à la mémoire du scientifique (contact : maisonarbois@terredelouispasteur.fr). Quant à l'éditorial du numéro, il évoquait seulement un temps où, même si les débats n'étaient bien sûr pas absents, la confiance dans la science autorisait une politique de Santé publique qui mena en France à la loi de 1902 rendant la vaccination obligatoire.
Les morts du Struthof
Un de nos lecteurs a relevé des inexactitudes dans l'encadré p. 14 sur le « KL Natzweiler-Struthof » dans l'article de Johann Chapoutot « Nacht und Nebel. Au coeur de la machine nazie » (n° 491, janvier 2022). Guillaume d'Andlau, directeur du Centre européen du résistant déporté et responsable du site du Struthof a tenu à apporter les précisions suivantes : « Le Konzenstrationslager (KL) Natzweiler, plus connu en France sous le nom de camp du Struthof ou camp de concentration de Natzweiler-Struthof, disposait d'un camp principal et d'une cinquantaine d'annexes. Ce réseau de camps n'a pas été destiné en premier lieu aux Alsaciens récalcitrants et les premiers déportés sont allemands. Parmi les détenus, toutes les catégories de prisonniers étaient représentées même si le camp principal affichait un fort pourcentage de résistants et d'opposants politiques. Le KL Natzweiler est évacué en septembre 1944 ; 5 518 déportés sont alors déplacés à destination de Dachau et non pas d'un des camps annexes du Struthof. Au total 52 000 prisonniers ont été immatriculés au KL Natzweiler-Struthof et dans l'ensemble de ses camps, dont 17 000 dans le camp principal. Concernant la mortalité, dans l'état actuel des recherches, il y eut entre 17 000 et 18 000 décès dans le KL Natzweiler et l'ensemble de ses annexes (dont 3 000 au camp principal). »
Judée ou Palestine
Dans l'article d'Axelle Neyrinck sur « Le massacre des Innocents » (n° 491, janvier 2022), l'épisode légendaire est situé en Palestine biblique alors que le toponyme « Palestine » n'est apparu qu'en l'an 135 ap. J.-C., imposé par l'empereur Hadrien à la suite de l'écrasement de la dernière révolte des Juifs.
Jacques Hanau
La réponse de la rédaction
C'est en effet Hadrien qui a changé le nom de la province romaine de Judée en celui de Syrie-Palestine, en 134 sans doute. Sur le plan administratif romain, « Palestine » fait donc bien son entrée dans le vocabulaire à cette époque et l'empereur l'a clairement choisi pour effacer le souvenir de « Judée ». Néanmoins, le mot Palestine est attesté bien plus tôt chez les auteurs de la géographie du Proche-Orient (Pline l'Ancien en use dans son Histoire naturelle, v.66).
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 4[article] Forum [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 4
Mots-clés : morts du Struhof Pasteur Judée ou Palestine Note de contenu :
Le dossier Pasteur rouvert
Le dossier « Pasteur, la foi dans la science » (n°491, janvier 2022) a retenu votre attention. Michel de Paz a cru percevoir dans l'éditorial une tonalité hostile à la vaccination. Alain Comtet du Laboratoire de Physique théorique et Modèles statistiques de l'Université Paris Saclay écrit : « On aurait aimé que les premiers travaux de Pasteur sur les symétries soient décrits de façon moins laconique. Grâce à ses expériences d'optique, Pasteur a découvert que des molécules peuvent se présenter sous deux formes images l'une de l'autre dans un miroir. C'est la découverte de la chiralité, concept transversal qui joue aussi bien un rôle dans la structure de l'ADN que dans la physique des particules élémentaires. » Maurice Goidadin souligne qu'« un aspect important de la personnalité de Pasteur, qui explique peut-être le "style Pasteur", est son talent en dessin. Plusieurs de ses beaux et délicats dessins furent exposés dans ce qui fut sa maison, à Arbois il y a quelques années. On pouvait y visiter aussi son laboratoire attenant, premier bâtiment du village à avoir bénéficié de l'eau courante. »
La réponse de la rédaction
Vos lettres nous prouvent à quel point Pasteur reste une figure nationale. Vous avez tout à fait raison de rappeler l'importance de ses travaux sur la chiralité moléculaire, qui sont effectivement essentiels et ont marqué le milieu scientifique par leur postérité considérable. Pour information, il est toujours possible aujourd'hui de visiter la maison de Pasteur à Arbois (39). Elle abrite désormais un véritable musée à la mémoire du scientifique (contact : maisonarbois@terredelouispasteur.fr). Quant à l'éditorial du numéro, il évoquait seulement un temps où, même si les débats n'étaient bien sûr pas absents, la confiance dans la science autorisait une politique de Santé publique qui mena en France à la loi de 1902 rendant la vaccination obligatoire.
Les morts du Struthof
Un de nos lecteurs a relevé des inexactitudes dans l'encadré p. 14 sur le « KL Natzweiler-Struthof » dans l'article de Johann Chapoutot « Nacht und Nebel. Au coeur de la machine nazie » (n° 491, janvier 2022). Guillaume d'Andlau, directeur du Centre européen du résistant déporté et responsable du site du Struthof a tenu à apporter les précisions suivantes : « Le Konzenstrationslager (KL) Natzweiler, plus connu en France sous le nom de camp du Struthof ou camp de concentration de Natzweiler-Struthof, disposait d'un camp principal et d'une cinquantaine d'annexes. Ce réseau de camps n'a pas été destiné en premier lieu aux Alsaciens récalcitrants et les premiers déportés sont allemands. Parmi les détenus, toutes les catégories de prisonniers étaient représentées même si le camp principal affichait un fort pourcentage de résistants et d'opposants politiques. Le KL Natzweiler est évacué en septembre 1944 ; 5 518 déportés sont alors déplacés à destination de Dachau et non pas d'un des camps annexes du Struthof. Au total 52 000 prisonniers ont été immatriculés au KL Natzweiler-Struthof et dans l'ensemble de ses camps, dont 17 000 dans le camp principal. Concernant la mortalité, dans l'état actuel des recherches, il y eut entre 17 000 et 18 000 décès dans le KL Natzweiler et l'ensemble de ses annexes (dont 3 000 au camp principal). »
Judée ou Palestine
Dans l'article d'Axelle Neyrinck sur « Le massacre des Innocents » (n° 491, janvier 2022), l'épisode légendaire est situé en Palestine biblique alors que le toponyme « Palestine » n'est apparu qu'en l'an 135 ap. J.-C., imposé par l'empereur Hadrien à la suite de l'écrasement de la dernière révolte des Juifs.
Jacques Hanau
La réponse de la rédaction
C'est en effet Hadrien qui a changé le nom de la province romaine de Judée en celui de Syrie-Palestine, en 134 sans doute. Sur le plan administratif romain, « Palestine » fait donc bien son entrée dans le vocabulaire à cette époque et l'empereur l'a clairement choisi pour effacer le souvenir de « Judée ». Néanmoins, le mot Palestine est attesté bien plus tôt chez les auteurs de la géographie du Proche-Orient (Pline l'Ancien en use dans son Histoire naturelle, v.66).
On va en parler - La bibliothèque Sainte-Geneviève n'est pas en péril in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : On va en parler - La bibliothèque Sainte-Geneviève n'est pas en péril Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : bibliothèque Sainte-Geneviève péril Note de contenu :
Nous avions relayé dans le numéro 491 page 6 l'inquiétude d'universitaires et de chercheurs sur la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris (Ve arrondissement). Jamil Jean-Marc Dakhlia, président de l'université Sorbonne Nouvelle, son autorité de tutelle, a souhaité répondre.
« Dans son numéro de janvier 2022, L'Histoire indique que la Bibliothèque Sainte-Geneviève "est aujourd'hui menacée faute de moyens suffisants alloués par l'autorité de tutelle, l'université Sorbonne Nouvelle. Une vraie gêne pour l'étude et la recherche mais aussi un risque pour la sécurité [...]." Ce faisant, la revue a relayé une campagne de presse diffamatoire, implicitement motivée par le passage de trois emplois sous la responsabilité hiérarchique de la Direction du patrimoine de la Sorbonne Nouvelle, tout en restant affectés au sein de la bibliothèque.
C'est justement pour que Sainte-Geneviève jouisse de la meilleure prise en charge possible de ses problèmes bâtimentaires, de sécurité notamment, que la Sorbonne Nouvelle entend mobiliser des personnels experts dotés des compétences techniques et juridiques ad hoc. De même, la Sorbonne Nouvelle n'a de cesse de réunir des moyens financiers supplémentaires pour les bibliothèques Sainte-Geneviève et Sainte-Barbe : en sus de la subvention versée chaque année pour couvrir leurs charges de fonctionnement, 11 millions pour le volet architectural de leur projet de fusion, au titre du contrat de plan État-Région et 888 000 E de subventions dans le cadre du plan de relance pour des travaux de réparation et d'entretien de Sainte-Geneviève. »
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 6[article] On va en parler - La bibliothèque Sainte-Geneviève n'est pas en péril [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 6
Mots-clés : bibliothèque Sainte-Geneviève péril Note de contenu :
Nous avions relayé dans le numéro 491 page 6 l'inquiétude d'universitaires et de chercheurs sur la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris (Ve arrondissement). Jamil Jean-Marc Dakhlia, président de l'université Sorbonne Nouvelle, son autorité de tutelle, a souhaité répondre.
« Dans son numéro de janvier 2022, L'Histoire indique que la Bibliothèque Sainte-Geneviève "est aujourd'hui menacée faute de moyens suffisants alloués par l'autorité de tutelle, l'université Sorbonne Nouvelle. Une vraie gêne pour l'étude et la recherche mais aussi un risque pour la sécurité [...]." Ce faisant, la revue a relayé une campagne de presse diffamatoire, implicitement motivée par le passage de trois emplois sous la responsabilité hiérarchique de la Direction du patrimoine de la Sorbonne Nouvelle, tout en restant affectés au sein de la bibliothèque.
C'est justement pour que Sainte-Geneviève jouisse de la meilleure prise en charge possible de ses problèmes bâtimentaires, de sécurité notamment, que la Sorbonne Nouvelle entend mobiliser des personnels experts dotés des compétences techniques et juridiques ad hoc. De même, la Sorbonne Nouvelle n'a de cesse de réunir des moyens financiers supplémentaires pour les bibliothèques Sainte-Geneviève et Sainte-Barbe : en sus de la subvention versée chaque année pour couvrir leurs charges de fonctionnement, 11 millions pour le volet architectural de leur projet de fusion, au titre du contrat de plan État-Région et 888 000 E de subventions dans le cadre du plan de relance pour des travaux de réparation et d'entretien de Sainte-Geneviève. »
On va en parler (février 2022) in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : On va en parler (février 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6-7 Langues : Français (fre) Mots-clés : INRAP portique romain Türkiye Blois Europe Lab Musée Albert-Kahn Doctorants Note de contenu :
Archéologie
L'INRAP A 20 ANS
50 000 opérations, des centaines de productions audiovisuelles, des partenariats avec 524 expositions... Depuis sa création par la loi du 17 janvier 2001, l'Institut national de recherches archéologiques préventives a joué un rôle prépondérant en effectuant des fouilles en amont des projets d'aménagement. Grâce à ses 2 200 agents, il a ainsi contribué au renouvellement de la réflexion historique française (https://www.inrap.fr).
Bavay
PORTIQUE ROMAIN
Le forum de Bagacum, dans la Gaule Belgique, était l'un des plus grands du monde romain : 240 m de long sur 110. Inscrit sur la liste des 30 sites archéologiques d'intérêt national, l'ensemble, aujourd'hui propriété du département du Nord, se dégradait. Une campagne de restauration a permis sa sauvegarde.
Toponymie
MADE IN TÜRKIYE
En anglais, l'homonymie est fâcheuse, puisque turkey signifie aussi « dinde ». Le président Erdogan veut donc imposer la dénomination Türkiye qui « représente et exprime au mieux la culture, la civilisation et les valeurs de la nation turque ». Les médias d'État et le site du ministère des Affaires étrangères ont déjà procédé au changement et l'ONU a été saisie pour obtenir l'homologation officielle.
Vandalisme
ABD-EL-KADER
Proposée par Benjamin Stora, la statue de l'icône de la résistance algérienne à la conquête française en passe d'être inaugurée à Amboise a été vandalisée le 5 février. Pourquoi Amboise ? C'est là que l'émir fut détenu entre 1848 et 1852.
Droit romain
CUJAS, L'EXPO
Né en 1522, Jacques Cujas redécouvre le droit romain et renouvelle la culture juridique européenne. Un colloque est organisé au Collège de France les 28 et 29 mars et une exposition à la bibliothèque Cujas du 28 mars au 24 juin.
Bourse de thèse
DOCTORANTS
Le 28 mars à 23 h 59 il sera trop tard : c'est la limite pour déposer une demande d'allocation de thèse en histoire militaire au ministère des Armées. Trois sont proposées, d'un montant de 10 000 €. Rens. : dpma.charge-etude.fct@intradef.gouv.fr
Euro-Lab
VIVE L'EUROPE !
L'ambition d'Euro-Lab, groupement d'intérêt scientifique : fédérer les universitaires de sciences humaines et sociales qui travaillent sur l'Union européenne. Côté français, une trentaine d'universités, grandes écoles et le CNRS sont partie prenante.
Albert-Kahn
RÉOUVERTURE
Le musée départemental Albert-Kahn rouvre ce mois-ci (cf. L'Histoire n° 487). Centré sur les « Archives de la planète », ses collections photographiques et végétales sont incomparables.
Blois
25 ANS DÉJA !
Pour leur quart de siècle, Les Rendez-vous de l'histoire souhaitent interviewer 25 jeunes de 25 ans sur ce que le festival représente pour eux. Les organisateurs cherchent des professeurs d'histoire ou des écoles, des chercheurs, des amateurs passionnés ou des étudiants. Les entretiens réalisés à Paris et en région Centre donneront lieu à des vidéos.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 6-7[article] On va en parler (février 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6-7.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 6-7
Mots-clés : INRAP portique romain Türkiye Blois Europe Lab Musée Albert-Kahn Doctorants Note de contenu :
Archéologie
L'INRAP A 20 ANS
50 000 opérations, des centaines de productions audiovisuelles, des partenariats avec 524 expositions... Depuis sa création par la loi du 17 janvier 2001, l'Institut national de recherches archéologiques préventives a joué un rôle prépondérant en effectuant des fouilles en amont des projets d'aménagement. Grâce à ses 2 200 agents, il a ainsi contribué au renouvellement de la réflexion historique française (https://www.inrap.fr).
Bavay
PORTIQUE ROMAIN
Le forum de Bagacum, dans la Gaule Belgique, était l'un des plus grands du monde romain : 240 m de long sur 110. Inscrit sur la liste des 30 sites archéologiques d'intérêt national, l'ensemble, aujourd'hui propriété du département du Nord, se dégradait. Une campagne de restauration a permis sa sauvegarde.
Toponymie
MADE IN TÜRKIYE
En anglais, l'homonymie est fâcheuse, puisque turkey signifie aussi « dinde ». Le président Erdogan veut donc imposer la dénomination Türkiye qui « représente et exprime au mieux la culture, la civilisation et les valeurs de la nation turque ». Les médias d'État et le site du ministère des Affaires étrangères ont déjà procédé au changement et l'ONU a été saisie pour obtenir l'homologation officielle.
Vandalisme
ABD-EL-KADER
Proposée par Benjamin Stora, la statue de l'icône de la résistance algérienne à la conquête française en passe d'être inaugurée à Amboise a été vandalisée le 5 février. Pourquoi Amboise ? C'est là que l'émir fut détenu entre 1848 et 1852.
Droit romain
CUJAS, L'EXPO
Né en 1522, Jacques Cujas redécouvre le droit romain et renouvelle la culture juridique européenne. Un colloque est organisé au Collège de France les 28 et 29 mars et une exposition à la bibliothèque Cujas du 28 mars au 24 juin.
Bourse de thèse
DOCTORANTS
Le 28 mars à 23 h 59 il sera trop tard : c'est la limite pour déposer une demande d'allocation de thèse en histoire militaire au ministère des Armées. Trois sont proposées, d'un montant de 10 000 €. Rens. : dpma.charge-etude.fct@intradef.gouv.fr
Euro-Lab
VIVE L'EUROPE !
L'ambition d'Euro-Lab, groupement d'intérêt scientifique : fédérer les universitaires de sciences humaines et sociales qui travaillent sur l'Union européenne. Côté français, une trentaine d'universités, grandes écoles et le CNRS sont partie prenante.
Albert-Kahn
RÉOUVERTURE
Le musée départemental Albert-Kahn rouvre ce mois-ci (cf. L'Histoire n° 487). Centré sur les « Archives de la planète », ses collections photographiques et végétales sont incomparables.
Blois
25 ANS DÉJA !
Pour leur quart de siècle, Les Rendez-vous de l'histoire souhaitent interviewer 25 jeunes de 25 ans sur ce que le festival représente pour eux. Les organisateurs cherchent des professeurs d'histoire ou des écoles, des chercheurs, des amateurs passionnés ou des étudiants. Les entretiens réalisés à Paris et en région Centre donneront lieu à des vidéos.
On va en parler - Parlez-vous français ? in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Parlez-vous français ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 7 Langues : Français (fre) Mots-clés : parler français passion Note de contenu :
Qui pourrait le croire ? La langue française continue de passionner. L'ouverture au printemps d'une Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts s'inscrit dans cette dynamique.
On connaît l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) par laquelle François Ier imposa l'usage de la langue française dans tous les actes administratifs et de justice du royaume (articles 110 et 111). Langue de l'aristocratie puis des élites bourgeoises, de la diplomatie et d'une certaine culture, le français en reçut la légitimité officielle pour surclasser le latin et les langues régionales.
Dès 2017, Emmanuel Macron, soucieux de redonner du lustre au château de Villers-Cotterêts, édifice connu mais en déshérence, avait lancé un appel à projets et confié l'année suivante au Centre des monuments nationaux le projet d'une Cité internationale de la langue française.
Après deux années de travaux retardés par la Covid-19, le parcours permanent ouvre ce printemps au public sur 1 200 m2 - les autres espaces, notamment dédiés aux expositions, à la formation et aux résidences, devraient être prêts à la fin de l'année ou début 2023.
Ce premier parcours, sous la houlette scientifique de Xavier North, Barbara Cassin, Zeev Gourarier et Hassane Kassi Kouyaté, montrera l'évolution de la langue et ses interactions avec d'autres, dans ses ambitions de « langue-monde » et aussi son importance dans la construction de l'État.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 7[article] On va en parler - Parlez-vous français ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 7.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 7
Mots-clés : parler français passion Note de contenu :
Qui pourrait le croire ? La langue française continue de passionner. L'ouverture au printemps d'une Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts s'inscrit dans cette dynamique.
On connaît l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) par laquelle François Ier imposa l'usage de la langue française dans tous les actes administratifs et de justice du royaume (articles 110 et 111). Langue de l'aristocratie puis des élites bourgeoises, de la diplomatie et d'une certaine culture, le français en reçut la légitimité officielle pour surclasser le latin et les langues régionales.
Dès 2017, Emmanuel Macron, soucieux de redonner du lustre au château de Villers-Cotterêts, édifice connu mais en déshérence, avait lancé un appel à projets et confié l'année suivante au Centre des monuments nationaux le projet d'une Cité internationale de la langue française.
Après deux années de travaux retardés par la Covid-19, le parcours permanent ouvre ce printemps au public sur 1 200 m2 - les autres espaces, notamment dédiés aux expositions, à la formation et aux résidences, devraient être prêts à la fin de l'année ou début 2023.
Ce premier parcours, sous la houlette scientifique de Xavier North, Barbara Cassin, Zeev Gourarier et Hassane Kassi Kouyaté, montrera l'évolution de la langue et ses interactions avec d'autres, dans ses ambitions de « langue-monde » et aussi son importance dans la construction de l'État.
On va en parler - Les gens in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Les gens Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : Bernardi Grimal Coquery-Vidrovitch Verger hommage Note de contenu :
Claire Bernardi
A l'Orangerie
Conservatrice en chef, spécialiste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, elle prend la direction du musée national de l'Orangerie des Tuileries.
Nicolas Grimal
Académicien
L'égyptologue, professeur honoraire au Collège de France, a été élu secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Catherine Coquery-Vidrovitch
Marraine à Blois
La grande spécialiste de l'histoire de l'Afrique est la marraine de la troisième édition du Prix lycéen du livre d'histoire.
Jacques Verger
L'Européen
A l'occasion du début de la Présidence française de l'Union européenne, Jacques Verger a prononcé une conférence en Sorbonne intitulée « Des monastères à l'université. Le Moyen Age et la première unification culturelle de l'Europe ».
Hommages
Philippe Contamine
Médiéviste et académicien, collaborateur fidèle de L'Histoire depuis 1980, Philippe Contamine est mort le 26 janvier, à 89 ans. Son dernier ouvrage, Nobles et noblesse en France, 1300-1500, est paru aux éditions du CNRS en mai 2021.
Arlette Jouanna
Spécialiste de l'histoire du protestantisme (La Saint-Barthélemy : les mystères d'un crime d'État, 24 août 1572), elle avait aussi écrit un très joli Montaigne en 2017 (les deux chez Gallimard). Elle avait collaboré à L'Histoire. Elle est morte le 29 janvier à 85 ans.
Marie-Françoise Baslez
Morte le 29 janvier à 75 ans, l'historienne de l'Antiquité était notamment l'auteure de Saint Paul (Fayard, 2012) et tout récemment L'Église à la maison. Histoire des premières communautés chrétiennes, Ier-IIIe siècle, Mulhouse, Salvator, 2021. Elle avait écrit plusieurs articles pour L'Histoire.
Hervé Robert
Spécialiste de l'orléanisme et de la vie politique au XIXe siècle, Hervé Robert est mort le 28 janvier à l'âge de 58 ans. Il est l'auteur des Princes d'Orléans. Une famille en politique au XIXe siècle (Economica, 2007) et de La Monarchie de Juillet (CNRS Éditions, 2017).
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 8[article] On va en parler - Les gens [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 8
Mots-clés : Bernardi Grimal Coquery-Vidrovitch Verger hommage Note de contenu :
Claire Bernardi
A l'Orangerie
Conservatrice en chef, spécialiste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, elle prend la direction du musée national de l'Orangerie des Tuileries.
Nicolas Grimal
Académicien
L'égyptologue, professeur honoraire au Collège de France, a été élu secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Catherine Coquery-Vidrovitch
Marraine à Blois
La grande spécialiste de l'histoire de l'Afrique est la marraine de la troisième édition du Prix lycéen du livre d'histoire.
Jacques Verger
L'Européen
A l'occasion du début de la Présidence française de l'Union européenne, Jacques Verger a prononcé une conférence en Sorbonne intitulée « Des monastères à l'université. Le Moyen Age et la première unification culturelle de l'Europe ».
Hommages
Philippe Contamine
Médiéviste et académicien, collaborateur fidèle de L'Histoire depuis 1980, Philippe Contamine est mort le 26 janvier, à 89 ans. Son dernier ouvrage, Nobles et noblesse en France, 1300-1500, est paru aux éditions du CNRS en mai 2021.
Arlette Jouanna
Spécialiste de l'histoire du protestantisme (La Saint-Barthélemy : les mystères d'un crime d'État, 24 août 1572), elle avait aussi écrit un très joli Montaigne en 2017 (les deux chez Gallimard). Elle avait collaboré à L'Histoire. Elle est morte le 29 janvier à 85 ans.
Marie-Françoise Baslez
Morte le 29 janvier à 75 ans, l'historienne de l'Antiquité était notamment l'auteure de Saint Paul (Fayard, 2012) et tout récemment L'Église à la maison. Histoire des premières communautés chrétiennes, Ier-IIIe siècle, Mulhouse, Salvator, 2021. Elle avait écrit plusieurs articles pour L'Histoire.
Hervé Robert
Spécialiste de l'orléanisme et de la vie politique au XIXe siècle, Hervé Robert est mort le 28 janvier à l'âge de 58 ans. Il est l'auteur des Princes d'Orléans. Une famille en politique au XIXe siècle (Economica, 2007) et de La Monarchie de Juillet (CNRS Éditions, 2017).
Evénement : Farnèse, Le plus beau palais du monde / Maxime Rovere in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Evénement : Farnèse, Le plus beau palais du monde Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Maxime Rovere, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 12-19 Langues : Français (fre) Mots-clés : Farnèse Rome palais ambition Note de contenu :
Ce palais gigantesque, construit à Rome et décoré par les plus grands architectes et artistes du temps comme Michel-Ange, abrite depuis la fin du XIXe siècle l'ambassade de France et l'École française de Rome. Il est en travaux jusqu'en 2025. L'occasion de retracer son histoire mouvementée.
Si Rome présente une concentration exceptionnelle de chefs-d'oeuvre chargés d'histoire, le palais Farnèse offre à son tour un condensé de Rome. Sa monumentalité, tout comme sa position entre le Tibre et la piazza Navona, en font l'un des édifices les plus admirés des touristes et des historiens. Son importance se donne à lire de bas en haut, depuis les mosaïques antiques de ses fondations (dauphins signalant des thermes romains et jeux équestres des premiers siècles de notre ère renvoyant aux écoles dans lesquelles s'entraînaient des cavaliers, probablement dans les parages du futur palais) jusqu'aux quatre coins de sa corniche signée par Michel-Ange.
Aujourd'hui des travaux de restauration sont en cours en vue de la réfection de la toiture, de la restauration de la corniche et des façades. Commencés en septembre 2021, ils donnent l'occasion de faire le point sur l'histoire de ce palais, depuis la splendeur des Farnèse jusqu'à l'activité des deux in ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 12-19[article] Evénement : Farnèse, Le plus beau palais du monde [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Maxime Rovere, Auteur . - 2022 . - p. 12-19.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 12-19
Mots-clés : Farnèse Rome palais ambition Note de contenu :
Ce palais gigantesque, construit à Rome et décoré par les plus grands architectes et artistes du temps comme Michel-Ange, abrite depuis la fin du XIXe siècle l'ambassade de France et l'École française de Rome. Il est en travaux jusqu'en 2025. L'occasion de retracer son histoire mouvementée.
Si Rome présente une concentration exceptionnelle de chefs-d'oeuvre chargés d'histoire, le palais Farnèse offre à son tour un condensé de Rome. Sa monumentalité, tout comme sa position entre le Tibre et la piazza Navona, en font l'un des édifices les plus admirés des touristes et des historiens. Son importance se donne à lire de bas en haut, depuis les mosaïques antiques de ses fondations (dauphins signalant des thermes romains et jeux équestres des premiers siècles de notre ère renvoyant aux écoles dans lesquelles s'entraînaient des cavaliers, probablement dans les parages du futur palais) jusqu'aux quatre coins de sa corniche signée par Michel-Ange.
Aujourd'hui des travaux de restauration sont en cours en vue de la réfection de la toiture, de la restauration de la corniche et des façades. Commencés en septembre 2021, ils donnent l'occasion de faire le point sur l'histoire de ce palais, depuis la splendeur des Farnèse jusqu'à l'activité des deux in ...
Actualité : Le calvaire des envieux / Georges Vigarello in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Actualité : Le calvaire des envieux Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Georges Vigarello (1941-....), Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 20-21 Langues : Français (fre) Mots-clés : envieux vice péché art Note de contenu :
Du péché capital à la passion dévorante, André Rauch, en historien des sensibilités, analyse l'évolution de l'envie.
Rien de plus a-historique, apparemment, que l'envie, affect clairement désigné par les Pères de l'Église, tourment traversant le temps, rongeant les âmes et morfondant les corps. Rien de plus historique pourtant, rien de plus dépendant de mutations décisives : celles de la conscience, celles du social, celles du milieu, qu'elles éclairent elles-mêmes, à leur tour. Ce que montre André Rauch, avec force, dans son tout récent livre, lui qui avait déjà brillamment exploré la paresse et la luxure, autres « transgressions » traditionnelles.
C'est au coeur du péché d'abord qu'existe l'envie à l'orée de nos sociétés occidentales, c'est au coeur du religieux que se disent ses désordres possibles, ses calculs, ses dangers. Une telle passion, désir lancinant d'avoir ce que l'autre possède, facteur constant d'hostilité, blesse les valeurs premières de l'Évangile, celles qui fondent la société médiévale : l'amour du prochain, l'unité chrétienne, la paix avec Dieu. Risque ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 20-21[article] Actualité : Le calvaire des envieux [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Georges Vigarello (1941-....), Auteur . - 2022 . - p. 20-21.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 20-21
Mots-clés : envieux vice péché art Note de contenu :
Du péché capital à la passion dévorante, André Rauch, en historien des sensibilités, analyse l'évolution de l'envie.
Rien de plus a-historique, apparemment, que l'envie, affect clairement désigné par les Pères de l'Église, tourment traversant le temps, rongeant les âmes et morfondant les corps. Rien de plus historique pourtant, rien de plus dépendant de mutations décisives : celles de la conscience, celles du social, celles du milieu, qu'elles éclairent elles-mêmes, à leur tour. Ce que montre André Rauch, avec force, dans son tout récent livre, lui qui avait déjà brillamment exploré la paresse et la luxure, autres « transgressions » traditionnelles.
C'est au coeur du péché d'abord qu'existe l'envie à l'orée de nos sociétés occidentales, c'est au coeur du religieux que se disent ses désordres possibles, ses calculs, ses dangers. Une telle passion, désir lancinant d'avoir ce que l'autre possède, facteur constant d'hostilité, blesse les valeurs premières de l'Évangile, celles qui fondent la société médiévale : l'amour du prochain, l'unité chrétienne, la paix avec Dieu. Risque ...
Actualité : Qui contrôle les ministres du culte ? / Christophe Bellon in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Actualité : Qui contrôle les ministres du culte ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Christophe Bellon, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 22-23 Langues : Français (fre) Mots-clés : ministres culte concordat séparation églises états Note de contenu :
La loi du 24 août 2021 a reposé la question d'un contrôle du gouvernement sur la formation des ministres du cultes. Permis sous le Concordat, il ne va pas sans problèmes en régime de séparation.
Al'issue d'un processus législatif laborieux, le Parlement a adopté le 23 juillet 2021 le projet de loi confortant les principes de la République, rapidement surnommé « loi sur les séparatismes » et promulgué le 24 août. Un des objectifs du gouvernement : infléchir la législation sur les cultes et instaurer un contrôle plus strict des associations cultuelles et des activités religieuses en général. Une volonté motivée par des raisons de sécurité publique, notamment par les agissements des islamistes, à la suite des attentats terroristes de ces dernières années.
Selon le principe constitutionnel d'égalité, les nouvelles dispositions ne s'appliquent pas seulement au culte musulman, mais bien à toutes les religions. Dans ce contexte, les préoccupations d'ordre public conduisent à s'interroger sur la nécessité d'un contrôle de la formation des ministres du culte.
Un tel contrôle a déjà été exercé en France - conséquence de la conception des rapports entr ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 22-23[article] Actualité : Qui contrôle les ministres du culte ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Christophe Bellon, Auteur . - 2022 . - p. 22-23.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 22-23
Mots-clés : ministres culte concordat séparation églises états Note de contenu :
La loi du 24 août 2021 a reposé la question d'un contrôle du gouvernement sur la formation des ministres du cultes. Permis sous le Concordat, il ne va pas sans problèmes en régime de séparation.
Al'issue d'un processus législatif laborieux, le Parlement a adopté le 23 juillet 2021 le projet de loi confortant les principes de la République, rapidement surnommé « loi sur les séparatismes » et promulgué le 24 août. Un des objectifs du gouvernement : infléchir la législation sur les cultes et instaurer un contrôle plus strict des associations cultuelles et des activités religieuses en général. Une volonté motivée par des raisons de sécurité publique, notamment par les agissements des islamistes, à la suite des attentats terroristes de ces dernières années.
Selon le principe constitutionnel d'égalité, les nouvelles dispositions ne s'appliquent pas seulement au culte musulman, mais bien à toutes les religions. Dans ce contexte, les préoccupations d'ordre public conduisent à s'interroger sur la nécessité d'un contrôle de la formation des ministres du culte.
Un tel contrôle a déjà été exercé en France - conséquence de la conception des rapports entr ...
Actualité : Montaigne face à la peste / Stéphane Barry in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Actualité : Montaigne face à la peste Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Stéphane Barry, Auteur ; Marie Fauré, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 24-25 Langues : Français (fre) Mots-clés : Montaigne peste épidémie impuissant Note de contenu :
Maire de Bordeaux, l’auteur des Essais aurait abandonné sa ville en pleine épidémie. Explications.
Michel de Montaigne a exercé la charge de maire de Bordeaux à deux reprises : de 1581 à 1583 puis de 1583 à 15851. Relais entre le représentant du roi et la cité, il ne ménage pas ses efforts pour préserver au mieux la ville des menaces de guerre qui s’amoncellent entre catholiques et protestants. S’il croise la peste à de nombreuses reprises comme en 1563 à Bordeaux ou lors de son voyage en Allemagne et en Italie en 1580-1581, la grande confrontation entre l’homme et la maladie a lieu en 15852, alors qu’il achève son second mandat.
Le 30 juillet 1585, Montaigne se trouve à Libourne sans doute pour rencontrer Matignon, le représentant du roi en Guyenne depuis 1584, un homme qu’il connaît très bien, à l’initiative de sa réélection comme maire en 1583. A cette occasion, il prend officiellement connaissance d’une invitation des jurats bordelais, qui gèrent la cité avec le maire, à participer à l’élection de son successeur. Mais il apprend aussi les ravages ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 24-25[article] Actualité : Montaigne face à la peste [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Stéphane Barry, Auteur ; Marie Fauré, Auteur . - 2022 . - p. 24-25.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 24-25
Mots-clés : Montaigne peste épidémie impuissant Note de contenu :
Maire de Bordeaux, l’auteur des Essais aurait abandonné sa ville en pleine épidémie. Explications.
Michel de Montaigne a exercé la charge de maire de Bordeaux à deux reprises : de 1581 à 1583 puis de 1583 à 15851. Relais entre le représentant du roi et la cité, il ne ménage pas ses efforts pour préserver au mieux la ville des menaces de guerre qui s’amoncellent entre catholiques et protestants. S’il croise la peste à de nombreuses reprises comme en 1563 à Bordeaux ou lors de son voyage en Allemagne et en Italie en 1580-1581, la grande confrontation entre l’homme et la maladie a lieu en 15852, alors qu’il achève son second mandat.
Le 30 juillet 1585, Montaigne se trouve à Libourne sans doute pour rencontrer Matignon, le représentant du roi en Guyenne depuis 1584, un homme qu’il connaît très bien, à l’initiative de sa réélection comme maire en 1583. A cette occasion, il prend officiellement connaissance d’une invitation des jurats bordelais, qui gèrent la cité avec le maire, à participer à l’élection de son successeur. Mais il apprend aussi les ravages ...
Actualité : La Passion selon Pasolini / Claude Aziza in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Actualité : La Passion selon Pasolini Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Claude Aziza, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 26-27 Langues : Français (fre) Mots-clés : Pasolini passion lutte alliance cinéaste Note de contenu :
Le cinéaste italien aurait eu 100 ans le 5 mars 2022. Retour sur son Évangile selon saint Matthieu réalisé en 1964. Pourquoi Matthieu ?
Si le récit de la Passion du Christ est sans cesse représenté dans le cinéma muet, après la boucherie sanglante que fut la Première Guerre mondiale, le sentiment religieux ne fera plus recette. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que la Passion prend d'autres couleurs. D'abord à Hollywood, avec les chromos sulpiciens en couleur et en cinémascope, comme Le Roi des rois de Nicolas Ray (1961) ou La Plus Grande Histoire jamais contée de George Stevens (1965). Ensuite, avec d'ambitieuses tentatives italiennes : L'Évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini (1964), Le Messie de Roberto Rossellini (1976) ou Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli (1977). Puis, plus tard encore, deux oeuvres majeures : La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese (1988) et Jésus de Montréal de Denys Arcand (1989). Enfin, en 2004, Mel Gibson réalise La Passion du Christ. Mais aucune de ces ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 26-27[article] Actualité : La Passion selon Pasolini [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Claude Aziza, Auteur . - 2022 . - p. 26-27.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 26-27
Mots-clés : Pasolini passion lutte alliance cinéaste Note de contenu :
Le cinéaste italien aurait eu 100 ans le 5 mars 2022. Retour sur son Évangile selon saint Matthieu réalisé en 1964. Pourquoi Matthieu ?
Si le récit de la Passion du Christ est sans cesse représenté dans le cinéma muet, après la boucherie sanglante que fut la Première Guerre mondiale, le sentiment religieux ne fera plus recette. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que la Passion prend d'autres couleurs. D'abord à Hollywood, avec les chromos sulpiciens en couleur et en cinémascope, comme Le Roi des rois de Nicolas Ray (1961) ou La Plus Grande Histoire jamais contée de George Stevens (1965). Ensuite, avec d'ambitieuses tentatives italiennes : L'Évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini (1964), Le Messie de Roberto Rossellini (1976) ou Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli (1977). Puis, plus tard encore, deux oeuvres majeures : La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese (1988) et Jésus de Montréal de Denys Arcand (1989). Enfin, en 2004, Mel Gibson réalise La Passion du Christ. Mais aucune de ces ...
Dossier : La fabrique des races in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 28-75 Langues : Français (fre) Mots-clés : races sang pureté racisme catégorie Note de contenu : Du XVIe au XXe siècle, la division de l'humanité en races hiérarchisées devient progressivement une évidence savante.
Ces théories raciales ont des racines anciennes, mais c'est au cours de ces cinq siècles qu'elles en viennent à jouer un rôle déterminant dans les identités collectives, dans la traite esclavagiste, la colonisation et jusqu'aux crimes génocidaires du XXe siècle.
La matrice
Les racines
La science et ses dérivés
A l'épreuve du monde
Une histoire actuelle
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 28-75[article] Dossier : La fabrique des races [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 28-75.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 28-75
Mots-clés : races sang pureté racisme catégorie Note de contenu : Du XVIe au XXe siècle, la division de l'humanité en races hiérarchisées devient progressivement une évidence savante.
Ces théories raciales ont des racines anciennes, mais c'est au cours de ces cinq siècles qu'elles en viennent à jouer un rôle déterminant dans les identités collectives, dans la traite esclavagiste, la colonisation et jusqu'aux crimes génocidaires du XXe siècle.
La matrice
Les racines
La science et ses dérivés
A l'épreuve du monde
Une histoire actuelleDossier : La fabrique des races - La matrice : L'Euope, XVe-XVIIIe siècle / Jean-Frédéric Schaub in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La matrice : L'Euope, XVe-XVIIIe siècle : L'invention d'un système racial Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Frédéric Schaub, Auteur ; Silvia Sebastiani, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 30-33 Langues : Français (fre) Mots-clés : races système sang homme Note de contenu : Du Moyen Age aux Lumières, les sociétés européennes ont identifié des populations comme des réalités naturelles. Elles ont cherché à dévoiler ou à forger des différences, s'appuyant sur des signes invisibles ou aussi visibles que la couleur de la peau. Chemin faisant, des formes extrêmes d'exploitation des hommes ont conduit à leur animalisation.
Les historiens proposent plusieurs lectures et chronologies des processus de racialisation dans les sociétés du passé. Toutefois, ils s'accordent sur un point : la définition raciale des différences a toujours pour objectif de conférer un fondement naturel aux distinctions sociales.
Concernant l'Europe et ses colonies à l'Époque moderne, la naturalisation des identités politiques, sociales ou culturelles s'est déployée dans des pays où dominait, presque sans partage, la foi chrétienne, religion de l'Incarnation. En effet, le Fils de Dieu s'étant fait homme, comme le Verbe se fait chair, dans le cadre de la chrétienté, ce qui relève du corps et ce qui relève de l'esprit ne peut correspondre à deux dimensions séparées de l'existence. La spiritualité s'imprime dans le corps, autant que celui-ci véhicule celle-là. On comprend, dès lors, que l'on ait pu associer à différents types de corps différentes qualités spirituelles, politiques, sociales ou culturelles.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 30-33[article] Dossier : La fabrique des races - La matrice : L'Euope, XVe-XVIIIe siècle : L'invention d'un système racial [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Frédéric Schaub, Auteur ; Silvia Sebastiani, Auteur . - 2022 . - p. 30-33.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 30-33
Mots-clés : races système sang homme Note de contenu : Du Moyen Age aux Lumières, les sociétés européennes ont identifié des populations comme des réalités naturelles. Elles ont cherché à dévoiler ou à forger des différences, s'appuyant sur des signes invisibles ou aussi visibles que la couleur de la peau. Chemin faisant, des formes extrêmes d'exploitation des hommes ont conduit à leur animalisation.
Les historiens proposent plusieurs lectures et chronologies des processus de racialisation dans les sociétés du passé. Toutefois, ils s'accordent sur un point : la définition raciale des différences a toujours pour objectif de conférer un fondement naturel aux distinctions sociales.
Concernant l'Europe et ses colonies à l'Époque moderne, la naturalisation des identités politiques, sociales ou culturelles s'est déployée dans des pays où dominait, presque sans partage, la foi chrétienne, religion de l'Incarnation. En effet, le Fils de Dieu s'étant fait homme, comme le Verbe se fait chair, dans le cadre de la chrétienté, ce qui relève du corps et ce qui relève de l'esprit ne peut correspondre à deux dimensions séparées de l'existence. La spiritualité s'imprime dans le corps, autant que celui-ci véhicule celle-là. On comprend, dès lors, que l'on ait pu associer à différents types de corps différentes qualités spirituelles, politiques, sociales ou culturelles.Dossier : La fabrique des races - La matrice : Esclavage et racisme : la poule et l'oeuf / Domitille Gavriloff de in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La matrice : Esclavage et racisme : la poule et l'oeuf Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Domitille Gavriloff de, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 34-38 Langues : Français (fre) Mots-clés : races esclavage racisme Note de contenu : Les historiens débattent pour savoir ce qui, du racisme ou de l'esclavage, est premier.
En 1944 l'historien trinidadien Eric Williams affirmait dans un ouvrage désormais classique : « L'esclavage n'est pas né du racisme, le racisme a été plutôt la conséquence de l'esclavage. » La controverse était lancée. Désignée sous le vocable du « chicken-and-egg debate » (débat de la poule et de l'oeuf), elle divise durablement les historiens nord-américains dans le contexte des luttes pour l'égalité des droits civiques aux États-Unis. De deux choses l'une : soit les nécessités économiques liées au système esclavagiste ont conduit à l'élaboration de préjugés racistes visant à justifier a posteriori l'exploitation des Africains, soit le racisme explique l'émergence de sociétés esclavagistes sur le sol nord-américain.
Jusqu'à la fin des années 1950, c'est la thèse de l'esclavage comme cause du racisme qui domine. Ses défenseurs soulignent que, au cours des premières décennies de la colonisation anglaise en Amérique du Nord et dans la Caraïbe, la ma ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 34-38[article] Dossier : La fabrique des races - La matrice : Esclavage et racisme : la poule et l'oeuf [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Domitille Gavriloff de, Auteur . - 2022 . - p. 34-38.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 34-38
Mots-clés : races esclavage racisme Note de contenu : Les historiens débattent pour savoir ce qui, du racisme ou de l'esclavage, est premier.
En 1944 l'historien trinidadien Eric Williams affirmait dans un ouvrage désormais classique : « L'esclavage n'est pas né du racisme, le racisme a été plutôt la conséquence de l'esclavage. » La controverse était lancée. Désignée sous le vocable du « chicken-and-egg debate » (débat de la poule et de l'oeuf), elle divise durablement les historiens nord-américains dans le contexte des luttes pour l'égalité des droits civiques aux États-Unis. De deux choses l'une : soit les nécessités économiques liées au système esclavagiste ont conduit à l'élaboration de préjugés racistes visant à justifier a posteriori l'exploitation des Africains, soit le racisme explique l'émergence de sociétés esclavagistes sur le sol nord-américain.
Jusqu'à la fin des années 1950, c'est la thèse de l'esclavage comme cause du racisme qui domine. Ses défenseurs soulignent que, au cours des premières décennies de la colonisation anglaise en Amérique du Nord et dans la Caraïbe, la ma ...
Dossier : La fabrique des races - La matrice : Europe, XVe-XVIIIe siècle - L'invention d'un système racial / Jean-Frédéric Schaub in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La matrice : Europe, XVe-XVIIIe siècle - L'invention d'un système racial Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Frédéric Schaub, Auteur ; Silvia Sebastiani, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 30-33 Langues : Français (fre) Mots-clés : races sang pureté généalogie Note de contenu :
Du Moyen Age aux Lumières, les sociétés européennes ont identifié des populations comme des réalités naturelles. Elles ont cherché à dévoiler ou à forger des différences, s'appuyant sur des signes invisibles ou aussi visibles que la couleur de la peau. Chemin faisant, des formes extrêmes d'exploitation des hommes ont conduit à leur animalisation.
Les historiens proposent plusieurs lectures et chronologies des processus de racialisation dans les sociétés du passé. Toutefois, ils s'accordent sur un point : la définition raciale des différences a toujours pour objectif de conférer un fondement naturel aux distinctions sociales.
Concernant l'Europe et ses colonies à l'Époque moderne, la naturalisation des identités politiques, sociales ou culturelles s'est déployée dans des pays où dominait, presque sans partage, la foi chrétienne, religion de l'Incarnation. En effet, le Fils de Dieu s'étant fait homme, comme le Verbe se fait chair, dans le cadre de la chrétienté, ce qui relève du corps et ce qui relève de l'esprit ne peut correspondre à deux dimensions séparées de l'existence. La spiritualité s'imprime dans le corps, autant que celui-ci véhicule celle-là. On comprend, dès lors, que l'on ait pu associer à différents types de corps différentes qualités spirituelles, politiques, sociales ou culturelles.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 30-33[article] Dossier : La fabrique des races - La matrice : Europe, XVe-XVIIIe siècle - L'invention d'un système racial [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Frédéric Schaub, Auteur ; Silvia Sebastiani, Auteur . - 2022 . - p. 30-33.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 30-33
Mots-clés : races sang pureté généalogie Note de contenu :
Du Moyen Age aux Lumières, les sociétés européennes ont identifié des populations comme des réalités naturelles. Elles ont cherché à dévoiler ou à forger des différences, s'appuyant sur des signes invisibles ou aussi visibles que la couleur de la peau. Chemin faisant, des formes extrêmes d'exploitation des hommes ont conduit à leur animalisation.
Les historiens proposent plusieurs lectures et chronologies des processus de racialisation dans les sociétés du passé. Toutefois, ils s'accordent sur un point : la définition raciale des différences a toujours pour objectif de conférer un fondement naturel aux distinctions sociales.
Concernant l'Europe et ses colonies à l'Époque moderne, la naturalisation des identités politiques, sociales ou culturelles s'est déployée dans des pays où dominait, presque sans partage, la foi chrétienne, religion de l'Incarnation. En effet, le Fils de Dieu s'étant fait homme, comme le Verbe se fait chair, dans le cadre de la chrétienté, ce qui relève du corps et ce qui relève de l'esprit ne peut correspondre à deux dimensions séparées de l'existence. La spiritualité s'imprime dans le corps, autant que celui-ci véhicule celle-là. On comprend, dès lors, que l'on ait pu associer à différents types de corps différentes qualités spirituelles, politiques, sociales ou culturelles.Dossier : La fabrique des races - Les racines : « Pas de catégories raciales cohérentes » / Paulin Ismard in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
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Titre : Dossier : La fabrique des races - Les racines : « Pas de catégories raciales cohérentes » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Paulin Ismard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 42-43 Langues : Français (fre) Mots-clés : races racines catégorie Note de contenu : A qualifier de « race » des formes d'ethnicité dans l'Antiquité, on risque de diluer la singularité historique du fait racial.
Les notions de race et de racisme ont, depuis plusieurs années, fait leur entrée dans le lexique scientifique d'une partie des historiens des mondes grec et romain. Il est certes indéniable que l'invocation de la Grèce classique et de la Rome antique a donné lieu aux pires récupérations, alimentant depuis le XVIIIe siècle les discours les plus réactionnaires au sujet de la supériorité de la civilisation occidentale - et, plus singulièrement encore, dans le contexte des Amériques, le suprématisme blanc. Il s'en faut de peu pour que certains en viennent à imputer l'origine du racisme en Occident au monde gréco-romain. Le raisonnement est assurément simpliste. Est-il pertinent d'appliquer le concept de race aux sociétés méditerranéennes antiques ?
Le débat est d'autant plus vif parmi les historiens que la race fait l'objet de définitions antagonistes, qui sont rarement explicitées. Si l'on considère d'une part que la race implique la croyance dans la transmission intergénératio ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 42-43[article] Dossier : La fabrique des races - Les racines : « Pas de catégories raciales cohérentes » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Paulin Ismard, Auteur . - 2022 . - p. 42-43.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 42-43
Mots-clés : races racines catégorie Note de contenu : A qualifier de « race » des formes d'ethnicité dans l'Antiquité, on risque de diluer la singularité historique du fait racial.
Les notions de race et de racisme ont, depuis plusieurs années, fait leur entrée dans le lexique scientifique d'une partie des historiens des mondes grec et romain. Il est certes indéniable que l'invocation de la Grèce classique et de la Rome antique a donné lieu aux pires récupérations, alimentant depuis le XVIIIe siècle les discours les plus réactionnaires au sujet de la supériorité de la civilisation occidentale - et, plus singulièrement encore, dans le contexte des Amériques, le suprématisme blanc. Il s'en faut de peu pour que certains en viennent à imputer l'origine du racisme en Occident au monde gréco-romain. Le raisonnement est assurément simpliste. Est-il pertinent d'appliquer le concept de race aux sociétés méditerranéennes antiques ?
Le débat est d'autant plus vif parmi les historiens que la race fait l'objet de définitions antagonistes, qui sont rarement explicitées. Si l'on considère d'une part que la race implique la croyance dans la transmission intergénératio ...
Dossier : La fabrique des races - Les racines : Athènes : un racisme avant les races ? / Benjamin Isaac in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
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Titre : Dossier : La fabrique des races - Les racines : Athènes : un racisme avant les races ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Benjamin Isaac, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 40-42 Langues : Français (fre) Mots-clés : races racisme esclaves Note de contenu :
Jusqu'où est-il pertinent de faire remonter l'histoire de la race et du racisme ? Jusqu'à l'Antiquité grecque, selon Benjamin Isaac. Une position iconoclaste qui nourrit un véritable débat.
Aucun terme ne désigne, en grec ni en latin, le « racisme », le « préjugé » ou la « discrimination ». Seul le terme « Barbares » véhicule, avec force, une image négative des non-Grecs. Aussi a-t-on longtemps admis que le racisme à proprement parler n'était apparu qu'à l'Époque moderne, et qu'aucune haine raciale n'avait existé dans le monde ancien. Les préjugés qui existaient alors étaient, pensait-on, des préjugés ethniques ou culturels, mais pas racistes. Le racisme n'existait certes pas, dans l'Antiquité classique, sous la forme moderne d'un déterminisme biologique. Pourtant, certains traits caractéristiques du racisme se trouvent déjà dans les textes de la littérature antique, et les lectures qui en ont été faites à des périodes ultérieures de l'histoire occidentale leur ont conféré, sous différentes formes, une influence qu'il ne faut pas négliger.
On peut résumer le racisme aux grands traits suivants. 1) L'essentialisme : tous les individus appartenant à un groupe se v ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 40-42[article] Dossier : La fabrique des races - Les racines : Athènes : un racisme avant les races ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Benjamin Isaac, Auteur . - 2022 . - p. 40-42.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 40-42
Mots-clés : races racisme esclaves Note de contenu :
Jusqu'où est-il pertinent de faire remonter l'histoire de la race et du racisme ? Jusqu'à l'Antiquité grecque, selon Benjamin Isaac. Une position iconoclaste qui nourrit un véritable débat.
Aucun terme ne désigne, en grec ni en latin, le « racisme », le « préjugé » ou la « discrimination ». Seul le terme « Barbares » véhicule, avec force, une image négative des non-Grecs. Aussi a-t-on longtemps admis que le racisme à proprement parler n'était apparu qu'à l'Époque moderne, et qu'aucune haine raciale n'avait existé dans le monde ancien. Les préjugés qui existaient alors étaient, pensait-on, des préjugés ethniques ou culturels, mais pas racistes. Le racisme n'existait certes pas, dans l'Antiquité classique, sous la forme moderne d'un déterminisme biologique. Pourtant, certains traits caractéristiques du racisme se trouvent déjà dans les textes de la littérature antique, et les lectures qui en ont été faites à des périodes ultérieures de l'histoire occidentale leur ont conféré, sous différentes formes, une influence qu'il ne faut pas négliger.
On peut résumer le racisme aux grands traits suivants. 1) L'essentialisme : tous les individus appartenant à un groupe se v ...
Dossier : La fabrique des races - Les racines : Des peuples et des couleurs / Julien Loiseau in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - Les racines : Des peuples et des couleurs Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Julien Loiseau, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 44-47 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple couleurs islam Note de contenu : L'Islam médiéval n'a pas ignoré le Noir et le Blanc. Mais l'économie de l'esclavage qui y a cours montre que les préjugés ethniques sur les peuples l'emportaient sur le déterminisme phénotypique.
Lorsqu'il fut envoyé prendre de la terre la matière d'Adam, l'ange de la mort la ramassa à la surface de la Terre, et il en fit un mélange et il ne la prit point en un seul lieu ; il en ramassa de la rouge, il en ramassa de la blanche et de la noire, et voilà pourquoi les êtres humains sont de diverses couleurs. »
Selon cette tradition, dont l'historien et exégète Al-Tabari (mort en 923) fait remonter l'autorité à Ibn Abbas (mort vers 688), cousin du fondateur de l'islam et transmetteur respecté des plus anciennes traditions musulmanes, la diversité phénotypique de l'humanité fut, au moment de la Création, inscrite dans le corps même du père de tous les hommes. Ce récit de l'origine des races humaines, définies par la couleur de la peau et sans hiérarchie entre elles, résume l'une des façons dont la culture islamique médiévale a pensé la diversité de l'humanité. Ce ne fut cependant pas la seule ni sans doute la plus répandue.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 44-47[article] Dossier : La fabrique des races - Les racines : Des peuples et des couleurs [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Julien Loiseau, Auteur . - 2022 . - p. 44-47.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 44-47
Mots-clés : races peuple couleurs islam Note de contenu : L'Islam médiéval n'a pas ignoré le Noir et le Blanc. Mais l'économie de l'esclavage qui y a cours montre que les préjugés ethniques sur les peuples l'emportaient sur le déterminisme phénotypique.
Lorsqu'il fut envoyé prendre de la terre la matière d'Adam, l'ange de la mort la ramassa à la surface de la Terre, et il en fit un mélange et il ne la prit point en un seul lieu ; il en ramassa de la rouge, il en ramassa de la blanche et de la noire, et voilà pourquoi les êtres humains sont de diverses couleurs. »
Selon cette tradition, dont l'historien et exégète Al-Tabari (mort en 923) fait remonter l'autorité à Ibn Abbas (mort vers 688), cousin du fondateur de l'islam et transmetteur respecté des plus anciennes traditions musulmanes, la diversité phénotypique de l'humanité fut, au moment de la Création, inscrite dans le corps même du père de tous les hommes. Ce récit de l'origine des races humaines, définies par la couleur de la peau et sans hiérarchie entre elles, résume l'une des façons dont la culture islamique médiévale a pensé la diversité de l'humanité. Ce ne fut cependant pas la seule ni sans doute la plus répandue.Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - La faute à l'anthropologie ? / Claude Blanckaert in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - La faute à l'anthropologie ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Claude Blanckaert, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 48-53 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple anthropologie histoire Note de contenu :
A la fin du XVIIIe siècle l'anthropologie se constitue comme « histoire naturelle de l'homme », avec l'ambition d'expliquer la diversité de l'espèce humaine. Les anthropologues vont alors s'attacher à définir des races « scientifiquement ». Mais les débats font rage.
L'Histoire : Comment est née l'idée de classer les hommes comme on classe les animaux ?
Claude Blanckaert : L'un des grands projets intellectuels de l'époque des Lumières, qui se prolonge au XIXe siècle, est celui d'une « histoire naturelle de l'homme » (longtemps équivalent d'« anthropologie »), qui intègre l'homme dans l'économie globale de la création et entreprend de mettre en ordre la bigarrure de son espèce.
Pour décrire cette bigarrure, dont on a progressivement pris conscience en découvrant de nouveaux continents (et les populations qui les habitaient), deux options s'opposent au XVIIIe siècle : celle, nominaliste, de Georges Louis Buffon, contre celle, classificatoire, de Carl von Linné (cf. p. 30). Le XIXe siècle choisira Linné contre Buffon et classera toute la nature obsessionnellement.
Il faut insister, d'emblée, sur un point trop souvent négligé dans l'histoire de ce projet intellectuel : l'ant ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 48-53[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - La faute à l'anthropologie ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Claude Blanckaert, Auteur . - 2022 . - p. 48-53.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 48-53
Mots-clés : races peuple anthropologie histoire Note de contenu :
A la fin du XVIIIe siècle l'anthropologie se constitue comme « histoire naturelle de l'homme », avec l'ambition d'expliquer la diversité de l'espèce humaine. Les anthropologues vont alors s'attacher à définir des races « scientifiquement ». Mais les débats font rage.
L'Histoire : Comment est née l'idée de classer les hommes comme on classe les animaux ?
Claude Blanckaert : L'un des grands projets intellectuels de l'époque des Lumières, qui se prolonge au XIXe siècle, est celui d'une « histoire naturelle de l'homme » (longtemps équivalent d'« anthropologie »), qui intègre l'homme dans l'économie globale de la création et entreprend de mettre en ordre la bigarrure de son espèce.
Pour décrire cette bigarrure, dont on a progressivement pris conscience en découvrant de nouveaux continents (et les populations qui les habitaient), deux options s'opposent au XVIIIe siècle : celle, nominaliste, de Georges Louis Buffon, contre celle, classificatoire, de Carl von Linné (cf. p. 30). Le XIXe siècle choisira Linné contre Buffon et classera toute la nature obsessionnellement.
Il faut insister, d'emblée, sur un point trop souvent négligé dans l'histoire de ce projet intellectuel : l'ant ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Du côté des médecins - Pourquoi les Chinois supportent la douleur / Clément Fabre in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Du côté des médecins - Pourquoi les Chinois supportent la douleur Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 54-57 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple douleur médecin Chinois sensibilité Note de contenu : Les médecins du XIXe siècle ont contribué à définir les différences raciales. Mais quelle influence la race avait-elle dans leur pratique quotidienne ?
Il est généralement admis que les Célestes [les Chinois] ont une sensibilité très médiocre et une absence complète de nerfs. » Cette conviction, dont le journaliste Jean Rodes explique en 1923 qu'elle est « passée à l'état d'axiome », c'est à des médecins qu'il l'emprunte. Certains des médecins militaires, notamment, déployés en Chine par le Quai d'Orsay, confèrent à ce stéréotype un caractère d'évidence, en en faisant au tournant du XXe siècle une clé de lecture de la société chinoise tout entière. Jean-Jacques Matignon, médecin de la légation française à Pékin dans les années 1890, explique par ce défaut de nerfs aussi bien l'indifférence à la mort et la fréquence du suicide en Chine que la cruauté des Chinois et leur « hystérie » même, dont il veut pour exemple les violences des Boxers en
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 54-57[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Du côté des médecins - Pourquoi les Chinois supportent la douleur [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Auteur . - 2022 . - p. 54-57.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 54-57
Mots-clés : races peuple douleur médecin Chinois sensibilité Note de contenu : Les médecins du XIXe siècle ont contribué à définir les différences raciales. Mais quelle influence la race avait-elle dans leur pratique quotidienne ?
Il est généralement admis que les Célestes [les Chinois] ont une sensibilité très médiocre et une absence complète de nerfs. » Cette conviction, dont le journaliste Jean Rodes explique en 1923 qu'elle est « passée à l'état d'axiome », c'est à des médecins qu'il l'emprunte. Certains des médecins militaires, notamment, déployés en Chine par le Quai d'Orsay, confèrent à ce stéréotype un caractère d'évidence, en en faisant au tournant du XXe siècle une clé de lecture de la société chinoise tout entière. Jean-Jacques Matignon, médecin de la légation française à Pékin dans les années 1890, explique par ce défaut de nerfs aussi bien l'indifférence à la mort et la fréquence du suicide en Chine que la cruauté des Chinois et leur « hystérie » même, dont il veut pour exemple les violences des Boxers en
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Antisémitisme - A la recherche de la "race juive" / Annette WIEVIORKA in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Antisémitisme - A la recherche de la "race juive" Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Annette WIEVIORKA, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 58-61 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple antisémitisme recherche généalogie Note de contenu : L'antijudaïsme, cette hostilité traditionnelle des chrétiens à l'encontre des Juifs responsables de la mort du Christ, s'est mué au XIXe siècle en antisémitisme, un racisme moderne fondé sur la généalogie qui fut théorisé jusqu'à l'extrême sous le IIIe Reich.
L'antisémitisme est un racisme, même si le terme, quand il est forgé à la fin du XIXe siècle, ne se réfère pas à la « race » mais à la langue. Le préfixe « anti » est alors accolé à l'épithète « sémitisme », de Sem, l'un des trois fils de Noé, ancêtre des peuples sémites définis ici par leur langue, l'arabe ou l'hébreu. Le terme « sémite » fut, lui, inventé par le linguiste de Göttingen August Ludwig Schlözer en 17811. La première occurrence du mot « antisémitisme », et la seule pendant près de deux décennies, se trouve quant à elle en 1860 sous la plume d'un grand savant orientaliste, le Juif morave Moritz Steinschneider, pour désigner la vision dépréciative des sémites d'Ernest Renan.
Le terme est ensuite repris ou réinventé par le journaliste allemand Wilhelm Marr quand il crée en 1879 sa Ligue antisémite et publie La Victoire de la judéité sur la germanité. Le mot s'acclimate alors au sein du monde germanique dans le contexte des années 1880, puis migre dans d'a ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 58-61[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Antisémitisme - A la recherche de la "race juive" [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Annette WIEVIORKA, Auteur . - 2022 . - p. 58-61.
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in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 58-61
Mots-clés : races peuple antisémitisme recherche généalogie Note de contenu : L'antijudaïsme, cette hostilité traditionnelle des chrétiens à l'encontre des Juifs responsables de la mort du Christ, s'est mué au XIXe siècle en antisémitisme, un racisme moderne fondé sur la généalogie qui fut théorisé jusqu'à l'extrême sous le IIIe Reich.
L'antisémitisme est un racisme, même si le terme, quand il est forgé à la fin du XIXe siècle, ne se réfère pas à la « race » mais à la langue. Le préfixe « anti » est alors accolé à l'épithète « sémitisme », de Sem, l'un des trois fils de Noé, ancêtre des peuples sémites définis ici par leur langue, l'arabe ou l'hébreu. Le terme « sémite » fut, lui, inventé par le linguiste de Göttingen August Ludwig Schlözer en 17811. La première occurrence du mot « antisémitisme », et la seule pendant près de deux décennies, se trouve quant à elle en 1860 sous la plume d'un grand savant orientaliste, le Juif morave Moritz Steinschneider, pour désigner la vision dépréciative des sémites d'Ernest Renan.
Le terme est ensuite repris ou réinventé par le journaliste allemand Wilhelm Marr quand il crée en 1879 sa Ligue antisémite et publie La Victoire de la judéité sur la germanité. Le mot s'acclimate alors au sein du monde germanique dans le contexte des années 1880, puis migre dans d'a ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - XXe siècle : racisme et génocide / Vincent Duclert in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - XXe siècle : racisme et génocide Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Vincent Duclert, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 62-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple racisme génocide Note de contenu : Héritage du XIXe siècle, la racialisation des populations préparait les génocides du XXe.
La qualification raciale est capitale dans la notion de génocide forgée par Raphael Lemkin en 1943 - et formalisée par la Convention des Nations unies de 1948 - pour définir l'extermination de masse des minorités juive et tsigane en Europe par l'Allemagne nazie. Raphael Lemkin ayant agi comme juriste, cette désignation a pu être appliquée à d'autres massacres de même nature, notamment ceux des Arméniens de l'Empire ottoman en 1915-1917 et des Tutsi du Rwanda en 1994.
Dans tous les cas, on observe une co-construction entre, d'une part, un régime visant au contrôle absolu des populations et, d'autre part, une idéologie racialiste s'unissant pour exterminer des groupes ciblés préalablement racialisés. Un génocide se présente comme une guerre totale contre un ennemi intérieur qui est censé menacer jusqu'à la survie même de la « race supérieure », du « peuple majoritaire ». Cette guerre prédomine sur la lutte contre l'ennemi extérieur qui n'est qu'une déclinaison de la menace fon ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 62-63[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - XXe siècle : racisme et génocide [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Vincent Duclert, Auteur . - 2022 . - p. 62-63.
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in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 62-63
Mots-clés : races peuple racisme génocide Note de contenu : Héritage du XIXe siècle, la racialisation des populations préparait les génocides du XXe.
La qualification raciale est capitale dans la notion de génocide forgée par Raphael Lemkin en 1943 - et formalisée par la Convention des Nations unies de 1948 - pour définir l'extermination de masse des minorités juive et tsigane en Europe par l'Allemagne nazie. Raphael Lemkin ayant agi comme juriste, cette désignation a pu être appliquée à d'autres massacres de même nature, notamment ceux des Arméniens de l'Empire ottoman en 1915-1917 et des Tutsi du Rwanda en 1994.
Dans tous les cas, on observe une co-construction entre, d'une part, un régime visant au contrôle absolu des populations et, d'autre part, une idéologie racialiste s'unissant pour exterminer des groupes ciblés préalablement racialisés. Un génocide se présente comme une guerre totale contre un ennemi intérieur qui est censé menacer jusqu'à la survie même de la « race supérieure », du « peuple majoritaire ». Cette guerre prédomine sur la lutte contre l'ennemi extérieur qui n'est qu'une déclinaison de la menace fon ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Présumés de race française / Emmanuelle Saada in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Présumés de race française Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Emmanuelle Saada, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 64-67 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple Indochine métis colonies Note de contenu : En 1928 le mot « race » apparaît dans un décret relatif aux enfants métis de l'Indochine. En faisant d'eux des citoyens à part entière, cette « entorse » au droit républicain invite à réfléchir sur le mélange de biologie et de culturel qui fait la « nation française ».
Les débats sont récurrents à propos de la présence du mot « race » dans la Constitution française, comme en témoigne une proposition de loi portant sur sa suppression en juillet 2021 (cf. p. 87). Ils peuvent donner à penser que, sauf sous le régime de Vichy1, la catégorie de « race » n'est présente dans le droit français que dans des textes de principe et sur le mode de la dénégation. C'est oublier le contexte colonial, dans lequel le droit fit usage de la notion.
Un usage précoce du mot « race » en droit colonial se trouve dans un arrêté de 1871 applicable à la Cochinchine, pays de la future Union indochinoise proclamée en 1887. Ce texte, après qu'un décret de juillet 1864 eut proclamé que la loi annamite régissait les « indigènes et Asiatiques », considère que « les Asiatiques [...] sont les Chinois, les Cambodgiens, les Minh-Huongs, les Siamois, les Moïs, les Chams, les Stiengs, les Sang-Mêlé (Malais du Chaudoc). Tous les autres individus, à ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 64-67[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Présumés de race française [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Emmanuelle Saada, Auteur . - 2022 . - p. 64-67.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 64-67
Mots-clés : races peuple Indochine métis colonies Note de contenu : En 1928 le mot « race » apparaît dans un décret relatif aux enfants métis de l'Indochine. En faisant d'eux des citoyens à part entière, cette « entorse » au droit républicain invite à réfléchir sur le mélange de biologie et de culturel qui fait la « nation française ».
Les débats sont récurrents à propos de la présence du mot « race » dans la Constitution française, comme en témoigne une proposition de loi portant sur sa suppression en juillet 2021 (cf. p. 87). Ils peuvent donner à penser que, sauf sous le régime de Vichy1, la catégorie de « race » n'est présente dans le droit français que dans des textes de principe et sur le mode de la dénégation. C'est oublier le contexte colonial, dans lequel le droit fit usage de la notion.
Un usage précoce du mot « race » en droit colonial se trouve dans un arrêté de 1871 applicable à la Cochinchine, pays de la future Union indochinoise proclamée en 1887. Ce texte, après qu'un décret de juillet 1864 eut proclamé que la loi annamite régissait les « indigènes et Asiatiques », considère que « les Asiatiques [...] sont les Chinois, les Cambodgiens, les Minh-Huongs, les Siamois, les Moïs, les Chams, les Stiengs, les Sang-Mêlé (Malais du Chaudoc). Tous les autres individus, à ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Japon : un racisme d’importation ? / Rotem Kowner in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Japon : un racisme d’importation ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Rotem Kowner, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 68-71 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple Japon racisme discrimination Note de contenu :
A la fin du XIXe siècle le Japon, en pleine occidentalisation, acclimate les théories scientifiques raciales. La race lui permet de recycler d’anciennes discriminations, et accompagne l’essor de son impérialisme.
L’Histoire : Est-il vrai que le Japon, avant le xixe siècle, ignore l’idée de race ?
Rotem Kowner : Avant l’Époque moderne (soit avant la période Edo, en 1600), on n’avait pas, au Japon, de vue précise de ce qu’est une nation mais les individus avaient une identité ethnique commune s’accompagnant souvent d’un complexe de supériorité qui les séparaient des étrangers. Ainsi en allait-il des Aborigènes qui peuplaient l’archipel depuis toujours (désignés comme Ebisu, Emishi et plus tard Aïnous) et des peuples voisins (habitants des Ryukyu, Coréens).
Les Japonais pratiquèrent aussi des formes de discrimination au sein de leur propre société. Les plus discriminés étaient ceux dont les tâches professionnelles étaient considérées comme dégradantes. On les appelait eta, les « pleins de souillure », ou hinin les « non-humains » : tanneurs, bouchers, selliers, bourreaux, ceux qui assuraient le service des défunts mais ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 68-71[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Japon : un racisme d’importation ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Rotem Kowner, Auteur . - 2022 . - p. 68-71.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 68-71
Mots-clés : races peuple Japon racisme discrimination Note de contenu :
A la fin du XIXe siècle le Japon, en pleine occidentalisation, acclimate les théories scientifiques raciales. La race lui permet de recycler d’anciennes discriminations, et accompagne l’essor de son impérialisme.
L’Histoire : Est-il vrai que le Japon, avant le xixe siècle, ignore l’idée de race ?
Rotem Kowner : Avant l’Époque moderne (soit avant la période Edo, en 1600), on n’avait pas, au Japon, de vue précise de ce qu’est une nation mais les individus avaient une identité ethnique commune s’accompagnant souvent d’un complexe de supériorité qui les séparaient des étrangers. Ainsi en allait-il des Aborigènes qui peuplaient l’archipel depuis toujours (désignés comme Ebisu, Emishi et plus tard Aïnous) et des peuples voisins (habitants des Ryukyu, Coréens).
Les Japonais pratiquèrent aussi des formes de discrimination au sein de leur propre société. Les plus discriminés étaient ceux dont les tâches professionnelles étaient considérées comme dégradantes. On les appelait eta, les « pleins de souillure », ou hinin les « non-humains » : tanneurs, bouchers, selliers, bourreaux, ceux qui assuraient le service des défunts mais ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - L'envers du métissage / Anaïs Fléchet in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - L'envers du métissage Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Anaïs Fléchet, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 72-75 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple Brésil métis Note de contenu : Le Brésil est longtemps passé pour un modèle de cohabitation harmonieuse des races. Qu'en est-il vraiment ?
Fruit de l'histoire coloniale, de la traite négrière et des grandes migrations des XIXe et XXe siècles, le métissage est aujourd'hui une caractéristique centrale de la société brésilienne. Le Brésil compte environ 210 millions d'habitants, dont 43,1 % de Blancs, 9,3 % de Noirs, 46,5 % de métis, 0,7 % d'Asiatiques et 0,4 % d'indigènes, selon les chiffres établis par l'Institut brésilien de géographie et de statistique en 2018. Pour la première fois depuis la fin du XIXe siècle, les Blancs représentaient moins de 50 % de la population totale du pays lors du dernier recensement réalisé en 2010, une tendance à la baisse confirmée par toutes les enquêtes postérieures. On constate bien sûr de notables variations selon les régions : les métis sont plus nombreux dans le Nord (72 %) et dans le Nordeste (63 %) que dans les États du sud du pays (21 %), qui furent longtemps la destination privilégiée des migrants européens. Partout cependant les chiffres soulignent l'importance du métissage et ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 72-75[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - L'envers du métissage [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Anaïs Fléchet, Auteur . - 2022 . - p. 72-75.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 72-75
Mots-clés : races peuple Brésil métis Note de contenu : Le Brésil est longtemps passé pour un modèle de cohabitation harmonieuse des races. Qu'en est-il vraiment ?
Fruit de l'histoire coloniale, de la traite négrière et des grandes migrations des XIXe et XXe siècles, le métissage est aujourd'hui une caractéristique centrale de la société brésilienne. Le Brésil compte environ 210 millions d'habitants, dont 43,1 % de Blancs, 9,3 % de Noirs, 46,5 % de métis, 0,7 % d'Asiatiques et 0,4 % d'indigènes, selon les chiffres établis par l'Institut brésilien de géographie et de statistique en 2018. Pour la première fois depuis la fin du XIXe siècle, les Blancs représentaient moins de 50 % de la population totale du pays lors du dernier recensement réalisé en 2010, une tendance à la baisse confirmée par toutes les enquêtes postérieures. On constate bien sûr de notables variations selon les régions : les métis sont plus nombreux dans le Nord (72 %) et dans le Nordeste (63 %) que dans les États du sud du pays (21 %), qui furent longtemps la destination privilégiée des migrants européens. Partout cependant les chiffres soulignent l'importance du métissage et ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Comment l'Afrique est devenue « noire » / Ibrahima Thioub in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
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Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Comment l'Afrique est devenue « noire » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Ibrahima Thioub, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 76-77 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple Afrique noire héritage Note de contenu : Ce sont les traites arabe et européenne qui ont progressivement créé l'identification entre Africain et Noir. Dès le début du XXe siècle, les diasporas africaines se sont réappropriées cette identité pour en faire un motif de fierté, et un support de revendications.
J'ai commencé à m'intéresser à ce que j'ai appelé les « identités chromatiques » en Afrique au début des années 2000, après une rencontre fortuite aux États-Unis, dans un restaurant, avec une serveuse africaine-américaine qui m'a abordé en me disant : « Je suis contente de voir qu'il y a un de nous parmi eux. » Eux, c'étaient les clients blancs, et je me suis aperçu qu'elle avait eu une lecture raciale de notre relation : nous partagions, du simple fait de notre couleur de peau, une identité commune. Ce faisant, elle gommait mon histoire personnelle pour me réintroduire, à partir du seul critère phénotypique, dans une histoire collective, celle de la traite atlantique, dont elle-même se considérait probablement comme l'héritière.
Cette expérience m'a décidé, pour le 3e Congrès international des historiens africains, en 2001, à étudier la manière dont les historiens africains avaient abordé l'histoire des traites et de l'esclavage. Je me suis vite aperçu que la quasi ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 76-77[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Comment l'Afrique est devenue « noire » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Ibrahima Thioub, Auteur . - 2022 . - p. 76-77.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 76-77
Mots-clés : races peuple Afrique noire héritage Note de contenu : Ce sont les traites arabe et européenne qui ont progressivement créé l'identification entre Africain et Noir. Dès le début du XXe siècle, les diasporas africaines se sont réappropriées cette identité pour en faire un motif de fierté, et un support de revendications.
J'ai commencé à m'intéresser à ce que j'ai appelé les « identités chromatiques » en Afrique au début des années 2000, après une rencontre fortuite aux États-Unis, dans un restaurant, avec une serveuse africaine-américaine qui m'a abordé en me disant : « Je suis contente de voir qu'il y a un de nous parmi eux. » Eux, c'étaient les clients blancs, et je me suis aperçu qu'elle avait eu une lecture raciale de notre relation : nous partagions, du simple fait de notre couleur de peau, une identité commune. Ce faisant, elle gommait mon histoire personnelle pour me réintroduire, à partir du seul critère phénotypique, dans une histoire collective, celle de la traite atlantique, dont elle-même se considérait probablement comme l'héritière.
Cette expérience m'a décidé, pour le 3e Congrès international des historiens africains, en 2001, à étudier la manière dont les historiens africains avaient abordé l'histoire des traites et de l'esclavage. Je me suis vite aperçu que la quasi ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - « 1619 Project » : une autre histoire des États-Unis / Pauline Peretz in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - « 1619 Project » : une autre histoire des États-Unis Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pauline Peretz, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 78-81 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple Etats-Unis esclavage Africains Note de contenu : Et si l'arrivée du premier bateau d'esclaves en Virginie en 1619 avait été l'acte fondateur des États-Unis ? Des Africains-Américains invitent à relire l'histoire du pays.
L'acte de naissance des États-Unis semblait jusqu'à peu faire consensus : la Déclaration d'indépendance de 1776 qui proclamait que « les hommes sont créés égaux » et « dotés par le Créateur de droits inaliénables ». Ces mots ne s'appliquaient pourtant pas aux esclaves, qui représentaient alors un homme sur cinq. En plaçant son histoire encore à écrire sous le signe du droit et de la liberté, la jeune nation américaine ignorait délibérément les Amérindiens et les femmes, mais aussi l'existence sur son sol d'une importante population noire. Son exclusion, sur le seul critère de la couleur de peau, allait perdurer, au-delà même de l'abolition de l'esclavage, pendant près de deux siècles.
Plus de cent cinquante ans auparavant, un événement plus discret avait eu lieu sur les côtes de Virginie. En août 1619 le navire White Lion, transportant une vingtaine d'Africains arrachés à leur terre natale - première cargaison humaine à arriver dans de telles condi ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 78-81[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - « 1619 Project » : une autre histoire des États-Unis [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pauline Peretz, Auteur . - 2022 . - p. 78-81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 78-81
Mots-clés : races peuple Etats-Unis esclavage Africains Note de contenu : Et si l'arrivée du premier bateau d'esclaves en Virginie en 1619 avait été l'acte fondateur des États-Unis ? Des Africains-Américains invitent à relire l'histoire du pays.
L'acte de naissance des États-Unis semblait jusqu'à peu faire consensus : la Déclaration d'indépendance de 1776 qui proclamait que « les hommes sont créés égaux » et « dotés par le Créateur de droits inaliénables ». Ces mots ne s'appliquaient pourtant pas aux esclaves, qui représentaient alors un homme sur cinq. En plaçant son histoire encore à écrire sous le signe du droit et de la liberté, la jeune nation américaine ignorait délibérément les Amérindiens et les femmes, mais aussi l'existence sur son sol d'une importante population noire. Son exclusion, sur le seul critère de la couleur de peau, allait perdurer, au-delà même de l'abolition de l'esclavage, pendant près de deux siècles.
Plus de cent cinquante ans auparavant, un événement plus discret avait eu lieu sur les côtes de Virginie. En août 1619 le navire White Lion, transportant une vingtaine d'Africains arrachés à leur terre natale - première cargaison humaine à arriver dans de telles condi ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - « One drop rule » : l'unique goutte de sang / François-René Julliard in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - « One drop rule » : l'unique goutte de sang Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : François-René Julliard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple Etats-Unis esclavage Africains Little Rock Note de contenu : A la rentrée scolaire 1957 la ville de Little Rock, dans l'Arkansas, est le théâtre d'une crise qui suscite l'attention de tout le pays et au-delà : neuf adolescents noirs doivent intégrer l'une des écoles secondaires de la ville, où n'étudient que des enfants blancs.
Le jour de la rentrée, ils sont censés arriver groupés, mais Elizabeth Eckford, qui n'a pas été informée à temps du changement du lieu où ils doivent se réunir, se présente seule devant l'école. Elle est accueillie sous les huées et les insultes de parents et habitants blancs. Pour eux, la remise en cause de la ségrégation scolaire est une atteinte intolérable à leurs prérogatives. Ils reçoivent le soutien du gouverneur, Orval Faubus, qui mobilise la Garde nationale. Pour dénouer la crise, le président Eisenhower est contraint de faire appel aux troupes fédérales, qui escortent « les neuf » dans l'enceinte de l'établissement.
L'épisode de Little Rock est l'un des plus célèbres et spectaculaires de la « résistance massive » à l'intégration, et ce alors que l'Arkansas ne fait pas partie du Sud profond, qui est généralement considéré comme le territoire le plus attaché à défendre la ségrégation raciale. Ce système juridique, qui s'est édifié dans les États anciennement esclavag ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 80[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - « One drop rule » : l'unique goutte de sang [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / François-René Julliard, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 80
Mots-clés : races peuple Etats-Unis esclavage Africains Little Rock Note de contenu : A la rentrée scolaire 1957 la ville de Little Rock, dans l'Arkansas, est le théâtre d'une crise qui suscite l'attention de tout le pays et au-delà : neuf adolescents noirs doivent intégrer l'une des écoles secondaires de la ville, où n'étudient que des enfants blancs.
Le jour de la rentrée, ils sont censés arriver groupés, mais Elizabeth Eckford, qui n'a pas été informée à temps du changement du lieu où ils doivent se réunir, se présente seule devant l'école. Elle est accueillie sous les huées et les insultes de parents et habitants blancs. Pour eux, la remise en cause de la ségrégation scolaire est une atteinte intolérable à leurs prérogatives. Ils reçoivent le soutien du gouverneur, Orval Faubus, qui mobilise la Garde nationale. Pour dénouer la crise, le président Eisenhower est contraint de faire appel aux troupes fédérales, qui escortent « les neuf » dans l'enceinte de l'établissement.
L'épisode de Little Rock est l'un des plus célèbres et spectaculaires de la « résistance massive » à l'intégration, et ce alors que l'Arkansas ne fait pas partie du Sud profond, qui est généralement considéré comme le territoire le plus attaché à défendre la ségrégation raciale. Ce système juridique, qui s'est édifié dans les États anciennement esclavag ...
Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Depuis 1945 « On n’en a pas fini avec la race » / Pap Ndiaye in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Depuis 1945 « On n’en a pas fini avec la race » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pap Ndiaye, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82-89 Langues : Français (fre) Mots-clés : races peuple racisme discrimination Simone Veil sang-mêlés Note de contenu : La race ferait-elle aujourd’hui son grand retour ? Dans des sociétés de plus en plus tolérantes, elle continue de hanter les imaginaires. Pour Pap Ndiaye, les sciences sociales se doivent donc de la prendre en compte, sous peine de rester aveugle à ses effets sociaux.
L’Histoire : On parle aujourd’hui de « retour de la race », tant dans le langage courant que dans le débat public. Cela signifie-t-il que la race avait « disparu » ? Pap Ndiaye : Le racisme « biologique », au sens d’une idéologie qui postule l’existence de races humaines hiérarchisées, dont il serait possible de mesurer les différences physiologiques et cérébrales (par exemple en comparant la taille des crânes), était courant jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, de nombreuses voix dissonantes existaient avant, y compris en anthropologie, avec des savants comme Franz Boas (professeur à l’université de Columbia) qui, avant Claude Lévi-Strauss, avait déjà le projet de refonder l’anthropologie sur des bases culturelles.
Mais il fallut attendre les lendemains de la Seconde Guerre mondiale pour que les choses changent véritablement. La première mission de l’Unesco, fondée le 16 novembre 1945, fut de to ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 82-89[article] Dossier : La fabrique des races - La science et ses dérivés - Depuis 1945 « On n’en a pas fini avec la race » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pap Ndiaye, Auteur . - 2022 . - p. 82-89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 82-89
Mots-clés : races peuple racisme discrimination Simone Veil sang-mêlés Note de contenu : La race ferait-elle aujourd’hui son grand retour ? Dans des sociétés de plus en plus tolérantes, elle continue de hanter les imaginaires. Pour Pap Ndiaye, les sciences sociales se doivent donc de la prendre en compte, sous peine de rester aveugle à ses effets sociaux.
L’Histoire : On parle aujourd’hui de « retour de la race », tant dans le langage courant que dans le débat public. Cela signifie-t-il que la race avait « disparu » ? Pap Ndiaye : Le racisme « biologique », au sens d’une idéologie qui postule l’existence de races humaines hiérarchisées, dont il serait possible de mesurer les différences physiologiques et cérébrales (par exemple en comparant la taille des crânes), était courant jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, de nombreuses voix dissonantes existaient avant, y compris en anthropologie, avec des savants comme Franz Boas (professeur à l’université de Columbia) qui, avant Claude Lévi-Strauss, avait déjà le projet de refonder l’anthropologie sur des bases culturelles.
Mais il fallut attendre les lendemains de la Seconde Guerre mondiale pour que les choses changent véritablement. La première mission de l’Unesco, fondée le 16 novembre 1945, fut de to ...
Décryptage d'image : L'Enseigne de Gersaint / Charlotte Guichard in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Décryptage d'image : L'Enseigne de Gersaint Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Charlotte Guichard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 90-91 Langues : Français (fre) Mots-clés : Gersaint analyse enseigne peinture Note de contenu : Cette peinture fut conçue pour être l'enseigne d'un marchand mercier (un marchand d'objets d'art), Edme-François Gersaint, dont la boutique était située au 35, pont Notre-Dame, un espace où se concentrait le commerce parisien des tableaux, et qui inaugura en France les ventes publiques d'art et de curiosités.
Avec cette enseigne exposée dans la rue, Watteau met en scène le commerce de l'art et il présente la boutique comme un lieu de sociabilité artistique. A la manière des Kunstkammer du XVIIe siècle, le mur est saturé d'oeuvres flamandes, italiennes et françaises. Pour ses tableaux esquissés, Watteau s'inspire d'oeuvres d'Antoine van Dyck, Peter Paul Rubens et Véronèse.
Le commerce était interdit aux peintres de l'Académie royale, qui étaient pensionnés. En représentant avec virtuosité l'intérieur d'une boutique de marchand de tableaux, Watteau remettait en cause ce partage traditionnel : lui-même peintre à l'Académie, il ...
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 90-91[article] Décryptage d'image : L'Enseigne de Gersaint [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Charlotte Guichard, Auteur . - 2022 . - p. 90-91.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 90-91
Mots-clés : Gersaint analyse enseigne peinture Note de contenu : Cette peinture fut conçue pour être l'enseigne d'un marchand mercier (un marchand d'objets d'art), Edme-François Gersaint, dont la boutique était située au 35, pont Notre-Dame, un espace où se concentrait le commerce parisien des tableaux, et qui inaugura en France les ventes publiques d'art et de curiosités.
Avec cette enseigne exposée dans la rue, Watteau met en scène le commerce de l'art et il présente la boutique comme un lieu de sociabilité artistique. A la manière des Kunstkammer du XVIIe siècle, le mur est saturé d'oeuvres flamandes, italiennes et françaises. Pour ses tableaux esquissés, Watteau s'inspire d'oeuvres d'Antoine van Dyck, Peter Paul Rubens et Véronèse.
Le commerce était interdit aux peintres de l'Académie royale, qui étaient pensionnés. En représentant avec virtuosité l'intérieur d'une boutique de marchand de tableaux, Watteau remettait en cause ce partage traditionnel : lui-même peintre à l'Académie, il ...
Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 7. Et la France se spécialisa dans le luxe / Loïc Charles in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 7. Et la France se spécialisa dans le luxe Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Loïc Charles, Auteur ; guillaume Daudin, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 92-93 Langues : Français (fre) Mots-clés : France luxe industrie Colbert élite textile Note de contenu : En s'appuyant sur les outils informatiques, les historiens proposent aujourd'hui une nouvelle histoire de l'industrie du luxe en France, qui permet de nuancer le rôle traditionnellement attribué à Colbert.
Plus que dans tout autre secteur de l'économie, l'histoire et la culture sont des ressources essentielles pour les acteurs du luxe. En France, où le luxe est un enjeu industriel majeur, cette tradition est associée au nom de Colbert1, qui fut à l'origine de la création d'un premier réseau de manufactures privilégiées. Les noms des plus prestigieuses d'entre elles - Aubusson et Gobelins pour les tapisseries, Saint-Gobain pour les glaces, Van Robais pour les textiles - sont encore aujourd'hui synonymes de la qualité et du bon goût associés à la société de cour versaillaise. Colbert eut aussi une influence décisive sur la culture administrative et la prospérité industrielle françaises du XVIIIe siècle : le Bureau du commerce et le réseau des inspecteurs de manufactures qu'il mit en place ont été au centre d'une politique de la qualité qui a conduit à des succès spectaculaires, comme en témoigne l'essor des exportations de draps vers le Levant ou celui de l'industrie de la soie.
Faut-il pour autant prêter à Colbert tout le crédit de la puissance passée et actuelle de l'industrie française du luxe ? Pas si sûr... Rappelons d'abord que la société de cour de Versailles - qui ne doit rien à Colbert et tout à l'orgueil de son monarque absolu, Louis XIV - a joué un rôle essentiel dans le succès de l'industrie du luxe, en agissant comme un puissant modèle de consommation attirant toute l'Europe à sa suite. Ainsi, comme l'ont bien montré les historiens français, la création de la mode et des fameux articles de Paris qui font les beaux jours des élites européennes et américaines dès la fin de l'Ancien Régime est issue de ce désir d'imitation de la cour.
Mais de manière plus fondamentale, l'analyse du commerce français de 1750 aux années 1820 remet en cause quelques certitudes bien ancrées sur l'histoire de l'industrie du luxe. Menée dans le cadre du projet de recherche Toflit18 (cf. p. 93), l'exploitation des informations recueillies par le Bureau de la balance du commerce permet de proposer une nouvelle chronologie de la spécialisation française dans le luxe, où Colbert ne joue plus le premier rôle.
Soie, lin, laine
Ainsi, dans le secteur textile (premier secteur manufacturier en France jusqu'à la fin du XIXe siècle), il est possible de distinguer la part de l'industrie du luxe en classant schématiquement les produits tissés et les passementeries en trois catégories (haut, moyen et bas de gamme), suivant leur prix. Au XVIIIe siècle, le textile haut de gamme est formé pour l'essentiel d'étoffes et de rubans de soie, de dentelles de fil de lin et de certains draps de laine comme ceux d'Elbeuf et de Sedan. Le milieu de gamme est dominé par les étoffes de laine et les toiles de coton et le bas de gamme par le lin et le chanvre. Il existe toutefois de fortes variations au sein de chaque catégorie de textile : parmi les draps de laine, les prix varient de un à six entre le bas de gamme (serge, cadis, raze...) et le haut de gamme (draps de Sedan, Elbeuf, Louviers, Abbeville...), tandis que les draps du Languedoc ont une position intermédiaire.Quoi qu'il en soit, l'analyse des données globales fournies par le Bureau du commerce montre qu'entre 1750 et 1821 la France est exportatrice nette de textiles, notamment grâce aux tissus haut de gamme - même si elle importe par ailleurs de grandes quantités de soieries d'Inde et de Chine.
Une analyse plus fine permet toutefois de remarquer un accroissement de la spécialisation dans le luxe à partir de 1792. Cette évolution est fortement liée aux tourments de la Révolution et des guerres napoléoniennes qui font chuter le commerce maritime. Entre la fin de l'Ancien Régime et la période napoléonienne, la part du commerce terrestre passe ainsi de 10 à 35 % du commerce extérieur français, en raison de la domination britannique sur les océans. Or les marchés lointains (colonies, Amérique espagnole) étaient consommateurs de textiles de bas et de milieu de gammes. Après la chute de l'Empire en 1815, les mécaniques anglaises, fournissant des toiles de coton à bas prix, ont pris trop d'avance pour que la France puisse récupérer les marchés perdus.
Le signe d'un échec
A l'inverse, les exportations françaises de soieries vers l'Europe continentale prospèrent sous le Premier Empire. A partir de la Restauration, le renouveau du commerce atlantique français passe ainsi par l'approfondissement de cette spécialisation du luxe : tout au long du XIXe siècle, la forte croissance des exportations est alimentée par la demande des élites américaines friandes des articles de la mode parisienne. Au développement de la soierie lyonnaise répond ainsi l'agonie des manufactures rurales de l'Ouest (notamment la Bretagne) et, dans une moindre mesure, du Languedoc, spécialisées dans le textile milieu et bas de gamme.
La montée des exportations de luxe au début du XIXe siècle a donc coïncidé avec la fin d'une période particulièrement prospère du commerce français. Par la suite, la spécialisation dans ce secteur a traduit l'échec de l'industrie française à s'imposer dans les gammes de produits bouleversées par la révolution industrielle (cotonnades) et dominées par l'Angleterre, rejointe à partir des années 1870 par l'Allemagne, puis les États-Unis.
Ainsi, si Colbert joua sans conteste un rôle décisif dans l'essor de l'industrie du luxe à la fin du XVIIe siècle, une analyse fine des données du commerce français permet de montrer que la spécialisation s'est plutôt affirmée au cours du XIXe siècle, comme une conséquence des retards de l'industrie française sur sa concurrente britannique. Que le luxe soit passé en 2020 devant l'aéronautique au palmarès des exportations françaises ne constitue donc pas nécessairement un signe de bonne santé pour l'industrie française actuelle.
Note
1. Ainsi, l'Association française des industriels de luxe créée en 1954 a choisi de se nommer « Comité Colbert ».
LES AUTEURS
Professeur d'économie à l'université Paris-VIII, Loïc Charles a codirigé l'ouvrage Le Cercle de Vincent de Gournay. Savoirs économiques et pratiques administratives au milieu du XVIIIe siècle (Ined, 2011). Professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, Guillaume Daudin a publié Commerce et prospérité. La France au XVIIIe siècle (Presses de la Sorbonne, 2005).
Base de données
Le projet Toflit18 « Les transformations de l'économie française par le prisme du commerce international, 1716-1821 », financé par l'Agence nationale de la recherche, a recueilli les données du commerce extérieur français de 1716 à 1821 produites par le Bureau de la balance du commerce, créé en 1713 pour fournir les informations nécessaires à la politique colbertiste menée par l'administration royale. Une masse impressionnante de données est ainsi offerte aux historiens-économistes : 550 000 flux commerciaux, 60 000 produits et 1 000 partenaires. L'exploitation de ce corpus a été rendue possible par les nouveaux outils informatiques, qui permettent de créer de véritables « paysages de données » (datascape). A découvrir sur hypotheses.org et medialab.sciences-po.fr
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 92-93[article] Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 7. Et la France se spécialisa dans le luxe [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Loïc Charles, Auteur ; guillaume Daudin, Auteur . - 2022 . - p. 92-93.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 92-93
Mots-clés : France luxe industrie Colbert élite textile Note de contenu : En s'appuyant sur les outils informatiques, les historiens proposent aujourd'hui une nouvelle histoire de l'industrie du luxe en France, qui permet de nuancer le rôle traditionnellement attribué à Colbert.
Plus que dans tout autre secteur de l'économie, l'histoire et la culture sont des ressources essentielles pour les acteurs du luxe. En France, où le luxe est un enjeu industriel majeur, cette tradition est associée au nom de Colbert1, qui fut à l'origine de la création d'un premier réseau de manufactures privilégiées. Les noms des plus prestigieuses d'entre elles - Aubusson et Gobelins pour les tapisseries, Saint-Gobain pour les glaces, Van Robais pour les textiles - sont encore aujourd'hui synonymes de la qualité et du bon goût associés à la société de cour versaillaise. Colbert eut aussi une influence décisive sur la culture administrative et la prospérité industrielle françaises du XVIIIe siècle : le Bureau du commerce et le réseau des inspecteurs de manufactures qu'il mit en place ont été au centre d'une politique de la qualité qui a conduit à des succès spectaculaires, comme en témoigne l'essor des exportations de draps vers le Levant ou celui de l'industrie de la soie.
Faut-il pour autant prêter à Colbert tout le crédit de la puissance passée et actuelle de l'industrie française du luxe ? Pas si sûr... Rappelons d'abord que la société de cour de Versailles - qui ne doit rien à Colbert et tout à l'orgueil de son monarque absolu, Louis XIV - a joué un rôle essentiel dans le succès de l'industrie du luxe, en agissant comme un puissant modèle de consommation attirant toute l'Europe à sa suite. Ainsi, comme l'ont bien montré les historiens français, la création de la mode et des fameux articles de Paris qui font les beaux jours des élites européennes et américaines dès la fin de l'Ancien Régime est issue de ce désir d'imitation de la cour.
Mais de manière plus fondamentale, l'analyse du commerce français de 1750 aux années 1820 remet en cause quelques certitudes bien ancrées sur l'histoire de l'industrie du luxe. Menée dans le cadre du projet de recherche Toflit18 (cf. p. 93), l'exploitation des informations recueillies par le Bureau de la balance du commerce permet de proposer une nouvelle chronologie de la spécialisation française dans le luxe, où Colbert ne joue plus le premier rôle.
Soie, lin, laine
Ainsi, dans le secteur textile (premier secteur manufacturier en France jusqu'à la fin du XIXe siècle), il est possible de distinguer la part de l'industrie du luxe en classant schématiquement les produits tissés et les passementeries en trois catégories (haut, moyen et bas de gamme), suivant leur prix. Au XVIIIe siècle, le textile haut de gamme est formé pour l'essentiel d'étoffes et de rubans de soie, de dentelles de fil de lin et de certains draps de laine comme ceux d'Elbeuf et de Sedan. Le milieu de gamme est dominé par les étoffes de laine et les toiles de coton et le bas de gamme par le lin et le chanvre. Il existe toutefois de fortes variations au sein de chaque catégorie de textile : parmi les draps de laine, les prix varient de un à six entre le bas de gamme (serge, cadis, raze...) et le haut de gamme (draps de Sedan, Elbeuf, Louviers, Abbeville...), tandis que les draps du Languedoc ont une position intermédiaire.Quoi qu'il en soit, l'analyse des données globales fournies par le Bureau du commerce montre qu'entre 1750 et 1821 la France est exportatrice nette de textiles, notamment grâce aux tissus haut de gamme - même si elle importe par ailleurs de grandes quantités de soieries d'Inde et de Chine.
Une analyse plus fine permet toutefois de remarquer un accroissement de la spécialisation dans le luxe à partir de 1792. Cette évolution est fortement liée aux tourments de la Révolution et des guerres napoléoniennes qui font chuter le commerce maritime. Entre la fin de l'Ancien Régime et la période napoléonienne, la part du commerce terrestre passe ainsi de 10 à 35 % du commerce extérieur français, en raison de la domination britannique sur les océans. Or les marchés lointains (colonies, Amérique espagnole) étaient consommateurs de textiles de bas et de milieu de gammes. Après la chute de l'Empire en 1815, les mécaniques anglaises, fournissant des toiles de coton à bas prix, ont pris trop d'avance pour que la France puisse récupérer les marchés perdus.
Le signe d'un échec
A l'inverse, les exportations françaises de soieries vers l'Europe continentale prospèrent sous le Premier Empire. A partir de la Restauration, le renouveau du commerce atlantique français passe ainsi par l'approfondissement de cette spécialisation du luxe : tout au long du XIXe siècle, la forte croissance des exportations est alimentée par la demande des élites américaines friandes des articles de la mode parisienne. Au développement de la soierie lyonnaise répond ainsi l'agonie des manufactures rurales de l'Ouest (notamment la Bretagne) et, dans une moindre mesure, du Languedoc, spécialisées dans le textile milieu et bas de gamme.
La montée des exportations de luxe au début du XIXe siècle a donc coïncidé avec la fin d'une période particulièrement prospère du commerce français. Par la suite, la spécialisation dans ce secteur a traduit l'échec de l'industrie française à s'imposer dans les gammes de produits bouleversées par la révolution industrielle (cotonnades) et dominées par l'Angleterre, rejointe à partir des années 1870 par l'Allemagne, puis les États-Unis.
Ainsi, si Colbert joua sans conteste un rôle décisif dans l'essor de l'industrie du luxe à la fin du XVIIe siècle, une analyse fine des données du commerce français permet de montrer que la spécialisation s'est plutôt affirmée au cours du XIXe siècle, comme une conséquence des retards de l'industrie française sur sa concurrente britannique. Que le luxe soit passé en 2020 devant l'aéronautique au palmarès des exportations françaises ne constitue donc pas nécessairement un signe de bonne santé pour l'industrie française actuelle.
Note
1. Ainsi, l'Association française des industriels de luxe créée en 1954 a choisi de se nommer « Comité Colbert ».
LES AUTEURS
Professeur d'économie à l'université Paris-VIII, Loïc Charles a codirigé l'ouvrage Le Cercle de Vincent de Gournay. Savoirs économiques et pratiques administratives au milieu du XVIIIe siècle (Ined, 2011). Professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, Guillaume Daudin a publié Commerce et prospérité. La France au XVIIIe siècle (Presses de la Sorbonne, 2005).
Base de données
Le projet Toflit18 « Les transformations de l'économie française par le prisme du commerce international, 1716-1821 », financé par l'Agence nationale de la recherche, a recueilli les données du commerce extérieur français de 1716 à 1821 produites par le Bureau de la balance du commerce, créé en 1713 pour fournir les informations nécessaires à la politique colbertiste menée par l'administration royale. Une masse impressionnante de données est ainsi offerte aux historiens-économistes : 550 000 flux commerciaux, 60 000 produits et 1 000 partenaires. L'exploitation de ce corpus a été rendue possible par les nouveaux outils informatiques, qui permettent de créer de véritables « paysages de données » (datascape). A découvrir sur hypotheses.org et medialab.sciences-po.fr
Guide des Livres : Le boulangisme au peigne fin / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le boulangisme au peigne fin Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 94-95 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre propagande république populisme Note de contenu : En plus de narrer avec bonheur l'étonnante aventure politique du général Boulanger, Bertrand Joly tente de saisir la nature de cette intrigue politique fébrile, et sa fonction dans l'histoire politique de la IIIe République.
Spécialiste du nationalisme français, auquel on doit notamment une biographie de Paul Déroulède, Bertrand Joly s'affirme avec cet ouvrage un grand historien du boulangisme. Sur le général Boulanger et son aventure politique qui a mis la France en émoi pendant plusieurs années au début de la IIIe République, on a beaucoup écrit ; mais aucun ouvrage en langue française (l'étude de Steven Englund, The Origin of Oppositional Nationalism in France 1881-1889, parue en 1981 aux États-Unis, n'a pas été traduite) ne s'impose jusqu'à ce jour avec autant de force, de précision et de pénétration que celui-ci.
Au moyen de sources multiples, connues et inédites, Bertrand Joly a d'abord reconstitué une intrigue politique fébrile, dépeint avec bonheur les protagonistes - à commencer par Boulanger -, narré les péripéties d'une extraordinaire ferveur populaire, la montée en puissance d'un héros aussi dénué d'idées que de scrupules et sa chute finale. Tout cela, avec multiples références, démonstrations chiffrées, anecdotes signifiantes, analyse des forces en présence, revue des contradictions : c'est un feuilleton du meilleur cru ! Mais l'historien va bien au-delà du récit. Il tente tout au long de saisir la nature du boulangisme, sa fonction dans l'histoire politique de la IIIe République, et son lecteur, forcément, se pose la question de l'exemplarité du phénomène : le boulangisme est-il mort avec Boulanger en 1891 ou n'est-il pas un mouvement voué à se répéter ?
Syndicat des mécontents
Les amateurs de typologie politique et d'étiquettes pourront se dire déçus : l'auteur en dénonce implicitement l'attente. A ses yeux, le boulangisme n'appartient pas à la descendance du bonapartisme, quels que soient certains attributs comparables ; il n'est certes pas la préfiguration du fascisme comme on a pu le dire. Au fond, il apparaît comme un monstre politique, que ses contemporains ont eu le plus grand mal à déchiffrer : un OPNI (Objet politique non identifié). Cependant, le titre de l'ouvrage nous met sur une piste : « à l'origine du populisme » - un terme inconnu dans les années boulangères. L'auteur n'a pas voulu développer en politologue le concept si courant aujourd'hui, mais il nous fournit maints indices qui le justifient. La sociologie du boulangisme, militants et électeurs, en est un élément majeur : le monde du petit commerce et de l'artisanat menacé par les changements économiques, ouvriers touchés par la crise et sans protection sociale, déclassés de tous ordres, employés subalternes de l'État, fonctionnaires révoqués, etc. : ce sont les catégories les plus apparentes, alors que la haute fonction publique, les professions libérales ne sont guère séduites par le boulangisme. Dans ses programmes électoraux abondent les diatribes contre les monopoles, les accapareurs, les traitements de nantis, les « gros », les féodalités nouvelles. Syndicat des mécontents, a-t-on dit, syndicat des vaincus aussi, des « perdants de la modernité », auquel adhèrent les royalistes en peine de restauration, les catholiques humiliés par les lois laïques, tous les nostalgiques d'un ordre ancien plus ou moins imaginaire...
L'idéologie programmatique est très pauvre, se résumant au triptyque : dissolution, révision, Constituante. C'est que le boulangisme est composé de courants contradictoires, une extrême gauche radicale, des blanquistes, des bonapartistes, et des royalistes, dont le rôle est considérable ; ce sont eux qui financent largement, et secrètement, ce mouvement prétendument républicain. Quel programme possible dans ces conditions ? Seuls deux facteurs les unissent provisoirement : la demande de révision constitutionnelle provoquée par la détestation du parlementarisme incarné par Jules Ferry, objet d'un acharnement haineux, et fortuitement, mais nécessairement, l'ascendant d'un chef mythifié en sauveur suprême.
Si ses aspirations politiques sont confuses et archaïques, le boulangisme présente cependant une modernité qui surpasse les partis de gouvernement. Boulanger et son état-major ont compris le rôle désormais primordial en politique de la communication, grâce au large financement dont il est comblé par la duchesse d'Uzès, le baron Hirsch, le raffineur Say, le comte de Paris et autres mécènes de la famille Bonaparte. La propagande politique est l'art de frapper à chaque instant, par la répétition, le slogan, l'image, « les yeux et les oreilles du peuple », à quoi le général et les siens s'adonnent à qui mieux mieux.
La fièvre boulangiste est née des insuffisances, des faiblesses, de l'instabilité du régime mis en place par les lois constitutionnelles de 1875. Un régime parlementaire qui ne fonctionne pas selon le modèle anglais du bipartisme et de l'alternance. Il y a bien une droite et une gauche, mais la gauche est divisée en profondeur et la droite n'a plus accès au pouvoir depuis la démission de Mac-Mahon en 1879. L'antiparlementarisme anime aussi bien l'extrême gauche, critique de l'oligarchie gouvernante, que la droite monarchiste et catholique, exclue du jeu. Le révisionnisme s'impose : s'il est républicain, le boulangisme exige une autre république, celle qui donne la parole au peuple. Le plébiscite (référendum) doit en être l'instrument ; c'est cette république plébiscitaire et autoritaire que défend vigoureusement Déroulède. Pour l'extrême gauche, qui ne veut ni Sénat ni président de la République, c'est le modèle de la Convention qui prime, une assemblée gouvernante, figurant la souveraineté du peuple, la vraie démocratie.
La contestation des institutions s'amplifie avec les élections de 1885 d'où n'est issue aucune majorité. Les opportunistes (les modérés) qui tiennent les rênes du pouvoir ont besoin de l'appui des radicaux, avec lesquels ils sont en désaccord sur de nombreux points fondamentaux. Les gouvernements se succèdent, chancelants au bout de sept mois en moyenne. Une révision constitutionnelle s'impose, mais le désaccord règne sur ses objectifs. Et l'un des effets du boulangisme sera l'enterrement définitif de cette révision nécessaire.
Le boulangisme a eu la vie courte, mais il a mis au jour les faiblesses structurelles d'une République qui n'a pas fini d'en recevoir les contrecoups.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 94-95[article] Guide des Livres : Le boulangisme au peigne fin [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2022 . - p. 94-95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 94-95
Mots-clés : livre propagande république populisme Note de contenu : En plus de narrer avec bonheur l'étonnante aventure politique du général Boulanger, Bertrand Joly tente de saisir la nature de cette intrigue politique fébrile, et sa fonction dans l'histoire politique de la IIIe République.
Spécialiste du nationalisme français, auquel on doit notamment une biographie de Paul Déroulède, Bertrand Joly s'affirme avec cet ouvrage un grand historien du boulangisme. Sur le général Boulanger et son aventure politique qui a mis la France en émoi pendant plusieurs années au début de la IIIe République, on a beaucoup écrit ; mais aucun ouvrage en langue française (l'étude de Steven Englund, The Origin of Oppositional Nationalism in France 1881-1889, parue en 1981 aux États-Unis, n'a pas été traduite) ne s'impose jusqu'à ce jour avec autant de force, de précision et de pénétration que celui-ci.
Au moyen de sources multiples, connues et inédites, Bertrand Joly a d'abord reconstitué une intrigue politique fébrile, dépeint avec bonheur les protagonistes - à commencer par Boulanger -, narré les péripéties d'une extraordinaire ferveur populaire, la montée en puissance d'un héros aussi dénué d'idées que de scrupules et sa chute finale. Tout cela, avec multiples références, démonstrations chiffrées, anecdotes signifiantes, analyse des forces en présence, revue des contradictions : c'est un feuilleton du meilleur cru ! Mais l'historien va bien au-delà du récit. Il tente tout au long de saisir la nature du boulangisme, sa fonction dans l'histoire politique de la IIIe République, et son lecteur, forcément, se pose la question de l'exemplarité du phénomène : le boulangisme est-il mort avec Boulanger en 1891 ou n'est-il pas un mouvement voué à se répéter ?
Syndicat des mécontents
Les amateurs de typologie politique et d'étiquettes pourront se dire déçus : l'auteur en dénonce implicitement l'attente. A ses yeux, le boulangisme n'appartient pas à la descendance du bonapartisme, quels que soient certains attributs comparables ; il n'est certes pas la préfiguration du fascisme comme on a pu le dire. Au fond, il apparaît comme un monstre politique, que ses contemporains ont eu le plus grand mal à déchiffrer : un OPNI (Objet politique non identifié). Cependant, le titre de l'ouvrage nous met sur une piste : « à l'origine du populisme » - un terme inconnu dans les années boulangères. L'auteur n'a pas voulu développer en politologue le concept si courant aujourd'hui, mais il nous fournit maints indices qui le justifient. La sociologie du boulangisme, militants et électeurs, en est un élément majeur : le monde du petit commerce et de l'artisanat menacé par les changements économiques, ouvriers touchés par la crise et sans protection sociale, déclassés de tous ordres, employés subalternes de l'État, fonctionnaires révoqués, etc. : ce sont les catégories les plus apparentes, alors que la haute fonction publique, les professions libérales ne sont guère séduites par le boulangisme. Dans ses programmes électoraux abondent les diatribes contre les monopoles, les accapareurs, les traitements de nantis, les « gros », les féodalités nouvelles. Syndicat des mécontents, a-t-on dit, syndicat des vaincus aussi, des « perdants de la modernité », auquel adhèrent les royalistes en peine de restauration, les catholiques humiliés par les lois laïques, tous les nostalgiques d'un ordre ancien plus ou moins imaginaire...
L'idéologie programmatique est très pauvre, se résumant au triptyque : dissolution, révision, Constituante. C'est que le boulangisme est composé de courants contradictoires, une extrême gauche radicale, des blanquistes, des bonapartistes, et des royalistes, dont le rôle est considérable ; ce sont eux qui financent largement, et secrètement, ce mouvement prétendument républicain. Quel programme possible dans ces conditions ? Seuls deux facteurs les unissent provisoirement : la demande de révision constitutionnelle provoquée par la détestation du parlementarisme incarné par Jules Ferry, objet d'un acharnement haineux, et fortuitement, mais nécessairement, l'ascendant d'un chef mythifié en sauveur suprême.
Si ses aspirations politiques sont confuses et archaïques, le boulangisme présente cependant une modernité qui surpasse les partis de gouvernement. Boulanger et son état-major ont compris le rôle désormais primordial en politique de la communication, grâce au large financement dont il est comblé par la duchesse d'Uzès, le baron Hirsch, le raffineur Say, le comte de Paris et autres mécènes de la famille Bonaparte. La propagande politique est l'art de frapper à chaque instant, par la répétition, le slogan, l'image, « les yeux et les oreilles du peuple », à quoi le général et les siens s'adonnent à qui mieux mieux.
La fièvre boulangiste est née des insuffisances, des faiblesses, de l'instabilité du régime mis en place par les lois constitutionnelles de 1875. Un régime parlementaire qui ne fonctionne pas selon le modèle anglais du bipartisme et de l'alternance. Il y a bien une droite et une gauche, mais la gauche est divisée en profondeur et la droite n'a plus accès au pouvoir depuis la démission de Mac-Mahon en 1879. L'antiparlementarisme anime aussi bien l'extrême gauche, critique de l'oligarchie gouvernante, que la droite monarchiste et catholique, exclue du jeu. Le révisionnisme s'impose : s'il est républicain, le boulangisme exige une autre république, celle qui donne la parole au peuple. Le plébiscite (référendum) doit en être l'instrument ; c'est cette république plébiscitaire et autoritaire que défend vigoureusement Déroulède. Pour l'extrême gauche, qui ne veut ni Sénat ni président de la République, c'est le modèle de la Convention qui prime, une assemblée gouvernante, figurant la souveraineté du peuple, la vraie démocratie.
La contestation des institutions s'amplifie avec les élections de 1885 d'où n'est issue aucune majorité. Les opportunistes (les modérés) qui tiennent les rênes du pouvoir ont besoin de l'appui des radicaux, avec lesquels ils sont en désaccord sur de nombreux points fondamentaux. Les gouvernements se succèdent, chancelants au bout de sept mois en moyenne. Une révision constitutionnelle s'impose, mais le désaccord règne sur ses objectifs. Et l'un des effets du boulangisme sera l'enterrement définitif de cette révision nécessaire.
Le boulangisme a eu la vie courte, mais il a mis au jour les faiblesses structurelles d'une République qui n'a pas fini d'en recevoir les contrecoups.
Guide des Livres : 1962 : le temps des possibles / Marie-Pierre Ulloa in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : 1962 : le temps des possibles Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Marie-Pierre Ulloa, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 96 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre indépendance algérienne Note de contenu : Malika Rahal restitue les bouleversements de l'année de l'indépendance algérienne.
« Cette année-là / Les guitares tiraient sur les violons / On croyait qu’une révolution / Arrivait cette année-là » fredonnait le chanteur Claude François, emblématique de la France du temps des yéyés et de l’émission Salut les copains, en hommage à l’année 1962. Une révolution est bel et bien advenue « cette année-là », loin de Paris, sur le territoire algérien, et ce ne sont pas des tirs métaphoriques dont il fut question : 1962 marque la naissance de l’Algérie indépendante, la sortie de guerre, longue de huit ans, et la sortie de la colonisation française, longue de 132 ans.
Algérie 1962. Une histoire populaire de Malika Rahal retrace cette révolution copernicienne. Le livre est né de la frustration de l’historienne de voir la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance en 2012 passer sous silence l’année 1962 au profit de la glorification de 1954. La dimension de réparation de cet oubli est présente dans l’écriture du livre qui n’est rien de moins qu’une enquête capitale pour le savoir historique, celui du peuple algérien et de l’Algérie, et au-delà, pour toute audience qui s’intéresse à l’histoire de la décolonisation.
Simultanément publiée en France aux éditions La Découverte et en Algérie aux éditions Barzakh en ce début d’année 2022, l’ouvrage est issu de son habilitation à diriger des recherches. Après un doctorat consacré à l’histoire du parti politique l’Udma (Union démocratique du manifeste algérien) de Ferhat Abbas, soutenu en 2007 sous la direction de Benjamin Stora à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), ainsi notamment qu’un essai biographique novateur sur l’avocat Ali Boumendjel, une affaire française, une histoire algérienne publié en 2010 (Les Belles Lettres), l’historienne Malika Rahal livre ici un récit-fleuve qui entraîne les lecteurs au cœur de l’année 1962, en donnant la parole au peuple algérien. Ce faisant, elle le remet au centre de l’objectif. Elle propose ainsi de se recentrer à la fois sur le peuple algérien et sur l’année 1962 en contrebalançant une narration historique et populaire qui a fait la part belle au déclenchement de la guerre du 1er novembre 1954, plutôt qu’à son achèvement en 1962, cette année marquant pourtant le commencement de l’Algérie indépendante.
L’historienne propose quatre portails d’entrée analytique : « ce que 1962 fait à la violence » (notamment celle de la rumeur du sang volé) ; « ce que 1962 fait aux corps » (au sens du corps collectif et des corps individualisés) ; « ce que 1962 fait à l’espace » (reconfiguration de l’espace à se réapproprier, à soigner, à déminer, sortie des camps, biens vacants, rues et quartiers à renommer) et « ce que 1962 fait au temps ». La lecture de la première partie montre autant « ce que 1962 fait à la violence », que ce que les violences font à 1962, car telle est l’image d’Épinal retenue par la postérité, celle de 1962, année paroxystique de la violence, avec les attentats de l’OAS, notamment à Oran. Cette violence, la chercheuse la détricote patiemment en isolant les trois temps distincts de 1962 : celui des accords d’Évian de mars 1962, suivi du « temps de l’OAS » ; puis celui du référendum, de la proclamation de l’indépendance en juillet 1962 et de la crise de l’été 1962 – ce mauvais départ pour certains, où les querelles idéologiques partisanes, contenues avant la fin des hostilités prendront le dessus – ; et enfin, le troisième temps, celui des élections à l’Assemblée nationale constituante du 20 septembre suivies du premier gouvernement Ben Bella.
L’auteure nous emporte dans un récit où l’effervescence narrative va de pair avec un goût de l’archive non-institutionnelle qu’elle défend. Faisant flèche archivistique de tout bois, la méthodologie employée est avant tout celle de l’enquête orale, en reliant ces propres entretiens avec ceux de ses collègues dans un récit inclusif inédit, tout en s’appuyant sur des journaux intimes, des chansons, des poèmes, des films comme sources primaires. Elle fait appel aux archives américaines, à celles du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), en reléguant les archives françaises institutionnelles, notamment militaires, dans un statut périphérique. En choisissant des sources archivistiques déplacées par rapport au recours attendu aux sources françaises, qu’elles soient politiques, militaires, policières, judiciaires ou carcérales, Malika Rahal déplace le curseur sur ce que la sortie de guerre a fait aux Algériens et aux Français, sous le regard aussi du tiers. Ainsi les rapports du consul américain en poste en 1962, William J. Porter, ouvrent le récit et filent au long de la trame narrative. L’historienne cite abondamment les sources de ses collègues de part et d’autre de la Méditerranée et au-delà, en langues arabe et française mais aussi anglaise et américaine. Elle livre une analyse autant historique que sociologique (notamment en montrant les tensions et les préjugés de classe autour du traitement de faveur des moudjahidines après 1962), autant anthropologique que politique, tout en étant attentive aux dimensions statistiques de la fin de guerre et de l’entrée en indépendance (relever le défi démographique de la scolarisation et le défi éducatif de la compétence du corps enseignant après le départ des Français).
Dans le chapitre intitulé « Le camp », elle analyse l’étrange statut absent-présent des camps en 1962 en s’appuyant notamment sur les travaux de l’historienne de l’architecture Samia Henni, qui a montré la violence de l’architecture des camps. Les camps dits « de regroupement » selon la nomenclature française du temps de la guerre, sont des lieux traumatisants et avilissants pour les populations déplacées de force. Malika Rahal construit une typologie de ces espaces en « camp en dur », « camp-localité » et « camp végétal », qui seront pour certains fondus dans la fabrique urbaine de l’après-indépendance, marque pérenne dans le paysage algérien de la « nuit coloniale », selon le titre du livre de Ferhat Abbas publié en 1962.
Malika Rahal voyage en 1962 en se consacrant avant tout à l’invention du peuple algérien mais elle ne néglige pas pour autant les autres composantes de la population, ceux que l'État colonial qualifie d’« Européens ». Elle analyse la surprise de l’ampleur stupéfiante du départ des pieds-noirs ainsi que la situation complexe des Juifs algériens et les désillusions différées des pieds-rouges – ces Français, militants de gauche ou d’extrême gauche qui sont restés en Algérie après 1962. Dans la section dédiée au cinéma algérien, elle inclut ainsi les films des pieds-rouges René Vautier, Peuple en marche (1963) et de Jacques Charby, Une si jeune paix (1965), en montrant qu’ils sont les représentants du jeune cinéma algérien au même titre que les films de Mohamed Lakhdar Lamina. Le cas du documentaire de Marceline Loridan-Ivens et Jean-Pierre Sergent, Algérie année zéro (1962), est aussi examiné mais de manière distincte (les réalisateurs sont militants anticolonialistes mais ne sont pas pieds-rouges.)
Malika Rahal insiste sur l’urgence permanente de 1962 qui galvanise autant qu’il précipite, sans faire une robinsonnade de cette année : 1962 est à la fois « un temps des possibles narratifs » et « le berceau des mythologies durables », ancré dans un passé immédiat et lointain, qui se projette en « pays de l’avenir » tout en se donnant dans un présent aussi loin que possible de tout écueil téléologique. Elle fait souffler un vent analytique convaincant sur plusieurs facettes de cette année : 1962 est fondatrice, violente, socialiste, porteuse d’espoirs (les aspirations de la réversibilité du fait colonial par une rétribution de la terre), utopique, etc.
Si le choix du titre Algérie 1962 semble se rattacher à une tendance historiographique récente de zoom sur une séquence chrono-topographique courte (du moins dans le titre seul) – à l’image des livres de Sylvie Thénault Les Ratonnades d’Alger, 1956. Une histoire de racisme colonial (Seuil, 2022), de Raphaëlle Branche L’Embuscade de Palestro. Algérie 1956 (Éditions La Découverte, 2010), de Benjamin Stora Algérie 1954 (Éditions de L'Aube, 2004), ou encore de Jim House et Neil MacMaster Paris 1961. Algerians, State terror & memory (Oxford University Press, 2009) – peu d’ouvrages sont intitulés en référence explicite à 1962. Retenons néanmoins L’Été de la discorde. Algérie 1962 d’Ali Haroun (Casbah Éditions, 1999) pour l’Algérie, et 1962 Comment l’indépendance algérienne a transformé la France de Todd Shepard (Éditions Payot, 2008) pour la France.
En revanche, le choix du sous-titre « une histoire populaire » fait l’objet d’une explication trop succincte, évoquée entre le livre-phare de Howard Zinn A People’s History of the United States (1980) et la seule mention d’Antonio Gramsci. Malika Rahal annonce vouloir « recouvrer les voix que l’on entend rarement, celles de personnes de milieux modestes, de personnes analphabètes, des femmes », ce qu’elle mène à bien tout au long de son enquête. Mais s’agit-il d’une histoire populaire au sens de l’histoire des peuples ou s’agit-il d’une histoire populaire car écrite à partir de sources populaires ? De plus, l’histoire de 1962 de Malika Rahal embrasse des champs de recherche qui vont bien au-delà de l’histoire dite populaire. En faisant le choix de citer à plusieurs reprises les rapports du consul américain Porter ou le récit du père Michel de Laparre, curé à Oran en 1961-1962, l’histoire qu’elle écrit est multi-catégorielle, populaire, politique, diplomatique, géopolitique, culturelle…
Une autre réserve, celle de la quasi-absence de la question du genre. Si les femmes sont présentes au long du récit, notamment à travers l’évocation de la maternité « oubliée ou abandonnée », la question du rapport de pouvoir entre hommes et femmes au moment de l’indépendance aurait gagné à être approfondie, d’autant que la photographie de couverture, prise le 3 juillet 1962 par Jean-Paul Margnac, y invite : dans ce cliché dynamique, illustration de l’histoire en marche, une camionnette transporte les Algériens fêtant leur indépendance. Les hommes, au premier plan, occupent l’avant du camion et brandissent le drapeau algérien, tandis que les femmes sont en retrait. De plus, l’historienne s’attarde sur la dimension de l’« algérianité » sans véritablement définir ce que recoupe cette notion.
Ces quelques remarques ne doivent pas amenuiser l’apport fondamental de cet ouvrage éclatant au plein sens du terme : tant dans ses fragments déployés avec force d’évidence et éclatant tant la diversité des matériaux archivistiques sélectionnés est impressionnante et analysée avec finesse et force de conviction.
L’historienne assume aussi sa non-exhaustivité (notons qu’elle n’évoque pas le sort particulier des Juifs du M’Zab en 1962, les Juifs du Sahara qui n’ont pas été concernés par le décret Crémieux de 1870 attribuant la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie), mais son récit est déjà d’une amplitude titanesque. Elle assume aussi sa subjectivité ; elle fait part de ses émotions quand un film de Vautier l’agace ou partage un souvenir personnel comme celui de son oncle chilien Mario qui a participé à la construction du métro algérois. Elle s’exprime à la première personne et revendique ce « je » narratif qui évite de créer une fiction d’objectivité. Sa plume, limpide et porteuse d’images fortes, rend la lecture fluide. Le choix d’un vocabulaire ancré dans un univers religieux, christique à certains égards, est à souligner ; cette inscription situe 1962 davantage encore dans la narration de la naissance d’une nouvelle ère. L’année 1962 est celle du « récit de la déploration ». A plusieurs reprises il est question de la dimension millénariste de 1962 et de « l’advention apocalyptique » de 1962, de l’anxiété eschatologique des « Européens » face à ce balayage de l’ordre ancien.
Malika Rahal propose plusieurs lectures du temps long de 1962 : à rebours de 1962 à 1830, de décembre 1960 à mars 1963, de 1962 jusqu’au festival panafricain de 1969. Elle fait aussi advenir 1962 en 2022. Cette exhumation et cette autonomisation de 1962 auront connu une gestation de soixante ans mais c’est un accouchement différé si attendu que tous les youyous du livre rassemblés ne suffiront pas à célébrer son avènement.
Lectrices et lecteurs ressortiront de cette plongée foisonnante en ayant pris la pleine mesure des défis infinis des premiers pas de l’Algérie indépendante et de l’entrelacement complexe de toutes ces constellations narratives de l’année 1962, sans vouloir refermer le livre mais au contraire en le laissant ouvert, au diapason des mots de la fin « refermer la période coloniale et ouvrir le pays à son avenir » ni sans manquer de méditer sur l’expression glissantienne « pays rêvé, pays réel ».
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 96[article] Guide des Livres : 1962 : le temps des possibles [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Marie-Pierre Ulloa, Auteur . - 2022 . - p. 96.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 96
Mots-clés : livre indépendance algérienne Note de contenu : Malika Rahal restitue les bouleversements de l'année de l'indépendance algérienne.
« Cette année-là / Les guitares tiraient sur les violons / On croyait qu’une révolution / Arrivait cette année-là » fredonnait le chanteur Claude François, emblématique de la France du temps des yéyés et de l’émission Salut les copains, en hommage à l’année 1962. Une révolution est bel et bien advenue « cette année-là », loin de Paris, sur le territoire algérien, et ce ne sont pas des tirs métaphoriques dont il fut question : 1962 marque la naissance de l’Algérie indépendante, la sortie de guerre, longue de huit ans, et la sortie de la colonisation française, longue de 132 ans.
Algérie 1962. Une histoire populaire de Malika Rahal retrace cette révolution copernicienne. Le livre est né de la frustration de l’historienne de voir la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance en 2012 passer sous silence l’année 1962 au profit de la glorification de 1954. La dimension de réparation de cet oubli est présente dans l’écriture du livre qui n’est rien de moins qu’une enquête capitale pour le savoir historique, celui du peuple algérien et de l’Algérie, et au-delà, pour toute audience qui s’intéresse à l’histoire de la décolonisation.
Simultanément publiée en France aux éditions La Découverte et en Algérie aux éditions Barzakh en ce début d’année 2022, l’ouvrage est issu de son habilitation à diriger des recherches. Après un doctorat consacré à l’histoire du parti politique l’Udma (Union démocratique du manifeste algérien) de Ferhat Abbas, soutenu en 2007 sous la direction de Benjamin Stora à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), ainsi notamment qu’un essai biographique novateur sur l’avocat Ali Boumendjel, une affaire française, une histoire algérienne publié en 2010 (Les Belles Lettres), l’historienne Malika Rahal livre ici un récit-fleuve qui entraîne les lecteurs au cœur de l’année 1962, en donnant la parole au peuple algérien. Ce faisant, elle le remet au centre de l’objectif. Elle propose ainsi de se recentrer à la fois sur le peuple algérien et sur l’année 1962 en contrebalançant une narration historique et populaire qui a fait la part belle au déclenchement de la guerre du 1er novembre 1954, plutôt qu’à son achèvement en 1962, cette année marquant pourtant le commencement de l’Algérie indépendante.
L’historienne propose quatre portails d’entrée analytique : « ce que 1962 fait à la violence » (notamment celle de la rumeur du sang volé) ; « ce que 1962 fait aux corps » (au sens du corps collectif et des corps individualisés) ; « ce que 1962 fait à l’espace » (reconfiguration de l’espace à se réapproprier, à soigner, à déminer, sortie des camps, biens vacants, rues et quartiers à renommer) et « ce que 1962 fait au temps ». La lecture de la première partie montre autant « ce que 1962 fait à la violence », que ce que les violences font à 1962, car telle est l’image d’Épinal retenue par la postérité, celle de 1962, année paroxystique de la violence, avec les attentats de l’OAS, notamment à Oran. Cette violence, la chercheuse la détricote patiemment en isolant les trois temps distincts de 1962 : celui des accords d’Évian de mars 1962, suivi du « temps de l’OAS » ; puis celui du référendum, de la proclamation de l’indépendance en juillet 1962 et de la crise de l’été 1962 – ce mauvais départ pour certains, où les querelles idéologiques partisanes, contenues avant la fin des hostilités prendront le dessus – ; et enfin, le troisième temps, celui des élections à l’Assemblée nationale constituante du 20 septembre suivies du premier gouvernement Ben Bella.
L’auteure nous emporte dans un récit où l’effervescence narrative va de pair avec un goût de l’archive non-institutionnelle qu’elle défend. Faisant flèche archivistique de tout bois, la méthodologie employée est avant tout celle de l’enquête orale, en reliant ces propres entretiens avec ceux de ses collègues dans un récit inclusif inédit, tout en s’appuyant sur des journaux intimes, des chansons, des poèmes, des films comme sources primaires. Elle fait appel aux archives américaines, à celles du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), en reléguant les archives françaises institutionnelles, notamment militaires, dans un statut périphérique. En choisissant des sources archivistiques déplacées par rapport au recours attendu aux sources françaises, qu’elles soient politiques, militaires, policières, judiciaires ou carcérales, Malika Rahal déplace le curseur sur ce que la sortie de guerre a fait aux Algériens et aux Français, sous le regard aussi du tiers. Ainsi les rapports du consul américain en poste en 1962, William J. Porter, ouvrent le récit et filent au long de la trame narrative. L’historienne cite abondamment les sources de ses collègues de part et d’autre de la Méditerranée et au-delà, en langues arabe et française mais aussi anglaise et américaine. Elle livre une analyse autant historique que sociologique (notamment en montrant les tensions et les préjugés de classe autour du traitement de faveur des moudjahidines après 1962), autant anthropologique que politique, tout en étant attentive aux dimensions statistiques de la fin de guerre et de l’entrée en indépendance (relever le défi démographique de la scolarisation et le défi éducatif de la compétence du corps enseignant après le départ des Français).
Dans le chapitre intitulé « Le camp », elle analyse l’étrange statut absent-présent des camps en 1962 en s’appuyant notamment sur les travaux de l’historienne de l’architecture Samia Henni, qui a montré la violence de l’architecture des camps. Les camps dits « de regroupement » selon la nomenclature française du temps de la guerre, sont des lieux traumatisants et avilissants pour les populations déplacées de force. Malika Rahal construit une typologie de ces espaces en « camp en dur », « camp-localité » et « camp végétal », qui seront pour certains fondus dans la fabrique urbaine de l’après-indépendance, marque pérenne dans le paysage algérien de la « nuit coloniale », selon le titre du livre de Ferhat Abbas publié en 1962.
Malika Rahal voyage en 1962 en se consacrant avant tout à l’invention du peuple algérien mais elle ne néglige pas pour autant les autres composantes de la population, ceux que l'État colonial qualifie d’« Européens ». Elle analyse la surprise de l’ampleur stupéfiante du départ des pieds-noirs ainsi que la situation complexe des Juifs algériens et les désillusions différées des pieds-rouges – ces Français, militants de gauche ou d’extrême gauche qui sont restés en Algérie après 1962. Dans la section dédiée au cinéma algérien, elle inclut ainsi les films des pieds-rouges René Vautier, Peuple en marche (1963) et de Jacques Charby, Une si jeune paix (1965), en montrant qu’ils sont les représentants du jeune cinéma algérien au même titre que les films de Mohamed Lakhdar Lamina. Le cas du documentaire de Marceline Loridan-Ivens et Jean-Pierre Sergent, Algérie année zéro (1962), est aussi examiné mais de manière distincte (les réalisateurs sont militants anticolonialistes mais ne sont pas pieds-rouges.)
Malika Rahal insiste sur l’urgence permanente de 1962 qui galvanise autant qu’il précipite, sans faire une robinsonnade de cette année : 1962 est à la fois « un temps des possibles narratifs » et « le berceau des mythologies durables », ancré dans un passé immédiat et lointain, qui se projette en « pays de l’avenir » tout en se donnant dans un présent aussi loin que possible de tout écueil téléologique. Elle fait souffler un vent analytique convaincant sur plusieurs facettes de cette année : 1962 est fondatrice, violente, socialiste, porteuse d’espoirs (les aspirations de la réversibilité du fait colonial par une rétribution de la terre), utopique, etc.
Si le choix du titre Algérie 1962 semble se rattacher à une tendance historiographique récente de zoom sur une séquence chrono-topographique courte (du moins dans le titre seul) – à l’image des livres de Sylvie Thénault Les Ratonnades d’Alger, 1956. Une histoire de racisme colonial (Seuil, 2022), de Raphaëlle Branche L’Embuscade de Palestro. Algérie 1956 (Éditions La Découverte, 2010), de Benjamin Stora Algérie 1954 (Éditions de L'Aube, 2004), ou encore de Jim House et Neil MacMaster Paris 1961. Algerians, State terror & memory (Oxford University Press, 2009) – peu d’ouvrages sont intitulés en référence explicite à 1962. Retenons néanmoins L’Été de la discorde. Algérie 1962 d’Ali Haroun (Casbah Éditions, 1999) pour l’Algérie, et 1962 Comment l’indépendance algérienne a transformé la France de Todd Shepard (Éditions Payot, 2008) pour la France.
En revanche, le choix du sous-titre « une histoire populaire » fait l’objet d’une explication trop succincte, évoquée entre le livre-phare de Howard Zinn A People’s History of the United States (1980) et la seule mention d’Antonio Gramsci. Malika Rahal annonce vouloir « recouvrer les voix que l’on entend rarement, celles de personnes de milieux modestes, de personnes analphabètes, des femmes », ce qu’elle mène à bien tout au long de son enquête. Mais s’agit-il d’une histoire populaire au sens de l’histoire des peuples ou s’agit-il d’une histoire populaire car écrite à partir de sources populaires ? De plus, l’histoire de 1962 de Malika Rahal embrasse des champs de recherche qui vont bien au-delà de l’histoire dite populaire. En faisant le choix de citer à plusieurs reprises les rapports du consul américain Porter ou le récit du père Michel de Laparre, curé à Oran en 1961-1962, l’histoire qu’elle écrit est multi-catégorielle, populaire, politique, diplomatique, géopolitique, culturelle…
Une autre réserve, celle de la quasi-absence de la question du genre. Si les femmes sont présentes au long du récit, notamment à travers l’évocation de la maternité « oubliée ou abandonnée », la question du rapport de pouvoir entre hommes et femmes au moment de l’indépendance aurait gagné à être approfondie, d’autant que la photographie de couverture, prise le 3 juillet 1962 par Jean-Paul Margnac, y invite : dans ce cliché dynamique, illustration de l’histoire en marche, une camionnette transporte les Algériens fêtant leur indépendance. Les hommes, au premier plan, occupent l’avant du camion et brandissent le drapeau algérien, tandis que les femmes sont en retrait. De plus, l’historienne s’attarde sur la dimension de l’« algérianité » sans véritablement définir ce que recoupe cette notion.
Ces quelques remarques ne doivent pas amenuiser l’apport fondamental de cet ouvrage éclatant au plein sens du terme : tant dans ses fragments déployés avec force d’évidence et éclatant tant la diversité des matériaux archivistiques sélectionnés est impressionnante et analysée avec finesse et force de conviction.
L’historienne assume aussi sa non-exhaustivité (notons qu’elle n’évoque pas le sort particulier des Juifs du M’Zab en 1962, les Juifs du Sahara qui n’ont pas été concernés par le décret Crémieux de 1870 attribuant la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie), mais son récit est déjà d’une amplitude titanesque. Elle assume aussi sa subjectivité ; elle fait part de ses émotions quand un film de Vautier l’agace ou partage un souvenir personnel comme celui de son oncle chilien Mario qui a participé à la construction du métro algérois. Elle s’exprime à la première personne et revendique ce « je » narratif qui évite de créer une fiction d’objectivité. Sa plume, limpide et porteuse d’images fortes, rend la lecture fluide. Le choix d’un vocabulaire ancré dans un univers religieux, christique à certains égards, est à souligner ; cette inscription situe 1962 davantage encore dans la narration de la naissance d’une nouvelle ère. L’année 1962 est celle du « récit de la déploration ». A plusieurs reprises il est question de la dimension millénariste de 1962 et de « l’advention apocalyptique » de 1962, de l’anxiété eschatologique des « Européens » face à ce balayage de l’ordre ancien.
Malika Rahal propose plusieurs lectures du temps long de 1962 : à rebours de 1962 à 1830, de décembre 1960 à mars 1963, de 1962 jusqu’au festival panafricain de 1969. Elle fait aussi advenir 1962 en 2022. Cette exhumation et cette autonomisation de 1962 auront connu une gestation de soixante ans mais c’est un accouchement différé si attendu que tous les youyous du livre rassemblés ne suffiront pas à célébrer son avènement.
Lectrices et lecteurs ressortiront de cette plongée foisonnante en ayant pris la pleine mesure des défis infinis des premiers pas de l’Algérie indépendante et de l’entrelacement complexe de toutes ces constellations narratives de l’année 1962, sans vouloir refermer le livre mais au contraire en le laissant ouvert, au diapason des mots de la fin « refermer la période coloniale et ouvrir le pays à son avenir » ni sans manquer de méditer sur l’expression glissantienne « pays rêvé, pays réel ».
Guide des Livres : Un quartier de Jérusalem / Henry Laurens in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Un quartier de Jérusalem Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Henry Laurens, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 96 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre Jérusalem 1967 quartier maghrébin Note de contenu : Plongée dans l'histoire longue du quartier maghrébin de Jérusalem, détruit en 1967.
Ce livre tiré d'un mémoire d'habilitation est la première étude globale de l'histoire du quartier maghrébin de Jérusalem, littéralement au pied du côté occidental du Mur des lamentations. Il n'existait qu'un passage de moins de quatre mètres entre le Mur et les premières maisons.
Ce quartier a été constitué sous forme de waqf, fondation pieuse léguée à perpétuité, à partir de la reprise de Jérusalem par Saladin en 1187. Cette fondation disposait d'un certain nombre de financements dont les terres de Ayn Karim en Cisjordanie constituaient la part la plus importante et bénéficiaient aux Maghrébins installés à Jérusalem.
L'habitat de ce quartier n'était pas très différent de celui de la vieille ville de Jérusalem. Le livre est surtout consacré au dernier siècle de ce quartier. Dès avant la Grande Guerre, le mouvement sioniste a essayé d'en faire l'acquisition afin de le détruire pour créer une esplanade devant le Mur, ce qui est naturellement impossible puisqu'il s'agit d'un bien inaliénable. Sous le mandat britannique, le waqf peut apparaître pour certains responsables français comme un instrument d'influence. En 1929 il se trouve au centre des événements dits des émeutes du Mur des lamentations.
En 1948 il passe sous contrôle jordanien, mais les propriétés de Ayn Karim sont en territoire israélien. Les biens sont confisqués et les habitants expulsés au profit d'institutions juives. Le waqf se trouve en grande difficulté financière et l'islamologue Louis Massignon milite pour une aide venant de l'Algérie française, mais ce projet se fracasse avec la guerre d'Algérie.
Vincent Lemire consacre une étude minutieuse aux mécanismes de sa destruction en juin 1967 décidée par les autorités israéliennes dans la foulée de la prise de la Jérusalem arabe et aux traces laissées jusqu'à aujourd'hui par ce quartier fantôme. Le lecteur sera frappé par la multiplicité des sources utilisées et souvent évoquées de façon tactile et visuelle et par la méthodologie qui évoque le travail de l'historien dans une recherche en train de se faire. C'est une contribution des plus essentielles à l'histoire de Jérusalem et une pièce importante au dossier du conflit israélo-palestinien.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 96[article] Guide des Livres : Un quartier de Jérusalem [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Henry Laurens, Auteur . - 2022 . - p. 96.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 96
Mots-clés : livre Jérusalem 1967 quartier maghrébin Note de contenu : Plongée dans l'histoire longue du quartier maghrébin de Jérusalem, détruit en 1967.
Ce livre tiré d'un mémoire d'habilitation est la première étude globale de l'histoire du quartier maghrébin de Jérusalem, littéralement au pied du côté occidental du Mur des lamentations. Il n'existait qu'un passage de moins de quatre mètres entre le Mur et les premières maisons.
Ce quartier a été constitué sous forme de waqf, fondation pieuse léguée à perpétuité, à partir de la reprise de Jérusalem par Saladin en 1187. Cette fondation disposait d'un certain nombre de financements dont les terres de Ayn Karim en Cisjordanie constituaient la part la plus importante et bénéficiaient aux Maghrébins installés à Jérusalem.
L'habitat de ce quartier n'était pas très différent de celui de la vieille ville de Jérusalem. Le livre est surtout consacré au dernier siècle de ce quartier. Dès avant la Grande Guerre, le mouvement sioniste a essayé d'en faire l'acquisition afin de le détruire pour créer une esplanade devant le Mur, ce qui est naturellement impossible puisqu'il s'agit d'un bien inaliénable. Sous le mandat britannique, le waqf peut apparaître pour certains responsables français comme un instrument d'influence. En 1929 il se trouve au centre des événements dits des émeutes du Mur des lamentations.
En 1948 il passe sous contrôle jordanien, mais les propriétés de Ayn Karim sont en territoire israélien. Les biens sont confisqués et les habitants expulsés au profit d'institutions juives. Le waqf se trouve en grande difficulté financière et l'islamologue Louis Massignon milite pour une aide venant de l'Algérie française, mais ce projet se fracasse avec la guerre d'Algérie.
Vincent Lemire consacre une étude minutieuse aux mécanismes de sa destruction en juin 1967 décidée par les autorités israéliennes dans la foulée de la prise de la Jérusalem arabe et aux traces laissées jusqu'à aujourd'hui par ce quartier fantôme. Le lecteur sera frappé par la multiplicité des sources utilisées et souvent évoquées de façon tactile et visuelle et par la méthodologie qui évoque le travail de l'historien dans une recherche en train de se faire. C'est une contribution des plus essentielles à l'histoire de Jérusalem et une pièce importante au dossier du conflit israélo-palestinien.
Guide des Livres : Les gestes du rite / William Van Andringa in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Les gestes du rite Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : William Van Andringa, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 97 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre archéologie Pompéi fouilles Note de contenu : Archéologie du geste. Rites et pratiques à Pompéi, William Van Andringa Éditions, Hermann, 2021, 198 p., 42 €.
« Ce livre est un manifeste », conclut William Van Andringa, et, peut-on ajouter, brillamment argumenté et pleinement convaincant. S'appuyant sur ses fouilles de Pompéi, l'auteur plaide pour un passage de l'archéologie à une véritable dissection de cette « bibliothèque en désordre de l'action et du comportement humains » que constituent les vestiges laissés par les hommes. Il montre comment des méthodes fines (et très longues) et une analyse rigoureuse instruisent sur les gestes, à propos par exemple de sacrifices à Isis ou de cultes rendus aux dieux domestiques. Ainsi, en matière religieuse ou funéraire, si une trame générale peut être déduite des textes anciens confirmés par les fouilles traditionnelles, chaque acte est un cas d'espèce, car l'individu brode de façon inventive en fonction des circonstances et de ses propres objectifs. L'accomplissement du rite n'est jamais la répétition d'un formulaire immuable.
Richement illustré, très pédagogique, ce livre est l'acte fondateur d'une nouvelle dimension de l'archéologie qui rend à l'homme la place qui lui revient. Éblouissant.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 97[article] Guide des Livres : Les gestes du rite [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / William Van Andringa, Auteur . - 2022 . - p. 97.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 97
Mots-clés : livre archéologie Pompéi fouilles Note de contenu : Archéologie du geste. Rites et pratiques à Pompéi, William Van Andringa Éditions, Hermann, 2021, 198 p., 42 €.
« Ce livre est un manifeste », conclut William Van Andringa, et, peut-on ajouter, brillamment argumenté et pleinement convaincant. S'appuyant sur ses fouilles de Pompéi, l'auteur plaide pour un passage de l'archéologie à une véritable dissection de cette « bibliothèque en désordre de l'action et du comportement humains » que constituent les vestiges laissés par les hommes. Il montre comment des méthodes fines (et très longues) et une analyse rigoureuse instruisent sur les gestes, à propos par exemple de sacrifices à Isis ou de cultes rendus aux dieux domestiques. Ainsi, en matière religieuse ou funéraire, si une trame générale peut être déduite des textes anciens confirmés par les fouilles traditionnelles, chaque acte est un cas d'espèce, car l'individu brode de façon inventive en fonction des circonstances et de ses propres objectifs. L'accomplissement du rite n'est jamais la répétition d'un formulaire immuable.
Richement illustré, très pédagogique, ce livre est l'acte fondateur d'une nouvelle dimension de l'archéologie qui rend à l'homme la place qui lui revient. Éblouissant.
Guide des Livres : « Plus grand roi du monde » / Stéphane Guerre in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : « Plus grand roi du monde » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Stéphane Guerre, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 97-98 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre Louis XIV majesté Note de contenu :
Brève et dense biographie : en moins de 200 pages, Stéphane Guerre dessine un portrait incisif et nuancé de celui qui se qualifiait de « plus grand roi du monde ». D'abord, bien sûr, l'image en majesté d'un souverain en perpétuelle représentation : dès son enfance, Louis Dieudonné a appris, notamment de son mentor et parrain Mazarin, à ne « jamais rien céder qui prouverait que l'homme prime sur le souverain », quitte à créer « un trop-plein d'incarnation en se proclamant sans cesse maître de l'État ». Ensuite, plus inattendu, à la fin de sa vie, ébranlé par les multiples malheurs qui le frappent, voici le roi qui « fend l'armure » : en 1709, « victime d'un accablement extraordinaire », il a « le chagrin peint sur son visage ». Il nous semble - c'est Torcy qui témoigne - « pénétré de douleur », allant jusqu'à « gémir » : « il lui prend parfois des pleurs dont il n'est pas le maître », confirme madame de Maintenon.
Au-delà de la personne du Roi Soleil, l'auteur accorde toute son attention à ceux qui l'entourent : Colbert, le trop zélé ministre ; Louvois, le froid gestionnaire de la guerre ; Desmaretz, l'expert technicien des Finances. De la Fronde à la guerre de Succession d'Espagne, les principales crises et inflexions du règne sont clairement expliquées, de même que les métamorphoses d'une monarchie de plus en plus performante, car Louis XIV a bien gouverné ses sujets en laissant à ses successeurs une grande machine administrative dont les rouages n'ont cessé de se perfectionner : « Je m'en vais, mais l'État demeurera toujours », furent ses dernières paroles. Après lui, peut conclure Stéphane Guerre, l'État absolu peut se dispenser du roi absolu.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 97-98[article] Guide des Livres : « Plus grand roi du monde » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Stéphane Guerre, Auteur . - 2022 . - p. 97-98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 97-98
Mots-clés : livre Louis XIV majesté Note de contenu :
Brève et dense biographie : en moins de 200 pages, Stéphane Guerre dessine un portrait incisif et nuancé de celui qui se qualifiait de « plus grand roi du monde ». D'abord, bien sûr, l'image en majesté d'un souverain en perpétuelle représentation : dès son enfance, Louis Dieudonné a appris, notamment de son mentor et parrain Mazarin, à ne « jamais rien céder qui prouverait que l'homme prime sur le souverain », quitte à créer « un trop-plein d'incarnation en se proclamant sans cesse maître de l'État ». Ensuite, plus inattendu, à la fin de sa vie, ébranlé par les multiples malheurs qui le frappent, voici le roi qui « fend l'armure » : en 1709, « victime d'un accablement extraordinaire », il a « le chagrin peint sur son visage ». Il nous semble - c'est Torcy qui témoigne - « pénétré de douleur », allant jusqu'à « gémir » : « il lui prend parfois des pleurs dont il n'est pas le maître », confirme madame de Maintenon.
Au-delà de la personne du Roi Soleil, l'auteur accorde toute son attention à ceux qui l'entourent : Colbert, le trop zélé ministre ; Louvois, le froid gestionnaire de la guerre ; Desmaretz, l'expert technicien des Finances. De la Fronde à la guerre de Succession d'Espagne, les principales crises et inflexions du règne sont clairement expliquées, de même que les métamorphoses d'une monarchie de plus en plus performante, car Louis XIV a bien gouverné ses sujets en laissant à ses successeurs une grande machine administrative dont les rouages n'ont cessé de se perfectionner : « Je m'en vais, mais l'État demeurera toujours », furent ses dernières paroles. Après lui, peut conclure Stéphane Guerre, l'État absolu peut se dispenser du roi absolu.
Guide des Livres : « A la façon des oiseaux » / Sylvain Piron in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : « A la façon des oiseaux » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sylvain Piron, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 97 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre Vie de Christine l’Admirable Note de contenu : Christine l’Admirable. Vie, chants et merveilles, précédé de Thomas de Cantimpré, Vie de Christine l’Admirable, Sylvain Piron, édité et traduit du latin en collaboration avec Armelle Le Huërou, Bruxelles, Vues de l’esprit, 2021, 204 p., 19 €.
En novembre 1991 le chanteur et compositeur Nick Cave enregistre, dans un ton sombre et désespéré très post-punk, l'album Henry's Dream. Une chanson s'y impose : « Christina the Astonishing ». Elle évoque une sainte femme du diocèse de Liège dont le dominicain Thomas de Cantimpré rédige en 1232 la Vie. Une femme à l'inquiétant comportement. Elle fuit la présence des hommes, détestant leur odeur, et se réfugie dans les arbres, « à la façon des oiseaux ». Elle se nourrit du lait ou de l'huile coulant de ses seins de vierge. Elle s'inflige les pires tortures, entrant dans un four, restant six jours dans la Meuse, se jetant dans les ronces, se laissant mordre par les chiens. Bien que hurlant de terreur, elle sort indemne de ces épreuves. Elle meurt une première fois, et ressuscite pour s'envoler comme un oiseau. Elle brille par l'esprit de prophétie, sait le latin et comprend divinement la Bible.
Sylvain Piron, directeur d'études à l'EHESS, offre à lire cette Vie (en latin et en traduction) et la commente de façon subtile en se demandant comment Thomas de Cantimpré a pu mettre en lumière une femme à l'attitude aussi peu « exemplaire » (elle arrache de force les aumônes qu'on lui refuse !). Est-ce un équivalent féminin extrême (Nick Cave dirait « grunge ») de saint François ? Pour tenter de cerner la complexité de cette Vie, l'auteur va jusqu'à recourir aux observations contemporaines des expériences de mort imminente, ou au chamanisme, dans une démarche qu'il décrit comme une science sociale des pratiques de l'invisible. Un livre courageux, et passionnant.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 97[article] Guide des Livres : « A la façon des oiseaux » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sylvain Piron, Auteur . - 2022 . - p. 97.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 97
Mots-clés : livre Vie de Christine l’Admirable Note de contenu : Christine l’Admirable. Vie, chants et merveilles, précédé de Thomas de Cantimpré, Vie de Christine l’Admirable, Sylvain Piron, édité et traduit du latin en collaboration avec Armelle Le Huërou, Bruxelles, Vues de l’esprit, 2021, 204 p., 19 €.
En novembre 1991 le chanteur et compositeur Nick Cave enregistre, dans un ton sombre et désespéré très post-punk, l'album Henry's Dream. Une chanson s'y impose : « Christina the Astonishing ». Elle évoque une sainte femme du diocèse de Liège dont le dominicain Thomas de Cantimpré rédige en 1232 la Vie. Une femme à l'inquiétant comportement. Elle fuit la présence des hommes, détestant leur odeur, et se réfugie dans les arbres, « à la façon des oiseaux ». Elle se nourrit du lait ou de l'huile coulant de ses seins de vierge. Elle s'inflige les pires tortures, entrant dans un four, restant six jours dans la Meuse, se jetant dans les ronces, se laissant mordre par les chiens. Bien que hurlant de terreur, elle sort indemne de ces épreuves. Elle meurt une première fois, et ressuscite pour s'envoler comme un oiseau. Elle brille par l'esprit de prophétie, sait le latin et comprend divinement la Bible.
Sylvain Piron, directeur d'études à l'EHESS, offre à lire cette Vie (en latin et en traduction) et la commente de façon subtile en se demandant comment Thomas de Cantimpré a pu mettre en lumière une femme à l'attitude aussi peu « exemplaire » (elle arrache de force les aumônes qu'on lui refuse !). Est-ce un équivalent féminin extrême (Nick Cave dirait « grunge ») de saint François ? Pour tenter de cerner la complexité de cette Vie, l'auteur va jusqu'à recourir aux observations contemporaines des expériences de mort imminente, ou au chamanisme, dans une démarche qu'il décrit comme une science sociale des pratiques de l'invisible. Un livre courageux, et passionnant.
Guide des Livres : Le grand malentendu / Sylvain Gouguenheim in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le grand malentendu Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sylvain Gouguenheim, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 97 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre païens balte christianisation Note de contenu : Les Derniers païens. Les Baltes face aux chrétiens, XIIIe-XVIIIe siècles, Sylvain Gouguenheim, Passés composés, 2022, 448 p., 24 €.
En s'intéressant à l'expérience balte de la christianisation, Sylvain Gouguenheim s'engage sur un terrain ardu. Il implique de s'affranchir du seul récit disponible, celui de vainqueurs, les chevaliers Teutoniques notamment, qui lisent inévitablement les coutumes des vaincus à l'aune de leur propre outillage mental. Il nécessite aussi d'adopter une perspective d'ethnologue qui ne laisse rien au hasard, des textes à l'archéologie, en passant par le folklore et le paysage. La capacité de l'auteur à synthétiser ces perspectives et les débats que chacune d'elles a suscités est d'autant plus impressionnante que la période étudiée est longue.
« L'acte du baptême, puisqu'il constitue le chrétien, était nécessaire ; il n'était pas suffisant. » Les Baltes n'y ont pas seulement opposé une farouche résistance, les princes de Lituanie allant jusqu'à instituer dans leur principauté, la plus vaste d'Europe au XIVe siècle, un paganisme d'État ; ils se sont aussi accrochés à leurs cultes bien après leur conversion formelle, vénérant le feu, les bois sacrés, les couleuvres domestiques. Simples « superstitions » ou réminiscences préchrétiennes ? La question se pose, alors que dans toute l'Europe, les Églises catholique et réformée traquent le paganisme sous toutes ses formes dans les populations.
Au moyen d'une étude rigoureuse des panthéons païens et des pratiques religieuses, l'auteur met au jour un culte des forces naturelles encore perceptible de nos jours. En rendant aux Baltes leur rôle d'acteurs dans ce processus séculaire, il livre une histoire toujours stimulante des malentendus réciproques entre les missionnaires et ceux qu'ils croient avoir convertis.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 97[article] Guide des Livres : Le grand malentendu [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sylvain Gouguenheim, Auteur . - 2022 . - p. 97.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 97
Mots-clés : livre païens balte christianisation Note de contenu : Les Derniers païens. Les Baltes face aux chrétiens, XIIIe-XVIIIe siècles, Sylvain Gouguenheim, Passés composés, 2022, 448 p., 24 €.
En s'intéressant à l'expérience balte de la christianisation, Sylvain Gouguenheim s'engage sur un terrain ardu. Il implique de s'affranchir du seul récit disponible, celui de vainqueurs, les chevaliers Teutoniques notamment, qui lisent inévitablement les coutumes des vaincus à l'aune de leur propre outillage mental. Il nécessite aussi d'adopter une perspective d'ethnologue qui ne laisse rien au hasard, des textes à l'archéologie, en passant par le folklore et le paysage. La capacité de l'auteur à synthétiser ces perspectives et les débats que chacune d'elles a suscités est d'autant plus impressionnante que la période étudiée est longue.
« L'acte du baptême, puisqu'il constitue le chrétien, était nécessaire ; il n'était pas suffisant. » Les Baltes n'y ont pas seulement opposé une farouche résistance, les princes de Lituanie allant jusqu'à instituer dans leur principauté, la plus vaste d'Europe au XIVe siècle, un paganisme d'État ; ils se sont aussi accrochés à leurs cultes bien après leur conversion formelle, vénérant le feu, les bois sacrés, les couleuvres domestiques. Simples « superstitions » ou réminiscences préchrétiennes ? La question se pose, alors que dans toute l'Europe, les Églises catholique et réformée traquent le paganisme sous toutes ses formes dans les populations.
Au moyen d'une étude rigoureuse des panthéons païens et des pratiques religieuses, l'auteur met au jour un culte des forces naturelles encore perceptible de nos jours. En rendant aux Baltes leur rôle d'acteurs dans ce processus séculaire, il livre une histoire toujours stimulante des malentendus réciproques entre les missionnaires et ceux qu'ils croient avoir convertis.
Guide des Livres : « Marché gourmand » / Philippe Meyzie in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : « Marché gourmand » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Philippe Meyzie, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 98-99 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre nourriture origine art Note de contenu : L’Unique et le véritable. Réputation, origine et marchés alimentaires, vers 1680-vers 1830, Philippe Meyzie, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2021, 384 p., 26 €.
Philippe Meyzie, maître de conférences à l'université de Bordeaux, pose une question fondamentale d ans l'histoire des arts et pratiques culinaires : comment la réputation des produits de bouche s'est-elle fixée en France ? D'où viennent les appellations d'origine protégée et autres qui structurent notre patrimoine contemporain ? Adossé à une bibliographie sans faille, l'auteur dénoue le fil rouge de la construction de la réputation d'un produit, cette fama que les contemporains des Temps modernes comprenaient mieux que quiconque par leur culture de l'Antiquité. L'ouvrage, publication de l'habilitation à diriger des recherches de l'auteur, interroge aussi bien les critères géographiques et sociaux que les phénomènes de mode et l'organisation à l'échelle nationale d'un « marché gourmand ». Les dynamiques commerciales et dans une certaine mesure, « marketing », jouent à plein alors que les normes de production ne sont encore que peu ou pas présentes. Un ouvrage de fond qui montre comment les critères de sélection puis d'élection auprès du consommateur s'inscrivent dans une temporalité longue et dépassent le cadre local.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 98-99[article] Guide des Livres : « Marché gourmand » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Philippe Meyzie, Auteur . - 2022 . - p. 98-99.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 98-99
Mots-clés : livre nourriture origine art Note de contenu : L’Unique et le véritable. Réputation, origine et marchés alimentaires, vers 1680-vers 1830, Philippe Meyzie, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2021, 384 p., 26 €.
Philippe Meyzie, maître de conférences à l'université de Bordeaux, pose une question fondamentale d ans l'histoire des arts et pratiques culinaires : comment la réputation des produits de bouche s'est-elle fixée en France ? D'où viennent les appellations d'origine protégée et autres qui structurent notre patrimoine contemporain ? Adossé à une bibliographie sans faille, l'auteur dénoue le fil rouge de la construction de la réputation d'un produit, cette fama que les contemporains des Temps modernes comprenaient mieux que quiconque par leur culture de l'Antiquité. L'ouvrage, publication de l'habilitation à diriger des recherches de l'auteur, interroge aussi bien les critères géographiques et sociaux que les phénomènes de mode et l'organisation à l'échelle nationale d'un « marché gourmand ». Les dynamiques commerciales et dans une certaine mesure, « marketing », jouent à plein alors que les normes de production ne sont encore que peu ou pas présentes. Un ouvrage de fond qui montre comment les critères de sélection puis d'élection auprès du consommateur s'inscrivent dans une temporalité longue et dépassent le cadre local.
Guide des Livres : Albert Camus, la justice et l'amour / alain Vircondelet in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Albert Camus, la justice et l'amour Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : alain Vircondelet, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre Camus biographie Note de contenu : Albert Camus et la guerre d’Algérie. Histoire d’un malentendu, Alain Vircondelet, Éditions du Rocher, 2022, 320 p., 19,90 €.
La quatrième de couverture est formelle : voici, « loin de l'histoire officielle, des idéologies et des propagandes de tous bords, un récit bouleversant puisé aux sources du vivant, au plus près de l'Algérie et de Camus ». Au lecteur que cette proclamation fera sourire, à juste titre, rappelons qu'Alain Vircondelet n'est pas historien et, plutôt, qu'il demeure un enfant d'Alger où il est né en 1947, un rescapé de la communauté des Français de là-bas devenue en 1962 celle des « rapatriés » ou des « pieds-noirs » de métropole et d'outre-mer. Biographe et romancier sensible (on n'a pas oublié sa résurrection de Séraphine de Senlis), il croise depuis longtemps dans les parages de Camus, ancien élève comme lui au lycée Bugeaud, auquel il a consacré de nombreux travaux. Celui-ci paraît soixante ans après les accords d'Évian et, malgré l'a priori personnel et mémoriel qui le rend souvent péremptoire et orienté (pourquoi, par exemple, égratigner ainsi Benjamin Stora et son récent rapport ?), il rappelle utilement la part singulière de Camus face à ces « événements » qu'il fallut bien nommer une guerre.
Il suit les sinuosités biographiques et il souligne la fidélité charnelle et la rectitude morale qui ont conduit Camus, pris au piège de cette guerre fratricide, jusqu'aux Chroniques algériennes de 1958 où il a assemblé ses propos sur la terre natale depuis 1939, et à sa réplique restée célèbre à un étudiant, pendant une réunion de 1957 à Stockholm où il recevait le prix Nobel : « J'ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s'exerce aveuglément, dans les rues d'Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. »
Cet aveu doublé d'un silence public - ce qui ne l'empêchait pas d'oeuvrer pour sauver des condamnés et des internés des deux rives - lui a valu d'être piétiné de toutes parts puisqu'il refusait de choisir son camp. Il a perdu des amis, comme l'écrivain Mouloud Feraoun devenu partisan de l'indépendance et assassiné par l'OAS. Le FLN en a fait un colonialiste honteux et un traître à la patrie. En métropole, l'extrême droite l'a vilipendé et l'intelligence progressiste, communiste, chrétienne ou porteuse de valises, a condamné sans appel cet humaniste douteux, Sartre en tête. Mais lui a tenu bon, dévoré par son Algérie « à mi-distance de la misère et du soleil », frère de ceux qui connaissaient « les déchirements du oui et du non, de midi et des minuits, de la révolte et de l'amour » et qui rêvaient d'un pays « où Français et Arabes s'associer[aient] librement ».
Sa ténacité a coulé de source : « J'ai décidé de maintenir au milieu de cette montée de folie tout ce que je croyais vrai. En premier lieu, travailler. Il me semble qu'assez de valeurs qui ne dépendent pas de nous sont en train de mourir pour que nous ne délaissions pas du moins ce dont nous sommes capables. » Car « il s'agit de servir la dignité de l'homme par des moyens qui restent dignes au milieu d'une histoire qui ne l'est pas ».
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 98[article] Guide des Livres : Albert Camus, la justice et l'amour [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / alain Vircondelet, Auteur . - 2022 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 98
Mots-clés : livre Camus biographie Note de contenu : Albert Camus et la guerre d’Algérie. Histoire d’un malentendu, Alain Vircondelet, Éditions du Rocher, 2022, 320 p., 19,90 €.
La quatrième de couverture est formelle : voici, « loin de l'histoire officielle, des idéologies et des propagandes de tous bords, un récit bouleversant puisé aux sources du vivant, au plus près de l'Algérie et de Camus ». Au lecteur que cette proclamation fera sourire, à juste titre, rappelons qu'Alain Vircondelet n'est pas historien et, plutôt, qu'il demeure un enfant d'Alger où il est né en 1947, un rescapé de la communauté des Français de là-bas devenue en 1962 celle des « rapatriés » ou des « pieds-noirs » de métropole et d'outre-mer. Biographe et romancier sensible (on n'a pas oublié sa résurrection de Séraphine de Senlis), il croise depuis longtemps dans les parages de Camus, ancien élève comme lui au lycée Bugeaud, auquel il a consacré de nombreux travaux. Celui-ci paraît soixante ans après les accords d'Évian et, malgré l'a priori personnel et mémoriel qui le rend souvent péremptoire et orienté (pourquoi, par exemple, égratigner ainsi Benjamin Stora et son récent rapport ?), il rappelle utilement la part singulière de Camus face à ces « événements » qu'il fallut bien nommer une guerre.
Il suit les sinuosités biographiques et il souligne la fidélité charnelle et la rectitude morale qui ont conduit Camus, pris au piège de cette guerre fratricide, jusqu'aux Chroniques algériennes de 1958 où il a assemblé ses propos sur la terre natale depuis 1939, et à sa réplique restée célèbre à un étudiant, pendant une réunion de 1957 à Stockholm où il recevait le prix Nobel : « J'ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s'exerce aveuglément, dans les rues d'Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. »
Cet aveu doublé d'un silence public - ce qui ne l'empêchait pas d'oeuvrer pour sauver des condamnés et des internés des deux rives - lui a valu d'être piétiné de toutes parts puisqu'il refusait de choisir son camp. Il a perdu des amis, comme l'écrivain Mouloud Feraoun devenu partisan de l'indépendance et assassiné par l'OAS. Le FLN en a fait un colonialiste honteux et un traître à la patrie. En métropole, l'extrême droite l'a vilipendé et l'intelligence progressiste, communiste, chrétienne ou porteuse de valises, a condamné sans appel cet humaniste douteux, Sartre en tête. Mais lui a tenu bon, dévoré par son Algérie « à mi-distance de la misère et du soleil », frère de ceux qui connaissaient « les déchirements du oui et du non, de midi et des minuits, de la révolte et de l'amour » et qui rêvaient d'un pays « où Français et Arabes s'associer[aient] librement ».
Sa ténacité a coulé de source : « J'ai décidé de maintenir au milieu de cette montée de folie tout ce que je croyais vrai. En premier lieu, travailler. Il me semble qu'assez de valeurs qui ne dépendent pas de nous sont en train de mourir pour que nous ne délaissions pas du moins ce dont nous sommes capables. » Car « il s'agit de servir la dignité de l'homme par des moyens qui restent dignes au milieu d'une histoire qui ne l'est pas ».
Guide des Livres : Procès pour viol / Enora Peronneau in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Procès pour viol Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Enora Peronneau, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 99 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre procès viol 1695-1780 Note de contenu : Crimes sexuels et société à la fin de l’Ancien Régime, Enora Peronneau, Saint-Jalmes, Perrin, 2021, 500 p., 25 €.
Dans la lignée des travaux amorcés par Georges Vigarello sur l'histoire du viol, cette étude aborde la question des crimes sexuels à la fin de l'Ancien Régime. Dans le cadre d'un master puis d'une thèse de l'École des chartes, Enora Peronneau Saint-Jalmes dépouille consciencieusement les procédures criminelles des archives départementales de l'Yonne afin d'en tirer 31 affaires traitées entre 1695 et 1780 par les justices royale et seigneuriales des environs d'Auxerre et de Sens.
Au-delà de la reconstitution de la mécanique judiciaire, l'auteure propose une histoire sociale des crimes sexuels en replaçant le viol au coeur du fonctionnement de la communauté locale, dont la solidité est mise à l'épreuve. Elle détaille les trajectoires individuelles des accusés et des victimes, y compris à l'issue du procès. Soldats, vagabonds, curés, artisans, notables locaux : les accusés ne correspondent pas nécessairement à l'image du seigneur libertin oisif forgée par la littérature de l'époque et leur rejet par la société n'a rien de systématique. Quant aux victimes, ce sont des enfants et des femmes de tout âge, célibataires, mariées ou veuves, dont la respectabilité est menacée.
Avec humilité et originalité, l'historienne dévoile même au lecteur ses méthodes d'enquête pour retrouver la trace de justiciables dont elle ne peut parfois que constater la disparition des archives.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 99[article] Guide des Livres : Procès pour viol [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Enora Peronneau, Auteur . - 2022 . - p. 99.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 99
Mots-clés : livre procès viol 1695-1780 Note de contenu : Crimes sexuels et société à la fin de l’Ancien Régime, Enora Peronneau, Saint-Jalmes, Perrin, 2021, 500 p., 25 €.
Dans la lignée des travaux amorcés par Georges Vigarello sur l'histoire du viol, cette étude aborde la question des crimes sexuels à la fin de l'Ancien Régime. Dans le cadre d'un master puis d'une thèse de l'École des chartes, Enora Peronneau Saint-Jalmes dépouille consciencieusement les procédures criminelles des archives départementales de l'Yonne afin d'en tirer 31 affaires traitées entre 1695 et 1780 par les justices royale et seigneuriales des environs d'Auxerre et de Sens.
Au-delà de la reconstitution de la mécanique judiciaire, l'auteure propose une histoire sociale des crimes sexuels en replaçant le viol au coeur du fonctionnement de la communauté locale, dont la solidité est mise à l'épreuve. Elle détaille les trajectoires individuelles des accusés et des victimes, y compris à l'issue du procès. Soldats, vagabonds, curés, artisans, notables locaux : les accusés ne correspondent pas nécessairement à l'image du seigneur libertin oisif forgée par la littérature de l'époque et leur rejet par la société n'a rien de systématique. Quant aux victimes, ce sont des enfants et des femmes de tout âge, célibataires, mariées ou veuves, dont la respectabilité est menacée.
Avec humilité et originalité, l'historienne dévoile même au lecteur ses méthodes d'enquête pour retrouver la trace de justiciables dont elle ne peut parfois que constater la disparition des archives.
Guide des Livres : Conflit méconnu / Eric Taladoire in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Conflit méconnu Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Eric Taladoire, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 99 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre guerre Etats-Unis Mexique Note de contenu : Sale guerre. L’invasion du Mexique par les États-Unis, 1846-1848, Éric Taladoire, Le Cerf, 2021, 208 p., 20 €.
Éric Taladoire retrace l'histoire de la guerre entre les États-Unis et le Mexique de 1846-1848. Il fait la démonstration que les États-Unis sont largement responsables de ce conflit qui s'inscrit dans une histoire plus longue d'expansionnisme agressif sur le continent, malgré une image entretenue d'« empire de la liberté ». Ce fil rouge, qui contribue à la lisibilité de l'ouvrage, comporte parfois un risque de simplification : les contestations internes de l'hégémonie américaine sont peu abordées, les enjeux de l'esclavage et de la puissance amérindienne mentionnés rapidement.
Même si on pourrait se dispenser de l'expression « anglo-saxon », qui reprend une terminologie raciste de la fin du XIXe siècle, ce livre informé reste convaincant et a le mérite de faire découvrir les recherches des historiennes et historiens mexicains. Il éclaire une guerre méconnue en France mais qui est néanmoins centrale pour comprendre la trajectoire contemporaine de l'Amérique.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 99[article] Guide des Livres : Conflit méconnu [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Eric Taladoire, Auteur . - 2022 . - p. 99.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 99
Mots-clés : livre guerre Etats-Unis Mexique Note de contenu : Sale guerre. L’invasion du Mexique par les États-Unis, 1846-1848, Éric Taladoire, Le Cerf, 2021, 208 p., 20 €.
Éric Taladoire retrace l'histoire de la guerre entre les États-Unis et le Mexique de 1846-1848. Il fait la démonstration que les États-Unis sont largement responsables de ce conflit qui s'inscrit dans une histoire plus longue d'expansionnisme agressif sur le continent, malgré une image entretenue d'« empire de la liberté ». Ce fil rouge, qui contribue à la lisibilité de l'ouvrage, comporte parfois un risque de simplification : les contestations internes de l'hégémonie américaine sont peu abordées, les enjeux de l'esclavage et de la puissance amérindienne mentionnés rapidement.
Même si on pourrait se dispenser de l'expression « anglo-saxon », qui reprend une terminologie raciste de la fin du XIXe siècle, ce livre informé reste convaincant et a le mérite de faire découvrir les recherches des historiennes et historiens mexicains. Il éclaire une guerre méconnue en France mais qui est néanmoins centrale pour comprendre la trajectoire contemporaine de l'Amérique.
Guide des Livres : Hommes charismatiques / David A. Bell in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Hommes charismatiques Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : David A. Bell, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 99 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre modernité révolutionnaire fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle Note de contenu : Le Culte des chefs. Charisme et pouvoir à l’âge des révolutions, David A. Bell, Fayard, 2022, 384 p., 26 €.
Poursuivant une réflexion initiée il y a vingt ans avec le « culte de la nation », l'historien américain David A. Bell, analyse ici la manière dont on passe, dans la modernité révolutionnaire, d'un souverain « père des peuples » à un chef « père de la nation ». Le charisme est le principal ressort de cette mutation, qui accompagne l'affirmation nationale et la participation directe du peuple, plus ou moins démocratiquement, à la souveraineté. Nous sommes dans le cadre des révolutions atlantiques, entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle.
L'auteur convoque cinq figures au soutien de sa démonstration. D'abord un précurseur, Pasquale Paoli, qui exprime en Corse, dans les années 1750 et 1760, avant même le déclenchement de ces révolutions, l'identification charismatique d'un peuple à son chef. Puis quatre autres bâtisseurs, George Washington, Napoléon Bonaparte, Toussaint Louverture, Simon Bolivar. Trois Américains et un Européen, un ratio important pour ceux qui réfléchissent à la création des nations. L'ouvrage se présente comme autant de brèves biographies de chacun, mais le propos est surtout de décrire les ressorts de leur pouvoir sur le peuple dans ces nations nouvelles. Naturellement, la réunion de ces cinq hommes d'exception dans des contextes différents, mais dans une même séquence, met en relief les caractères de ce premier âge « démocratique » qui, par certains aspects, n'en finit pas de durer et se trouve, avec le populisme, en quelque sorte réinventé, voire relégitimé.
De quoi est fait ce charisme, à la fin du XVIIIe siècle ? D'abord de victoires militaires obtenues par des hommes courageux, visionnaires. Ce sont ensuite des sauveurs, surgis au milieu du chaos, d'une crise qui menaçait l'existence même du peuple national, ou était perçue comme telle. Ce sont enfin des fondateurs ou, dans le cas de Napoléon, un régénérateur. Et leur relation avec le peuple est d'abord émotionnelle, l'allégeance pouvant devenir une dévotion. Dans un épilogue stimulant, David A. Bell évoque le lien entre césarisme et démocratie, jusqu'à aujourd'hui, et met le charisme au coeur de cette réflexion : « le charisme politique est effectivement une force combustible, dangereuse, mais nous ne pouvons nous en passer ».
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 99[article] Guide des Livres : Hommes charismatiques [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / David A. Bell, Auteur . - 2022 . - p. 99.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 99
Mots-clés : livre modernité révolutionnaire fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle Note de contenu : Le Culte des chefs. Charisme et pouvoir à l’âge des révolutions, David A. Bell, Fayard, 2022, 384 p., 26 €.
Poursuivant une réflexion initiée il y a vingt ans avec le « culte de la nation », l'historien américain David A. Bell, analyse ici la manière dont on passe, dans la modernité révolutionnaire, d'un souverain « père des peuples » à un chef « père de la nation ». Le charisme est le principal ressort de cette mutation, qui accompagne l'affirmation nationale et la participation directe du peuple, plus ou moins démocratiquement, à la souveraineté. Nous sommes dans le cadre des révolutions atlantiques, entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle.
L'auteur convoque cinq figures au soutien de sa démonstration. D'abord un précurseur, Pasquale Paoli, qui exprime en Corse, dans les années 1750 et 1760, avant même le déclenchement de ces révolutions, l'identification charismatique d'un peuple à son chef. Puis quatre autres bâtisseurs, George Washington, Napoléon Bonaparte, Toussaint Louverture, Simon Bolivar. Trois Américains et un Européen, un ratio important pour ceux qui réfléchissent à la création des nations. L'ouvrage se présente comme autant de brèves biographies de chacun, mais le propos est surtout de décrire les ressorts de leur pouvoir sur le peuple dans ces nations nouvelles. Naturellement, la réunion de ces cinq hommes d'exception dans des contextes différents, mais dans une même séquence, met en relief les caractères de ce premier âge « démocratique » qui, par certains aspects, n'en finit pas de durer et se trouve, avec le populisme, en quelque sorte réinventé, voire relégitimé.
De quoi est fait ce charisme, à la fin du XVIIIe siècle ? D'abord de victoires militaires obtenues par des hommes courageux, visionnaires. Ce sont ensuite des sauveurs, surgis au milieu du chaos, d'une crise qui menaçait l'existence même du peuple national, ou était perçue comme telle. Ce sont enfin des fondateurs ou, dans le cas de Napoléon, un régénérateur. Et leur relation avec le peuple est d'abord émotionnelle, l'allégeance pouvant devenir une dévotion. Dans un épilogue stimulant, David A. Bell évoque le lien entre césarisme et démocratie, jusqu'à aujourd'hui, et met le charisme au coeur de cette réflexion : « le charisme politique est effectivement une force combustible, dangereuse, mais nous ne pouvons nous en passer ».
Guide des Livres : Vaudois / Patrick Cabanel in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Vaudois Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Patrick Cabanel, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 100 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture mouvements politiques Note de contenu :
Alexis Muston. Le Michelet des Alpes, Patrick Cabanel, Maisons-Laffitte, Éditions Ampelos, 2021, 558 p. 28 €.
Tous les inconnus de l'histoire ne méritent pas de l'être. A preuve Alexis Muston (1810-1888), qui en traversant son siècle en a reçu et imprimé des marques de grand intérêt. Ce fils de pasteur a grandi dans le Piémont, dans ces vallées vaudoises où subsistent des paroisses issues du mouvement des « Pauvres de Lyon » et gagnées à la Réforme dès les années 1530. Pasteur lui-même, Muston se prit de passion pour le glorieux passé de sa communauté, au point de devoir s'exiler en France en 1835, exerçant désormais son ministère dans la Drôme.
Après une Histoire des Vaudois (1834), son monumental L'Israël des Alpes (1851) fut salué par Michelet, dont il était proche, comme la résurrection d'un petit peuple persécuté mais indomptable, analogue aux cathares et aux camisards redécouverts par l'historiographie romantique. En rapports étroits avec Hugo, Lamartine, Alexandre Dumas, George Sand, Renan ou Taine, ce poète, médecin, dessinateur, botaniste, physicien, livre, en particulier par son énorme Journal, à la fois une masse d'informations sur les mouvements politiques et culturels traversant les sociétés européennes, et le portrait d'une personnalité attachante.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 100[article] Guide des Livres : Vaudois [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Patrick Cabanel, Auteur . - 2022 . - p. 100.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 100
Mots-clés : livre lecture mouvements politiques Note de contenu :
Alexis Muston. Le Michelet des Alpes, Patrick Cabanel, Maisons-Laffitte, Éditions Ampelos, 2021, 558 p. 28 €.
Tous les inconnus de l'histoire ne méritent pas de l'être. A preuve Alexis Muston (1810-1888), qui en traversant son siècle en a reçu et imprimé des marques de grand intérêt. Ce fils de pasteur a grandi dans le Piémont, dans ces vallées vaudoises où subsistent des paroisses issues du mouvement des « Pauvres de Lyon » et gagnées à la Réforme dès les années 1530. Pasteur lui-même, Muston se prit de passion pour le glorieux passé de sa communauté, au point de devoir s'exiler en France en 1835, exerçant désormais son ministère dans la Drôme.
Après une Histoire des Vaudois (1834), son monumental L'Israël des Alpes (1851) fut salué par Michelet, dont il était proche, comme la résurrection d'un petit peuple persécuté mais indomptable, analogue aux cathares et aux camisards redécouverts par l'historiographie romantique. En rapports étroits avec Hugo, Lamartine, Alexandre Dumas, George Sand, Renan ou Taine, ce poète, médecin, dessinateur, botaniste, physicien, livre, en particulier par son énorme Journal, à la fois une masse d'informations sur les mouvements politiques et culturels traversant les sociétés européennes, et le portrait d'une personnalité attachante.
Guide des Livres : « Le chrétien est arrivé ! » / Camille Lefebvre in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : « Le chrétien est arrivé ! » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Camille Lefebvre, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 100 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture occupation coloniale Note de contenu : Des pays au crépuscule. Le moment de l’occupation coloniale (Sahara-Sahel), Camille Lefebvre, Fayard, 2021, 352 p., 24 €.
Le crépuscule qui précède la « grande nuit » de la colonisation (Achille Mbembe) - voilà le moment sur lequel se penche Camille Lefebvre pour donner à voir l'arrivée des colonisateurs français en Afrique de l'Ouest au tournant du XXe siècle. En guise de décor, deux importantes métropoles sahariennes : Agadez et Zinder. Celles-ci donnent un cadre opérant pour une histoire située de l'occupation de la région : entre 1898 et 1906, 80 militaires et 600 tirailleurs sous leurs ordres prennent le contrôle de ces deux cités et marquent le début de la domination coloniale.
L'objectif de cet ouvrage est de restituer toute la profondeur et la complexité des mondes sociaux alors en présence, et c'est une histoire polyphonique qui est ici déroulée. L'auteure a exhumé de nombreux documents et archives privées en arabe, haoussa et kanouri, qui viennent s'ajouter aux fonds coloniaux plus classiques. Ces archives, qui font la richesse et l'originalité de l'ouvrage, permettent à l'auteur de raconter ce « moment où le chrétien est arrivé » et cette colonisation en train de s'inventer, à travers le regard de multiples figures issues de Zinder ou d'Agadez, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes, de statut servile ou libres, à la cour des sultans ou perdues dans l'immense masse de la population. Émerge alors une variété de trajectoires individuelles qui aident à complexifier le regard sur la colonisation, et font dépasser l'idée d'une conquête qui, opposant les colonisateurs aux colonisés, s'accompagnerait seulement de résistances ou de collaborations. Plus qu'une rupture nette et brutale, c'est ainsi l'histoire d'un lent basculement qui est racontée pour comprendre comment se construit la domination coloniale.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 100[article] Guide des Livres : « Le chrétien est arrivé ! » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Camille Lefebvre, Auteur . - 2022 . - p. 100.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 100
Mots-clés : livre lecture occupation coloniale Note de contenu : Des pays au crépuscule. Le moment de l’occupation coloniale (Sahara-Sahel), Camille Lefebvre, Fayard, 2021, 352 p., 24 €.
Le crépuscule qui précède la « grande nuit » de la colonisation (Achille Mbembe) - voilà le moment sur lequel se penche Camille Lefebvre pour donner à voir l'arrivée des colonisateurs français en Afrique de l'Ouest au tournant du XXe siècle. En guise de décor, deux importantes métropoles sahariennes : Agadez et Zinder. Celles-ci donnent un cadre opérant pour une histoire située de l'occupation de la région : entre 1898 et 1906, 80 militaires et 600 tirailleurs sous leurs ordres prennent le contrôle de ces deux cités et marquent le début de la domination coloniale.
L'objectif de cet ouvrage est de restituer toute la profondeur et la complexité des mondes sociaux alors en présence, et c'est une histoire polyphonique qui est ici déroulée. L'auteure a exhumé de nombreux documents et archives privées en arabe, haoussa et kanouri, qui viennent s'ajouter aux fonds coloniaux plus classiques. Ces archives, qui font la richesse et l'originalité de l'ouvrage, permettent à l'auteur de raconter ce « moment où le chrétien est arrivé » et cette colonisation en train de s'inventer, à travers le regard de multiples figures issues de Zinder ou d'Agadez, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes, de statut servile ou libres, à la cour des sultans ou perdues dans l'immense masse de la population. Émerge alors une variété de trajectoires individuelles qui aident à complexifier le regard sur la colonisation, et font dépasser l'idée d'une conquête qui, opposant les colonisateurs aux colonisés, s'accompagnerait seulement de résistances ou de collaborations. Plus qu'une rupture nette et brutale, c'est ainsi l'histoire d'un lent basculement qui est racontée pour comprendre comment se construit la domination coloniale.
Guide des Livres : Chambige : un féminicide ? / Jacqueline Carroy in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Chambige : un féminicide ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jacqueline Carroy, Auteur ; Marc RENNEVILLE, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 100 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Algérie adultère crime Note de contenu :
Mourir d’amour. Autopsie d’un imaginaire criminel, Jacqueline Carroy, Marc Renneville, La Découverte, 2022, 328 p., 20 €.
Une villa à Sidi-Mabrouk, en Algérie, le 25 janvier 1888 : un étudiant de 22 ans, Henri Chambige, est trouvé blessé près du cadavre de Madeleine Grille, femme mariée de 30 ans. C'est le point de départ d'une affaire retentissante, depuis tombée dans l'oubli. Pour les historiens Jacqueline Carroy et Marc Renneville, c'est aussi l'occasion d'exhumer un débat judiciaire d'autant plus notable que s'y mêlent étroitement sciences psychologiques, criminologie et littérature. Surtout, c'est l'idée même du « crime passionnel », sous toutes les formes de cette fausse catégorie juridique, qui y est questionnée. Car il est difficile de savoir ce qui s'est passé dans la villa de Sidi-Mabrouk : meurtre ou double suicide manqué ?
L'ouvrage, riche en citations de comptes rendus journalistiques des procès, tient presque, par moments, de l'édition de sources. Cette minutieuse entreprise de restitution pallie l'inaccessibilité d'un dossier de procédure disparu. Elle permet surtout de partager l'expérience des lecteurs de la presse de l'époque : au fil des interventions des avocats se révèlent la complexité de l'affaire, son puissant pouvoir de fascination. On assiste ainsi à la transformation de l'accusé en héros romanesque, dont la vie est férocement analysée et interprétée par ses contemporains. Quitte à éclipser, les auteurs le démontrent bien, la figure de la victime : mise en récit par les protagonistes de l'affaire, elle est tantôt réduite au rôle de mère de famille modèle, tantôt à celui de l'épouse fautive et adultère.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 100[article] Guide des Livres : Chambige : un féminicide ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jacqueline Carroy, Auteur ; Marc RENNEVILLE, Auteur . - 2022 . - p. 100.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 100
Mots-clés : livre lecture Algérie adultère crime Note de contenu :
Mourir d’amour. Autopsie d’un imaginaire criminel, Jacqueline Carroy, Marc Renneville, La Découverte, 2022, 328 p., 20 €.
Une villa à Sidi-Mabrouk, en Algérie, le 25 janvier 1888 : un étudiant de 22 ans, Henri Chambige, est trouvé blessé près du cadavre de Madeleine Grille, femme mariée de 30 ans. C'est le point de départ d'une affaire retentissante, depuis tombée dans l'oubli. Pour les historiens Jacqueline Carroy et Marc Renneville, c'est aussi l'occasion d'exhumer un débat judiciaire d'autant plus notable que s'y mêlent étroitement sciences psychologiques, criminologie et littérature. Surtout, c'est l'idée même du « crime passionnel », sous toutes les formes de cette fausse catégorie juridique, qui y est questionnée. Car il est difficile de savoir ce qui s'est passé dans la villa de Sidi-Mabrouk : meurtre ou double suicide manqué ?
L'ouvrage, riche en citations de comptes rendus journalistiques des procès, tient presque, par moments, de l'édition de sources. Cette minutieuse entreprise de restitution pallie l'inaccessibilité d'un dossier de procédure disparu. Elle permet surtout de partager l'expérience des lecteurs de la presse de l'époque : au fil des interventions des avocats se révèlent la complexité de l'affaire, son puissant pouvoir de fascination. On assiste ainsi à la transformation de l'accusé en héros romanesque, dont la vie est férocement analysée et interprétée par ses contemporains. Quitte à éclipser, les auteurs le démontrent bien, la figure de la victime : mise en récit par les protagonistes de l'affaire, elle est tantôt réduite au rôle de mère de famille modèle, tantôt à celui de l'épouse fautive et adultère.
Guide des Livres : La gauche et la nation / Jean-Numa Ducange in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : La gauche et la nation Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Numa Ducange, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 100 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture identité nationale socialisme Note de contenu : Quand la gauche pensait la nation. Nationalités et socialismes à la Belle Époque, Jean-Numa Ducange, Fayard, 2021, 336 p., 23 €.
« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Depuis le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels, la chose semble entendue : le socialisme sera international ou ne sera pas. Pourtant, de la révolution de 1848 aux lendemains de la Première Guerre mondiale, la social-démocratie de langue allemande est traversée par une interrogation fondamentale : comment concilier cet idéal de solidarité internationale avec un sentiment d'appartenance nationale qui ne cesse de s'affirmer ?
De l'internationalisme radical défendu par Rosa Luxembourg au nationalisme de gauche porté par une partie des sociaux-démocrates, en passant par l'idée originale d'une république fédérale socialiste et multi-ethnique calquée sur l'empire austro-hongrois, les différentes voies imaginées par les socialistes germanophones sont restituées dans cet ouvrage stimulant. Est ainsi remise en perspective la « rupture » de 1914 souvent présentée comme le moment de ralliement des socialistes à la nation : en réalité, la social-démocratie fut dès ses origines travaillée par la question de la nation, et n'eut de cesse de s'en approprier l'histoire et le vocabulaire pour mieux mobiliser ses partisans. Une contribution essentielle à l'histoire de la gauche, à l'heure du « retour des frontières » et des débats sur l'identité nationale.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 100[article] Guide des Livres : La gauche et la nation [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Numa Ducange, Auteur . - 2022 . - p. 100.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 100
Mots-clés : livre lecture identité nationale socialisme Note de contenu : Quand la gauche pensait la nation. Nationalités et socialismes à la Belle Époque, Jean-Numa Ducange, Fayard, 2021, 336 p., 23 €.
« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Depuis le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels, la chose semble entendue : le socialisme sera international ou ne sera pas. Pourtant, de la révolution de 1848 aux lendemains de la Première Guerre mondiale, la social-démocratie de langue allemande est traversée par une interrogation fondamentale : comment concilier cet idéal de solidarité internationale avec un sentiment d'appartenance nationale qui ne cesse de s'affirmer ?
De l'internationalisme radical défendu par Rosa Luxembourg au nationalisme de gauche porté par une partie des sociaux-démocrates, en passant par l'idée originale d'une république fédérale socialiste et multi-ethnique calquée sur l'empire austro-hongrois, les différentes voies imaginées par les socialistes germanophones sont restituées dans cet ouvrage stimulant. Est ainsi remise en perspective la « rupture » de 1914 souvent présentée comme le moment de ralliement des socialistes à la nation : en réalité, la social-démocratie fut dès ses origines travaillée par la question de la nation, et n'eut de cesse de s'en approprier l'histoire et le vocabulaire pour mieux mobiliser ses partisans. Une contribution essentielle à l'histoire de la gauche, à l'heure du « retour des frontières » et des débats sur l'identité nationale.
Guide des Livres : Louis XIV / Joël CORNETTE in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Louis XIV Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Joël CORNETTE, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 101 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture monarchie France puissance 1789 Note de contenu : Le Roi absolu. Une obsession française, 1515-1715, Joël Cornette, Tallandier, 2022, 422 p., 22,50 €.
De la victoire de François Ier à Marignan jusqu'à la mort de Louis XIV, deux siècles au cours desquels se construit et s'affirme la puissance de la monarchie française. Joël Cornette, fin connaisseur de cette période, a rassemblé et actualisé une partie des articles qu'il a publiés dans L'Histoire. Une longue introduction précède quatre parties chronologiques : le premier XVIe siècle, les guerres de Religion et le règne d'Henri IV, les années cardinales sous Louis XIII, et l'apogée de l'absolutisme avec Louis XIV.
A côté de la naissance de l'armée moderne, de la fiscalité, de la force de la religion officielle, l'auteur évoque les châteaux du Val de Loire, la valorisation du français, les livres de chevet de Richelieu, la fortune de Mazarin, l'invention de l'art officiel, autant d'illustrations d'un efficace « soft power ». Mais de la force naît aussi la faiblesse : la conclusion rappelle que c'est bien l'incapacité structurelle de l'État absolu à se réformer qui a conduit à sa chute en 1789.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 101[article] Guide des Livres : Louis XIV [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Joël CORNETTE, Auteur . - 2022 . - p. 101.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 101
Mots-clés : livre lecture monarchie France puissance 1789 Note de contenu : Le Roi absolu. Une obsession française, 1515-1715, Joël Cornette, Tallandier, 2022, 422 p., 22,50 €.
De la victoire de François Ier à Marignan jusqu'à la mort de Louis XIV, deux siècles au cours desquels se construit et s'affirme la puissance de la monarchie française. Joël Cornette, fin connaisseur de cette période, a rassemblé et actualisé une partie des articles qu'il a publiés dans L'Histoire. Une longue introduction précède quatre parties chronologiques : le premier XVIe siècle, les guerres de Religion et le règne d'Henri IV, les années cardinales sous Louis XIII, et l'apogée de l'absolutisme avec Louis XIV.
A côté de la naissance de l'armée moderne, de la fiscalité, de la force de la religion officielle, l'auteur évoque les châteaux du Val de Loire, la valorisation du français, les livres de chevet de Richelieu, la fortune de Mazarin, l'invention de l'art officiel, autant d'illustrations d'un efficace « soft power ». Mais de la force naît aussi la faiblesse : la conclusion rappelle que c'est bien l'incapacité structurelle de l'État absolu à se réformer qui a conduit à sa chute en 1789.
Guide des Livres : Les tragédies libanaises / Dima Clerck de in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Les tragédies libanaises Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Dima Clerck de, Auteur ; Stéphane Malsagne, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 101 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Liban guerre Note de contenu :
Le Liban en guerre, 1975-1990, Dima de Clerck, Stéphane Malsagne, Belin, 2020, 480 p., 26 €.
La guerre du Liban fut l'un des conflits les plus longs, les plus violents et les plus complexes du xxe siècle. Cette complexité repose d'abord sur l'emboîtement de conflits d'ampleurs diverses, de la vendetta familiale à la guerre froide entretenue par les superpuissances, des massacres intra-confessionnels aux rivalités entre chrétiens, sunnites et chiites, ou entre conservateurs et progressistes, qui en rend la lecture illisible. Avec cette somme remarquablement informée, Dima de Clerck et Stéphane Malsagne offrent au lecteur une plongée vertigineuse, où l'horreur absolue côtoie d'innombrables tentatives, souvent contradictoires, pour sauver une nation qui peine à s'identifier.
La grande force du livre réside dans son sens du concret, avec des études détaillées des combattants, des civils, de l'économie et de la société née de la guerre, de la résilience des institutions de l'État et de la concurrence que leur opposent les proto-États mis en place par les principaux acteurs, des enjeux que représente le Liban pour les puissances régionales (la Syrie et Israël) ou mondiales (États-Unis, URSS, France). Guerre si complexe que les Libanais eux-mêmes ne parviennent, aujourd'hui encore, à la nommer d'une même voix : « guerre civile » ou « guerre par procuration », « guerre de religion » ou « guerre de libération » (contre les Palestiniens ou Israël), n'est-ce pas tout cela et bien autre chose encore ? Le livre ne prétend pas donner une explication mais fournit au lecteur un gros trousseau de clés qu'il faut utiliser ensemble pour essayer de comprendre un conflit protéiforme qui échappe à la logique souvent simpliste des acteurs comme des observateurs. Un travail passionnant qui obligera ceux qui croient avoir compris à réviser leur jugement et aidera tous ses lecteurs à mesurer le poids de ce conflit non réglé sur le fond dans les malheurs actuels du Liban.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 101[article] Guide des Livres : Les tragédies libanaises [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Dima Clerck de, Auteur ; Stéphane Malsagne, Auteur . - 2022 . - p. 101.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 101
Mots-clés : livre lecture Liban guerre Note de contenu :
Le Liban en guerre, 1975-1990, Dima de Clerck, Stéphane Malsagne, Belin, 2020, 480 p., 26 €.
La guerre du Liban fut l'un des conflits les plus longs, les plus violents et les plus complexes du xxe siècle. Cette complexité repose d'abord sur l'emboîtement de conflits d'ampleurs diverses, de la vendetta familiale à la guerre froide entretenue par les superpuissances, des massacres intra-confessionnels aux rivalités entre chrétiens, sunnites et chiites, ou entre conservateurs et progressistes, qui en rend la lecture illisible. Avec cette somme remarquablement informée, Dima de Clerck et Stéphane Malsagne offrent au lecteur une plongée vertigineuse, où l'horreur absolue côtoie d'innombrables tentatives, souvent contradictoires, pour sauver une nation qui peine à s'identifier.
La grande force du livre réside dans son sens du concret, avec des études détaillées des combattants, des civils, de l'économie et de la société née de la guerre, de la résilience des institutions de l'État et de la concurrence que leur opposent les proto-États mis en place par les principaux acteurs, des enjeux que représente le Liban pour les puissances régionales (la Syrie et Israël) ou mondiales (États-Unis, URSS, France). Guerre si complexe que les Libanais eux-mêmes ne parviennent, aujourd'hui encore, à la nommer d'une même voix : « guerre civile » ou « guerre par procuration », « guerre de religion » ou « guerre de libération » (contre les Palestiniens ou Israël), n'est-ce pas tout cela et bien autre chose encore ? Le livre ne prétend pas donner une explication mais fournit au lecteur un gros trousseau de clés qu'il faut utiliser ensemble pour essayer de comprendre un conflit protéiforme qui échappe à la logique souvent simpliste des acteurs comme des observateurs. Un travail passionnant qui obligera ceux qui croient avoir compris à réviser leur jugement et aidera tous ses lecteurs à mesurer le poids de ce conflit non réglé sur le fond dans les malheurs actuels du Liban.
Guide des Revues : Sur les routes in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Sur les routes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 102 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture échanges routes empire commerce Note de contenu : Espace d'échange et de guerre, Inflexions consacre son dernier numéro à la route.
Le quotidien, la littérature, l'histoire, le commerce... les routes sont partout. « La route est, dans son essence fondamentale, un objet humain qui relie au moins deux points dans l'espace et dans le temps », définit le lieutenant-colonel Jean Michelin dans son éditorial. « Parce qu'elle relie des points habités, elle trouve sans doute ses origines dans le commerce ou la guerre, deux activités qui nécessitent que l'on se rencontre ou que l'on se confronte. »
Le numéro d'Inflexions, revue éditée par l'armée de terre, commence par se pencher sur certains cas concrets. Martin Gravel part « à la recherche des routes de l'Empire carolingien ». L'Empire carolingien se réalise, comme Rome, par les conquêtes et l'organisation de son pouvoir par les armes. Était-il, lui aussi, dépendant des routes ? Si les traces de la voirie romaine sont encore bien visibles, les rares témoins textuels et les photographies aériennes ne permettent pas d'étudier facilement les routes des Carolingiens. Il n'y aura peut-être jamais de cartographie détaillée des routes du Haut Moyen Age, l'histoire de cette période doit se porter vers les déplacements eux-mêmes, plutôt que sur leurs moyens.
Maurice Sartre s'attaque ensuite aux « routes de la soie » - et plus précisément à leur appellation, « une invention historiographique ». Doublement trompeur, ce nom désigne sous un seul terme un réseau complexe de routes commerciales, qui ne fut jamais conçu comme un tout cohérent, sur lequel circulaient bien d'autres produits que la soie. Magnifique slogan dont la force d'évocation n'a pas échappé à Xi Jinping, l'appellation n'a d'ailleurs rien d'ancien et encore moins d'antique, puisqu'elle doit tout à Richthofen, un géographe allemand du XIXe siècle. Tracer une route est un privilège. La contrôler est un enjeu de pouvoir. Anthony Namor analyse la conquête des routes numériques. Il faut aujourd'hui transporter l'information de manière toujours plus sûre et plus rapide. Ces routes immatérielles ont un support physique : les câbles sous-marins. Leur fabrication et possession (en majorité aux mains des Gafam) se trouvent au coeur de nouvelles stratégies d'affrontement.
Le sommaire de la livraison est riche, ponctué de thèmes originaux, comme l'article de Jérôme Pellistrandi sur la route géopolitique du Tour de France ou celui de Patrice Debré sur les routes des épidémies.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 102[article] Guide des Revues : Sur les routes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 102.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 102
Mots-clés : revue lecture échanges routes empire commerce Note de contenu : Espace d'échange et de guerre, Inflexions consacre son dernier numéro à la route.
Le quotidien, la littérature, l'histoire, le commerce... les routes sont partout. « La route est, dans son essence fondamentale, un objet humain qui relie au moins deux points dans l'espace et dans le temps », définit le lieutenant-colonel Jean Michelin dans son éditorial. « Parce qu'elle relie des points habités, elle trouve sans doute ses origines dans le commerce ou la guerre, deux activités qui nécessitent que l'on se rencontre ou que l'on se confronte. »
Le numéro d'Inflexions, revue éditée par l'armée de terre, commence par se pencher sur certains cas concrets. Martin Gravel part « à la recherche des routes de l'Empire carolingien ». L'Empire carolingien se réalise, comme Rome, par les conquêtes et l'organisation de son pouvoir par les armes. Était-il, lui aussi, dépendant des routes ? Si les traces de la voirie romaine sont encore bien visibles, les rares témoins textuels et les photographies aériennes ne permettent pas d'étudier facilement les routes des Carolingiens. Il n'y aura peut-être jamais de cartographie détaillée des routes du Haut Moyen Age, l'histoire de cette période doit se porter vers les déplacements eux-mêmes, plutôt que sur leurs moyens.
Maurice Sartre s'attaque ensuite aux « routes de la soie » - et plus précisément à leur appellation, « une invention historiographique ». Doublement trompeur, ce nom désigne sous un seul terme un réseau complexe de routes commerciales, qui ne fut jamais conçu comme un tout cohérent, sur lequel circulaient bien d'autres produits que la soie. Magnifique slogan dont la force d'évocation n'a pas échappé à Xi Jinping, l'appellation n'a d'ailleurs rien d'ancien et encore moins d'antique, puisqu'elle doit tout à Richthofen, un géographe allemand du XIXe siècle. Tracer une route est un privilège. La contrôler est un enjeu de pouvoir. Anthony Namor analyse la conquête des routes numériques. Il faut aujourd'hui transporter l'information de manière toujours plus sûre et plus rapide. Ces routes immatérielles ont un support physique : les câbles sous-marins. Leur fabrication et possession (en majorité aux mains des Gafam) se trouvent au coeur de nouvelles stratégies d'affrontement.
Le sommaire de la livraison est riche, ponctué de thèmes originaux, comme l'article de Jérôme Pellistrandi sur la route géopolitique du Tour de France ou celui de Patrice Debré sur les routes des épidémies.
Guide des Revues : Palmyriens sur l'eau in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Palmyriens sur l'eau Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 103 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture Alexandrie Note de contenu : Deux chercheurs norvégiens de l'équipe de Jorgen Christian Meyer viennent de mettre au jour un graffito antique, sur une colonne du sanctuaire de Bel à Palmyre, représentant un radeau. Cette frêle embarcation était pourtant utilisée pour descendre l'Euphrate jusqu'au golfe Persique, une navigation pratiquée depuis le IIe millénaire avant notre ère et jusqu'au XIXe siècle. Un bas-relief et deux inscriptions trouvées précédemment sur ce site témoignent déjà de bateaux allant vers l'Inde. Un archéologue allemand signale dans le même numéro une représentation du phare d'Alexandrie sur une tombe, encore à Palmyre. Ces hommes du désert sont décidément bien présents sur l'eau, fleuves ou mers lointaines !
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103[article] Guide des Revues : Palmyriens sur l'eau [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 103.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103
Mots-clés : revue lecture Alexandrie Note de contenu : Deux chercheurs norvégiens de l'équipe de Jorgen Christian Meyer viennent de mettre au jour un graffito antique, sur une colonne du sanctuaire de Bel à Palmyre, représentant un radeau. Cette frêle embarcation était pourtant utilisée pour descendre l'Euphrate jusqu'au golfe Persique, une navigation pratiquée depuis le IIe millénaire avant notre ère et jusqu'au XIXe siècle. Un bas-relief et deux inscriptions trouvées précédemment sur ce site témoignent déjà de bateaux allant vers l'Inde. Un archéologue allemand signale dans le même numéro une représentation du phare d'Alexandrie sur une tombe, encore à Palmyre. Ces hommes du désert sont décidément bien présents sur l'eau, fleuves ou mers lointaines !
Guide des Revues : Arbres musiciens in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Arbres musiciens Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 103 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture Stradivari Alpes tempête Vaia épicéa Note de contenu : « La forêt chante-t-elle encore » ? Dans le dernier numéro de L'Alpe, la revue du musée Dauphinois publiée aux éditions Glénat et sublimement illustrée, Éliane Patriarca plonge au coeur de l'histoire d'une forêt, celle que l'on surnomme « la forêt aux violons ». Depuis l'époque d'Antonio Stradivari, célèbre luthier de Crémone (1644-1737), la profession vient s'approvisionner dans la forêt de Paneveggio, à un peu moins de 200 kilomètres au nord de Venise. Stradivari vient y choisir l'arbre idéal, l'épicéa, qui donnera la meilleure acoustique à ses instruments. Mais en octobre 2018, la tempête Vaia a ravagé le Trentin. La journaliste nous plonge dans l'histoire et le devenir de ces arbres musiciens.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103[article] Guide des Revues : Arbres musiciens [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 103.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103
Mots-clés : revue lecture Stradivari Alpes tempête Vaia épicéa Note de contenu : « La forêt chante-t-elle encore » ? Dans le dernier numéro de L'Alpe, la revue du musée Dauphinois publiée aux éditions Glénat et sublimement illustrée, Éliane Patriarca plonge au coeur de l'histoire d'une forêt, celle que l'on surnomme « la forêt aux violons ». Depuis l'époque d'Antonio Stradivari, célèbre luthier de Crémone (1644-1737), la profession vient s'approvisionner dans la forêt de Paneveggio, à un peu moins de 200 kilomètres au nord de Venise. Stradivari vient y choisir l'arbre idéal, l'épicéa, qui donnera la meilleure acoustique à ses instruments. Mais en octobre 2018, la tempête Vaia a ravagé le Trentin. La journaliste nous plonge dans l'histoire et le devenir de ces arbres musiciens.
Guide des Revues : Lettres de l'étranger / Olivier POSTEL-VINAY in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Lettres de l'étranger Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier POSTEL-VINAY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 103 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture Bénin bronzes musée Note de contenu : Les « bronzes du Bénin »
Fin 1896, le consul britannique du protectorat établi dans le delta du Niger après la conférence de Berlin fit savoir à Londres que l'oba (le roi) du Bénin (dans l'actuel Nigeria) avait jeté un juju (mauvais sort) sur les noix de palme, principal produit d'exportation du pays. Son commerce serait désormais puni de mort. Le Royaume-Uni envoya une délégation chargée de négocier ; elle fut prise en embuscade ; sept officiers britanniques périrent. Anticipant la réaction de la Couronne, l'oba sacrifia aux dieux de sa famille des centaines d'esclaves et de captifs. L'expédition punitive attendue prit la ville, découvrit horrifiée le spectacle de ces cadavres et s'empara méthodiquement des trésors artistiques du palais, aujourd'hui dans les musées et collections privées en Europe et aux États-Unis. Ce sont les fameux « bronzes du Bénin ». Deux livres évoquent cette histoire et la question brûlante de leur éventuelle restitution.
Times Literary Supplement, 26 mars 2021.
Pline déboulonne les statues
Le déboulonnage des statues de sommités ayant eu plus ou moins partie liée avec l'esclavage est l'occasion de rappeler l'ancienneté de la pratique. « Quelle joie pour nous de fracasser ces fiers visages au sol, écrit Pline le Jeune, de les taillader à coups d'épée, de les ravager à coups de hache comme si le sang et les douleurs de l'agonie pouvaient sortir de leurs fêlures. » A l'iconoclasme de la Réforme puis de la Révolution française s'ajoutent des épisodes moins connus, comme le renversement de la statue de George III par les révolutionnaires américains en 1776. Elle fut fondue pour produire des balles de mousquet destinées à trucider les soldats anglais.
A lire dans Books, mars-avril 2022.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103[article] Guide des Revues : Lettres de l'étranger [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier POSTEL-VINAY, Auteur . - 2022 . - p. 103.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103
Mots-clés : revue lecture Bénin bronzes musée Note de contenu : Les « bronzes du Bénin »
Fin 1896, le consul britannique du protectorat établi dans le delta du Niger après la conférence de Berlin fit savoir à Londres que l'oba (le roi) du Bénin (dans l'actuel Nigeria) avait jeté un juju (mauvais sort) sur les noix de palme, principal produit d'exportation du pays. Son commerce serait désormais puni de mort. Le Royaume-Uni envoya une délégation chargée de négocier ; elle fut prise en embuscade ; sept officiers britanniques périrent. Anticipant la réaction de la Couronne, l'oba sacrifia aux dieux de sa famille des centaines d'esclaves et de captifs. L'expédition punitive attendue prit la ville, découvrit horrifiée le spectacle de ces cadavres et s'empara méthodiquement des trésors artistiques du palais, aujourd'hui dans les musées et collections privées en Europe et aux États-Unis. Ce sont les fameux « bronzes du Bénin ». Deux livres évoquent cette histoire et la question brûlante de leur éventuelle restitution.
Times Literary Supplement, 26 mars 2021.
Pline déboulonne les statues
Le déboulonnage des statues de sommités ayant eu plus ou moins partie liée avec l'esclavage est l'occasion de rappeler l'ancienneté de la pratique. « Quelle joie pour nous de fracasser ces fiers visages au sol, écrit Pline le Jeune, de les taillader à coups d'épée, de les ravager à coups de hache comme si le sang et les douleurs de l'agonie pouvaient sortir de leurs fêlures. » A l'iconoclasme de la Réforme puis de la Révolution française s'ajoutent des épisodes moins connus, comme le renversement de la statue de George III par les révolutionnaires américains en 1776. Elle fut fondue pour produire des balles de mousquet destinées à trucider les soldats anglais.
A lire dans Books, mars-avril 2022.
Guide des Revues : Entendre le blasphème in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Entendre le blasphème Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 103 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture blasphème réflexion Note de contenu :
Médiévales n°81, automne 2021
Laïcité, blasphème, religiosité. Des termes qui resurgissent dans le débat contemporain mais qui fleurissaient déjà au Moyen Age. Avaient-ils seulement le même sens ? Comment les hommes percevaient-ils les connotations de termes souvent théoriques ? Médiévales consacre son dossier, coordonné par Éléonore Andrieu (université Toulouse-II-Jean-Jaurès) aux « Voix laïques » du XIe-XIIIe siècle, à travers des exemples variés, comme le blasphème dans le Roman de Renart. Composé entre 1175 et 1250, cette oeuvre coïncide peu ou prou avec une période d'une intense réflexion sur les péchés de la langue (1190-1260). Valentine Eugène s'intéresse à ce célèbre corpus de textes car il est ponctué de blasphèmes. Rapportés bien souvent au discours direct, nous pouvons véritablement les « entendre » presque comme à l'époque du Roman.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103[article] Guide des Revues : Entendre le blasphème [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 103.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103
Mots-clés : revue lecture blasphème réflexion Note de contenu :
Médiévales n°81, automne 2021
Laïcité, blasphème, religiosité. Des termes qui resurgissent dans le débat contemporain mais qui fleurissaient déjà au Moyen Age. Avaient-ils seulement le même sens ? Comment les hommes percevaient-ils les connotations de termes souvent théoriques ? Médiévales consacre son dossier, coordonné par Éléonore Andrieu (université Toulouse-II-Jean-Jaurès) aux « Voix laïques » du XIe-XIIIe siècle, à travers des exemples variés, comme le blasphème dans le Roman de Renart. Composé entre 1175 et 1250, cette oeuvre coïncide peu ou prou avec une période d'une intense réflexion sur les péchés de la langue (1190-1260). Valentine Eugène s'intéresse à ce célèbre corpus de textes car il est ponctué de blasphèmes. Rapportés bien souvent au discours direct, nous pouvons véritablement les « entendre » presque comme à l'époque du Roman.
Guide des Revues : La guerre transmise in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : La guerre transmise Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 103 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture guerres modalités récit Rwanda Note de contenu : Sensibilités n°10, 2022/1
« Psychanalystes et historiens posant ensemble leur regard sur les expériences de la guerre et les modalités de leur transmission : tel est l'objet de ce nouveau numéro de Sensibilités. » Pour ce magnifique volume, coordonné par Stéphane Audoin-Rouzeau et Emmanuel Saint-Fuscien, Hélène Dumas replonge dans un album composé par une soeur allemande, Milgitha Kösser, en 1994 au Rwanda. Récit d'un massacre de plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants tutsi réfugiés dans la paroisse de Kaduha, commis dans la nuit du 21 avril, ce document probatoire est construit en dehors de toute intention judiciaire. Les photos et documents rassemblés par la religieuse sont reproduits, avec pudeur, sur plusieurs pages de la revue, accompagnés de ses commentaires manuscrits.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103[article] Guide des Revues : La guerre transmise [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 103.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 103
Mots-clés : revue lecture guerres modalités récit Rwanda Note de contenu : Sensibilités n°10, 2022/1
« Psychanalystes et historiens posant ensemble leur regard sur les expériences de la guerre et les modalités de leur transmission : tel est l'objet de ce nouveau numéro de Sensibilités. » Pour ce magnifique volume, coordonné par Stéphane Audoin-Rouzeau et Emmanuel Saint-Fuscien, Hélène Dumas replonge dans un album composé par une soeur allemande, Milgitha Kösser, en 1994 au Rwanda. Récit d'un massacre de plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants tutsi réfugiés dans la paroisse de Kaduha, commis dans la nuit du 21 avril, ce document probatoire est construit en dehors de toute intention judiciaire. Les photos et documents rassemblés par la religieuse sont reproduits, avec pudeur, sur plusieurs pages de la revue, accompagnés de ses commentaires manuscrits.
Guide des Classiques : « Les Cavaliers » / Emmanuelle Tixier du Mesnil in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Classiques : « Les Cavaliers » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Emmanuelle Tixier du Mesnil, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 105 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Kessel Afghanistan roman Note de contenu : En 1967 Joseph Kessel publiait un roman sur l'Afghanistan, dépeignant une terre restée à l'écart de la modernité. Une vision longtemps restée attachée à ce pays.
LA THÈSE
En 1956 Joseph Kessel est en Afghanistan pour le tournage d'un film de Pierre Schoendoerffer et Jacques Dupont dont il a écrit le scénario, La Passe du diable. Le sujet principal en est le bouzkachi, ce jeu équestre des steppes, d'origine mongole, particulièrement violent puisque tous les coups sont permis, au cours duquel des cavaliers se disputent la carcasse d'une chèvre décapitée pour aller la déposer dans un « cercle de justice » tracé sur le sol. Le film n'a qu'un succès d'estime, mais le jeu devient mondialement célèbre une dizaine d'années plus tard grâce au livre que lui consacre Joseph Kessel, Les Cavaliers, paru en 1967. Il retrouve en Afghanistan l'héroïsme sauvage ainsi que la puissance des lieux et des hommes qui étaient déjà au coeur de son oeuvre littéraire, notamment dans Le Lion, paru en 1958.
L'auteur, écrivain renommé, résistant, journaliste et aventurier, est alors une légende. Sa fresque afghane dresse le portrait du plus fameux tchopendoz (cavalier) de son temps, Ouroz, l'homme au rictus de loup, fils de Toursène, qui vient représenter la province de Maïmana lors du grand bouzkachi organisé par le roi Zaher Shah à Kaboul. Il s'y rend monté sur Jehol, le « cheval fou », la plus belle des bêtes dressées par son père, et secondé par Mokhi, le palefrenier à l'âme pure. Sur le point de remporter la victoire, il est gravement blessé à la jambe. Pour échapper à la femme médecin qui veut l'examiner, ce qui offense son sens de l'honneur, il entame un voyage christique de retour dans sa province, rongé par la fièvre et quasi mourant ; il garde toutefois suffisamment de cruauté et de rancoeur pour tenter de corrompre Mokhi, qu'une nomade pousse également à trahir son maître afin de s'emparer de Jehol. Le roman déroule ce terrible voyage de retour qui est aussi l'occasion de célébrer la beauté farouche du territoire afghan, de ses chevaux et de ses cavaliers.
CE QU'IL EN RESTE
Porté par une écriture magnifique et la puissance de l'intrigue, le roman dépeint une terre immuable, restée à l'écart de la modernité, gangrenée, comme Ouroz, par la violence, et les inégalités. Ce n'est pas sans rappeler la façon dont on considère aujourd'hui encore ce pays, lorsque l'on qualifie le régime des talibans de médiéval. Or l'Afghanistan, berceau autant que tombeau des empires, n'a jamais été à l'écart du monde, ni par sa géographie ni par son histoire. Exsangue après un demi-siècle au moins de guerres, d'invasions et de dévastations, le pays fait partie d'une histoire vaste, tumultueuse, et est autant le symbole de l'archaïsme politique que le spectre d'une modernité chaotique et brutale montrant les ravages de la loi du plus fort. Comme le bouzkachi, que les talibans n'ont pas osé abolir.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 105[article] Guide des Classiques : « Les Cavaliers » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Emmanuelle Tixier du Mesnil, Auteur . - 2022 . - p. 105.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 105
Mots-clés : livre lecture Kessel Afghanistan roman Note de contenu : En 1967 Joseph Kessel publiait un roman sur l'Afghanistan, dépeignant une terre restée à l'écart de la modernité. Une vision longtemps restée attachée à ce pays.
LA THÈSE
En 1956 Joseph Kessel est en Afghanistan pour le tournage d'un film de Pierre Schoendoerffer et Jacques Dupont dont il a écrit le scénario, La Passe du diable. Le sujet principal en est le bouzkachi, ce jeu équestre des steppes, d'origine mongole, particulièrement violent puisque tous les coups sont permis, au cours duquel des cavaliers se disputent la carcasse d'une chèvre décapitée pour aller la déposer dans un « cercle de justice » tracé sur le sol. Le film n'a qu'un succès d'estime, mais le jeu devient mondialement célèbre une dizaine d'années plus tard grâce au livre que lui consacre Joseph Kessel, Les Cavaliers, paru en 1967. Il retrouve en Afghanistan l'héroïsme sauvage ainsi que la puissance des lieux et des hommes qui étaient déjà au coeur de son oeuvre littéraire, notamment dans Le Lion, paru en 1958.
L'auteur, écrivain renommé, résistant, journaliste et aventurier, est alors une légende. Sa fresque afghane dresse le portrait du plus fameux tchopendoz (cavalier) de son temps, Ouroz, l'homme au rictus de loup, fils de Toursène, qui vient représenter la province de Maïmana lors du grand bouzkachi organisé par le roi Zaher Shah à Kaboul. Il s'y rend monté sur Jehol, le « cheval fou », la plus belle des bêtes dressées par son père, et secondé par Mokhi, le palefrenier à l'âme pure. Sur le point de remporter la victoire, il est gravement blessé à la jambe. Pour échapper à la femme médecin qui veut l'examiner, ce qui offense son sens de l'honneur, il entame un voyage christique de retour dans sa province, rongé par la fièvre et quasi mourant ; il garde toutefois suffisamment de cruauté et de rancoeur pour tenter de corrompre Mokhi, qu'une nomade pousse également à trahir son maître afin de s'emparer de Jehol. Le roman déroule ce terrible voyage de retour qui est aussi l'occasion de célébrer la beauté farouche du territoire afghan, de ses chevaux et de ses cavaliers.
CE QU'IL EN RESTE
Porté par une écriture magnifique et la puissance de l'intrigue, le roman dépeint une terre immuable, restée à l'écart de la modernité, gangrenée, comme Ouroz, par la violence, et les inégalités. Ce n'est pas sans rappeler la façon dont on considère aujourd'hui encore ce pays, lorsque l'on qualifie le régime des talibans de médiéval. Or l'Afghanistan, berceau autant que tombeau des empires, n'a jamais été à l'écart du monde, ni par sa géographie ni par son histoire. Exsangue après un demi-siècle au moins de guerres, d'invasions et de dévastations, le pays fait partie d'une histoire vaste, tumultueuse, et est autant le symbole de l'archaïsme politique que le spectre d'une modernité chaotique et brutale montrant les ravages de la loi du plus fort. Comme le bouzkachi, que les talibans n'ont pas osé abolir.
Guide des Sorties : Exposition - Soixante ans d'arts ménagers / Huguette MEUNIER in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Exposition - Soixante ans d'arts ménagers Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Huguette MEUNIER, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 106-107 Langues : Français (fre) Mots-clés : exposition arts ménagers 60 ans consommation Note de contenu : Le Salon des arts ménagers a drainé pendant soixante ans, des foules curieuses de nouveauté et parfois d'utopie. Sous l'oeil attentif des politiques et entrepreneurs.
Ce Breton-là s'appelait Jules-Louis. De formation scientifique et de sensibilité socialiste, député et sénateur respecté, directeur du service des inventions durant la Grande Guerre puis ministre de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales, il fut aussi l'inventeur du motolaveur, ancêtre du lave-vaisselle et, en 1923, l'initiateur du Salon des arts ménagers pour « mettre le rêve à la portée de tous ».
L'exposition rappelle l'incroyable spectacle que constituait alors le Salon, au Grand Palais, à Paris, puis au Cnit à la Défense, jusqu'à sa fermeture définitive en 1983. Des films et des photos montrent les foules attentives au « quitien » pour fixer les manches à balai, aux casseroles automatiques, aux aspirateurs, des élégantes en chapeau essayant des diffuseurs de parfums, ou le président Albert Lebrun en arrêt devant le stand des presse-purée en 1934.
Une cuisine-laboratoire
Car l'alimentation est un secteur privilégié des responsables de la manifestation, pour le bien-être de la population qui peut goûter l'inimitable Viandox, pour l'image de marque de la France, patrie de la gastronomie (et Raymond Oliver présente ses petits fours), mais aussi pour les retombées économiques. La nature n'est pas (complètement) oubliée, avec la lutte contre « le papier gras, nouveau fléau de nos sites touristiques », s'exclame Léon Auscher, président de l'Union nationale des associations de tourisme en 1938. Les inventeurs sont donc sollicités l'année suivante pour dessiner des poubelles solides, pratiques et si possibles esthétiques - nos équipes municipales en sont toujours là.
L'exposition interroge aussi les questions sociétales, et d'abord la place des femmes. Le journaliste Gaston Picard s'entretient en 1927 avec une vingtaine de femmes connues telles la romancière Gyp ou la poétesse Lucie Delarue-Mardrus sur un « féminisme pratique » complémentaire du « féminisme d'idées ». Paulette Bernège, proche collaboratrice de Jules-Louis Breton, imagine une femme moderne, active à l'extérieur et régnant chez elle sur une cuisine-laboratoire aux déplacements pensés pour éviter les « distances-vampires » qui coûtent efforts et temps. Jusqu'en 1974, un concours de la fée du logis départage 60 finalistes, entre réalisation de pâtés en croûte, repassage et raccommodage. Dans ce concert s'élèvent cependant quelques voix discordantes, celle de Louise Weiss plaidant en 1936 pour le droit de vote avec le groupe de La Femme nouvelle ou, plus radicales encore, celles des militantes du MLAC-MLF en 1975, qui diffusent une affiche vengeresse sur la Mé(na)gère apprivoisée, mécanique utile et silencieuse, « vraiment une affaire ! ».
Symbole de la société de consommation, y compris dans ce qu'elle a rétrospectivement d'excessif comme la maison tout en plastique de 1956, cette manifestation populaire (1,4 million de visiteurs à son apogée en 1962, pour 1 289 exposants sur cinq niveaux) est un exceptionnel révélateur de société. Il était naturel que les Archives nationales, détentrices du fonds complet du Salon, aient envie d'en faire profiter un large public.
À VOIR
Plateau volant, motolaveur, purée minute au Salon des arts ménagers, 1923-1983, Jusqu'au 16 juillet 2022 aux Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine (93).
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 106-107[article] Guide des Sorties : Exposition - Soixante ans d'arts ménagers [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Huguette MEUNIER, Auteur . - 2022 . - p. 106-107.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 106-107
Mots-clés : exposition arts ménagers 60 ans consommation Note de contenu : Le Salon des arts ménagers a drainé pendant soixante ans, des foules curieuses de nouveauté et parfois d'utopie. Sous l'oeil attentif des politiques et entrepreneurs.
Ce Breton-là s'appelait Jules-Louis. De formation scientifique et de sensibilité socialiste, député et sénateur respecté, directeur du service des inventions durant la Grande Guerre puis ministre de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance sociales, il fut aussi l'inventeur du motolaveur, ancêtre du lave-vaisselle et, en 1923, l'initiateur du Salon des arts ménagers pour « mettre le rêve à la portée de tous ».
L'exposition rappelle l'incroyable spectacle que constituait alors le Salon, au Grand Palais, à Paris, puis au Cnit à la Défense, jusqu'à sa fermeture définitive en 1983. Des films et des photos montrent les foules attentives au « quitien » pour fixer les manches à balai, aux casseroles automatiques, aux aspirateurs, des élégantes en chapeau essayant des diffuseurs de parfums, ou le président Albert Lebrun en arrêt devant le stand des presse-purée en 1934.
Une cuisine-laboratoire
Car l'alimentation est un secteur privilégié des responsables de la manifestation, pour le bien-être de la population qui peut goûter l'inimitable Viandox, pour l'image de marque de la France, patrie de la gastronomie (et Raymond Oliver présente ses petits fours), mais aussi pour les retombées économiques. La nature n'est pas (complètement) oubliée, avec la lutte contre « le papier gras, nouveau fléau de nos sites touristiques », s'exclame Léon Auscher, président de l'Union nationale des associations de tourisme en 1938. Les inventeurs sont donc sollicités l'année suivante pour dessiner des poubelles solides, pratiques et si possibles esthétiques - nos équipes municipales en sont toujours là.
L'exposition interroge aussi les questions sociétales, et d'abord la place des femmes. Le journaliste Gaston Picard s'entretient en 1927 avec une vingtaine de femmes connues telles la romancière Gyp ou la poétesse Lucie Delarue-Mardrus sur un « féminisme pratique » complémentaire du « féminisme d'idées ». Paulette Bernège, proche collaboratrice de Jules-Louis Breton, imagine une femme moderne, active à l'extérieur et régnant chez elle sur une cuisine-laboratoire aux déplacements pensés pour éviter les « distances-vampires » qui coûtent efforts et temps. Jusqu'en 1974, un concours de la fée du logis départage 60 finalistes, entre réalisation de pâtés en croûte, repassage et raccommodage. Dans ce concert s'élèvent cependant quelques voix discordantes, celle de Louise Weiss plaidant en 1936 pour le droit de vote avec le groupe de La Femme nouvelle ou, plus radicales encore, celles des militantes du MLAC-MLF en 1975, qui diffusent une affiche vengeresse sur la Mé(na)gère apprivoisée, mécanique utile et silencieuse, « vraiment une affaire ! ».
Symbole de la société de consommation, y compris dans ce qu'elle a rétrospectivement d'excessif comme la maison tout en plastique de 1956, cette manifestation populaire (1,4 million de visiteurs à son apogée en 1962, pour 1 289 exposants sur cinq niveaux) est un exceptionnel révélateur de société. Il était naturel que les Archives nationales, détentrices du fonds complet du Salon, aient envie d'en faire profiter un large public.
À VOIR
Plateau volant, motolaveur, purée minute au Salon des arts ménagers, 1923-1983, Jusqu'au 16 juillet 2022 aux Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine (93).
Guide des Sorties : Exposition - Qui est René L. ? / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Exposition - Qui est René L. ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 108 Langues : Français (fre) Mots-clés : exposition dessins psychiatrique Note de contenu : A partir de dessins retrouvés dans un asile à l'abandon, une expérience d'histoire en train de se réaliser.
Quarante dessins roulés sur eux-mêmes. Abandonnés dans un bâtiment voué à la destruction de l'hôpital psychiatrique privé du Bon-Sauveur à Picauville dans la Manche. Tracées au crayon noir, certaines oeuvres sont coloriées avec soin. Elles représentent des maisons géométriques (ci-dessus), un poisson, un voilier... Toutes sont signées du même artiste atteint - selon son certificat d'entrée - de « délire chronique de structure imprécise à thème hypocondriaque » : René L.
Une telle découverte ne pouvait que susciter l'intérêt d'un historien comme Philippe Artières si familier des « écritures ordinaires ». Il se lance sur les traces de ce patient dessinateur. René L. est né en 1920 à Perregaux en Algérie. Il y passe son enfance et son adolescence avant d'être hospitalisé vers 20 ans pour troubles mentaux. En 1963, après l'indépendance algérienne, il est interné au Bon-Sauveur où il séjourne jusqu'à sa mort en 1993. Pour comprendre le monde dans lequel René L. évoluait, Philippe Artières et Béatrice Didier ont recours à ce que Michel Foucault appelait « hétérotopies ». Ces espaces bien réels mais coupés du monde environnant ont des règles bien à eux qui peuvent induire des écarts à la norme : ce sont le monastère, l'internat, la colonie mais aussi le village olympique ou le parc d'attractions, et, bien entendu, l'hôpital psychiatrique.
L'exposition propose alors d'associer aux dessins de René L. toutes sortes d'objets qui leur font écho : la sculpture géométrique Modular Cube de Sol LeWitt, des témoignages d'enfants maghrébins réfugiés en France, des plans d'aménagement d'Alger par les Français. Elle fait aussi appel aux expériences et aux créations de Michel Foucault lui-même mais aussi de Frantz Fanon, psychiatre à Joinville-Blida pendant la guerre d'Algérie, de l'architecte Le Corbusier et de l'écrivain Georges Perec. Elles éclairent les oeuvres de René L. Comme une histoire en train se faire.
À VOIR
Histoire(s) de René L. Hétérotopies contrariées, jusqu'au 8 mai 2022 au Mucem, fort Saint-Jean, Marseille (13).
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 108[article] Guide des Sorties : Exposition - Qui est René L. ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2022 . - p. 108.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 108
Mots-clés : exposition dessins psychiatrique Note de contenu : A partir de dessins retrouvés dans un asile à l'abandon, une expérience d'histoire en train de se réaliser.
Quarante dessins roulés sur eux-mêmes. Abandonnés dans un bâtiment voué à la destruction de l'hôpital psychiatrique privé du Bon-Sauveur à Picauville dans la Manche. Tracées au crayon noir, certaines oeuvres sont coloriées avec soin. Elles représentent des maisons géométriques (ci-dessus), un poisson, un voilier... Toutes sont signées du même artiste atteint - selon son certificat d'entrée - de « délire chronique de structure imprécise à thème hypocondriaque » : René L.
Une telle découverte ne pouvait que susciter l'intérêt d'un historien comme Philippe Artières si familier des « écritures ordinaires ». Il se lance sur les traces de ce patient dessinateur. René L. est né en 1920 à Perregaux en Algérie. Il y passe son enfance et son adolescence avant d'être hospitalisé vers 20 ans pour troubles mentaux. En 1963, après l'indépendance algérienne, il est interné au Bon-Sauveur où il séjourne jusqu'à sa mort en 1993. Pour comprendre le monde dans lequel René L. évoluait, Philippe Artières et Béatrice Didier ont recours à ce que Michel Foucault appelait « hétérotopies ». Ces espaces bien réels mais coupés du monde environnant ont des règles bien à eux qui peuvent induire des écarts à la norme : ce sont le monastère, l'internat, la colonie mais aussi le village olympique ou le parc d'attractions, et, bien entendu, l'hôpital psychiatrique.
L'exposition propose alors d'associer aux dessins de René L. toutes sortes d'objets qui leur font écho : la sculpture géométrique Modular Cube de Sol LeWitt, des témoignages d'enfants maghrébins réfugiés en France, des plans d'aménagement d'Alger par les Français. Elle fait aussi appel aux expériences et aux créations de Michel Foucault lui-même mais aussi de Frantz Fanon, psychiatre à Joinville-Blida pendant la guerre d'Algérie, de l'architecte Le Corbusier et de l'écrivain Georges Perec. Elles éclairent les oeuvres de René L. Comme une histoire en train se faire.
À VOIR
Histoire(s) de René L. Hétérotopies contrariées, jusqu'au 8 mai 2022 au Mucem, fort Saint-Jean, Marseille (13).
Guide des Sorties : Exposition - Dans les musées in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Exposition - Dans les musées Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 108 Langues : Français (fre) Mots-clés : exposition musées capitalisme vogue Bartoli Posada Paris et estuaire Note de contenu :
Karl Marx et le capitalisme
Philosophe, journaliste, économiste et activiste politique, Karl Marx est l'auteur d'une analyse critique du capitalisme conquérant du XIXe siècle. Cette exposition propose de revenir sur la genèse de son oeuvre et sur la réception de ses théories tout au long du XXe siècle.
Jusqu'au 21 août au Deutsches Historisches Museum, Berlin (Allemagne).
La Mode en vogue
Vêtements, accessoires, dessins, photographies, 350 pièces issues de la collection du palais Galliera illustrent les codes de l'habillement en France du XVIIIe siècle jusqu'à nos jours.
Jusqu'au 26 juin au palais Galliera, musée de la Mode, Paris.
Josep Bartoli : l'exil peut attendre
Dessinateur et caricaturiste antifranquiste, Josep Bartoli fuit l'Espagne en 1939. Rescapé des camps d'internement français, il commence une existence marquée par l'exil vers le Mexique. Jusqu'à sa mort en 1995 à New York, il ne cesse d'exorciser ses combats et ses souffrances par le dessin.
Jusqu'au 19 septembre au Mémorial du camp de Rivesaltes, Salses-le-Château (66).
Posada, génie de la gravure
Célèbre pour ses calaveras, squelettes dansant et riant, l'illustrateur mexicain José Guadalupe Posada (1852-1913) a mis son talent au service de la presse populaire. Son oeuvre raconte aussi la mondialisation éditoriale de la fin du XIXe siècle.
Jusqu'au 18 septembre au musée de l'Image, Épinal (88).
La Seine, de Paris à l'estuaire
Le fleuve a façonné des paysages, séparé puis relié les hommes, orienté les choix architecturaux. Il a joué un rôle dans l'approvisionnement de Paris, puis dans l'industrialisation, et a conditionné l'implantation des populations.
Jusqu'au 19 juin au musée d'Histoire urbaine et sociale, Suresnes (92).
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 108[article] Guide des Sorties : Exposition - Dans les musées [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 108.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 108
Mots-clés : exposition musées capitalisme vogue Bartoli Posada Paris et estuaire Note de contenu :
Karl Marx et le capitalisme
Philosophe, journaliste, économiste et activiste politique, Karl Marx est l'auteur d'une analyse critique du capitalisme conquérant du XIXe siècle. Cette exposition propose de revenir sur la genèse de son oeuvre et sur la réception de ses théories tout au long du XXe siècle.
Jusqu'au 21 août au Deutsches Historisches Museum, Berlin (Allemagne).
La Mode en vogue
Vêtements, accessoires, dessins, photographies, 350 pièces issues de la collection du palais Galliera illustrent les codes de l'habillement en France du XVIIIe siècle jusqu'à nos jours.
Jusqu'au 26 juin au palais Galliera, musée de la Mode, Paris.
Josep Bartoli : l'exil peut attendre
Dessinateur et caricaturiste antifranquiste, Josep Bartoli fuit l'Espagne en 1939. Rescapé des camps d'internement français, il commence une existence marquée par l'exil vers le Mexique. Jusqu'à sa mort en 1995 à New York, il ne cesse d'exorciser ses combats et ses souffrances par le dessin.
Jusqu'au 19 septembre au Mémorial du camp de Rivesaltes, Salses-le-Château (66).
Posada, génie de la gravure
Célèbre pour ses calaveras, squelettes dansant et riant, l'illustrateur mexicain José Guadalupe Posada (1852-1913) a mis son talent au service de la presse populaire. Son oeuvre raconte aussi la mondialisation éditoriale de la fin du XIXe siècle.
Jusqu'au 18 septembre au musée de l'Image, Épinal (88).
La Seine, de Paris à l'estuaire
Le fleuve a façonné des paysages, séparé puis relié les hommes, orienté les choix architecturaux. Il a joué un rôle dans l'approvisionnement de Paris, puis dans l'industrialisation, et a conditionné l'implantation des populations.
Jusqu'au 19 juin au musée d'Histoire urbaine et sociale, Suresnes (92).
Guide des Sorties : Cinéma - Jiri Menzel, rire face au socialisme réel / Antoine De Baecque in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Jiri Menzel, rire face au socialisme réel Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine De Baecque, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 110 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma films tchèques Note de contenu : Trois films du réalisateur tchèque ressortent en salles.
Malavida films propose, en salle et en version restaurée, trois des treize films de Jiri Menzel : Trains étroitement surveillés ; Alouettes, le fil à la patte et Une blonde émoustillante. Superbe occasion de redécouvrir un cinéaste tchèque important et subtil, qui refusa toujours de quitter son pays, même au plus fort de la censure et de la « normalisation » suivant le Printemps de Prague et l'intervention soviétique en août 1968. Membre avec Milos Forman, Vera Chytilova et Ivan Passer du carré d'as de la nouvelle vague tchèque, Jiri Menzel décrit cet âge d'or : « Nous étions dans une société qui devenait libre mais c'était une liberté limitée. En ce sens, nous avions toujours quelque chose à combattre. Quand on peut faire ce qu'on veut, il nous manque un adversaire et une motivation. »
L'adversaire, c'est la bêtise bureaucratique et la mesquinerie de la vie étriquée imposées par le socialisme réel de la Tchécoslovaquie stalinienne. La motivation, c'est d'atteindre une justesse qui, tout en nuances, en drôlerie, en finesse, sait se détacher des choses « sérieuses ». Ce que Menzel répétera jusqu'au bout, par exemple dans un entretien quelques années avant sa mort, en 2020 : « Une chose est sûre, je déteste le pathos et tout ce qui est faux. Je cherche à faire des films qui donnent de la force pour vivre. »
Jiri Menzel s'est imposé avec Trains étroitement surveillés. Dans ce film de 1966, Milos, sous-chef d'une petite gare tchèque pendant la Seconde Guerre mondiale, participe sans trop le vouloir à un complot contre l'occupant nazi. Tourmenté par sa timidité, il n'arrive pas à embrasser la jolie contrôleuse qui, pourtant, s'offre à lui. Devant cet échec, il tente de se suicider. Heureusement, une jeune femme issue de la Résistance le révèle à lui-même, finissant avec un coup de tampon administratif sur la fesse gauche. Il peut désormais se comporter en héros, faisant sauter un train tout en mourant bêtement, prenant par inadvertance une rafale de mitraillette. Cela évoque le grand-père magicien de Jiri Menzel, qui, pensant hypnotiser l'armée allemande en route vers Prague, les mains tendues et les yeux exorbités, arrêta le premier tank mais finit écrabouillé par le deuxième.
A 28 ans, avec cette oeuvre tragi-comique, cocktail détonnant où se mêlent initiation adolescente et résistance à l'oppression, Menzel connaît le succès international. Et même la gloire : le film reçoit à Hollywood l'Oscar du meilleur film étranger. La critique du régime est implicite, celle du réalisme socialiste encore plus marquée, à travers ces effigies héroïques ridiculisées et ces amours joyeuses filmées avec tendresse.
Censuré par le régime
A ce subtil portrait de la jeunesse, succède une farce antistalinienne plus provocatrice encore. Dans Alouettes, le fil à la patte, en 1969, Menzel explore carrément le coeur des valeurs socialistes. Durant les années 1950, dans un dépôt de ferraille, travaillent des prisonnières condamnées pour avoir tenté de quitter illégalement le pays et des hommes soupçonnés de ne pas s'enthousiasmer pour le régime, des « bourgeois » en rééducation politique, d'anciens commerçants, des intellectuels, des « libéraux ». Cette petite communauté hétéroclite s'adonne paresseusement aux tâches obligatoires mais surtout, avec la complicité d'un jeune gardien dépassé par les événements, au sens de la dérision et de l'humour. Le plus subversif de ces jeux consiste à perturber les instances officielles qui tentent de faire du chantier un endroit modèle de la victoire du socialisme, tout en draguant les prisonnières étonnamment sexy du camp d'internement d'à côté. C'est le rire, ici, qui défait le cours convenu de l'histoire.
Mais, entre la préparation du film durant le printemps de Prague et son tournage, un an plus tard, la normalisation est passée par là, de même que l'armée soviétique. Alouettes est immédiatement interdit jusqu'à la chute du mur en 1989. Ce sera la redécouverte vingt ans plus tard, avec cet exploit cinématographique : achevé en 1969, le film remporte l'Ours d'or à Berlin en 1990 ! Avec Alouettes, farfelu, décalé, politique et poétique, le titre de cette rétrospective se justifie au mieux : « La comédie est une arme. »
Menzel tourne, dix ans plus tard, Une blonde émoustillante. Il exploite une verve rabelaisienne et érotique grâce à Magda Vasaryova et sa superbe chevelure dorée. La belle femme adore la bière et les hommes, y compris son mari, brasseur dans un village transformé en utopie. Menzel ose filmer ce que les autres ne font que rêver. Le cinéaste y oppose une truculence et une ironie très Mittel Europa, cette douceur de vivre qui déconstruira, une décennie plus tard, le rideau de fer par la Révolution de velours.
À VOIR
La comédie est une arme (Trains étroitement surveillés ; Alouettes, le fil à la patte ; Une blonde émoustillante), J. Menzel, en salle le 23 février 2022.
Pour nos abonnés
Le 8 mars 2022 à 20h au Cinéma Reflet Médicis, projection de Trains étroitement surveillés de Jiri Menzel.
La projection sera suivie d'une discussion avec Antoine de Baecque critique et historien du cinéma et Mathieu Macheret, critique de cinéma.
20 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscriptions : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Reflet Médicis, 3, rue Champollion, 75005 Paris.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 110[article] Guide des Sorties : Cinéma - Jiri Menzel, rire face au socialisme réel [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine De Baecque, Auteur . - 2022 . - p. 110.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 110
Mots-clés : cinéma films tchèques Note de contenu : Trois films du réalisateur tchèque ressortent en salles.
Malavida films propose, en salle et en version restaurée, trois des treize films de Jiri Menzel : Trains étroitement surveillés ; Alouettes, le fil à la patte et Une blonde émoustillante. Superbe occasion de redécouvrir un cinéaste tchèque important et subtil, qui refusa toujours de quitter son pays, même au plus fort de la censure et de la « normalisation » suivant le Printemps de Prague et l'intervention soviétique en août 1968. Membre avec Milos Forman, Vera Chytilova et Ivan Passer du carré d'as de la nouvelle vague tchèque, Jiri Menzel décrit cet âge d'or : « Nous étions dans une société qui devenait libre mais c'était une liberté limitée. En ce sens, nous avions toujours quelque chose à combattre. Quand on peut faire ce qu'on veut, il nous manque un adversaire et une motivation. »
L'adversaire, c'est la bêtise bureaucratique et la mesquinerie de la vie étriquée imposées par le socialisme réel de la Tchécoslovaquie stalinienne. La motivation, c'est d'atteindre une justesse qui, tout en nuances, en drôlerie, en finesse, sait se détacher des choses « sérieuses ». Ce que Menzel répétera jusqu'au bout, par exemple dans un entretien quelques années avant sa mort, en 2020 : « Une chose est sûre, je déteste le pathos et tout ce qui est faux. Je cherche à faire des films qui donnent de la force pour vivre. »
Jiri Menzel s'est imposé avec Trains étroitement surveillés. Dans ce film de 1966, Milos, sous-chef d'une petite gare tchèque pendant la Seconde Guerre mondiale, participe sans trop le vouloir à un complot contre l'occupant nazi. Tourmenté par sa timidité, il n'arrive pas à embrasser la jolie contrôleuse qui, pourtant, s'offre à lui. Devant cet échec, il tente de se suicider. Heureusement, une jeune femme issue de la Résistance le révèle à lui-même, finissant avec un coup de tampon administratif sur la fesse gauche. Il peut désormais se comporter en héros, faisant sauter un train tout en mourant bêtement, prenant par inadvertance une rafale de mitraillette. Cela évoque le grand-père magicien de Jiri Menzel, qui, pensant hypnotiser l'armée allemande en route vers Prague, les mains tendues et les yeux exorbités, arrêta le premier tank mais finit écrabouillé par le deuxième.
A 28 ans, avec cette oeuvre tragi-comique, cocktail détonnant où se mêlent initiation adolescente et résistance à l'oppression, Menzel connaît le succès international. Et même la gloire : le film reçoit à Hollywood l'Oscar du meilleur film étranger. La critique du régime est implicite, celle du réalisme socialiste encore plus marquée, à travers ces effigies héroïques ridiculisées et ces amours joyeuses filmées avec tendresse.
Censuré par le régime
A ce subtil portrait de la jeunesse, succède une farce antistalinienne plus provocatrice encore. Dans Alouettes, le fil à la patte, en 1969, Menzel explore carrément le coeur des valeurs socialistes. Durant les années 1950, dans un dépôt de ferraille, travaillent des prisonnières condamnées pour avoir tenté de quitter illégalement le pays et des hommes soupçonnés de ne pas s'enthousiasmer pour le régime, des « bourgeois » en rééducation politique, d'anciens commerçants, des intellectuels, des « libéraux ». Cette petite communauté hétéroclite s'adonne paresseusement aux tâches obligatoires mais surtout, avec la complicité d'un jeune gardien dépassé par les événements, au sens de la dérision et de l'humour. Le plus subversif de ces jeux consiste à perturber les instances officielles qui tentent de faire du chantier un endroit modèle de la victoire du socialisme, tout en draguant les prisonnières étonnamment sexy du camp d'internement d'à côté. C'est le rire, ici, qui défait le cours convenu de l'histoire.
Mais, entre la préparation du film durant le printemps de Prague et son tournage, un an plus tard, la normalisation est passée par là, de même que l'armée soviétique. Alouettes est immédiatement interdit jusqu'à la chute du mur en 1989. Ce sera la redécouverte vingt ans plus tard, avec cet exploit cinématographique : achevé en 1969, le film remporte l'Ours d'or à Berlin en 1990 ! Avec Alouettes, farfelu, décalé, politique et poétique, le titre de cette rétrospective se justifie au mieux : « La comédie est une arme. »
Menzel tourne, dix ans plus tard, Une blonde émoustillante. Il exploite une verve rabelaisienne et érotique grâce à Magda Vasaryova et sa superbe chevelure dorée. La belle femme adore la bière et les hommes, y compris son mari, brasseur dans un village transformé en utopie. Menzel ose filmer ce que les autres ne font que rêver. Le cinéaste y oppose une truculence et une ironie très Mittel Europa, cette douceur de vivre qui déconstruira, une décennie plus tard, le rideau de fer par la Révolution de velours.
À VOIR
La comédie est une arme (Trains étroitement surveillés ; Alouettes, le fil à la patte ; Une blonde émoustillante), J. Menzel, en salle le 23 février 2022.
Pour nos abonnés
Le 8 mars 2022 à 20h au Cinéma Reflet Médicis, projection de Trains étroitement surveillés de Jiri Menzel.
La projection sera suivie d'une discussion avec Antoine de Baecque critique et historien du cinéma et Mathieu Macheret, critique de cinéma.
20 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscriptions : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Reflet Médicis, 3, rue Champollion, 75005 Paris.
Guide des Sorties : Cinéma - SOS Congo / Julia BELLOT in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - SOS Congo Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Julia BELLOT, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 111 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma film documentaire Congo massacres Note de contenu : Thierry Michel livre un documentaire poignant sur les massacres en République démocratique du Congo.
Je m'appelle Denis Mukwege. Je viens d'un des pays les plus riches de la planète. Pourtant, le peuple de mon pays est parmi les plus pauvres du monde. [...] Au moment même où je vous parle, un rapport est en train de moisir dans le tiroir d'un bureau à New York. Il a été rédigé à l'issue d'une enquête professionnelle et rigoureuse sur les crimes de guerre et les violations des droits humains perpétrés au Congo. [...] Qu'attend le monde pour qu'il soit pris en compte ? » Ces paroles fortes ont été prononcées le 10 décembre 2018 à Oslo. Denis Mukwege y recevait - en compagnie de Nadia Murad - le prix Nobel de la Paix pour ses efforts visant à mettre fin à l'utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre. Le gynécologue - surnommé l'« homme qui répare les femmes » - utilisait cette tribune pour lancer un signal d'alarme face aux violences qui déchirent son pays depuis près de vingt-cinq ans.
En 1994 le génocide perpétré au Rwanda par les Hutu contre les Tutsi déstabilise la région des Grands Lacs. Plus de 1 million de Hutu se réfugient au Zaïre - qui deviendra la République démocratique du Congo en 1997. Parmi eux des extrémistes hutu exercent une emprise sur la population civile des camps de réfugiés et souhaitent reprendre le pouvoir au Rwanda. Ils représentent une menace aux yeux de Paul Kagame, le nouvel homme fort du Rwanda, et son allié, le président ougandais. Deux ans plus tard, en 1996, ces derniers décident donc d'intervenir au Zaïre. Une coalition de Tutsi rwandais, d'Ougandais et de Zaïrois est constituée : l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). Elle est dirigée par Laurent Désiré Kabila, principal opposant à Mobutu, au pouvoir depuis 1965. Poursuivant les réfugiés, l'AFDL traverse le pays d'est en ouest jusqu'à la capitale Kinshasa. Dans le sillage de cette armée rebelle, de très nombreux massacres de populations civiles sont rapportés.
Massacres en toute impunité
La prise de pouvoir de Laurent-Désiré Kabila en 1997 marque la fin de la première guerre du Congo, mais une seconde commence dans la foulée. Le pays est déchiré entre de multiples milices et mouvements rebelles, soutenus par les pays voisins. La paix n'est signée qu'en 2003, mais des massacres continuent encore aujourd'hui en toute impunité.
En 2008 le conseil de sécurité de l'ONU mandate une équipe pour enquêter sur place et dresser la carte de tous les massacres de masse commis entre 1993 et 2003. Publié en 2010, le rapport Mapping répertorie 617 crimes contre l'humanité ou crimes de guerre. Leurs auteurs présumés n'ont toujours pas été jugés. De nombreuses voix s'élèvent donc pour qu'un tribunal pénal international soit mis en place. Parmi elles, celle du docteur Mukwege, mais également celle du réalisateur, Thierry Michel. En donnant la parole à des témoins, des victimes, des journalistes, ainsi qu'à des membres des Nations unies et de la mission Mapping, le documentariste relate dans son onzième film sur le Congo la tragédie traversée par ce pays aussi vaste que l'Europe.
À VOIR
L'Empire du silence, T. Michel, en salles le 16 mars 2022.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 111[article] Guide des Sorties : Cinéma - SOS Congo [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Julia BELLOT, Auteur . - 2022 . - p. 111.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 111
Mots-clés : cinéma film documentaire Congo massacres Note de contenu : Thierry Michel livre un documentaire poignant sur les massacres en République démocratique du Congo.
Je m'appelle Denis Mukwege. Je viens d'un des pays les plus riches de la planète. Pourtant, le peuple de mon pays est parmi les plus pauvres du monde. [...] Au moment même où je vous parle, un rapport est en train de moisir dans le tiroir d'un bureau à New York. Il a été rédigé à l'issue d'une enquête professionnelle et rigoureuse sur les crimes de guerre et les violations des droits humains perpétrés au Congo. [...] Qu'attend le monde pour qu'il soit pris en compte ? » Ces paroles fortes ont été prononcées le 10 décembre 2018 à Oslo. Denis Mukwege y recevait - en compagnie de Nadia Murad - le prix Nobel de la Paix pour ses efforts visant à mettre fin à l'utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre. Le gynécologue - surnommé l'« homme qui répare les femmes » - utilisait cette tribune pour lancer un signal d'alarme face aux violences qui déchirent son pays depuis près de vingt-cinq ans.
En 1994 le génocide perpétré au Rwanda par les Hutu contre les Tutsi déstabilise la région des Grands Lacs. Plus de 1 million de Hutu se réfugient au Zaïre - qui deviendra la République démocratique du Congo en 1997. Parmi eux des extrémistes hutu exercent une emprise sur la population civile des camps de réfugiés et souhaitent reprendre le pouvoir au Rwanda. Ils représentent une menace aux yeux de Paul Kagame, le nouvel homme fort du Rwanda, et son allié, le président ougandais. Deux ans plus tard, en 1996, ces derniers décident donc d'intervenir au Zaïre. Une coalition de Tutsi rwandais, d'Ougandais et de Zaïrois est constituée : l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). Elle est dirigée par Laurent Désiré Kabila, principal opposant à Mobutu, au pouvoir depuis 1965. Poursuivant les réfugiés, l'AFDL traverse le pays d'est en ouest jusqu'à la capitale Kinshasa. Dans le sillage de cette armée rebelle, de très nombreux massacres de populations civiles sont rapportés.
Massacres en toute impunité
La prise de pouvoir de Laurent-Désiré Kabila en 1997 marque la fin de la première guerre du Congo, mais une seconde commence dans la foulée. Le pays est déchiré entre de multiples milices et mouvements rebelles, soutenus par les pays voisins. La paix n'est signée qu'en 2003, mais des massacres continuent encore aujourd'hui en toute impunité.
En 2008 le conseil de sécurité de l'ONU mandate une équipe pour enquêter sur place et dresser la carte de tous les massacres de masse commis entre 1993 et 2003. Publié en 2010, le rapport Mapping répertorie 617 crimes contre l'humanité ou crimes de guerre. Leurs auteurs présumés n'ont toujours pas été jugés. De nombreuses voix s'élèvent donc pour qu'un tribunal pénal international soit mis en place. Parmi elles, celle du docteur Mukwege, mais également celle du réalisateur, Thierry Michel. En donnant la parole à des témoins, des victimes, des journalistes, ainsi qu'à des membres des Nations unies et de la mission Mapping, le documentariste relate dans son onzième film sur le Congo la tragédie traversée par ce pays aussi vaste que l'Europe.
À VOIR
L'Empire du silence, T. Michel, en salles le 16 mars 2022.
Guide des Sorties : Médias - C'étaient leurs guerres d'Algérie / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Médias - C'étaient leurs guerres d'Algérie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 112 Langues : Français (fre) Mots-clés : documentaires conflits Algérie Note de contenu : Deux documentaires pour les 60 ans de la fin du conflit.
Le 18 mars 1962, à Évian-les-Bains, sur les bords du lac Léman, les représentants du gouvernement de la République française et ceux du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) signent des accords après plusieurs semaines de négociations. Ils décrètent un cessez-le-feu effectif dès le lendemain. La guerre d'indépendance s'achève presque huit ans après la Toussaint rouge et ses attentats meurtriers (cf. L'Histoire Collection n° 95, en kiosque le 17 mars). A l'occasion de cet anniversaire, deux grandes séries documentaires sont diffusées : En guerre(s) pour l'Algérie de Rafael Lewandowski et Raphaëlle Branche ; C'était la guerre d'Algérie de Georges-Marc Benamou et Benjamin Stora. Leur grande originalité - outre le fait d'être les oeuvres d'éminents spécialistes - est de s'appuyer sur de nombreux témoignages récents et inédits. Comme si, soixante ans après la fin de ce conflit qui a marqué toute une génération de part et d'autre de la Méditerranée, le temps était enfin venu de libérer la parole et de s'exprimer.
Ils sont civils algériens, Français d'Algérie, appelés du contingent, militaires de carrière français, militants indépendantistes du Front de libération nationale (FLN) et du Mouvement national algérien (MNA), combattants de l'Armée de libération nationale (ALN), intellectuels et étudiants, réfractaires, personnels de l'administration française en Algérie, membres de l'Organisation armée secrète (OAS), supplétifs de l'armée française, porteurs de valises... Ces hommes et ces femmes racontent leurs expériences de cette guerre qu'ils ont vécue d'en bas. « Une guerre au plus près des chairs et des êtres » écrit Raphaëlle Branche dans l'introduction du livre qui accompagne son documentaire (Tallandier/Arte éditions, 2022).
À VOIR
En guerre(s) pour l'Algérie, R. Branche et R. Lewandowski, le mardi 1er et le mercredi 2 mars 2022 à 20 h 50 sur Arte.
C'était la guerre d'Algérie, G.-M. Benamou, B. Stora, en mars 2022 sur France 2.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 112[article] Guide des Sorties : Médias - C'étaient leurs guerres d'Algérie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2022 . - p. 112.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 112
Mots-clés : documentaires conflits Algérie Note de contenu : Deux documentaires pour les 60 ans de la fin du conflit.
Le 18 mars 1962, à Évian-les-Bains, sur les bords du lac Léman, les représentants du gouvernement de la République française et ceux du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) signent des accords après plusieurs semaines de négociations. Ils décrètent un cessez-le-feu effectif dès le lendemain. La guerre d'indépendance s'achève presque huit ans après la Toussaint rouge et ses attentats meurtriers (cf. L'Histoire Collection n° 95, en kiosque le 17 mars). A l'occasion de cet anniversaire, deux grandes séries documentaires sont diffusées : En guerre(s) pour l'Algérie de Rafael Lewandowski et Raphaëlle Branche ; C'était la guerre d'Algérie de Georges-Marc Benamou et Benjamin Stora. Leur grande originalité - outre le fait d'être les oeuvres d'éminents spécialistes - est de s'appuyer sur de nombreux témoignages récents et inédits. Comme si, soixante ans après la fin de ce conflit qui a marqué toute une génération de part et d'autre de la Méditerranée, le temps était enfin venu de libérer la parole et de s'exprimer.
Ils sont civils algériens, Français d'Algérie, appelés du contingent, militaires de carrière français, militants indépendantistes du Front de libération nationale (FLN) et du Mouvement national algérien (MNA), combattants de l'Armée de libération nationale (ALN), intellectuels et étudiants, réfractaires, personnels de l'administration française en Algérie, membres de l'Organisation armée secrète (OAS), supplétifs de l'armée française, porteurs de valises... Ces hommes et ces femmes racontent leurs expériences de cette guerre qu'ils ont vécue d'en bas. « Une guerre au plus près des chairs et des êtres » écrit Raphaëlle Branche dans l'introduction du livre qui accompagne son documentaire (Tallandier/Arte éditions, 2022).
À VOIR
En guerre(s) pour l'Algérie, R. Branche et R. Lewandowski, le mardi 1er et le mercredi 2 mars 2022 à 20 h 50 sur Arte.
C'était la guerre d'Algérie, G.-M. Benamou, B. Stora, en mars 2022 sur France 2.
Guide des Sorties : Médias - Radio-Télé in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Médias - Radio-Télé Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 112 Langues : Français (fre) Mots-clés : médias radio télé Note de contenu :
La cité perdue d'Al Andalus
Au Xe siècle, le calife Abd al-Rahman III ordonne de bâtir une cité colossale : Madinat al-Zahra, à quelques kilomètres de Cordoue. Depuis cinq ans, des fouilles sont menées sur ce site classé au patrimoine mondial de l'humanité.
Le jeudi 24 février sur France 5.
Concordance des temps
Jean-Noël Jeanneney reçoit le 26 février Pauline Valade pour « Joie décrétée, joie détournée : la fête au XVIIIe siècle ». Le 5 mars, Pierre Allorant pour « 1869-1879 : la République en son creuset ». Le 12, Anaïs Albert pour « La vie à crédit ». Le 17, Élisabeth Lusset pour la violence domestique.
Tous les samedis à 10 heures sur France Culture.
Police et maintien de l'ordre
François Rabaté propose une analyse comparée du maintien de l'ordre en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne depuis les années 1960.
Le lundi 28 février à 20 h 40 sur Toute l'histoire.
Les vampires d'Olomouc
En 1731 neuf « vampires » sont brûlés près d'Olomouc (actuelle Tchéquie). Plus au sud, dans les territoires balkaniques, les témoignages de « personnes vidées de leur sang » se multiplient. L'impératrice Marie-Thérèse, monarque éclairée, charge son médecin personnel, Gerard van Swieten, de faire cesser ces superstitions. Un documentaire de Gigga Neunteufel.
Le samedi 5 mars à 20 h 50 sur Arte.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 112[article] Guide des Sorties : Médias - Radio-Télé [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 112.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 112
Mots-clés : médias radio télé Note de contenu :
La cité perdue d'Al Andalus
Au Xe siècle, le calife Abd al-Rahman III ordonne de bâtir une cité colossale : Madinat al-Zahra, à quelques kilomètres de Cordoue. Depuis cinq ans, des fouilles sont menées sur ce site classé au patrimoine mondial de l'humanité.
Le jeudi 24 février sur France 5.
Concordance des temps
Jean-Noël Jeanneney reçoit le 26 février Pauline Valade pour « Joie décrétée, joie détournée : la fête au XVIIIe siècle ». Le 5 mars, Pierre Allorant pour « 1869-1879 : la République en son creuset ». Le 12, Anaïs Albert pour « La vie à crédit ». Le 17, Élisabeth Lusset pour la violence domestique.
Tous les samedis à 10 heures sur France Culture.
Police et maintien de l'ordre
François Rabaté propose une analyse comparée du maintien de l'ordre en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne depuis les années 1960.
Le lundi 28 février à 20 h 40 sur Toute l'histoire.
Les vampires d'Olomouc
En 1731 neuf « vampires » sont brûlés près d'Olomouc (actuelle Tchéquie). Plus au sud, dans les territoires balkaniques, les témoignages de « personnes vidées de leur sang » se multiplient. L'impératrice Marie-Thérèse, monarque éclairée, charge son médecin personnel, Gerard van Swieten, de faire cesser ces superstitions. Un documentaire de Gigga Neunteufel.
Le samedi 5 mars à 20 h 50 sur Arte.
Guide des Sorties : Médias - Le temps des couturières / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Médias - Le temps des couturières Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 113 Langues : Français (fre) Mots-clés : médias couturières révolution industrielle tisserandes fileuses Note de contenu : Un siècle et demi d'industrie textile française.
Couturières, fileuses ou tisserandes... elles sont les pionnières de la Révolution industrielle française. Longtemps, pourtant, elles sont restées dans l'ombre des hommes qui incarnaient le monde ouvrier. Elles n'avaient pas plus de droits que les enfants aux côtés desquels elles travaillaient dans la chaleur et la poussière des usines du Nord et des Vosges.
Grâce aux archives et aux témoignages, Jérôme Lambert et Frédéric Picard retracent leur histoire. Ils montrent notamment la diversité de ces professions qui habillent la France et le monde. Pleins feux alors sur les ouvrières des filatures de Roubaix qui cardent la laine pour des salaires de misère, sur les adolescentes exploitées par les soyeux lyonnais dans les couvents-usines, ces institutions méconnues du XIXe siècle, ou encore sur les « midinettes », ces couturières du Paris de la Belle Époque, qui, penchées sur leur machine à coudre, donnent corps aux rêves des élégantes.
Elles se sont battues pour faire reconnaître leurs droits. Mais au milieu des années 1970, le début de la mondialisation a touché de plein fouet le secteur industriel textile français. De liquidation en délocalisation, le chômage s'est imposé. Jusqu'à ce que, ces dernières années, les crises écologique et sanitaire rendent le « made in France » plus nécessaire.
À VOIR
Le siècle des couturières, J. Lambert, F. Picard, le lundi 7 mars 2022 sur France 3.
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 113[article] Guide des Sorties : Médias - Le temps des couturières [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2022 . - p. 113.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 113
Mots-clés : médias couturières révolution industrielle tisserandes fileuses Note de contenu : Un siècle et demi d'industrie textile française.
Couturières, fileuses ou tisserandes... elles sont les pionnières de la Révolution industrielle française. Longtemps, pourtant, elles sont restées dans l'ombre des hommes qui incarnaient le monde ouvrier. Elles n'avaient pas plus de droits que les enfants aux côtés desquels elles travaillaient dans la chaleur et la poussière des usines du Nord et des Vosges.
Grâce aux archives et aux témoignages, Jérôme Lambert et Frédéric Picard retracent leur histoire. Ils montrent notamment la diversité de ces professions qui habillent la France et le monde. Pleins feux alors sur les ouvrières des filatures de Roubaix qui cardent la laine pour des salaires de misère, sur les adolescentes exploitées par les soyeux lyonnais dans les couvents-usines, ces institutions méconnues du XIXe siècle, ou encore sur les « midinettes », ces couturières du Paris de la Belle Époque, qui, penchées sur leur machine à coudre, donnent corps aux rêves des élégantes.
Elles se sont battues pour faire reconnaître leurs droits. Mais au milieu des années 1970, le début de la mondialisation a touché de plein fouet le secteur industriel textile français. De liquidation en délocalisation, le chômage s'est imposé. Jusqu'à ce que, ces dernières années, les crises écologique et sanitaire rendent le « made in France » plus nécessaire.
À VOIR
Le siècle des couturières, J. Lambert, F. Picard, le lundi 7 mars 2022 sur France 3.
Carte Blanche : Mon père, cet antihéros / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 493 (Mars 2022)
[article]
Titre : Carte Blanche : Mon père, cet antihéros Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 114 Langues : Français (fre) Mots-clés : documentaires descendants père nom Note de contenu : Deux documentaires proposent de faire interroger les acteurs du passé par leurs descendants.
Pas facile de renouveler un genre codifié et installé de longue date. Le documentaire historique a longtemps paru coincé entre le « tout archives » et les mêmes archives entrecoupées d'interviews de témoins ou d'experts. Une formule qui a donné d'inoubliables réussites et des morceaux d'anthologie mais à laquelle il est difficile d'échapper. Pourtant, cet hiver à Biarritz sur les écrans du Festival international documentaire (Fipadoc), on a pu découvrir une nouvelle tendance prometteuse. Comme un pas de côté dans la conception des documentaires qui reflète aussi une évolution des mentalités. Quelque chose comme la prise du pouvoir par les descendants dans la manière d'interroger le passé des leurs. Deux oeuvres notamment en témoignent.
Les « boîtes bleues » ? En Israël tout le monde connaît. Elles sont partout depuis toujours, plus précisément depuis 1901, date de la création du Keren Kayemeth Leisraël (KKL) - Fonds national juif (FNJ) en français -, l'organisme officiel qui les gère et les présente comme « la boîte qui a construit l'État d'Israël ». Les innombrables pièces de monnaie qu'elles collectent sont destinées à financer le rachat de terres, la construction d'infrastructures et la plantation de forêts. Blue Box (2021), film israélien coproduit avec des partenaires belges et canadiens, est consacré à Yossef Weitz (1890-1972), agronome de formation qui, à la tête du KKL, fut le principal artisan de la politique d'acquisition de terres et de reboisement dans la Palestine ottomane puis sous mandat britannique. Avec le temps, son statut de pionnier a imperceptiblement glissé de l'image du héros à celle de l'antihéros, du moins aux yeux d'une partie des Israéliens et de certains historiens (Benny Morris). Car son nom est désormais synonyme de « transfert ». Celui des Arabes palestiniens vers les pays voisins, ainsi qu'il l'avait annoncé durant la guerre d'indépendance (1948). Michal Weitz, la réalisatrice de Blue Box, n'est autre que sa petite-fille née en 1982. C'est peu dire qu'elle a du mal à porter son nom. Pour essayer de comprendre comment son propre père et ses oncles s'en sont sortis avec cet héritage devenu encombrant à ses yeux, et avec les expropriations revendiquées par Yossef Weitz dans ses journaux intimes, elle les a interrogés sans les ménager. Leur confrontation aux archives d'un passé glorieux qui passe désormais plus difficilement qu'en leur temps est forte. Lorsque la mémoire filiale est contredite par les documents, l'effet de vérité est saisissant face à une caméra sans concession. Fallait-il être de la famille pour se l'autoriser ?
Ruth Zylberman, elle, n'a pas eu de parents mêlés au « procès de Prague » (titre de son passionnant film bientôt sur Arte). Quatorze dignitaires du régime, juifs pour la plupart, y avaient été, en 1952, les acteurs d'une parodie de justice, forcés d'avouer des crimes imaginaires dans le pur style des purges staliniennes. La plupart furent condamnés à mort et pendus, les autres à des peines de prison à perpétuité. La documentariste française s'est attachée au destin de trois d'entre eux : Rudolf Slansky, Rudolf Margolius et Artur London. Elle a retrouvé leurs enfants et les a emmenés sur les lieux pour, elle aussi, les confronter à cette mémoire douloureuse. Le fils de Margolius a refusé de visionner les auditions du procès, des séquences incroyables auxquelles le film accorde une large part : « Je ne veux pas regarder ce spectacle absurde et humiliant », dit-il. Il est vrai que la mise en scène de ces aveux extorqués a quelque chose d'avilissant : « Je ne veux pas le juger, c'est aux historiens de le faire », admet la fille de Slansky. Tous ces « enfants de » reconnaissent avoir longtemps souffert des stigmates auxquels le nom de leur père fut attaché. Un nom porté depuis comme « une lettre écarlate », invisible quoique cousue sur la poitrine. Mais leur nom à eux aussi.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il réédite en version illustrée Le Dernier des Camondo (Gallimard-Musée des Arts décoratifs, 2021)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 114[article] Carte Blanche : Mon père, cet antihéros [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2022 . - p. 114.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 493 (Mars 2022) . - p. 114
Mots-clés : documentaires descendants père nom Note de contenu : Deux documentaires proposent de faire interroger les acteurs du passé par leurs descendants.
Pas facile de renouveler un genre codifié et installé de longue date. Le documentaire historique a longtemps paru coincé entre le « tout archives » et les mêmes archives entrecoupées d'interviews de témoins ou d'experts. Une formule qui a donné d'inoubliables réussites et des morceaux d'anthologie mais à laquelle il est difficile d'échapper. Pourtant, cet hiver à Biarritz sur les écrans du Festival international documentaire (Fipadoc), on a pu découvrir une nouvelle tendance prometteuse. Comme un pas de côté dans la conception des documentaires qui reflète aussi une évolution des mentalités. Quelque chose comme la prise du pouvoir par les descendants dans la manière d'interroger le passé des leurs. Deux oeuvres notamment en témoignent.
Les « boîtes bleues » ? En Israël tout le monde connaît. Elles sont partout depuis toujours, plus précisément depuis 1901, date de la création du Keren Kayemeth Leisraël (KKL) - Fonds national juif (FNJ) en français -, l'organisme officiel qui les gère et les présente comme « la boîte qui a construit l'État d'Israël ». Les innombrables pièces de monnaie qu'elles collectent sont destinées à financer le rachat de terres, la construction d'infrastructures et la plantation de forêts. Blue Box (2021), film israélien coproduit avec des partenaires belges et canadiens, est consacré à Yossef Weitz (1890-1972), agronome de formation qui, à la tête du KKL, fut le principal artisan de la politique d'acquisition de terres et de reboisement dans la Palestine ottomane puis sous mandat britannique. Avec le temps, son statut de pionnier a imperceptiblement glissé de l'image du héros à celle de l'antihéros, du moins aux yeux d'une partie des Israéliens et de certains historiens (Benny Morris). Car son nom est désormais synonyme de « transfert ». Celui des Arabes palestiniens vers les pays voisins, ainsi qu'il l'avait annoncé durant la guerre d'indépendance (1948). Michal Weitz, la réalisatrice de Blue Box, n'est autre que sa petite-fille née en 1982. C'est peu dire qu'elle a du mal à porter son nom. Pour essayer de comprendre comment son propre père et ses oncles s'en sont sortis avec cet héritage devenu encombrant à ses yeux, et avec les expropriations revendiquées par Yossef Weitz dans ses journaux intimes, elle les a interrogés sans les ménager. Leur confrontation aux archives d'un passé glorieux qui passe désormais plus difficilement qu'en leur temps est forte. Lorsque la mémoire filiale est contredite par les documents, l'effet de vérité est saisissant face à une caméra sans concession. Fallait-il être de la famille pour se l'autoriser ?
Ruth Zylberman, elle, n'a pas eu de parents mêlés au « procès de Prague » (titre de son passionnant film bientôt sur Arte). Quatorze dignitaires du régime, juifs pour la plupart, y avaient été, en 1952, les acteurs d'une parodie de justice, forcés d'avouer des crimes imaginaires dans le pur style des purges staliniennes. La plupart furent condamnés à mort et pendus, les autres à des peines de prison à perpétuité. La documentariste française s'est attachée au destin de trois d'entre eux : Rudolf Slansky, Rudolf Margolius et Artur London. Elle a retrouvé leurs enfants et les a emmenés sur les lieux pour, elle aussi, les confronter à cette mémoire douloureuse. Le fils de Margolius a refusé de visionner les auditions du procès, des séquences incroyables auxquelles le film accorde une large part : « Je ne veux pas regarder ce spectacle absurde et humiliant », dit-il. Il est vrai que la mise en scène de ces aveux extorqués a quelque chose d'avilissant : « Je ne veux pas le juger, c'est aux historiens de le faire », admet la fille de Slansky. Tous ces « enfants de » reconnaissent avoir longtemps souffert des stigmates auxquels le nom de leur père fut attaché. Un nom porté depuis comme « une lettre écarlate », invisible quoique cousue sur la poitrine. Mais leur nom à eux aussi.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il réédite en version illustrée Le Dernier des Camondo (Gallimard-Musée des Arts décoratifs, 2021)





