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N° 495 - Mai 2022 - L'étoile jaune : France, 29 mai 1942 le "marquage des Juifs" = Clausewitz - penser la guerre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)]. DOSSIER A l'heure où, avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les Européens redécouvrent, stupéfaits et horrifiés, qu'une guerre interétatique sur leur continent est toujours possible, que peut nous apprendre la lecture de Clausewitz, cet officier prussien qui combattit Napoléon ? Son traité De la guerre, oeuvre posthume publiée de 1832 à 1837, reste aujourd'hui étudié dans les écoles de guerre. C'est en homme de son temps qu'il a pensé la violence extrême et la guerre absolue. Mais il nous aide à penser le nôtre. Avec Hervé Drévillon, Benoît Durieux, Clément Fabre, Azar Gat. EN COUVERTURE « L’étoile jaune, histoire d’un stigmate » Par Claire Zalc Il y a quatre-vingts ans, l'Allemagne nazie rendait obligatoire le port de l'étoile jaune en France. Une étape dans la « solution finale », l’extermination des Juifs. Langues : Français (fre)
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| HISTOIRE | Revues | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Libre-Accès | P9649 | Disponible |
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[article]
Titre : L'édito - Penser la guerre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre imprévisible batailles Note de contenu : Le 24 février 2022 la guerre a resurgi, brutale, à l'est de l'Europe, et elle nous a sidérés. Malgré le précédent, en 2014, de l'annexion cynique de la Crimée, malgré la guerre « de basse intensité » qui depuis huit ans dévaste le Donbass, peu voulaient croire que les chars russes pénétreraient, aux yeux de tous, dans un pays souverain. Villes en ruine, populations en fuite, théâtres éventrés, la guerre interétatique, après trois quarts de siècle, est revenue au coeur du continent.
Pour en prendre la mesure, à coups de citations plus ou moins contextualisées, revient alors Clausewitz : guerre absolue, guerre totale, montée aux extrêmes, anéantissement... sans que l'on sache toujours si on l'accuse de les avoir préconisés (comme ce fut le cas après la Première Guerre mondiale), ou si on l'admire d'avoir su penser à l'avance les conflits qui, depuis deux cents ans, ont acquis des moyens de destruction qu'il eût été en peine de seulement même imaginer.
Ni l'un ni l'autre évidemment. Ce dossier nous montre à quel point Clausewitz fut un homme de son temps. Engagé à 12 ans dans l'armée prussienne contre la France révolutionnaire, il participe en officier aux combats contre Napoléon, passe un temps pour cela au service du tsar (1812), puis se retire en 1818, général et directeur de l'Académie de guerre de Berlin, pour écrire. En réaction aux penseurs des Lumières qui cherchaient dans l'histoire ou dans la raison les principes d'une science universelle, Clausewitz, lui, pense la guerre comme un art, cette capacité créatrice à combiner des éléments pour atteindre le but fixé. C'est aussi en homme de son temps qu'il pense le changement entre les guerres « limitées » d'Ancien Régime (dont il minimise peut-être le pouvoir destructeur) et ce qu'il nomme « guerre absolue » (absoluter Krieg), essence de la guerre, concept pur mais que Napoléon put un temps incarner. C'est encore en homme de son temps qu'il réfléchit à la « petite guerre » (guérilla) des Espagnols, au primat de la défense, ou au « point culminant » d'une campagne.
Avant tout il nous pousse à repenser toujours la distinction entre tactique (qui vise le succès dans les combats) et stratégie (qui utilise les combats pour viser les succès dans la guerre), c'est-à-dire aussi le rapport entre la politique et la guerre, qui en est « la continuation par d'autres moyens », que Raymond Aron appelle « la Formule ». Cet aphorisme génial donne le ton (livre I, chap. 1 de De la guerre) et à force d'aiguiser les interprétations a contribué grandement à son succès.
Paradoxalement, c'est cette formule qui, en soumettant le militaire au politique, permet de penser la limitation de la guerre, et qui est peut-être aujourd'hui son héritage le plus fécond. C'est ainsi que l'a lu Aron pendant la guerre froide, au moment où la puissance d'anéantissement (nucléaire) força à inventer la dissuasion. Trente ans après l'effondrement de l'URSS, alors que l'option nucléaire repointe en ce printemps tragique, c'est avec cette lecture que nous avons choisi de clore ce dossier. Elle rend compte de la doctrine de l'Otan en Ukraine qui assume de perdre des batailles pour (peut-être) gagner la guerre.
Qu'on ne compte pas cependant sur Clausewitz pour prédire l'issue du conflit ni jusqu'où ira la capacité de résistance stupéfiante d'une population à laquelle l'invasion aura définitivement donné corps. L'officier prussien savait de quoi il parlait en rappelant que dans la guerre rien ne se passe jamais comme prévu. Il était fils de son temps. Mais la force de son livre tient au fait qu'il nous aide aussi à penser le nôtre.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 3[article] L'édito - Penser la guerre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 3
Mots-clés : guerre imprévisible batailles Note de contenu : Le 24 février 2022 la guerre a resurgi, brutale, à l'est de l'Europe, et elle nous a sidérés. Malgré le précédent, en 2014, de l'annexion cynique de la Crimée, malgré la guerre « de basse intensité » qui depuis huit ans dévaste le Donbass, peu voulaient croire que les chars russes pénétreraient, aux yeux de tous, dans un pays souverain. Villes en ruine, populations en fuite, théâtres éventrés, la guerre interétatique, après trois quarts de siècle, est revenue au coeur du continent.
Pour en prendre la mesure, à coups de citations plus ou moins contextualisées, revient alors Clausewitz : guerre absolue, guerre totale, montée aux extrêmes, anéantissement... sans que l'on sache toujours si on l'accuse de les avoir préconisés (comme ce fut le cas après la Première Guerre mondiale), ou si on l'admire d'avoir su penser à l'avance les conflits qui, depuis deux cents ans, ont acquis des moyens de destruction qu'il eût été en peine de seulement même imaginer.
Ni l'un ni l'autre évidemment. Ce dossier nous montre à quel point Clausewitz fut un homme de son temps. Engagé à 12 ans dans l'armée prussienne contre la France révolutionnaire, il participe en officier aux combats contre Napoléon, passe un temps pour cela au service du tsar (1812), puis se retire en 1818, général et directeur de l'Académie de guerre de Berlin, pour écrire. En réaction aux penseurs des Lumières qui cherchaient dans l'histoire ou dans la raison les principes d'une science universelle, Clausewitz, lui, pense la guerre comme un art, cette capacité créatrice à combiner des éléments pour atteindre le but fixé. C'est aussi en homme de son temps qu'il pense le changement entre les guerres « limitées » d'Ancien Régime (dont il minimise peut-être le pouvoir destructeur) et ce qu'il nomme « guerre absolue » (absoluter Krieg), essence de la guerre, concept pur mais que Napoléon put un temps incarner. C'est encore en homme de son temps qu'il réfléchit à la « petite guerre » (guérilla) des Espagnols, au primat de la défense, ou au « point culminant » d'une campagne.
Avant tout il nous pousse à repenser toujours la distinction entre tactique (qui vise le succès dans les combats) et stratégie (qui utilise les combats pour viser les succès dans la guerre), c'est-à-dire aussi le rapport entre la politique et la guerre, qui en est « la continuation par d'autres moyens », que Raymond Aron appelle « la Formule ». Cet aphorisme génial donne le ton (livre I, chap. 1 de De la guerre) et à force d'aiguiser les interprétations a contribué grandement à son succès.
Paradoxalement, c'est cette formule qui, en soumettant le militaire au politique, permet de penser la limitation de la guerre, et qui est peut-être aujourd'hui son héritage le plus fécond. C'est ainsi que l'a lu Aron pendant la guerre froide, au moment où la puissance d'anéantissement (nucléaire) força à inventer la dissuasion. Trente ans après l'effondrement de l'URSS, alors que l'option nucléaire repointe en ce printemps tragique, c'est avec cette lecture que nous avons choisi de clore ce dossier. Elle rend compte de la doctrine de l'Otan en Ukraine qui assume de perdre des batailles pour (peut-être) gagner la guerre.
Qu'on ne compte pas cependant sur Clausewitz pour prédire l'issue du conflit ni jusqu'où ira la capacité de résistance stupéfiante d'une population à laquelle l'invasion aura définitivement donné corps. L'officier prussien savait de quoi il parlait en rappelant que dans la guerre rien ne se passe jamais comme prévu. Il était fils de son temps. Mais la force de son livre tient au fait qu'il nous aide aussi à penser le nôtre.
Forum (Mai 2022) in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Forum (Mai 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : forum tragédie algérienne Dazai université post 68 Note de contenu : L'honneur de Dazai
Un de nos lecteurs, l'universitaire japonais Miura Nobutaka, nous signale depuis Tokyo une erreur dans l'interview de Rotem Kowner à propos de l'encadré publié p. 71, dans notre numéro de mars 2022. « La citation ne provient pas du Journal de Dazai Osamu comme indiqué. Elle est extraite d'une nouvelle intitulée "Le 8 décembre" publiée dans la revue Fujin Koron de février 1942. Dans cette nouvelle, Dazai évoque le journal fictif de sa femme qui croit naïvement la propagande fasciste de l'Armée impériale dont le passage cité n'est qu'une reproduction caricaturale. Je crains que ce texte donne une fausse image de Dazai qui n'était certes pas un écrivain de résistance mais qui a toujours su prendre une certaine distance par rapport à la mobilisation de la population dans la guerre. »
Céline et Pasteur
Vous citez un passage de Voyage au bout de la nuit (daté par erreur de 1952 au lieu de 1932) dans votre dossier sur Pasteur (n° 491, p. 40). Mais il aurait fallu indiquer que Bardamu ne prend pas à son compte ce jugement sur Pasteur « mégalomane ingénieux ». Il le place dans la bouche de Parapine (inspiré de Serge Metalnikov, « savant russe à deux cents pour cent », dit le biologiste André Lwoff). Bardamu se contente de caricaturer le docteur Roux sous les traits de Jaunisset.
Benoît Le Roux
Électeurs, putschistes et tortionnaires d'Algérie
Nombreuses ont été les réactions au numéro 95 de L'Histoire Collection sur les tragédies algériennes (en vente en kiosque et sur www.lhistoire.fr). Francis Laurent, Guy Bousquet et Jean-Claude Chatain regrettent respectivement l'absence de précisions sur la conquête, sur le putsch d'Alger du 21 avril 1961 et sur la période 1962-1990. David Ebersolt souligne par ailleurs que « l'article sur la torture oublie que le général de Bollardière qui avait condamné publiquement l'usage de la torture est condamné en conseil des ministres à des jours d'arrêt. En 1982, François Mitterrand fait voter une loi pour réintégrer les généraux putschistes et terroristes de l'OAS », une loi à comparer « à la piètre loi de 2005 ». Ce lecteur regrette aussi « une pudeur à ne pas décrire le poids politique des électeurs d'Algérie » au nombre de « 1 million pour environ 40 millions de Français ».
La réponse de la rédaction : Il n'était pas possible, dans le cadre de ce numéro, d'aborder deux cents ans d'histoire algérienne. C'est pourquoi nous avons un peu délaissé l'histoire politique et événementielle et privilégié les nouveautés historiographiques (le système colonial, les camps de regroupement, la sortie de guerre...). En ce qui concerne la torture, dans les lois de 1982 et de 2005, la logique clientéliste a son importance, avec le désir de s'attirer un « vote pied-noir », quitte à exagérer son homogénéité électorale. En cela, ces lois peuvent être rapprochées. Le cas du général de Bollardière montre a contrario les hésitations du pouvoir politique à célébrer les « héros » de l'anticolonialisme et de la lutte contre la torture. Le haut fonctionnaire Paul Teitgen, qui a protesté contre son usage en 1957, en est un autre exemple. La récente tribune de l'historien Fabrice Riceputi appelant à lui rendre hommage montre cependant que, sur le front de la mémoire, les lignes ne sont pas figées.
Univsersités post-68
Concernant l'article « Big bang à l'université » de Christophe Charle (L'Histoire n° 494, avril 2022), Alexis Vrignon nous a signalé l'omission, dans la cartographie de l'après-68, de l'université de la Nouvelle-Calédonie et celle de Polynésie française. Alain Geismar regrette, lui, le « peu d'allusions » à « la ringardise de tant de contenus d'enseignement pour ne pas parler de celle des mentalités mandarinales » et à « ce qui bouge dans la cité ». La modernisation des structures universitaires « n'a pu prendre que parce que le mouvement [de Mai 68] avait perdu dès juin l'essentiel de son élan initial avec l'issue de la grève ouvrière et celle des élections ».
La réponse de Christophe Charle : Le but de l'article n'était pas de raconter à nouveau la crise de mai-juin 1968 mais de la replacer dans le temps long des transformations universitaires pour comprendre la situation présente, ses racines anciennes et les impensés et contradictions des réformes depuis cinquante ans.
Annonce
Aziza Boucherit propose tous les numéros de février 2008 (n° 328) à mars 2022 (n° 493).
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 4[article] Forum (Mai 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 4
Mots-clés : forum tragédie algérienne Dazai université post 68 Note de contenu : L'honneur de Dazai
Un de nos lecteurs, l'universitaire japonais Miura Nobutaka, nous signale depuis Tokyo une erreur dans l'interview de Rotem Kowner à propos de l'encadré publié p. 71, dans notre numéro de mars 2022. « La citation ne provient pas du Journal de Dazai Osamu comme indiqué. Elle est extraite d'une nouvelle intitulée "Le 8 décembre" publiée dans la revue Fujin Koron de février 1942. Dans cette nouvelle, Dazai évoque le journal fictif de sa femme qui croit naïvement la propagande fasciste de l'Armée impériale dont le passage cité n'est qu'une reproduction caricaturale. Je crains que ce texte donne une fausse image de Dazai qui n'était certes pas un écrivain de résistance mais qui a toujours su prendre une certaine distance par rapport à la mobilisation de la population dans la guerre. »
Céline et Pasteur
Vous citez un passage de Voyage au bout de la nuit (daté par erreur de 1952 au lieu de 1932) dans votre dossier sur Pasteur (n° 491, p. 40). Mais il aurait fallu indiquer que Bardamu ne prend pas à son compte ce jugement sur Pasteur « mégalomane ingénieux ». Il le place dans la bouche de Parapine (inspiré de Serge Metalnikov, « savant russe à deux cents pour cent », dit le biologiste André Lwoff). Bardamu se contente de caricaturer le docteur Roux sous les traits de Jaunisset.
Benoît Le Roux
Électeurs, putschistes et tortionnaires d'Algérie
Nombreuses ont été les réactions au numéro 95 de L'Histoire Collection sur les tragédies algériennes (en vente en kiosque et sur www.lhistoire.fr). Francis Laurent, Guy Bousquet et Jean-Claude Chatain regrettent respectivement l'absence de précisions sur la conquête, sur le putsch d'Alger du 21 avril 1961 et sur la période 1962-1990. David Ebersolt souligne par ailleurs que « l'article sur la torture oublie que le général de Bollardière qui avait condamné publiquement l'usage de la torture est condamné en conseil des ministres à des jours d'arrêt. En 1982, François Mitterrand fait voter une loi pour réintégrer les généraux putschistes et terroristes de l'OAS », une loi à comparer « à la piètre loi de 2005 ». Ce lecteur regrette aussi « une pudeur à ne pas décrire le poids politique des électeurs d'Algérie » au nombre de « 1 million pour environ 40 millions de Français ».
La réponse de la rédaction : Il n'était pas possible, dans le cadre de ce numéro, d'aborder deux cents ans d'histoire algérienne. C'est pourquoi nous avons un peu délaissé l'histoire politique et événementielle et privilégié les nouveautés historiographiques (le système colonial, les camps de regroupement, la sortie de guerre...). En ce qui concerne la torture, dans les lois de 1982 et de 2005, la logique clientéliste a son importance, avec le désir de s'attirer un « vote pied-noir », quitte à exagérer son homogénéité électorale. En cela, ces lois peuvent être rapprochées. Le cas du général de Bollardière montre a contrario les hésitations du pouvoir politique à célébrer les « héros » de l'anticolonialisme et de la lutte contre la torture. Le haut fonctionnaire Paul Teitgen, qui a protesté contre son usage en 1957, en est un autre exemple. La récente tribune de l'historien Fabrice Riceputi appelant à lui rendre hommage montre cependant que, sur le front de la mémoire, les lignes ne sont pas figées.
Univsersités post-68
Concernant l'article « Big bang à l'université » de Christophe Charle (L'Histoire n° 494, avril 2022), Alexis Vrignon nous a signalé l'omission, dans la cartographie de l'après-68, de l'université de la Nouvelle-Calédonie et celle de Polynésie française. Alain Geismar regrette, lui, le « peu d'allusions » à « la ringardise de tant de contenus d'enseignement pour ne pas parler de celle des mentalités mandarinales » et à « ce qui bouge dans la cité ». La modernisation des structures universitaires « n'a pu prendre que parce que le mouvement [de Mai 68] avait perdu dès juin l'essentiel de son élan initial avec l'issue de la grève ouvrière et celle des élections ».
La réponse de Christophe Charle : Le but de l'article n'était pas de raconter à nouveau la crise de mai-juin 1968 mais de la replacer dans le temps long des transformations universitaires pour comprendre la situation présente, ses racines anciennes et les impensés et contradictions des réformes depuis cinquante ans.
Annonce
Aziza Boucherit propose tous les numéros de février 2008 (n° 328) à mars 2022 (n° 493).
On va en parler in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : On va en parler Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6-8 Langues : Français (fre) Mots-clés : Versailles Nïmes Opéra mésopotamie Bagneux Note de contenu : Mésopotamie
LE KUNGA
Les animaux figurant sur l'étendard d'Ur étaient des hybrides d'ânes. Des paléogénéticiens du CNRS ont montré qu'ils résultent du croisement d'une ânesse domestique avec un âne sauvage de Syrie, l'hémione, aujourd'hui disparu. Plus fort et rapide que l'âne (et même le cheval sauvage) et plus contrôlable que l'hémione, ce kunga constitue le plus ancien hybride animal créé par les humains.
Bagneux
MARCELLE HENRY
Le Souvenir français a décidé de rénover la tombe oubliée de Marcelle Henry (l'une des six femmes Compagnons de la Libération) au cimetière de Bagneux. Déportée le 15 août 1944, à Ravensbrück, libérée le 9 avril 1945, elle meurt dix jours plus tard à 49 ans. Aujourd'hui, une salle du ministère du Travail et une passerelle portent son nom.
Résistance
CONCOURS
Le concours national de la Résistance et de la déportation 2022-2023 pour les élèves de collège et lycée à la rentrée prochaine portera sur « L'école et la Résistance ». Un sujet important dont on s'étonne presque qu'il n'ait pas déjà été proposé.
Gilgamesh en BD
PRIX ANNIE-PEYSSON
Dennis Marien, Marie-Brune de Chassey, Adley et Cecilia Valagussa sont les lauréats du Prix Annie-Peysson de la bande dessinée antiquisante. Ils sont les quatre auteurs de Gilgamesh (Obriart, 2021), un récit uniquement en images.
Épave
L'ENDURANCE RETROUVÉE
L'épave du bateau d'Ernest Shackelton, brisé par les glaces en 1915 au large de l'Antarctique, a été retrouvée par 3 000 mètres de fond. Parti dans un canot avec quelques compagnons, l'explorateur avait réussi l'exploit de gagner la Géorgie du Sud d'où des secours avaient récupéré tout l'équipage.
Aux arènes de Nîmes
LE RETOUR D'HADRIEN
En 122, l'empereur Hadrien offre à Nîmes, ville natale de sa mère Plotine, des jeux pour célébrer sa victoire sur les Pictes (Bretagne actuelle). Les arènes, amphithéâtre romain le mieux conservé, accueillent, du 6 au 8 mai, 500 reconstituteurs venus de toute l'Europe rejouer ces grandes batailles.
Versailles
JEU DE PAUME
La salle du Jeu de Paume à Versailles, où les députés du Tiers état avaient prêté serment de rester unis jusqu'à ce que la France ait une Constitution, rouvre après travaux : restauration de la toiture, charpente, menuiseries, décor peint, sol... tout a été refait.
Petit-Lorraine
DON MYSTÉRIEUX
Plus de 200 dessins et affiches du peintre résistant Petit-Lorraine ont été offerts par un donateur anonyme au musée de la Résistance et de la Déportation du Teil, dans l'Ardèche, qui va les exposer.
Grand Palais et opéra
VENISE EN IMMERSIF
L'Opéra national de Paris et la Réunion des musées nationaux ont signé une convention pour créer un nouveau lieu dévolu aux expositions numériques à Paris à partir de septembre 2022. Grand Palais immersif proposera à l'opéra Bastille : « Venise révélée » qui plongera le visiteur au coeur de la cité des Doges.
Napoléon
LETTRES 2.0
Lancé en mars 2002 par la Fondation Napoléon, le projet d'édition de la Correspondance générale de Napoléon (Fayard) s'est achevé le 5 mai 2018 avec la publication du 15e et dernier tome. Cela représente un total de 40 500 lettres. A partir du 13 mai 2022, le premier volume sera disponible sur le site napoleonica.org. En 2024 c'est l'ensemble de la correspondance qui sera accessible gratuitement.
Initiative
UN PASSE VRAIMENT ÉCONOMIQUE
Le WEHC (World Economic History Congress) innove ! Du 25 au 29 juillet, un « passe histoire publique » donnera accès (pour 100 €, étudiant 40 €) aux conférences (Bruce Campbell, Catherine Coquery-Vidrovitch, Ibrahim Thioub, Francesca Trivellato), débats-forums, réceptions, au salon du livre, aux social events (Archives nationales, musée de l'Air et de l'Espace), à l'exposition « (R)Évolutions industrielles» (cité des Sciences et de l'Industrie), aux visites guidées et à l'inscription au dîner de gala (56 €, étudiant 25 €). Venez nombreuses et nombreux ! Renseignements et inscriptions : www.wehc2022.org/registration.
Et continuez de suivre notre Feuilleton (cf. p. 64).
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 6-8[article] On va en parler [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6-8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 6-8
Mots-clés : Versailles Nïmes Opéra mésopotamie Bagneux Note de contenu : Mésopotamie
LE KUNGA
Les animaux figurant sur l'étendard d'Ur étaient des hybrides d'ânes. Des paléogénéticiens du CNRS ont montré qu'ils résultent du croisement d'une ânesse domestique avec un âne sauvage de Syrie, l'hémione, aujourd'hui disparu. Plus fort et rapide que l'âne (et même le cheval sauvage) et plus contrôlable que l'hémione, ce kunga constitue le plus ancien hybride animal créé par les humains.
Bagneux
MARCELLE HENRY
Le Souvenir français a décidé de rénover la tombe oubliée de Marcelle Henry (l'une des six femmes Compagnons de la Libération) au cimetière de Bagneux. Déportée le 15 août 1944, à Ravensbrück, libérée le 9 avril 1945, elle meurt dix jours plus tard à 49 ans. Aujourd'hui, une salle du ministère du Travail et une passerelle portent son nom.
Résistance
CONCOURS
Le concours national de la Résistance et de la déportation 2022-2023 pour les élèves de collège et lycée à la rentrée prochaine portera sur « L'école et la Résistance ». Un sujet important dont on s'étonne presque qu'il n'ait pas déjà été proposé.
Gilgamesh en BD
PRIX ANNIE-PEYSSON
Dennis Marien, Marie-Brune de Chassey, Adley et Cecilia Valagussa sont les lauréats du Prix Annie-Peysson de la bande dessinée antiquisante. Ils sont les quatre auteurs de Gilgamesh (Obriart, 2021), un récit uniquement en images.
Épave
L'ENDURANCE RETROUVÉE
L'épave du bateau d'Ernest Shackelton, brisé par les glaces en 1915 au large de l'Antarctique, a été retrouvée par 3 000 mètres de fond. Parti dans un canot avec quelques compagnons, l'explorateur avait réussi l'exploit de gagner la Géorgie du Sud d'où des secours avaient récupéré tout l'équipage.
Aux arènes de Nîmes
LE RETOUR D'HADRIEN
En 122, l'empereur Hadrien offre à Nîmes, ville natale de sa mère Plotine, des jeux pour célébrer sa victoire sur les Pictes (Bretagne actuelle). Les arènes, amphithéâtre romain le mieux conservé, accueillent, du 6 au 8 mai, 500 reconstituteurs venus de toute l'Europe rejouer ces grandes batailles.
Versailles
JEU DE PAUME
La salle du Jeu de Paume à Versailles, où les députés du Tiers état avaient prêté serment de rester unis jusqu'à ce que la France ait une Constitution, rouvre après travaux : restauration de la toiture, charpente, menuiseries, décor peint, sol... tout a été refait.
Petit-Lorraine
DON MYSTÉRIEUX
Plus de 200 dessins et affiches du peintre résistant Petit-Lorraine ont été offerts par un donateur anonyme au musée de la Résistance et de la Déportation du Teil, dans l'Ardèche, qui va les exposer.
Grand Palais et opéra
VENISE EN IMMERSIF
L'Opéra national de Paris et la Réunion des musées nationaux ont signé une convention pour créer un nouveau lieu dévolu aux expositions numériques à Paris à partir de septembre 2022. Grand Palais immersif proposera à l'opéra Bastille : « Venise révélée » qui plongera le visiteur au coeur de la cité des Doges.
Napoléon
LETTRES 2.0
Lancé en mars 2002 par la Fondation Napoléon, le projet d'édition de la Correspondance générale de Napoléon (Fayard) s'est achevé le 5 mai 2018 avec la publication du 15e et dernier tome. Cela représente un total de 40 500 lettres. A partir du 13 mai 2022, le premier volume sera disponible sur le site napoleonica.org. En 2024 c'est l'ensemble de la correspondance qui sera accessible gratuitement.
Initiative
UN PASSE VRAIMENT ÉCONOMIQUE
Le WEHC (World Economic History Congress) innove ! Du 25 au 29 juillet, un « passe histoire publique » donnera accès (pour 100 €, étudiant 40 €) aux conférences (Bruce Campbell, Catherine Coquery-Vidrovitch, Ibrahim Thioub, Francesca Trivellato), débats-forums, réceptions, au salon du livre, aux social events (Archives nationales, musée de l'Air et de l'Espace), à l'exposition « (R)Évolutions industrielles» (cité des Sciences et de l'Industrie), aux visites guidées et à l'inscription au dîner de gala (56 €, étudiant 25 €). Venez nombreuses et nombreux ! Renseignements et inscriptions : www.wehc2022.org/registration.
Et continuez de suivre notre Feuilleton (cf. p. 64).
On va en parler - Enquête sur un timbre-poste / Jean-Noël JEANNENEY in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Enquête sur un timbre-poste Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Noël JEANNENEY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : timbre-poste Jean-Bastien-Thiry attentat effigie Note de contenu : D'abord on n'en croit pas ses yeux. On pense à un méchant canular. On voit posé devant soi un timbre-poste qui porte l'effigie de Jean Bastien-Thiry.
Au-dessus il est écrit : « 55 ans déjà ». Au-dessous, « lettre verte 20 g ». Et, verticalement : « France », « La Poste ». Il s'agit bien, hautement célébré de la sorte, de l'homme qui, le 22 août 1962, organisa, à la tête d'un commando, l'attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle. Celui-ci, on le sait, n'a survécu ce soir-là que par un hasard prodigieux.
On s'informe. La vignette, d'après le chiffre de l'anniversaire, doit remonter au moins à 2017. On découvre qu'il existe depuis 2007 un service intitulé « Mon timbre à moi » qui permet, moyennant quelque argent, de faire éditer à son gré des vignettes destinées à célébrer tel lieu, tel événement, tel personnage de son choix. Il est ainsi loisible de faire imprimer, sous cette couverture officielle, un hommage qui n'est apparemment soumis à aucun contrôle sérieux. Des enveloppes, ensuite, les porteront vers toutes les destinations possibles, en France comme à l'étranger, sous tous les regards de rencontre.
Cet épisode parle au-delà de lui-même. Naguère encore, le choix des messages, des symboles inscrits dans les timbres-poste relevait du gouvernement, de l'État voué à intervenir au nom de la nation. A lui seul il revenait de juger de l'opportunité des hommages rendus, au nom de valeurs partagées. Le lien distendu entre La Poste et l'État en a visiblement décidé autrement. Chacun peut s'interroger, à cette occasion, sur la question, qui le dépasse largement, des conséquences, là comme ailleurs, d'un « tout-au-marché » envahissant.
Contactée, La Poste a répondu :
« En aucun cas La Poste n'a édité de timbre à l'effigie de Jean Bastien-Thiry, il s'agit en effet de timbres personnalisés par un client via nos services en ligne. Sur ces produits, nous opérons une modération systématique excluant les visuels non conformes (violents, illégaux, obscènes, etc.). Dans ce cas précis, une photo en noir et blanc, neutre et sans aucun signe distinctif ou d'appartenance à une organisation, est passée au travers de nos filtres. La Poste est mobilisée pour que ce visuel ne puisse être imprimé sous forme de timbre une nouvelle fois. »
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 6[article] On va en parler - Enquête sur un timbre-poste [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Noël JEANNENEY, Auteur . - 2022 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 6
Mots-clés : timbre-poste Jean-Bastien-Thiry attentat effigie Note de contenu : D'abord on n'en croit pas ses yeux. On pense à un méchant canular. On voit posé devant soi un timbre-poste qui porte l'effigie de Jean Bastien-Thiry.
Au-dessus il est écrit : « 55 ans déjà ». Au-dessous, « lettre verte 20 g ». Et, verticalement : « France », « La Poste ». Il s'agit bien, hautement célébré de la sorte, de l'homme qui, le 22 août 1962, organisa, à la tête d'un commando, l'attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle. Celui-ci, on le sait, n'a survécu ce soir-là que par un hasard prodigieux.
On s'informe. La vignette, d'après le chiffre de l'anniversaire, doit remonter au moins à 2017. On découvre qu'il existe depuis 2007 un service intitulé « Mon timbre à moi » qui permet, moyennant quelque argent, de faire éditer à son gré des vignettes destinées à célébrer tel lieu, tel événement, tel personnage de son choix. Il est ainsi loisible de faire imprimer, sous cette couverture officielle, un hommage qui n'est apparemment soumis à aucun contrôle sérieux. Des enveloppes, ensuite, les porteront vers toutes les destinations possibles, en France comme à l'étranger, sous tous les regards de rencontre.
Cet épisode parle au-delà de lui-même. Naguère encore, le choix des messages, des symboles inscrits dans les timbres-poste relevait du gouvernement, de l'État voué à intervenir au nom de la nation. A lui seul il revenait de juger de l'opportunité des hommages rendus, au nom de valeurs partagées. Le lien distendu entre La Poste et l'État en a visiblement décidé autrement. Chacun peut s'interroger, à cette occasion, sur la question, qui le dépasse largement, des conséquences, là comme ailleurs, d'un « tout-au-marché » envahissant.
Contactée, La Poste a répondu :
« En aucun cas La Poste n'a édité de timbre à l'effigie de Jean Bastien-Thiry, il s'agit en effet de timbres personnalisés par un client via nos services en ligne. Sur ces produits, nous opérons une modération systématique excluant les visuels non conformes (violents, illégaux, obscènes, etc.). Dans ce cas précis, une photo en noir et blanc, neutre et sans aucun signe distinctif ou d'appartenance à une organisation, est passée au travers de nos filtres. La Poste est mobilisée pour que ce visuel ne puisse être imprimé sous forme de timbre une nouvelle fois. »
On va en parler - La vie de l'édition in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : On va en parler - La vie de l'édition Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : Dreyfus Pétain vie édition Note de contenu : Le Journal de Dreyfus
Le Journal tenu par Alfred Dreyfus lors de sa détention à l'île du Diable en 1895-1896 va être publié par une petite maison spécialisée dans la reproduction de manuscrits littéraires et historiques, les éditions des Saints-Pères.
Pétain et ses ombres
Une coédition Flammarion-France Inter : Philippe Collin a interrogé une douzaine d'historiens dont Stéphane Audoin-Rouzeau, Nicolas Offenstadt, Pascal Ory, Denis Peschanski, Henry Rousso, pour Le Fantôme de Pétain, mise au point éclairante.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 8[article] On va en parler - La vie de l'édition [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 8
Mots-clés : Dreyfus Pétain vie édition Note de contenu : Le Journal de Dreyfus
Le Journal tenu par Alfred Dreyfus lors de sa détention à l'île du Diable en 1895-1896 va être publié par une petite maison spécialisée dans la reproduction de manuscrits littéraires et historiques, les éditions des Saints-Pères.
Pétain et ses ombres
Une coédition Flammarion-France Inter : Philippe Collin a interrogé une douzaine d'historiens dont Stéphane Audoin-Rouzeau, Nicolas Offenstadt, Pascal Ory, Denis Peschanski, Henry Rousso, pour Le Fantôme de Pétain, mise au point éclairante.
On va en parler - Les gens in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Les gens Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : Prix gens culture Note de contenu : Anne-Lise Guigues
Prix Louvre-Drouot
Créé en 2021 par le musée du Louvre et Drouot Patrimoine, ce prix biannuel récompense un master 2 sur l'histoire du marché de l'art. Anne-Lise Guigues a travaillé sur « Les Antiquités du Luristan, de leur découverte aux collections muséales ».
Jérémie Foa
Prix de la Contre-Allée
Ce prix (présidé par Élisabeth Roudinesco, avec Benjamin Stora et Georges Vigarello dans le jury) récompense Tous ceux qui tombent. Visages du massacre de la Saint-Barthélemy (La Découverte, 2021).
Frédéric Encel
Prix de géopolitique
Le prix du livre de géopolitique récompense Les Voies de la puissance. Penser la géopolitique au XXIe siècle de Frédéric Encel (Odile Jacob).
Nicolas Larquier
Musée de la Romanité
Nicolas de Larquier a été nommé conservateur en chef du musée de la Romanité à Nîmes. Il avait été commissaire d'exposition au musée départemental Arles antique.
Jean-Marie Mœglin
Académicien
L'historien spécialiste du Moyen Age allemand a été élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Gennaro Toscano
Directeur d'études à l'École des Chartes
Le conseiller scientifique à la direction des Collections de la BNF a été nommé directeur d'études cumulant à l'École des chartes. Il occupe la nouvelle chaire d'Histoire des collections et du patrimoine.
Kei Lam
Prix de la BD
Avec le soutien du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, le musée national de l'Histoire de l'immigration a remis son prix de la bande dessinée à Kei Lam pour Les Saveurs du béton (Steinkis, 2021).
Anaïs Kien
France Culture
Anaïs Kien est la directrice de l'émission de documentaires Toute une vie.
Hommages
John H. Elliott
Ce spécialiste mondial de l'histoire de l'Espagne moderne est mort le 10 mars à 91 ans. Il a su intégrer la péninsule Ibérique au grand courant de l'histoire européenne et mondiale, depuis sa première somme, The Revolt of the Catalans. A Study in the Decline of Spain, 1598-1640 (1963). Retrouvez l'hommage de Benoît Pellistrandi sur notre site.
Jacques Rougerie
Son nom est associé à la Commune de Paris dont il a renouvelé l'écriture de l'histoire grâce au Procès des Communards (Julliard, 1964) ou à Eugène Varlin. Aux origines du mouvement ouvrier (Détour, 2019). Il est mort le 22 mars 2022 à l'âge de 90 ans. Michèle Riot-Sarcey lui rend hommage dans son article pour le site web de L'Histoire.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 8[article] On va en parler - Les gens [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 8
Mots-clés : Prix gens culture Note de contenu : Anne-Lise Guigues
Prix Louvre-Drouot
Créé en 2021 par le musée du Louvre et Drouot Patrimoine, ce prix biannuel récompense un master 2 sur l'histoire du marché de l'art. Anne-Lise Guigues a travaillé sur « Les Antiquités du Luristan, de leur découverte aux collections muséales ».
Jérémie Foa
Prix de la Contre-Allée
Ce prix (présidé par Élisabeth Roudinesco, avec Benjamin Stora et Georges Vigarello dans le jury) récompense Tous ceux qui tombent. Visages du massacre de la Saint-Barthélemy (La Découverte, 2021).
Frédéric Encel
Prix de géopolitique
Le prix du livre de géopolitique récompense Les Voies de la puissance. Penser la géopolitique au XXIe siècle de Frédéric Encel (Odile Jacob).
Nicolas Larquier
Musée de la Romanité
Nicolas de Larquier a été nommé conservateur en chef du musée de la Romanité à Nîmes. Il avait été commissaire d'exposition au musée départemental Arles antique.
Jean-Marie Mœglin
Académicien
L'historien spécialiste du Moyen Age allemand a été élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Gennaro Toscano
Directeur d'études à l'École des Chartes
Le conseiller scientifique à la direction des Collections de la BNF a été nommé directeur d'études cumulant à l'École des chartes. Il occupe la nouvelle chaire d'Histoire des collections et du patrimoine.
Kei Lam
Prix de la BD
Avec le soutien du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, le musée national de l'Histoire de l'immigration a remis son prix de la bande dessinée à Kei Lam pour Les Saveurs du béton (Steinkis, 2021).
Anaïs Kien
France Culture
Anaïs Kien est la directrice de l'émission de documentaires Toute une vie.
Hommages
John H. Elliott
Ce spécialiste mondial de l'histoire de l'Espagne moderne est mort le 10 mars à 91 ans. Il a su intégrer la péninsule Ibérique au grand courant de l'histoire européenne et mondiale, depuis sa première somme, The Revolt of the Catalans. A Study in the Decline of Spain, 1598-1640 (1963). Retrouvez l'hommage de Benoît Pellistrandi sur notre site.
Jacques Rougerie
Son nom est associé à la Commune de Paris dont il a renouvelé l'écriture de l'histoire grâce au Procès des Communards (Julliard, 1964) ou à Eugène Varlin. Aux origines du mouvement ouvrier (Détour, 2019). Il est mort le 22 mars 2022 à l'âge de 90 ans. Michèle Riot-Sarcey lui rend hommage dans son article pour le site web de L'Histoire.Evénement : L'étoile jaune, histoire d'un stigmate / Claire ZALC in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Evénement : L'étoile jaune, histoire d'un stigmate Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Claire ZALC, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p.12-21 Langues : Français (fre) Mots-clés : étoile juif histoire stigmate Note de contenu : Le 29 mai 1942 la huitième ordonnance allemande interdit aux Juifs français et étrangers de la zone occupée de paraître en public sans porter une étoile jaune sur le côté gauche de la poitrine, et ce dès l'âge de 6 ans. Cette mesure de discrimination, qui fut aussi adoptée, avec des variantes, dans toute l'Europe sous domination nazie, coïncide avec la mise en place de ce que les nazis qualifient de « solution finale ».
L'étoile jaune est aujourd'hui un objet politisé, réutilisé en maintes occasions de façon souvent provocatrice, comme récemment dans les rassemblements anti-passe sanitaire, suscitant polémiques et indignation. Une instrumentalisation qui risque de contribuer à la perte de sens de ce que cette marque antisémite a signifié pour celles et ceux qui l'ont portée et qui montre qu'il reste utile d'en proposer une histoire autant que possible contemporaine des faits, rendant compte des manières variées dont le stigmate a été conçu, compris et vécu sur le moment[1]. Dès lors, l'étoile jaune est un point d'observation des rapports entre autorités occupantes et occupées, mais aussi des relations entre ceux qu'on assigne comme Juifs et les autres, entre victimes et témoins des persécutions.
Tout d'abord, il convient de rappeler que cette mesure discriminatoire est constitutive de l'antisémitisme. Elle est intrinsèquement liée à l'une de ses caractéristiques : le besoin ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p.12-21[article] Evénement : L'étoile jaune, histoire d'un stigmate [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Claire ZALC, Auteur . - 2022 . - p.12-21.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p.12-21
Mots-clés : étoile juif histoire stigmate Note de contenu : Le 29 mai 1942 la huitième ordonnance allemande interdit aux Juifs français et étrangers de la zone occupée de paraître en public sans porter une étoile jaune sur le côté gauche de la poitrine, et ce dès l'âge de 6 ans. Cette mesure de discrimination, qui fut aussi adoptée, avec des variantes, dans toute l'Europe sous domination nazie, coïncide avec la mise en place de ce que les nazis qualifient de « solution finale ».
L'étoile jaune est aujourd'hui un objet politisé, réutilisé en maintes occasions de façon souvent provocatrice, comme récemment dans les rassemblements anti-passe sanitaire, suscitant polémiques et indignation. Une instrumentalisation qui risque de contribuer à la perte de sens de ce que cette marque antisémite a signifié pour celles et ceux qui l'ont portée et qui montre qu'il reste utile d'en proposer une histoire autant que possible contemporaine des faits, rendant compte des manières variées dont le stigmate a été conçu, compris et vécu sur le moment[1]. Dès lors, l'étoile jaune est un point d'observation des rapports entre autorités occupantes et occupées, mais aussi des relations entre ceux qu'on assigne comme Juifs et les autres, entre victimes et témoins des persécutions.
Tout d'abord, il convient de rappeler que cette mesure discriminatoire est constitutive de l'antisémitisme. Elle est intrinsèquement liée à l'une de ses caractéristiques : le besoin ...
Actualité : Russie-Otan : décryptage de trente ans de relations / Jean-François Collin in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Actualité : Russie-Otan : décryptage de trente ans de relations Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-François Collin, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 22-25 Langues : Français (fre) Mots-clés : traité Russie Otan alliance union européenne Ukraine Note de contenu : Vladimir Poutine justifie l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes par l'extension vers l'est de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. Décryptage de Jean-François Collin.
L'histoire des relations entre la Russie et l'Otan depuis l'effondrement de l'Union soviétique n'échappe pas à la réécriture de l'histoire entreprise par le président russe, Vladimir Poutine. En effet, ce dernier justifie l'invasion de l'Ukraine, en la présentant comme une réponse à l'extension de l'Otan en Europe centrale et orientale après l'effondrement de l'Union soviétique, en violation des promesses qui auraient été faites à la Russie.
L'implosion de l'Union soviétique en 1991 a posé la question du devenir de l'Otan. Le traité de Washington de 1949 était un traité de défense collective. Son article 5 indique qu'une attaque armée contre l'un des signataires serait considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties. Il s'appuie sur l'article 51 de la charte des Nations unies consacrant le droit légitime des nations à se défendre contre une agression remettant en cause leur souveraineté territoriale.
Après la réunification de l'Allemagne en 1990 puis l ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 22-25[article] Actualité : Russie-Otan : décryptage de trente ans de relations [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-François Collin, Auteur . - 2022 . - p. 22-25.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 22-25
Mots-clés : traité Russie Otan alliance union européenne Ukraine Note de contenu : Vladimir Poutine justifie l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes par l'extension vers l'est de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. Décryptage de Jean-François Collin.
L'histoire des relations entre la Russie et l'Otan depuis l'effondrement de l'Union soviétique n'échappe pas à la réécriture de l'histoire entreprise par le président russe, Vladimir Poutine. En effet, ce dernier justifie l'invasion de l'Ukraine, en la présentant comme une réponse à l'extension de l'Otan en Europe centrale et orientale après l'effondrement de l'Union soviétique, en violation des promesses qui auraient été faites à la Russie.
L'implosion de l'Union soviétique en 1991 a posé la question du devenir de l'Otan. Le traité de Washington de 1949 était un traité de défense collective. Son article 5 indique qu'une attaque armée contre l'un des signataires serait considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties. Il s'appuie sur l'article 51 de la charte des Nations unies consacrant le droit légitime des nations à se défendre contre une agression remettant en cause leur souveraineté territoriale.
Après la réunification de l'Allemagne en 1990 puis l ...
Actualité : Edition - Il faut lire Daniel Fabre ! / Emmanuelle LOYER in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Actualité : Edition - Il faut lire Daniel Fabre ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Emmanuelle LOYER, Auteur ; Yann Potin, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 26-27 Langues : Français (fre) Mots-clés : anthropologue Daniel Fabre héro livre posthume Note de contenu : Disparu en 2016, l'anthropologue n'a cessé de dialoguer avec les historiens, comme le montre son livre posthume sur le passage de l'âge adulte dans nos société.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 26-27[article] Actualité : Edition - Il faut lire Daniel Fabre ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Emmanuelle LOYER, Auteur ; Yann Potin, Auteur . - 2022 . - p. 26-27.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 26-27
Mots-clés : anthropologue Daniel Fabre héro livre posthume Note de contenu : Disparu en 2016, l'anthropologue n'a cessé de dialoguer avec les historiens, comme le montre son livre posthume sur le passage de l'âge adulte dans nos société. Actualité : Préhistoire : sur les traces des nomades / François Bon in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Actualité : Préhistoire : sur les traces des nomades Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : François Bon, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 28 Langues : Français (fre) Mots-clés : préhistoire nomades terre 30000 ans voyages Note de contenu : « Vingt mille lieux sur la Terre » : c'est le thème du festival L'histoire à venir, qui se déroule à Toulouse du 12 au 15 mai. L'occasion d'évoquer un lieu particulier : les campements nomades préhistoriques.
Au Paléolithique (jusqu'à environ 10000 av. n. è.) les humains sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui se déplacent en fonction des saisons pour subvenir à leurs besoins. Retrouver les traces de leur passage éphémère est un défi pour l'archéologue : comment localiser et interpréter les restes d'un feu allumé pendant quelques jours il y a 30 000 ans ?
Alors que dans les grottes les sédiments se déposent de façon lente, sur les sites en plein air il existe des cas où les traces d'un campement ont été recouvertes rapidement. Ainsi, à Pincevent (Seine-et-Marne) de petits groupes se sont installés à plusieurs reprises il y a environ 15 000 ans (durant le Magdalénien, au Paléolithique supérieur). Tous les ans, la Seine débordait de son lit et déposait des limons qui recouvraient finement le sol du campement entre deux occupations. Chaque couche correspond donc à une unité de temps, à une « photographie » de l'état du lieu peu après son abandon. On retrouve notamment des traces liées aux foyers, des pierres, des outils ou des ossements d'animaux mais également des pigments comme l'ocre, parfois utilisée pour le travail des peaux. Les habitats (tentes ou huttes) ont, eux, totalement disparu car ils sont construits dans des matériaux périssables (bois et peau).
Ainsi on a découvert que, lors de l'une des phases d'occupation de Pincevent, un groupe composé de dizaines de petites unités d'habitation a profité du moment où les troupeaux de rennes passaient un gué sur la Seine à l'automne pour effectuer un abattage en masse. En analysant la répartition spatiale des fragments des carcasses, des archéozoologues ont pu déterminer que certains des rennes abattus avaient été découpés et partagés entre plusieurs unités d'habitation. On en déduit l'importance de la chasse collective et du partage du gibier d'un point de vue économique et social.
« Panoplie de voyage »
Pour déterminer les trajets de ces groupes nomades, on analyse les coquillages des parures corporelles. Proviennent-ils de la Méditerranée ou de l'Atlantique ? On étudie aussi le matériau le plus abondant sur les sites de fouilles : les silex. En retrouvant la formation géologique dont ils proviennent, on aboutit à une étude plus fine des déplacements. De cette manière nous avons découvert qu'au Paléolithique supérieur (38000 à 10000 av. n. è.) les populations nomades pouvaient se déplacer sur de très grands territoires et parcourir plus d'une centaine de kilomètres par an. Le site de Régismont-le-Haut (Hérault) a abrité des humains il y a 30 000 ans. Nous y avons trouvé des outils en silex d'origines différentes : certains proviennent de la région proche, dans un rayon de 100 km (ce qui correspond à 3 ou 4 jours de marche) ; d'autres de beaucoup plus loin, de la vallée du Rhône ou de la Dordogne à environ 250 km. Ces outils correspondent exactement à une « panoplie de voyage » : tout ce dont les chasseurs-cueilleurs avaient besoin pour se déplacer sur de longs trajets. Les personnes qui se sont installées à Régismont-le-Haut ont donc parcouru de grandes étendues lors de leur cycle nomade annuel avant de se rejoindre. Ainsi, l'image que nous avions du groupe préhistorique composé de plusieurs familles se déplaçant toujours ensemble est sans doute fausse.
En croisant l'analyse des campements de plein air avec celles des sépultures et des grottes ornées il devient possible de dresser un tableau nuancé des sociétés du Paléolithique supérieur.
(Propos recueillis par Julia Bellot.)
François Bon est Professeur à l'université Toulouse-II.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 28[article] Actualité : Préhistoire : sur les traces des nomades [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / François Bon, Auteur . - 2022 . - p. 28.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 28
Mots-clés : préhistoire nomades terre 30000 ans voyages Note de contenu : « Vingt mille lieux sur la Terre » : c'est le thème du festival L'histoire à venir, qui se déroule à Toulouse du 12 au 15 mai. L'occasion d'évoquer un lieu particulier : les campements nomades préhistoriques.
Au Paléolithique (jusqu'à environ 10000 av. n. è.) les humains sont des chasseurs-cueilleurs nomades qui se déplacent en fonction des saisons pour subvenir à leurs besoins. Retrouver les traces de leur passage éphémère est un défi pour l'archéologue : comment localiser et interpréter les restes d'un feu allumé pendant quelques jours il y a 30 000 ans ?
Alors que dans les grottes les sédiments se déposent de façon lente, sur les sites en plein air il existe des cas où les traces d'un campement ont été recouvertes rapidement. Ainsi, à Pincevent (Seine-et-Marne) de petits groupes se sont installés à plusieurs reprises il y a environ 15 000 ans (durant le Magdalénien, au Paléolithique supérieur). Tous les ans, la Seine débordait de son lit et déposait des limons qui recouvraient finement le sol du campement entre deux occupations. Chaque couche correspond donc à une unité de temps, à une « photographie » de l'état du lieu peu après son abandon. On retrouve notamment des traces liées aux foyers, des pierres, des outils ou des ossements d'animaux mais également des pigments comme l'ocre, parfois utilisée pour le travail des peaux. Les habitats (tentes ou huttes) ont, eux, totalement disparu car ils sont construits dans des matériaux périssables (bois et peau).
Ainsi on a découvert que, lors de l'une des phases d'occupation de Pincevent, un groupe composé de dizaines de petites unités d'habitation a profité du moment où les troupeaux de rennes passaient un gué sur la Seine à l'automne pour effectuer un abattage en masse. En analysant la répartition spatiale des fragments des carcasses, des archéozoologues ont pu déterminer que certains des rennes abattus avaient été découpés et partagés entre plusieurs unités d'habitation. On en déduit l'importance de la chasse collective et du partage du gibier d'un point de vue économique et social.
« Panoplie de voyage »
Pour déterminer les trajets de ces groupes nomades, on analyse les coquillages des parures corporelles. Proviennent-ils de la Méditerranée ou de l'Atlantique ? On étudie aussi le matériau le plus abondant sur les sites de fouilles : les silex. En retrouvant la formation géologique dont ils proviennent, on aboutit à une étude plus fine des déplacements. De cette manière nous avons découvert qu'au Paléolithique supérieur (38000 à 10000 av. n. è.) les populations nomades pouvaient se déplacer sur de très grands territoires et parcourir plus d'une centaine de kilomètres par an. Le site de Régismont-le-Haut (Hérault) a abrité des humains il y a 30 000 ans. Nous y avons trouvé des outils en silex d'origines différentes : certains proviennent de la région proche, dans un rayon de 100 km (ce qui correspond à 3 ou 4 jours de marche) ; d'autres de beaucoup plus loin, de la vallée du Rhône ou de la Dordogne à environ 250 km. Ces outils correspondent exactement à une « panoplie de voyage » : tout ce dont les chasseurs-cueilleurs avaient besoin pour se déplacer sur de longs trajets. Les personnes qui se sont installées à Régismont-le-Haut ont donc parcouru de grandes étendues lors de leur cycle nomade annuel avant de se rejoindre. Ainsi, l'image que nous avions du groupe préhistorique composé de plusieurs familles se déplaçant toujours ensemble est sans doute fausse.
En croisant l'analyse des campements de plein air avec celles des sépultures et des grottes ornées il devient possible de dresser un tableau nuancé des sociétés du Paléolithique supérieur.
(Propos recueillis par Julia Bellot.)
François Bon est Professeur à l'université Toulouse-II.Actualité : L'ADN au service des archives / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Actualité : L'ADN au service des archives Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 30-31 Langues : Français (fre) Mots-clés : adn stocker conservation données Note de contenu : Deux biologistes de Sorbonne Université et du CNRS sont parvenus à stocker 100 milliards de copies de deux textes sur de l'ADN.
Deux petits cylindres en acier inoxydable de la taille d'une gélule ont été déposés, le 23 novembre 2021, dans l'armoire de fer des Archives nationales. Le premier contient la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ; le second, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rédigée en 1791 par Olympe de Gouges. En réalité, chacun renferme plus de 100 milliards de copies du document sauvegardé sur de l'ADN, celui-là même qui, présent dans chaque cellule du vivant, permet son développement, son fonctionnement et sa reproduction. Intitulé « La révolution de l'ADN », ce projet né en 2018 a été porté par Stéphane Lemaire, directeur de recherche au CNRS, et Pierre Crozet, maître de conférences à Sorbonne Université.
Quelle est l'utilité d'une telle démarche ? Tout simplement la conservation des données numériques. Actuellement, leur archivage et leur conservation sont confrontés à plusieurs limites. D'abord la faible durée de vie - cinq à sept ans en moy ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 30-31[article] Actualité : L'ADN au service des archives [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2022 . - p. 30-31.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 30-31
Mots-clés : adn stocker conservation données Note de contenu : Deux biologistes de Sorbonne Université et du CNRS sont parvenus à stocker 100 milliards de copies de deux textes sur de l'ADN.
Deux petits cylindres en acier inoxydable de la taille d'une gélule ont été déposés, le 23 novembre 2021, dans l'armoire de fer des Archives nationales. Le premier contient la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ; le second, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rédigée en 1791 par Olympe de Gouges. En réalité, chacun renferme plus de 100 milliards de copies du document sauvegardé sur de l'ADN, celui-là même qui, présent dans chaque cellule du vivant, permet son développement, son fonctionnement et sa reproduction. Intitulé « La révolution de l'ADN », ce projet né en 2018 a été porté par Stéphane Lemaire, directeur de recherche au CNRS, et Pierre Crozet, maître de conférences à Sorbonne Université.
Quelle est l'utilité d'une telle démarche ? Tout simplement la conservation des données numériques. Actuellement, leur archivage et leur conservation sont confrontés à plusieurs limites. D'abord la faible durée de vie - cinq à sept ans en moy ...
Carte blanche : Happy Birthday Beeb ! / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Carte blanche : Happy Birthday Beeb ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : héritage british indépendance beeb Note de contenu : La vénérable BBC fête ses 100 ans. Malgré les critiques et les menaces sur son indépendance, elle reste une référence dans le monde.
On l'appelle « la Beeb » ou encore « Auntie » (Tantine). Plutôt familier pour désigner un mastodonte. C'est aussi que, vu d'ailleurs, on ne mesure pas la place inouïe qu'elle tient dans l'imaginaire, l'histoire et la vie quotidienne des Britanniques. A sa création en 1922, la British Broadcasting Company Ltd est une compagnie privée. Elle ne devient publique que quatre ans plus tard sous le nom de « British Broadcasting Corporation ». Dans les deux cas, un même sigle d'une puissance symbolique inégalée, d'abord associé au prestige de l'empire britannique puis au Commonwealth. Quel rayonnement et quelle force de pénétration ! Car, dès 1932, le BBC World Service s'employait à « dire la vérité » au reste du monde et, à partir de 1936, à diffuser des émissions télévisées.
Malgré les crises, les affaires, les récriminations, les scandales, elle inspire un respect et jouit d'un crédit que l'on veut croire inentamés cent ans après. Il est vrai que la devise de la radio des radios, puisée dans l'Ancien Testament, le livre de Michée, en impose : « Nation shall speak peace unto nation » (« La nation parlera de paix à la nation »). Son fondateur était un presbytérien écossais hanté par sa mission du nom de lord Reith. Directeur général jusqu'en 1938 puis gardien du temple ad aeternam, il lui avait inoculé le virus de l'indépendance. Churchill en fit souvent les frais et c'est peu dire que les deux hommes se méprisaient. Le souci du bien public, dont Reith se voulait le prophète inspiré, exigeait que l'on sanctuarisât la BBC en la protégeant des affairistes et des politiciens, fussent-ils parvenus au faîte de l'État. La Seconde Guerre mondiale allait augmenter encore sa réputation internationale en l'associant de facto à la défense de la démocratie contre la barbarie totalitaire.
Classique jusqu'à la caricature, elle incarne de longue date l'institution par excellence, plus encore que l'English Heritage (chargé du patrimoine) ou le Lloyd's, le plus célèbre assureur du monde. Sa charte, socle d'une déontologie rigoureuse qui fut parfois prise en défaut, semble faite d'articles de foi. Toutes les radios et les télévisions étrangères, l'ayant à raison érigée en modèle, ont épluché son statut (société de droit public à charte royale qui n'a de comptes à rendre qu'au Parlement) pour s'en inspirer, mais ont buté sur un paradoxe : il s'avère aussi contraignant sur le plan formel qu'indépendant dans la pratique. Le gouvernement a beau nommer les membres de son conseil d'administration, jouir en principe d'un droit de veto sur les programmes et fixer le montant de la redevance, la BBC n'admet pas que l'État se mêle de ses affaires. Il n'en reste pas moins que, jusqu'à son cinquantenaire, elle tolérait que les agents du MI5 (contre-espionnage) enquêtent systématiquement avant le recrutement de ses journalistes et de ses cadres.
La BBC a réussi à créer un lien quasi mystique entre les Britanniques et leur radiotélévision parce qu'elle s'est voulue fidèle à la sainte trinité de ses valeurs d'origine : éduquer, informer, distraire. La « qualité BBC » n'est pas un mythe, qu'il s'agisse de ses journaux radiophoniques ou télévisés, de ses reportages, de sa couverture de l'actualité internationale, du sérieux de ses documentaires, de la réalisation de ses feuilletons, de sa créativité et de la qualité de sa langue - même si l'on ne s'y exprime pas en permanence en shakespearien.
Si conservateurs et travaillistes lui ont de tout temps reproché de « manquer d'impartialité », feu croisé qui est plutôt bon signe, le Premier ministre actuel Boris Johnson paraît décidé à lui faire la peau en la privant de fonds publics - en l'espèce la redevance audiovisuelle, qui assure l'essentiel de son financement. Au début de cette année 2022 son gouvernement l'a gelée pour deux ans. Mais on sait le Premier ministre bien versatile et on ne l'imagine pas dessaisir son pays d'un instrument de lutte contre la désinformation au moment où la crise avec la Russie rappelle à quel point la voix d'« Auntie » porte loin et fort.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il vient de publier Le Paquebot (Gallimard, 2022)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 98[article] Carte blanche : Happy Birthday Beeb ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2022 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 98
Mots-clés : héritage british indépendance beeb Note de contenu : La vénérable BBC fête ses 100 ans. Malgré les critiques et les menaces sur son indépendance, elle reste une référence dans le monde.
On l'appelle « la Beeb » ou encore « Auntie » (Tantine). Plutôt familier pour désigner un mastodonte. C'est aussi que, vu d'ailleurs, on ne mesure pas la place inouïe qu'elle tient dans l'imaginaire, l'histoire et la vie quotidienne des Britanniques. A sa création en 1922, la British Broadcasting Company Ltd est une compagnie privée. Elle ne devient publique que quatre ans plus tard sous le nom de « British Broadcasting Corporation ». Dans les deux cas, un même sigle d'une puissance symbolique inégalée, d'abord associé au prestige de l'empire britannique puis au Commonwealth. Quel rayonnement et quelle force de pénétration ! Car, dès 1932, le BBC World Service s'employait à « dire la vérité » au reste du monde et, à partir de 1936, à diffuser des émissions télévisées.
Malgré les crises, les affaires, les récriminations, les scandales, elle inspire un respect et jouit d'un crédit que l'on veut croire inentamés cent ans après. Il est vrai que la devise de la radio des radios, puisée dans l'Ancien Testament, le livre de Michée, en impose : « Nation shall speak peace unto nation » (« La nation parlera de paix à la nation »). Son fondateur était un presbytérien écossais hanté par sa mission du nom de lord Reith. Directeur général jusqu'en 1938 puis gardien du temple ad aeternam, il lui avait inoculé le virus de l'indépendance. Churchill en fit souvent les frais et c'est peu dire que les deux hommes se méprisaient. Le souci du bien public, dont Reith se voulait le prophète inspiré, exigeait que l'on sanctuarisât la BBC en la protégeant des affairistes et des politiciens, fussent-ils parvenus au faîte de l'État. La Seconde Guerre mondiale allait augmenter encore sa réputation internationale en l'associant de facto à la défense de la démocratie contre la barbarie totalitaire.
Classique jusqu'à la caricature, elle incarne de longue date l'institution par excellence, plus encore que l'English Heritage (chargé du patrimoine) ou le Lloyd's, le plus célèbre assureur du monde. Sa charte, socle d'une déontologie rigoureuse qui fut parfois prise en défaut, semble faite d'articles de foi. Toutes les radios et les télévisions étrangères, l'ayant à raison érigée en modèle, ont épluché son statut (société de droit public à charte royale qui n'a de comptes à rendre qu'au Parlement) pour s'en inspirer, mais ont buté sur un paradoxe : il s'avère aussi contraignant sur le plan formel qu'indépendant dans la pratique. Le gouvernement a beau nommer les membres de son conseil d'administration, jouir en principe d'un droit de veto sur les programmes et fixer le montant de la redevance, la BBC n'admet pas que l'État se mêle de ses affaires. Il n'en reste pas moins que, jusqu'à son cinquantenaire, elle tolérait que les agents du MI5 (contre-espionnage) enquêtent systématiquement avant le recrutement de ses journalistes et de ses cadres.
La BBC a réussi à créer un lien quasi mystique entre les Britanniques et leur radiotélévision parce qu'elle s'est voulue fidèle à la sainte trinité de ses valeurs d'origine : éduquer, informer, distraire. La « qualité BBC » n'est pas un mythe, qu'il s'agisse de ses journaux radiophoniques ou télévisés, de ses reportages, de sa couverture de l'actualité internationale, du sérieux de ses documentaires, de la réalisation de ses feuilletons, de sa créativité et de la qualité de sa langue - même si l'on ne s'y exprime pas en permanence en shakespearien.
Si conservateurs et travaillistes lui ont de tout temps reproché de « manquer d'impartialité », feu croisé qui est plutôt bon signe, le Premier ministre actuel Boris Johnson paraît décidé à lui faire la peau en la privant de fonds publics - en l'espèce la redevance audiovisuelle, qui assure l'essentiel de son financement. Au début de cette année 2022 son gouvernement l'a gelée pour deux ans. Mais on sait le Premier ministre bien versatile et on ne l'imagine pas dessaisir son pays d'un instrument de lutte contre la désinformation au moment où la crise avec la Russie rappelle à quel point la voix d'« Auntie » porte loin et fort.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il vient de publier Le Paquebot (Gallimard, 2022)
Dossier : Clausewitz, penser la guerre in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Dossier : Clausewitz, penser la guerre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 32-55 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre Clausewitz traité Napoléon théories Note de contenu : A l'heure où, avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les Européens redécouvrent, stupéfaits et horrifiés, qu'une guerre interétatique sur leur continent est toujours possible, que peut nous apprendre la lecture de Clausewitz ? Son traité De la guerre, oeuvre posthume publiée de 1832 à 1837, reste aujourd'hui étudié dans les écoles de guerre. Car sa pensée complexe - et parfois contradictoire - permet de réfléchir à la fois à la violence extrême de la guerre et à la nécessaire fixation de fins politiques à toute action militaire.
Lire le dossier « Clausewitz : penser la guerre », L’Histoire n°495, mai 2022.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 32-55[article] Dossier : Clausewitz, penser la guerre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 32-55.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 32-55
Mots-clés : guerre Clausewitz traité Napoléon théories Note de contenu : A l'heure où, avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les Européens redécouvrent, stupéfaits et horrifiés, qu'une guerre interétatique sur leur continent est toujours possible, que peut nous apprendre la lecture de Clausewitz ? Son traité De la guerre, oeuvre posthume publiée de 1832 à 1837, reste aujourd'hui étudié dans les écoles de guerre. Car sa pensée complexe - et parfois contradictoire - permet de réfléchir à la fois à la violence extrême de la guerre et à la nécessaire fixation de fins politiques à toute action militaire.
Lire le dossier « Clausewitz : penser la guerre », L’Histoire n°495, mai 2022.
Dossier : Clausewitz - Révolution dans la guerre / Azar Gat in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Dossier : Clausewitz - Révolution dans la guerre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Azar Gat, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 34-41 Langues : Français (fre) Mots-clés : révolution Clausewitz Note de contenu : Officier de l'armée prussienne passé dans l'armée russe, Clausewitz a théorisé un art de la guerre qui doit beaucoup à son expérience des conflits de la Révolution et de l'Empire. Son oeuvre s'inscrit aussi dans l'histoire intellectuelle, entre réaction contre les Lumières et nationalisme allemand.
L'Histoire : Qui était Carl von Clausewitz et quel a été son parcours ?
Azar Gat : Clausewitz est né en 1780 dans une famille de la petite noblesse silésienne. A l'âge de 12 ans il s'enrôle dans l'armée prussienne comme élève officier, ce qui n'est alors pas rare. Officier en 1793, il participe à l'invasion prussienne de la France révolutionnaire lors des campagnes de la première coalition, avant de connaître plusieurs années banales et tranquilles dans de petites garnisons prussiennes. Son entrée en 1801 à l'Académie militaire de Berlin, dirigée par le général Gerhard Johann David von Scharnhorst, marque le tournant de sa vie et de sa carrière. Non seulement les horizons intellectuels de Clausewitz s'élargissent alors remarquablement, mais il devient aussi le protégé de Scharnhorst - grand réformateur de l'armée prussienne après les importantes défaites de 1806 face aux armées napoléoniennes -, et se retrouve ainsi au coeu ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 34-41[article] Dossier : Clausewitz - Révolution dans la guerre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Azar Gat, Auteur . - 2022 . - p. 34-41.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 34-41
Mots-clés : révolution Clausewitz Note de contenu : Officier de l'armée prussienne passé dans l'armée russe, Clausewitz a théorisé un art de la guerre qui doit beaucoup à son expérience des conflits de la Révolution et de l'Empire. Son oeuvre s'inscrit aussi dans l'histoire intellectuelle, entre réaction contre les Lumières et nationalisme allemand.
L'Histoire : Qui était Carl von Clausewitz et quel a été son parcours ?
Azar Gat : Clausewitz est né en 1780 dans une famille de la petite noblesse silésienne. A l'âge de 12 ans il s'enrôle dans l'armée prussienne comme élève officier, ce qui n'est alors pas rare. Officier en 1793, il participe à l'invasion prussienne de la France révolutionnaire lors des campagnes de la première coalition, avant de connaître plusieurs années banales et tranquilles dans de petites garnisons prussiennes. Son entrée en 1801 à l'Académie militaire de Berlin, dirigée par le général Gerhard Johann David von Scharnhorst, marque le tournant de sa vie et de sa carrière. Non seulement les horizons intellectuels de Clausewitz s'élargissent alors remarquablement, mais il devient aussi le protégé de Scharnhorst - grand réformateur de l'armée prussienne après les importantes défaites de 1806 face aux armées napoléoniennes -, et se retrouve ainsi au coeu ...
Dossier : Clausewitz - Guerre absolue, guerre totale / Emilie Dosquet in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Dossier : Clausewitz - Guerre absolue, guerre totale Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Emilie Dosquet, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 42-44 Langues : Français (fre) Mots-clés : Clausewitz concept guerre Note de contenu : Clausewitz élabore le concept de « guerre absolue » (« absoluter Krieg ») dans De la guerre. Elle implique la destruction totale de l'adversaire.
Le modèle napoléonien
L'idée de « guerre absolue » est tirée de l'expérience de Clausewitz durant les guerres napoléoniennes, en particulier la campagne de 1806, qui voit la défaite de la Prusse. « L'on pourrait douter de la réalité de notre notion de son essence absolue si nous n'avions pas vu de nos jours la guerre réelle dans sa perfection absolue. Après la courte introduction de la Révolution française, l'impitoyable Bonaparte l'a vite poussée jusqu'à ce point. Avec lui, la guerre était conduite sans perdre un moment jusqu'à l'écrasement de l'ennemi, et les contre-coups se suivaient presque sans rémission » (De la guerre, livre VIII, chapitre 2, p. 672).
A la différence des guerres d'Ancien Régime, « guerres limitées », celles de la Révolution et de l'Empire visent le renversement du gouvernement ennemi.
Un concept
Néanmoins, la guerre absolue, aux yeux de Clausewitz, est un concept idéal qui ne s ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 42-44[article] Dossier : Clausewitz - Guerre absolue, guerre totale [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Emilie Dosquet, Auteur . - 2022 . - p. 42-44.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 42-44
Mots-clés : Clausewitz concept guerre Note de contenu : Clausewitz élabore le concept de « guerre absolue » (« absoluter Krieg ») dans De la guerre. Elle implique la destruction totale de l'adversaire.
Le modèle napoléonien
L'idée de « guerre absolue » est tirée de l'expérience de Clausewitz durant les guerres napoléoniennes, en particulier la campagne de 1806, qui voit la défaite de la Prusse. « L'on pourrait douter de la réalité de notre notion de son essence absolue si nous n'avions pas vu de nos jours la guerre réelle dans sa perfection absolue. Après la courte introduction de la Révolution française, l'impitoyable Bonaparte l'a vite poussée jusqu'à ce point. Avec lui, la guerre était conduite sans perdre un moment jusqu'à l'écrasement de l'ennemi, et les contre-coups se suivaient presque sans rémission » (De la guerre, livre VIII, chapitre 2, p. 672).
A la différence des guerres d'Ancien Régime, « guerres limitées », celles de la Révolution et de l'Empire visent le renversement du gouvernement ennemi.
Un concept
Néanmoins, la guerre absolue, aux yeux de Clausewitz, est un concept idéal qui ne s ...
Dossier : Clausewitz - Sunzi, « l'anti-Clausewitz » / Clément Fabre in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Dossier : Clausewitz - Sunzi, « l'anti-Clausewitz » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 44-45 Langues : Français (fre) Mots-clés : Sunzi Clausewitz antithèse Mao Note de contenu : La pensée de Sunzi a souvent été présentée comme l'antithèse de celle de Clausewitz.
Puissent les souverains de cette partie du monde [...] lire attentivement l'ouvrage dont on va leur offrir l'analyse ! Ils y apprendraient que la guerre défensive est la seule permise par la loi naturelle, et qu'un prince qui ne fait usage de sa puissance que par une vaine gloire, ou pour opprimer ses voisins, n'est qu'un monstre couronné qu'on devrait enchaîner comme une bête féroce. » L'ouvrage dont le colonel de Saint-Maurice de Saint-Leu et le marquis de Puységur recommandent en 1773 la lecture aux puissants, et qu'ils insèrent de plain-pied dans ce débat militaire qui a si longtemps constitué un versant délaissé des Lumières, c'est L'Art de la guerre de Sunzi.
L'Europe vient alors de le découvrir dans la traduction que le missionnaire jésuite Joseph-Marie Amiot a expédiée en 1766 depuis Pékin, et que le ministre d'État Henri Bertin, protecteur des jésuites de Chine, a fait paraître à Paris en 1772 sous le titre Art militaire des Chinois...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 44-45[article] Dossier : Clausewitz - Sunzi, « l'anti-Clausewitz » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Auteur . - 2022 . - p. 44-45.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 44-45
Mots-clés : Sunzi Clausewitz antithèse Mao Note de contenu : La pensée de Sunzi a souvent été présentée comme l'antithèse de celle de Clausewitz.
Puissent les souverains de cette partie du monde [...] lire attentivement l'ouvrage dont on va leur offrir l'analyse ! Ils y apprendraient que la guerre défensive est la seule permise par la loi naturelle, et qu'un prince qui ne fait usage de sa puissance que par une vaine gloire, ou pour opprimer ses voisins, n'est qu'un monstre couronné qu'on devrait enchaîner comme une bête féroce. » L'ouvrage dont le colonel de Saint-Maurice de Saint-Leu et le marquis de Puységur recommandent en 1773 la lecture aux puissants, et qu'ils insèrent de plain-pied dans ce débat militaire qui a si longtemps constitué un versant délaissé des Lumières, c'est L'Art de la guerre de Sunzi.
L'Europe vient alors de le découvrir dans la traduction que le missionnaire jésuite Joseph-Marie Amiot a expédiée en 1766 depuis Pékin, et que le ministre d'État Henri Bertin, protecteur des jésuites de Chine, a fait paraître à Paris en 1772 sous le titre Art militaire des Chinois...
Dossier : Clausewitz - La fortune / Hervé Drévillon in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Dossier : Clausewitz - La fortune Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Hervé Drévillon, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 46-49 Langues : Français (fre) Mots-clés : Clausewitz fortune veuve publication ouvrages Note de contenu : L'oeuvre de Clausewitz a été publiée de manière posthume entre 1832 et 1837. Ce décalage entre l'écriture et la publication, mais aussi sa volonté d'ériger une théorie hors de l'histoire expliquent peut-être son succès.
En 1832, un an après la mort de Clausewitz, le lancement, par sa veuve Marie von Brühl, de la publication des Ouvrages laissés par le général de Clausewitz sur la guerre et la conduite de la guerre[1] lui attribua un statut inédit de théoricien de la guerre. Avant cette édition de l'ensemble de son oeuvre, achevée en 1837 par la parution de son dixième volume, Clausewitz n'avait pas acquis de véritable statut d'auteur. En 1824 Heinrich Friedrich Rumpf, lieutenant de l'armée prussienne, avait publié, dans une version bilingue français et allemand, un ouvrage intitulé Littérature universelle des sciences militaires, qui recensait toutes les publications sur le sujet de la guerre depuis l'invention de l'imprimerie. Le seul ouvrage de Clausewitz cité dans cet inventaire était La Campagne de 1813 jusqu'à l'armistice.
En 1826 la Biographie universelle et portative des contemporains, texte anonyme publié à Paris, confirma ce bila ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 46-49[article] Dossier : Clausewitz - La fortune [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Hervé Drévillon, Auteur . - 2022 . - p. 46-49.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 46-49
Mots-clés : Clausewitz fortune veuve publication ouvrages Note de contenu : L'oeuvre de Clausewitz a été publiée de manière posthume entre 1832 et 1837. Ce décalage entre l'écriture et la publication, mais aussi sa volonté d'ériger une théorie hors de l'histoire expliquent peut-être son succès.
En 1832, un an après la mort de Clausewitz, le lancement, par sa veuve Marie von Brühl, de la publication des Ouvrages laissés par le général de Clausewitz sur la guerre et la conduite de la guerre[1] lui attribua un statut inédit de théoricien de la guerre. Avant cette édition de l'ensemble de son oeuvre, achevée en 1837 par la parution de son dixième volume, Clausewitz n'avait pas acquis de véritable statut d'auteur. En 1824 Heinrich Friedrich Rumpf, lieutenant de l'armée prussienne, avait publié, dans une version bilingue français et allemand, un ouvrage intitulé Littérature universelle des sciences militaires, qui recensait toutes les publications sur le sujet de la guerre depuis l'invention de l'imprimerie. Le seul ouvrage de Clausewitz cité dans cet inventaire était La Campagne de 1813 jusqu'à l'armistice.
En 1826 la Biographie universelle et portative des contemporains, texte anonyme publié à Paris, confirma ce bila ...
Dossier : Clausewitz - « Le penseur de la guerre limitée » / Benoît Durieux in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Dossier : Clausewitz - « Le penseur de la guerre limitée » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Benoît Durieux, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 50-55 Langues : Français (fre) Mots-clés : Clausewitz guerre limitée tactique Note de contenu : Clausewitz n'a cessé d'inspirer militaires et philosophes pour penser la guerre tour à tour comme duel violent ou comme continuation de la politique, l'engagement du peuple ou la dissuasion nucléaire. C'est aujourd'hui sa notion de limitation de la guerre qui est peut-être la plus féconde.
L'Histoire : Quand est-ce que Clausewitz a commencé à être connu, traduit et utilisé en France ?
Benoît Durieux : Clausewitz apparaît la première fois dans le débat français lors de la parution d'un article en 1814, qui correspond à la publication en français de La Campagne de 1813. Il n'est alors connu que comme l'un des officiers supérieurs de l'armée prussienne qui a joué un certain rôle dans les campagnes napoléoniennes. On trouve son nom dans des encyclopédies militaires à partir de 1836, donc tout de même assez vite, et il est mentionné dans un cours d'art militaire de Saint-Cyr en 1840. La date la plus importante est toutefois 1849 : Vom Kriege est alors traduit en français par un officier belge, le major Neuens. En 1853 le capitaine La Barre Duparcq publie un commentaire de ce traité. Mais cela reste assez confidentiel.
Tout commence véritablement après 1870. La présence de Clausewitz dans ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 50-55[article] Dossier : Clausewitz - « Le penseur de la guerre limitée » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Benoît Durieux, Auteur . - 2022 . - p. 50-55.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 50-55
Mots-clés : Clausewitz guerre limitée tactique Note de contenu : Clausewitz n'a cessé d'inspirer militaires et philosophes pour penser la guerre tour à tour comme duel violent ou comme continuation de la politique, l'engagement du peuple ou la dissuasion nucléaire. C'est aujourd'hui sa notion de limitation de la guerre qui est peut-être la plus féconde.
L'Histoire : Quand est-ce que Clausewitz a commencé à être connu, traduit et utilisé en France ?
Benoît Durieux : Clausewitz apparaît la première fois dans le débat français lors de la parution d'un article en 1814, qui correspond à la publication en français de La Campagne de 1813. Il n'est alors connu que comme l'un des officiers supérieurs de l'armée prussienne qui a joué un certain rôle dans les campagnes napoléoniennes. On trouve son nom dans des encyclopédies militaires à partir de 1836, donc tout de même assez vite, et il est mentionné dans un cours d'art militaire de Saint-Cyr en 1840. La date la plus importante est toutefois 1849 : Vom Kriege est alors traduit en français par un officier belge, le major Neuens. En 1853 le capitaine La Barre Duparcq publie un commentaire de ce traité. Mais cela reste assez confidentiel.
Tout commence véritablement après 1870. La présence de Clausewitz dans ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Une vendetta dans le Japon médiéval / Pierre-François Souyri in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Une vendetta dans le Japon médiéval Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre-François Souyri, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 56-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : Frères Soga vendetta Japon querelle héro héritier Note de contenu : En 1193, non loin du mont Fuji, les deux jeunes frères Soga furent exécutés après avoir tué, lors d'une partie de chasse, l'homme qui, dix-sept ans plus tôt, avait assassiné leur père. Une affaire de vendetta qui s'inscrit dans un vaste changement historique : le début du Moyen Age japonais avec la création du shogunat.
A l'automne 1176 les frères Soga, Juro et Goro, étaient encore de jeunes enfants quand leur père Sukemichi, un guerrier de la péninsule d'Izu, se fit tuer par des hommes de main à la solde d'un seigneur de sa propre parentèle nommé Suketsune. Les années passèrent, les enfants devinrent de jeunes adultes. Dix-sept ans plus tard, en 1193, à l'occasion d'une chasse donnée par celui qui venait d'être nommé shogun, Minamoto no Yoritomo, les frères Soga tuent l'assassin de leur père. Entre-temps, Suketsune était devenu l'un des hommes de confiance de Yoritomo. L'aîné des frères, âgé de 20 ans, est à son tour abattu par les gardes et le cadet, de deux ans plus jeune, est pris et interrogé. « Qui es-tu ? » lui demande Yoritomo. Le jeune homme évoqua son lignage. « Tu es donc le petit-fils d'Ito Sukechika ? » lui demande le shogun. « Oui, c'était mon grand-père », répond-il. La nuit passe, Yoritomo réfléchit et donne l'ordre au petit matin d'exécuter Goro.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 56-63[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Une vendetta dans le Japon médiéval [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre-François Souyri, Auteur . - 2022 . - p. 56-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 56-63
Mots-clés : Frères Soga vendetta Japon querelle héro héritier Note de contenu : En 1193, non loin du mont Fuji, les deux jeunes frères Soga furent exécutés après avoir tué, lors d'une partie de chasse, l'homme qui, dix-sept ans plus tôt, avait assassiné leur père. Une affaire de vendetta qui s'inscrit dans un vaste changement historique : le début du Moyen Age japonais avec la création du shogunat.
A l'automne 1176 les frères Soga, Juro et Goro, étaient encore de jeunes enfants quand leur père Sukemichi, un guerrier de la péninsule d'Izu, se fit tuer par des hommes de main à la solde d'un seigneur de sa propre parentèle nommé Suketsune. Les années passèrent, les enfants devinrent de jeunes adultes. Dix-sept ans plus tard, en 1193, à l'occasion d'une chasse donnée par celui qui venait d'être nommé shogun, Minamoto no Yoritomo, les frères Soga tuent l'assassin de leur père. Entre-temps, Suketsune était devenu l'un des hommes de confiance de Yoritomo. L'aîné des frères, âgé de 20 ans, est à son tour abattu par les gardes et le cadet, de deux ans plus jeune, est pris et interrogé. « Qui es-tu ? » lui demande Yoritomo. Le jeune homme évoqua son lignage. « Tu es donc le petit-fils d'Ito Sukechika ? » lui demande le shogun. « Oui, c'était mon grand-père », répond-il. La nuit passe, Yoritomo réfléchit et donne l'ordre au petit matin d'exécuter Goro.Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 9. Fausse monnaie et vraie expertise / Patrice Baubeau in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 9. Fausse monnaie et vraie expertise Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Patrice Baubeau, Auteur ; arnaud Manas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 64-65 Langues : Français (fre) Mots-clés : fausse monnaie expert vérification Note de contenu : Comment distinguer le faux du vrai ? Jusqu'au XIXe siècle, la détection des fausses monnaies a reposé sur les sens, plus ou moins outillés. Les historiens redécouvrent aujourd'hui l'efficacité de ces techniques ancestrales.
Commençons par un paradoxe. La monnaie étant créée par la coutume ou par la loi, elle n'est que convention ; aussi, comme le notait déjà Diogène le Cynique au IVe siècle av. J.-C., toute monnaie est fausse, puisque non naturelle. De plus, la notion de fausse monnaie apparaît plus variée que celle de vraie monnaie : une monnaie peut être fausse par sa fabrication mais également par ses usages - par exemple lorsque l'on introduit dans un paiement une pièce authentique mais qui n'a pas de valeur légale, qu'elle soit étrangère, trop usée ou décriée. Dans tous ces cas, la détection de la fausse monnaie implique d'apprécier son aspect, son poids, ses dimensions et enfin sa teneur en métal précieux. Depuis l'Antiquité, c'est donc sur les sens (la vue, le toucher et l'ouïe) qu'a reposé la détection des fausses monnaies.
Pour les premières monnaies frappées, en Chine ancienne comme en Grèce antique, les signes apposés par l'autorité sont le premier indice de l'authenticité d'une pièce. Mais le frai* efface les plus belles gravures et facilite le travail du contrefacteur. Il est dès lors nécessaire de se tourner vers d'autres critères, notamment la masse, qui fournissent des critères quantifiables, pour lesquels les sens peuvent être suppléés par des machines. Ainsi, la balance offre dès l'Antiquité une haute précision, de l'ordre du 1/10e de gramme. Au Moyen Age, l'usage du trébuchet, petite balance de précision, permet une pesée encore plus fine, donnant naissance à l'expression d'une monnaie « sonnante et trébuchante ».
La monnaie frappée n'est généralement pesée que par les changeurs et les banquiers : c'est ce qui distingue un régime de monnaie pesée, où la monnaie prend la forme de lingots ou de pépites sans forme précise, et le régime de la monnaie comptée, où l'on ne s'échange plus que des pièces à la valeur fixée par la loi. Dans ce système qui s'impose dès l'Antiquité, les agents économiques doivent donc se référer à d'autres critères, notamment à la masse volumique de la monnaie. Dès le VIe siècle, mais il y a des exceptions, les pièces ont pris la forme de disques de plus en plus réguliers, définis par un diamètre et une épaisseur. Aussi, en comparant ces deux dimensions à une pièce authentique, était-il possible de rapporter aisément masse et volume de manière tout empirique. Cette technique se perfectionne avec l'apparition au Moyen Age d'un listel* plus élevé que les reliefs situés au centre des pièces, qui permet de les empiler de manière régulière.
Reste la question de l'aloi*. Celui-ci peut s'apprécier de deux façons : par la densité, chaque métal ayant une densité propre ; par la couleur, qui varie selon les alliages. L'évaluation de la densité demeure toutefois difficile, même après l'invention de la balance hydrostatique par Galilée en 1586, et en tout cas hors de portée des cinq sens. Quant à se servir de la couleur de la pièce pour déterminer la nature du métal, cela nécessite, plus que les autres épreuves, un solide professionnalisme. Utilisée depuis l'Antiquité, la pierre de touche consiste à comparer la fine couche laissée sur sa surface, très légèrement abrasive, par la pièce suspecte avec celle laissée par un touchau, dont l'essayeur connaît la composition exacte. Mais ce procédé n'est efficace que pour les objets composés d'un alliage homogène d'or, d'argent et de cuivre.
La standardisation monétaire
Ces mesures diverses, recourant à la vue et au toucher, ne suffisent donc pas lorsque les pièces combinent habilement plusieurs couches de métaux nobles (qui déterminent la valeur de la pièce) et vils (qui complètent l'alliage). C'est alors le son qui permet d'estimer la qualité d'une pièce, en particulier si elle est « saucée » (une lentille de métal vil couverte d'une fine couche de métal précieux) ou « fourrée » (une lentille de métal vil au coeur d'une pièce de métal noble). Ce moyen accessible à tous repose là encore - sauf pour les rares personnes jouissant de l'oreille absolue - sur la comparaison. Néanmoins, cela suppose une grande qualité de réalisation des pièces authentiques, principalement l'absence de défauts ou d'impuretés dans le métal des flans*.
De ce point de vue, le progrès régulier des techniques de fonte et de frappe à partir du XVIe siècle a considérablement facilité le travail de détection par les sens, en produisant des monnaies calibrées en poids, en diamètre et en épaisseur. C'est ainsi que sont apparus, au XIXe siècle, de petits appareils portables permettant de vérifier ces trois dimensions pour les pièces d'or les plus largement diffusées à l'époque, les souverains et demi-souverains d'or britanniques frappés entre 1819 et 1914 (cf. photo, en haut).
De la même manière, les progrès techniques ont donné aux pièces authentiques un son de plus en plus constant et donc mieux identifiable. C'est notamment le cas des plus célèbres d'entre elles, comme le thaler de Marie-Thérèse frappé à partir de 1741, ou les pièces françaises de 6 livres puis de 5 francs (1803), qui ont adopté la forme de cymbales. Cette standardisation impose la sonorité comme un critère décisif de vérification, à tel point qu'au cours du XIXe siècle les grands hôtels des monnaies font du défaut de sonorité un motif de refonte des espèces fautées. Ainsi, le progrès technique, en contribuant à la standardisation croissante des pièces de monnaie, a simplifié pour les non-spécialistes l'identification des faux. Peut-être est-ce là l'un des motifs - avec la réduction du nombre d'émetteurs - de la très forte diminution du nombre de changeurs spécialisés dans l'essayage des monnaies.
Mais le progrès, comme les monnaies, a deux faces : il a aussi donné aux faussaires les outils conceptuels et techniques pour fabriquer des faux toujours plus parfaits. Cette course-poursuite a abouti à une véritable rupture à partir de la Première Guerre mondiale, avec l'apparition, pour la première fois dans l'histoire de la monnaie, de signes de sécurité inaccessibles aux sens ordinaires : points secrets sur les billets de la Banque de France, caractères lisibles sous la lumière ultraviolette, bandes magnétiques. Ainsi les anciennes techniques de vérification sensorielle ont laissé place à des technologies de plus en plus perfectionnées. Mais les sens n'ont pas totalement disparu. La science de ce début du XXIe siècle confirme, a posteriori, l'extrême efficacité des techniques sensorielles utilisées depuis l'Antiquité. Et, encore aujourd'hui, la Banque centrale européenne enjoint au porteur de ses billets de les « toucher, regarder, incliner », et donc de se fier à ses sens.
LES AUTEURS
Maître de conférences à l'université Paris-Nanterre, Patrice Baubeau a soutenu en 2018 une habilitation à diriger des recherches intitulée « Monnaie des riches, monnaie des pauvres. Pluralité et discrimination monétaires dans la France du XIXe siècle ».
Chef du Service du patrimoine historique et des archives de la Banque de France, Arnaud Manas est docteur en histoire et en économie. Il a notamment publié L'Or de Vichy (Vendémiaire, 2016).
L'expertise des sens
Cet « arbre de décision » conçu par Arnaud Manas synthétise les différentes étapes et éléments qui permettent, à l'aide de la vue, du toucher et de l'ouïe, de déterminer si une monnaie est fausse.
MOTS CLÉS
Aloi
Ou titre. Proportion de métal précieux dans une pièce.
Flan
Morceau de métal découpé, pesé et destiné à être frappé.
Frai
Usure d'une monnaie provoquée par sa circulation.
Listel
Bordure ouvragée d'une pièce, en relief par rapport au centre.
Travaux pionniers
Historienne et numismate, spécialiste de l'Empire byzantin, Cécile Morrisson a participé aux premiers travaux associant historiens et physiciens. L'accès à des méthodes d'analyse non destructive à partir de la fin des années 1960 a permis d'analyser la composition précise de monnaies rares. Grâce au physicien Adon A. Gordus, elle a notamment pu dater le début de l'altération du monnayage byzantin de la fin du Xe siècle. Ces collaborations ont permis d'ouvrir nombre de chantiers sur la frappe et la circulation de monnaies.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 64-65[article] Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 9. Fausse monnaie et vraie expertise [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Patrice Baubeau, Auteur ; arnaud Manas, Auteur . - 2022 . - p. 64-65.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 64-65
Mots-clés : fausse monnaie expert vérification Note de contenu : Comment distinguer le faux du vrai ? Jusqu'au XIXe siècle, la détection des fausses monnaies a reposé sur les sens, plus ou moins outillés. Les historiens redécouvrent aujourd'hui l'efficacité de ces techniques ancestrales.
Commençons par un paradoxe. La monnaie étant créée par la coutume ou par la loi, elle n'est que convention ; aussi, comme le notait déjà Diogène le Cynique au IVe siècle av. J.-C., toute monnaie est fausse, puisque non naturelle. De plus, la notion de fausse monnaie apparaît plus variée que celle de vraie monnaie : une monnaie peut être fausse par sa fabrication mais également par ses usages - par exemple lorsque l'on introduit dans un paiement une pièce authentique mais qui n'a pas de valeur légale, qu'elle soit étrangère, trop usée ou décriée. Dans tous ces cas, la détection de la fausse monnaie implique d'apprécier son aspect, son poids, ses dimensions et enfin sa teneur en métal précieux. Depuis l'Antiquité, c'est donc sur les sens (la vue, le toucher et l'ouïe) qu'a reposé la détection des fausses monnaies.
Pour les premières monnaies frappées, en Chine ancienne comme en Grèce antique, les signes apposés par l'autorité sont le premier indice de l'authenticité d'une pièce. Mais le frai* efface les plus belles gravures et facilite le travail du contrefacteur. Il est dès lors nécessaire de se tourner vers d'autres critères, notamment la masse, qui fournissent des critères quantifiables, pour lesquels les sens peuvent être suppléés par des machines. Ainsi, la balance offre dès l'Antiquité une haute précision, de l'ordre du 1/10e de gramme. Au Moyen Age, l'usage du trébuchet, petite balance de précision, permet une pesée encore plus fine, donnant naissance à l'expression d'une monnaie « sonnante et trébuchante ».
La monnaie frappée n'est généralement pesée que par les changeurs et les banquiers : c'est ce qui distingue un régime de monnaie pesée, où la monnaie prend la forme de lingots ou de pépites sans forme précise, et le régime de la monnaie comptée, où l'on ne s'échange plus que des pièces à la valeur fixée par la loi. Dans ce système qui s'impose dès l'Antiquité, les agents économiques doivent donc se référer à d'autres critères, notamment à la masse volumique de la monnaie. Dès le VIe siècle, mais il y a des exceptions, les pièces ont pris la forme de disques de plus en plus réguliers, définis par un diamètre et une épaisseur. Aussi, en comparant ces deux dimensions à une pièce authentique, était-il possible de rapporter aisément masse et volume de manière tout empirique. Cette technique se perfectionne avec l'apparition au Moyen Age d'un listel* plus élevé que les reliefs situés au centre des pièces, qui permet de les empiler de manière régulière.
Reste la question de l'aloi*. Celui-ci peut s'apprécier de deux façons : par la densité, chaque métal ayant une densité propre ; par la couleur, qui varie selon les alliages. L'évaluation de la densité demeure toutefois difficile, même après l'invention de la balance hydrostatique par Galilée en 1586, et en tout cas hors de portée des cinq sens. Quant à se servir de la couleur de la pièce pour déterminer la nature du métal, cela nécessite, plus que les autres épreuves, un solide professionnalisme. Utilisée depuis l'Antiquité, la pierre de touche consiste à comparer la fine couche laissée sur sa surface, très légèrement abrasive, par la pièce suspecte avec celle laissée par un touchau, dont l'essayeur connaît la composition exacte. Mais ce procédé n'est efficace que pour les objets composés d'un alliage homogène d'or, d'argent et de cuivre.
La standardisation monétaire
Ces mesures diverses, recourant à la vue et au toucher, ne suffisent donc pas lorsque les pièces combinent habilement plusieurs couches de métaux nobles (qui déterminent la valeur de la pièce) et vils (qui complètent l'alliage). C'est alors le son qui permet d'estimer la qualité d'une pièce, en particulier si elle est « saucée » (une lentille de métal vil couverte d'une fine couche de métal précieux) ou « fourrée » (une lentille de métal vil au coeur d'une pièce de métal noble). Ce moyen accessible à tous repose là encore - sauf pour les rares personnes jouissant de l'oreille absolue - sur la comparaison. Néanmoins, cela suppose une grande qualité de réalisation des pièces authentiques, principalement l'absence de défauts ou d'impuretés dans le métal des flans*.
De ce point de vue, le progrès régulier des techniques de fonte et de frappe à partir du XVIe siècle a considérablement facilité le travail de détection par les sens, en produisant des monnaies calibrées en poids, en diamètre et en épaisseur. C'est ainsi que sont apparus, au XIXe siècle, de petits appareils portables permettant de vérifier ces trois dimensions pour les pièces d'or les plus largement diffusées à l'époque, les souverains et demi-souverains d'or britanniques frappés entre 1819 et 1914 (cf. photo, en haut).
De la même manière, les progrès techniques ont donné aux pièces authentiques un son de plus en plus constant et donc mieux identifiable. C'est notamment le cas des plus célèbres d'entre elles, comme le thaler de Marie-Thérèse frappé à partir de 1741, ou les pièces françaises de 6 livres puis de 5 francs (1803), qui ont adopté la forme de cymbales. Cette standardisation impose la sonorité comme un critère décisif de vérification, à tel point qu'au cours du XIXe siècle les grands hôtels des monnaies font du défaut de sonorité un motif de refonte des espèces fautées. Ainsi, le progrès technique, en contribuant à la standardisation croissante des pièces de monnaie, a simplifié pour les non-spécialistes l'identification des faux. Peut-être est-ce là l'un des motifs - avec la réduction du nombre d'émetteurs - de la très forte diminution du nombre de changeurs spécialisés dans l'essayage des monnaies.
Mais le progrès, comme les monnaies, a deux faces : il a aussi donné aux faussaires les outils conceptuels et techniques pour fabriquer des faux toujours plus parfaits. Cette course-poursuite a abouti à une véritable rupture à partir de la Première Guerre mondiale, avec l'apparition, pour la première fois dans l'histoire de la monnaie, de signes de sécurité inaccessibles aux sens ordinaires : points secrets sur les billets de la Banque de France, caractères lisibles sous la lumière ultraviolette, bandes magnétiques. Ainsi les anciennes techniques de vérification sensorielle ont laissé place à des technologies de plus en plus perfectionnées. Mais les sens n'ont pas totalement disparu. La science de ce début du XXIe siècle confirme, a posteriori, l'extrême efficacité des techniques sensorielles utilisées depuis l'Antiquité. Et, encore aujourd'hui, la Banque centrale européenne enjoint au porteur de ses billets de les « toucher, regarder, incliner », et donc de se fier à ses sens.
LES AUTEURS
Maître de conférences à l'université Paris-Nanterre, Patrice Baubeau a soutenu en 2018 une habilitation à diriger des recherches intitulée « Monnaie des riches, monnaie des pauvres. Pluralité et discrimination monétaires dans la France du XIXe siècle ».
Chef du Service du patrimoine historique et des archives de la Banque de France, Arnaud Manas est docteur en histoire et en économie. Il a notamment publié L'Or de Vichy (Vendémiaire, 2016).
L'expertise des sens
Cet « arbre de décision » conçu par Arnaud Manas synthétise les différentes étapes et éléments qui permettent, à l'aide de la vue, du toucher et de l'ouïe, de déterminer si une monnaie est fausse.
MOTS CLÉS
Aloi
Ou titre. Proportion de métal précieux dans une pièce.
Flan
Morceau de métal découpé, pesé et destiné à être frappé.
Frai
Usure d'une monnaie provoquée par sa circulation.
Listel
Bordure ouvragée d'une pièce, en relief par rapport au centre.
Travaux pionniers
Historienne et numismate, spécialiste de l'Empire byzantin, Cécile Morrisson a participé aux premiers travaux associant historiens et physiciens. L'accès à des méthodes d'analyse non destructive à partir de la fin des années 1960 a permis d'analyser la composition précise de monnaies rares. Grâce au physicien Adon A. Gordus, elle a notamment pu dater le début de l'altération du monnayage byzantin de la fin du Xe siècle. Ces collaborations ont permis d'ouvrir nombre de chantiers sur la frappe et la circulation de monnaies.
L'Atelier des CHERCHEURS - John Holker, l'espion du coton / Ariane Fennetaux in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - John Holker, l'espion du coton Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Ariane Fennetaux, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 66-71 Langues : Français (fre) Mots-clés : John Holker manufacture tissus industrie tissage Note de contenu : En 1751 le ministre de l'Industrie français charge un exilé anglais d'une mission d'espionnage dans les manufactures textiles du Lancashire. C'est pour lui l'amorce d'une carrière fulgurante et pour la France l'occasion de se positionner sur un marché global en plein essor.
Comme la plupart des manufacturiers du XVIIIe siècle, John Holker est aujourd'hui presque totalement oublié. Personnage à la destinée rocambolesque, il est pourtant considéré par certains spécialistes comme un des acteurs les plus importants de l'histoire industrielle textile du XVIIIe siècle. De renégat jacobite à capitaine d'industrie et inspecteur des manufactures, la réinvention personnelle et professionnelle de John Holker en fait un personnage fascinant, qui nous place au coeur de l'histoire de l'ère industrielle, celle de la globalisation du coton, des transformations du colbertisme, et nous fait jeter un regard neuf sur la rivalité économique, industrielle et impériale entre la France et la Grande-Bretagne.
De Manchester à Rouen
Après des débuts relativement modestes comme apprêteur textile dans le Manchester des années 1740, le jeune Holker, issu d'une famille catholique, rejoint le parti de l'armée rebelle jacobite qui, en 1 ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 66-71[article] L'Atelier des CHERCHEURS - John Holker, l'espion du coton [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Ariane Fennetaux, Auteur . - 2022 . - p. 66-71.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 66-71
Mots-clés : John Holker manufacture tissus industrie tissage Note de contenu : En 1751 le ministre de l'Industrie français charge un exilé anglais d'une mission d'espionnage dans les manufactures textiles du Lancashire. C'est pour lui l'amorce d'une carrière fulgurante et pour la France l'occasion de se positionner sur un marché global en plein essor.
Comme la plupart des manufacturiers du XVIIIe siècle, John Holker est aujourd'hui presque totalement oublié. Personnage à la destinée rocambolesque, il est pourtant considéré par certains spécialistes comme un des acteurs les plus importants de l'histoire industrielle textile du XVIIIe siècle. De renégat jacobite à capitaine d'industrie et inspecteur des manufactures, la réinvention personnelle et professionnelle de John Holker en fait un personnage fascinant, qui nous place au coeur de l'histoire de l'ère industrielle, celle de la globalisation du coton, des transformations du colbertisme, et nous fait jeter un regard neuf sur la rivalité économique, industrielle et impériale entre la France et la Grande-Bretagne.
De Manchester à Rouen
Après des débuts relativement modestes comme apprêteur textile dans le Manchester des années 1740, le jeune Holker, issu d'une famille catholique, rejoint le parti de l'armée rebelle jacobite qui, en 1 ...
L'Atelier des CHERCHEURS - La guerre des caricatures / Laurent BIHL in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - La guerre des caricatures Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Laurent BIHL, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 72-77 Langues : Français (fre) Mots-clés : presse guerre caricature courrier obscénité moeurs Note de contenu : A la grande loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 qui abolit la censure succède en France celle du 2 août 1882 qui vise à restreindre le supposé « déferlement » d'images obscènes. Encore fallait-il définir l'obscénité. Le début d'une passe d'armes entre la presse satirique et la justice de la République.
La consolidation de la IIIe République en France - grâce à la victoire des républicains aux législatives de 1876 et 1877 - s'accompagne d'une émancipation progressive de l'image imprimée qui bénéficie de progrès techniques depuis près d'une décennie. A Paris, une « explosion iconographique » remarquée conjugue affiches, publicités et reproductions photographiques. En effet, dès 1879, on assiste à un relâchement avéré des dispositifs de contrôle et du zèle répressif des pouvoirs publics.
La loi sur la presse du 29 juillet 1881 parachève donc une tendance perceptible depuis plusieurs mois. Abrogeant la censure, elle replace la presse dans un champ juridique relevant de la Cour d'assises, à l'exception de l'injure, de la diffamation et de l'outrage aux bonnes moeurs qui restent, eux, du ressort du juge correctionnel[1]. Mais, et c'est essentiel, ce dernier délit ne concerne plus que les écrits ou images « volantes », ces feuilles politiques ou licencieuses vend ...
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 72-77[article] L'Atelier des CHERCHEURS - La guerre des caricatures [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Laurent BIHL, Auteur . - 2022 . - p. 72-77.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 72-77
Mots-clés : presse guerre caricature courrier obscénité moeurs Note de contenu : A la grande loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 qui abolit la censure succède en France celle du 2 août 1882 qui vise à restreindre le supposé « déferlement » d'images obscènes. Encore fallait-il définir l'obscénité. Le début d'une passe d'armes entre la presse satirique et la justice de la République.
La consolidation de la IIIe République en France - grâce à la victoire des républicains aux législatives de 1876 et 1877 - s'accompagne d'une émancipation progressive de l'image imprimée qui bénéficie de progrès techniques depuis près d'une décennie. A Paris, une « explosion iconographique » remarquée conjugue affiches, publicités et reproductions photographiques. En effet, dès 1879, on assiste à un relâchement avéré des dispositifs de contrôle et du zèle répressif des pouvoirs publics.
La loi sur la presse du 29 juillet 1881 parachève donc une tendance perceptible depuis plusieurs mois. Abrogeant la censure, elle replace la presse dans un champ juridique relevant de la Cour d'assises, à l'exception de l'injure, de la diffamation et de l'outrage aux bonnes moeurs qui restent, eux, du ressort du juge correctionnel[1]. Mais, et c'est essentiel, ce dernier délit ne concerne plus que les écrits ou images « volantes », ces feuilles politiques ou licencieuses vend ...
Guide des Livres : Le dernier roi de Babylone / Véronique GRANDPIERRE in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le dernier roi de Babylone Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Véronique GRANDPIERRE, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 78-79 Langues : Français (fre) Mots-clés : roi Babylone livre lecture Note de contenu : C'est en pleine nuit et sans réaction de ses habitants que le 12 octobre 539 avant notre ère l'antique cité de Babylone tombe aux mains du roi perse Cyrus le Grand. Que s'est-il passé ? Francis Joannès a mené l'enquête.
Le 12 octobre 539 av. J.-C., au petit matin, les habitants de Babylone, la célèbre capitale d'un vaste empire riche et puissant, symbole de la démesure, s'étendant de la Méditerranée au golfe Arabo-Persique et de l'Arabie au Taurus, se réveillent soudain perses ! Leur ville a été prise pendant la nuit sans bataille, sans violence et sans bruit. Pourquoi ? Comment ?
Confrontant diverses sources, à la fois littéraires et textes de la vie quotidienne, dans un style alerte, haletant, ménageant parfois le suspense, Francis Joannès, assyriologue, professeur émérite d'histoire ancienne à l'université Paris-I, entraîne son lecteur, averti ou pas, à la découverte de toute l'histoire de l'empire néo-babylonien.
Cet empire s'émancipe de l'Assyrie en 626 av. J.-C. et s'étend peu à peu jusque sur la côte levantine. L'exploitation économique des provinces se fait au profit de la capitale permettant le renouveau babylonien et la reconstruction de la ville sous Nabuchodonosor II. Enceinte imposante, portes monumentales, palais richement décorés, ziggurats (édifices religieux) rendent cette ville, la plus vaste de l'époque, célèbre dans le monde entier jusqu'aux terres les plus lointaines.
Francis Joannès place au centre de son récit un personnage énigmatique, dont l'attitude, parfois surprenante, a fait couler beaucoup d'encre et est encore aujourd'hui l'objet de discussions entre assyriologues : le dernier roi néo-babylonien, Nabonide ; il évoque aussi sa famille, notamment sa mère Adad-guppi, et son fils Bel-shar-utsur (le Balthazar biblique). Pourtant fidèle à deux des précédents rois (Nabuchodonosor II et Nériglissar), Nabonide accède au pouvoir en 556 av. J.-C., à plus de 60 ans, grâce à un coup d'État. N'est-il qu'un intrigant, un usurpateur cruel, incompétent, sacrilège, hérétique tel que l'ont présenté les textes postérieurs ? Ou s'agit-il d'un homme cultivé ayant une autre idée de la fonction royale ?
Lui qui s'intéresse à l'antique triade astrale Sin (la Lune), Shamash (le Soleil), Ishtar (Vénus) plus qu'à Marduk, le dieu protecteur de Babylone, est comme tous les souverains mésopotamiens un roi bâtisseur, mais il s'en distingue comme roi archéologue. Lorsqu'il restaure les temples, il a à coeur de mettre au jour les vestiges les plus anciens de manière à s'inscrire dans la continuité, à se rattacher aux racines les plus lointaines, celles qui remontent au IIIe millénaire av. J.-C, et font de lui le successeur du grand Sargon d'Akkad ou de l'empire d'Ur, ses modèles.
A son arrivée au pouvoir, il remplace la plupart des hauts fonctionnaires et place comme nouveau chef de l'administration son propre fils Bel-shar-utsur afin d'effectuer une série de réformes administratives et économiques. Comme tous ses prédécesseurs, il se soucie de la richesse de son empire. Il s'engage ainsi dans la campagne d'Arabie dans le but de contrôler de manière permanente les oasis et les points d'eau. Il prend notamment Tayma, plaque tournante du commerce entre le sud de la péninsule Arabique et le Levant.
Mais contrairement à ses prédécesseurs, il y reste plusieurs années. Pourquoi ? Ce séjour prolongé intrigue dès son époque ; aujourd'hui encore les historiens tentent d'en cerner les causes. Francis Joannès confronte la version donnée par Nabonide lui-même dans ses propres inscriptions (stèle de Harran), les différentes versions de ses opposants à partir de sources postérieures issues de ses successeurs (Pamphlet contre Nabonide, Cylindre de Cyrus, Chronique de Nabonide) et aussi la Bible, les textes découverts à Qumran et des textes arabes du IXe-Xe siècle ap. J.-C. comme l'Histoire des prophètes et des rois de Tabari. Peu à peu les raisons du départ de Nabonide en Arabie, celles de son séjour, très, peut-être trop, long, et celles de son retour s'éclaircissent.
L'auteur ne s'intéresse pas seulement à l'histoire politique du royaume. La vie des habitants de Babylone est retracée à partir des archives appartenant à une famille d'entrepreneurs dont la fortune s'est constituée sur plusieurs générations, profitant de la prospérité générale de l'Empire babylonien. Certains de ses membres gravissent les échelons administratifs et se retrouvent dans l'entourage royal. Comment les membres de cette « bourgeoisie d'affaires » vivent-ils les changements politiques (coup d'État de Nabonide, prise de pouvoir par Cyrus ) ? Les Néo-Babyloniens ont-ils d'ailleurs pris conscience d'un changement géopolitique émergeant à l'Est et pouvant remettre en cause leur propre avenir ? Ou sont-ils restés tournés vers les frontières de l'Ouest, notamment celle avec l'Égypte et le projet de Nabonide de s'élancer à travers l'Arabie ?
Pendant l'absence du roi, son fils Bel-shar-utsur dirige Babylone. C'est le moment où la mère de Nabonide, Adad-guppi, âgée selon les sources de 102 ans, meurt. Mais où ? Est-ce lors d'un déplacement militaire en réponse à un raid lancé par Cyrus ? Et où se trouve sa tombe ? Au retour de Nabonide, son fils quitte le devant de la scène. Une nouvelle purge a lieu dans la haute administration. A-t-elle provoqué des rancoeurs ? Le 13 juin 539 av. J.-C., une éclipse de Lune, visible dans tout le Proche-Orient, est prise comme signe d'un désastre imminent. Le présage était véridique : à la fin de l'été, quand les fleuves sont au plus bas, Cyrus, le roi perse, décide de se lancer dans une campagne éclair contre le Néo-Babylonien. Francis Joannès reconstitue les événements de cette fameuse nuit du 11 au 12 octobre 539 av. J.-C., quand quelques soldats perses pénètrent dans Babylone malgré ses murailles réputées inexpugnables et s'en emparent sans aucune réaction de ses habitants.
Rigoureux et d'une grande clarté, cet ouvrage, facile à lire et remarquablement documenté, nous offre ainsi un voyage éclairant au coeur de la Babylonie antique ; un vrai livre d'histoire qui se lit comme un roman.
Mot clé :
Livres
Véronique Grandpierre est chercheuse à l'université Paris-Diderot.
La Chute de Babylone, 12 octobre 539 av. J.-C, Francis Joannès, Tallandier, 384 p., 23,50 €.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 78-79[article] Guide des Livres : Le dernier roi de Babylone [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Véronique GRANDPIERRE, Auteur . - 2022 . - p. 78-79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 78-79
Mots-clés : roi Babylone livre lecture Note de contenu : C'est en pleine nuit et sans réaction de ses habitants que le 12 octobre 539 avant notre ère l'antique cité de Babylone tombe aux mains du roi perse Cyrus le Grand. Que s'est-il passé ? Francis Joannès a mené l'enquête.
Le 12 octobre 539 av. J.-C., au petit matin, les habitants de Babylone, la célèbre capitale d'un vaste empire riche et puissant, symbole de la démesure, s'étendant de la Méditerranée au golfe Arabo-Persique et de l'Arabie au Taurus, se réveillent soudain perses ! Leur ville a été prise pendant la nuit sans bataille, sans violence et sans bruit. Pourquoi ? Comment ?
Confrontant diverses sources, à la fois littéraires et textes de la vie quotidienne, dans un style alerte, haletant, ménageant parfois le suspense, Francis Joannès, assyriologue, professeur émérite d'histoire ancienne à l'université Paris-I, entraîne son lecteur, averti ou pas, à la découverte de toute l'histoire de l'empire néo-babylonien.
Cet empire s'émancipe de l'Assyrie en 626 av. J.-C. et s'étend peu à peu jusque sur la côte levantine. L'exploitation économique des provinces se fait au profit de la capitale permettant le renouveau babylonien et la reconstruction de la ville sous Nabuchodonosor II. Enceinte imposante, portes monumentales, palais richement décorés, ziggurats (édifices religieux) rendent cette ville, la plus vaste de l'époque, célèbre dans le monde entier jusqu'aux terres les plus lointaines.
Francis Joannès place au centre de son récit un personnage énigmatique, dont l'attitude, parfois surprenante, a fait couler beaucoup d'encre et est encore aujourd'hui l'objet de discussions entre assyriologues : le dernier roi néo-babylonien, Nabonide ; il évoque aussi sa famille, notamment sa mère Adad-guppi, et son fils Bel-shar-utsur (le Balthazar biblique). Pourtant fidèle à deux des précédents rois (Nabuchodonosor II et Nériglissar), Nabonide accède au pouvoir en 556 av. J.-C., à plus de 60 ans, grâce à un coup d'État. N'est-il qu'un intrigant, un usurpateur cruel, incompétent, sacrilège, hérétique tel que l'ont présenté les textes postérieurs ? Ou s'agit-il d'un homme cultivé ayant une autre idée de la fonction royale ?
Lui qui s'intéresse à l'antique triade astrale Sin (la Lune), Shamash (le Soleil), Ishtar (Vénus) plus qu'à Marduk, le dieu protecteur de Babylone, est comme tous les souverains mésopotamiens un roi bâtisseur, mais il s'en distingue comme roi archéologue. Lorsqu'il restaure les temples, il a à coeur de mettre au jour les vestiges les plus anciens de manière à s'inscrire dans la continuité, à se rattacher aux racines les plus lointaines, celles qui remontent au IIIe millénaire av. J.-C, et font de lui le successeur du grand Sargon d'Akkad ou de l'empire d'Ur, ses modèles.
A son arrivée au pouvoir, il remplace la plupart des hauts fonctionnaires et place comme nouveau chef de l'administration son propre fils Bel-shar-utsur afin d'effectuer une série de réformes administratives et économiques. Comme tous ses prédécesseurs, il se soucie de la richesse de son empire. Il s'engage ainsi dans la campagne d'Arabie dans le but de contrôler de manière permanente les oasis et les points d'eau. Il prend notamment Tayma, plaque tournante du commerce entre le sud de la péninsule Arabique et le Levant.
Mais contrairement à ses prédécesseurs, il y reste plusieurs années. Pourquoi ? Ce séjour prolongé intrigue dès son époque ; aujourd'hui encore les historiens tentent d'en cerner les causes. Francis Joannès confronte la version donnée par Nabonide lui-même dans ses propres inscriptions (stèle de Harran), les différentes versions de ses opposants à partir de sources postérieures issues de ses successeurs (Pamphlet contre Nabonide, Cylindre de Cyrus, Chronique de Nabonide) et aussi la Bible, les textes découverts à Qumran et des textes arabes du IXe-Xe siècle ap. J.-C. comme l'Histoire des prophètes et des rois de Tabari. Peu à peu les raisons du départ de Nabonide en Arabie, celles de son séjour, très, peut-être trop, long, et celles de son retour s'éclaircissent.
L'auteur ne s'intéresse pas seulement à l'histoire politique du royaume. La vie des habitants de Babylone est retracée à partir des archives appartenant à une famille d'entrepreneurs dont la fortune s'est constituée sur plusieurs générations, profitant de la prospérité générale de l'Empire babylonien. Certains de ses membres gravissent les échelons administratifs et se retrouvent dans l'entourage royal. Comment les membres de cette « bourgeoisie d'affaires » vivent-ils les changements politiques (coup d'État de Nabonide, prise de pouvoir par Cyrus ) ? Les Néo-Babyloniens ont-ils d'ailleurs pris conscience d'un changement géopolitique émergeant à l'Est et pouvant remettre en cause leur propre avenir ? Ou sont-ils restés tournés vers les frontières de l'Ouest, notamment celle avec l'Égypte et le projet de Nabonide de s'élancer à travers l'Arabie ?
Pendant l'absence du roi, son fils Bel-shar-utsur dirige Babylone. C'est le moment où la mère de Nabonide, Adad-guppi, âgée selon les sources de 102 ans, meurt. Mais où ? Est-ce lors d'un déplacement militaire en réponse à un raid lancé par Cyrus ? Et où se trouve sa tombe ? Au retour de Nabonide, son fils quitte le devant de la scène. Une nouvelle purge a lieu dans la haute administration. A-t-elle provoqué des rancoeurs ? Le 13 juin 539 av. J.-C., une éclipse de Lune, visible dans tout le Proche-Orient, est prise comme signe d'un désastre imminent. Le présage était véridique : à la fin de l'été, quand les fleuves sont au plus bas, Cyrus, le roi perse, décide de se lancer dans une campagne éclair contre le Néo-Babylonien. Francis Joannès reconstitue les événements de cette fameuse nuit du 11 au 12 octobre 539 av. J.-C., quand quelques soldats perses pénètrent dans Babylone malgré ses murailles réputées inexpugnables et s'en emparent sans aucune réaction de ses habitants.
Rigoureux et d'une grande clarté, cet ouvrage, facile à lire et remarquablement documenté, nous offre ainsi un voyage éclairant au coeur de la Babylonie antique ; un vrai livre d'histoire qui se lit comme un roman.
Mot clé :
Livres
Véronique Grandpierre est chercheuse à l'université Paris-Diderot.
La Chute de Babylone, 12 octobre 539 av. J.-C, Francis Joannès, Tallandier, 384 p., 23,50 €.
Guide des Livres : Historien engagé / Jean-Noël JEANNENEY in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Historien engagé Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Noël JEANNENEY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre historien israélite mémoires Note de contenu : Elie Barnavi, historien et ancien diplomate israélien, publie ses Mémoires.
Que le titre n'égare pas : Elie Barnavi fut bon pour beaucoup de choses - et même excellent. Donc on se réjouira qu'il ait en définitive surmonté, au profit de l'« égo-histoire » qu'il nous offre, les détestables tentations de l'humilité. C'est en « animal politique » qu'il s'est voulu historien, à la rencontre, comme il advient souvent, de la contingence et d'une détermination, et par là observateur très sagace.
Il nourrit trois passions, outre Clio, qui illuminent ces pages : Israël où il parvint, exilé de Roumanie, à l'âge de l'adolescence, et qu'il servit sous les armes, l'Europe en construction et la France enfin, sa seconde patrie d'élection. Il y arriva au début des années 1970, du côté des archives, celles des guerres de Religion, en quête de ce qu'il a appelé plus tard, à bon escient, les « passions meurtrières » : ce moment, d'où sortirent ensuite des travaux importants, nous vaut une peinture haute en couleur de la Sorbonne d'alors et de quelques autres honorables institutions.
Il fut aussi, entre 2000 et 2002, ambassadeur à Paris. En porte-à-faux quelquefois, car sa mission fut marquée par le passage de la politique, en Israël, du côté d'une droite dure où ce paladin d'une réconciliation avec les Palestiniens ne pouvait se reconnaître ; mais diplomate rayonnant parmi le monde politique de la capitale et des régions (l'évocation en est souvent saisissante et toujours colorée), parmi les médias aux aguets et parmi divers groupes de Français juifs qui le sollicitaient sans pouvoir se l'annexer - sa réflexion sur l'antisémitisme est exemplaire. Il retrouva ensuite la dialectique de la mémoire et du civisme en bâtissant, à Bruxelles, malgré diverses embûches, un musée de l'Europe destiné à replacer dans la longue durée sa marche vers l'unité.
Si l'on ajoute qu'à chaque page le recul de l'humour vient alléger la gravité des enjeux et désarmer les tentations du narcissisme, on admettra que cet ouvrage devrait demeurer en bonne place parmi ceux qui auront restitué les troubles, les drames et les bonheurs de notre temps.
Mot clé :
Livres
Jean-Noël Jeanneney est conseiller de la direction de L'Histoire.
Confessions d’un bon à rien, Elie Barnavi, Grasset, 2022, 512 p., 25 €.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : Historien engagé [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Noël JEANNENEY, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 80
Mots-clés : lecture livre historien israélite mémoires Note de contenu : Elie Barnavi, historien et ancien diplomate israélien, publie ses Mémoires.
Que le titre n'égare pas : Elie Barnavi fut bon pour beaucoup de choses - et même excellent. Donc on se réjouira qu'il ait en définitive surmonté, au profit de l'« égo-histoire » qu'il nous offre, les détestables tentations de l'humilité. C'est en « animal politique » qu'il s'est voulu historien, à la rencontre, comme il advient souvent, de la contingence et d'une détermination, et par là observateur très sagace.
Il nourrit trois passions, outre Clio, qui illuminent ces pages : Israël où il parvint, exilé de Roumanie, à l'âge de l'adolescence, et qu'il servit sous les armes, l'Europe en construction et la France enfin, sa seconde patrie d'élection. Il y arriva au début des années 1970, du côté des archives, celles des guerres de Religion, en quête de ce qu'il a appelé plus tard, à bon escient, les « passions meurtrières » : ce moment, d'où sortirent ensuite des travaux importants, nous vaut une peinture haute en couleur de la Sorbonne d'alors et de quelques autres honorables institutions.
Il fut aussi, entre 2000 et 2002, ambassadeur à Paris. En porte-à-faux quelquefois, car sa mission fut marquée par le passage de la politique, en Israël, du côté d'une droite dure où ce paladin d'une réconciliation avec les Palestiniens ne pouvait se reconnaître ; mais diplomate rayonnant parmi le monde politique de la capitale et des régions (l'évocation en est souvent saisissante et toujours colorée), parmi les médias aux aguets et parmi divers groupes de Français juifs qui le sollicitaient sans pouvoir se l'annexer - sa réflexion sur l'antisémitisme est exemplaire. Il retrouva ensuite la dialectique de la mémoire et du civisme en bâtissant, à Bruxelles, malgré diverses embûches, un musée de l'Europe destiné à replacer dans la longue durée sa marche vers l'unité.
Si l'on ajoute qu'à chaque page le recul de l'humour vient alléger la gravité des enjeux et désarmer les tentations du narcissisme, on admettra que cet ouvrage devrait demeurer en bonne place parmi ceux qui auront restitué les troubles, les drames et les bonheurs de notre temps.
Mot clé :
Livres
Jean-Noël Jeanneney est conseiller de la direction de L'Histoire.
Confessions d’un bon à rien, Elie Barnavi, Grasset, 2022, 512 p., 25 €.
Guide des Livres : Vie quotidienne à la Sublime porte / Henry Laurens in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Vie quotidienne à la Sublime porte Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Henry Laurens, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre grand vizir empire ottoman Note de contenu : Olivier Bouquet nous invite à un voyage au coeur de l'Empire ottoman du XVIIIe siècle.
Ce livre n'est pas vraiment la biographie d'un personnage important de l'histoire ottomane, mais plutôt un voyage temporel et géographique à l'intérieur de l'Empire ottoman et de la république de Turquie avec des allers-retours entre le XXIe et le XVIIIe siècle.
Plus que d'autres historiens de sa génération, Olivier Bouquet s'implique dans le récit qu'il a composé en se mettant lui-même en scène dans sa quête d'informations. Il évoque ainsi le milieu géographique et social de son personnage, un « serviteur du sultan » dont la richesse et la vie dépendent de la volonté de son maître. Sa carrière permet de nous donner une sorte de vie quotidienne à la Sublime Porte au XVIIIe siècle avec des descriptions minutieuses des décors, objets et habillements.
Il accède aux postes les plus importants de la bureaucratie impériale dont celui de grand vizir en 1782. Son action gouvernementale est décrite brièvement, l'intérêt étant porté sur son environnement matériel et culturel. Après sa disgrâce, on a une longue description du voyage de l'exilé, ce qu'il a vu et ce qu'il aurait pu voir. Sa mort brutale et acceptée témoigne des vicissitudes du sort d'un serviteur du sultan.
Tout le livre est cet effort d'imagination ou plutôt de visualisation fondé sur une collecte et une étude assidues de la documentation. Le lecteur en bénéficie parce que, presque à chaque page, il y a une illustration, le plus souvent en couleur avec un commentaire idoine, l'iconographie étant soit d'origine ottomane soit européenne, plus des photographies d'aujourd'hui. Le tout constitue un ouvrage somptueux qui permet de voir l'univers ottoman dans ses différentes facettes.
Ce livre, qui représente bien des années de travail et aboutit à une totale réussite, une fois que l'on s'habitue à la méthodologie suivie, constitue une invitation au voyage pour le lecteur et fera date dans l'historiographie de l'Empire ottoman.
Mot clé :
Livres
Henry Laurens est professeur au Collège de France.
Vie et mort d’un grand vizir. Halil Hamid Pacha, 1736-1785. Biographie de l’Empire ottoman, Olivier Bouquet Les Belles Lettres, 2022, 640 p., 29 €.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : Vie quotidienne à la Sublime porte [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Henry Laurens, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 80
Mots-clés : lecture livre grand vizir empire ottoman Note de contenu : Olivier Bouquet nous invite à un voyage au coeur de l'Empire ottoman du XVIIIe siècle.
Ce livre n'est pas vraiment la biographie d'un personnage important de l'histoire ottomane, mais plutôt un voyage temporel et géographique à l'intérieur de l'Empire ottoman et de la république de Turquie avec des allers-retours entre le XXIe et le XVIIIe siècle.
Plus que d'autres historiens de sa génération, Olivier Bouquet s'implique dans le récit qu'il a composé en se mettant lui-même en scène dans sa quête d'informations. Il évoque ainsi le milieu géographique et social de son personnage, un « serviteur du sultan » dont la richesse et la vie dépendent de la volonté de son maître. Sa carrière permet de nous donner une sorte de vie quotidienne à la Sublime Porte au XVIIIe siècle avec des descriptions minutieuses des décors, objets et habillements.
Il accède aux postes les plus importants de la bureaucratie impériale dont celui de grand vizir en 1782. Son action gouvernementale est décrite brièvement, l'intérêt étant porté sur son environnement matériel et culturel. Après sa disgrâce, on a une longue description du voyage de l'exilé, ce qu'il a vu et ce qu'il aurait pu voir. Sa mort brutale et acceptée témoigne des vicissitudes du sort d'un serviteur du sultan.
Tout le livre est cet effort d'imagination ou plutôt de visualisation fondé sur une collecte et une étude assidues de la documentation. Le lecteur en bénéficie parce que, presque à chaque page, il y a une illustration, le plus souvent en couleur avec un commentaire idoine, l'iconographie étant soit d'origine ottomane soit européenne, plus des photographies d'aujourd'hui. Le tout constitue un ouvrage somptueux qui permet de voir l'univers ottoman dans ses différentes facettes.
Ce livre, qui représente bien des années de travail et aboutit à une totale réussite, une fois que l'on s'habitue à la méthodologie suivie, constitue une invitation au voyage pour le lecteur et fera date dans l'historiographie de l'Empire ottoman.
Mot clé :
Livres
Henry Laurens est professeur au Collège de France.
Vie et mort d’un grand vizir. Halil Hamid Pacha, 1736-1785. Biographie de l’Empire ottoman, Olivier Bouquet Les Belles Lettres, 2022, 640 p., 29 €.
Guide des Livres : Roi des corsaires in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Roi des corsaires Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Surcouf corsaire Note de contenu : Surcouf. Le Tigre des mers, Dominique Le Brun, Tallandier, 2021, 336 p., 20,90 €.
Surcouf. La fin du monde corsaire, Michel Vergé-Franceschi, Passés composés, 2022, 348 p., 21 €.
Les héros les plus incontestés ont besoin de la légende pour asseoir leur postérité. Sauf un : Robert Surcouf. Deux biographies éditées de façon concomitante, l'une écrite par l'écrivain de marine Dominique Le Brun, l'autre par l'universitaire Michel Vergé-Franceschi, témoignent de la richesse des vies successives du dernier « roi des corsaires », à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Dominique Le Brun a visiblement pris plaisir à nous raconter une jeunesse passée à naviguer jusqu'à ce que, fortune faite, Surcouf s'installe comme armateur dans sa ville natale de Saint-Malo. Il est ici dépeint avec les traits rudes et attachants qui n'ont pas manqué de séduire romanciers, chansonniers et gens de spectacle depuis deux siècles.
Michel Vergé-Franceschi nous livre pour sa part une étude serrée, richement documentée, qui fait la part belle à la traversée par Surcouf de temps compliqués et de mers tourmentées. « L'histoire d'un homme n'est jamais une histoire purement individuelle », rappelle-t-il justement en évoquant l'incroyable prise en 1800 de l'imposant navire marchand britannique le Kent par la trois fois moins armée frégate la Confiance commandée par Surcouf. Suspendue en 1814 avant d'être abolie en 1856, la guerre de course dont Saint-Malo s'était fait une spécialité consistait à gêner le commerce maritime de l'adversaire, et ce uniquement en temps de guerre et avec l'autorisation de l'État. C'est là la distinction avec la piraterie, développée dans le glossaire à la fin du Tigre des mers. La riche bibliographie commentée de La Fin du monde corsaire profitera aux chercheurs. Un seul regret, qui s'adresse aux deux ouvrages : on aurait aimé des développements plus étoffés sur le métier d'armateur qui fut, dans la seconde partie de son existence, celui de Surcouf, l'un des « Messieurs de Saint-Malo » qui firent les belles heures de la grande pêche et des expéditions commerciales lointaines.
Mot clé :
Livres
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Roi des corsaires [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 81
Mots-clés : lecture livre Surcouf corsaire Note de contenu : Surcouf. Le Tigre des mers, Dominique Le Brun, Tallandier, 2021, 336 p., 20,90 €.
Surcouf. La fin du monde corsaire, Michel Vergé-Franceschi, Passés composés, 2022, 348 p., 21 €.
Les héros les plus incontestés ont besoin de la légende pour asseoir leur postérité. Sauf un : Robert Surcouf. Deux biographies éditées de façon concomitante, l'une écrite par l'écrivain de marine Dominique Le Brun, l'autre par l'universitaire Michel Vergé-Franceschi, témoignent de la richesse des vies successives du dernier « roi des corsaires », à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Dominique Le Brun a visiblement pris plaisir à nous raconter une jeunesse passée à naviguer jusqu'à ce que, fortune faite, Surcouf s'installe comme armateur dans sa ville natale de Saint-Malo. Il est ici dépeint avec les traits rudes et attachants qui n'ont pas manqué de séduire romanciers, chansonniers et gens de spectacle depuis deux siècles.
Michel Vergé-Franceschi nous livre pour sa part une étude serrée, richement documentée, qui fait la part belle à la traversée par Surcouf de temps compliqués et de mers tourmentées. « L'histoire d'un homme n'est jamais une histoire purement individuelle », rappelle-t-il justement en évoquant l'incroyable prise en 1800 de l'imposant navire marchand britannique le Kent par la trois fois moins armée frégate la Confiance commandée par Surcouf. Suspendue en 1814 avant d'être abolie en 1856, la guerre de course dont Saint-Malo s'était fait une spécialité consistait à gêner le commerce maritime de l'adversaire, et ce uniquement en temps de guerre et avec l'autorisation de l'État. C'est là la distinction avec la piraterie, développée dans le glossaire à la fin du Tigre des mers. La riche bibliographie commentée de La Fin du monde corsaire profitera aux chercheurs. Un seul regret, qui s'adresse aux deux ouvrages : on aurait aimé des développements plus étoffés sur le métier d'armateur qui fut, dans la seconde partie de son existence, celui de Surcouf, l'un des « Messieurs de Saint-Malo » qui firent les belles heures de la grande pêche et des expéditions commerciales lointaines.
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Guide des Livres : L'honneur de Jeanne / Claude Gauvard in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'honneur de Jeanne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Claude Gauvard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Jeanne D'Arc réflexion Note de contenu : Jeanne d’Arc. Héroïne diffamée et martyre, Claude Gauvard, Gallimard, 2022, 188 p., 18 €.
Le déclic est venu d'un document de 1461 conservé aux Archives nationales : trente ans après sa mort, Jeanne était encore une « putain ribaude » sous la plume d'un noble nivernais. L'insulte est grave dans une société médiévale où l'honneur demeure la valeur centrale : c'est précisément en historienne de l'honneur que Claude Gauvard s'est décidée à écrire sur Jeanne, se demandant pourquoi la Pucelle a suscité à la fois tant de haine et tant d'admiration.
C'est une véritable entrée dans la forge des opinions dans la France de la fin du Moyen Age que nous propose l'auteure. Cet ouvrage vif n'est donc pas une nouvelle histoire de la Pucelle et il ne prétend pas l'être : c'est plutôt une histoire de l'honneur de Jeanne, de la façon dont la rumeur, la propagande royale ou les accusations anglaises ont construit autant de masques à celle qui est à la fois la plus connue et la plus insaisissable des femmes de l'Époque médiévale. Par son attention aux petits bruits des archives et son intime connaissance des rouages sociaux du XVe siècle, Claude Gauvard stimule notre réflexion et finit tout de même par changer en partie notre regard sur la Pucelle, soulignant notamment que l'image de la putain l'emporta sur celle de la sorcière. Et Jeanne, qu'en savait-elle, qu'en pensait-elle de cette image ? La question est insoluble mais un mot revient souvent sous la plume de Claude Gauvard qui trahit peut-être une hypothèse : celui de force. Force de persuasion, force physique aussi malgré tout, force de caractère : de la quasi-dépossession de qui elle était, Jeanne a certainement su faire une arme.
Mot clé :
Livres
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : L'honneur de Jeanne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Claude Gauvard, Auteur . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 81
Mots-clés : lecture livre Jeanne D'Arc réflexion Note de contenu : Jeanne d’Arc. Héroïne diffamée et martyre, Claude Gauvard, Gallimard, 2022, 188 p., 18 €.
Le déclic est venu d'un document de 1461 conservé aux Archives nationales : trente ans après sa mort, Jeanne était encore une « putain ribaude » sous la plume d'un noble nivernais. L'insulte est grave dans une société médiévale où l'honneur demeure la valeur centrale : c'est précisément en historienne de l'honneur que Claude Gauvard s'est décidée à écrire sur Jeanne, se demandant pourquoi la Pucelle a suscité à la fois tant de haine et tant d'admiration.
C'est une véritable entrée dans la forge des opinions dans la France de la fin du Moyen Age que nous propose l'auteure. Cet ouvrage vif n'est donc pas une nouvelle histoire de la Pucelle et il ne prétend pas l'être : c'est plutôt une histoire de l'honneur de Jeanne, de la façon dont la rumeur, la propagande royale ou les accusations anglaises ont construit autant de masques à celle qui est à la fois la plus connue et la plus insaisissable des femmes de l'Époque médiévale. Par son attention aux petits bruits des archives et son intime connaissance des rouages sociaux du XVe siècle, Claude Gauvard stimule notre réflexion et finit tout de même par changer en partie notre regard sur la Pucelle, soulignant notamment que l'image de la putain l'emporta sur celle de la sorcière. Et Jeanne, qu'en savait-elle, qu'en pensait-elle de cette image ? La question est insoluble mais un mot revient souvent sous la plume de Claude Gauvard qui trahit peut-être une hypothèse : celui de force. Force de persuasion, force physique aussi malgré tout, force de caractère : de la quasi-dépossession de qui elle était, Jeanne a certainement su faire une arme.
Mot clé :
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Guide des Livres : Français sans frontière / Thierry Dutour in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Français sans frontière Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Thierry Dutour, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre France français essai Note de contenu : La France hors la France. L’identité avant la nation, Thierry Dutour, Vendémiaire, 2022, 372 p., 24 €.
Le tumulte qui brouille aujourd'hui la réflexion sur la nationalité a désormais son antidote. Dans un essai décapant Thierry Dutour reprend le dossier pour établir qu'avant le XVIe siècle le sentiment d'être français n'est pas lié à une injonction territoriale ni même à la soumission à un pouvoir politique. C'est la langue d'usage qui fait le lien, établissant les fidélités comme les héritages.
C'est en chantant une « romance » reprise par le roi captif que le trouvère Blondel identifie le lieu où Richard Coeur de Lion est détenu. C'est en anglo-normand, donc en français d'outre-Manche, qu'est écrit le plus ancien manuscrit connu de la Chanson de Roland. Préférant la « naturalité » qui ouvre les droits patrimoniaux donc successoraux à l'anachronique « nationalité », l'auteur épingle les réécritures tardives et fautives, souligne les assignations « nationales » à titre posthume - Froissart, Christine de Pisan ou Seyssel - selon que le message porté par chroniqueurs, poètes ou mémorialistes participe ou non à l'invention d'un « national » confiné dans des frontières géographiques. A ce jeu, l'oralité, ciment essentiel de Dublin ou Londres à Jérusalem ou Antioche, s'efface quand l'écrit, pour concurrencer le latin, mise sur la standardisation d'un idiome administratif. De Villers-Cotterêts à l'Académie, il décontextualise la langue, assigne la diglossie à des dynamiques contrastées et prépare la réduction au périmètre de la « France politique » (Lucien Febvre) d'une civilisation française bien plus largement diffusée jusque-là. C'est la première des leçons de cet essai tonique.
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Livres
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Français sans frontière [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Thierry Dutour, Auteur . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 81
Mots-clés : lecture livre France français essai Note de contenu : La France hors la France. L’identité avant la nation, Thierry Dutour, Vendémiaire, 2022, 372 p., 24 €.
Le tumulte qui brouille aujourd'hui la réflexion sur la nationalité a désormais son antidote. Dans un essai décapant Thierry Dutour reprend le dossier pour établir qu'avant le XVIe siècle le sentiment d'être français n'est pas lié à une injonction territoriale ni même à la soumission à un pouvoir politique. C'est la langue d'usage qui fait le lien, établissant les fidélités comme les héritages.
C'est en chantant une « romance » reprise par le roi captif que le trouvère Blondel identifie le lieu où Richard Coeur de Lion est détenu. C'est en anglo-normand, donc en français d'outre-Manche, qu'est écrit le plus ancien manuscrit connu de la Chanson de Roland. Préférant la « naturalité » qui ouvre les droits patrimoniaux donc successoraux à l'anachronique « nationalité », l'auteur épingle les réécritures tardives et fautives, souligne les assignations « nationales » à titre posthume - Froissart, Christine de Pisan ou Seyssel - selon que le message porté par chroniqueurs, poètes ou mémorialistes participe ou non à l'invention d'un « national » confiné dans des frontières géographiques. A ce jeu, l'oralité, ciment essentiel de Dublin ou Londres à Jérusalem ou Antioche, s'efface quand l'écrit, pour concurrencer le latin, mise sur la standardisation d'un idiome administratif. De Villers-Cotterêts à l'Académie, il décontextualise la langue, assigne la diglossie à des dynamiques contrastées et prépare la réduction au périmètre de la « France politique » (Lucien Febvre) d'une civilisation française bien plus largement diffusée jusque-là. C'est la première des leçons de cet essai tonique.
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Guide des Livres : De Sakiet à Évian / Jean-Pierre Rioux in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : De Sakiet à Évian Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Pierre Rioux, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre guerre d'Algérie paix Note de contenu : En guerre(s) pour l’Algérie. Témoignages, Raphaëlle Branche, Tallandier, 2022, 432 p., 22,90 €.
Mourir à Sakiet. Enquête sur un appelé dans la guerre d’Algérie, Véronique Gazeau-Goddet, Tramor Quemeneur PUF, 2022, 408 p., 24 €.
Vers la paix en Algérie. Les négociations d’Évian dans les archives diplomatiques françaises, Maurice Vaïsse (dir.), Éditions du CTHS, 2022, 548 p., 29 €.
Dans le flot des livres parus à l'occasion du 60e anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie voici, sur son versant français, trois retours aux sources, trois quêtes de vérités : trois préalables d'histoire, en surplomb de la commémoration.
Maurice Vaïsse, Chantal Morelle, Olivier Delorme et Sadek Sellam ont fait un travail de bénédictins pour mettre en ordre de marche historique la masse des notes, des lettres, des télégrammes et des procès-verbaux des séances qui ont fait aboutir les discussions entre Français et Algériens tenues de mai 1961 à mars 1962 à Évian, Lugrin, aux Rousses puis de nouveau à Évian. Dans une langue limpide, tout est là sur la table, promis au meilleur comme au pire et sans claire valeur juridique en droit international : de Gaulle si pressé d'en finir, les surenchères du FLN, le cessez-le-feu sur fond d'attentats, le sort des Européens, le Sahara, le référendum, l'autodétermination et peut-être la coopération. « Que les négociations d'Évian aient été une suite de concessions et que par la suite ces accords aient été contestés, puis de moins en moins respectés par les Algériens, c'est certain. Il n'en reste pas moins que la France sortait d'une situation de guerre dans laquelle elle n'avait cessé de se trouver, en fait, depuis 1939 », conclut Maurice Vaïsse.
Pour faire bonne mesure historique de la guerre elle-même, il restera aussi à passer les témoignages au trébuchet. Raphaëlle Branche le fait depuis plusieurs années et, cette fois, elle agence avec sobriété et lucidité 15 des 70 récits de vie recueillis par l'INA et Arte depuis 2018. En échantillons du malheur, défilent un maquisard de la wilaya 2, un Kabyle « messaliste » émigré à Charleroi, une communiste favorable à l'indépendance, une « métro » des centres sociaux torturée à la villa Susini, un gosse en camp de regroupement, un gars du contingent dans les Aurès, un tueur de l'OAS, un berger chaouï devenu harki, une rapatriée. Tous pris dans le kaléidoscope de la violence et de la peur, du lâche abandon, de l'exil forcé et des espoirs à vau-l'eau.
L'enquête de Véronique Gazeau-Goddet et Tramor Quemeneur le confirme ô combien. L'aspi Bernard Goddet est tombé, avec 14 camarades, dans l'embuscade que l'ALN leur a tendue le 11 janvier 1958 près du bordj de Sakiet et à laquelle, le 8 février suivant, répliqua le bombardement du village tunisien voisin que l'ONU condamna et qui accéléra la chute de la IVe République. « Catho » conservateur mais qui lisait Témoignage chrétien en cachette, tout juste sorti d'HEC, Bernard Goddet envoyait des lettres rassurantes à sa famille mais il doutait fort des bienfaits de la « pacification ». Il avait 24 ans.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : De Sakiet à Évian [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Pierre Rioux, Auteur . - 2022 . - p. 82.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre guerre d'Algérie paix Note de contenu : En guerre(s) pour l’Algérie. Témoignages, Raphaëlle Branche, Tallandier, 2022, 432 p., 22,90 €.
Mourir à Sakiet. Enquête sur un appelé dans la guerre d’Algérie, Véronique Gazeau-Goddet, Tramor Quemeneur PUF, 2022, 408 p., 24 €.
Vers la paix en Algérie. Les négociations d’Évian dans les archives diplomatiques françaises, Maurice Vaïsse (dir.), Éditions du CTHS, 2022, 548 p., 29 €.
Dans le flot des livres parus à l'occasion du 60e anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie voici, sur son versant français, trois retours aux sources, trois quêtes de vérités : trois préalables d'histoire, en surplomb de la commémoration.
Maurice Vaïsse, Chantal Morelle, Olivier Delorme et Sadek Sellam ont fait un travail de bénédictins pour mettre en ordre de marche historique la masse des notes, des lettres, des télégrammes et des procès-verbaux des séances qui ont fait aboutir les discussions entre Français et Algériens tenues de mai 1961 à mars 1962 à Évian, Lugrin, aux Rousses puis de nouveau à Évian. Dans une langue limpide, tout est là sur la table, promis au meilleur comme au pire et sans claire valeur juridique en droit international : de Gaulle si pressé d'en finir, les surenchères du FLN, le cessez-le-feu sur fond d'attentats, le sort des Européens, le Sahara, le référendum, l'autodétermination et peut-être la coopération. « Que les négociations d'Évian aient été une suite de concessions et que par la suite ces accords aient été contestés, puis de moins en moins respectés par les Algériens, c'est certain. Il n'en reste pas moins que la France sortait d'une situation de guerre dans laquelle elle n'avait cessé de se trouver, en fait, depuis 1939 », conclut Maurice Vaïsse.
Pour faire bonne mesure historique de la guerre elle-même, il restera aussi à passer les témoignages au trébuchet. Raphaëlle Branche le fait depuis plusieurs années et, cette fois, elle agence avec sobriété et lucidité 15 des 70 récits de vie recueillis par l'INA et Arte depuis 2018. En échantillons du malheur, défilent un maquisard de la wilaya 2, un Kabyle « messaliste » émigré à Charleroi, une communiste favorable à l'indépendance, une « métro » des centres sociaux torturée à la villa Susini, un gosse en camp de regroupement, un gars du contingent dans les Aurès, un tueur de l'OAS, un berger chaouï devenu harki, une rapatriée. Tous pris dans le kaléidoscope de la violence et de la peur, du lâche abandon, de l'exil forcé et des espoirs à vau-l'eau.
L'enquête de Véronique Gazeau-Goddet et Tramor Quemeneur le confirme ô combien. L'aspi Bernard Goddet est tombé, avec 14 camarades, dans l'embuscade que l'ALN leur a tendue le 11 janvier 1958 près du bordj de Sakiet et à laquelle, le 8 février suivant, répliqua le bombardement du village tunisien voisin que l'ONU condamna et qui accéléra la chute de la IVe République. « Catho » conservateur mais qui lisait Témoignage chrétien en cachette, tout juste sorti d'HEC, Bernard Goddet envoyait des lettres rassurantes à sa famille mais il doutait fort des bienfaits de la « pacification ». Il avait 24 ans.
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Guide des Livres : Le corps des reines in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le corps des reines Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre reine naissance enfants Note de contenu : Donner vie au royaume. Grossesses et maternités à la cour, XVIIe-XVIIIe siècles, Pascale Mormiche, CNRS Éditions, 2022, 504 p., 27 €.
Reines et mères. Famille et politique dans la France d’Ancien Régime, Fanny Cosandey, Fayard, 2022, 350 p., 21,50 €.
Louis XVI a « des érections fortes, bien conditionnées ; il introduit le membre, reste là sans remuer deux minutes peut-être, se retire sans jamais décharger, toujours bandant et souhaite le bonsoir ». Avec cette lettre de Joseph II à son frère Ferdinand en juin 1777, nous voici au coeur de l'intime des souverains. Jamais une étude n'avait approché avec une telle minutie la « fabrique » de ceux et de celles appelés à exercer le pouvoir. En étudiant 29 couples princiers et 150 grossesses heureuses ou malheureuses, Pascale Mormiche démontre à quel point la maternité fut un des enjeux majeurs des dynasties royales : l'injonction à faire naître un héritier est telle que ministres, chargés d'affaires et diplomates se renseignent sur les menstruations des princesses, et que ce type de nouvelles parcours les cours d'Europe. Les chapitres détaillent les étapes qui séparent la conception de la naissance, qui n'a pas lieu en public, avec une attention particulière portée aux conditions matérielles de l'accouchement.
Les grossesses sont bel et bien au coeur même de l'histoire politique du royaume. C'est ce que montre aussi l'ouvrage de Fanny Cosandey en étudiant le destin de la quinzaine de reines qui jalonnent les XVIe-XVIIIe siècles, d'Anne de Bretagne à Marie-Antoinette. Le cercle des princesses éligibles à des mariages royaux se révèle si étroit en Europe, qu'il induit une consanguinité importante parmi les têtes couronnées. Voyez Louis XIV : sa femme est doublement sa cousine. Et puis, dès le mariage, voici l'obsession de fabriquer des mâles pour maintenir le nom. Les périodes de régence (Catherine et Marie de Médicis, Anne d'Autriche) mettent en valeur un couple mère-fils en majesté. Fanny Cosandey décline ainsi avec minutie toutes les étapes qui transforment les jeunes héritières de maisons souveraines en mères d'enfants royaux. Le siècle des Lumières permet aux souverains (Louis XV, Louis XVI) un refuge dans leur intimité familiale, mais au prix d'une désacralisation de la royauté.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : Le corps des reines [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre reine naissance enfants Note de contenu : Donner vie au royaume. Grossesses et maternités à la cour, XVIIe-XVIIIe siècles, Pascale Mormiche, CNRS Éditions, 2022, 504 p., 27 €.
Reines et mères. Famille et politique dans la France d’Ancien Régime, Fanny Cosandey, Fayard, 2022, 350 p., 21,50 €.
Louis XVI a « des érections fortes, bien conditionnées ; il introduit le membre, reste là sans remuer deux minutes peut-être, se retire sans jamais décharger, toujours bandant et souhaite le bonsoir ». Avec cette lettre de Joseph II à son frère Ferdinand en juin 1777, nous voici au coeur de l'intime des souverains. Jamais une étude n'avait approché avec une telle minutie la « fabrique » de ceux et de celles appelés à exercer le pouvoir. En étudiant 29 couples princiers et 150 grossesses heureuses ou malheureuses, Pascale Mormiche démontre à quel point la maternité fut un des enjeux majeurs des dynasties royales : l'injonction à faire naître un héritier est telle que ministres, chargés d'affaires et diplomates se renseignent sur les menstruations des princesses, et que ce type de nouvelles parcours les cours d'Europe. Les chapitres détaillent les étapes qui séparent la conception de la naissance, qui n'a pas lieu en public, avec une attention particulière portée aux conditions matérielles de l'accouchement.
Les grossesses sont bel et bien au coeur même de l'histoire politique du royaume. C'est ce que montre aussi l'ouvrage de Fanny Cosandey en étudiant le destin de la quinzaine de reines qui jalonnent les XVIe-XVIIIe siècles, d'Anne de Bretagne à Marie-Antoinette. Le cercle des princesses éligibles à des mariages royaux se révèle si étroit en Europe, qu'il induit une consanguinité importante parmi les têtes couronnées. Voyez Louis XIV : sa femme est doublement sa cousine. Et puis, dès le mariage, voici l'obsession de fabriquer des mâles pour maintenir le nom. Les périodes de régence (Catherine et Marie de Médicis, Anne d'Autriche) mettent en valeur un couple mère-fils en majesté. Fanny Cosandey décline ainsi avec minutie toutes les étapes qui transforment les jeunes héritières de maisons souveraines en mères d'enfants royaux. Le siècle des Lumières permet aux souverains (Louis XV, Louis XVI) un refuge dans leur intimité familiale, mais au prix d'une désacralisation de la royauté.
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Guide des Livres : Souvenirs du Creusot / Gérard Lindeperg in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Souvenirs du Creusot Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Gérard Lindeperg, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre biographie mémoires historien politique Note de contenu : Avec mon enfance. Mémoires, t. III, Gérard Lindeperg, L’Aube, 2022, 232 p., 21 €.
Ancien député et numéro deux du Parti socialiste, Gérard Lindeperg nous offre avec ce livre de mémoires un précieux morceau d'histoire sociale. Né en 1938, il a passé une partie de son enfance au Creusot, où son père était magasinier et sa mère vendeuse. La ville industrielle est alors dominée par la famille Schneider, dont le pouvoir paternaliste s'exerce non seulement dans ses usines mais dans tous les aspects de la vie : le logement, l'école, les loisirs, voire la religion. Que devient un bon élève dans ce contexte ouvrier ? Malgré le mécanisme de la « reproduction », le jeune Gérard, poussé par le directeur de son école primaire, passe l'examen d'entrée en sixième puis, après la troisième, se présente au concours d'entrée à l'École normale d'instituteurs. Reçu, il continue ses études à Mâcon, où il commence à s'initier à la politique, à côté des communistes, mais sans les rejoindre : « L'idée que le Parti ne pouvait pas se tromper me paraissait aussi inacceptable que le dogme de l'infaillibilité pontificale. » L'année 1956, l'écrasement de la révolte hongroise par les chars soviétiques achève sa formation socialiste, opposée au PCF.
Plus tard, dans les années 1970, Gérard s'inscrit à l'université, passe sa licence d'histoire et, après sa maîtrise, réussit le Capes d'histoire-géographie. Encouragé par son professeur Yves Lequin, il a l'intention de préparer l'agrégation, mais les élections municipales de 1977, gagnées à Neuville-sur-Saône par la liste d'union de la gauche dont il fait partie, l'engagent définitivement dans le combat politique - assumant à partir de 1988, à côté de Michel Rocard, des responsabilités politiques à plein temps. Installé à Saint-Étienne en 1992, il fut avec Pierre Mauroy l'un des créateurs de la Fondation Jean-Jaurès.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Souvenirs du Creusot [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Gérard Lindeperg, Auteur . - 2022 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 84
Mots-clés : lecture livre biographie mémoires historien politique Note de contenu : Avec mon enfance. Mémoires, t. III, Gérard Lindeperg, L’Aube, 2022, 232 p., 21 €.
Ancien député et numéro deux du Parti socialiste, Gérard Lindeperg nous offre avec ce livre de mémoires un précieux morceau d'histoire sociale. Né en 1938, il a passé une partie de son enfance au Creusot, où son père était magasinier et sa mère vendeuse. La ville industrielle est alors dominée par la famille Schneider, dont le pouvoir paternaliste s'exerce non seulement dans ses usines mais dans tous les aspects de la vie : le logement, l'école, les loisirs, voire la religion. Que devient un bon élève dans ce contexte ouvrier ? Malgré le mécanisme de la « reproduction », le jeune Gérard, poussé par le directeur de son école primaire, passe l'examen d'entrée en sixième puis, après la troisième, se présente au concours d'entrée à l'École normale d'instituteurs. Reçu, il continue ses études à Mâcon, où il commence à s'initier à la politique, à côté des communistes, mais sans les rejoindre : « L'idée que le Parti ne pouvait pas se tromper me paraissait aussi inacceptable que le dogme de l'infaillibilité pontificale. » L'année 1956, l'écrasement de la révolte hongroise par les chars soviétiques achève sa formation socialiste, opposée au PCF.
Plus tard, dans les années 1970, Gérard s'inscrit à l'université, passe sa licence d'histoire et, après sa maîtrise, réussit le Capes d'histoire-géographie. Encouragé par son professeur Yves Lequin, il a l'intention de préparer l'agrégation, mais les élections municipales de 1977, gagnées à Neuville-sur-Saône par la liste d'union de la gauche dont il fait partie, l'engagent définitivement dans le combat politique - assumant à partir de 1988, à côté de Michel Rocard, des responsabilités politiques à plein temps. Installé à Saint-Étienne en 1992, il fut avec Pierre Mauroy l'un des créateurs de la Fondation Jean-Jaurès.
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Guide des Livres : Si et quand je veux / Myriam Chopin in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Si et quand je veux Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Myriam Chopin, Auteur ; Olivier FARON, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre pilule loi Neuwirth femme Note de contenu : Histoire de la pilule. Libération ou enfermement, Myriam Chopin, Oliver Faron, Passés composés, 2022, 288 p., 21 €.
Destiné à un large public, ce livre analyse les trois temps de l'histoire de la pilule. En 1967 la loi Neuwirth révolutionne la vie des femmes, alors soumises à la loi répressive de 1920. Aux résistances, notamment des catholiques, et au retard des décrets d'application, le Mouvement de libération des femmes de la décennie 1970 oppose son slogan : « un enfant si je veux, quand je veux ». La légalisation modifie profondément les rapports de sexe, donne aux femmes une puissance et une autonomie qui malmènent la domination masculine, tout en libérant la sexualité hétérosexuelle de la crainte d'une grossesse qui en freinait l'épanouissement. Forte de ces avantages, la France du dernier tiers du XXe siècle s'engouffre dans le « tout pilule ». Pourtant, au tournant du millénaire, des voix déplorent que cette charge, médicamenteuse et mentale, n'incombe qu'aux femmes, et que les laboratoires ne cherchent qu'à améliorer la formule originelle, par intérêt financier. La troisième, voire quatrième, catégorie de pilule déclenche les foudres d'une partie d'une génération qui semble ignorer les drames de leurs aïeules et les combats de leurs aînées. En 2013, s'effectue un virage : le déremboursement des nouvelles pilules, à la suite de l'affaire Marion Larat, victime, sous contraception, d'un AVC. Ce pill scare est désormais porté par un nouveau féminisme, protecteur de la santé des femmes et de celle de la planète, impactée par les rejets hormonaux. L'argument fera-t-il mouche ? Demain le dira.
Mot clé :
Livres
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Si et quand je veux [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Myriam Chopin, Auteur ; Olivier FARON, Auteur . - 2022 . - p. 83.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 83
Mots-clés : lecture livre pilule loi Neuwirth femme Note de contenu : Histoire de la pilule. Libération ou enfermement, Myriam Chopin, Oliver Faron, Passés composés, 2022, 288 p., 21 €.
Destiné à un large public, ce livre analyse les trois temps de l'histoire de la pilule. En 1967 la loi Neuwirth révolutionne la vie des femmes, alors soumises à la loi répressive de 1920. Aux résistances, notamment des catholiques, et au retard des décrets d'application, le Mouvement de libération des femmes de la décennie 1970 oppose son slogan : « un enfant si je veux, quand je veux ». La légalisation modifie profondément les rapports de sexe, donne aux femmes une puissance et une autonomie qui malmènent la domination masculine, tout en libérant la sexualité hétérosexuelle de la crainte d'une grossesse qui en freinait l'épanouissement. Forte de ces avantages, la France du dernier tiers du XXe siècle s'engouffre dans le « tout pilule ». Pourtant, au tournant du millénaire, des voix déplorent que cette charge, médicamenteuse et mentale, n'incombe qu'aux femmes, et que les laboratoires ne cherchent qu'à améliorer la formule originelle, par intérêt financier. La troisième, voire quatrième, catégorie de pilule déclenche les foudres d'une partie d'une génération qui semble ignorer les drames de leurs aïeules et les combats de leurs aînées. En 2013, s'effectue un virage : le déremboursement des nouvelles pilules, à la suite de l'affaire Marion Larat, victime, sous contraception, d'un AVC. Ce pill scare est désormais porté par un nouveau féminisme, protecteur de la santé des femmes et de celle de la planète, impactée par les rejets hormonaux. L'argument fera-t-il mouche ? Demain le dira.
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Guide des Livres : Tribun épars / Anne CAROL in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Tribun épars Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Anne CAROL, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Gambetta autopsie homme politique Note de contenu : La Mise en pièces de Gambetta. Autopsie d’un corps politique, Anne Carol, Grenoble, Jérôme Millon, 2022, 318 p., 20 €.
L'événement fait la une le 1er janvier 1883 : Léon Gambetta est mort. Depuis la blessure par balle qu'il s'était infligée fin novembre à la main droite, en manipulant un pistolet chargé, c'est une véritable bataille politique qui s'est livrée autour de sa blessure, de sa maladie et des soins qui lui ont été prodigués. L'agonie et la mort de Gambetta sont l'occasion, pour l'opposition monarchiste comme républicaine, de porter la critique de l'opportunisme jusque dans l'intimité amoureuse et anatomique de l'ancien président de l'Assemblée, tandis que ses partisans s'efforcent de magnifier sa mort et d'organiser autour de sa dépouille un culte national.
L'ouvrage d'Anne Carol suit ensuite l'éparpillement du corps de Gambetta, au gré de ses inhumations successives - d'abord au Père Lachaise, puis à Nice -, et du traitement réservé aux différentes reliques prélevées sur son cadavre. A l'occasion de l'autopsie, Paul Bert prélève le coeur, Mathias Duval le cerveau pour la Société d'anthropologie, tandis que le docteur Lannelongue emporte le bras blessé. Si le coeur de Gambetta finit en 1920 par rejoindre le Panthéon, l'histoire de ce « tribun épars » n'est toutefois pas celle, uniquement, de reliques qui prolongeraient, sous la République, la symbolique du corps du roi. La Société d'anthropologie souhaite prouver par l'étude du cerveau de Gambetta les manifestations cérébrales du génie. Quant à Lannelongue, il désire surtout prouver qu'il l'avait convenablement soigné. Derrière les enjeux politiques, l'histoire, donc, d'un patient et d'un cadavre presque ordinaires, qu'Anne Carol replace finement dans l'évolution des rapports de force entre médecins et patients, des conceptions de la belle mort, autant que des gestes qui entourent les défunts.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Tribun épars [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Anne CAROL, Auteur . - 2022 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 83
Mots-clés : lecture livre Gambetta autopsie homme politique Note de contenu : La Mise en pièces de Gambetta. Autopsie d’un corps politique, Anne Carol, Grenoble, Jérôme Millon, 2022, 318 p., 20 €.
L'événement fait la une le 1er janvier 1883 : Léon Gambetta est mort. Depuis la blessure par balle qu'il s'était infligée fin novembre à la main droite, en manipulant un pistolet chargé, c'est une véritable bataille politique qui s'est livrée autour de sa blessure, de sa maladie et des soins qui lui ont été prodigués. L'agonie et la mort de Gambetta sont l'occasion, pour l'opposition monarchiste comme républicaine, de porter la critique de l'opportunisme jusque dans l'intimité amoureuse et anatomique de l'ancien président de l'Assemblée, tandis que ses partisans s'efforcent de magnifier sa mort et d'organiser autour de sa dépouille un culte national.
L'ouvrage d'Anne Carol suit ensuite l'éparpillement du corps de Gambetta, au gré de ses inhumations successives - d'abord au Père Lachaise, puis à Nice -, et du traitement réservé aux différentes reliques prélevées sur son cadavre. A l'occasion de l'autopsie, Paul Bert prélève le coeur, Mathias Duval le cerveau pour la Société d'anthropologie, tandis que le docteur Lannelongue emporte le bras blessé. Si le coeur de Gambetta finit en 1920 par rejoindre le Panthéon, l'histoire de ce « tribun épars » n'est toutefois pas celle, uniquement, de reliques qui prolongeraient, sous la République, la symbolique du corps du roi. La Société d'anthropologie souhaite prouver par l'étude du cerveau de Gambetta les manifestations cérébrales du génie. Quant à Lannelongue, il désire surtout prouver qu'il l'avait convenablement soigné. Derrière les enjeux politiques, l'histoire, donc, d'un patient et d'un cadavre presque ordinaires, qu'Anne Carol replace finement dans l'évolution des rapports de force entre médecins et patients, des conceptions de la belle mort, autant que des gestes qui entourent les défunts.
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Guide des Livres : Camps d'Algérie / Fabien Sacriste in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Camps d'Algérie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Fabien Sacriste, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Algérie sémantique camps bouleversements Note de contenu : Les Camps de regroupement en Algérie. Une histoire des déplacements forcés, 1954-1962, Fabien Sacriste, Presses de Sciences Po, 2022, 296 p., 24 €.
Le livre de Fabrice Sacriste relève du tour de force. Il renouvelle l'histoire des camps nés des déplacements forcés et massifs de familles algériennes entre 1954 et 1962, ainsi placées au quotidien sous le contrôle de l'armée et condamnées à la plus grave des paupérisations. Une réalité connue, pourtant. Michel Rocard, stagiaire de l'ENA, l'avait documentée en pionnier, dans un rapport rendu public en 1959. Puis Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad en ont proposé une analyse fameuse sous l'angle du bouleversement profond de la société rurale, avant que l'étude de Michel Cornaton ne fasse référence.
Le renouvellement décisif opéré par l'auteur repose sur une ample et solide enquête, tant dans les archives de l'administration civile (conservées à Aix-en-Provence) que dans celles de l'armée (à Vincennes). Il suit ainsi un fil directeur : la politique des camps, en trois temps, avec leur instauration puis leur multiplication sur initiative militaire, avant que les pouvoirs publics ne tentent de reprendre la main en prétendant transformer les camps en autant de « villages ». Pour autant, Fabien Sacriste n'élude ni les enjeux de propagande - par de très fins passages sur la sémantique - ni la violence subie, à laquelle il consacre une convaincante conclusion. N'oubliant pas la mise en perspective comparative, il enrichit ainsi l'histoire des déplacements forcés d'un volet algérien. Une publication majeure en cette année de commémoration.
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Livres
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Camps d'Algérie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Fabien Sacriste, Auteur . - 2022 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 83
Mots-clés : lecture livre Algérie sémantique camps bouleversements Note de contenu : Les Camps de regroupement en Algérie. Une histoire des déplacements forcés, 1954-1962, Fabien Sacriste, Presses de Sciences Po, 2022, 296 p., 24 €.
Le livre de Fabrice Sacriste relève du tour de force. Il renouvelle l'histoire des camps nés des déplacements forcés et massifs de familles algériennes entre 1954 et 1962, ainsi placées au quotidien sous le contrôle de l'armée et condamnées à la plus grave des paupérisations. Une réalité connue, pourtant. Michel Rocard, stagiaire de l'ENA, l'avait documentée en pionnier, dans un rapport rendu public en 1959. Puis Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad en ont proposé une analyse fameuse sous l'angle du bouleversement profond de la société rurale, avant que l'étude de Michel Cornaton ne fasse référence.
Le renouvellement décisif opéré par l'auteur repose sur une ample et solide enquête, tant dans les archives de l'administration civile (conservées à Aix-en-Provence) que dans celles de l'armée (à Vincennes). Il suit ainsi un fil directeur : la politique des camps, en trois temps, avec leur instauration puis leur multiplication sur initiative militaire, avant que les pouvoirs publics ne tentent de reprendre la main en prétendant transformer les camps en autant de « villages ». Pour autant, Fabien Sacriste n'élude ni les enjeux de propagande - par de très fins passages sur la sémantique - ni la violence subie, à laquelle il consacre une convaincante conclusion. N'oubliant pas la mise en perspective comparative, il enrichit ainsi l'histoire des déplacements forcés d'un volet algérien. Une publication majeure en cette année de commémoration.
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Guide des Livres : Tous bohémiens / Jean-Paul Demoule in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
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Titre : Guide des Livres : Tous bohémiens Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Paul Demoule, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre gitans civilisation immigration indigène Note de contenu : Homo migrans. De la sortie d’Afrique au grand confinement, Jean-Paul Demoule, Payot, 2022, 432 p., 23 €.
Dans ce livre touffu, Jean-Paul Demoule, archéologue, préhistorien, brosse une histoire du monde sous l'angle des migrations, de Sapiens jusqu'à l'époque contemporaine. Il en dégage quelques constantes comme celle du métissage. A travers l'exemple du Néolithique, Jean-Paul Demoule rappelle que les migrants originaires du Proche-Orient, introducteurs de l'agriculture et de l'élevage, se sont fondus sans trop de problèmes dans les populations locales de chasseurs-cueilleurs. « De nos jours les Européens possèdent toujours dans leur patrimoine génétique une partie qui provient des immigrants proche-orientaux et une autre des chasseurs-cueilleurs indigènes. » Autre constante, celle du migrant comme bouc émissaire. Il en donne un très bon exemple avec les Tsiganes, qui arrivent au XVe siècle en Europe occidentale (jusqu'en Espagne) avec des lettres de recommandation du roi de Bohême. On les nomme donc Bohémiens. Comme ils se disent aussi « comtes de la petite Égypte », on les désigne comme « Égyptiens ». C'est à partir du vocable espagnol Egiptano que se forme le terme « gitan ». Le fil rouge du livre, décliné en de multiples exemples, peut se résumer ainsi : « Il n'y a pas de société ou de civilisation pure. »
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Tous bohémiens [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Paul Demoule, Auteur . - 2022 . - p. 84.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 84
Mots-clés : lecture livre gitans civilisation immigration indigène Note de contenu : Homo migrans. De la sortie d’Afrique au grand confinement, Jean-Paul Demoule, Payot, 2022, 432 p., 23 €.
Dans ce livre touffu, Jean-Paul Demoule, archéologue, préhistorien, brosse une histoire du monde sous l'angle des migrations, de Sapiens jusqu'à l'époque contemporaine. Il en dégage quelques constantes comme celle du métissage. A travers l'exemple du Néolithique, Jean-Paul Demoule rappelle que les migrants originaires du Proche-Orient, introducteurs de l'agriculture et de l'élevage, se sont fondus sans trop de problèmes dans les populations locales de chasseurs-cueilleurs. « De nos jours les Européens possèdent toujours dans leur patrimoine génétique une partie qui provient des immigrants proche-orientaux et une autre des chasseurs-cueilleurs indigènes. » Autre constante, celle du migrant comme bouc émissaire. Il en donne un très bon exemple avec les Tsiganes, qui arrivent au XVe siècle en Europe occidentale (jusqu'en Espagne) avec des lettres de recommandation du roi de Bohême. On les nomme donc Bohémiens. Comme ils se disent aussi « comtes de la petite Égypte », on les désigne comme « Égyptiens ». C'est à partir du vocable espagnol Egiptano que se forme le terme « gitan ». Le fil rouge du livre, décliné en de multiples exemples, peut se résumer ainsi : « Il n'y a pas de société ou de civilisation pure. »
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Guide des Livres : Journal politique de Michel Winock, suite / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
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Titre : Guide des Livres : Journal politique de Michel Winock, suite Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre XXIe siècle Note de contenu : Bienvenue au XXIe siècle, journal, 1996-2002, Michel Winock, Éditions Thierry Marchaisse, 2022, 504 p., 25 €
Michel Winock est un autobiographe de conviction. Des trois volumes de son journal, le dernier qui couvre les années allant de 1996 à 2002, est sans doute le plus personnel et le plus littéraire. En 1996, la mort de l'ancien président François Mitterrand marque une césure, l'entrée dans une nouvelle ère de la vie politique française, hantée par l'extrême droite. Les mensonges et l'opportunisme de Mitterrand ont été facteurs de désillusion. En parallèle, la carrière d'historien et d'éditeur du diariste se trouve à un tournant : en janvier 2001 arrive le temps d'une retraite active. Très occupé par ses activités d'auteur, de conférencier et de contributeur à la revue L'Histoire, Michel Winock se réjouit du temps libre qui lui permet aussi de célébrer les joies de la famille et de l'amitié. Ses portraits, finement esquissés, mais sans méchanceté, sont de vrais plaisirs de lecture. Le journal s'achève en décembre 2002 sur la menace d'une guerre dévastatrice en Irak, prémices d'un XXIe siècle tragique.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Journal politique de Michel Winock, suite [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2022 . - p. 84.
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Mots-clés : lecture livre XXIe siècle Note de contenu : Bienvenue au XXIe siècle, journal, 1996-2002, Michel Winock, Éditions Thierry Marchaisse, 2022, 504 p., 25 €
Michel Winock est un autobiographe de conviction. Des trois volumes de son journal, le dernier qui couvre les années allant de 1996 à 2002, est sans doute le plus personnel et le plus littéraire. En 1996, la mort de l'ancien président François Mitterrand marque une césure, l'entrée dans une nouvelle ère de la vie politique française, hantée par l'extrême droite. Les mensonges et l'opportunisme de Mitterrand ont été facteurs de désillusion. En parallèle, la carrière d'historien et d'éditeur du diariste se trouve à un tournant : en janvier 2001 arrive le temps d'une retraite active. Très occupé par ses activités d'auteur, de conférencier et de contributeur à la revue L'Histoire, Michel Winock se réjouit du temps libre qui lui permet aussi de célébrer les joies de la famille et de l'amitié. Ses portraits, finement esquissés, mais sans méchanceté, sont de vrais plaisirs de lecture. Le journal s'achève en décembre 2002 sur la menace d'une guerre dévastatrice en Irak, prémices d'un XXIe siècle tragique.
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Guide des Livres : Naufrage / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
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Titre : Guide des Livres : Naufrage Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre naufrage paquebot Asie Albert Londres Note de contenu : Le Paquebot, Pierre Assouline, Gallimard, 2022, 416 p., 21 €.
Lorsque le Georges Philippar lève l'ancre pour le Japon en février 1932, ce fleuron des Messageries marseillaises emporte un microcosme européen que le narrateur, libraire spécialisé en ouvrages rares, se plaît à décrire avec tendresse et ironie. Un mois de voyage aller. Au retour, Jacques-Marie Bauer apprend que le grand reporter Albert Londres a embarqué pour rentrer dans son Allier natal où il compte écrire à partir de toute la matière engrangée en Asie. Mais dans la nuit du 15 au 16 mai, au large d'Aden, un incendie ravage le vaisseau : sur les 767 passagers et membres d'équipage, on déplore 40 morts, dont Albert Londres. Accident ? Complot ? A travers la galerie de portraits et le drame final, Pierre Assouline évoque aussi les prémices d'un autre naufrage : celui de l'Europe en proie à la montée des périls.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Naufrage [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2022 . - p. 84.
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Mots-clés : lecture livre naufrage paquebot Asie Albert Londres Note de contenu : Le Paquebot, Pierre Assouline, Gallimard, 2022, 416 p., 21 €.
Lorsque le Georges Philippar lève l'ancre pour le Japon en février 1932, ce fleuron des Messageries marseillaises emporte un microcosme européen que le narrateur, libraire spécialisé en ouvrages rares, se plaît à décrire avec tendresse et ironie. Un mois de voyage aller. Au retour, Jacques-Marie Bauer apprend que le grand reporter Albert Londres a embarqué pour rentrer dans son Allier natal où il compte écrire à partir de toute la matière engrangée en Asie. Mais dans la nuit du 15 au 16 mai, au large d'Aden, un incendie ravage le vaisseau : sur les 767 passagers et membres d'équipage, on déplore 40 morts, dont Albert Londres. Accident ? Complot ? A travers la galerie de portraits et le drame final, Pierre Assouline évoque aussi les prémices d'un autre naufrage : celui de l'Europe en proie à la montée des périls.
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Guide des Revues : Magistrats vertueux in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Magistrats vertueux Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue politique corruption morale Note de contenu : Comment la perception de la corruption politique a changé à l'Époque moderne.
« L'idée de consacrer un numéro de la Revue française d'histoire des idées politiques à la question de la corruption du ministre public dans l'Europe de l'Époque moderne est née dans le sillage des polémiques engendrées par ce que l'on a dès lors appelé l'affaire Fillon », reconnaît Sylvio Hermann De Franceschi. La corruption est ici envisagée sous deux de ses formes politiques : la concussion (la perception illicite d'argent par un fonctionnaire) et le péculat qui désigne le vol ou le détournement de fonds publics, le plus souvent par des gens de la finance.
En 2002 l'historienne Maryvonne Génaux avait montré comment, au cours de l'Époque moderne, la distinction public/prince-public/particuliers s'était effacée dans les dictionnaires au profit du seul terme « public ». Quatre contributions viennent illustrer ce moment charnière de l'histoire, où la perception de la corruption politique change.
Marie Barral-Baron revient sur les conceptions du magistrat vertueux, développées par les humanistes comme Érasme, Thomas More ou Machiavel, qui condamnent le manque de probité des élites. Tous constatent cependant que la corruption semble inhérente à la nature humaine, preuve du libre arbitre de l'homme.
Cyrille Dounot rappelle comment la législation royale s'est attaquée à la corruption. Le 8 juin 1532 François Ier publie un édit établissant la concussion et le péculat comme des crimes, les peines pouvant aller de l'amende à la mise à mort, en passant par la perte de l'office. Mais les juges adoucissent régulièrement le sort des spéculateurs, et une justice d'exception se met, déjà, en place.
Frédéric Gabriel examine quant à lui le cas Mazarin qui, au XVIIe siècle, amasse au pouvoir une fortune considérable. L'historien montre comment les auteurs de l'époque, tout en idéalisant, comme les humanistes, la figure d'un ministre vertueux, font preuve d'indulgence avec la corruption : signe à leurs yeux d'une connaissance fine des règles de la politique, elle révèle peut-être l'essence même du pouvoir.
Enfin, Sylvio Hermann De Franceschi explore l'apport des théologies moralistes catholiques à la question. La prévarication des magistrats semble convaincre des faiblesses entraînées par l'indulgence et l'absolution prônées par la Compagnie de Jésus, qui basculera progressivement vers la sévérité dans la seconde moitié du XVIIe siècle.
Revue française d'histoire des idées politiques n° 54, 2021/2.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 86[article] Guide des Revues : Magistrats vertueux [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 86
Mots-clés : lecture revue politique corruption morale Note de contenu : Comment la perception de la corruption politique a changé à l'Époque moderne.
« L'idée de consacrer un numéro de la Revue française d'histoire des idées politiques à la question de la corruption du ministre public dans l'Europe de l'Époque moderne est née dans le sillage des polémiques engendrées par ce que l'on a dès lors appelé l'affaire Fillon », reconnaît Sylvio Hermann De Franceschi. La corruption est ici envisagée sous deux de ses formes politiques : la concussion (la perception illicite d'argent par un fonctionnaire) et le péculat qui désigne le vol ou le détournement de fonds publics, le plus souvent par des gens de la finance.
En 2002 l'historienne Maryvonne Génaux avait montré comment, au cours de l'Époque moderne, la distinction public/prince-public/particuliers s'était effacée dans les dictionnaires au profit du seul terme « public ». Quatre contributions viennent illustrer ce moment charnière de l'histoire, où la perception de la corruption politique change.
Marie Barral-Baron revient sur les conceptions du magistrat vertueux, développées par les humanistes comme Érasme, Thomas More ou Machiavel, qui condamnent le manque de probité des élites. Tous constatent cependant que la corruption semble inhérente à la nature humaine, preuve du libre arbitre de l'homme.
Cyrille Dounot rappelle comment la législation royale s'est attaquée à la corruption. Le 8 juin 1532 François Ier publie un édit établissant la concussion et le péculat comme des crimes, les peines pouvant aller de l'amende à la mise à mort, en passant par la perte de l'office. Mais les juges adoucissent régulièrement le sort des spéculateurs, et une justice d'exception se met, déjà, en place.
Frédéric Gabriel examine quant à lui le cas Mazarin qui, au XVIIe siècle, amasse au pouvoir une fortune considérable. L'historien montre comment les auteurs de l'époque, tout en idéalisant, comme les humanistes, la figure d'un ministre vertueux, font preuve d'indulgence avec la corruption : signe à leurs yeux d'une connaissance fine des règles de la politique, elle révèle peut-être l'essence même du pouvoir.
Enfin, Sylvio Hermann De Franceschi explore l'apport des théologies moralistes catholiques à la question. La prévarication des magistrats semble convaincre des faiblesses entraînées par l'indulgence et l'absolution prônées par la Compagnie de Jésus, qui basculera progressivement vers la sévérité dans la seconde moitié du XVIIe siècle.
Revue française d'histoire des idées politiques n° 54, 2021/2.
Guide des Revues : Félines silhouettes in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Félines silhouettes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue mode animale léopard Note de contenu : Apparences, n° 11, 2022.
De la fourrure des bacchantes au manteau de Jackie Kennedy, la moucheture du léopard hante la culture visuelle et vestimentaire occidentale. Julie Buffard-Moret en trace l'historique dans ce numéro consacré aux « modes animales ». On y lit que la tendance de l'emblématique manteau en léopard s'envole au début du XXe siècle et culmine dans les années 1960 : chacun demande six peaux, un massacre auquel répond une convention internationale en 1973. Le tissu à motif tacheté imprimé ou broché, lui, existe dès le XVIIIe siècle et profite de l'image du fauve exotique. La femme en léopard est un objet de désir qui transforme la séduction en chasse, elle incarne une altérité troublante et bestiale... Jusqu'à l'ironie de la robe emblématique de la drag-queen Divine dans Female Trouble de John Waters, en 1974.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Félines silhouettes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 87
Mots-clés : lecture revue mode animale léopard Note de contenu : Apparences, n° 11, 2022.
De la fourrure des bacchantes au manteau de Jackie Kennedy, la moucheture du léopard hante la culture visuelle et vestimentaire occidentale. Julie Buffard-Moret en trace l'historique dans ce numéro consacré aux « modes animales ». On y lit que la tendance de l'emblématique manteau en léopard s'envole au début du XXe siècle et culmine dans les années 1960 : chacun demande six peaux, un massacre auquel répond une convention internationale en 1973. Le tissu à motif tacheté imprimé ou broché, lui, existe dès le XVIIIe siècle et profite de l'image du fauve exotique. La femme en léopard est un objet de désir qui transforme la séduction en chasse, elle incarne une altérité troublante et bestiale... Jusqu'à l'ironie de la robe emblématique de la drag-queen Divine dans Female Trouble de John Waters, en 1974.
Guide des Revues : Lettres de l'étranger / Olivier POSTEL-VINAY in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Lettres de l'étranger Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier POSTEL-VINAY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue Magellan mythe missiles Cuba Note de contenu : Olivier Postel-Vinay dans mensuel 495 daté mai 2022 -
Le mythe Magellan
L'heure est aux déboulonnages. Voici le tour du célèbre navigateur. Après une première vie déjà bien remplie au service du Portugal, Magellan est passé au service de l'Espagne. Parti de Séville en 1519, il a franchi les mers tumultueuses à la pointe de l'Amérique latine puis traversé le Pacifique. Il fut tué aux Philippines en 1521. Ce que révèle l'historien britannique Felipe Fernández-Armesto (de père espagnol), c'est qu'en dépit de sa bravoure il n'était pas un capitaine au-dessus de tout soupçon. La première victime de sa grande expédition fut un mousse qu'il fit étrangler pour homosexualité. Il refusa d'expliquer la route qu'il comptait suivre aux capitaines des quatre autres vaisseaux et fit emprisonner celui qui protestait le plus. Les conditions étant devenues très difficiles, des marins se mutinèrent ; il les fit exécuter. Il n'avait pas même le projet d'aller aux Moluques (cf. L'Histoire n° 476, octobre 2020). Et ainsi de suite. Literary Review, mars 2022.
Les missiles de Cuba
Aujourd'hui à Harvard, l'historien ukrainien Serhii Plokhy revient dans un livre important sur la crise des missiles de 1962. S'appuyant sur les archives du KGB en Ukraine, il explore les motivations de Khrouchtchev et la façon dont les Soviétiques sont parvenus à installer à Cuba, au nez et à la barbe des Américains, une impressionnante quantité d'hommes et de matériel militaire. Il entre dans le détail d'une crise de quatorze jours pendant lesquels le monde est passé à un cheveu d'une guerre nucléaire. « Ces hauts gradés ont un grand avantage, observe à un moment John Kennedy. Si nous les écoutons et faisons ce qu'ils nous disent de faire, aucun d'entre nous ne sera en vie pour leur montrer qu'ils avaient tort. » Du côté russe, on sait qu'un missile nucléaire aurait été lancé si un officier n'avait pas arrêté le geste du capitaine d'un sous-marin. A lire dans Books, mai-juin 2022.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Lettres de l'étranger [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier POSTEL-VINAY, Auteur . - 2022 . - p. 87.
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Mots-clés : lecture revue Magellan mythe missiles Cuba Note de contenu : Olivier Postel-Vinay dans mensuel 495 daté mai 2022 -
Le mythe Magellan
L'heure est aux déboulonnages. Voici le tour du célèbre navigateur. Après une première vie déjà bien remplie au service du Portugal, Magellan est passé au service de l'Espagne. Parti de Séville en 1519, il a franchi les mers tumultueuses à la pointe de l'Amérique latine puis traversé le Pacifique. Il fut tué aux Philippines en 1521. Ce que révèle l'historien britannique Felipe Fernández-Armesto (de père espagnol), c'est qu'en dépit de sa bravoure il n'était pas un capitaine au-dessus de tout soupçon. La première victime de sa grande expédition fut un mousse qu'il fit étrangler pour homosexualité. Il refusa d'expliquer la route qu'il comptait suivre aux capitaines des quatre autres vaisseaux et fit emprisonner celui qui protestait le plus. Les conditions étant devenues très difficiles, des marins se mutinèrent ; il les fit exécuter. Il n'avait pas même le projet d'aller aux Moluques (cf. L'Histoire n° 476, octobre 2020). Et ainsi de suite. Literary Review, mars 2022.
Les missiles de Cuba
Aujourd'hui à Harvard, l'historien ukrainien Serhii Plokhy revient dans un livre important sur la crise des missiles de 1962. S'appuyant sur les archives du KGB en Ukraine, il explore les motivations de Khrouchtchev et la façon dont les Soviétiques sont parvenus à installer à Cuba, au nez et à la barbe des Américains, une impressionnante quantité d'hommes et de matériel militaire. Il entre dans le détail d'une crise de quatorze jours pendant lesquels le monde est passé à un cheveu d'une guerre nucléaire. « Ces hauts gradés ont un grand avantage, observe à un moment John Kennedy. Si nous les écoutons et faisons ce qu'ils nous disent de faire, aucun d'entre nous ne sera en vie pour leur montrer qu'ils avaient tort. » Du côté russe, on sait qu'un missile nucléaire aurait été lancé si un officier n'avait pas arrêté le geste du capitaine d'un sous-marin. A lire dans Books, mai-juin 2022.
Guide des Revues : Révolution de la propriété in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Révolution de la propriété Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue propriété propriétaire intemporel Note de contenu : Revue d'histoire moderne et contemporaine, n° 68-4, 2021/4.
Nul hasard si la Déclaration des droits de l'homme de 1789 fait de la propriété un « droit inviolable et sacré ». Dans ce dossier sur l'histoire des inégalités, Arnaud Orain explique que le propriétarisme révolutionnaire est issu du courant physiocrate, croyant en un ordre naturel transcendantal où l'intérêt commun se fonderait sur la propriété plutôt que sur les trois ordres de l'Ancien Régime. Mais si la Révolution a vu les terres changer de main, elle n'a guère réduit les inégalités. Ce courant a donc ses adversaires qui, de Diderot à Forbonnais, veulent penser l'économie à la lumière des particularismes, sans exclure l'intervention de la puissance publique pour diminuer la consommation de luxe au profit d'investissements utiles au plus grand nombre.
c'est qu'en dépit de sa bravoure il n'était pas un capitaine au-dessus de tout soupçon. La première victime de sa grande expédition fut un mousse qu'il fit étrangler pour homosexualité. Il refusa d'expliquer la route qu'il comptait suivre aux capitaines des quatre autres vaisseaux et fit emprisonner celui qui protestait le plus. Les conditions étant devenues très difficiles, des marins se mutinèrent ; il les fit exécuter. Il n'avait pas même le projet d'aller aux Moluques (cf. L'Histoire n° 476, octobre 2020). Et ainsi de suite. Literary Review, mars 2022.
Les missiles de Cuba
Aujourd'hui à Harvard, l'historien ukrainien Serhii Plokhy revient dans un livre important sur la crise des missiles de 1962. S'appuyant sur les archives du KGB en Ukraine, il explore les motivations de Khrouchtchev et la façon dont les Soviétiques sont parvenus à installer à Cuba, au nez et à la barbe des Américains, une impressionnante quantité d'hommes et de matériel militaire. Il entre dans le détail d'une crise de quatorze jours pendant lesquels le monde est passé à un cheveu d'une guerre nucléaire. « Ces hauts gradés ont un grand avantage, observe à un moment John Kennedy. Si nous les écoutons et faisons ce qu'ils nous disent de faire, aucun d'entre nous ne sera en vie pour leur montrer qu'ils avaient tort. » Du côté russe, on sait qu'un missile nucléaire aurait été lancé si un officier n'avait pas arrêté le geste du capitaine d'un sous-marin. A lire dans Books, mai-juin 2022.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Révolution de la propriété [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
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in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 87
Mots-clés : lecture revue propriété propriétaire intemporel Note de contenu : Revue d'histoire moderne et contemporaine, n° 68-4, 2021/4.
Nul hasard si la Déclaration des droits de l'homme de 1789 fait de la propriété un « droit inviolable et sacré ». Dans ce dossier sur l'histoire des inégalités, Arnaud Orain explique que le propriétarisme révolutionnaire est issu du courant physiocrate, croyant en un ordre naturel transcendantal où l'intérêt commun se fonderait sur la propriété plutôt que sur les trois ordres de l'Ancien Régime. Mais si la Révolution a vu les terres changer de main, elle n'a guère réduit les inégalités. Ce courant a donc ses adversaires qui, de Diderot à Forbonnais, veulent penser l'économie à la lumière des particularismes, sans exclure l'intervention de la puissance publique pour diminuer la consommation de luxe au profit d'investissements utiles au plus grand nombre.
c'est qu'en dépit de sa bravoure il n'était pas un capitaine au-dessus de tout soupçon. La première victime de sa grande expédition fut un mousse qu'il fit étrangler pour homosexualité. Il refusa d'expliquer la route qu'il comptait suivre aux capitaines des quatre autres vaisseaux et fit emprisonner celui qui protestait le plus. Les conditions étant devenues très difficiles, des marins se mutinèrent ; il les fit exécuter. Il n'avait pas même le projet d'aller aux Moluques (cf. L'Histoire n° 476, octobre 2020). Et ainsi de suite. Literary Review, mars 2022.
Les missiles de Cuba
Aujourd'hui à Harvard, l'historien ukrainien Serhii Plokhy revient dans un livre important sur la crise des missiles de 1962. S'appuyant sur les archives du KGB en Ukraine, il explore les motivations de Khrouchtchev et la façon dont les Soviétiques sont parvenus à installer à Cuba, au nez et à la barbe des Américains, une impressionnante quantité d'hommes et de matériel militaire. Il entre dans le détail d'une crise de quatorze jours pendant lesquels le monde est passé à un cheveu d'une guerre nucléaire. « Ces hauts gradés ont un grand avantage, observe à un moment John Kennedy. Si nous les écoutons et faisons ce qu'ils nous disent de faire, aucun d'entre nous ne sera en vie pour leur montrer qu'ils avaient tort. » Du côté russe, on sait qu'un missile nucléaire aurait été lancé si un officier n'avait pas arrêté le geste du capitaine d'un sous-marin. A lire dans Books, mai-juin 2022.
Guide des Revues : Chrétiens d'Orient in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Chrétiens d'Orient Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue chrétiens d'Orient 1960 pluralisme religieux Note de contenu : Les Annales, n° 2, avril-juin 2021.
L'historiographie des années 1960 reflète l'invisibilisation des chrétiens d'Orient dans la recherche, qui, au moment de la décolonisation, ne prend pas en compte le pluralisme religieux, explique Bernard Heyberger. Petit à petit, les historiens s'y sont intéressés, mais avec l'intention claire de ne pas faire de la confession un objet d'études spécialisé. En 1982 seulement paraît le premier ouvrage en rupture avec cette approche, un volume collectif publié par Benjamin Braude et Bernard Lewis, se concentrant sur les Juifs et les chrétiens et leur place dans l'Empire ottoman. Aujourd'hui, le tournant de l'histoire globale permet de repenser les relations autour de la Méditerranée, non plus comme un champ clos partagé seulement entre chrétienté et Islam.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Chrétiens d'Orient [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 87
Mots-clés : lecture revue chrétiens d'Orient 1960 pluralisme religieux Note de contenu : Les Annales, n° 2, avril-juin 2021.
L'historiographie des années 1960 reflète l'invisibilisation des chrétiens d'Orient dans la recherche, qui, au moment de la décolonisation, ne prend pas en compte le pluralisme religieux, explique Bernard Heyberger. Petit à petit, les historiens s'y sont intéressés, mais avec l'intention claire de ne pas faire de la confession un objet d'études spécialisé. En 1982 seulement paraît le premier ouvrage en rupture avec cette approche, un volume collectif publié par Benjamin Braude et Bernard Lewis, se concentrant sur les Juifs et les chrétiens et leur place dans l'Empire ottoman. Aujourd'hui, le tournant de l'histoire globale permet de repenser les relations autour de la Méditerranée, non plus comme un champ clos partagé seulement entre chrétienté et Islam.
Guide des bandes dessinées : Le dernier vol d'Hugo Pratt / Pascal ORY in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des bandes dessinées : Le dernier vol d'Hugo Pratt Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pascal ORY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 88 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture bd Hugo Pratt Note de contenu : Cinq des derniers récits du maître de la bande dessinée sont regroupés dans un album.
Saint-Exupéry. Le Dernier Vol et autres récits : le titre est complexe, voire ambigu. Seul le premier récit a pour héros l'auteur de Terre des hommes, en ce jour du 31 juillet 1944 où, au-dessus de la Méditerranée, la chasse allemande eut raison de son avion désarmé. L'ensemble de ce bel objet éditorial de plus de 300 pages comprend, en fait, quatre autres nouvelles rééditées, ayant en commun de mettre en scène des militaires, ici britanniques, là italiens, entre les lendemains de la Première Guerre mondiale et les derniers mois de la Seconde.
On retrouve dans ce recueil toutes les qualités qui ont fait le succès d'Hugo Pratt. Allons plus loin : qui ont imposé aux jeunes bédéphiles des années 1960 - le signataire de ces lignes en faisait partie - la révolution Pratt. Révolution graphique faite d'un dessin élégant et nonchalant, aux cadrages raffinés. Révolution littéraire, avec des scénarios et des dialogues absolument inédits dans le monde de la BD - encore très conformiste à cette époque. Toutes ces caractéristiques éclatèrent au grand jour à partir de 1970 dans la série des Corto Maltese. Le Pratt de Saint-Exupéry se rattacherait plutôt à ses périodes argentine et italienne, où l'auteur se confrontait plus explicitement à la tradition populaire des genres - ici l'« aventure » et l'« action » (Ernie Pike, Ann de la jungle, Les Scorpions du désert...). Mais les dates de publication de ces nouvelles (de 1993 à 1995) les situent clairement dans ses dernières années de vie, où, conforté par l'admiration des jeunes générations - de lecteurs d'abord, d'auteurs ensuite -, il peut laisser libre cours à ses audaces, y compris celles qui subvertissent le genre en faisant semblant de l'honorer.
Charme romanesque
Ainsi, dans le deuxième récit, Un pâle soleil printanier, un lieutenant anglais d'ascendance italienne est recruté, à partir d'un poème de jeunesse, pour une mission délicate visant à prendre sur la côte adriatique le contrôle de nids de mitrailleuses allemands, tenus par des « Turcomans », autrement dit des Kirghizes passés du côté du Reich. Complexité des identités et des intrigues, tragique simplicité des destins individuels : tout Pratt est dans ce genre de détails - qui n'en sont pas -, avec des héros rêveurs et flegmatiques, précipités dans la violence de guerre la plus crue.
Au reste, le charme romanesque de Pratt n'est pas qu'une affaire de littérature ; il décolle volontiers vers le fantastique. Dans le récit Baldwin 622, le héros, Solomon Horaz, se met, en plein Sinaï, à dialoguer avec une locomotive rouillée, qui se révèle missionnée pour l'assassiner, en souvenir d'une femme aimée, agent sioniste. Car, comme il se doit, la tradition populaire dans laquelle Pratt se meut avec le plus d'aisance est celle des amours romantiques, des baroudeuses « garçon manqué » et des femmes fatales.
A cet égard la première nouvelle, monologue intérieur de « Saint-Ex » dans les dernières minutes qui précèdent sa mort aux commandes d'un Lockheed P-38 Lightning, est un concentré de cet art-là, qui brasse la chevalerie moderne des aviateurs, la séduction réciproque de l'écrivain aventureux et de la belle Consuelo Gómez Carrillo, qui est devenue en 1931 Mme de Saint-Exupéry, aussi bien que le franchissement d'une des « sept portes du paradis perdu ». Dans le cockpit du P-38 les espaces et les temps s'entremêlent pendant que se rapprochent inéluctablement deux FW 190 allemands : « Eux sont armés, tandis que moi je n'ai que des appareils photo. »
Publiée en 1994 en langue française dans la belle revue A suivre - celle qui installa Pratt dans le Parnasse des « bédéastes » -, cette méditation se termine par une phrase inachevée : « La mort, c'est... » Le 20 août 1995 le dessinateur put, à son tour, clore la phrase laissée en suspens par son camarade d'écriture.
Pascal Ory est professeur émérite à l'université Paris-I.
Saint-Exupéry. Le Dernier Vol et autres récits, Hugo Pratt, Casterman, 2022, 35 €.
À LIRE AUSSI CE MOIS-CI
Maudite Baleine, W. Chendi, Saint-Égrève, Mosquito, 2022.
Bob Denard, le dernier mercenaire, O. Jouvray, L. Cognet, Grenoble, Glénat, 2021.
Ils sont partout, V. Igounet, J. Schwartzmann, Lara, M. Navarro, Les Arènes BD, 2022.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 88[article] Guide des bandes dessinées : Le dernier vol d'Hugo Pratt [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pascal ORY, Auteur . - 2022 . - p. 88.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 88
Mots-clés : lecture bd Hugo Pratt Note de contenu : Cinq des derniers récits du maître de la bande dessinée sont regroupés dans un album.
Saint-Exupéry. Le Dernier Vol et autres récits : le titre est complexe, voire ambigu. Seul le premier récit a pour héros l'auteur de Terre des hommes, en ce jour du 31 juillet 1944 où, au-dessus de la Méditerranée, la chasse allemande eut raison de son avion désarmé. L'ensemble de ce bel objet éditorial de plus de 300 pages comprend, en fait, quatre autres nouvelles rééditées, ayant en commun de mettre en scène des militaires, ici britanniques, là italiens, entre les lendemains de la Première Guerre mondiale et les derniers mois de la Seconde.
On retrouve dans ce recueil toutes les qualités qui ont fait le succès d'Hugo Pratt. Allons plus loin : qui ont imposé aux jeunes bédéphiles des années 1960 - le signataire de ces lignes en faisait partie - la révolution Pratt. Révolution graphique faite d'un dessin élégant et nonchalant, aux cadrages raffinés. Révolution littéraire, avec des scénarios et des dialogues absolument inédits dans le monde de la BD - encore très conformiste à cette époque. Toutes ces caractéristiques éclatèrent au grand jour à partir de 1970 dans la série des Corto Maltese. Le Pratt de Saint-Exupéry se rattacherait plutôt à ses périodes argentine et italienne, où l'auteur se confrontait plus explicitement à la tradition populaire des genres - ici l'« aventure » et l'« action » (Ernie Pike, Ann de la jungle, Les Scorpions du désert...). Mais les dates de publication de ces nouvelles (de 1993 à 1995) les situent clairement dans ses dernières années de vie, où, conforté par l'admiration des jeunes générations - de lecteurs d'abord, d'auteurs ensuite -, il peut laisser libre cours à ses audaces, y compris celles qui subvertissent le genre en faisant semblant de l'honorer.
Charme romanesque
Ainsi, dans le deuxième récit, Un pâle soleil printanier, un lieutenant anglais d'ascendance italienne est recruté, à partir d'un poème de jeunesse, pour une mission délicate visant à prendre sur la côte adriatique le contrôle de nids de mitrailleuses allemands, tenus par des « Turcomans », autrement dit des Kirghizes passés du côté du Reich. Complexité des identités et des intrigues, tragique simplicité des destins individuels : tout Pratt est dans ce genre de détails - qui n'en sont pas -, avec des héros rêveurs et flegmatiques, précipités dans la violence de guerre la plus crue.
Au reste, le charme romanesque de Pratt n'est pas qu'une affaire de littérature ; il décolle volontiers vers le fantastique. Dans le récit Baldwin 622, le héros, Solomon Horaz, se met, en plein Sinaï, à dialoguer avec une locomotive rouillée, qui se révèle missionnée pour l'assassiner, en souvenir d'une femme aimée, agent sioniste. Car, comme il se doit, la tradition populaire dans laquelle Pratt se meut avec le plus d'aisance est celle des amours romantiques, des baroudeuses « garçon manqué » et des femmes fatales.
A cet égard la première nouvelle, monologue intérieur de « Saint-Ex » dans les dernières minutes qui précèdent sa mort aux commandes d'un Lockheed P-38 Lightning, est un concentré de cet art-là, qui brasse la chevalerie moderne des aviateurs, la séduction réciproque de l'écrivain aventureux et de la belle Consuelo Gómez Carrillo, qui est devenue en 1931 Mme de Saint-Exupéry, aussi bien que le franchissement d'une des « sept portes du paradis perdu ». Dans le cockpit du P-38 les espaces et les temps s'entremêlent pendant que se rapprochent inéluctablement deux FW 190 allemands : « Eux sont armés, tandis que moi je n'ai que des appareils photo. »
Publiée en 1994 en langue française dans la belle revue A suivre - celle qui installa Pratt dans le Parnasse des « bédéastes » -, cette méditation se termine par une phrase inachevée : « La mort, c'est... » Le 20 août 1995 le dessinateur put, à son tour, clore la phrase laissée en suspens par son camarade d'écriture.
Pascal Ory est professeur émérite à l'université Paris-I.
Saint-Exupéry. Le Dernier Vol et autres récits, Hugo Pratt, Casterman, 2022, 35 €.
À LIRE AUSSI CE MOIS-CI
Maudite Baleine, W. Chendi, Saint-Égrève, Mosquito, 2022.
Bob Denard, le dernier mercenaire, O. Jouvray, L. Cognet, Grenoble, Glénat, 2021.
Ils sont partout, V. Igounet, J. Schwartzmann, Lara, M. Navarro, Les Arènes BD, 2022.
Guide des Classiques : « La Guerre au Moyen Age » de Philippe Contamine / Claude Gauvard in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Classiques : « La Guerre au Moyen Age » de Philippe Contamine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Claude Gauvard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 89 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture classique Moyen Age guerre Note de contenu : Publié en 1980, l'ouvrage de Philippe Contamine reste indispensable pour comprendre la guerre, ressort essentiel de la société médiévale.
LA THÈSE
Suivant le cahier des charges posé par les directeurs de la collection « Nouvelle Clio » aux PUF, Robert Boutruche et Paul Lemerle, le livre se partage en trois grandes parties, « Orientation bibliographique et documentaire », puis « État des connaissances. Caractères généraux de l'histoire militaire médiévale », enfin « Thèmes et perspectives ». Ce cadre convient très bien à Philippe Contamine, dont le goût de l'érudition se trouve à l'aise dans une bibliographie exhaustive d'environ 2 000 titres, classée par thèmes, révélant ainsi la somme considérable de ses connaissances.
Car le spécialiste des armées à la fin du Moyen Age se plonge avec force détails dans la description de celles des envahisseurs « barbares » qui se sont déployées pendant le Haut Moyen Age. Il les brosse en phrases incisives : « des armées peu nombreuses, une tactique rudimentaire, une logistique presque inexistante », appelant donc à d'autres explications possibles sur leur rôle dans la disparition de l'Empire romain. Le Moyen Age central, du XIIe au début du XIVe siècle, oppose l'aristocratie guerrière aux inermes (« sans armes »), pour l'essentiel des paysans, mais les villes et les communes ont toute leur place sur le champ de bataille, et le perfectionnement des rouages du gouvernement des grandes monarchies, ou des cités-États italiennes, conduit à une meilleure efficacité militaire. L'étude des compagnies d'aventure, la lente adoption de l'artillerie à poudre et la reconnaissance des armées permanentes viennent clore cette fresque chronologique. Dans la dernière partie, l'auteur livre de fécondes pistes de recherche. De l'étrier aux traités théoriques de l'art militaire, du droit de guerre au pacifisme, il définit au plus profond ce qu'est la guerre médiévale dans sa réalité comme dans sa justification.
CE QU'IL EN RESTE
Réédité six fois depuis sa parution en 1980, La Guerre au Moyen Age n'est pas seulement un classique de l'historiographie. A l'heure d'une histoire des émotions, il ouvre sur la notion de courage ; la « guerre juste » médiévale y flirte avec la « guerre sainte ». Le poids de la guerre en matière économique vient fort heureusement contrecarrer la tendance actuelle qui consisterait à en atténuer les effets dans la crise de longue durée des deux derniers siècles du Moyen Age. Les hommes ne sont pas absents : ils sont ici traités en acteurs, dans un mélange nécessaire entre les institutions et la chair humaine. Certes, les études postérieures menées sur la violence, auxquelles Philippe Contamine a lui-même participé, ou sur les scansions de l'histoire qui minimisent les ruptures, permettent de nuancer la démonstration, mais elles prêtent plus à discuter qu'à balayer les conclusions. Cette somme reste indispensable pour comprendre la guerre, ressort essentiel de la société médiévale.
Claude Gauvard est professeure émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne
La Guerre au Moyen Age, PUF, « Nouvelle Clio », rééd. 2003, 30,50 €.
Philippe Contamine
Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1990, promu récemment commandeur de la Légion d'honneur, Philippe Contamine, né en 1932, a enseigné comme professeur aux universités de Nancy, Nanterre, puis à la Sorbonne (Paris-IV). Spécialiste éminent des armées après la parution de sa thèse de doctorat d'État, soutenue en 1972, Guerre, État et société à la fin du Moyen Age. Études sur les armées des rois de France, 1337-1494, il rompt avec l'histoire-bataille. Il se consacre à une histoire totale des pouvoirs, dont il dégage les ressorts sociaux et politiques pendant les deux derniers siècles du Moyen Age, en France mais également en Angleterre. Ces dernières années, il se voue à la figure de Jeanne d'Arc, qu'il contribue à enrichir, et à celle de Charles VII, dont il dresse la biographie politique. Travailleur infatigable, érudit soucieux d'un retour aux archives, généreux de sa pensée, comme l'attestent ses élèves et ceux qui ont participé à ses séminaires, il est l'une des figures de proue des médiévistes français du XXe-XXIe siècle.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 89[article] Guide des Classiques : « La Guerre au Moyen Age » de Philippe Contamine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Claude Gauvard, Auteur . - 2022 . - p. 89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 89
Mots-clés : lecture classique Moyen Age guerre Note de contenu : Publié en 1980, l'ouvrage de Philippe Contamine reste indispensable pour comprendre la guerre, ressort essentiel de la société médiévale.
LA THÈSE
Suivant le cahier des charges posé par les directeurs de la collection « Nouvelle Clio » aux PUF, Robert Boutruche et Paul Lemerle, le livre se partage en trois grandes parties, « Orientation bibliographique et documentaire », puis « État des connaissances. Caractères généraux de l'histoire militaire médiévale », enfin « Thèmes et perspectives ». Ce cadre convient très bien à Philippe Contamine, dont le goût de l'érudition se trouve à l'aise dans une bibliographie exhaustive d'environ 2 000 titres, classée par thèmes, révélant ainsi la somme considérable de ses connaissances.
Car le spécialiste des armées à la fin du Moyen Age se plonge avec force détails dans la description de celles des envahisseurs « barbares » qui se sont déployées pendant le Haut Moyen Age. Il les brosse en phrases incisives : « des armées peu nombreuses, une tactique rudimentaire, une logistique presque inexistante », appelant donc à d'autres explications possibles sur leur rôle dans la disparition de l'Empire romain. Le Moyen Age central, du XIIe au début du XIVe siècle, oppose l'aristocratie guerrière aux inermes (« sans armes »), pour l'essentiel des paysans, mais les villes et les communes ont toute leur place sur le champ de bataille, et le perfectionnement des rouages du gouvernement des grandes monarchies, ou des cités-États italiennes, conduit à une meilleure efficacité militaire. L'étude des compagnies d'aventure, la lente adoption de l'artillerie à poudre et la reconnaissance des armées permanentes viennent clore cette fresque chronologique. Dans la dernière partie, l'auteur livre de fécondes pistes de recherche. De l'étrier aux traités théoriques de l'art militaire, du droit de guerre au pacifisme, il définit au plus profond ce qu'est la guerre médiévale dans sa réalité comme dans sa justification.
CE QU'IL EN RESTE
Réédité six fois depuis sa parution en 1980, La Guerre au Moyen Age n'est pas seulement un classique de l'historiographie. A l'heure d'une histoire des émotions, il ouvre sur la notion de courage ; la « guerre juste » médiévale y flirte avec la « guerre sainte ». Le poids de la guerre en matière économique vient fort heureusement contrecarrer la tendance actuelle qui consisterait à en atténuer les effets dans la crise de longue durée des deux derniers siècles du Moyen Age. Les hommes ne sont pas absents : ils sont ici traités en acteurs, dans un mélange nécessaire entre les institutions et la chair humaine. Certes, les études postérieures menées sur la violence, auxquelles Philippe Contamine a lui-même participé, ou sur les scansions de l'histoire qui minimisent les ruptures, permettent de nuancer la démonstration, mais elles prêtent plus à discuter qu'à balayer les conclusions. Cette somme reste indispensable pour comprendre la guerre, ressort essentiel de la société médiévale.
Claude Gauvard est professeure émérite à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne
La Guerre au Moyen Age, PUF, « Nouvelle Clio », rééd. 2003, 30,50 €.
Philippe Contamine
Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1990, promu récemment commandeur de la Légion d'honneur, Philippe Contamine, né en 1932, a enseigné comme professeur aux universités de Nancy, Nanterre, puis à la Sorbonne (Paris-IV). Spécialiste éminent des armées après la parution de sa thèse de doctorat d'État, soutenue en 1972, Guerre, État et société à la fin du Moyen Age. Études sur les armées des rois de France, 1337-1494, il rompt avec l'histoire-bataille. Il se consacre à une histoire totale des pouvoirs, dont il dégage les ressorts sociaux et politiques pendant les deux derniers siècles du Moyen Age, en France mais également en Angleterre. Ces dernières années, il se voue à la figure de Jeanne d'Arc, qu'il contribue à enrichir, et à celle de Charles VII, dont il dresse la biographie politique. Travailleur infatigable, érudit soucieux d'un retour aux archives, généreux de sa pensée, comme l'attestent ses élèves et ceux qui ont participé à ses séminaires, il est l'une des figures de proue des médiévistes français du XXe-XXIe siècle.
Guide des Sorties : Exposition - Abd el-Kader, saint, héros et martyr ? / Julien Loiseau in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Exposition - Abd el-Kader, saint, héros et martyr ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Julien Loiseau, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 90-91 Langues : Français (fre) Mots-clés : exposition Emir Abd el-Kader Algérie Note de contenu : Le Mucem présente toutes les facettes de cette figure de la résistance armée à la conquête française de l'Algérie.
Soixante ans après les accords d'Évian qui mettent fin en 1962 à la guerre d'Algérie, le Mucem consacre une riche exposition à l'émir Abd el-Kader (1808-1883). Figure de la résistance armée à la conquête française de l'Algérie, devenu malgré lui l'icône des ambitions de la France sur la rive sud de la Méditerranée, l'émir est convoqué aujourd'hui pour réconcilier les mémoires française et algérienne.
Abd el-Kader est de ces personnages à travers lesquels parle la « grande » histoire. Riche de près de 250 pièces (oeuvres, objets, documents), l'exposition mobilise la peinture française du XIXe siècle pour narrer ses quinze années de combat contre l'armée française. L'immense (5 mètres par 21) Prise de la Smalah d'Horace Vernet, qui figure le pillage de la ville de tentes (la zmâla) de l'émir en 1843, n'a pas pu être déplacée depuis Versailles mais est évoquée par un dispositif immersif.
Pau, Amboise puis Damas
Avec le temps de la captivité de l'émir et des siens (à Pau puis à Amboise) de 1847 à 1852, la peinture d'histoire cède le pas à l'imagerie populaire, aux documents d'archives et aux objets attribués à l'illustre captif - notamment le sabre d'apparat de style oriental, arme forgée en France dont le récent rapport de Benjamin Stora recommande la restitution à l'Algérie. Le séjour forcé de l'émir à Amboise le voit entrer dans la modernité de la photographie, technique dont il sut faire un support de communication politique, une fois sa liberté recouvrée.
En 1852, Louis-Napoléon Bonaparte revient sur le parjure de Louis-Philippe et autorise Abd el-Kader à prendre le chemin de l'exil. Établi à Damas, l'émir n'en a pas fini avec l'histoire. Photographies et illustrations de journaux évoquent les émeutes dont sont victimes les chrétiens de Syrie en 1860 et l'intervention d'Abd el-Kader, ses séjours à Paris pour les expositions universelles de 1855 et 1867, sa présence en Égypte en 1869 à l'inauguration du canal de Suez. Les enjeux de mémoire le rattrapent même dans la mort, puisqu'en 1966 l'Algérie indépendante fait rapatrier sa dépouille depuis Damas où il avait été inhumé en 1883.
En mobilisant les collections de la BNF, des Archives nationales d'Outre-mer ou du musée de l'Armée, l'exposition révèle à quel point la mémoire de l'émir est française. Son versant algérien manque presque entièrement : aucun objet ni document n'a traversé la Méditerranée, à l'exception du film commémorant le retour de sa dépouille et de l'oeuvre de la plasticienne Amina Menia, signe que la figure d'Abd el-Kader n'est pas encore disponible pour une mémoire partagée.
Poète et érudit
Néanmoins la grande réussite de l'exposition est de semer les graines d'une histoire d'Abd el-Kader affranchie des enjeux de mémoire contemporains. La présentation du texte bilingue français-arabe du traité de la Tafna, qui reconnaît à l'émir en 1837 la souveraineté sur l'ouest algérien à l'exception des villes, ouvre une fenêtre sur l'embryon d'État qu'il tente pendant dix ans de bâtir face aux Français. Les monnaies frappées en son nom et sa correspondance diplomatique en sont d'autres illustrations.
Les nombreuses missives de sa main révèlent le lettré, le poète et l'érudit. L'Abd el-Kader soufi, artisan de la conciliation religieuse, faisait partie de longue date de la légende pieuse de l'émir. Mais c'est aussi un 'âlim, un savant dans la plus pure tradition de l'islam, collectionneur de livres (il dresse la liste de ceux qu'il a dû abandonner en 1847), lecteur d'al-Ghazâlî (mort en 1111) comme en témoignent les manuscrits pillés dans sa tente en 1843, auteur de plusieurs ouvrages. Il manque à l'exposition son autobiographie, dont le manuscrit n'a pas quitté Alger.
Image : En captivité à Amboise, l'émir Abd el-Kader est photographié par Gustave Le Gray en 1851, tirage sur papier albuminé. Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, Paris © BnF.
À VOIR
Abd el-Kader
Jusqu'au 22 août 2022 au Mucem, Marseille (13).
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 90-91[article] Guide des Sorties : Exposition - Abd el-Kader, saint, héros et martyr ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Julien Loiseau, Auteur . - 2022 . - p. 90-91.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 90-91
Mots-clés : exposition Emir Abd el-Kader Algérie Note de contenu : Le Mucem présente toutes les facettes de cette figure de la résistance armée à la conquête française de l'Algérie.
Soixante ans après les accords d'Évian qui mettent fin en 1962 à la guerre d'Algérie, le Mucem consacre une riche exposition à l'émir Abd el-Kader (1808-1883). Figure de la résistance armée à la conquête française de l'Algérie, devenu malgré lui l'icône des ambitions de la France sur la rive sud de la Méditerranée, l'émir est convoqué aujourd'hui pour réconcilier les mémoires française et algérienne.
Abd el-Kader est de ces personnages à travers lesquels parle la « grande » histoire. Riche de près de 250 pièces (oeuvres, objets, documents), l'exposition mobilise la peinture française du XIXe siècle pour narrer ses quinze années de combat contre l'armée française. L'immense (5 mètres par 21) Prise de la Smalah d'Horace Vernet, qui figure le pillage de la ville de tentes (la zmâla) de l'émir en 1843, n'a pas pu être déplacée depuis Versailles mais est évoquée par un dispositif immersif.
Pau, Amboise puis Damas
Avec le temps de la captivité de l'émir et des siens (à Pau puis à Amboise) de 1847 à 1852, la peinture d'histoire cède le pas à l'imagerie populaire, aux documents d'archives et aux objets attribués à l'illustre captif - notamment le sabre d'apparat de style oriental, arme forgée en France dont le récent rapport de Benjamin Stora recommande la restitution à l'Algérie. Le séjour forcé de l'émir à Amboise le voit entrer dans la modernité de la photographie, technique dont il sut faire un support de communication politique, une fois sa liberté recouvrée.
En 1852, Louis-Napoléon Bonaparte revient sur le parjure de Louis-Philippe et autorise Abd el-Kader à prendre le chemin de l'exil. Établi à Damas, l'émir n'en a pas fini avec l'histoire. Photographies et illustrations de journaux évoquent les émeutes dont sont victimes les chrétiens de Syrie en 1860 et l'intervention d'Abd el-Kader, ses séjours à Paris pour les expositions universelles de 1855 et 1867, sa présence en Égypte en 1869 à l'inauguration du canal de Suez. Les enjeux de mémoire le rattrapent même dans la mort, puisqu'en 1966 l'Algérie indépendante fait rapatrier sa dépouille depuis Damas où il avait été inhumé en 1883.
En mobilisant les collections de la BNF, des Archives nationales d'Outre-mer ou du musée de l'Armée, l'exposition révèle à quel point la mémoire de l'émir est française. Son versant algérien manque presque entièrement : aucun objet ni document n'a traversé la Méditerranée, à l'exception du film commémorant le retour de sa dépouille et de l'oeuvre de la plasticienne Amina Menia, signe que la figure d'Abd el-Kader n'est pas encore disponible pour une mémoire partagée.
Poète et érudit
Néanmoins la grande réussite de l'exposition est de semer les graines d'une histoire d'Abd el-Kader affranchie des enjeux de mémoire contemporains. La présentation du texte bilingue français-arabe du traité de la Tafna, qui reconnaît à l'émir en 1837 la souveraineté sur l'ouest algérien à l'exception des villes, ouvre une fenêtre sur l'embryon d'État qu'il tente pendant dix ans de bâtir face aux Français. Les monnaies frappées en son nom et sa correspondance diplomatique en sont d'autres illustrations.
Les nombreuses missives de sa main révèlent le lettré, le poète et l'érudit. L'Abd el-Kader soufi, artisan de la conciliation religieuse, faisait partie de longue date de la légende pieuse de l'émir. Mais c'est aussi un 'âlim, un savant dans la plus pure tradition de l'islam, collectionneur de livres (il dresse la liste de ceux qu'il a dû abandonner en 1847), lecteur d'al-Ghazâlî (mort en 1111) comme en témoignent les manuscrits pillés dans sa tente en 1843, auteur de plusieurs ouvrages. Il manque à l'exposition son autobiographie, dont le manuscrit n'a pas quitté Alger.
Image : En captivité à Amboise, l'émir Abd el-Kader est photographié par Gustave Le Gray en 1851, tirage sur papier albuminé. Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, Paris © BnF.
À VOIR
Abd el-Kader
Jusqu'au 22 août 2022 au Mucem, Marseille (13).
Guide des Sorties : Exposition - Le soleil se lève à Stonehenge / Raphaël Bernard in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Exposition - Le soleil se lève à Stonehenge Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Raphaël Bernard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 92 Langues : Français (fre) Mots-clés : exposition Stonehenge site funéraire menhirs Note de contenu : Au British Museum, une exposition sur Stonehenge lève le voile sur les sociétés de l'Age du bronze.
Disposées en cercles au beau milieu d'une plaine du sud de l'Angleterre, 80 pierres fascinent archéologues et historiens depuis le XIXe siècle. Parfois attribué à des druides, des géants ou même des extra-terrestres, Stonehenge est en réalité un cimetière de l'Age du bronze, qui a évolué au fil du temps. « Il n'y a pas qu'un Stonehenge », explique Neil Wilkin, conservateur au British Museum. « Entre 2500 et 2000 avant notre ère, il s'agit d'un cercle de pierres bleues. Ce n'est que cinq cents ans plus tard que le monument prend sa forme actuelle. »
Plus qu'une transformation, un exploit : lourds de plusieurs dizaines de tonnes, les menhirs sont acheminés sur 25 kilomètres via des « rails » en bois. « Stonehenge atteste la créativité et l'organisation collective de groupes humains », insiste Neil Wilkin.
Le site revêt avant tout un sens religieux. L'alignement des menhirs aux solstices révèle par exemple l'importance du soleil. Pour les communautés agricoles, la longueur des jours et la rotation des saisons étaient au coeur des modes de vie et des croyances. « Les solstices d'hiver étaient une période de rassemblement, poursuit Neil Wilkin. Les jours étant plus courts, les gens avaient peur que le soleil ne revienne pas. » Ils cherchent donc à approfondir leurs connaissances astronomiques comme en témoigne le disque céleste de Nebra, l'une des pièces les plus emblématiques parmi les 450 exposées. Conçue en 1600 avant notre ère, il s'agit de la plus vieille représentation des cycles cosmiques connue à ce jour.
En tant que site funéraire, Stonehenge permet de saisir l'évoluti on des rites sociaux durant l'Age du bronze. Les corps sont d'abord enterrés ensemble, sans distinction. Puis, progressivement, certains sont inhumés à part, avec leurs possessions, comme pour témoigner de leur statut social dans l'au-delà.
Au pays du Brexit, l'exposition souligne aussi les échanges entre les différents peuples européens de l'époque, dans lesquels Stonehenge semble tenir une place centrale. L'endroit aurait même pu constituer un lieu de pèlerinage, si l'on en croit les restes de l'archer d'Amesbury, venu des Alpes et enterré à quelques miles du site. Aurait-il voté Leave ?
Image : Nebra Sky Disc, Allemagne, environ 1600 av.J.-C. © LDA Sachsen-Anhalt, Juraj Lipták.
À VOIR
Le monde de Stonehenge
Jusqu'au 17 juillet au British Museum (Londres).
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 92[article] Guide des Sorties : Exposition - Le soleil se lève à Stonehenge [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Raphaël Bernard, Auteur . - 2022 . - p. 92.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 92
Mots-clés : exposition Stonehenge site funéraire menhirs Note de contenu : Au British Museum, une exposition sur Stonehenge lève le voile sur les sociétés de l'Age du bronze.
Disposées en cercles au beau milieu d'une plaine du sud de l'Angleterre, 80 pierres fascinent archéologues et historiens depuis le XIXe siècle. Parfois attribué à des druides, des géants ou même des extra-terrestres, Stonehenge est en réalité un cimetière de l'Age du bronze, qui a évolué au fil du temps. « Il n'y a pas qu'un Stonehenge », explique Neil Wilkin, conservateur au British Museum. « Entre 2500 et 2000 avant notre ère, il s'agit d'un cercle de pierres bleues. Ce n'est que cinq cents ans plus tard que le monument prend sa forme actuelle. »
Plus qu'une transformation, un exploit : lourds de plusieurs dizaines de tonnes, les menhirs sont acheminés sur 25 kilomètres via des « rails » en bois. « Stonehenge atteste la créativité et l'organisation collective de groupes humains », insiste Neil Wilkin.
Le site revêt avant tout un sens religieux. L'alignement des menhirs aux solstices révèle par exemple l'importance du soleil. Pour les communautés agricoles, la longueur des jours et la rotation des saisons étaient au coeur des modes de vie et des croyances. « Les solstices d'hiver étaient une période de rassemblement, poursuit Neil Wilkin. Les jours étant plus courts, les gens avaient peur que le soleil ne revienne pas. » Ils cherchent donc à approfondir leurs connaissances astronomiques comme en témoigne le disque céleste de Nebra, l'une des pièces les plus emblématiques parmi les 450 exposées. Conçue en 1600 avant notre ère, il s'agit de la plus vieille représentation des cycles cosmiques connue à ce jour.
En tant que site funéraire, Stonehenge permet de saisir l'évoluti on des rites sociaux durant l'Age du bronze. Les corps sont d'abord enterrés ensemble, sans distinction. Puis, progressivement, certains sont inhumés à part, avec leurs possessions, comme pour témoigner de leur statut social dans l'au-delà.
Au pays du Brexit, l'exposition souligne aussi les échanges entre les différents peuples européens de l'époque, dans lesquels Stonehenge semble tenir une place centrale. L'endroit aurait même pu constituer un lieu de pèlerinage, si l'on en croit les restes de l'archer d'Amesbury, venu des Alpes et enterré à quelques miles du site. Aurait-il voté Leave ?
Image : Nebra Sky Disc, Allemagne, environ 1600 av.J.-C. © LDA Sachsen-Anhalt, Juraj Lipták.
À VOIR
Le monde de Stonehenge
Jusqu'au 17 juillet au British Museum (Londres).
Guide des Sorties : Exposition - Dans les musées in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Exposition - Dans les musées Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 92 Langues : Français (fre) Mots-clés : exposition café monnaie fête lettres de déportés pierres de collection Note de contenu : Café, plaisir au goût d'amertume
1715 : la Compagnie des Indes introduit les premiers caféiers dans l'île Bourbon (La Réunion). Avec cette culture, la France, de ses colonies jusqu'à la métropole, se transforme. Moulins, brûloirs et tasses illustrent ce monde connecté : la porcelaine quitte la Chine pour l'Europe tandis que les esclaves déportés d'Afrique arrivent dans l'océan Indien.
Jusqu'au 15 décembre au musée de la Compagnie des Indes de Lorient, Port-Louis (56).
Monnaies & merveilles
D'or, d'argent, de plumes, de nacre, de fer... La monnaie étonne par sa diversité. Grâce à 200 pièces, l'exposition invite au voyage avec des objets d'échanges tels que les bracelets-monnaie de Côte d'Ivoire ou les velours Kuba du Zaïre.
Du 12 mai au 25 septembre à la Monnaie de Paris.
L'art de la fête à la cour des Valois
Reine de France par son mariage avec Henri II, la Florentine Catherine de Médicis instaure une diplomatie du divertissement au XVIe siècle. Lors des fêtes se nouent rapprochements et alliances. L'exposition dévoile les coulisses des arts festifs de l'Époque moderne devenus événements politiques.
Jusqu'au 4 juillet au château de Fontainebleau (77).
Lettres du Vél'd'Hiv à Auschwitz
Clandestines ou officielles, les lettres des internés sont une source pour l'histoire et les mémoires de la Shoah. Pragmatiques et touchantes, elles illustrent les derniers instants avant la déportation.
Jusqu'en novembre au mémorial de la Shoah de Drancy (93).
Pierres de la collection Ladrière
Camées et intailles d'argent, de perles et de saphirs... La glyptique, cet art de la gravure des pierres fines, se dévoile, de l'Antiquité grecque jusqu'au XIXe siècle.
Du 12 mai au 1er octobre à l'École des Arts joailliers, Paris.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 92[article] Guide des Sorties : Exposition - Dans les musées [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 92.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 92
Mots-clés : exposition café monnaie fête lettres de déportés pierres de collection Note de contenu : Café, plaisir au goût d'amertume
1715 : la Compagnie des Indes introduit les premiers caféiers dans l'île Bourbon (La Réunion). Avec cette culture, la France, de ses colonies jusqu'à la métropole, se transforme. Moulins, brûloirs et tasses illustrent ce monde connecté : la porcelaine quitte la Chine pour l'Europe tandis que les esclaves déportés d'Afrique arrivent dans l'océan Indien.
Jusqu'au 15 décembre au musée de la Compagnie des Indes de Lorient, Port-Louis (56).
Monnaies & merveilles
D'or, d'argent, de plumes, de nacre, de fer... La monnaie étonne par sa diversité. Grâce à 200 pièces, l'exposition invite au voyage avec des objets d'échanges tels que les bracelets-monnaie de Côte d'Ivoire ou les velours Kuba du Zaïre.
Du 12 mai au 25 septembre à la Monnaie de Paris.
L'art de la fête à la cour des Valois
Reine de France par son mariage avec Henri II, la Florentine Catherine de Médicis instaure une diplomatie du divertissement au XVIe siècle. Lors des fêtes se nouent rapprochements et alliances. L'exposition dévoile les coulisses des arts festifs de l'Époque moderne devenus événements politiques.
Jusqu'au 4 juillet au château de Fontainebleau (77).
Lettres du Vél'd'Hiv à Auschwitz
Clandestines ou officielles, les lettres des internés sont une source pour l'histoire et les mémoires de la Shoah. Pragmatiques et touchantes, elles illustrent les derniers instants avant la déportation.
Jusqu'en novembre au mémorial de la Shoah de Drancy (93).
Pierres de la collection Ladrière
Camées et intailles d'argent, de perles et de saphirs... La glyptique, cet art de la gravure des pierres fines, se dévoile, de l'Antiquité grecque jusqu'au XIXe siècle.
Du 12 mai au 1er octobre à l'École des Arts joailliers, Paris.
Guide des Sorties : Cinéma - Tchèque sous tchador / Antoine De Baecque in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Tchèque sous tchador Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine De Baecque, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 94-95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma film d'animation Prague Afghanistan tradition mariage mixte Note de contenu : Un film d'animation relate le quotidien d'une jeune Pragoise au sein de la famille afghane de son mari.
Une jeune étudiante tchèque quitte tout pour l'homme qu'elle vient de rencontrer à l'université de Prague. Il se nomme Nazir, il est Afghan. Herra arrive ainsi à Kaboul au début de l'année 2001 pour se marier au sein de sa nouvelle famille dans un pays dominé par les talibans depuis 1996. Elle doit s'adapter aux habitudes et aux coutumes d'une société traditionnelle, notamment celles qui placent les femmes dans une soumission qu'elle découvre avec son regard européen. Les différences culturelles et générationnelles sont troublantes, souvent humiliantes, mais parfois aussi réconfortantes.
Herra, blonde voilée, Tchèque sous tchador, devient la témoin et l'actrice des bouleversements que sa famille vit au quotidien. Car l'ensemble de la société afghane évolue : l'emprise des talibans se fait sentir mais celle des Occidentaux tout autant. L'armée américaine procure du travail à Nazir, devenu chauffeur, et une ONG emploie Herra, assistante pour un programme d'insertion familiale. L'arrivée de Maad, un orphelin peu ordinaire adopté par le couple qui ne parvient pas à avoir d'enfant, bouscule un peu plus son existence. Un jour, à la télévision, la famille assiste à l'attentat du 11 septembre 2001 ; il est évident que désormais tout va changer.
Ma famille afghane s'appuie sur deux principes. Tout d'abord, l'adaptation d'un roman de l'écrivaine tchèque Petra Prochazkova qui, journaliste à Kaboul, a recueilli cette histoire vraie auprès d'une compatriote. Elle pose un regard empathique sur ces femmes qui redoublent de ruses pour vivre dans un pays sous l'emprise talibane. Même dans cette famille, qui refuse les excès traditionalistes, les pressions sont fortes.
Le monde est vu depuis l'intérieur de la maisonnée où les rôles peuvent changer, s'inverser parfois : l'humanité des personnes, leurs idées, leurs valeurs, défont les idées reçues sur l'islamisation uniforme de la société. Du point de vue du couple formé par Nazir et Herra, l'histoire prend elle aussi une autre tournure : l'amour profond que les époux se portent est mis à l'épreuve par les principes traditionnels, contrarié par les jalousies et les rancoeurs, mais finalement rehaussé par la solidarité qui rapproche deux êtres lorsque le collectif veut faire pression sur leurs sentiments. Ils demeurent, quoiqu'il arrive, libres et souverains.
Une palette d'émotions
Le film est entièrement dessiné et animé par la graphiste et réalisatrice Michaela Pavlàtovà, plusieurs fois primée pour ses courts-métrages d'animation : Des mots, rien que des mots (1991), Repete (1995) et Tram (2012). Dans ce premier long métrage animé, le style graphique permet de se tenir au plus près des personnages, d'explorer leurs univers mentaux, traduisant leurs émotions et leurs peurs, leurs élans ou leurs émois. Grâce à l'animation, la réalisatrice peut passer derrière la grille du tchador pour laisser voir l'humour doux-amer d'une situation. Elle rend également l'histoire plus sensible et accessible. La ligne claire du dessin traduit avec limpidité les ambiances ; les éléments visuels accentuent la dimension dramatique, voire tragique du récit. La ville de Kaboul se met à exister sous nos yeux, tout comme vivent les personnages, se détachant parfaitement sur le camaïeu de décors, de couleurs et de costumes.
On peut condamner une société dont la religion et la culture assignent aux femmes une place si dépendante. Cependant, même au sein de cet enfer quotidien, Ma famille afghane, sans jamais ni juger ni condamner, fait comprendre les différences en s'intéressant à celles qui se battent ou à celles qui se soumettent, à ceux qui dominent et à ceux qui tolèrent. Tous et toutes possèdent cette capacité à émouvoir, cette propension à être aimé du spectateur : une altérité apparaît. L'animation possède la puissance de la faire vivre selon sa plus grande subtilité et sur toute la palette de ses émotions.
À VOIR
Ma famille afghane
M. Pavlàtovà, en salle.
Ciné-club
Projection du film Ma famille Afghane mardi 24 mai 2022 à 20h au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une discussion avec Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma.
40 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Cinéma Le Champo,
51, rue des Écoles, 75005 Paris
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 94-95[article] Guide des Sorties : Cinéma - Tchèque sous tchador [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine De Baecque, Auteur . - 2022 . - p. 94-95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 94-95
Mots-clés : cinéma film d'animation Prague Afghanistan tradition mariage mixte Note de contenu : Un film d'animation relate le quotidien d'une jeune Pragoise au sein de la famille afghane de son mari.
Une jeune étudiante tchèque quitte tout pour l'homme qu'elle vient de rencontrer à l'université de Prague. Il se nomme Nazir, il est Afghan. Herra arrive ainsi à Kaboul au début de l'année 2001 pour se marier au sein de sa nouvelle famille dans un pays dominé par les talibans depuis 1996. Elle doit s'adapter aux habitudes et aux coutumes d'une société traditionnelle, notamment celles qui placent les femmes dans une soumission qu'elle découvre avec son regard européen. Les différences culturelles et générationnelles sont troublantes, souvent humiliantes, mais parfois aussi réconfortantes.
Herra, blonde voilée, Tchèque sous tchador, devient la témoin et l'actrice des bouleversements que sa famille vit au quotidien. Car l'ensemble de la société afghane évolue : l'emprise des talibans se fait sentir mais celle des Occidentaux tout autant. L'armée américaine procure du travail à Nazir, devenu chauffeur, et une ONG emploie Herra, assistante pour un programme d'insertion familiale. L'arrivée de Maad, un orphelin peu ordinaire adopté par le couple qui ne parvient pas à avoir d'enfant, bouscule un peu plus son existence. Un jour, à la télévision, la famille assiste à l'attentat du 11 septembre 2001 ; il est évident que désormais tout va changer.
Ma famille afghane s'appuie sur deux principes. Tout d'abord, l'adaptation d'un roman de l'écrivaine tchèque Petra Prochazkova qui, journaliste à Kaboul, a recueilli cette histoire vraie auprès d'une compatriote. Elle pose un regard empathique sur ces femmes qui redoublent de ruses pour vivre dans un pays sous l'emprise talibane. Même dans cette famille, qui refuse les excès traditionalistes, les pressions sont fortes.
Le monde est vu depuis l'intérieur de la maisonnée où les rôles peuvent changer, s'inverser parfois : l'humanité des personnes, leurs idées, leurs valeurs, défont les idées reçues sur l'islamisation uniforme de la société. Du point de vue du couple formé par Nazir et Herra, l'histoire prend elle aussi une autre tournure : l'amour profond que les époux se portent est mis à l'épreuve par les principes traditionnels, contrarié par les jalousies et les rancoeurs, mais finalement rehaussé par la solidarité qui rapproche deux êtres lorsque le collectif veut faire pression sur leurs sentiments. Ils demeurent, quoiqu'il arrive, libres et souverains.
Une palette d'émotions
Le film est entièrement dessiné et animé par la graphiste et réalisatrice Michaela Pavlàtovà, plusieurs fois primée pour ses courts-métrages d'animation : Des mots, rien que des mots (1991), Repete (1995) et Tram (2012). Dans ce premier long métrage animé, le style graphique permet de se tenir au plus près des personnages, d'explorer leurs univers mentaux, traduisant leurs émotions et leurs peurs, leurs élans ou leurs émois. Grâce à l'animation, la réalisatrice peut passer derrière la grille du tchador pour laisser voir l'humour doux-amer d'une situation. Elle rend également l'histoire plus sensible et accessible. La ligne claire du dessin traduit avec limpidité les ambiances ; les éléments visuels accentuent la dimension dramatique, voire tragique du récit. La ville de Kaboul se met à exister sous nos yeux, tout comme vivent les personnages, se détachant parfaitement sur le camaïeu de décors, de couleurs et de costumes.
On peut condamner une société dont la religion et la culture assignent aux femmes une place si dépendante. Cependant, même au sein de cet enfer quotidien, Ma famille afghane, sans jamais ni juger ni condamner, fait comprendre les différences en s'intéressant à celles qui se battent ou à celles qui se soumettent, à ceux qui dominent et à ceux qui tolèrent. Tous et toutes possèdent cette capacité à émouvoir, cette propension à être aimé du spectateur : une altérité apparaît. L'animation possède la puissance de la faire vivre selon sa plus grande subtilité et sur toute la palette de ses émotions.
À VOIR
Ma famille afghane
M. Pavlàtovà, en salle.
Ciné-club
Projection du film Ma famille Afghane mardi 24 mai 2022 à 20h au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une discussion avec Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma.
40 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Cinéma Le Champo,
51, rue des Écoles, 75005 Paris
Guide des Sorties : Cinéma - Sans laisser de traces / Ania Szczepanska in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Sans laisser de traces Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Ania Szczepanska, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma film Varsovie bavure policière opinion publique Note de contenu : Jan P. Matuszewski relate le meurtre d'un jeune Polonais par la milice communiste à Varsovie en 1983.
Par un joli mois de mai, deux lycéens rejoignent le centre-ville de Varsovie et exultent de joie après les résultats du bac. La milice les interpelle sans raison apparente. Le contrôle d'identité tourne mal et l'insolence du jeune homme envers l'autorité provoque un déchaînement de violence. Après deux jours d'agonie, Grzegorz Przemyk, jeune poète de 18 ans lié par sa mère au mouvement Solidarnosc, succombe.
Cette histoire tragique qui s'est déroulée en 1983 n'est pourtant qu'un point de départ. Pour mettre en scène cette affaire quatre décennies plus tard, Jan P. Matuszynski s'appuie sur le passionnant reportage du journaliste Cezary Lazarewicz sorti en 2016. Le cinéaste, qui avait démontré son talent à représenter la vie quotidienne des Polonais dans la dernière décennie communiste (The Last Family, 2016), confirme ici sa compréhension juste et nuancée de cette époque. Il montre un Parti communiste divisé, un État soumis aux impératifs du ministère de l'Intérieur et des professionnels de la surveillance qui savent, avec zèle, entretenir la peur au sein de la société.
Thriller politique, le film ne porte pas tant sur la violence physique de la répression en Pologne communiste que sur les coulisses du pouvoir. Un an et demi après l'instauration de l'état de guerre par le général Jaruzelski, cette bavure policière devient le symbole d'un pouvoir autoritaire prêt à tout, jusqu'à l'absurde, pour sauver son image auprès de l'opinion publique nationale et internationale.
Détruire les individus
Le réalisateur donne à voir avec une précision chirurgicale les filatures et les opérations de discréditation. Toutes ces méthodes qui ne laissent pas de « traces » visibles (pour reprendre le titre original du film), mais qui se révèlent bien plus efficaces pour détruire les individus. Grâce à un rythme haletant et des acteurs brillants, le film renoue avec la grande tradition du cinéma de l'inquiétude morale des années 1970. Il montre une société qui souffre moins de carences matérielles que d'un rapport corrompu à l'État, à la vérité et à la justice. Un film nécessaire qui parle à partir du temps présent, inquiet pour l'indépendance de la justice et qui nous met en garde contre ceux qui « compromettent la justice polonaise par des manipulations cyniques ». Varsovie 1983, ou Varsovie tout court ?
À VOIR
Varsovie 83, une affaire d'État
J. P. Matuszynski, en salle le 4 mai.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 95[article] Guide des Sorties : Cinéma - Sans laisser de traces [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Ania Szczepanska, Auteur . - 2022 . - p. 95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 95
Mots-clés : cinéma film Varsovie bavure policière opinion publique Note de contenu : Jan P. Matuszewski relate le meurtre d'un jeune Polonais par la milice communiste à Varsovie en 1983.
Par un joli mois de mai, deux lycéens rejoignent le centre-ville de Varsovie et exultent de joie après les résultats du bac. La milice les interpelle sans raison apparente. Le contrôle d'identité tourne mal et l'insolence du jeune homme envers l'autorité provoque un déchaînement de violence. Après deux jours d'agonie, Grzegorz Przemyk, jeune poète de 18 ans lié par sa mère au mouvement Solidarnosc, succombe.
Cette histoire tragique qui s'est déroulée en 1983 n'est pourtant qu'un point de départ. Pour mettre en scène cette affaire quatre décennies plus tard, Jan P. Matuszynski s'appuie sur le passionnant reportage du journaliste Cezary Lazarewicz sorti en 2016. Le cinéaste, qui avait démontré son talent à représenter la vie quotidienne des Polonais dans la dernière décennie communiste (The Last Family, 2016), confirme ici sa compréhension juste et nuancée de cette époque. Il montre un Parti communiste divisé, un État soumis aux impératifs du ministère de l'Intérieur et des professionnels de la surveillance qui savent, avec zèle, entretenir la peur au sein de la société.
Thriller politique, le film ne porte pas tant sur la violence physique de la répression en Pologne communiste que sur les coulisses du pouvoir. Un an et demi après l'instauration de l'état de guerre par le général Jaruzelski, cette bavure policière devient le symbole d'un pouvoir autoritaire prêt à tout, jusqu'à l'absurde, pour sauver son image auprès de l'opinion publique nationale et internationale.
Détruire les individus
Le réalisateur donne à voir avec une précision chirurgicale les filatures et les opérations de discréditation. Toutes ces méthodes qui ne laissent pas de « traces » visibles (pour reprendre le titre original du film), mais qui se révèlent bien plus efficaces pour détruire les individus. Grâce à un rythme haletant et des acteurs brillants, le film renoue avec la grande tradition du cinéma de l'inquiétude morale des années 1970. Il montre une société qui souffre moins de carences matérielles que d'un rapport corrompu à l'État, à la vérité et à la justice. Un film nécessaire qui parle à partir du temps présent, inquiet pour l'indépendance de la justice et qui nous met en garde contre ceux qui « compromettent la justice polonaise par des manipulations cyniques ». Varsovie 1983, ou Varsovie tout court ?
À VOIR
Varsovie 83, une affaire d'État
J. P. Matuszynski, en salle le 4 mai.
Guide Médias - Staline vs Hitler / Julia BELLOT in L'Histoire, N° 495 (Mai 2022)
[article]
Titre : Guide Médias - Staline vs Hitler Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Julia BELLOT, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 96 Langues : Français (fre) Mots-clés : média documentaire dictateurs Hitler Staline Note de contenu : Michaël Prazan consacre un documentaire à la relation entre les deux dictateurs.
« J'ai compris quelle erreur fatale j'ai commise en attaquant Staline, confie Hitler au contre-amiral Voss avant de se suicider en avril 1945, il faut être un génie de la politique et de la stratégie pour organiser son peuple dans des conditions si défavorables, au milieu d'un combat sans précédent. Staline s'est révélé l'homme capable de faire ça. Si j'avais la chance de vivre encore et de diriger l'État, je prendrais exemple sur lui. »
Du pacte à l'affrontement
Hitler et Staline se sont fait face dans le plus meurtrier conflit de l'histoire. Malgré des idéologies différentes les deux dictateurs partagent des points communs : issus d'un milieu modeste de petite bourgeoisie, ces autodidactes ont fait leurs armes dans le coup de poing et l'agitation de rue. Hitler trouve sa vocation dans la Première Guerre mondiale et Staline dans la révolution bolchevique de 1917. Pourtant, lorsque Staline propose à Hitler de s'allier contre la Grande-Bretagne et la France, ce dernier refuse : il a pour ambition de conquérir les vastes territoires russes. Ce n'est qu'en août 1939 qu'un pacte de non-agression est signé en secret afin de permettre au IIIe Reich et à l'Union soviétique de se partager la Pologne. Mais dès juin 1941, à la grande surprise de Staline, Hitler rompt sa promesse et attaque. Rapidement, la Wehrmacht arrive aux portes de Moscou, mais l'Armée rouge parvient à repousser les soldats de Hitler. Se posant en barrière contre le fascisme, Staline s'allie finalement avec les États-Unis (entrés en guerre depuis 1941) pour reprendre les territoires annexés par le Reich et défaire le régime nazi.
Michaël Prazan retrace dans ce documentaire tout en archives colorisées la relation qui unit ces deux hommes : leurs jeux d'alliances, leur antagonisme meurtrier, mais aussi la fascination qu'ils suscitent l'un chez l'autre.
Image : © DR
A VOIR
Hitler-Staline, le choc des tyrans, M. Prazan, le lundi 9 mai 2022 à 21 h 10 sur France 3.
A LIRE
Entretien avec Michaël Prazan
« Dès 1933, Staline a cherché à entrer en contact avec Hitler », lhistoire.fr, avril 2022.
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 96[article] Guide Médias - Staline vs Hitler [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Julia BELLOT, Auteur . - 2022 . - p. 96.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 495 (Mai 2022) . - p. 96
Mots-clés : média documentaire dictateurs Hitler Staline Note de contenu : Michaël Prazan consacre un documentaire à la relation entre les deux dictateurs.
« J'ai compris quelle erreur fatale j'ai commise en attaquant Staline, confie Hitler au contre-amiral Voss avant de se suicider en avril 1945, il faut être un génie de la politique et de la stratégie pour organiser son peuple dans des conditions si défavorables, au milieu d'un combat sans précédent. Staline s'est révélé l'homme capable de faire ça. Si j'avais la chance de vivre encore et de diriger l'État, je prendrais exemple sur lui. »
Du pacte à l'affrontement
Hitler et Staline se sont fait face dans le plus meurtrier conflit de l'histoire. Malgré des idéologies différentes les deux dictateurs partagent des points communs : issus d'un milieu modeste de petite bourgeoisie, ces autodidactes ont fait leurs armes dans le coup de poing et l'agitation de rue. Hitler trouve sa vocation dans la Première Guerre mondiale et Staline dans la révolution bolchevique de 1917. Pourtant, lorsque Staline propose à Hitler de s'allier contre la Grande-Bretagne et la France, ce dernier refuse : il a pour ambition de conquérir les vastes territoires russes. Ce n'est qu'en août 1939 qu'un pacte de non-agression est signé en secret afin de permettre au IIIe Reich et à l'Union soviétique de se partager la Pologne. Mais dès juin 1941, à la grande surprise de Staline, Hitler rompt sa promesse et attaque. Rapidement, la Wehrmacht arrive aux portes de Moscou, mais l'Armée rouge parvient à repousser les soldats de Hitler. Se posant en barrière contre le fascisme, Staline s'allie finalement avec les États-Unis (entrés en guerre depuis 1941) pour reprendre les territoires annexés par le Reich et défaire le régime nazi.
Michaël Prazan retrace dans ce documentaire tout en archives colorisées la relation qui unit ces deux hommes : leurs jeux d'alliances, leur antagonisme meurtrier, mais aussi la fascination qu'ils suscitent l'un chez l'autre.
Image : © DR
A VOIR
Hitler-Staline, le choc des tyrans, M. Prazan, le lundi 9 mai 2022 à 21 h 10 sur France 3.
A LIRE
Entretien avec Michaël Prazan
« Dès 1933, Staline a cherché à entrer en contact avec Hitler », lhistoire.fr, avril 2022.





