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N° 496 - Juin 2022 - La Saint-Barthélemy - Le massacre des voisins = Le destin de Michaël Collins [texte imprimé (livres, articles, périodiques)]. Dossier : Il y a 450 ans, le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, un massacre de protestants ensanglante Paris, avant de se répéter dans le royaume. Il y a peut-être 10 000 morts : c’est l’épisode le plus violent et le plus tristement célèbre des quarante ans de guerres de Religion. Les responsabilités du drame, ses conséquences politiques ou ses ressorts anthropologiques ont été largement étudiés. Appuyé sur les travaux de Jérémie Foa, ce dossier propose d’aborder, à contre-pied, l’événement « par en bas », au plus près des acteurs anonymes du drame, tueurs, victimes, attentistes, hésitants ou même sauveurs. Avec Joël Cornette, Jérémie Foa, Philippe Hamon, Philippe Joutard, Inès Zahra. Événement Irlande, 22 août 1922 « Ils ont tué Michael Collins ! » Par Pierre Joannon Vétéran de l’insurrection de Pâques 1916, membre de l’IRA et du Sinn Féin, Michael Collins orchestre la lutte contre l’occupant britannique. Au point d’obtenir, en 1921, un traité de paix qui crée l’état libre d’Irlande. Mais il doit concéder la partition de l’île. Une décision que certains de ses anciens alliés ne lui pardonnent pas. Langues : Français (fre)
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[article]
Titre : L'édito - Arrêter le massacre ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : massacre Saint-Barthélemy complot morts Note de contenu : Dans un article fameux publié en 1992, Marc Venard proposait d'« arrêter le massacre » : sur la Saint-Barthélemy, l'exécution à Paris, le 24 août 1572, de quelques milliers de protestants, on ne trouverait plus rien de neuf.
A vrai dire, sur les grandes lignes, on avait tendance à le suivre. Rappelons les faits : le 22 août, alors que sont rassemblés dans la capitale des gentilshommes huguenots venus célébrer les noces d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, soeur du roi, un attentat est commis contre l'amiral de Coligny, leur très puissant chef. Il n'est que blessé, mais la tension monte. Le 23 août, pour contrer la menace (crainte réelle ou prétexte) d'un complot huguenot, décision est prise en Conseil du roi de faire exécuter les meneurs protestants. Le Conseil est secret et nul document ne l'atteste. Mais l'affaire a filtré. L'exécution est d'ailleurs assumée par Charles IX, le 26 août, après qu'il a entendu la messe.
Ce que le roi n'avait pas prévu, c'est le grand massacre du dimanche 24 août, déclenché peu avant l'aube et qui fit, notamment dans le Grand Quartier du Louvre, sans doute 3 000 à 4 000 morts. Bain de sang sur ordre ou déchaînement spontané ? Depuis quatre cent cinquante ans, les hypothèses vont bon train.
C'est qu'il est en histoire des dossiers si épais qu'ils ne se referment jamais, comme s'il fallait fouiller toujours plus la boue du fond des marécages à la recherche d'un indice qui nous aide à éclairer l'horrible. Épisode dramatique au coeur de la capitale et des grandes villes du royaume (faisant peut-être 10 000 morts en tout), la Saint-Barthélemy est de ceux-là. Marc Venard se trompait. Plusieurs grands livres ont suivi, de Denis Crouzet ou Arlette Jouanna, notamment. Mais il s'agissait encore d'élucider les motivations qui, au sommet, pouvaient expliquer l'épisode.
Tout autre est la démarche de notre dossier. Ce qui nous occupe ici, c'est de comprendre ce qu'il s'est passé dans les rues de Paris quand une proscription a dégénéré en massacre. Reprenant à nouveaux frais les sources judiciaires (registres d'écrous, archives criminelles du Parlement...) mais aussi les sources privées des notaires, Jérémie Foa fait un pas de côté. Ce qu'il cherche n'est pas un ordre de massacre, mais les signes de déchirement d'un tissu social (dénonciations, incarcérations, plaintes de voisins, mariages défaits, etc.).
Nourri par les travaux des historiens du contemporain sur les pogroms en Pologne ou le génocide des Tutsi, il montre comment le prétendu déchaînement de la « populace » est une opération patiemment construite qui sépare de l'autre une partie de la population.
Depuis des années, à Paris, les huguenots étaient persécutés, arrêtés, relâchés mais fichés. Voilà ce que montrent les archives. Il suffit, un jour dit, de quelques tueurs déterminés pour rendre compte d'un bilan si macabre. Nul besoin d'imaginer une haine viscérale et généralisée. La plupart des catholiques ne se sont pas transformés en bourreaux. Il y eut même des justes pour sauver des protestants à Paris, et dans les provinces pendant les semaines qui suivirent. Mais pour que le massacre puisse avoir lieu, il lui fallait un terrain favorable.
Le crime se prépare dans les têtes.
A nos lecteurs : nous avons tenu bon pendant ces deux années de pandémie et servi chaque mois un numéro bouclé parfois dans des conditions acrobatiques. Nous ne pouvons rien contre la hausse brutale du coût du papier qui frappe les journaux et l'édition. Elle nous contraint à augmenter le prix de votre revue (6,90 €). Merci pour votre confiance.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 3[article] L'édito - Arrêter le massacre ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 3
Mots-clés : massacre Saint-Barthélemy complot morts Note de contenu : Dans un article fameux publié en 1992, Marc Venard proposait d'« arrêter le massacre » : sur la Saint-Barthélemy, l'exécution à Paris, le 24 août 1572, de quelques milliers de protestants, on ne trouverait plus rien de neuf.
A vrai dire, sur les grandes lignes, on avait tendance à le suivre. Rappelons les faits : le 22 août, alors que sont rassemblés dans la capitale des gentilshommes huguenots venus célébrer les noces d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, soeur du roi, un attentat est commis contre l'amiral de Coligny, leur très puissant chef. Il n'est que blessé, mais la tension monte. Le 23 août, pour contrer la menace (crainte réelle ou prétexte) d'un complot huguenot, décision est prise en Conseil du roi de faire exécuter les meneurs protestants. Le Conseil est secret et nul document ne l'atteste. Mais l'affaire a filtré. L'exécution est d'ailleurs assumée par Charles IX, le 26 août, après qu'il a entendu la messe.
Ce que le roi n'avait pas prévu, c'est le grand massacre du dimanche 24 août, déclenché peu avant l'aube et qui fit, notamment dans le Grand Quartier du Louvre, sans doute 3 000 à 4 000 morts. Bain de sang sur ordre ou déchaînement spontané ? Depuis quatre cent cinquante ans, les hypothèses vont bon train.
C'est qu'il est en histoire des dossiers si épais qu'ils ne se referment jamais, comme s'il fallait fouiller toujours plus la boue du fond des marécages à la recherche d'un indice qui nous aide à éclairer l'horrible. Épisode dramatique au coeur de la capitale et des grandes villes du royaume (faisant peut-être 10 000 morts en tout), la Saint-Barthélemy est de ceux-là. Marc Venard se trompait. Plusieurs grands livres ont suivi, de Denis Crouzet ou Arlette Jouanna, notamment. Mais il s'agissait encore d'élucider les motivations qui, au sommet, pouvaient expliquer l'épisode.
Tout autre est la démarche de notre dossier. Ce qui nous occupe ici, c'est de comprendre ce qu'il s'est passé dans les rues de Paris quand une proscription a dégénéré en massacre. Reprenant à nouveaux frais les sources judiciaires (registres d'écrous, archives criminelles du Parlement...) mais aussi les sources privées des notaires, Jérémie Foa fait un pas de côté. Ce qu'il cherche n'est pas un ordre de massacre, mais les signes de déchirement d'un tissu social (dénonciations, incarcérations, plaintes de voisins, mariages défaits, etc.).
Nourri par les travaux des historiens du contemporain sur les pogroms en Pologne ou le génocide des Tutsi, il montre comment le prétendu déchaînement de la « populace » est une opération patiemment construite qui sépare de l'autre une partie de la population.
Depuis des années, à Paris, les huguenots étaient persécutés, arrêtés, relâchés mais fichés. Voilà ce que montrent les archives. Il suffit, un jour dit, de quelques tueurs déterminés pour rendre compte d'un bilan si macabre. Nul besoin d'imaginer une haine viscérale et généralisée. La plupart des catholiques ne se sont pas transformés en bourreaux. Il y eut même des justes pour sauver des protestants à Paris, et dans les provinces pendant les semaines qui suivirent. Mais pour que le massacre puisse avoir lieu, il lui fallait un terrain favorable.
Le crime se prépare dans les têtes.
A nos lecteurs : nous avons tenu bon pendant ces deux années de pandémie et servi chaque mois un numéro bouclé parfois dans des conditions acrobatiques. Nous ne pouvons rien contre la hausse brutale du coût du papier qui frappe les journaux et l'édition. Elle nous contraint à augmenter le prix de votre revue (6,90 €). Merci pour votre confiance.
Forum (juin 2022) in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Forum (juin 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : forum Etoile jaune racisme prisonniers Note de contenu : L'étoile en vue
Au sujet de l'article de Claire Zalc sur l'étoile jaune (L'Histoire n° 495, p. 16), un lecteur fait remarquer que l'attitude de « ne pas voir l'étoile jaune n'est pas forcément synonyme d'indifférence ». Cela se lit chez Sartre, qui « ne voulait pas faire du Juif un "objet de commisération", mais le considérer comme un être humain comme les autres. Ce n'était pas de l'indifférence ». François Giroudot précise que les Juifs devaient emprunter la dernière voiture des rames de métro et non leur dernière rame, comme nous l'avons écrit. Il perçoit par ailleurs la survivante photographiée p. 21 comme affichant une expression qui ne relève pas nécessairement du « dégoût », sa manière de tenir son étoile par la pointe du haut pouvant s'expliquer par le souci de « la rendre bien visible ».
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 4[article] Forum (juin 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 4
Mots-clés : forum Etoile jaune racisme prisonniers Note de contenu : L'étoile en vue
Au sujet de l'article de Claire Zalc sur l'étoile jaune (L'Histoire n° 495, p. 16), un lecteur fait remarquer que l'attitude de « ne pas voir l'étoile jaune n'est pas forcément synonyme d'indifférence ». Cela se lit chez Sartre, qui « ne voulait pas faire du Juif un "objet de commisération", mais le considérer comme un être humain comme les autres. Ce n'était pas de l'indifférence ». François Giroudot précise que les Juifs devaient emprunter la dernière voiture des rames de métro et non leur dernière rame, comme nous l'avons écrit. Il perçoit par ailleurs la survivante photographiée p. 21 comme affichant une expression qui ne relève pas nécessairement du « dégoût », sa manière de tenir son étoile par la pointe du haut pouvant s'expliquer par le souci de « la rendre bien visible ».On va en parler - Expérimentations médicales nazies à Strasbourg / Bruno Calvès in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Expérimentations médicales nazies à Strasbourg Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Bruno Calvès, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : expérimentations médecins nazis victimes Note de contenu :
Le 3 mai 2022, un rapport de 500 pages était présenté à l'Institut d'anatomie normale et pathologique de l'université de Strasbourg : le lieu des crimes.
Derrière le sobre intitulé Rapport final de la Commission historique pour l'histoire de la faculté de médecine de la Reichsuniversität Strassburg, 1941-1944, se dissimule un travail conduit par une équipe internationale et pluridisciplinaire coordonnée par Christian Bonah, Florian Schmaltz et Paul Weindling : celui des expérimentations humaines criminelles et des collections médico-scientifiques qui leur sont liées, réalisées entre 1941 et 1944 par des médecins et chercheurs allemands dont Hirt, Haagen, Bickenbach et Klinge.
Tout commence en 2015 quand le docteur Raphaël Toledano retrouve un document mentionnant deux bocaux contenant des restes humains oubliés dans une pièce de l'Institut. Des milliers de dossiers sont ensuite identifiés. Le rapport revient sur les 86 hommes et femmes juifs transférés en 1943 depuis Auschwitz vers la chambre à gaz du camp de concentration du Struthof, à une heure de Strasbourg en Alsace annexée, afin d'y être, une fois assassinés, « étudiés » et disséqués. Le rapport fait aussi la lumière sur les autres expérimentations conduites sur des malades mentaux, des prisonniers de guerre, des travailleurs forcés, des condamnés à mort.
Ce travail sera complété en 2023 par une publication aux Presses universitaires de Strasbourg et, dès le 6 mai 2022, par une exposition présentée au Centre européen du Résistant déporté sur le site de l'ancien camp Natzweiler-Struthof.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 6[article] On va en parler - Expérimentations médicales nazies à Strasbourg [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Bruno Calvès, Auteur . - 2022 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 6
Mots-clés : expérimentations médecins nazis victimes Note de contenu :
Le 3 mai 2022, un rapport de 500 pages était présenté à l'Institut d'anatomie normale et pathologique de l'université de Strasbourg : le lieu des crimes.
Derrière le sobre intitulé Rapport final de la Commission historique pour l'histoire de la faculté de médecine de la Reichsuniversität Strassburg, 1941-1944, se dissimule un travail conduit par une équipe internationale et pluridisciplinaire coordonnée par Christian Bonah, Florian Schmaltz et Paul Weindling : celui des expérimentations humaines criminelles et des collections médico-scientifiques qui leur sont liées, réalisées entre 1941 et 1944 par des médecins et chercheurs allemands dont Hirt, Haagen, Bickenbach et Klinge.
Tout commence en 2015 quand le docteur Raphaël Toledano retrouve un document mentionnant deux bocaux contenant des restes humains oubliés dans une pièce de l'Institut. Des milliers de dossiers sont ensuite identifiés. Le rapport revient sur les 86 hommes et femmes juifs transférés en 1943 depuis Auschwitz vers la chambre à gaz du camp de concentration du Struthof, à une heure de Strasbourg en Alsace annexée, afin d'y être, une fois assassinés, « étudiés » et disséqués. Le rapport fait aussi la lumière sur les autres expérimentations conduites sur des malades mentaux, des prisonniers de guerre, des travailleurs forcés, des condamnés à mort.
Ce travail sera complété en 2023 par une publication aux Presses universitaires de Strasbourg et, dès le 6 mai 2022, par une exposition présentée au Centre européen du Résistant déporté sur le site de l'ancien camp Natzweiler-Struthof.
On va en parler (juin 2022) in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : On va en parler (juin 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6-7 Langues : Français (fre) Mots-clés : Mémorial esclavage ouverture centenaire palais de Venise grand prix livre Maroc Note de contenu : Colombey
MÉMORIAL
Le Mémorial Charles-de-Gaulle de Colombey-les-Deux-Églises se dote d'un conseil scientifique, présidé par Julian Jackson, dont les missions seront notamment d'organiser des rencontres scientifiques et de proposer une programmation d'expositions. Une initiative qui coïncide avec la cérémonie officielle des 50 ans de la Croix de Lorraine, qui aura lieu le 18 juin.
Rwanda
COLLOQUE
Le rapport Duclert, établi par la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda, déjà disponible en français, l'est désormais en anglais sur le site vie-publique.fr Trois autres initiatives sont en cours : un colloque international organisé avec l'université du Rwanda à Kigali et à Butare (11-19 septembre), un numéro de la revue Le Genre humain (janvier 2023) et la préfiguration du CIRRE (Centre international de recherche et de ressources sur les génocides et processus génocidaires), figurant dans les recommandations du rapport Duclert.
Archives nationales
ESCLAVAGE
La nouvelle exposition du cycle « Les Essentiels » organisé aux Archives Nationales présente le décret d'abolition de l'esclavage de 1848, jusqu'au 5 septembre, sur le site de Paris, à l'hôtel de Soubise. Entrée libre !
Archives Papon
OUVERTURE
Les ministères de la Justice et de la Culture ont autorisé de manière anticipée dix ans avant la date normalement prévue, par un arrêté publié le 28 mars 2022, l'accès aux archives des procès impliquant Maurice Papon, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité pour son rôle dans la déportation de Juifs entre 1942 et 1944. Ces documents étaient conservés aux Archives nationales, de Gironde et du ministère de la Justice. Cette ouverture s'inscrit dans le prolongement d'une série d'arrêtés qui, entre 1998 et 2015, ont permis l'accès progressif aux fonds d'archives publiques relatifs à la Seconde Guerre mondiale.
Festival
LE PRINTEMPS DE L'HISTOIRE
Le Réseau universitaire de chercheurs en histoire environnementale (RUCHE) lance son premier festival. « La Ruche de l'histoire. Le printemps de l'histoire environnementale », chapeauté par François Jarrige, Solène Rivoal, Renaud Bécot ou encore Steve Hagimont, se tient du 1er au 17 juin dans plusieurs villes de France. Le festival est organisé en partenariat avec de nombreuses revues, associations et institutions telles que les Archives nationales ou encore la collection « Anthropocène » (Seuil).
9e édition
RENCONTRES RECHERCHE ET CRÉATION
« Contes, mondes et récits » : c'est le thème de la 9e édition des Rencontres Recherche et Création qui se tient les 11 et 12 juillet à Avignon et en ligne. Guillaume Blanc confronte les récits de voyage et la gestion des grands parcs africains pour explorer le rêve de nature sauvage. Le 12 juillet, Irène Herrmann questionne la place du récit dans la légitimation des guerres tandis qu'Olivier Morin revient sur les transformations du mythe d'Iphigénie. Arnaud Orain analyse la production culturelle née des grandes crises financières et Mary O'Sullivan confronte le « conte » capitaliste avec la réalité.
https://www.recherche-creation-avignon.fr
Cité cheminote
CENTENAIRE
La ville de Lomme organise conférences et expositions pour célébrer le centenaire de la cité cheminote de la Délivrance, à Lille. La revue Le Bavard de Délivrance publie aussi un numéro spécial à cette occasion.
Nantes
STATUE
Le général Lamoricière a sa statue à Saint-Philibert-de-Grand-Lieu, à une vingtaine de kilomètres de Nantes. Une statue de 5 mètres de haut le montrant sabre au clair, tête ornée d'une chéchia, et signalant qu'il fut vainqueur d'Abd el-Kader en 1847. Or un monument érigé à l'honneur de ce dernier à Amboise a été découvert vandalisé le 5 février 2022 au matin. La statue du général risque donc d'être déboulonnée, dernier rebondissement puisqu'elle fut initialement érigée à Constantine, rapatriée à Marseille en 1962, envoyée à Nantes et finalement récupérée par la commune natale de Lamoricière.
Venise
PALAIS
Le palais des Vieilles Procuraties, sur la place Saint-Marc, est accessible au public pour la première fois depuis... 500 ans, après une ambitieuse rénovation. Le bâtiment qui abritait les procurateurs de la Sérénissime, chargés du Trésor et des affaires sociales, est aujourd'hui propriété de l'assureur Generali.
Guadeloupe
TIMBRE
Un timbre à l'effigie de la Guadeloupéenne Solitude, figure de la résistance à l'esclavage, exécutée en 1802 par l'armée coloniale, est disponible dans certains bureaux de poste ou par correspondance (www.laposte.fr).
Père Lachaise
ENCHÈRES
L'aviateur André-Louis Tachard, tombé pour la France en 1917, avait au Père Lachaise un tombeau orné d'une sculpture d'Henri Laurens, dans un beau style Art Déco. Les héritiers avaient décidé de la vendre aux enchères. Une pétition lancée par le Souvenir français les a fait renoncer à ce projet.
SDN
ARCHIVES
La numérisation de l'ensemble des archives - 15 millions de pages de textes, photographies, cartes -, commencée en 2017, sera achevée à la fin de l'année et accessible sur https://lontad-project.unog.ch ; l'Unesco les a inscrites au Registre de la mémoire du monde.
Paris
FEMMES ET GENRES DANS LE MONDE ARABE
L'édition 2022 des Journées de L'Histoire de l'Institut du monde arabe se tient les 10, 11 et 12 juin sur le thème « Femmes et genres ». Ces journées sont coprésidées par Michelle Perrot et Wassyla Tamzali, qui présenteront notamment leur récent ouvrage La tristesse est un mur entre deux jardins (Odile Jacob, 2022). Nouzha Guessous, Lydia Haddag et Sana Ben Achour participeront à une table ronde sur « Les féministes en action : comment s'adaptent-elles aux contextes politiques et nationaux ? Algérie, Tunisie, Maroc ». Wissam Halawi, Azadeh Kian et Sabrina Mervin discuteront des figures de femmes dans l'islam chiite.
L'Histoire, en partenariat avec l'INA et l'APHG, organise une table ronde le samedi 11 juin : « Femmes en luttes, histoires et mémoires de la guerre d'indépendance algérienne », avec Raphaëlle Branche, Denis Leroux et Tramor Quemeneur.
Les sept livres retenus à l'IMA pour le Grand Prix de l'Académie royale du Maroc
Au pied du mur. Vie et mort du quartier maghrébin de Jérusalem de Vincent Lemire (Seuil)
Les Papyrus de la mer Rouge de Pierre Tallet (Errance-Actes Sud)
Histoire de l'Algérie et de ses mémoires d'Emmanuel Alcaraz (Karthala)
Le Milieu des mondes. Une histoire laïque du Moyen-Orient de Jean-Pierre Filiu (Seuil)
Partis politiques et protestations au Maroc de Mounia Bennani-Chraïbi (PUR)
Algérie, 1914-1962 de Jacques Frémeaux (Éditions du Rocher)
Islam et politique au XXe siècle de Daniel Rivet (La Découverte)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 6-7[article] On va en parler (juin 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6-7.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 6-7
Mots-clés : Mémorial esclavage ouverture centenaire palais de Venise grand prix livre Maroc Note de contenu : Colombey
MÉMORIAL
Le Mémorial Charles-de-Gaulle de Colombey-les-Deux-Églises se dote d'un conseil scientifique, présidé par Julian Jackson, dont les missions seront notamment d'organiser des rencontres scientifiques et de proposer une programmation d'expositions. Une initiative qui coïncide avec la cérémonie officielle des 50 ans de la Croix de Lorraine, qui aura lieu le 18 juin.
Rwanda
COLLOQUE
Le rapport Duclert, établi par la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda, déjà disponible en français, l'est désormais en anglais sur le site vie-publique.fr Trois autres initiatives sont en cours : un colloque international organisé avec l'université du Rwanda à Kigali et à Butare (11-19 septembre), un numéro de la revue Le Genre humain (janvier 2023) et la préfiguration du CIRRE (Centre international de recherche et de ressources sur les génocides et processus génocidaires), figurant dans les recommandations du rapport Duclert.
Archives nationales
ESCLAVAGE
La nouvelle exposition du cycle « Les Essentiels » organisé aux Archives Nationales présente le décret d'abolition de l'esclavage de 1848, jusqu'au 5 septembre, sur le site de Paris, à l'hôtel de Soubise. Entrée libre !
Archives Papon
OUVERTURE
Les ministères de la Justice et de la Culture ont autorisé de manière anticipée dix ans avant la date normalement prévue, par un arrêté publié le 28 mars 2022, l'accès aux archives des procès impliquant Maurice Papon, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité pour son rôle dans la déportation de Juifs entre 1942 et 1944. Ces documents étaient conservés aux Archives nationales, de Gironde et du ministère de la Justice. Cette ouverture s'inscrit dans le prolongement d'une série d'arrêtés qui, entre 1998 et 2015, ont permis l'accès progressif aux fonds d'archives publiques relatifs à la Seconde Guerre mondiale.
Festival
LE PRINTEMPS DE L'HISTOIRE
Le Réseau universitaire de chercheurs en histoire environnementale (RUCHE) lance son premier festival. « La Ruche de l'histoire. Le printemps de l'histoire environnementale », chapeauté par François Jarrige, Solène Rivoal, Renaud Bécot ou encore Steve Hagimont, se tient du 1er au 17 juin dans plusieurs villes de France. Le festival est organisé en partenariat avec de nombreuses revues, associations et institutions telles que les Archives nationales ou encore la collection « Anthropocène » (Seuil).
9e édition
RENCONTRES RECHERCHE ET CRÉATION
« Contes, mondes et récits » : c'est le thème de la 9e édition des Rencontres Recherche et Création qui se tient les 11 et 12 juillet à Avignon et en ligne. Guillaume Blanc confronte les récits de voyage et la gestion des grands parcs africains pour explorer le rêve de nature sauvage. Le 12 juillet, Irène Herrmann questionne la place du récit dans la légitimation des guerres tandis qu'Olivier Morin revient sur les transformations du mythe d'Iphigénie. Arnaud Orain analyse la production culturelle née des grandes crises financières et Mary O'Sullivan confronte le « conte » capitaliste avec la réalité.
https://www.recherche-creation-avignon.fr
Cité cheminote
CENTENAIRE
La ville de Lomme organise conférences et expositions pour célébrer le centenaire de la cité cheminote de la Délivrance, à Lille. La revue Le Bavard de Délivrance publie aussi un numéro spécial à cette occasion.
Nantes
STATUE
Le général Lamoricière a sa statue à Saint-Philibert-de-Grand-Lieu, à une vingtaine de kilomètres de Nantes. Une statue de 5 mètres de haut le montrant sabre au clair, tête ornée d'une chéchia, et signalant qu'il fut vainqueur d'Abd el-Kader en 1847. Or un monument érigé à l'honneur de ce dernier à Amboise a été découvert vandalisé le 5 février 2022 au matin. La statue du général risque donc d'être déboulonnée, dernier rebondissement puisqu'elle fut initialement érigée à Constantine, rapatriée à Marseille en 1962, envoyée à Nantes et finalement récupérée par la commune natale de Lamoricière.
Venise
PALAIS
Le palais des Vieilles Procuraties, sur la place Saint-Marc, est accessible au public pour la première fois depuis... 500 ans, après une ambitieuse rénovation. Le bâtiment qui abritait les procurateurs de la Sérénissime, chargés du Trésor et des affaires sociales, est aujourd'hui propriété de l'assureur Generali.
Guadeloupe
TIMBRE
Un timbre à l'effigie de la Guadeloupéenne Solitude, figure de la résistance à l'esclavage, exécutée en 1802 par l'armée coloniale, est disponible dans certains bureaux de poste ou par correspondance (www.laposte.fr).
Père Lachaise
ENCHÈRES
L'aviateur André-Louis Tachard, tombé pour la France en 1917, avait au Père Lachaise un tombeau orné d'une sculpture d'Henri Laurens, dans un beau style Art Déco. Les héritiers avaient décidé de la vendre aux enchères. Une pétition lancée par le Souvenir français les a fait renoncer à ce projet.
SDN
ARCHIVES
La numérisation de l'ensemble des archives - 15 millions de pages de textes, photographies, cartes -, commencée en 2017, sera achevée à la fin de l'année et accessible sur https://lontad-project.unog.ch ; l'Unesco les a inscrites au Registre de la mémoire du monde.
Paris
FEMMES ET GENRES DANS LE MONDE ARABE
L'édition 2022 des Journées de L'Histoire de l'Institut du monde arabe se tient les 10, 11 et 12 juin sur le thème « Femmes et genres ». Ces journées sont coprésidées par Michelle Perrot et Wassyla Tamzali, qui présenteront notamment leur récent ouvrage La tristesse est un mur entre deux jardins (Odile Jacob, 2022). Nouzha Guessous, Lydia Haddag et Sana Ben Achour participeront à une table ronde sur « Les féministes en action : comment s'adaptent-elles aux contextes politiques et nationaux ? Algérie, Tunisie, Maroc ». Wissam Halawi, Azadeh Kian et Sabrina Mervin discuteront des figures de femmes dans l'islam chiite.
L'Histoire, en partenariat avec l'INA et l'APHG, organise une table ronde le samedi 11 juin : « Femmes en luttes, histoires et mémoires de la guerre d'indépendance algérienne », avec Raphaëlle Branche, Denis Leroux et Tramor Quemeneur.
Les sept livres retenus à l'IMA pour le Grand Prix de l'Académie royale du Maroc
Au pied du mur. Vie et mort du quartier maghrébin de Jérusalem de Vincent Lemire (Seuil)
Les Papyrus de la mer Rouge de Pierre Tallet (Errance-Actes Sud)
Histoire de l'Algérie et de ses mémoires d'Emmanuel Alcaraz (Karthala)
Le Milieu des mondes. Une histoire laïque du Moyen-Orient de Jean-Pierre Filiu (Seuil)
Partis politiques et protestations au Maroc de Mounia Bennani-Chraïbi (PUR)
Algérie, 1914-1962 de Jacques Frémeaux (Éditions du Rocher)
Islam et politique au XXe siècle de Daniel Rivet (La Découverte)
On va en parler - Les gens (juin 2022) in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Les gens (juin 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : hommages gens Note de contenu :
Sylvie Lindeperg
Prix Malesherbes
L'historienne vient d'être récompensée pour Nuremberg, la bataille des images (Payot, 2021).
Isabelle Autissier
Présidente
La navigatrice sera la présidente des 25e Rendez-vous de l'histoire de Blois sur le thème de la mer.
Marc Schwartz
Monnaie de Paris
Président-directeur général de la Monnaie de Paris pour un deuxième mandat. L'institution qui frappe les monnaies et médailles propose aussi au 11, quai de Conti, des expositions à caractère historique.
Jean-Pierre Langellier
Biographe primé
Spécialiste de l'Afrique, il a reçu le Prix Goncourt de la biographie Edmonde Charles-Roux pour Léopold Sédar Senghor (Perrin, 2021).
Hommages
Philippe Haudrère
Le spécialiste de l'océan Indien au XVIIIe siècle est mort le 18 novembre 2021 à 81 ans. Parmi les publications de ce moderniste qui enseigna à l'université d'Angers, Les Français dans l'océan Indien, XVIIe-XIXe siècle (Rennes, PUR, 2014) et Les Compagnies des Indes orientales, trois siècles de rencontre entre Orientaux et Occidentaux, 1600-1858 (Desjonquères, 2006).
Jean Meyer
Jean Meyer est décédé le 18 avril 2022, à 97 ans. On retiendra de son oeuvre foisonnante des synthèses sur la monarchie, des biographies et bien sûr des ouvrages consacrés à la Bretagne (La Noblesse bretonne au XVIIIe siècle et L'Armement nantais au XVIIIe siècle, SEVPEN, 1966 et 1968). Il impulsa aussi de nombreuses recherches, notamment en histoire maritime.
Patrice Pomey
Patrice Pomey est mort le 7 mars 2021 à 77 ans. Spécialiste de l'histoire de l'architecture navale sur une large période chronologique, de l'Égypte pharaonique à l'époque byzantine et au-delà, il a également contribué à l'essor de l'archéologie sous-marine française et à son rayonnement international par ses fouilles et la création du bureau d'archéologie navale.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 8[article] On va en parler - Les gens (juin 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 8
Mots-clés : hommages gens Note de contenu :
Sylvie Lindeperg
Prix Malesherbes
L'historienne vient d'être récompensée pour Nuremberg, la bataille des images (Payot, 2021).
Isabelle Autissier
Présidente
La navigatrice sera la présidente des 25e Rendez-vous de l'histoire de Blois sur le thème de la mer.
Marc Schwartz
Monnaie de Paris
Président-directeur général de la Monnaie de Paris pour un deuxième mandat. L'institution qui frappe les monnaies et médailles propose aussi au 11, quai de Conti, des expositions à caractère historique.
Jean-Pierre Langellier
Biographe primé
Spécialiste de l'Afrique, il a reçu le Prix Goncourt de la biographie Edmonde Charles-Roux pour Léopold Sédar Senghor (Perrin, 2021).
Hommages
Philippe Haudrère
Le spécialiste de l'océan Indien au XVIIIe siècle est mort le 18 novembre 2021 à 81 ans. Parmi les publications de ce moderniste qui enseigna à l'université d'Angers, Les Français dans l'océan Indien, XVIIe-XIXe siècle (Rennes, PUR, 2014) et Les Compagnies des Indes orientales, trois siècles de rencontre entre Orientaux et Occidentaux, 1600-1858 (Desjonquères, 2006).
Jean Meyer
Jean Meyer est décédé le 18 avril 2022, à 97 ans. On retiendra de son oeuvre foisonnante des synthèses sur la monarchie, des biographies et bien sûr des ouvrages consacrés à la Bretagne (La Noblesse bretonne au XVIIIe siècle et L'Armement nantais au XVIIIe siècle, SEVPEN, 1966 et 1968). Il impulsa aussi de nombreuses recherches, notamment en histoire maritime.
Patrice Pomey
Patrice Pomey est mort le 7 mars 2021 à 77 ans. Spécialiste de l'histoire de l'architecture navale sur une large période chronologique, de l'Égypte pharaonique à l'époque byzantine et au-delà, il a également contribué à l'essor de l'archéologie sous-marine française et à son rayonnement international par ses fouilles et la création du bureau d'archéologie navale.
Evénement : Ils ont tué Michael Collins ! / Pierre Joannon in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Evénement : Ils ont tué Michael Collins ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Joannon, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 12-18 Langues : Français (fre) Mots-clés : Michaël Collins IRA Etat libre Irlande Note de contenu : Vétéran de l'insurrection de Pâques 1916, membre de l'IRA et du Sinn Féin, Michael Collins orchestre la lutte contre l'occupant britannique. Au point d'obtenir, en 1921, un traité de paix qui crée l'État libre d'Irlande. Mais il doit concéder la partition de l'île. Une décision que certains de ses anciens alliés ne lui pardonnent pas.
Considéré à bon droit comme le stratège de la guérilla contre les forces de la couronne britannique en Irlande et comme l'un des pères de la nation accouchée au forceps au lendemain du premier conflit mondial, Michael Collins voit le jour le 16 octobre 1890 à Woodfield, dans le West Cork. De vieille souche gaèle rétive à l'occupation anglaise, sa famille baigne dans le souvenir des rébellions avortées contre un système politique et social honni.
Pour un adolescent en quête d'avenir, il n'est guère d'espoir en dehors de l'émigration. Le petit Mick a tout juste 15 ans lorsqu'il débarque à Londres où, pendant dix ans, il s'adonne aux activités les plus diverses : guichetier à la poste de West Kensington, fonctionnaire au Board of Trade, commis d'agent de change dans la City, préposé aux écritures à la Guaranty Trust. Pour autant, le gratte-papier n'oublie pas d'où il vient. Sa soif d'action trouve un exutoire dans les rangs de la Gaelic Athletic Association, qui a remis en honn ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 12-18[article] Evénement : Ils ont tué Michael Collins ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Joannon, Auteur . - 2022 . - p. 12-18.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 12-18
Mots-clés : Michaël Collins IRA Etat libre Irlande Note de contenu : Vétéran de l'insurrection de Pâques 1916, membre de l'IRA et du Sinn Féin, Michael Collins orchestre la lutte contre l'occupant britannique. Au point d'obtenir, en 1921, un traité de paix qui crée l'État libre d'Irlande. Mais il doit concéder la partition de l'île. Une décision que certains de ses anciens alliés ne lui pardonnent pas.
Considéré à bon droit comme le stratège de la guérilla contre les forces de la couronne britannique en Irlande et comme l'un des pères de la nation accouchée au forceps au lendemain du premier conflit mondial, Michael Collins voit le jour le 16 octobre 1890 à Woodfield, dans le West Cork. De vieille souche gaèle rétive à l'occupation anglaise, sa famille baigne dans le souvenir des rébellions avortées contre un système politique et social honni.
Pour un adolescent en quête d'avenir, il n'est guère d'espoir en dehors de l'émigration. Le petit Mick a tout juste 15 ans lorsqu'il débarque à Londres où, pendant dix ans, il s'adonne aux activités les plus diverses : guichetier à la poste de West Kensington, fonctionnaire au Board of Trade, commis d'agent de change dans la City, préposé aux écritures à la Guaranty Trust. Pour autant, le gratte-papier n'oublie pas d'où il vient. Sa soif d'action trouve un exutoire dans les rangs de la Gaelic Athletic Association, qui a remis en honn ...
Actualité : La méthode Champollion / Françoise BRIQUEL-CHATONNET in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Actualité : La méthode Champollion Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Françoise BRIQUEL-CHATONNET, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 20-21 Langues : Français (fre) Mots-clés : Champollion hiéroglyphes décryptage 1822 Note de contenu : Plusieurs expositions, cette année, évoquent le décryptage des hiéroglyphes par Champollion en 1822. Une découverte qui s'inscrit dans la lignée des travaux de l'abbé Barthélemy.
L'envoi par Jean-François Champollion, en septembre 1822, de sa « Lettre à M. Dacier », secrétaire perpétuel de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, « relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques employés par les Égyptiens pour inscrire sur leurs monuments les titres, les noms et les surnoms de souverains grecs et romains », est considéré comme le moment où le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens fut acquis. Il s'agit en fait d'une étape d'un long processus. Champollion y montre que des signes phonétiques unilitères, notant une seule consonne comme dans les alphabets sémitiques, ont été utilisés pour noter les noms étrangers des pharaons de l'époque hellénistique (Ptolémée, Cléopâtre). Mais aussi qu'ils étaient déjà présents à l'époque pharaonique, et que l'écriture comprenait des signes de mots ou d'idées, des idéogrammes. Il avait donc compris le caractère phonétique et idéographique de l'écriture. Si le principe était acquis, le corpus alors co ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 20-21[article] Actualité : La méthode Champollion [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Françoise BRIQUEL-CHATONNET, Auteur . - 2022 . - p. 20-21.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 20-21
Mots-clés : Champollion hiéroglyphes décryptage 1822 Note de contenu : Plusieurs expositions, cette année, évoquent le décryptage des hiéroglyphes par Champollion en 1822. Une découverte qui s'inscrit dans la lignée des travaux de l'abbé Barthélemy.
L'envoi par Jean-François Champollion, en septembre 1822, de sa « Lettre à M. Dacier », secrétaire perpétuel de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, « relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques employés par les Égyptiens pour inscrire sur leurs monuments les titres, les noms et les surnoms de souverains grecs et romains », est considéré comme le moment où le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens fut acquis. Il s'agit en fait d'une étape d'un long processus. Champollion y montre que des signes phonétiques unilitères, notant une seule consonne comme dans les alphabets sémitiques, ont été utilisés pour noter les noms étrangers des pharaons de l'époque hellénistique (Ptolémée, Cléopâtre). Mais aussi qu'ils étaient déjà présents à l'époque pharaonique, et que l'écriture comprenait des signes de mots ou d'idées, des idéogrammes. Il avait donc compris le caractère phonétique et idéographique de l'écriture. Si le principe était acquis, le corpus alors co ...
Actualité : "L'affaire des « mères d'Alger" / Yvan Gastaut in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Actualité : "L'affaire des « mères d'Alger" Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Yvan Gastaut, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 22-23 Langues : Français (fre) Mots-clés : Alger couple mixte franco-algérien enfant négociation droit Note de contenu : Il y a près de quarante ans le sort d'enfants issus de couples mixtes franco-algériens divorcés donne lieu à un véritable bras de fer entre les deux rives de la Méditerranée. Retour sur un feuilleton oublié des « années Mitterrand »
Le 9 novembre 1983 une délégation de femmes françaises se rend à l'ambassade d'Algérie à Paris à l'occasion de la visite du président Chadli Bendjedid en France. Regroupées au sein de l'Association nationale de défense des enfants enlevés (ANDEE), ces femmes divorcées de leur conjoint algérien viennent solliciter le concours des autorités pour récupérer la garde de leurs enfants, retenus abusivement par leur père.
Conséquence de cette démarche, la presse s'intéresse alors pour la première fois au cas de ces mères spoliées de leurs droits. Pourtant, la question de la garde des enfants issus d'un couple franco-algérien divorcé se pose avec acuité depuis le début des années 1970. Le problème naît du décalage entre le droit français et le droit algérien : si, en France, la mère obtient généralement le droit de garde auprès des tribunaux, en Algérie, pays de droit musulman, l'autorité appartient par principe au père, la mère étant reléguée dans une situation de minorité juridique ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 22-23[article] Actualité : "L'affaire des « mères d'Alger" [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Yvan Gastaut, Auteur . - 2022 . - p. 22-23.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 22-23
Mots-clés : Alger couple mixte franco-algérien enfant négociation droit Note de contenu : Il y a près de quarante ans le sort d'enfants issus de couples mixtes franco-algériens divorcés donne lieu à un véritable bras de fer entre les deux rives de la Méditerranée. Retour sur un feuilleton oublié des « années Mitterrand »
Le 9 novembre 1983 une délégation de femmes françaises se rend à l'ambassade d'Algérie à Paris à l'occasion de la visite du président Chadli Bendjedid en France. Regroupées au sein de l'Association nationale de défense des enfants enlevés (ANDEE), ces femmes divorcées de leur conjoint algérien viennent solliciter le concours des autorités pour récupérer la garde de leurs enfants, retenus abusivement par leur père.
Conséquence de cette démarche, la presse s'intéresse alors pour la première fois au cas de ces mères spoliées de leurs droits. Pourtant, la question de la garde des enfants issus d'un couple franco-algérien divorcé se pose avec acuité depuis le début des années 1970. Le problème naît du décalage entre le droit français et le droit algérien : si, en France, la mère obtient généralement le droit de garde auprès des tribunaux, en Algérie, pays de droit musulman, l'autorité appartient par principe au père, la mère étant reléguée dans une situation de minorité juridique ...
Actualité : L'amour platonique de Salomon Reinach / Hervé DUCHÊNE in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Actualité : L'amour platonique de Salomon Reinach Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Hervé DUCHÊNE, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 24-25 Langues : Français (fre) Mots-clés : passion Salomon Reinach Blanche Lee Childe courriers amour Note de contenu : L'archéologue a 25 ans lorsqu'il rencontre Blanche Lee Childe, mariée et de vingt et un ans son aînée. Ne pouvant être divulguée avant le XXIe siècle, leur correspondance vient d'être publiée.
Le souvenir de Blanche Lee Childe s'est aujourd'hui effacé, malgré l'hommage que lui rendit Pierre Loti dans ses Propos d'exil. Qui sait encore que cette femme du monde, née en 1837, fut l'égérie du romancier, dont elle avait fait la conquête en lui adressant des lettres signées « Oirda », « la rose » en arabe ? Elle s'était fait connaître par un récit de voyage : Un hiver au Caire, et avait ses entrées à la Revue des Deux Mondes. Veuve du riche banquier orléaniste Benjamin Delessert, la fille du baron Henry de Triqueti - le « sculpteur des princes », qui réalisa entre autres les portes de l'église de la Madeleine - s'était remariée avec Edward Lee Childe, le neveu du général sudiste, chef de l'armée des confédérés pendant la guerre de Sécession.
Dans l'air du temps
En novembre 1883 le couple, qui alterne mondanités parisiennes, séjours dans le Loiret et périples lointains, rencontre, lors d'une croisière en Médite ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 24-25[article] Actualité : L'amour platonique de Salomon Reinach [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Hervé DUCHÊNE, Auteur . - 2022 . - p. 24-25.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 24-25
Mots-clés : passion Salomon Reinach Blanche Lee Childe courriers amour Note de contenu : L'archéologue a 25 ans lorsqu'il rencontre Blanche Lee Childe, mariée et de vingt et un ans son aînée. Ne pouvant être divulguée avant le XXIe siècle, leur correspondance vient d'être publiée.
Le souvenir de Blanche Lee Childe s'est aujourd'hui effacé, malgré l'hommage que lui rendit Pierre Loti dans ses Propos d'exil. Qui sait encore que cette femme du monde, née en 1837, fut l'égérie du romancier, dont elle avait fait la conquête en lui adressant des lettres signées « Oirda », « la rose » en arabe ? Elle s'était fait connaître par un récit de voyage : Un hiver au Caire, et avait ses entrées à la Revue des Deux Mondes. Veuve du riche banquier orléaniste Benjamin Delessert, la fille du baron Henry de Triqueti - le « sculpteur des princes », qui réalisa entre autres les portes de l'église de la Madeleine - s'était remariée avec Edward Lee Childe, le neveu du général sudiste, chef de l'armée des confédérés pendant la guerre de Sécession.
Dans l'air du temps
En novembre 1883 le couple, qui alterne mondanités parisiennes, séjours dans le Loiret et périples lointains, rencontre, lors d'une croisière en Médite ...
Actualité : 1972 : une loi contre le racisme / Dominique Chathuant in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Actualité : 1972 : une loi contre le racisme Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Dominique Chathuant, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 26-27 Langues : Français (fre) Mots-clés : loi Pleven 1972 loi anti racisme Note de contenu : Votée il y a cinquante ans, la « loi Pleven », ainsi qu'on l'appelle couramment, est demeurée peu appliquée avant les années 2000.
La loi contre le racisme votée le 7 juin 1972 au Palais-Bourbon est promulguée il y a cinquante ans, le 1er juillet 1972. Surnommée paradoxalement « loi Pleven », elle résulte à la fois de revendications françaises de longue durée et de normes internationales.
La présence d'élus noirs et juifs depuis la Révolution et la monarchie de Juillet (Jean-Baptiste Belley en 1794, Adolphe Crémieux en 1842 ou Gratien Candace en 1912) nourrit longtemps l'idée d'une France qui ne distingue pas ses enfants, sentiment qui reste largement partagé après la Grande Guerre en dépit des réalités coloniales. A plusieurs reprises, entre 1915 et 1939, des députés antillais, sénégalais et métropolitains réclament, et obtiennent parfois, l'intervention de l'État contre des discriminations survenues en métropole. Celles-ci sont toujours imputées à des Américains, à des Allemands ou à de mauvais Français. Le préjugé de race est même symboliquement condamné par la Chambre en 1919, à la suite d'un meurtr ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 26-27[article] Actualité : 1972 : une loi contre le racisme [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Dominique Chathuant, Auteur . - 2022 . - p. 26-27.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 26-27
Mots-clés : loi Pleven 1972 loi anti racisme Note de contenu : Votée il y a cinquante ans, la « loi Pleven », ainsi qu'on l'appelle couramment, est demeurée peu appliquée avant les années 2000.
La loi contre le racisme votée le 7 juin 1972 au Palais-Bourbon est promulguée il y a cinquante ans, le 1er juillet 1972. Surnommée paradoxalement « loi Pleven », elle résulte à la fois de revendications françaises de longue durée et de normes internationales.
La présence d'élus noirs et juifs depuis la Révolution et la monarchie de Juillet (Jean-Baptiste Belley en 1794, Adolphe Crémieux en 1842 ou Gratien Candace en 1912) nourrit longtemps l'idée d'une France qui ne distingue pas ses enfants, sentiment qui reste largement partagé après la Grande Guerre en dépit des réalités coloniales. A plusieurs reprises, entre 1915 et 1939, des députés antillais, sénégalais et métropolitains réclament, et obtiennent parfois, l'intervention de l'État contre des discriminations survenues en métropole. Celles-ci sont toujours imputées à des Américains, à des Allemands ou à de mauvais Français. Le préjugé de race est même symboliquement condamné par la Chambre en 1919, à la suite d'un meurtr ...
Dossier : La Saint-Barthélemy in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Dossier : La Saint-Barthélemy Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 28-55 Langues : Français (fre) Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre dossier 1572 conséquences religion Paris Note de contenu : Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, un massacre de protestants ensanglante Paris, avant de se répéter dans le royaume. Il y a peut-être 10 000 morts : c'est l'épisode le plus violent et le plus connu des quarante ans de guerres de Religion. Les responsabilités du drame, ses conséquences politiques ou ses ressorts anthropologiques ont été largement étudiés. Ce dossier propose d'aborder, à contre-pied, l'événement « par en bas », sur le terrain, au plus près des acteurs anonymes du drame, tueurs, victimes, attentistes, hésitants ou même sauveurs.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 28-55[article] Dossier : La Saint-Barthélemy [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 28-55.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 28-55
Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre dossier 1572 conséquences religion Paris Note de contenu : Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, un massacre de protestants ensanglante Paris, avant de se répéter dans le royaume. Il y a peut-être 10 000 morts : c'est l'épisode le plus violent et le plus connu des quarante ans de guerres de Religion. Les responsabilités du drame, ses conséquences politiques ou ses ressorts anthropologiques ont été largement étudiés. Ce dossier propose d'aborder, à contre-pied, l'événement « par en bas », sur le terrain, au plus près des acteurs anonymes du drame, tueurs, victimes, attentistes, hésitants ou même sauveurs. Dossier : La Saint-Barthélemy - Un massacre de voisins / Jérémie Foa in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Dossier : La Saint-Barthélemy - Un massacre de voisins Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jérémie Foa, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 30-38 Langues : Français (fre) Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre voisins Note de contenu :
Grâce à un minutieux travail dans les archives, Jérémie Foa nous offre un regard neuf sur la Saint-Barthélemy en se plaçant non plus du côté des puissants, mais de celui des victimes et de leurs bourreaux. Il montre que le massacre n'a pas surgi d'une foule anonyme mais a été commis par une poignée d'hommes qui connaissaient bien leurs proies.
Je donnerais volontiers Thucydide pour des mémoires authentiques d'Aspasie ou d'un esclave de Périclès », confessait Prosper Mérimée dans sa Chronique du règne de Charles IX[1]. Deux cents ans plus tard, cette offre de troc n'a rien perdu de sa provocante pertinence. Que connaît-on, après tant de pages consacrées à la Saint-Barthélemy, des milliers de protestants jetés à la Seine ou lâchés à la Saône, de ces êtres anonymes, hommes, femmes et enfants, exterminés entre l'été et l'automne 1572 ? Que sait-on, troublante amnistie, des bourreaux de ces interminables nuits, de ceux qui mirent tout leur coeur à massacrer leurs voisins huguenots ? On s'est beaucoup inquiété de la responsabilité de Catherine de Médicis ou de celle des Guises ; on a longtemps scruté les tourments de Charles IX ou l'entremise de l'Espagne. Légitimes intrigues que cette enquête néglige pour s'intéresser aux petites vies du grand soir, au visage des victimes et au nom des tueurs ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 30-38[article] Dossier : La Saint-Barthélemy - Un massacre de voisins [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jérémie Foa, Auteur . - 2022 . - p. 30-38.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 30-38
Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre voisins Note de contenu :
Grâce à un minutieux travail dans les archives, Jérémie Foa nous offre un regard neuf sur la Saint-Barthélemy en se plaçant non plus du côté des puissants, mais de celui des victimes et de leurs bourreaux. Il montre que le massacre n'a pas surgi d'une foule anonyme mais a été commis par une poignée d'hommes qui connaissaient bien leurs proies.
Je donnerais volontiers Thucydide pour des mémoires authentiques d'Aspasie ou d'un esclave de Périclès », confessait Prosper Mérimée dans sa Chronique du règne de Charles IX[1]. Deux cents ans plus tard, cette offre de troc n'a rien perdu de sa provocante pertinence. Que connaît-on, après tant de pages consacrées à la Saint-Barthélemy, des milliers de protestants jetés à la Seine ou lâchés à la Saône, de ces êtres anonymes, hommes, femmes et enfants, exterminés entre l'été et l'automne 1572 ? Que sait-on, troublante amnistie, des bourreaux de ces interminables nuits, de ceux qui mirent tout leur coeur à massacrer leurs voisins huguenots ? On s'est beaucoup inquiété de la responsabilité de Catherine de Médicis ou de celle des Guises ; on a longtemps scruté les tourments de Charles IX ou l'entremise de l'Espagne. Légitimes intrigues que cette enquête néglige pour s'intéresser aux petites vies du grand soir, au visage des victimes et au nom des tueurs ...
Dossier : La Saint-Barthélemy - Quelles archives ? in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Dossier : La Saint-Barthélemy - Quelles archives ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 32-33 Langues : Français (fre) Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre archives Note de contenu : Croisées avec des témoignages, comme celui de Simon Goulart, les archives judiciaires et les archives privées parisiennes permettent d'étudier le massacre par en bas, de cerner l'identité des tueurs et des victimes.
Des témoignages
Le livre de Simon Goulart
Publiés à partir de 1576, les Mémoires de l'État de France sous Charles IX du pasteur Simon Goulart, exilé à Genève, sont une source centrale pour qui tente de connaître les victimes de la Saint-Barthélemy. Ce contemporain témoigne des dernières heures des victimes d'un été meurtrier.
Les registres d'écrou de la Conciergerie de Paris
Arrestation de Jehan More, 8 février 1568
Ces archives judiciaires (conservées aux archives de la Préfecture de police), en particulier des années 1567-1570, recensent les personnes incarcérées, notamment pour protestantisme. Dans le cas de la Saint-Barthélemy, ces documents constituent un véritable annuaire des victimes protestantes. On y retrouve le nom des futurs meurtriers. En haut, à gauche : le motif de l'incarcération, « heresye » ; à droite, aux lignes 6 et 7,
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 32-33[article] Dossier : La Saint-Barthélemy - Quelles archives ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 32-33.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 32-33
Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre archives Note de contenu : Croisées avec des témoignages, comme celui de Simon Goulart, les archives judiciaires et les archives privées parisiennes permettent d'étudier le massacre par en bas, de cerner l'identité des tueurs et des victimes.
Des témoignages
Le livre de Simon Goulart
Publiés à partir de 1576, les Mémoires de l'État de France sous Charles IX du pasteur Simon Goulart, exilé à Genève, sont une source centrale pour qui tente de connaître les victimes de la Saint-Barthélemy. Ce contemporain témoigne des dernières heures des victimes d'un été meurtrier.
Les registres d'écrou de la Conciergerie de Paris
Arrestation de Jehan More, 8 février 1568
Ces archives judiciaires (conservées aux archives de la Préfecture de police), en particulier des années 1567-1570, recensent les personnes incarcérées, notamment pour protestantisme. Dans le cas de la Saint-Barthélemy, ces documents constituent un véritable annuaire des victimes protestantes. On y retrouve le nom des futurs meurtriers. En haut, à gauche : le motif de l'incarcération, « heresye » ; à droite, aux lignes 6 et 7,Dossier : La Saint-Barthélemy - Chronique de l'horreur / Joël CORNETTE in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Dossier : La Saint-Barthélemy - Chronique de l'horreur Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Joël CORNETTE, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 35 Langues : Français (fre) Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre chronique Note de contenu : Lundi 18 août
Pour apaiser les troubles religieux, mariage, voulu par Catherine de Médicis, de sa fille Marguerite de Valois (catholique) avec Henri de Navarre (protestant) à Notre-Dame de Paris. Selon le Réveille-Matin des Français, 1 000 gentilshommes huguenots assistent à la cérémonie, dont certains venus avec femme et enfants. Henri conduit son épouse jusqu'au choeur de la cathédrale, mais ressort aussitôt de l'église pour ne pas assister à la messe.
Dans les églises parisiennes, de nombreux sermons fustigent cette union, jugée scandaleuse. De grandes fêtes sont données dans les jours qui suivent, pour célébrer le retour à l'harmonie brisée par les guerres de Religion.
Vendredi 22 août
Vers 11 heures du matin, l'amiral Coligny, qui revient du Louvre où il a participé à un Conseil royal, passe devant le cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois pour regagner son logis. Il est visé par un tueur, muni d'une arquebuse ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 35[article] Dossier : La Saint-Barthélemy - Chronique de l'horreur [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Joël CORNETTE, Auteur . - 2022 . - p. 35.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 35
Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre chronique Note de contenu : Lundi 18 août
Pour apaiser les troubles religieux, mariage, voulu par Catherine de Médicis, de sa fille Marguerite de Valois (catholique) avec Henri de Navarre (protestant) à Notre-Dame de Paris. Selon le Réveille-Matin des Français, 1 000 gentilshommes huguenots assistent à la cérémonie, dont certains venus avec femme et enfants. Henri conduit son épouse jusqu'au choeur de la cathédrale, mais ressort aussitôt de l'église pour ne pas assister à la messe.
Dans les églises parisiennes, de nombreux sermons fustigent cette union, jugée scandaleuse. De grandes fêtes sont données dans les jours qui suivent, pour célébrer le retour à l'harmonie brisée par les guerres de Religion.
Vendredi 22 août
Vers 11 heures du matin, l'amiral Coligny, qui revient du Louvre où il a participé à un Conseil royal, passe devant le cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois pour regagner son logis. Il est visé par un tueur, muni d'une arquebuse ...
Dossier : La Saint-Barthélemy - Qui est responsable ? / Joël CORNETTE in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Dossier : La Saint-Barthélemy - Qui est responsable ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Joël CORNETTE, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 39 Langues : Français (fre) Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre responsable qui Note de contenu : En l'absence de sources directes, il est impossible de déterminer les responsabilités du massacre. Les sources (témoignages et Mémoires rédigés après coup) se contredisent. Pour démêler les responsabilités, les historiens ont multiplié les hypothèses.
Catherine de Médicis : un crime d'État
De nombreux contemporains accusent Catherine de Médicis et son fils, le jeune Charles IX, d'avoir organisé les tueries. On met en cause la veuve tueuse, la reine noire, figure monstrueuse et glacée de l'État meurtrier. Cette thèse, fondée sur des sources polémiques forgées a posteriori, est aujourd'hui abandonnée. Toutefois, Janine Garrisson en 1987 (1572, la Saint-Barthélemy, Complexe), soutient que la reine a peut-être commandité l'attentat manqué contre l'amiral Coligny du 22 août 1572, craignant que ce dernier n'arrive à convaincre Charles IX de secourir les calvinistes des Pays-Bas en lutte contre l'Espagne ; un corps expéditionnaire avait d'ailleurs été envoyé pour soutenir leur révolte. L'échec de l'attentat aurait déclenché l'ordre de Catherine. Anticipant la vengeance des principaux chefs protestants, elle aurait décidé de les faire exécuter. Cette exécution limitée a provoqué un déchaînement ...
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in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 39[article] Dossier : La Saint-Barthélemy - Qui est responsable ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Joël CORNETTE, Auteur . - 2022 . - p. 39.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 39
Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre responsable qui Note de contenu : En l'absence de sources directes, il est impossible de déterminer les responsabilités du massacre. Les sources (témoignages et Mémoires rédigés après coup) se contredisent. Pour démêler les responsabilités, les historiens ont multiplié les hypothèses.
Catherine de Médicis : un crime d'État
De nombreux contemporains accusent Catherine de Médicis et son fils, le jeune Charles IX, d'avoir organisé les tueries. On met en cause la veuve tueuse, la reine noire, figure monstrueuse et glacée de l'État meurtrier. Cette thèse, fondée sur des sources polémiques forgées a posteriori, est aujourd'hui abandonnée. Toutefois, Janine Garrisson en 1987 (1572, la Saint-Barthélemy, Complexe), soutient que la reine a peut-être commandité l'attentat manqué contre l'amiral Coligny du 22 août 1572, craignant que ce dernier n'arrive à convaincre Charles IX de secourir les calvinistes des Pays-Bas en lutte contre l'Espagne ; un corps expéditionnaire avait d'ailleurs été envoyé pour soutenir leur révolte. L'échec de l'attentat aurait déclenché l'ordre de Catherine. Anticipant la vengeance des principaux chefs protestants, elle aurait décidé de les faire exécuter. Cette exécution limitée a provoqué un déchaînement ...
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Dossier : La Saint-Barthélemy - Des bourreaux et des justes / Philippe HAMON in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Dossier : La Saint-Barthélemy - Des bourreaux et des justes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Philippe HAMON, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 40-45 Langues : Français (fre) Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre bourreaux Duc de Guise Caen Note de contenu : En 1572, le massacre des protestants de Paris s'est répercuté dans certaines provinces. Mais pas partout. Ici comme dans la capitale, la diversité des attitudes des catholiques permet de saisir toute la complexité des violences religieuses.
Nous sommes à la fin août 1572, à Limoges : parviennent les premières nouvelles qu'à Paris, où réside la Cour, une opération exceptionnelle contre des protestants a eu lieu, entraînant de nombreuses victimes. Immédiatement, les autorités prennent des dispositions pour assurer la sécurité de la ville. Afin d'éviter les troubles, la municipalité décide de mettre sous les armes la milice locale, force d'autodéfense composée, dans chaque cité, de bourgeois équipés et bien encadrés. Mais, à Limoges, la forme de cette mobilisation peut surprendre : elle concerne en effet autant les protestants que les catholiques.
Ce choix illustre la diversité des réactions possibles dans le royaume à l'annonce de la Saint-Barthélemy. Il souligne qu'une lecture strictement confessionnelle, où le protestant constitue par définition une menace, n'a rien d'une évidence pour tous les catholiques. Or l'événement Saint-Barthélemy, totalement atypique dans le long cycle des guerres de Religion (cf. ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 40-45[article] Dossier : La Saint-Barthélemy - Des bourreaux et des justes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Philippe HAMON, Auteur . - 2022 . - p. 40-45.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 40-45
Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre bourreaux Duc de Guise Caen Note de contenu : En 1572, le massacre des protestants de Paris s'est répercuté dans certaines provinces. Mais pas partout. Ici comme dans la capitale, la diversité des attitudes des catholiques permet de saisir toute la complexité des violences religieuses.
Nous sommes à la fin août 1572, à Limoges : parviennent les premières nouvelles qu'à Paris, où réside la Cour, une opération exceptionnelle contre des protestants a eu lieu, entraînant de nombreuses victimes. Immédiatement, les autorités prennent des dispositions pour assurer la sécurité de la ville. Afin d'éviter les troubles, la municipalité décide de mettre sous les armes la milice locale, force d'autodéfense composée, dans chaque cité, de bourgeois équipés et bien encadrés. Mais, à Limoges, la forme de cette mobilisation peut surprendre : elle concerne en effet autant les protestants que les catholiques.
Ce choix illustre la diversité des réactions possibles dans le royaume à l'annonce de la Saint-Barthélemy. Il souligne qu'une lecture strictement confessionnelle, où le protestant constitue par définition une menace, n'a rien d'une évidence pour tous les catholiques. Or l'événement Saint-Barthélemy, totalement atypique dans le long cycle des guerres de Religion (cf. ...
Dossier : La Saint-Barthélemy - Un sanglant apogée / Joël CORNETTE in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Dossier : La Saint-Barthélemy - Un sanglant apogée Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Joël CORNETTE, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 46-53 Langues : Français (fre) Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre apogée armée pénitents Note de contenu : La Saint-Barthélemy ne se comprend que dans une France déchirée depuis dix ans par des violences interreligieuses dont elle est le point culminant. L'épisode a traumatisé le pays. Mais n'a pas désarmé les factions.
Le 1er mars 1562, de retour à Paris depuis ses terres de Lorraine, accompagné d'un fort contingent de troupes armées, François de Guise s'arrête dans la petite cité de Wassy, en Champagne. A quelques mètres de l'église romane, des fidèles - environ 600 personnes - sont rassemblés dans une grange pour y célébrer la Cène et assister au prêche du pasteur Morel. Or, depuis l'édit de janvier de cette même année 1562, le culte réformé est interdit dans l'enceinte des villes. Le duc de Guise trouve là prétexte à intervenir : jets de pierre et coups de feu se répondent, au cri de « Tue, tue, mort Dieu, tue ces huguenots ! » L'échauffourée se solde par de nombreuses victimes (50 à 60) et blessés (100 à 150) chez les protestants.
Précédé par la nouvelle de l'événement, le duc poursuit lentement son voyage vers Paris. Lors de son entrée dans la capitale, le 16 mars, il est accueilli en héros par la municipalité et une population en liesse, en grande majorité catholique.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 46-53[article] Dossier : La Saint-Barthélemy - Un sanglant apogée [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Joël CORNETTE, Auteur . - 2022 . - p. 46-53.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 46-53
Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre apogée armée pénitents Note de contenu : La Saint-Barthélemy ne se comprend que dans une France déchirée depuis dix ans par des violences interreligieuses dont elle est le point culminant. L'épisode a traumatisé le pays. Mais n'a pas désarmé les factions.
Le 1er mars 1562, de retour à Paris depuis ses terres de Lorraine, accompagné d'un fort contingent de troupes armées, François de Guise s'arrête dans la petite cité de Wassy, en Champagne. A quelques mètres de l'église romane, des fidèles - environ 600 personnes - sont rassemblés dans une grange pour y célébrer la Cène et assister au prêche du pasteur Morel. Or, depuis l'édit de janvier de cette même année 1562, le culte réformé est interdit dans l'enceinte des villes. Le duc de Guise trouve là prétexte à intervenir : jets de pierre et coups de feu se répondent, au cri de « Tue, tue, mort Dieu, tue ces huguenots ! » L'échauffourée se solde par de nombreuses victimes (50 à 60) et blessés (100 à 150) chez les protestants.
Précédé par la nouvelle de l'événement, le duc poursuit lentement son voyage vers Paris. Lors de son entrée dans la capitale, le 16 mars, il est accueilli en héros par la municipalité et une population en liesse, en grande majorité catholique.Dossier : La Saint-Barthélemy - La mémoire longue des protestants / Philippe Joutard in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Dossier : La Saint-Barthélemy - La mémoire longue des protestants Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Philippe Joutard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 54-55 Langues : Français (fre) Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre mémoire protestant Note de contenu :
A partir de la révocation de l'édit de Nantes la violence exceptionnelle de la Saint-Barthélemy a été peu à peu occultée pour devenir un événement de second plan dans la longue série de persécutions contre les protestants.
Pour préparer le livre sur la Saint-Barthélemy paru en 1976, nous avions effectué une petite enquête auprès d'un peu plus d'un millier d'élèves de différentes classes du secondaire, à Paris et en province. Elle a montré qu'il y avait encore une certaine mémoire scolaire de l'événement, mais plus liée à des idées reçues qu'à des faits avérés. Une légende protestante, par exemple, veut que les maisons des protestants auraient été, pour préparer le massacre, marquées d'une croix blanche. A la même époque, le magazine féminin Elle avait réalisé un sondage sur les femmes qui avaient joué un rôle important dans l'histoire de France et Catherine de Médicis n'arrivait qu'en sixième position : la Saint-Barthélemy pesait sur la mémoire de la reine.
Aujourd'hui, dans les programmes scolaires, le XVIe siècle est plutôt évoqué dans sa première et brillante moitié, François Ier, les châteaux de la Loire, puis on s'arrête à la personnalité, positive elle aussi, d'Henri IV, qui ins ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 54-55[article] Dossier : La Saint-Barthélemy - La mémoire longue des protestants [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Philippe Joutard, Auteur . - 2022 . - p. 54-55.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 54-55
Mots-clés : Saint-Barthélemy massacre mémoire protestant Note de contenu :
A partir de la révocation de l'édit de Nantes la violence exceptionnelle de la Saint-Barthélemy a été peu à peu occultée pour devenir un événement de second plan dans la longue série de persécutions contre les protestants.
Pour préparer le livre sur la Saint-Barthélemy paru en 1976, nous avions effectué une petite enquête auprès d'un peu plus d'un millier d'élèves de différentes classes du secondaire, à Paris et en province. Elle a montré qu'il y avait encore une certaine mémoire scolaire de l'événement, mais plus liée à des idées reçues qu'à des faits avérés. Une légende protestante, par exemple, veut que les maisons des protestants auraient été, pour préparer le massacre, marquées d'une croix blanche. A la même époque, le magazine féminin Elle avait réalisé un sondage sur les femmes qui avaient joué un rôle important dans l'histoire de France et Catherine de Médicis n'arrivait qu'en sixième position : la Saint-Barthélemy pesait sur la mémoire de la reine.
Aujourd'hui, dans les programmes scolaires, le XVIe siècle est plutôt évoqué dans sa première et brillante moitié, François Ier, les châteaux de la Loire, puis on s'arrête à la personnalité, positive elle aussi, d'Henri IV, qui ins ...
L'Atelier des CHERCHEURS - L'épopée des pharaons noirs / Vincent Rondot in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - L'épopée des pharaons noirs Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Vincent Rondot, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 56-61 Langues : Français (fre) Mots-clés : pharaons noirs épopée,décryptage kouchites royaumes Louvre Note de contenu :
Le Louvre propose une grande exposition sur les six décennies environ qui, au VIIIe siècle avant notre ère, virent l'Égypte dirigée par les rois de Napata, royaume de Nubie. Vincent Rondot, directeur du département des antiquités égyptiennes au musée du Louvre, nous rappelle les avancées scientifiques qui ont permis la présentation de ces oeuvres.
L'Histoire : Qui sont les pharaons qu'on a appelés « pharaons noirs » ou « pharaons éthiopiens » ? D'où viennent-ils ?
Vincent Rondot : Après la brillante dynastie des Ramsès, l'Égypte est instable et divisée en différents royaumes. Au sud, la Nubie s'émancipe et donne naissance, vers 800 av. n. è., au royaume de Kouch, indépendant de l'Égypte. Sa capitale se situe au coeur du Soudan actuel, à Napata, près d'un lieu sacré pour les populations du Nord (d'Égypte) comme pour celles du Sud (de Nubie), la « montagne pure » du djebel Barkal. C'est de là que, vers 720 av. n. è., le roi de Kouch Piankhy remonte la vallée du Nil à la conquête de l'Égypte. Une véritable épopée, scandée par des raids militaires et la prise progressive de toutes les villes jusqu'à Memphis, la capitale, où le vainqueur prend soin de se faire introniser pour établir sa légitimité. La conquête se passe généralement ainsi : on soumet la ville avec son terr ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 56-61[article] L'Atelier des CHERCHEURS - L'épopée des pharaons noirs [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Vincent Rondot, Auteur . - 2022 . - p. 56-61.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 56-61
Mots-clés : pharaons noirs épopée,décryptage kouchites royaumes Louvre Note de contenu :
Le Louvre propose une grande exposition sur les six décennies environ qui, au VIIIe siècle avant notre ère, virent l'Égypte dirigée par les rois de Napata, royaume de Nubie. Vincent Rondot, directeur du département des antiquités égyptiennes au musée du Louvre, nous rappelle les avancées scientifiques qui ont permis la présentation de ces oeuvres.
L'Histoire : Qui sont les pharaons qu'on a appelés « pharaons noirs » ou « pharaons éthiopiens » ? D'où viennent-ils ?
Vincent Rondot : Après la brillante dynastie des Ramsès, l'Égypte est instable et divisée en différents royaumes. Au sud, la Nubie s'émancipe et donne naissance, vers 800 av. n. è., au royaume de Kouch, indépendant de l'Égypte. Sa capitale se situe au coeur du Soudan actuel, à Napata, près d'un lieu sacré pour les populations du Nord (d'Égypte) comme pour celles du Sud (de Nubie), la « montagne pure » du djebel Barkal. C'est de là que, vers 720 av. n. è., le roi de Kouch Piankhy remonte la vallée du Nil à la conquête de l'Égypte. Une véritable épopée, scandée par des raids militaires et la prise progressive de toutes les villes jusqu'à Memphis, la capitale, où le vainqueur prend soin de se faire introniser pour établir sa légitimité. La conquête se passe généralement ainsi : on soumet la ville avec son terr ...
Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 10. Ce que dit l'archéologie / Philippe Dillmann in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 10. Ce que dit l'archéologie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Philippe Dillmann, Auteur ; Catherine Verna, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 62-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : Archéométrie Archéo-botanique archéologie industrie forge Note de contenu : En histoire médiévale, les témoins matériels fournis par l'archéologie sont des compléments essentiels aux sources écrites. Au cours des dernières décennies, leur analyse a profondément renouvelé notre vision de l'économie médiévale.
Il n'est plus possible aujourd'hui de penser et d'écrire une histoire économique des périodes anciennes sans avoir recours, en combinaison avec les textes, aux témoins matériels que les archéologues extraient du terrain : des sites aux déchets et aux objets finis ou semi-finis ; des artefacts souvent très communs qui permettent de restituer la culture matérielle d'une époque, son niveau de production, les modalités d'échanges et de rentrer ainsi de plain-pied dans le quotidien de l'économie.
Le travail de l'archéologue est inséparable de celui de l'archéomètre, qui analyse en laboratoire les artefacts fournis par le terrain. Leur collaboration avec les historiens est essentielle pour saisir à la fois les processus de production, les gestes techniques voire les réseaux d'échanges et les marchés, qui sont les trames les plus accessibles et les plus communes en histoire économique.
Silos, moulins et dépotoirs
L'approvisionnement alimentaire des populations est un objectif majeur de la société médiévale, en particulier dans les grandes villes, à partir du XIIIe siècle. Des sources écrites permettent d'approcher la question des quantités produites et même des rendements (par les archives seigneuriales, les comptabilités, les censiers...) et parfois la qualité et la combinaison des espèces (association de céréales et de légumineuses par exemple ; culture en complant), sans oublier les traités techniques qui, au moins dans le cas anglais, sont des ouvrages de gestion dont l'objectif final est la recherche du profit.
Ces données écrites sont enrichies par le terrain, en particulier par la fouille de silos ou de dépotoirs qui restitue des déchets d'origine végétale conservés dans les sédiments archéologiques étudiés par les archéobotanistes : pollens, grains, fruits. L'examen du patrimoine vivrier ancien s'intéresse également aux plantes commercialisées et à leur intégration et diffusion (on pense à l'oranger).
Toujours dans le domaine agraire, mais du côté de la machine qu'est le moulin à blé, l'archéologie répond à la défaillance des textes pour la période carolingienne qui fut, on le sait à présent, un temps de croissance agricole. Marc Bloch dans son fameux article sur la diffusion du moulin hydraulique paru dans la revue des Annales en 1935, avait bien noté la forte diffusion des moulins à blé à partir des années 800. Depuis, les fouilles ont enrichi les informations fournies par les textes sur les appareils eux-mêmes, leurs mécanismes et leurs usages (fouille des moulins à farine et à drap d'Audun-le-Tiche, Moselle, datés du IXe siècle).
Sidérurgie médiévale
Au cours des dernières années, la contribution de l'archéologie et de l'archéométrie a été majeure dans le domaine de l'artisanat et de l'industrie. L'étude de la forme et de la matière constitutive des vestiges trouvés sur les sites de production - matières premières (charbons, minerais, argiles, etc.), fragments de produits (ébauches, chutes de production, objets ou demi-produits), déchets (les scories en métallurgie) - permet ainsi de cerner des conditions techniques d'élaboration et leur complexité (gestes, températures, nature et choix des matériaux exploités) inaccessibles par les sources écrites. La combinaison de la fouille et de l'analyse chimique des scories sur les sites de production lorrains révèle par exemple l'usage d'un minerai de fer phosphoreux qu'on ne pensait pas utilisé avant le XIXe siècle (la minette lorraine) et la production d'un fer spécifique.
De même, l'analyse physico-chimique des produits apporte des informations de première importance sur la qualité des productions et permet de cerner la part de cette qualité dans le prix des marchandises. Les études sur les métaux ferreux souvent désignés par le terme générique de « ferrum/fer » ont révélé une très grande variété de produits, des aciers aux fers phosphoreux, avec chacun des propriétés mécaniques spécifiques que l'on peut parfois associer à des prix et à des réseaux marchands.
L'analyse de la matière permet également de mettre en évidence des pratiques de remploi et de recyclage. Cette information complète celles apportées par les sources écrites. Elle tend à montrer que le remploi et le recyclage ne doivent pas être considérés en marge des processus de production et d'échanges mais, tout au contraire, comme une source d'approvisionnement majeure, au coeur des marchés. Lors de la rénovation des baies hautes de la cathédrale de Rouen en 1430 et en 1433, sur les 4 830 livres de fer, 4 150 proviennent de fer récupéré sur les baies du XIIIe siècle. L'analyse de la matière permet également, par comparaison des signatures chimiques et isotopiques entre les objets et les lieux de production, de restituer les lieux d'origine des matériaux et donc les circulations des matières premières et des artefacts que les textes ignorent. On a pu montrer de la sorte que le fer utilisé dans les grands monuments gothiques pouvait avoir des origines plus ou moins éloignées du chantier.
Enfin, on sait combien l'étude des marchés a occupé les médiévistes et, par son biais, l'étude des monnaies. Or, les numismates et les historiens de l'économie ont porté un intérêt récent aux monnaies de fouilles, en particulier aux monnaies de faible valeur, perdues par leurs détenteurs. Des travaux récents ont mis l'accent sur les jetons, utilisés comme une monnaie de substitution, associés souvent au paiement dévalorisé des salaires dans le cadre de grands chantiers urbains et retrouvés sur ces mêmes chantiers par les archéologues.
LES AUTEURS
Professeure à l'université Paris-8, Catherine Verna est spécialiste de l'histoire du travail et des savoirs techniques au Moyen Age. Elle a notamment publié L'Industrie au village. Essai de micro-histoire, XIVe et XVe siècles (Les Belles Lettres, 2017).
Philippe Dillmann est directeur de recherche au CNRS, spécialisé en archéométrie, il est l'un des coordonnateurs des recherches scientifiques menées autour de Notre-Dame de Paris.
MOTS CLÉS
Archéométrie
Discipline dédiée à l'analyse physico-chimique des matériaux mis au jour par les archéologues (métaux, sédiments, restes alimentaires, végétaux, etc.), dans un objectif de datation et d'interprétation.
Archéo-botanique
Branche de l'archéométrie consacrée à l'analyse des vestiges d'origine végétale (pollens, graines, fruits, feuilles, bourgeons, bois, etc.).
Forge hydraulique
Soufflerie représentée par l'ingénieur siennois Taccola (XVe siècle). Ce type d'atelier avec arbre à cames utilisé dans l'industrie sidérurgique permet de transformer le mouvement circulaire continu en un mouvement alternatif.
Industrieux Moyen Age
Depuis une vingtaine d'années, les historiens admettent l'existence d'une industrie médiévale, distincte de l'artisanat par sa production plus importante, son insertion dans des réseaux d'échange de longue distance et un plus haut niveau d'innovation technique. L'apport de l'archéologie a été fondamental. Des fouilles entreprises en France et en Angleterre sur le site d'anciens monastères cisterciens ont permis d'établir l'existence d'une véritable industrie sidérurgique dès le XIIe siècle. Celle-ci repose notamment sur l'usage du « moulin à fer », qui permet, grâce à des marteaux hydrauliques, de forger des masses plus importantes de fer. La diffusion du moulin à fer, aujourd'hui bien connue, a concerné tout l'Occident.
A venir
Le XIXe World Economic History Congress aura lieu du 25 au 29 juillet 2022. Un passe « histoire publique » (100 €, étudiant 40 €) donnera accès à l'ensemble des événements associés (conférences, débats-forums, réceptions, visites guidées, salon du livre, etc.) et permettra l'inscription au dîner de gala.
Renseignements et inscriptions sur le site du World Economic History Congress.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 62-63[article] Feuilleton - Les nouveaux chantiers de l'histoire économique : 10. Ce que dit l'archéologie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Philippe Dillmann, Auteur ; Catherine Verna, Auteur . - 2022 . - p. 62-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 62-63
Mots-clés : Archéométrie Archéo-botanique archéologie industrie forge Note de contenu : En histoire médiévale, les témoins matériels fournis par l'archéologie sont des compléments essentiels aux sources écrites. Au cours des dernières décennies, leur analyse a profondément renouvelé notre vision de l'économie médiévale.
Il n'est plus possible aujourd'hui de penser et d'écrire une histoire économique des périodes anciennes sans avoir recours, en combinaison avec les textes, aux témoins matériels que les archéologues extraient du terrain : des sites aux déchets et aux objets finis ou semi-finis ; des artefacts souvent très communs qui permettent de restituer la culture matérielle d'une époque, son niveau de production, les modalités d'échanges et de rentrer ainsi de plain-pied dans le quotidien de l'économie.
Le travail de l'archéologue est inséparable de celui de l'archéomètre, qui analyse en laboratoire les artefacts fournis par le terrain. Leur collaboration avec les historiens est essentielle pour saisir à la fois les processus de production, les gestes techniques voire les réseaux d'échanges et les marchés, qui sont les trames les plus accessibles et les plus communes en histoire économique.
Silos, moulins et dépotoirs
L'approvisionnement alimentaire des populations est un objectif majeur de la société médiévale, en particulier dans les grandes villes, à partir du XIIIe siècle. Des sources écrites permettent d'approcher la question des quantités produites et même des rendements (par les archives seigneuriales, les comptabilités, les censiers...) et parfois la qualité et la combinaison des espèces (association de céréales et de légumineuses par exemple ; culture en complant), sans oublier les traités techniques qui, au moins dans le cas anglais, sont des ouvrages de gestion dont l'objectif final est la recherche du profit.
Ces données écrites sont enrichies par le terrain, en particulier par la fouille de silos ou de dépotoirs qui restitue des déchets d'origine végétale conservés dans les sédiments archéologiques étudiés par les archéobotanistes : pollens, grains, fruits. L'examen du patrimoine vivrier ancien s'intéresse également aux plantes commercialisées et à leur intégration et diffusion (on pense à l'oranger).
Toujours dans le domaine agraire, mais du côté de la machine qu'est le moulin à blé, l'archéologie répond à la défaillance des textes pour la période carolingienne qui fut, on le sait à présent, un temps de croissance agricole. Marc Bloch dans son fameux article sur la diffusion du moulin hydraulique paru dans la revue des Annales en 1935, avait bien noté la forte diffusion des moulins à blé à partir des années 800. Depuis, les fouilles ont enrichi les informations fournies par les textes sur les appareils eux-mêmes, leurs mécanismes et leurs usages (fouille des moulins à farine et à drap d'Audun-le-Tiche, Moselle, datés du IXe siècle).
Sidérurgie médiévale
Au cours des dernières années, la contribution de l'archéologie et de l'archéométrie a été majeure dans le domaine de l'artisanat et de l'industrie. L'étude de la forme et de la matière constitutive des vestiges trouvés sur les sites de production - matières premières (charbons, minerais, argiles, etc.), fragments de produits (ébauches, chutes de production, objets ou demi-produits), déchets (les scories en métallurgie) - permet ainsi de cerner des conditions techniques d'élaboration et leur complexité (gestes, températures, nature et choix des matériaux exploités) inaccessibles par les sources écrites. La combinaison de la fouille et de l'analyse chimique des scories sur les sites de production lorrains révèle par exemple l'usage d'un minerai de fer phosphoreux qu'on ne pensait pas utilisé avant le XIXe siècle (la minette lorraine) et la production d'un fer spécifique.
De même, l'analyse physico-chimique des produits apporte des informations de première importance sur la qualité des productions et permet de cerner la part de cette qualité dans le prix des marchandises. Les études sur les métaux ferreux souvent désignés par le terme générique de « ferrum/fer » ont révélé une très grande variété de produits, des aciers aux fers phosphoreux, avec chacun des propriétés mécaniques spécifiques que l'on peut parfois associer à des prix et à des réseaux marchands.
L'analyse de la matière permet également de mettre en évidence des pratiques de remploi et de recyclage. Cette information complète celles apportées par les sources écrites. Elle tend à montrer que le remploi et le recyclage ne doivent pas être considérés en marge des processus de production et d'échanges mais, tout au contraire, comme une source d'approvisionnement majeure, au coeur des marchés. Lors de la rénovation des baies hautes de la cathédrale de Rouen en 1430 et en 1433, sur les 4 830 livres de fer, 4 150 proviennent de fer récupéré sur les baies du XIIIe siècle. L'analyse de la matière permet également, par comparaison des signatures chimiques et isotopiques entre les objets et les lieux de production, de restituer les lieux d'origine des matériaux et donc les circulations des matières premières et des artefacts que les textes ignorent. On a pu montrer de la sorte que le fer utilisé dans les grands monuments gothiques pouvait avoir des origines plus ou moins éloignées du chantier.
Enfin, on sait combien l'étude des marchés a occupé les médiévistes et, par son biais, l'étude des monnaies. Or, les numismates et les historiens de l'économie ont porté un intérêt récent aux monnaies de fouilles, en particulier aux monnaies de faible valeur, perdues par leurs détenteurs. Des travaux récents ont mis l'accent sur les jetons, utilisés comme une monnaie de substitution, associés souvent au paiement dévalorisé des salaires dans le cadre de grands chantiers urbains et retrouvés sur ces mêmes chantiers par les archéologues.
LES AUTEURS
Professeure à l'université Paris-8, Catherine Verna est spécialiste de l'histoire du travail et des savoirs techniques au Moyen Age. Elle a notamment publié L'Industrie au village. Essai de micro-histoire, XIVe et XVe siècles (Les Belles Lettres, 2017).
Philippe Dillmann est directeur de recherche au CNRS, spécialisé en archéométrie, il est l'un des coordonnateurs des recherches scientifiques menées autour de Notre-Dame de Paris.
MOTS CLÉS
Archéométrie
Discipline dédiée à l'analyse physico-chimique des matériaux mis au jour par les archéologues (métaux, sédiments, restes alimentaires, végétaux, etc.), dans un objectif de datation et d'interprétation.
Archéo-botanique
Branche de l'archéométrie consacrée à l'analyse des vestiges d'origine végétale (pollens, graines, fruits, feuilles, bourgeons, bois, etc.).
Forge hydraulique
Soufflerie représentée par l'ingénieur siennois Taccola (XVe siècle). Ce type d'atelier avec arbre à cames utilisé dans l'industrie sidérurgique permet de transformer le mouvement circulaire continu en un mouvement alternatif.
Industrieux Moyen Age
Depuis une vingtaine d'années, les historiens admettent l'existence d'une industrie médiévale, distincte de l'artisanat par sa production plus importante, son insertion dans des réseaux d'échange de longue distance et un plus haut niveau d'innovation technique. L'apport de l'archéologie a été fondamental. Des fouilles entreprises en France et en Angleterre sur le site d'anciens monastères cisterciens ont permis d'établir l'existence d'une véritable industrie sidérurgique dès le XIIe siècle. Celle-ci repose notamment sur l'usage du « moulin à fer », qui permet, grâce à des marteaux hydrauliques, de forger des masses plus importantes de fer. La diffusion du moulin à fer, aujourd'hui bien connue, a concerné tout l'Occident.
A venir
Le XIXe World Economic History Congress aura lieu du 25 au 29 juillet 2022. Un passe « histoire publique » (100 €, étudiant 40 €) donnera accès à l'ensemble des événements associés (conférences, débats-forums, réceptions, visites guidées, salon du livre, etc.) et permettra l'inscription au dîner de gala.
Renseignements et inscriptions sur le site du World Economic History Congress.
L'Atelier des CHERCHEURS - URSS-Russie. Les transfuges, traîtres ou héros ? / Andreï Kozovoï in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - URSS-Russie. Les transfuges, traîtres ou héros ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Andreï Kozovoï, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 65-68 Langues : Français (fre) Mots-clés : KGB Russie transfuges Perestroïka Note de contenu :
Agents soviétiques, ils ont fui vers l'Occident par dizaines pendant la guerre froide, emportant des documents top secret qui ont contribué à la chute de leur pays.
Héros pour les uns, traîtres pour les autres, les transfuges (defectors en anglais, perebejtchiki en russe) furent des protagonistes incontournables de la guerre froide. Personnalités du monde des arts, du sport et de la politique, leurs évasions souvent rocambolesques ont émaillé l'actualité. L'on se souvient de Viktor Kravchenko, auteur de J'ai choisi la liberté ! (1946), de la fille de Staline Svetlana Allilouïeva (1967), du joueur d'échecs Viktor Kortchnoï (1978), du couple de patineurs Ludmila et Oleg Protopopov (1979), des danseurs de ballet Rudolf Noureev (1961), Natalia Makarova et Mikhaïl Barychnikov (1974).
Il existe cependant un groupe de transfuges moins connu du grand public, les agents secrets soviétiques. Leurs défections, à quelques exceptions près, se sont produites dans une très grande discrétion médiatique, et le public n'en a pris connaissance que tardivement, en lisant leurs Mémoires, qui contenaient - on s'en doute - une parti ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 65-68[article] L'Atelier des CHERCHEURS - URSS-Russie. Les transfuges, traîtres ou héros ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Andreï Kozovoï, Auteur . - 2022 . - p. 65-68.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 65-68
Mots-clés : KGB Russie transfuges Perestroïka Note de contenu :
Agents soviétiques, ils ont fui vers l'Occident par dizaines pendant la guerre froide, emportant des documents top secret qui ont contribué à la chute de leur pays.
Héros pour les uns, traîtres pour les autres, les transfuges (defectors en anglais, perebejtchiki en russe) furent des protagonistes incontournables de la guerre froide. Personnalités du monde des arts, du sport et de la politique, leurs évasions souvent rocambolesques ont émaillé l'actualité. L'on se souvient de Viktor Kravchenko, auteur de J'ai choisi la liberté ! (1946), de la fille de Staline Svetlana Allilouïeva (1967), du joueur d'échecs Viktor Kortchnoï (1978), du couple de patineurs Ludmila et Oleg Protopopov (1979), des danseurs de ballet Rudolf Noureev (1961), Natalia Makarova et Mikhaïl Barychnikov (1974).
Il existe cependant un groupe de transfuges moins connu du grand public, les agents secrets soviétiques. Leurs défections, à quelques exceptions près, se sont produites dans une très grande discrétion médiatique, et le public n'en a pris connaissance que tardivement, en lisant leurs Mémoires, qui contenaient - on s'en doute - une parti ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Des médecins dans la cité / Marilyn Nicoud in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Des médecins dans la cité Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Marilyn Nicoud, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 70-75 Langues : Français (fre) Mots-clés : Moyen Age médecins pouls chirurgiens apothicaires empiriques barbiers peste amende Note de contenu :
Dès le XIIe siècle, dans les cités italiennes, la pratique de la médecine se professionnalise et des mesures de santé publique sont mises en place. Tous ces praticiens vont devoir affronter la peste de 1348.
Les idées reçues véhiculent l'image d'un Moyen Age sans hygiène ni préoccupation sanitaire ; une période où les médecins seraient, au mieux, sous la plume acérée d'un Pétrarque, des rhéteurs sans panache, au pire, des charlatans. Le portrait que permettent de dresser la riche documentation des cités italiennes et la production textuelle des savants est plus nuancé.
Même si elle n'est pas la seule, l'Italie réunit dès le XIIe-XIIIe siècle toutes les conditions propices au développement de la médecine : de nombreuses villes, une assez forte alphabétisation, des centres de pouvoir et de culture, un essor économique et surtout des universités. Dans les facultés, à partir du XIIIe siècle, la discipline médicale est enseignée sur la base d'un corpus d'oeuvres issues de l'ample mouvement de traduction de textes grecs et de langue arabe en latin, initié au monastère du Mont-Cassin au XIe siècle et poursuivi à Tolède au XIIe. La médecine revendique dès lors un statut ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 70-75[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Des médecins dans la cité [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Marilyn Nicoud, Auteur . - 2022 . - p. 70-75.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 70-75
Mots-clés : Moyen Age médecins pouls chirurgiens apothicaires empiriques barbiers peste amende Note de contenu :
Dès le XIIe siècle, dans les cités italiennes, la pratique de la médecine se professionnalise et des mesures de santé publique sont mises en place. Tous ces praticiens vont devoir affronter la peste de 1348.
Les idées reçues véhiculent l'image d'un Moyen Age sans hygiène ni préoccupation sanitaire ; une période où les médecins seraient, au mieux, sous la plume acérée d'un Pétrarque, des rhéteurs sans panache, au pire, des charlatans. Le portrait que permettent de dresser la riche documentation des cités italiennes et la production textuelle des savants est plus nuancé.
Même si elle n'est pas la seule, l'Italie réunit dès le XIIe-XIIIe siècle toutes les conditions propices au développement de la médecine : de nombreuses villes, une assez forte alphabétisation, des centres de pouvoir et de culture, un essor économique et surtout des universités. Dans les facultés, à partir du XIIIe siècle, la discipline médicale est enseignée sur la base d'un corpus d'oeuvres issues de l'ample mouvement de traduction de textes grecs et de langue arabe en latin, initié au monastère du Mont-Cassin au XIe siècle et poursuivi à Tolède au XIIe. La médecine revendique dès lors un statut ...
Décryptage d'image : 1886 : la trame de l'interview / Sylvain Venayre in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Décryptage d'image : 1886 : la trame de l'interview Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sylvain Venayre, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 76-77 Langues : Français (fre) Mots-clés : Journal illustré chismistes entretien Nadar photogravure Note de contenu :
Le dimanche 5 septembre 1886, la une du Journal illustré annonçait trois entretiens avec le chimiste Michel-Eugène Chevreul, au lendemain du 100e anniversaire de celui-ci.
Chevreul était alors un savant réputé. Il avait travaillé tout autant sur la perception des couleurs que sur la confection des corps gras, ses recherches conduisant notamment à l'invention des bougies stéariques, lesquelles furent à l'origine d'une industrialisation massive de la bougie et du savon au XIXe siècle.
L'entretien qu'il accorde ce jour-là au célèbre Nadar a souvent été considéré comme l'invention de l'interview photographique, voire comme la préfiguration des entretiens filmés. Comme l'écrivait alors Le Petit Journal pour assurer la publicité du numéro : « Avec le système Nadar, il n'y a pas d'interprétation : c'est la reproduction exacte de toutes les incidences, toutes les interruptions de phrases, toutes les suspensions que permet la conversation. L'on a un docu ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 76-77[article] Décryptage d'image : 1886 : la trame de l'interview [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sylvain Venayre, Auteur . - 2022 . - p. 76-77.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 76-77
Mots-clés : Journal illustré chismistes entretien Nadar photogravure Note de contenu :
Le dimanche 5 septembre 1886, la une du Journal illustré annonçait trois entretiens avec le chimiste Michel-Eugène Chevreul, au lendemain du 100e anniversaire de celui-ci.
Chevreul était alors un savant réputé. Il avait travaillé tout autant sur la perception des couleurs que sur la confection des corps gras, ses recherches conduisant notamment à l'invention des bougies stéariques, lesquelles furent à l'origine d'une industrialisation massive de la bougie et du savon au XIXe siècle.
L'entretien qu'il accorde ce jour-là au célèbre Nadar a souvent été considéré comme l'invention de l'interview photographique, voire comme la préfiguration des entretiens filmés. Comme l'écrivait alors Le Petit Journal pour assurer la publicité du numéro : « Avec le système Nadar, il n'y a pas d'interprétation : c'est la reproduction exacte de toutes les incidences, toutes les interruptions de phrases, toutes les suspensions que permet la conversation. L'on a un docu ...
Guide des Livres : Savante Andalousie / Gabriel MARTINEZ-GROS in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Savante Andalousie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Gabriel MARTINEZ-GROS, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 78-79 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture Andalousie pouvoir politique savoir Note de contenu :
Au XIe siècle une vingtaine de principautés se partagent, sur la péninsule Ibérique, les lambeaux du territoire califal. Mais ces péripéties politiques n'affectent guère le bouillonnement culturel qui définit Al-Andalus.
Ce livre comble un vide dont Emmanuelle Tixier du Mesnil démontre qu'il est pourtant central dans l'histoire andalouse. Elle le rappelle, c'est au XIe siècle en effet que l'on passe, en Al-Andalus, d'une histoire omeyyade à un discours andalou - et aussi, à partir de la fin du siècle, d'une confrontation avec l'Orient à une comparaison avec le Maghreb. Pourtant, le XIe siècle, le plus brillant de l'existence andalouse dans bien des domaines, a rebuté les historiens autant qu'il a passionné les arabisants. C'est que la toile de fond politique y est d'une grande médiocrité. Al-Andalus est divisé en principautés, qu'on nomme taifas (entre 1020 environ et 1091), et qui font pâle figure auprès de la puissance du califat omeyyade (929-1031), auquel elles succèdent. Ce contraste entre atonie politique et apogée culturel nous surprend, parce que nous avons Louis XIV en tête, que nous associons Versailles et l'âge classique à l'hégémonie du Roi-Soleil sur la Chrétienté. Mais ce n'eût pas étonné le penseur arabe Ibn Khaldun, note l'auteure. Elle en fait pour sa part le fil directeur de son livre. S'il y a une « identité andalouse », c'est précisément dans l'absence de définition politique, ethnique et militaire du fait andalou qu'on peut la trouver. Le nom d'« Andalous » ne désigne que des fonctions et des mérites culturels, dans le sens le plus large, intellectuels, techniques, productifs.
C'est une thèse novatrice, fructueuse, mais qui nécessite explication. C'est à quoi s'emploie la première partie du livre, avec une belle mise au point sur la « tolérance » andalouse en particulier, à laquelle mieux vaut renoncer, nous dit l'auteure. Elle n'en réfute pas moins, avec un talent de polémiste réjouissant, les thèses qui prennent prétexte des illusions de cette « tolérance » pour condamner l'Islam médiéval dans son ensemble. La deuxième partie relit l'histoire politique des taifas andalouses. Le point décisif en est que les principautés andalouses issues de l'éclatement du califat ne sont pas des entités ethniquement fondées. Il est vrai que les chroniqueurs insistent sur la dimension ethnique de l'affrontement des princes. Mais, comme il est de tradition dans le monde islamique médiéval en général, ces fractures ethniques n'intéressent que la mince caste au pouvoir. La guerre « civile » qui a brisé le califat et donné naissance aux taifas ne fut pas « civile ». Ce fut pour l'essentiel une crise de l'appareil d'État du califat - et d'abord de son appareil militaire, divisé depuis le siècle précédent entre Berbères et esclaves-soldats européens.
Des crises aussi violentes dévastent d'autres califats à peu de temps de là, en particulier le califat fatimide du Caire entre 1065 et 1072, remarque l'auteure. Mais ces événements n'ont guère affecté, au total, la créativité culturelle d'Al-Andalus. Le cadi Saïd de Tolède (mort en 1070) se réjouit, dans son histoire des sciences, de la chute du califat et des désordres qui ont paralysé la police de la pensée, et répandu dans toute la Péninsule les livres de la grande bibliothèque du calife Al-Hakam II. Et le plus célèbre des intellectuels andalous du XIe siècle, Ibn Hazm (994-1064), jouira d'assez de liberté, grâce à la division des principautés, à la fois pour critiquer les princes et surtout pour énoncer des thèses qu'on eût tenues pour hérétiques un demi-siècle avant ou après lui.
Dans la troisième et dernière partie, on se contentera de puiser, dans une matière très riche, deux thèmes majeurs. Une célèbre dispute théologique, tenue à Majorque en 1047 entre Ibn Hazm et Al-Baji, introduit le premier. Ibn Hazm, disent tous ses nombreux ennemis, y aurait été vaincu par l'argumentation serrée d'Al-Baji, acquise à Bagdad où il avait passé de nombreuses années d'études. C'est l'occasion, pour Emmanuelle Tixier du Mesnil, de souligner avec justesse qu'avec la chute ou l'affaiblissement des califats au XIe siècle le monde des clercs se détache partout, et pas seulement en Al-Andalus, du pouvoir politique. Les ulémas bagdadiens constituent un groupe de pression d'une cohésion sociale et intellectuelle bien plus redoutable que les Andalous - et Al-Baji, assez médiocre penseur, y trouve les ressources rhétoriques nécessaires pour l'emporter sur l'esprit le plus aiguisé d'Al-Andalus. Preuve, cependant, que la créativité intellectuelle n'est pas toujours du côté des clercs et de la Ville contre le Palais. Au XIIe siècle, Ibn Tufayl et Averroès seront protégés par les califes almohades contre les ulémas, leurs pairs et compatriotes andalous. Le deuxième thème, c'est la division des activités intellectuelles dans les taifas andalouses. Les princes y favorisent en général les sciences de leur goût, coranique et grammaticale chez les Esclavons (esclaves-soldats d'origine européenne) de la côte méditerranéenne, mathématique et astronomique à Tolède et Saragosse, poétique à Séville. Pourquoi ? se demande l'historienne. En fait, tout se passe comme si l'héritage idéologique du califat omeyyade était partagé entre ses héritiers : au plus central, au plus brillant, le roi de Séville, échoit l'héritage arabe dont les Omeyyades avaient fait le coeur de leur discours - et donc, avec le rôle arabe, la poésie qui ne s'en sépare pas. A Tolède et Saragosse en revanche, les deux autres pouvoirs majeurs de la Péninsule, en expansion aux dépens des taifas leurs voisines, revient le rôle impérial, et avec lui l'excellence mathématique et astronomique, à l'imitation des grands califes de Bagdad, dont leurs souverains reprennent les noms - Al-Mamun, Al-Muqtadir, etc.
Reste enfin la belle conclusion. Avec les Persans peut-être, les Andalous sont les seuls à avoir fait peuple sans faire pouvoir. L'identité andalouse « permet à qui choisit de s'en réclamer d'en être l'héritier légitime ». Une synthèse remarquable, désormais indispensable, sur l'histoire andalouse.
Mot clé :
Livres
Gabriel Martinez-Gros est professeur émérite à l'université Paris-Nanterre.
Savoir et pouvoir en Al-Andalus au XIe siècle, Emmanuelle Tixier du Mesnil, Seuil, 2022, 448 p., 24,50 €.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 78-79[article] Guide des Livres : Savante Andalousie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Gabriel MARTINEZ-GROS, Auteur . - 2022 . - p. 78-79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 78-79
Mots-clés : lecture Andalousie pouvoir politique savoir Note de contenu :
Au XIe siècle une vingtaine de principautés se partagent, sur la péninsule Ibérique, les lambeaux du territoire califal. Mais ces péripéties politiques n'affectent guère le bouillonnement culturel qui définit Al-Andalus.
Ce livre comble un vide dont Emmanuelle Tixier du Mesnil démontre qu'il est pourtant central dans l'histoire andalouse. Elle le rappelle, c'est au XIe siècle en effet que l'on passe, en Al-Andalus, d'une histoire omeyyade à un discours andalou - et aussi, à partir de la fin du siècle, d'une confrontation avec l'Orient à une comparaison avec le Maghreb. Pourtant, le XIe siècle, le plus brillant de l'existence andalouse dans bien des domaines, a rebuté les historiens autant qu'il a passionné les arabisants. C'est que la toile de fond politique y est d'une grande médiocrité. Al-Andalus est divisé en principautés, qu'on nomme taifas (entre 1020 environ et 1091), et qui font pâle figure auprès de la puissance du califat omeyyade (929-1031), auquel elles succèdent. Ce contraste entre atonie politique et apogée culturel nous surprend, parce que nous avons Louis XIV en tête, que nous associons Versailles et l'âge classique à l'hégémonie du Roi-Soleil sur la Chrétienté. Mais ce n'eût pas étonné le penseur arabe Ibn Khaldun, note l'auteure. Elle en fait pour sa part le fil directeur de son livre. S'il y a une « identité andalouse », c'est précisément dans l'absence de définition politique, ethnique et militaire du fait andalou qu'on peut la trouver. Le nom d'« Andalous » ne désigne que des fonctions et des mérites culturels, dans le sens le plus large, intellectuels, techniques, productifs.
C'est une thèse novatrice, fructueuse, mais qui nécessite explication. C'est à quoi s'emploie la première partie du livre, avec une belle mise au point sur la « tolérance » andalouse en particulier, à laquelle mieux vaut renoncer, nous dit l'auteure. Elle n'en réfute pas moins, avec un talent de polémiste réjouissant, les thèses qui prennent prétexte des illusions de cette « tolérance » pour condamner l'Islam médiéval dans son ensemble. La deuxième partie relit l'histoire politique des taifas andalouses. Le point décisif en est que les principautés andalouses issues de l'éclatement du califat ne sont pas des entités ethniquement fondées. Il est vrai que les chroniqueurs insistent sur la dimension ethnique de l'affrontement des princes. Mais, comme il est de tradition dans le monde islamique médiéval en général, ces fractures ethniques n'intéressent que la mince caste au pouvoir. La guerre « civile » qui a brisé le califat et donné naissance aux taifas ne fut pas « civile ». Ce fut pour l'essentiel une crise de l'appareil d'État du califat - et d'abord de son appareil militaire, divisé depuis le siècle précédent entre Berbères et esclaves-soldats européens.
Des crises aussi violentes dévastent d'autres califats à peu de temps de là, en particulier le califat fatimide du Caire entre 1065 et 1072, remarque l'auteure. Mais ces événements n'ont guère affecté, au total, la créativité culturelle d'Al-Andalus. Le cadi Saïd de Tolède (mort en 1070) se réjouit, dans son histoire des sciences, de la chute du califat et des désordres qui ont paralysé la police de la pensée, et répandu dans toute la Péninsule les livres de la grande bibliothèque du calife Al-Hakam II. Et le plus célèbre des intellectuels andalous du XIe siècle, Ibn Hazm (994-1064), jouira d'assez de liberté, grâce à la division des principautés, à la fois pour critiquer les princes et surtout pour énoncer des thèses qu'on eût tenues pour hérétiques un demi-siècle avant ou après lui.
Dans la troisième et dernière partie, on se contentera de puiser, dans une matière très riche, deux thèmes majeurs. Une célèbre dispute théologique, tenue à Majorque en 1047 entre Ibn Hazm et Al-Baji, introduit le premier. Ibn Hazm, disent tous ses nombreux ennemis, y aurait été vaincu par l'argumentation serrée d'Al-Baji, acquise à Bagdad où il avait passé de nombreuses années d'études. C'est l'occasion, pour Emmanuelle Tixier du Mesnil, de souligner avec justesse qu'avec la chute ou l'affaiblissement des califats au XIe siècle le monde des clercs se détache partout, et pas seulement en Al-Andalus, du pouvoir politique. Les ulémas bagdadiens constituent un groupe de pression d'une cohésion sociale et intellectuelle bien plus redoutable que les Andalous - et Al-Baji, assez médiocre penseur, y trouve les ressources rhétoriques nécessaires pour l'emporter sur l'esprit le plus aiguisé d'Al-Andalus. Preuve, cependant, que la créativité intellectuelle n'est pas toujours du côté des clercs et de la Ville contre le Palais. Au XIIe siècle, Ibn Tufayl et Averroès seront protégés par les califes almohades contre les ulémas, leurs pairs et compatriotes andalous. Le deuxième thème, c'est la division des activités intellectuelles dans les taifas andalouses. Les princes y favorisent en général les sciences de leur goût, coranique et grammaticale chez les Esclavons (esclaves-soldats d'origine européenne) de la côte méditerranéenne, mathématique et astronomique à Tolède et Saragosse, poétique à Séville. Pourquoi ? se demande l'historienne. En fait, tout se passe comme si l'héritage idéologique du califat omeyyade était partagé entre ses héritiers : au plus central, au plus brillant, le roi de Séville, échoit l'héritage arabe dont les Omeyyades avaient fait le coeur de leur discours - et donc, avec le rôle arabe, la poésie qui ne s'en sépare pas. A Tolède et Saragosse en revanche, les deux autres pouvoirs majeurs de la Péninsule, en expansion aux dépens des taifas leurs voisines, revient le rôle impérial, et avec lui l'excellence mathématique et astronomique, à l'imitation des grands califes de Bagdad, dont leurs souverains reprennent les noms - Al-Mamun, Al-Muqtadir, etc.
Reste enfin la belle conclusion. Avec les Persans peut-être, les Andalous sont les seuls à avoir fait peuple sans faire pouvoir. L'identité andalouse « permet à qui choisit de s'en réclamer d'en être l'héritier légitime ». Une synthèse remarquable, désormais indispensable, sur l'histoire andalouse.
Mot clé :
Livres
Gabriel Martinez-Gros est professeur émérite à l'université Paris-Nanterre.
Savoir et pouvoir en Al-Andalus au XIe siècle, Emmanuelle Tixier du Mesnil, Seuil, 2022, 448 p., 24,50 €.
Guide des Livres : A quoi pensent les Conquistadors ? / Yves Saint-Geours in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : A quoi pensent les Conquistadors ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Yves Saint-Geours, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture Conquistadors Amérique mental Note de contenu : Une plongée dans l'univers mental de ceux qui ont conquis les Amériques.
Colomb, Cortès et Moctezuma, Pizarre et Atawalpa : on est apparemment en terrain balisé, tant les récits de la « conquête », de 1492 à 1542, abondent. Pourtant, il s'agit là d'un maître-livre, car Fernando Cervantes (université de Bristol) enrichit le cadre narratif en y insérant des réflexions sur l'histoire politique, culturelle, et même linguistique, qui permettent d'entrer dans l'univers mental des souverains (les Rois catholiques, Charles Quint) et des conquistadors : le millénarisme chrétien de Joachim de Flore ; les considérations de Saint-Thomas, reprises par le frère Francisco de Vitoria, sur ce qui fonde la domination ou les droits des peuples indigènes en tant que sujets du roi d'Espagne. Cette riche palette permet, sans les justifier, de mieux comprendre les horreurs, et comment, si certaines étaient tolérées, d'autres étaient inadmissibles pour le roi et l'administration espagnole.
Fondée sur une quantité vertigineuse de sources de toute nature, des manuscrits aux chroniques, et d'une ample bibliographie, très anglophone, la fresque avance quelques idées-forces. D'abord, les peuples indigènes ont toujours été vaincus par d'autres peuples indigènes (les Tlaxcaltèques alliés de Cortès au Mexique), quand les souverains eux-mêmes (Manco Inca) n'étaient pas associés aux conquistadors. Ensuite les légendes, dorée et noire, de la conquête, n'aident guère à l'intelligence de ce qui s'est produit alors. Et puis, si les institutions mises en place après un demi-siècle de conquête ont duré presque trois siècles, c'est qu'elles étaient adaptées au mode de relation des souverains avec leurs sujets, fait de respect des droits et privilèges, d'administration décentralisée, de répartition des pouvoirs si difficile à percevoir aujourd'hui. Enfin l'évangélisation n'a pas été un simple vernis sur les cultes préhispaniques, mais bien une acculturation en profondeur qui a créé une religiosité aussi vivace qu'originale.
En bref, ce livre atteint deux objectifs : être une véritable synthèse et être toujours accessible, malgré la complexité.
Mot clé :
Livres
Yves Saint-Geours est membre du comité scientifique de L'Histoire.
Les Conquistadors, Fernando Cervantes, trad. de l’anglais, par Johan-Frédérik Hel Guedj, Perrin, 2022, 579 p., 27 €.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : A quoi pensent les Conquistadors ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Yves Saint-Geours, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 80
Mots-clés : lecture Conquistadors Amérique mental Note de contenu : Une plongée dans l'univers mental de ceux qui ont conquis les Amériques.
Colomb, Cortès et Moctezuma, Pizarre et Atawalpa : on est apparemment en terrain balisé, tant les récits de la « conquête », de 1492 à 1542, abondent. Pourtant, il s'agit là d'un maître-livre, car Fernando Cervantes (université de Bristol) enrichit le cadre narratif en y insérant des réflexions sur l'histoire politique, culturelle, et même linguistique, qui permettent d'entrer dans l'univers mental des souverains (les Rois catholiques, Charles Quint) et des conquistadors : le millénarisme chrétien de Joachim de Flore ; les considérations de Saint-Thomas, reprises par le frère Francisco de Vitoria, sur ce qui fonde la domination ou les droits des peuples indigènes en tant que sujets du roi d'Espagne. Cette riche palette permet, sans les justifier, de mieux comprendre les horreurs, et comment, si certaines étaient tolérées, d'autres étaient inadmissibles pour le roi et l'administration espagnole.
Fondée sur une quantité vertigineuse de sources de toute nature, des manuscrits aux chroniques, et d'une ample bibliographie, très anglophone, la fresque avance quelques idées-forces. D'abord, les peuples indigènes ont toujours été vaincus par d'autres peuples indigènes (les Tlaxcaltèques alliés de Cortès au Mexique), quand les souverains eux-mêmes (Manco Inca) n'étaient pas associés aux conquistadors. Ensuite les légendes, dorée et noire, de la conquête, n'aident guère à l'intelligence de ce qui s'est produit alors. Et puis, si les institutions mises en place après un demi-siècle de conquête ont duré presque trois siècles, c'est qu'elles étaient adaptées au mode de relation des souverains avec leurs sujets, fait de respect des droits et privilèges, d'administration décentralisée, de répartition des pouvoirs si difficile à percevoir aujourd'hui. Enfin l'évangélisation n'a pas été un simple vernis sur les cultes préhispaniques, mais bien une acculturation en profondeur qui a créé une religiosité aussi vivace qu'originale.
En bref, ce livre atteint deux objectifs : être une véritable synthèse et être toujours accessible, malgré la complexité.
Mot clé :
Livres
Yves Saint-Geours est membre du comité scientifique de L'Histoire.
Les Conquistadors, Fernando Cervantes, trad. de l’anglais, par Johan-Frédérik Hel Guedj, Perrin, 2022, 579 p., 27 €.
Guide des Livres : 16 juillet 1942 : la honte / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : 16 juillet 1942 : la honte Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture rafle juifs étrangers Vel'd'Hiv Note de contenu : La grande rafle de 1942 sans pathos avec des sources nouvelles.
Les 16 et 17 juillet 1942, Paris a été le théâtre de l'immense coup de filet lancé sur les « Juifs étrangers », décidé par les dirigeants du IIIe Reich et exécuté par les forces de la police française et son chef René Bousquet ; 13000 personnes arrêtées par 4500 policiers : aucune opération en Europe occidentale n'avait eu cette ampleur. Pourtant, elle n'a atteint qu'en partie son but, puisque quelque 15 000 individus, soit deux tiers des personnes visées, avaient pu y échapper.
Un certain nombre de publications avaient traité du sujet, notamment celle de Claude Lévy et Paul Tillard qui, dans La Grande Rafle du Vél'd'Hiv, donnèrent, en 1967, son nom à cette opération inhumaine qui attendit sa condamnation officielle jusqu'au discours de Jacques Chirac en 1995. L'importance du livre de Laurent Joly tient aux nouvelles sources qu'il a su exploiter pour décrire aussi bien le sort des victimes que les comportements des policiers : dossiers de police, fichier général des Juifs, dossiers d'épuration, correspondance, récits personnels, comptes rendus d'interrogatoire. Il s'interroge sur la variabilité des comportements policiers, allant du zèle meurtrier à la solidarité.
La détention au Vél'd'Hiv, dans un état d'impréparation de la part des autorités, est décrite dans son horreur : des êtres humains parqués les uns sur les autres, la pénurie de WC, des hurlements, des malades. Quelques-uns réussissent à s'évader. Le 19 juillet, commence l'évacuation du Vél'd'Hiv. Direction : Beaune-la-Rolande, Pithiviers. D'autres raflés avaient été envoyés au camp de Drancy. A la fin de juillet 1942, les premiers trains partent pour Auschwitz. Mais la traque continue, et l'auteur suit les nouvelles rafles qui se succédèrent jusqu'en août 1944.
Ce livre sans pathos, attaché à décrire une tragédie à travers d'innombrables cas singuliers, précis dans ses statistiques, récusant l'affirmation selon laquelle les Juifs français avaient été épargnés (la plupart des enfants du Vél'd'Hiv étaient de nationalité française), met en lumière la complicité de Vichy et l'humanité des « Justes » : policiers, concierges, voisins.
Mot clé :
Livres
Michel Winock est conseiller de la direction de L'Histoire.
La Rafle du Vél’d’Hiv, Laurent Joly, Grasset, 2022, 300 p., 24 €.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : 16 juillet 1942 : la honte [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 80
Mots-clés : lecture rafle juifs étrangers Vel'd'Hiv Note de contenu : La grande rafle de 1942 sans pathos avec des sources nouvelles.
Les 16 et 17 juillet 1942, Paris a été le théâtre de l'immense coup de filet lancé sur les « Juifs étrangers », décidé par les dirigeants du IIIe Reich et exécuté par les forces de la police française et son chef René Bousquet ; 13000 personnes arrêtées par 4500 policiers : aucune opération en Europe occidentale n'avait eu cette ampleur. Pourtant, elle n'a atteint qu'en partie son but, puisque quelque 15 000 individus, soit deux tiers des personnes visées, avaient pu y échapper.
Un certain nombre de publications avaient traité du sujet, notamment celle de Claude Lévy et Paul Tillard qui, dans La Grande Rafle du Vél'd'Hiv, donnèrent, en 1967, son nom à cette opération inhumaine qui attendit sa condamnation officielle jusqu'au discours de Jacques Chirac en 1995. L'importance du livre de Laurent Joly tient aux nouvelles sources qu'il a su exploiter pour décrire aussi bien le sort des victimes que les comportements des policiers : dossiers de police, fichier général des Juifs, dossiers d'épuration, correspondance, récits personnels, comptes rendus d'interrogatoire. Il s'interroge sur la variabilité des comportements policiers, allant du zèle meurtrier à la solidarité.
La détention au Vél'd'Hiv, dans un état d'impréparation de la part des autorités, est décrite dans son horreur : des êtres humains parqués les uns sur les autres, la pénurie de WC, des hurlements, des malades. Quelques-uns réussissent à s'évader. Le 19 juillet, commence l'évacuation du Vél'd'Hiv. Direction : Beaune-la-Rolande, Pithiviers. D'autres raflés avaient été envoyés au camp de Drancy. A la fin de juillet 1942, les premiers trains partent pour Auschwitz. Mais la traque continue, et l'auteur suit les nouvelles rafles qui se succédèrent jusqu'en août 1944.
Ce livre sans pathos, attaché à décrire une tragédie à travers d'innombrables cas singuliers, précis dans ses statistiques, récusant l'affirmation selon laquelle les Juifs français avaient été épargnés (la plupart des enfants du Vél'd'Hiv étaient de nationalité française), met en lumière la complicité de Vichy et l'humanité des « Justes » : policiers, concierges, voisins.
Mot clé :
Livres
Michel Winock est conseiller de la direction de L'Histoire.
La Rafle du Vél’d’Hiv, Laurent Joly, Grasset, 2022, 300 p., 24 €.
Guide des Livres : Au-delà d’Athènes… in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Au-delà d’Athènes… Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Grèce classique antiquité Note de contenu : La Grèce classique. D’Hérodote à Aristote, 510-336 avant notre ère, Catherine Grandjean (dir.), Belin, « Mondes Anciens », 2022, 528 p., 44 €.
Comment présenter de façon neuve une période que chacun croit connaître tant elle est au coeur de ce que fut la Grèce antique ? L'équipe réunie autour de Catherine Grandjean réussit à ne rien négliger de ce qui fait l'intérêt majeur de cette (courte) période en matière politique, sociale, économique, militaire, artistique ou intellectuelle sans tomber dans les pièges de l'idéalisation, de l'athénocentrisme, ou du schématisme.
Avec habileté et une vraie réussite d'écriture, les auteurs présentent un récit suivi des grands thèmes attendus, combats pour la survie contre les Perses ou la Macédoine, démocratie, impérialisme, sociétés en mutation, tout en mettant en évidence combien, sur la plupart de ces sujets, les idées reçues ont été remises en cause depuis un quart de siècle. Une foule d'encarts viennent compléter ce récit principal sur les acteurs, les sanctuaires, l'armement, les rites funéraires ou des aspects moins connus comme le monde colonial.
La richesse de l'illustration et de la cartographie en fait un véritable instrument de découverte. Une ultime réussite de cette collection désormais complète sur la Grèce.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Au-delà d’Athènes… [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 81
Mots-clés : lecture livre Grèce classique antiquité Note de contenu : La Grèce classique. D’Hérodote à Aristote, 510-336 avant notre ère, Catherine Grandjean (dir.), Belin, « Mondes Anciens », 2022, 528 p., 44 €.
Comment présenter de façon neuve une période que chacun croit connaître tant elle est au coeur de ce que fut la Grèce antique ? L'équipe réunie autour de Catherine Grandjean réussit à ne rien négliger de ce qui fait l'intérêt majeur de cette (courte) période en matière politique, sociale, économique, militaire, artistique ou intellectuelle sans tomber dans les pièges de l'idéalisation, de l'athénocentrisme, ou du schématisme.
Avec habileté et une vraie réussite d'écriture, les auteurs présentent un récit suivi des grands thèmes attendus, combats pour la survie contre les Perses ou la Macédoine, démocratie, impérialisme, sociétés en mutation, tout en mettant en évidence combien, sur la plupart de ces sujets, les idées reçues ont été remises en cause depuis un quart de siècle. Une foule d'encarts viennent compléter ce récit principal sur les acteurs, les sanctuaires, l'armement, les rites funéraires ou des aspects moins connus comme le monde colonial.
La richesse de l'illustration et de la cartographie en fait un véritable instrument de découverte. Une ultime réussite de cette collection désormais complète sur la Grèce.
Guide des Livres : Un « âge victimaire » ? in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Un « âge victimaire » ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre politique social évolution essai orient occident Note de contenu : Le Passé imposé, Henry Laurens, Fayard, 2022, 236 p., 20,90 €.
Les quatre chapitres de cet essai, qui traitent de la nature de la démarche historique, des histoires croisées de l'orientalisme et de l'occidentalisme entre le XVIIIe siècle et nos jours, de l'évolution de la violence au XXe-XXIe siècle et, enfin, des études postcoloniales, peuvent à première vue sembler tout à fait distincts les uns les autres. Un fil rouge ne tarde pas à s'en dégager : la défense de la méthode historique à un « âge de la victime » - dont l'origine remonterait à la deuxième moitié des années 1970, marquée à la fois par la fin de la guerre du Vietnam et la parution de L'Orientalisme d'Edward Said - où la sanctification des mémoires communautaires, en rabattant le passé sur le présent, abolirait progressivement la distance critique indispensable au travail historien. Cette crainte rejoint celle qui, dès 1984, sous-tendait le projet des Lieux de mémoire dirigé par Pierre Nora, dont l'essor récent de la cancel culture semble confirmer pour l'auteur toute la pertinence. On peut regretter une vision quelque peu caricaturale des études postcoloniales, qu'Henry Laurens ne porte de toute évidence pas plus dans son coeur que la sociologie bourdieusienne ou les déclinaisons récentes de l'histoire du genre, mais l'ouvrage, nourri d'une vraie curiosité, illustre bien les tensions qui travaillent le champ des sciences sociales. Que l'on souscrive ou non aux conclusions que tire l'auteur, la question qu'il soulève ici des enjeux politiques et sociaux qui enserrent aujourd'hui le travail historien mérite, assurément, l'attention.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Un « âge victimaire » ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 81
Mots-clés : lecture livre politique social évolution essai orient occident Note de contenu : Le Passé imposé, Henry Laurens, Fayard, 2022, 236 p., 20,90 €.
Les quatre chapitres de cet essai, qui traitent de la nature de la démarche historique, des histoires croisées de l'orientalisme et de l'occidentalisme entre le XVIIIe siècle et nos jours, de l'évolution de la violence au XXe-XXIe siècle et, enfin, des études postcoloniales, peuvent à première vue sembler tout à fait distincts les uns les autres. Un fil rouge ne tarde pas à s'en dégager : la défense de la méthode historique à un « âge de la victime » - dont l'origine remonterait à la deuxième moitié des années 1970, marquée à la fois par la fin de la guerre du Vietnam et la parution de L'Orientalisme d'Edward Said - où la sanctification des mémoires communautaires, en rabattant le passé sur le présent, abolirait progressivement la distance critique indispensable au travail historien. Cette crainte rejoint celle qui, dès 1984, sous-tendait le projet des Lieux de mémoire dirigé par Pierre Nora, dont l'essor récent de la cancel culture semble confirmer pour l'auteur toute la pertinence. On peut regretter une vision quelque peu caricaturale des études postcoloniales, qu'Henry Laurens ne porte de toute évidence pas plus dans son coeur que la sociologie bourdieusienne ou les déclinaisons récentes de l'histoire du genre, mais l'ouvrage, nourri d'une vraie curiosité, illustre bien les tensions qui travaillent le champ des sciences sociales. Que l'on souscrive ou non aux conclusions que tire l'auteur, la question qu'il soulève ici des enjeux politiques et sociaux qui enserrent aujourd'hui le travail historien mérite, assurément, l'attention.
Guide des Livres : L'empire face aux steppes in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'empire face aux steppes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre dynastie chinoise Song échanges influence Note de contenu : La Dynastie des Song, Christian Lamouroux, Les Belles Lettres, 2022, 816 p., 35 €.
On connaît depuis longtemps l'importance, dans l'histoire chinoise, de la dynastie des Song (960-1279), dont l'idée s'est imposée, au cours du XXe siècle, qu'elle avait marqué le début des temps modernes en Chine. Malgré la fragmentation du territoire chinois et la concurrence au Nord des puissances des steppes - notamment après la césure de 1127, lorsque la dynastie, connue désormais du nom de Song du Sud, reflue sous la pression des Jin -, la dynastie des Song est une période de refonte institutionnelle et bureaucratique, d'échanges commerciaux accélérés, comme de dynamisme culturel : c'est elle ainsi qui voit naître, autour notamment de l'oeuvre de Zhu Xi, un néo-confucianisme demeuré influent jusqu'à la fin de l'histoire impériale.
Fort d'une carrière entière consacrée à l'histoire des Song - depuis la gestion hydraulique, les finances ou l'artisanat jusqu'à l'armée et au développement de l'État bureaucratique -, Christian Lamouroux synthétise ici plusieurs décennies de travaux historiques en langues chinoise et japonaise autant que française et anglaise. C'est ce qui l'incite d'ailleurs à conserver comme cadre celui de l'histoire dynastique chinoise, sans pour autant minimiser l'importance de la rupture de 1127, ou de la transition Song-Yuan-Ming mise au jour en 2003 par Paul Smith et Richard von Glahn, ni celle encore des interactions entre la Chine des Song et les pouvoirs des steppes, dont les travaux de Nicola Di Cosmo ont su remettre en cause l'opposition trop schématique.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : L'empire face aux steppes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 81
Mots-clés : lecture livre dynastie chinoise Song échanges influence Note de contenu : La Dynastie des Song, Christian Lamouroux, Les Belles Lettres, 2022, 816 p., 35 €.
On connaît depuis longtemps l'importance, dans l'histoire chinoise, de la dynastie des Song (960-1279), dont l'idée s'est imposée, au cours du XXe siècle, qu'elle avait marqué le début des temps modernes en Chine. Malgré la fragmentation du territoire chinois et la concurrence au Nord des puissances des steppes - notamment après la césure de 1127, lorsque la dynastie, connue désormais du nom de Song du Sud, reflue sous la pression des Jin -, la dynastie des Song est une période de refonte institutionnelle et bureaucratique, d'échanges commerciaux accélérés, comme de dynamisme culturel : c'est elle ainsi qui voit naître, autour notamment de l'oeuvre de Zhu Xi, un néo-confucianisme demeuré influent jusqu'à la fin de l'histoire impériale.
Fort d'une carrière entière consacrée à l'histoire des Song - depuis la gestion hydraulique, les finances ou l'artisanat jusqu'à l'armée et au développement de l'État bureaucratique -, Christian Lamouroux synthétise ici plusieurs décennies de travaux historiques en langues chinoise et japonaise autant que française et anglaise. C'est ce qui l'incite d'ailleurs à conserver comme cadre celui de l'histoire dynastique chinoise, sans pour autant minimiser l'importance de la rupture de 1127, ou de la transition Song-Yuan-Ming mise au jour en 2003 par Paul Smith et Richard von Glahn, ni celle encore des interactions entre la Chine des Song et les pouvoirs des steppes, dont les travaux de Nicola Di Cosmo ont su remettre en cause l'opposition trop schématique.
Guide des Livres : Gaule chevelue in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Gaule chevelue Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre gaule nord empire romain antiquité Note de contenu : Gallia Comata. La Gaule du Nord. De l’indépendance à l’Empire romain, Michel Reddé, PUR, Rennes, 2022, 400 p., 30 €.
Un livre passionnant sur la Gaule chevelue, le territoire conquis par César dans les années 50 avant notre ère. Savantes, appuyées sur les récentes avancées de la recherche archéologique, ses démonstrations claires et richement illustrées (cartes, graphiques, plans) assouviront la curiosité de l'honnête homme, tout en nourrissant les connaissances des étudiants et des spécialistes.
Partant du quotidien des hommes pour aborder ensuite le déroulement des faits avec leurs scansions politico-institutionnelles, la synthèse proposée par Michel Reddé renouvelle l'approche en se démarquant des cloisonnements géographiques et chronologiques traditionnels. La France n'est pas la Gaule : pour comprendre cette dernière, il faut se départir du roman national construit au XIXe siècle, embrasser une temporalité et un espace différents. Remontant au milieu du IIe siècle av. J.-C., dans une Gaule indépendante et déjà en contact avec Rome, l'étude se prolonge jusqu'en 70 de notre ère, englobant la phase de conquête puis d'implantation des Romains. Cette focale, qui permet d'appréhender de manière nuancée les continuités et les ruptures entre période d'indépendance et domination romaine, rafraîchit la réflexion sur le concept souvent galvaudé de romanisation. Des exemples précis illustrent la variété des situations.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Gaule chevelue [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 81
Mots-clés : lecture livre gaule nord empire romain antiquité Note de contenu : Gallia Comata. La Gaule du Nord. De l’indépendance à l’Empire romain, Michel Reddé, PUR, Rennes, 2022, 400 p., 30 €.
Un livre passionnant sur la Gaule chevelue, le territoire conquis par César dans les années 50 avant notre ère. Savantes, appuyées sur les récentes avancées de la recherche archéologique, ses démonstrations claires et richement illustrées (cartes, graphiques, plans) assouviront la curiosité de l'honnête homme, tout en nourrissant les connaissances des étudiants et des spécialistes.
Partant du quotidien des hommes pour aborder ensuite le déroulement des faits avec leurs scansions politico-institutionnelles, la synthèse proposée par Michel Reddé renouvelle l'approche en se démarquant des cloisonnements géographiques et chronologiques traditionnels. La France n'est pas la Gaule : pour comprendre cette dernière, il faut se départir du roman national construit au XIXe siècle, embrasser une temporalité et un espace différents. Remontant au milieu du IIe siècle av. J.-C., dans une Gaule indépendante et déjà en contact avec Rome, l'étude se prolonge jusqu'en 70 de notre ère, englobant la phase de conquête puis d'implantation des Romains. Cette focale, qui permet d'appréhender de manière nuancée les continuités et les ruptures entre période d'indépendance et domination romaine, rafraîchit la réflexion sur le concept souvent galvaudé de romanisation. Des exemples précis illustrent la variété des situations.
Guide des Livres : « Dieux ! Que ne suis-je assise... » / Jean-Pierre Rioux in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : « Dieux ! Que ne suis-je assise... » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Pierre Rioux, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture repos découverte abandon les temps Note de contenu : Histoire du repos, Alain Corbin, Plon, 2022, 167 p., 15 €.
Alain Corbin poursuit sa recherche du temps perdu. Le voici de nouveau à la découverte des paysages de la sensibilité, d'émotions enfouies, de représentations et d'imaginaires oubliés ou piétinés. Naguère il explorait les miasmes et les jonquilles, les arbres et les rivages, la fraîcheur de l'herbe ou le son des cloches. L'an passé, c'était La Rafale et le zéphyr (Fayard), la tempête redoutable ou la brise caressante, signatures du désert comme de la montagne : tout un univers éolien authentifié dans la Bible comme chez les Romantiques. Aujourd'hui il s'attaque au repos pour nous aider à comprendre qu'il faudrait peut-être songer, demain, à sortir du stress généralisé et du week-end détox, pour prendre, enfin, le temps d'être avec soi et les autres ; pour comprendre encore la détresse de Phèdre qui cherche, elle, « l'ombre des forêts » quand « tout m'afflige, me nuit et conspire à me nuire ».
L'essai est bref, dispersé, parfois désinvolte. Il renvoie souvent à son envers moins ébouriffé, la belle Histoire de la fatigue. Du Moyen Age à nos jours (Seuil, 2020) de Georges Vigarello. Curieusement, il récuse les romanciers et préfère les musiciens, les moralistes et les poètes, de Virgile à Francis Ponge. Mais il signale savamment, mine de rien, des points tout à fait disruptifs.
Le premier tient à notre abandon, massif et satisfait, du repos éternel, « socle » de cette histoire en Occident, signature immémoriale d'un dévouement de l'homme à son Créateur, obstacle à la dislocation de l'âme et à la paresse maléfique, recherche d'une quiétude et marque d'un retrait qui signera une alliance à perpétuité. « Un signe entre moi et vous », dit Yahvé dans L'Exode, magnifié par le sabbat ; un « doux besoin » dans la Genèse, qui depuis Constantin a fait sanctifier chrétiennement le repos dominical, inventer le requiem et respecter les morts au « champ du repos ». Thérèse d'Avila, François de Sales, Pascal, Bossuet ou Montaigne sont utilement convoqués pour nous rafraîchir la mémoire. Car aujourd'hui, sur les pierres tombales, seuls les regrets sont éternels.
Deuxième disruption, autre abandon : notre passage du repos personnel au loisir qui « occupe le temps » et « envahit l'espace ». L'auteur excelle dans la présentation de la lente et tâtonnante émergence, depuis Rousseau rêvant en barque sur le lac de Bienne jusqu'aux années sea, sex et sun, de ce nirvana qui a fui le temps chronométré des révolutions industrielles, imposé le repos hebdomadaire et non plus dominical, conquis les congés payés et magnifié la retraite : barbecue, transat et grand soleil, délassement plus qu'approfondissement, tout ce qui a « asséché, aplani, simplifié l'histoire du repos ».
Un léger regret, pour finir. Antique souci des Bucoliques, respect des saisons, joies des feuilles mortes et des printemps, douceur de Millet : ce chapitre sur la nature n'est qu'esquissé alors que la question nous tenaille de nouveau. Alain Corbin, fort de son enfance normande et de sa thèse limousine, pouvait en faire un plat principal. Pourquoi non, cher homme ? La pudeur, sans doute.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : « Dieux ! Que ne suis-je assise... » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Pierre Rioux, Auteur . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 82
Mots-clés : lecture repos découverte abandon les temps Note de contenu : Histoire du repos, Alain Corbin, Plon, 2022, 167 p., 15 €.
Alain Corbin poursuit sa recherche du temps perdu. Le voici de nouveau à la découverte des paysages de la sensibilité, d'émotions enfouies, de représentations et d'imaginaires oubliés ou piétinés. Naguère il explorait les miasmes et les jonquilles, les arbres et les rivages, la fraîcheur de l'herbe ou le son des cloches. L'an passé, c'était La Rafale et le zéphyr (Fayard), la tempête redoutable ou la brise caressante, signatures du désert comme de la montagne : tout un univers éolien authentifié dans la Bible comme chez les Romantiques. Aujourd'hui il s'attaque au repos pour nous aider à comprendre qu'il faudrait peut-être songer, demain, à sortir du stress généralisé et du week-end détox, pour prendre, enfin, le temps d'être avec soi et les autres ; pour comprendre encore la détresse de Phèdre qui cherche, elle, « l'ombre des forêts » quand « tout m'afflige, me nuit et conspire à me nuire ».
L'essai est bref, dispersé, parfois désinvolte. Il renvoie souvent à son envers moins ébouriffé, la belle Histoire de la fatigue. Du Moyen Age à nos jours (Seuil, 2020) de Georges Vigarello. Curieusement, il récuse les romanciers et préfère les musiciens, les moralistes et les poètes, de Virgile à Francis Ponge. Mais il signale savamment, mine de rien, des points tout à fait disruptifs.
Le premier tient à notre abandon, massif et satisfait, du repos éternel, « socle » de cette histoire en Occident, signature immémoriale d'un dévouement de l'homme à son Créateur, obstacle à la dislocation de l'âme et à la paresse maléfique, recherche d'une quiétude et marque d'un retrait qui signera une alliance à perpétuité. « Un signe entre moi et vous », dit Yahvé dans L'Exode, magnifié par le sabbat ; un « doux besoin » dans la Genèse, qui depuis Constantin a fait sanctifier chrétiennement le repos dominical, inventer le requiem et respecter les morts au « champ du repos ». Thérèse d'Avila, François de Sales, Pascal, Bossuet ou Montaigne sont utilement convoqués pour nous rafraîchir la mémoire. Car aujourd'hui, sur les pierres tombales, seuls les regrets sont éternels.
Deuxième disruption, autre abandon : notre passage du repos personnel au loisir qui « occupe le temps » et « envahit l'espace ». L'auteur excelle dans la présentation de la lente et tâtonnante émergence, depuis Rousseau rêvant en barque sur le lac de Bienne jusqu'aux années sea, sex et sun, de ce nirvana qui a fui le temps chronométré des révolutions industrielles, imposé le repos hebdomadaire et non plus dominical, conquis les congés payés et magnifié la retraite : barbecue, transat et grand soleil, délassement plus qu'approfondissement, tout ce qui a « asséché, aplani, simplifié l'histoire du repos ».
Un léger regret, pour finir. Antique souci des Bucoliques, respect des saisons, joies des feuilles mortes et des printemps, douceur de Millet : ce chapitre sur la nature n'est qu'esquissé alors que la question nous tenaille de nouveau. Alain Corbin, fort de son enfance normande et de sa thèse limousine, pouvait en faire un plat principal. Pourquoi non, cher homme ? La pudeur, sans doute.
Guide des Livres : Jardin impérial in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Jardin impérial Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture Calcutta jardins essai Note de contenu : Enraciner l’Empire. Une autre histoire du jardin botanique de Calcutta, 1830-1910, Marine Bellégo, Publications scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle, 2021, 560 p., 42 €.
Ce livre, qui s'apparente à première vue à une monographie spécialisée, est en fait un passionnant essai qui aborde l'histoire de l'impérialisme dans un type d'espace sans cesse reconstruit comme un microcosme : le jardin botanique. Celui-ci invente et recompose la biodiversité naturelle et la coule dans les représentations économiques et culturelles. « L'histoire des jardins botaniques s'inscrit assurément dans celle de l'enrôlement du monde végétal à des fins commerciales et industrielles par les puissances coloniales » : Marine Bellégo résume ainsi les enjeux politiques autour des savoirs botaniques à l'ère victorienne.
L'histoire des classements et réaménagements du jardin, autour du « grand banian » (arbre dont la frondaison atteint 412 mètres de circonférence) fait écho à « l'acclimatation » de la main-d'oeuvre impériale, des cadres savants aux gardiens subalternes. Avec la parution de ce trentième volume de la collection « Archives » des Publications scientifiques du Muséum national d'histoire naturelle, c'est aussi l'occasion de saluer un travail éditorial d'exception, où la beauté iconographique renforce la valeur scientifique de la documentation.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : Jardin impérial [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 82
Mots-clés : lecture Calcutta jardins essai Note de contenu : Enraciner l’Empire. Une autre histoire du jardin botanique de Calcutta, 1830-1910, Marine Bellégo, Publications scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle, 2021, 560 p., 42 €.
Ce livre, qui s'apparente à première vue à une monographie spécialisée, est en fait un passionnant essai qui aborde l'histoire de l'impérialisme dans un type d'espace sans cesse reconstruit comme un microcosme : le jardin botanique. Celui-ci invente et recompose la biodiversité naturelle et la coule dans les représentations économiques et culturelles. « L'histoire des jardins botaniques s'inscrit assurément dans celle de l'enrôlement du monde végétal à des fins commerciales et industrielles par les puissances coloniales » : Marine Bellégo résume ainsi les enjeux politiques autour des savoirs botaniques à l'ère victorienne.
L'histoire des classements et réaménagements du jardin, autour du « grand banian » (arbre dont la frondaison atteint 412 mètres de circonférence) fait écho à « l'acclimatation » de la main-d'oeuvre impériale, des cadres savants aux gardiens subalternes. Avec la parution de ce trentième volume de la collection « Archives » des Publications scientifiques du Muséum national d'histoire naturelle, c'est aussi l'occasion de saluer un travail éditorial d'exception, où la beauté iconographique renforce la valeur scientifique de la documentation.
Guide des Livres : Haines « éthniques » au Kivu in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Haines « éthniques » au Kivu Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture Kivu violences génocide haine Note de contenu : Les Banyarwanda du Nord-Kivu (RDC). Histoire d’un groupe transfrontalier au XXe siècle, Aloys Tegera Buseyi, L’Harmattan, 2021, 460 p., 42 €.
Le Nord-Kivu subit des violences incroyables depuis une trentaine d'années. Cet ouvrage offre le premier décryptage de l'histoire de cette région, sur le long XXe siècle, par-delà les clichés venus des réécritures de l'ethnologie coloniale. A partir des Archives africaines de Bruxelles, des monographies de chercheurs locaux et d'enquêtes de terrain, il met en lumière quatre aspects fondamentaux. D'abord la situation « transfrontalière » de populations partagées à la fin du XIXe siècle entre les domaines coloniaux belge (le Congo), allemand (le Rwanda) et britannique (l'Ouganda). Sur le papier, les habitants du Nord-Kivu se trouvèrent affectés à un étrange « État du Congo » (devenu le Congo belge en 1908). La fabrique d'antagonismes dits « ethniques » occultant le rôle de ce bouleversement exogène dans les concurrences et les préjugés pseudo-scientifiques. Les « Banyarwanda », rwandophones, allaient se retrouver stigmatisés comme « étrangers » à un pays qui, en tant que tel, n'existait pas avant la colonisation.
Le jeu des migrations interafricaines contemporaines, ensuite : le besoin de main-d'oeuvre lié à l'essor d'une nouvelle économie (dans les mines et l'agriculture coloniale ou le parc national Albert créé en 1925), entraîna une immigration importante de travailleurs venus du Rwanda voisin, également contrôlé par les Belges depuis la Première Guerre mondiale et dont la gestion était dès lors intégrée à celle du Congo. Les stratégies politiques contemporaines, branchées sur les redécoupages territoriaux, et donc électoraux, dans le cadre de la Province du Kivu enfin. Le poids démographique des Banyarwanda (autochtones et immigrés), mal vécu par leurs voisins, fut instrumentalisé et les passions identitaires mobilisées jusqu'à nier leur identité nationale congolaise. Cette propagande tourna à la violence dès les années 1960, et empira en mars 1993 avec les massacres de rwandophones, puis avec la contagion d'un racisme antitutsi sous la pression des réfugiés hutu rwandais, au lendemain du génocide de 1994.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Haines « éthniques » au Kivu [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
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Mots-clés : lecture Kivu violences génocide haine Note de contenu : Les Banyarwanda du Nord-Kivu (RDC). Histoire d’un groupe transfrontalier au XXe siècle, Aloys Tegera Buseyi, L’Harmattan, 2021, 460 p., 42 €.
Le Nord-Kivu subit des violences incroyables depuis une trentaine d'années. Cet ouvrage offre le premier décryptage de l'histoire de cette région, sur le long XXe siècle, par-delà les clichés venus des réécritures de l'ethnologie coloniale. A partir des Archives africaines de Bruxelles, des monographies de chercheurs locaux et d'enquêtes de terrain, il met en lumière quatre aspects fondamentaux. D'abord la situation « transfrontalière » de populations partagées à la fin du XIXe siècle entre les domaines coloniaux belge (le Congo), allemand (le Rwanda) et britannique (l'Ouganda). Sur le papier, les habitants du Nord-Kivu se trouvèrent affectés à un étrange « État du Congo » (devenu le Congo belge en 1908). La fabrique d'antagonismes dits « ethniques » occultant le rôle de ce bouleversement exogène dans les concurrences et les préjugés pseudo-scientifiques. Les « Banyarwanda », rwandophones, allaient se retrouver stigmatisés comme « étrangers » à un pays qui, en tant que tel, n'existait pas avant la colonisation.
Le jeu des migrations interafricaines contemporaines, ensuite : le besoin de main-d'oeuvre lié à l'essor d'une nouvelle économie (dans les mines et l'agriculture coloniale ou le parc national Albert créé en 1925), entraîna une immigration importante de travailleurs venus du Rwanda voisin, également contrôlé par les Belges depuis la Première Guerre mondiale et dont la gestion était dès lors intégrée à celle du Congo. Les stratégies politiques contemporaines, branchées sur les redécoupages territoriaux, et donc électoraux, dans le cadre de la Province du Kivu enfin. Le poids démographique des Banyarwanda (autochtones et immigrés), mal vécu par leurs voisins, fut instrumentalisé et les passions identitaires mobilisées jusqu'à nier leur identité nationale congolaise. Cette propagande tourna à la violence dès les années 1960, et empira en mars 1993 avec les massacres de rwandophones, puis avec la contagion d'un racisme antitutsi sous la pression des réfugiés hutu rwandais, au lendemain du génocide de 1994.
Guide des Livres : Plume d'oie ou d'acier ? in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Plume d'oie ou d'acier ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre traitement pédagogique contribution édition page Note de contenu : Histoire d’un livre. L’Histoire de France de Victor Duruy, Jean-Charles Geslot, CNRS Éditions, 2022, 400 p., 25 €.
En 1858, Victor Duruy, alors professeur au lycée Bonaparte (ex- et futur Henri IV) fit paraître chez Louis Hachette une Histoire de France à destination du grand public, comme il en existait alors tant d'autres, en deux volumes totalisant 1 500 pages et reprenant des publications antérieures. Il s'en débita 23 éditions jusqu'en 1913. Sans doute la haute position de l'auteur, ministre de l'Instruction publique de 1863 à 1869, contribua-t-elle, littérairement et matériellement, à son succès, entre ceux, bien plus durables, de son maître Michelet et de son disciple Lavisse. De ce livre somme toute ordinaire, et dont l'histoire même est pauvrement documentée, Jean-Charles Geslot réussit le pari de retracer la carrière par le menu, de la conception à la réception en passant par la négociation du contrat, la rédaction de l'ouvrage (plume d'oie ou plume d'acier ?), la fabrication (papier, encre, illustrations, brochage) et la commercialisation, sans oublier l'intention patriotique et le traitement pédagogique. Cette contribution substantielle à l'histoire du livre et de l'édition, dont les enjeux prennent au cours du second XIXe siècle une importance considérable, aurait mérité l'adjonction d'un index.
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Langues : Français (fre)
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Mots-clés : lecture livre traitement pédagogique contribution édition page Note de contenu : Histoire d’un livre. L’Histoire de France de Victor Duruy, Jean-Charles Geslot, CNRS Éditions, 2022, 400 p., 25 €.
En 1858, Victor Duruy, alors professeur au lycée Bonaparte (ex- et futur Henri IV) fit paraître chez Louis Hachette une Histoire de France à destination du grand public, comme il en existait alors tant d'autres, en deux volumes totalisant 1 500 pages et reprenant des publications antérieures. Il s'en débita 23 éditions jusqu'en 1913. Sans doute la haute position de l'auteur, ministre de l'Instruction publique de 1863 à 1869, contribua-t-elle, littérairement et matériellement, à son succès, entre ceux, bien plus durables, de son maître Michelet et de son disciple Lavisse. De ce livre somme toute ordinaire, et dont l'histoire même est pauvrement documentée, Jean-Charles Geslot réussit le pari de retracer la carrière par le menu, de la conception à la réception en passant par la négociation du contrat, la rédaction de l'ouvrage (plume d'oie ou plume d'acier ?), la fabrication (papier, encre, illustrations, brochage) et la commercialisation, sans oublier l'intention patriotique et le traitement pédagogique. Cette contribution substantielle à l'histoire du livre et de l'édition, dont les enjeux prennent au cours du second XIXe siècle une importance considérable, aurait mérité l'adjonction d'un index.
Guide des Livres : Europes plurielles in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Europes plurielles Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83-84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Europe pays politique social Note de contenu : Europe contre Europe. Entre liberté, solidarité et puissance, Laurent Warlouzet, CNRS Éditions, 2022, 496 p., 26 €.
Sans doute l'ensemble est-il complexe parce que l'on ne sait pas de quoi on parle. Un des grands mérites du livre de Laurent Warlouzet est d'offrir aux lecteurs (et citoyens) de la clarté dans la définition des enjeux européens. La bibliographie est considérable, tout comme la masse des archives mobilisées et la diversité des sources - 22 fonds d'archives, dans 8 pays, sans compter la littérature grise.
L'historien de l'Europe se frotte forcément à l'économie, rigoureusement mobilisée ici, et à la science politique, dont l'auteur retient le goût des typologies. Il distingue ainsi quatre types de politiques publiques (sociales, économiques, diplomatiques) au niveau des États comme de la CEE/UE : sociale, libérale, néomercantiliste, ultralibérale. Le Royaume-Uni et la RFA ets'inscrivent dans une logique libérale, avant d'embrasser l'ultralibéralisme (avec Thatcher en 1979, puis Kohl et Schröder entre 1983 et 2003), tandis que la France est plutôt néomercantiliste, car elle doit ...
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 83-84[article] Guide des Livres : Europes plurielles [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 83-84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 83-84
Mots-clés : lecture livre Europe pays politique social Note de contenu : Europe contre Europe. Entre liberté, solidarité et puissance, Laurent Warlouzet, CNRS Éditions, 2022, 496 p., 26 €.
Sans doute l'ensemble est-il complexe parce que l'on ne sait pas de quoi on parle. Un des grands mérites du livre de Laurent Warlouzet est d'offrir aux lecteurs (et citoyens) de la clarté dans la définition des enjeux européens. La bibliographie est considérable, tout comme la masse des archives mobilisées et la diversité des sources - 22 fonds d'archives, dans 8 pays, sans compter la littérature grise.
L'historien de l'Europe se frotte forcément à l'économie, rigoureusement mobilisée ici, et à la science politique, dont l'auteur retient le goût des typologies. Il distingue ainsi quatre types de politiques publiques (sociales, économiques, diplomatiques) au niveau des États comme de la CEE/UE : sociale, libérale, néomercantiliste, ultralibérale. Le Royaume-Uni et la RFA ets'inscrivent dans une logique libérale, avant d'embrasser l'ultralibéralisme (avec Thatcher en 1979, puis Kohl et Schröder entre 1983 et 2003), tandis que la France est plutôt néomercantiliste, car elle doit ...
Guide des Livres : Ségrégation de guerre in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Ségrégation de guerre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre ségrégation raciale armée équilibre Note de contenu : Une armée noire. Fort Huachua, Arizona, 1941-1945, Pauline Peretz, Seuil, 2022, 400 p., 25 €.
En mai 1943, le boxeur Joe Louis vient passer trois jours dans le sud de l'Arizona, dans une zone isolée et désertique à proximité de la frontière mexicaine. Pourquoi ce voyage ? Le champion du monde des poids lourds, qui s'est engagé dans l'armée, vient apporter son soutien aux 15 000 soldats noirs regroupés dans le camp militaire de Fort Huachuca. Dans une guerre où les États-Unis affirment se battre au nom de la démocratie contre les puissances racistes de l'Axe, une ségrégation stricte règne pourtant dans ces camps d'entraînement.
Pauline Peretz s'attache à comprendre de quoi était fait le quotidien de ces hommes, en s'appuyant avec finesse sur les méthodes de la microhistoire. Elle se demande en particulier pourquoi les tensions entre ces soldats noirs et des officiers blancs souvent pétris de préjugés n'ont pas abouti à une mutinerie. Une partie de la réponse réside dans la place laissée aux divertissements, comme la musique et le sport, mais aussi l'alcool et la prostitution. Autant d'espaces de liberté aménagés, ou tolérés, pour maintenir un équilibre racial en négociation constante.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 83[article] Guide des Livres : Ségrégation de guerre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 83
Mots-clés : lecture livre ségrégation raciale armée équilibre Note de contenu : Une armée noire. Fort Huachua, Arizona, 1941-1945, Pauline Peretz, Seuil, 2022, 400 p., 25 €.
En mai 1943, le boxeur Joe Louis vient passer trois jours dans le sud de l'Arizona, dans une zone isolée et désertique à proximité de la frontière mexicaine. Pourquoi ce voyage ? Le champion du monde des poids lourds, qui s'est engagé dans l'armée, vient apporter son soutien aux 15 000 soldats noirs regroupés dans le camp militaire de Fort Huachuca. Dans une guerre où les États-Unis affirment se battre au nom de la démocratie contre les puissances racistes de l'Axe, une ségrégation stricte règne pourtant dans ces camps d'entraînement.
Pauline Peretz s'attache à comprendre de quoi était fait le quotidien de ces hommes, en s'appuyant avec finesse sur les méthodes de la microhistoire. Elle se demande en particulier pourquoi les tensions entre ces soldats noirs et des officiers blancs souvent pétris de préjugés n'ont pas abouti à une mutinerie. Une partie de la réponse réside dans la place laissée aux divertissements, comme la musique et le sport, mais aussi l'alcool et la prostitution. Autant d'espaces de liberté aménagés, ou tolérés, pour maintenir un équilibre racial en négociation constante.
Guide des Livres : Décennie arabe in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Décennie arabe Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre monstres hommes nationaliste réflexion Note de contenu : Le Temps des monstres. Le monde arabe, 2011-2021, Hamit Bozarslan, La Découverte, 2022, 254 p., 19 €.
Qui mieux que l'historien formé à la réflexion sur la longue durée peut aider à comprendre le monde au jour le jour ? Hamit Bozarslan en apporte une passionnante démonstration par cette série de textes publiés entre 2011 et 2021 (et republiés tels quels) sur les « révolutions arabes », leurs contextes, leurs avatars successifs, leurs échecs, leurs perspectives. Bien loin de prédire l'avenir, l'auteur s'employait à montrer ce qui les différenciait, ce qui constituait leurs lignes de force et, plus souvent, leur faiblesse, surtout leur manque de capacité à proposer un modèle de société séduisant.
Non seulement ces textes n'ont rien perdu de leur actualité, mais ils apportent aussi des éléments essentiels de réflexion sur les crises de notre décennie, et en particulier celle ouverte par l'agression de Vladimir Poutine contre l'Ukraine, lui que l'auteur décrit dès 2016 comme prisonnier de « grilles de lecture du XIXe siècle », mais sachant jouer à merveille de « la corde nationaliste de son opinion publique ». Il nous remet en mémoire le désastre que furent pour le Moyen-Orient la présidence Trump, l'extrême prudence d'Obama, l'indifférence des Européens, le jeu complexe d'Erdogan ou de l'Iran, les fragmentations syriennes ou irakiennes, l'impuissance saoudienne ou encore le repli égyptien ou palestinien. A lire d'urgence pour échapper au schématisme et éviter un réveil brutal face au danger toujours menaçant du terrorisme islamiste et des ingérences d'États-cartels, voire d'États mafieux.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Décennie arabe [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 84
Mots-clés : lecture livre monstres hommes nationaliste réflexion Note de contenu : Le Temps des monstres. Le monde arabe, 2011-2021, Hamit Bozarslan, La Découverte, 2022, 254 p., 19 €.
Qui mieux que l'historien formé à la réflexion sur la longue durée peut aider à comprendre le monde au jour le jour ? Hamit Bozarslan en apporte une passionnante démonstration par cette série de textes publiés entre 2011 et 2021 (et republiés tels quels) sur les « révolutions arabes », leurs contextes, leurs avatars successifs, leurs échecs, leurs perspectives. Bien loin de prédire l'avenir, l'auteur s'employait à montrer ce qui les différenciait, ce qui constituait leurs lignes de force et, plus souvent, leur faiblesse, surtout leur manque de capacité à proposer un modèle de société séduisant.
Non seulement ces textes n'ont rien perdu de leur actualité, mais ils apportent aussi des éléments essentiels de réflexion sur les crises de notre décennie, et en particulier celle ouverte par l'agression de Vladimir Poutine contre l'Ukraine, lui que l'auteur décrit dès 2016 comme prisonnier de « grilles de lecture du XIXe siècle », mais sachant jouer à merveille de « la corde nationaliste de son opinion publique ». Il nous remet en mémoire le désastre que furent pour le Moyen-Orient la présidence Trump, l'extrême prudence d'Obama, l'indifférence des Européens, le jeu complexe d'Erdogan ou de l'Iran, les fragmentations syriennes ou irakiennes, l'impuissance saoudienne ou encore le repli égyptien ou palestinien. A lire d'urgence pour échapper au schématisme et éviter un réveil brutal face au danger toujours menaçant du terrorisme islamiste et des ingérences d'États-cartels, voire d'États mafieux.
Guide des Livres : Les membres du comité scientifique ont publié (mai 2022) in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Les membres du comité scientifique ont publié (mai 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre comité scientifique publication Note de contenu : Nous sommes ici, nous rêvons d’ailleurs, Patrick Boucheron, Mathieu Riboulet Lagrasse, Verdier, 2022, 112 p., 15 €.
Cinq ans après avoir été prononcé devant un public amassé en nombre sous la halle du village de Lagrasse dans l'Aude, lors d'un Banquet du livre, le dialogue entre Mathieu Riboulet, disparu en 2018, et Patrick Boucheron forme la matière d'un ouvrage aussi original qu'exaltant. Sous le prétexte d'une « histoire mondiale » du village, l'historien se livre à un exercice incomparable où le rêve et l'histoire se mêlent, en autant de connexions et de réflexions mutuelles.
L’Argent caché. Milieux d’affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle, Jean-Noël Jeanneney, Seuil, « Points », 1981, rééd. 2022, 464 p., 11,30 €.
Scandales, subvention électorales, revenus des parlementaires, stratégie des organisations patronales, spéculation : l'influence des milieux d'affaires sur la politique a toujours été un problème majeur. La réédition de cette importante synthèse sur les rapports compliqués de l'argent et du pouvoir dans la France contemporaine est suivie d'une postface inédite.
Les Conflits d’archives. France, Espagne, Méditerranée, Stéphane Péquignot, Yann Potin (dir.), Rennes, PUR, 2022, 342 p., 28 €.
Doit-on transgresser l'interdit testamentaire de Michel Foucault et publier ses manuscrits ? Comment comprendre la destruction, en 1989, par le gouvernement, des dossiers individuels d'opinions politiques en Grèce ? Issu d'un programme international, ce passionnant ouvrage collectif retrace, par études de cas situées, quelques grandes affaires concernant l'appropriation, la conservation, l'accès ou l'usage des archives depuis le Moyen Age.
L’Histoire de la Bretagne illustrée pour les nuls, Joël Cornette, First Éditions, 2022, 717 p., 29,95 €.
Sur le ton alerte du récit, Joël Cornette embrasse « 30 000 générations de Bretons » depuis l'apparition de l'homo erectus sur les bords de la Vilaine jusqu'à la Bretagne du XXIe siècle avec ses 4 millions d'habitants. Des développements lumineux sont consacrés au Moyen-Age breton. Encadrés, biographies, coup de projecteur sur dix lieux et une frise chronologique achèvent de brosser le portrait de ce territoire singulier.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Les membres du comité scientifique ont publié (mai 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 84
Mots-clés : lecture livre comité scientifique publication Note de contenu : Nous sommes ici, nous rêvons d’ailleurs, Patrick Boucheron, Mathieu Riboulet Lagrasse, Verdier, 2022, 112 p., 15 €.
Cinq ans après avoir été prononcé devant un public amassé en nombre sous la halle du village de Lagrasse dans l'Aude, lors d'un Banquet du livre, le dialogue entre Mathieu Riboulet, disparu en 2018, et Patrick Boucheron forme la matière d'un ouvrage aussi original qu'exaltant. Sous le prétexte d'une « histoire mondiale » du village, l'historien se livre à un exercice incomparable où le rêve et l'histoire se mêlent, en autant de connexions et de réflexions mutuelles.
L’Argent caché. Milieux d’affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle, Jean-Noël Jeanneney, Seuil, « Points », 1981, rééd. 2022, 464 p., 11,30 €.
Scandales, subvention électorales, revenus des parlementaires, stratégie des organisations patronales, spéculation : l'influence des milieux d'affaires sur la politique a toujours été un problème majeur. La réédition de cette importante synthèse sur les rapports compliqués de l'argent et du pouvoir dans la France contemporaine est suivie d'une postface inédite.
Les Conflits d’archives. France, Espagne, Méditerranée, Stéphane Péquignot, Yann Potin (dir.), Rennes, PUR, 2022, 342 p., 28 €.
Doit-on transgresser l'interdit testamentaire de Michel Foucault et publier ses manuscrits ? Comment comprendre la destruction, en 1989, par le gouvernement, des dossiers individuels d'opinions politiques en Grèce ? Issu d'un programme international, ce passionnant ouvrage collectif retrace, par études de cas situées, quelques grandes affaires concernant l'appropriation, la conservation, l'accès ou l'usage des archives depuis le Moyen Age.
L’Histoire de la Bretagne illustrée pour les nuls, Joël Cornette, First Éditions, 2022, 717 p., 29,95 €.
Sur le ton alerte du récit, Joël Cornette embrasse « 30 000 générations de Bretons » depuis l'apparition de l'homo erectus sur les bords de la Vilaine jusqu'à la Bretagne du XXIe siècle avec ses 4 millions d'habitants. Des développements lumineux sont consacrés au Moyen-Age breton. Encadrés, biographies, coup de projecteur sur dix lieux et une frise chronologique achèvent de brosser le portrait de ce territoire singulier.
Guides des Revues : Fictions historiques in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Revues : Fictions historiques Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue médias publications oeuvres Note de contenu : Romans, films, séries et jeux à succès : certaines oeuvres semblent légitimes pour participer au débat historique. Le Temps des médias analyse leur apport pédagogique.
Toujours plus de succès pour la fiction historique ! Depuis le début du XIXe siècle et la publication des romans de Walter Scott au Royaume-Uni, le genre continue de susciter l'engouement, porté par le cinéma, les séries télévisées et les jeux vidéo. Le Temps des médias consacre son dernier numéro (coordonné par M. Boutet, L. Cros et M.-J. Rossignol) à la fiction historique anglo-américaine - celle qui franchit le plus les barrières nationales - analysant leur impact social et politique, mais aussi leur apport pédagogique.
Deux articles s'attaquent à l'héritage de Walter Scott : la « formule » du roman historique qu'il crée d'abord (E. Le Seven, P. Pilote), reprise par ses contemporains américains, et son héritage du côté français ensuite (I. Safa), à un moment où la discipline historique apparaît comme le creuset de la nation. Deuxième idée : la difficulté de raconter certaines périodes. A Hollywood, plusieurs projets sur de la guerre civile espagnole ont été abandonnés (V. Elefteriou-Perrin) pour des raisons commerciales associées à l'isolationnisme ou l'anti-bellicisme ambiants aux États-Unis.
Direction les séries télévisées. Dans Vikings et The Last Kingdom, on s'intéresse à la représentation peu nuancée du religieux : le polythéisme scandinave ouvert et tolérant versus le christianisme morbide et fanatique (A. Gautier). Dans Downtown Abbey et Peaky Blinders, on étudie les masculinités au lendemain de la Grande Guerre, en abordant par exemple la transmission de la violence du front vers les relations domestiques (V. Faingnaert, Maggy Hary).
D'autres oeuvres permettent d'illustrer les débats historiographiques les plus récents. Les films fantastiques sur la guerre de Sécession montrent bien un renversement de perspective, depuis un Autant en emporte le vent (1939) où la dimension anti-esclavagiste était gommée (M.-J. Rossignol). Autre exemple : avec les réécritures féministes d'épopées antiques, la fiction permet de mettre en garde contre les biais de la documentation antique (M. Attali).
Pour finir, la revue examine la scolarisation du jeu vidéo à succès Assassin's Creed (R. Vincent), c'est-à-dire la manière dont ce nouveau média peut se transformer en support pédagogique pour les enseignants d'histoire-géographie.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 86[article] Guides des Revues : Fictions historiques [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 86
Mots-clés : revue médias publications oeuvres Note de contenu : Romans, films, séries et jeux à succès : certaines oeuvres semblent légitimes pour participer au débat historique. Le Temps des médias analyse leur apport pédagogique.
Toujours plus de succès pour la fiction historique ! Depuis le début du XIXe siècle et la publication des romans de Walter Scott au Royaume-Uni, le genre continue de susciter l'engouement, porté par le cinéma, les séries télévisées et les jeux vidéo. Le Temps des médias consacre son dernier numéro (coordonné par M. Boutet, L. Cros et M.-J. Rossignol) à la fiction historique anglo-américaine - celle qui franchit le plus les barrières nationales - analysant leur impact social et politique, mais aussi leur apport pédagogique.
Deux articles s'attaquent à l'héritage de Walter Scott : la « formule » du roman historique qu'il crée d'abord (E. Le Seven, P. Pilote), reprise par ses contemporains américains, et son héritage du côté français ensuite (I. Safa), à un moment où la discipline historique apparaît comme le creuset de la nation. Deuxième idée : la difficulté de raconter certaines périodes. A Hollywood, plusieurs projets sur de la guerre civile espagnole ont été abandonnés (V. Elefteriou-Perrin) pour des raisons commerciales associées à l'isolationnisme ou l'anti-bellicisme ambiants aux États-Unis.
Direction les séries télévisées. Dans Vikings et The Last Kingdom, on s'intéresse à la représentation peu nuancée du religieux : le polythéisme scandinave ouvert et tolérant versus le christianisme morbide et fanatique (A. Gautier). Dans Downtown Abbey et Peaky Blinders, on étudie les masculinités au lendemain de la Grande Guerre, en abordant par exemple la transmission de la violence du front vers les relations domestiques (V. Faingnaert, Maggy Hary).
D'autres oeuvres permettent d'illustrer les débats historiographiques les plus récents. Les films fantastiques sur la guerre de Sécession montrent bien un renversement de perspective, depuis un Autant en emporte le vent (1939) où la dimension anti-esclavagiste était gommée (M.-J. Rossignol). Autre exemple : avec les réécritures féministes d'épopées antiques, la fiction permet de mettre en garde contre les biais de la documentation antique (M. Attali).
Pour finir, la revue examine la scolarisation du jeu vidéo à succès Assassin's Creed (R. Vincent), c'est-à-dire la manière dont ce nouveau média peut se transformer en support pédagogique pour les enseignants d'histoire-géographie.
Guides des Revues : Ouvriers espérantistes in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Revues : Ouvriers espérantistes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue espéranto ouvrier fraternité camarades échanges Note de contenu :
Mil neuf cent, n° 39, 2021.
Dans ce numéro sur les langues de l'internationalisme ouvrier, Javier Alcade signe un article passionnant sur « vingt ans de débats autour de l'espéranto dans les milieux anarchistes » (1887-1907). En 1887 la grammaire de la nouvelle langue internationale est publiée à Varsovie. En 1907 Paul Berthelot fonde l'Internacia Socia Revuo, principale publication destinée aux ouvriers espérantistes. Entre les deux, la quête de la fraternité humaine par la communication se poursuit. Plusieurs libertaires se rendent compte du rôle que pourrait jouer une langue universelle dans l'internationalisation de la révolution. Beaucoup voient dans une langue facile à apprendre le moyen d'éviter les intermédiaires et de permettre un échange direct entre camarades.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 87[article] Guides des Revues : Ouvriers espérantistes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 87
Mots-clés : revue espéranto ouvrier fraternité camarades échanges Note de contenu :
Mil neuf cent, n° 39, 2021.
Dans ce numéro sur les langues de l'internationalisme ouvrier, Javier Alcade signe un article passionnant sur « vingt ans de débats autour de l'espéranto dans les milieux anarchistes » (1887-1907). En 1887 la grammaire de la nouvelle langue internationale est publiée à Varsovie. En 1907 Paul Berthelot fonde l'Internacia Socia Revuo, principale publication destinée aux ouvriers espérantistes. Entre les deux, la quête de la fraternité humaine par la communication se poursuit. Plusieurs libertaires se rendent compte du rôle que pourrait jouer une langue universelle dans l'internationalisation de la révolution. Beaucoup voient dans une langue facile à apprendre le moyen d'éviter les intermédiaires et de permettre un échange direct entre camarades.
Guides des Revues : Lettres de l'étranger (juin 2022) / Olivier POSTEL-VINAY in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Revues : Lettres de l'étranger (juin 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier POSTEL-VINAY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture histoire Heinrich Schliemann Richard Cohen Note de contenu : "Les motivations de l'historien"
Le grand-père de Vladimir Poutine était le cuisinier de Lénine et de Staline, révèle l'historien britannique Richard Cohen dans la somme qu'il vient de publier sur la « fabrication de l'histoire » (Making History). Son point d'entrée est Edward Gibbon, auteur de six volumes sur le déclin et la chute de l'Empire romain. Gibbon était un vilain petit homme obèse aux cheveux roux, affecté d'une douloureuse enflure du testicule gauche. Cette constitution ingrate l'a aidé à prendre la distance nécessaire par rapport à son sujet, estime Cohen, tout en satisfaisant sa motivation profonde, qui était d'adresser un avertissement à l'empire britannique. Cohen analyse sous cet angle quantité d'historiens, d'Hérodote à l'école des Annales et jusqu'aux romanciers et journalistes qui, eux aussi, s'emploient à « fabriquer l'histoire ».
New Yorker, 18 avril 2022.
"L'ogre découvreur de Troie"
Books, mai-juin 2022
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 87[article] Guides des Revues : Lettres de l'étranger (juin 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier POSTEL-VINAY, Auteur . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 87
Mots-clés : revue lecture histoire Heinrich Schliemann Richard Cohen Note de contenu : "Les motivations de l'historien"
Le grand-père de Vladimir Poutine était le cuisinier de Lénine et de Staline, révèle l'historien britannique Richard Cohen dans la somme qu'il vient de publier sur la « fabrication de l'histoire » (Making History). Son point d'entrée est Edward Gibbon, auteur de six volumes sur le déclin et la chute de l'Empire romain. Gibbon était un vilain petit homme obèse aux cheveux roux, affecté d'une douloureuse enflure du testicule gauche. Cette constitution ingrate l'a aidé à prendre la distance nécessaire par rapport à son sujet, estime Cohen, tout en satisfaisant sa motivation profonde, qui était d'adresser un avertissement à l'empire britannique. Cohen analyse sous cet angle quantité d'historiens, d'Hérodote à l'école des Annales et jusqu'aux romanciers et journalistes qui, eux aussi, s'emploient à « fabriquer l'histoire ».
New Yorker, 18 avril 2022.
"L'ogre découvreur de Troie"
Books, mai-juin 2022Guides des Revues : Rome en France in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Revues : Rome en France Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture bilan analytique évolution république romaine Note de contenu : Anabases, n° 34, 2021.
Où en sont les recherches sur la République romaine ? En France et en Belgique, des années 1960 jusqu'à aujourd'hui, Frédéric Hurlet dresse un bilan historiographique. Une vaste place est laissée à Claude Nicolet, dont l'histoire institutionnelle fit école jusque dans les années 1990 ; puis aux différents travaux de ses élèves. Autre particularité, les travaux en lien avec l'archéologie, qui ont débouché au fil des ans sur une histoire sociale et un courant d'histoire urbaine, marquée par les travaux de Jean-Pierre Guilhembet sur la domus aristocratique à la fin de la République et ceux de Cyril Courrier sur la plèbe urbaine. Après un bilan « humain/génération », l'historien passe au bilan analytique, décortiquant l'évolution des méthodes et des problématiques.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 87[article] Guides des Revues : Rome en France [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 87
Mots-clés : revue lecture bilan analytique évolution république romaine Note de contenu : Anabases, n° 34, 2021.
Où en sont les recherches sur la République romaine ? En France et en Belgique, des années 1960 jusqu'à aujourd'hui, Frédéric Hurlet dresse un bilan historiographique. Une vaste place est laissée à Claude Nicolet, dont l'histoire institutionnelle fit école jusque dans les années 1990 ; puis aux différents travaux de ses élèves. Autre particularité, les travaux en lien avec l'archéologie, qui ont débouché au fil des ans sur une histoire sociale et un courant d'histoire urbaine, marquée par les travaux de Jean-Pierre Guilhembet sur la domus aristocratique à la fin de la République et ceux de Cyril Courrier sur la plèbe urbaine. Après un bilan « humain/génération », l'historien passe au bilan analytique, décortiquant l'évolution des méthodes et des problématiques.
Guides des Revues : Migrations et traditions in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Revues : Migrations et traditions Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture mobilité migration Note de contenu : Annales, Histoire, Sciences sociales, 2021/3.
Dans ce numéro des Annales, Nora Berend, Anne Friedrichs et Delphine Diaz réfléchissent aux différentes représentations des mobilités humaines, montrent qu'elles ont été transformées par une multitude d'acteurs et de médias, à travers le temps et les espaces. En Hongrie, les récits de la migration, présentés par Nora Berend, présentent une dichotomie entre discours contemporains et médiévaux. Les propos du Premier ministre Viktor Orbán, qui qualifie son pays de « bastion de la chrétienté », contrastent avec la tradition médiévale du récit des mobilités, valorisées par les familles et les communautés comme vecteur d'identité et de richesse culturelle. Très présents dans la culture européenne des XIIIe, XIVe et XVe siècles, ces récits suscitaient déjà des réactions positives, comme négatives.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 87[article] Guides des Revues : Migrations et traditions [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 87
Mots-clés : revue lecture mobilité migration Note de contenu : Annales, Histoire, Sciences sociales, 2021/3.
Dans ce numéro des Annales, Nora Berend, Anne Friedrichs et Delphine Diaz réfléchissent aux différentes représentations des mobilités humaines, montrent qu'elles ont été transformées par une multitude d'acteurs et de médias, à travers le temps et les espaces. En Hongrie, les récits de la migration, présentés par Nora Berend, présentent une dichotomie entre discours contemporains et médiévaux. Les propos du Premier ministre Viktor Orbán, qui qualifie son pays de « bastion de la chrétienté », contrastent avec la tradition médiévale du récit des mobilités, valorisées par les familles et les communautés comme vecteur d'identité et de richesse culturelle. Très présents dans la culture européenne des XIIIe, XIVe et XVe siècles, ces récits suscitaient déjà des réactions positives, comme négatives.
Guide des bandes dessinées : L'errance d'un tambour / Pascal ORY in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des bandes dessinées : L'errance d'un tambour Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pascal ORY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 88 Langues : Français (fre) Mots-clés : BD lecture Russie Napoléon armée guerre Note de contenu : Simon Spruyt relate la campagne de Russie de la Grande Armée de Napoléon et la débâcle qui s'ensuivit.
Celles et ceux, nombreux, qui s'interrogent, ces temps-ci, sur l'identité nationale russe, et en particulier sur les mythes qui l'alimentent, auront tout bénéfice à lire cet album. Dépourvu de toute intention politique ou géopolitique mais animé par un vrai génie romanesque, il est une belle illustration - c'est le mot - de la fameuse formule de Georges Perec sur l'Histoire « avec sa grande Hache ».
Nous sommes en Russie, en 1812. Une date qui aujourd'hui ne dit pas grand-chose aux Français - sauf s'ils s'intéressent à Tchaïkovski, chantre de sa patrie, et à son Ouverture 1812 - mais qui reste inoubliable pour la fierté russe, l'équivalent tsariste de la « Grande Guerre patriotique » de 1941 chère à Vladimir Poutine. L'histoire commence au coeur de la bataille de Borodino, plus connue du côté français sous le nom de « la Moskova » : une victoire française, avant une série de catastrophes qui entraîneront la chute de Napoléon.
Vincent, petit tambour de la Grande Armée, joue en son sein un rôle qui n'a rien de décoratif. Ce n'est pas qu'un « loin-des-balles » ; c'est lui qui donne à ses camarades le rythme, l'allant, peut-être bien le courage. Et, pour ne rien gâter, ce jeune garçon a la figure d'un ange. Le récit qu'il nous fait de ce moment surprenant où les Français pénètrent dans Moscou désert et bientôt incendié est saisissant. Les vainqueurs du jour - qui seront les vaincus du lendemain - entrent dans un univers de plus en plus étrange pour eux et, surtout, de plus en plus inquiétant, où la neige se met à tomber, où les convois s'embourbent, où les cosaques multiplient les escarmouches.
Un peu de chandelle pour le gras
Quand l'ombre de la mort commence à s'étendre sur Vincent, il a la chance d'être fait prisonnier par un gentleman-patriote russe, Denis Davidov (une curieuse figure, celui-là, « poète et général », connu des Russes amateurs de poésie), qui aime les beaux garçons. Au vrai tout est dit dès le début, quand Napoléon passe à cheval à proximité de la petite troupe dont fait partie Vincent. L'empereur esquisse un sourire. Deux soldats croient que ce sourire s'adresse à chacun d'eux personnellement. Le caporal, à qui on ne la fait pas, tranche : « Il ne souriait à personne. Il sait faire semblant. Rien de plus. » Dans son coin, le petit tambour n'en pense pas moins : « Il me souriait à moi. »
Un des charmes de cette aventure qui, partie de la Moskova historique, ne s'arrêtera plus jusqu'au Borodino littéraire de Guerre et Paix, cinquante ans plus tard, est de se nouer autour du fil ténu de cet innocent ambigu, qui échappe à mille morts grâce à sa belle gueule et à son esprit de survie. « Personne n'est innocent, Vincent. Sauf toi » en est la morale, à supposer que c'en soit une. Et il est vrai qu'au moins une fois il aura agi en suivant les principes d'une éthique humaniste, en sauvant la vie à une jeune paysanne russe. Il en sera récompensé puisque la jeune paysanne, à son tour, le sauvera de la colère de ses compatriotes.
On met du temps à comprendre que le récit de Vincent, devenu cinquante ans plus tard moujik à grande barbe, s'adresse à un visiteur russe qui n'est autre que Léon Tolstoï. Ce que l'on comprend, en revanche, dès la première page, c'est que voilà un livre superbe, aux images à la fois très colorées et comme vaporeuses, en contraste troublant avec une réalité violente, faite de têtes coupées et de poitrines perforées. Où, quand le cuistot fait bouillir la marmite, elle est remplie de viande de cheval tué et de poudre à fusil, avec un peu de chandelle pour le gras. Où, après le combat, il n'est pas question de faire des prisonniers. Cette réalité-là, qu'une morale humaniste avait pensé tenir en lisière, est, à ce qu'il paraît, d'une actualité constante.
Pascal Ory est professeur émérite à l'université Paris-I
Le Tambour de la Moskova, Simon Spyrut, Bruxelles, Le Lombard, 2021, 19;99 €.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 88[article] Guide des bandes dessinées : L'errance d'un tambour [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pascal ORY, Auteur . - 2022 . - p. 88.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 88
Mots-clés : BD lecture Russie Napoléon armée guerre Note de contenu : Simon Spruyt relate la campagne de Russie de la Grande Armée de Napoléon et la débâcle qui s'ensuivit.
Celles et ceux, nombreux, qui s'interrogent, ces temps-ci, sur l'identité nationale russe, et en particulier sur les mythes qui l'alimentent, auront tout bénéfice à lire cet album. Dépourvu de toute intention politique ou géopolitique mais animé par un vrai génie romanesque, il est une belle illustration - c'est le mot - de la fameuse formule de Georges Perec sur l'Histoire « avec sa grande Hache ».
Nous sommes en Russie, en 1812. Une date qui aujourd'hui ne dit pas grand-chose aux Français - sauf s'ils s'intéressent à Tchaïkovski, chantre de sa patrie, et à son Ouverture 1812 - mais qui reste inoubliable pour la fierté russe, l'équivalent tsariste de la « Grande Guerre patriotique » de 1941 chère à Vladimir Poutine. L'histoire commence au coeur de la bataille de Borodino, plus connue du côté français sous le nom de « la Moskova » : une victoire française, avant une série de catastrophes qui entraîneront la chute de Napoléon.
Vincent, petit tambour de la Grande Armée, joue en son sein un rôle qui n'a rien de décoratif. Ce n'est pas qu'un « loin-des-balles » ; c'est lui qui donne à ses camarades le rythme, l'allant, peut-être bien le courage. Et, pour ne rien gâter, ce jeune garçon a la figure d'un ange. Le récit qu'il nous fait de ce moment surprenant où les Français pénètrent dans Moscou désert et bientôt incendié est saisissant. Les vainqueurs du jour - qui seront les vaincus du lendemain - entrent dans un univers de plus en plus étrange pour eux et, surtout, de plus en plus inquiétant, où la neige se met à tomber, où les convois s'embourbent, où les cosaques multiplient les escarmouches.
Un peu de chandelle pour le gras
Quand l'ombre de la mort commence à s'étendre sur Vincent, il a la chance d'être fait prisonnier par un gentleman-patriote russe, Denis Davidov (une curieuse figure, celui-là, « poète et général », connu des Russes amateurs de poésie), qui aime les beaux garçons. Au vrai tout est dit dès le début, quand Napoléon passe à cheval à proximité de la petite troupe dont fait partie Vincent. L'empereur esquisse un sourire. Deux soldats croient que ce sourire s'adresse à chacun d'eux personnellement. Le caporal, à qui on ne la fait pas, tranche : « Il ne souriait à personne. Il sait faire semblant. Rien de plus. » Dans son coin, le petit tambour n'en pense pas moins : « Il me souriait à moi. »
Un des charmes de cette aventure qui, partie de la Moskova historique, ne s'arrêtera plus jusqu'au Borodino littéraire de Guerre et Paix, cinquante ans plus tard, est de se nouer autour du fil ténu de cet innocent ambigu, qui échappe à mille morts grâce à sa belle gueule et à son esprit de survie. « Personne n'est innocent, Vincent. Sauf toi » en est la morale, à supposer que c'en soit une. Et il est vrai qu'au moins une fois il aura agi en suivant les principes d'une éthique humaniste, en sauvant la vie à une jeune paysanne russe. Il en sera récompensé puisque la jeune paysanne, à son tour, le sauvera de la colère de ses compatriotes.
On met du temps à comprendre que le récit de Vincent, devenu cinquante ans plus tard moujik à grande barbe, s'adresse à un visiteur russe qui n'est autre que Léon Tolstoï. Ce que l'on comprend, en revanche, dès la première page, c'est que voilà un livre superbe, aux images à la fois très colorées et comme vaporeuses, en contraste troublant avec une réalité violente, faite de têtes coupées et de poitrines perforées. Où, quand le cuistot fait bouillir la marmite, elle est remplie de viande de cheval tué et de poudre à fusil, avec un peu de chandelle pour le gras. Où, après le combat, il n'est pas question de faire des prisonniers. Cette réalité-là, qu'une morale humaniste avait pensé tenir en lisière, est, à ce qu'il paraît, d'une actualité constante.
Pascal Ory est professeur émérite à l'université Paris-I
Le Tambour de la Moskova, Simon Spyrut, Bruxelles, Le Lombard, 2021, 19;99 €.
Guide des Classiques : « Retour de l'URSS » d'André Gide / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Classiques : « Retour de l'URSS » d'André Gide Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 89 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture URSS André Gide témoignage régime stalinien Note de contenu : Publié en 1936, le témoignage du prestigieux romancier fut une pièce de plus au dossier démystifiant le régime stalinien.
LA THÈSE
A la demande pressante des Soviétiques, André Gide, devenu compagnon de route du Parti communiste, accepte de se rendre en URSS en 1936. Il est alors, avec Paul Valéry, le représentant le plus prestigieux de la littérature française. La Russie stalinienne prépare admirablement les visites « Potemkine » des Occidentaux renommés, qui dissertent à leur retour sur les beautés de la révolution bolchevique. Comme eux, Gide rend compte de son voyage dans Retour de l'URSS. Mais c'est une démystification du régime stalinien.
Le pouvoir soviétique se prétend la dictature du prolétariat ? « Oui, écrit-il, dictature, évidemment ; mais celle d'un homme, non plus celle des prolétaires unis, des Soviets. Il importe de ne point se leurrer, et force est de reconnaître tout net : ce n'est point là ce qu'on voulait. Un pas de plus et nous dirons même : c'est exactement ceci que l'on ne voulait pas. » Les réussites du régime ne pèsent pas lourd au regard de ce qu'il a vu, inégalités criantes, ravitaillement lamentable et éléments d'un régime totalitaire : l'effigie de Staline partout, le conditionnement des individus par la propagande, l'idéocratie scolaire, l'inertie des masses... Impitoyable verdict : « Je doute qu'en aucun autre pays aujourd'hui, fût-ce dans l'Allemagne de Hitler, l'esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif (terrorisé), plus vassalisé. »
Gide a hésité à publier son témoignage. Aragon ou Ehrenbourg ont voulu l'en dissuader. Ce n'est pas opportun au temps de la guerre d'Espagne et du gouvernement du Front populaire en France, fondé sur l'alliance de la gauche avec les communistes. Surmontant ses scrupules, Gide publie son pamphlet le 13 novembre 1936 et rencontre d'emblée un immense succès : 150 000 exemplaires vendus en quelques semaines et de multiples traductions.
CE QU'IL EN RESTE
L'ami de Gide, Roger Martin du Gard, tout en admirant son geste, lui fait remarquer le caractère sommaire d'un récit qui manque de documentation sérieuse. Conscient de cette lacune, Gide remet son ouvrage sur le métier et entend justifier ses analyses par des arguments indiscutables. Il lit les anciens communistes Yvon, Souvarine et d'autres, et publie en 1937 ses Retouches à mon retour de l'URSS. Les études sur l'Union soviétique ne manquaient pas, mais la nouveauté venait de la personnalité de Gide, dont le prestige était considérable. De cette publication résulta l'hostilité violente du Parti communiste à l'endroit de celui qui est devenu « un valet des trotskistes et des fascistes ». Quand, en 1947, André Gide se voit attribuer le prix Nobel de littérature, Jean Kanapa, exécuteur des règlements de comptes du PCF, écrit un article vengeur dans Les Lettres françaises, intitulé : « Le prix Nobel à un faux-monnayeur. » Il faudra un certain nombre d'années pour admettre le bien-fondé de la dénonciation gidienne.
Michel Winock est conseiller de la direction de L'Histoire.
André Gide
L'écrivain qui avait osé faire l'aveu de son homosexualité dans Corydon en 1924, faire le procès du colonialisme dans son Voyage au Congo en 1927, s'engageait une nouvelle fois au service de la vérité, à ses risques et périls. Né en 1869, issu d'une famille protestante, André Gide s'est affirmé par ses romans (La Porte étroite, L'Immoraliste, Les Caves du Vatican, Les Faux-Monnayeurs...), par ses essais et ses « confessions » (Les Nourritures terrestres, Si le grain ne meurt, son Journal...). Il a participé à la fondation de la Nouvelle Revue française, dont il deviendra un pilier. Prônant la sincérité, la disponibilité, la liberté plénière, il aura exercé une influence marquante, plus encore morale que littéraire. Il est mort en 1951.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 89[article] Guide des Classiques : « Retour de l'URSS » d'André Gide [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2022 . - p. 89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 89
Mots-clés : livre lecture URSS André Gide témoignage régime stalinien Note de contenu : Publié en 1936, le témoignage du prestigieux romancier fut une pièce de plus au dossier démystifiant le régime stalinien.
LA THÈSE
A la demande pressante des Soviétiques, André Gide, devenu compagnon de route du Parti communiste, accepte de se rendre en URSS en 1936. Il est alors, avec Paul Valéry, le représentant le plus prestigieux de la littérature française. La Russie stalinienne prépare admirablement les visites « Potemkine » des Occidentaux renommés, qui dissertent à leur retour sur les beautés de la révolution bolchevique. Comme eux, Gide rend compte de son voyage dans Retour de l'URSS. Mais c'est une démystification du régime stalinien.
Le pouvoir soviétique se prétend la dictature du prolétariat ? « Oui, écrit-il, dictature, évidemment ; mais celle d'un homme, non plus celle des prolétaires unis, des Soviets. Il importe de ne point se leurrer, et force est de reconnaître tout net : ce n'est point là ce qu'on voulait. Un pas de plus et nous dirons même : c'est exactement ceci que l'on ne voulait pas. » Les réussites du régime ne pèsent pas lourd au regard de ce qu'il a vu, inégalités criantes, ravitaillement lamentable et éléments d'un régime totalitaire : l'effigie de Staline partout, le conditionnement des individus par la propagande, l'idéocratie scolaire, l'inertie des masses... Impitoyable verdict : « Je doute qu'en aucun autre pays aujourd'hui, fût-ce dans l'Allemagne de Hitler, l'esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif (terrorisé), plus vassalisé. »
Gide a hésité à publier son témoignage. Aragon ou Ehrenbourg ont voulu l'en dissuader. Ce n'est pas opportun au temps de la guerre d'Espagne et du gouvernement du Front populaire en France, fondé sur l'alliance de la gauche avec les communistes. Surmontant ses scrupules, Gide publie son pamphlet le 13 novembre 1936 et rencontre d'emblée un immense succès : 150 000 exemplaires vendus en quelques semaines et de multiples traductions.
CE QU'IL EN RESTE
L'ami de Gide, Roger Martin du Gard, tout en admirant son geste, lui fait remarquer le caractère sommaire d'un récit qui manque de documentation sérieuse. Conscient de cette lacune, Gide remet son ouvrage sur le métier et entend justifier ses analyses par des arguments indiscutables. Il lit les anciens communistes Yvon, Souvarine et d'autres, et publie en 1937 ses Retouches à mon retour de l'URSS. Les études sur l'Union soviétique ne manquaient pas, mais la nouveauté venait de la personnalité de Gide, dont le prestige était considérable. De cette publication résulta l'hostilité violente du Parti communiste à l'endroit de celui qui est devenu « un valet des trotskistes et des fascistes ». Quand, en 1947, André Gide se voit attribuer le prix Nobel de littérature, Jean Kanapa, exécuteur des règlements de comptes du PCF, écrit un article vengeur dans Les Lettres françaises, intitulé : « Le prix Nobel à un faux-monnayeur. » Il faudra un certain nombre d'années pour admettre le bien-fondé de la dénonciation gidienne.
Michel Winock est conseiller de la direction de L'Histoire.
André Gide
L'écrivain qui avait osé faire l'aveu de son homosexualité dans Corydon en 1924, faire le procès du colonialisme dans son Voyage au Congo en 1927, s'engageait une nouvelle fois au service de la vérité, à ses risques et périls. Né en 1869, issu d'une famille protestante, André Gide s'est affirmé par ses romans (La Porte étroite, L'Immoraliste, Les Caves du Vatican, Les Faux-Monnayeurs...), par ses essais et ses « confessions » (Les Nourritures terrestres, Si le grain ne meurt, son Journal...). Il a participé à la fondation de la Nouvelle Revue française, dont il deviendra un pilier. Prônant la sincérité, la disponibilité, la liberté plénière, il aura exercé une influence marquante, plus encore morale que littéraire. Il est mort en 1951.
Guides des Sorties : Exposition - Des nouvelles du Machu Picchu / Anne Rose Fontainieu de in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Sorties : Exposition - Des nouvelles du Machu Picchu Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Anne Rose Fontainieu de, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 90-91 Langues : Français (fre) Mots-clés : expo Machu Picchu Paris Note de contenu : La Cité de l'architecture et du patrimoine présente 192 oeuvres des civilisations du Pérou précolombien.
Chavin, Nazca, Moche, Tiahuanaco, Huari ou Chimu... Le Pérou est le berceau de très importantes cultures précolombiennes qui dessinent ensemble une continuité culturelle sur plus de trois mille ans, depuis les hautes terres andines jusqu'aux vallées fertiles et aux déserts littoraux de la côte pacifique. Mais l'histoire ne nous dit rien, elle n'a pas été écrite. Ici, seules l'archéologie et l'iconographie ont éclairé lentement les siècles oubliés du passé péruvien. La période correspondant à la domination des Incas (XIIIe-XVIe siècle) du sud de la Colombie, au nord du Chili et de l'Argentine, est mieux connue puisqu'elle marque à la fois l'apogée culturel du Pérou précolombien et sa destruction par les conquistadors espagnols. Si les Incas ont su incorporer des populations aux traditions différentes et aux savoir-faire ancestraux, les objets montrés dans cette exposition, à la scénographie un rien tapageuse mais accessible à tous, nous révèlent la profondeur historique de la pensée amérindienne.
Toutes racontent peu ou prou la même histoire, celle d'une adaptation au milieu et de traditions mythologiques où héros et officiants politiques ou religieux transmettent les mythes fondateurs. Il n'existe sans doute pas de foyer originel. Mais Chavin de Huantar, dans la Sierra centrale, est sans conteste le premier site à marquer durablement de son empreinte cette tradition amérindienne. Il est un lieu de pèlerinage des populations alentour permettant la diffusion de ses croyances et de ses modèles, que l'on retrouve de la fin du IIe millénaire avant notre ère jusqu'à l'Empire inca. Pour preuve ces 192 oeuvres exceptionnelles provenant essentiellement du musée Larco à Lima, visibles pour la première fois à Paris.
Une annexe érotique
Au coeur de cette cosmogonie, la Pachamama ou Terre mère, matrice de toute vie, entourée de héros mythologiques comme Ai Apaec, ancien chef mochica dont la mission civilisatrice était le retour du soleil chaque matin. Voyageant à travers les trois mondes, du soleil, des humains et des ancêtres, il cherche à harmoniser les puissances en présence par des combats pendant lesquels il se sacrifie mais s'unit à la Terre mère pour donner naissance à l'arbre de vie, garantissant la régénération permanente à sa communauté. Cette histoire nous est contée par les magnifiques céramiques mochicas. Une annexe érotique attend les plus adultes des visiteurs. Tout y est figuré, de la fécondation à la création d'un nouveau corps, de la masturbation à l'obtention des fluides sacrés, considérés comme offrandes fécondantes apaisant le monde inférieur.
La partie consacrée aux ancêtres montre dix seigneurs comme enterrés, vêtus de coiffes, de masques, de boucles d'oreilles, de pectoraux en or et en argent. Ils représentent les dieux et leurs communautés dans le monde du dessous. Couverts d'or et d'argent, ils ont la capacité de canaliser les pouvoirs des astres sacrés, respectivement sueur du soleil et larmes de la lune dont ils tirent leur pouvoir.
Enfin, le Machu Picchu, symbole du Pérou précolombien, sans doute parce que son histoire nous est encore en partie inconnue. Perché sur une crête à 2 400 mètres d'altitude, son architecture faite de monolithes de plusieurs tonnes taillés au cordeau est l'objet d'autant de fantasmes que les pyramides égyptiennes. Son emplacement plaide pour un lieu public important. L'exposition se termine par quelques minutes d'une véritable expédition au-dessus du site, muni d'un casque de réalité virtuelle. Époustouflant !
À VOIR
Machu Picchu et les trésors du Pérou jusqu'au 4 septembre à la Cité de l'architecture et du patrimoine, palais de Chaillot, Paris.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 90-91[article] Guides des Sorties : Exposition - Des nouvelles du Machu Picchu [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Anne Rose Fontainieu de, Auteur . - 2022 . - p. 90-91.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 90-91
Mots-clés : expo Machu Picchu Paris Note de contenu : La Cité de l'architecture et du patrimoine présente 192 oeuvres des civilisations du Pérou précolombien.
Chavin, Nazca, Moche, Tiahuanaco, Huari ou Chimu... Le Pérou est le berceau de très importantes cultures précolombiennes qui dessinent ensemble une continuité culturelle sur plus de trois mille ans, depuis les hautes terres andines jusqu'aux vallées fertiles et aux déserts littoraux de la côte pacifique. Mais l'histoire ne nous dit rien, elle n'a pas été écrite. Ici, seules l'archéologie et l'iconographie ont éclairé lentement les siècles oubliés du passé péruvien. La période correspondant à la domination des Incas (XIIIe-XVIe siècle) du sud de la Colombie, au nord du Chili et de l'Argentine, est mieux connue puisqu'elle marque à la fois l'apogée culturel du Pérou précolombien et sa destruction par les conquistadors espagnols. Si les Incas ont su incorporer des populations aux traditions différentes et aux savoir-faire ancestraux, les objets montrés dans cette exposition, à la scénographie un rien tapageuse mais accessible à tous, nous révèlent la profondeur historique de la pensée amérindienne.
Toutes racontent peu ou prou la même histoire, celle d'une adaptation au milieu et de traditions mythologiques où héros et officiants politiques ou religieux transmettent les mythes fondateurs. Il n'existe sans doute pas de foyer originel. Mais Chavin de Huantar, dans la Sierra centrale, est sans conteste le premier site à marquer durablement de son empreinte cette tradition amérindienne. Il est un lieu de pèlerinage des populations alentour permettant la diffusion de ses croyances et de ses modèles, que l'on retrouve de la fin du IIe millénaire avant notre ère jusqu'à l'Empire inca. Pour preuve ces 192 oeuvres exceptionnelles provenant essentiellement du musée Larco à Lima, visibles pour la première fois à Paris.
Une annexe érotique
Au coeur de cette cosmogonie, la Pachamama ou Terre mère, matrice de toute vie, entourée de héros mythologiques comme Ai Apaec, ancien chef mochica dont la mission civilisatrice était le retour du soleil chaque matin. Voyageant à travers les trois mondes, du soleil, des humains et des ancêtres, il cherche à harmoniser les puissances en présence par des combats pendant lesquels il se sacrifie mais s'unit à la Terre mère pour donner naissance à l'arbre de vie, garantissant la régénération permanente à sa communauté. Cette histoire nous est contée par les magnifiques céramiques mochicas. Une annexe érotique attend les plus adultes des visiteurs. Tout y est figuré, de la fécondation à la création d'un nouveau corps, de la masturbation à l'obtention des fluides sacrés, considérés comme offrandes fécondantes apaisant le monde inférieur.
La partie consacrée aux ancêtres montre dix seigneurs comme enterrés, vêtus de coiffes, de masques, de boucles d'oreilles, de pectoraux en or et en argent. Ils représentent les dieux et leurs communautés dans le monde du dessous. Couverts d'or et d'argent, ils ont la capacité de canaliser les pouvoirs des astres sacrés, respectivement sueur du soleil et larmes de la lune dont ils tirent leur pouvoir.
Enfin, le Machu Picchu, symbole du Pérou précolombien, sans doute parce que son histoire nous est encore en partie inconnue. Perché sur une crête à 2 400 mètres d'altitude, son architecture faite de monolithes de plusieurs tonnes taillés au cordeau est l'objet d'autant de fantasmes que les pyramides égyptiennes. Son emplacement plaide pour un lieu public important. L'exposition se termine par quelques minutes d'une véritable expédition au-dessus du site, muni d'un casque de réalité virtuelle. Époustouflant !
À VOIR
Machu Picchu et les trésors du Pérou jusqu'au 4 septembre à la Cité de l'architecture et du patrimoine, palais de Chaillot, Paris.
Guides des Sorties : Exposition - Explorateurs en tout genre / Delphine Froment in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Sorties : Exposition - Explorateurs en tout genre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Delphine Froment, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 92 Langues : Français (fre) Mots-clés : expo explorateurs mythes Sahara Paris Note de contenu : Les aventuriers du XIXe siècle seraient occidentaux, solitaires et masculins. Pas si sûr !
C'est une vieille dame qui a fêté son bicentenaire en 2021 : la Société de Géographie (cf. L'Histoire n° 490) fut une actrice majeure du mouvement européen de découverte qui caractérise le XIXe siècle. Montant de multiples expéditions, elle encouragea l'exploration du monde et structura la production et la diffusion des savoirs géographiques. Avec une belle scénographie pour les mettre en valeur, ses riches collections - composées de cartes, croquis, carnets de notes, récits de voyages, photographies, films et autres artefacts - nous entraînent ici dans les pas des explorateurs.
Le parcours imaginé par Hélène Blais et Olivier Loiseau recoupe les trois temps majeurs d'une expédition - la préparation, le terrain, le retour - pour en faire rejaillir les spécificités et les enjeux. Un découpage qui n'empêche nullement le récit des voyages en eux-mêmes (chacun est systématiquement resitué dans son contexte propre). Et qui permet tout à la fois de définir l'exploration comme entreprise savante, et d'interroger les formes d'appropriation du monde auxquelles celle-ci conduit : la colonisation par exemple, même si elle ne fut pas toujours le corollaire évident de ce mouvement.
Mais qui furent les acteurs de ce récit ? Longtemps, l'histoire a fait de l'exploration une épopée occidentale, solitaire, masculine. L'exposition prend le parfait contrepied de ce mythe de l'aventurier héroïsé auquel son affiche pourrait pourtant faire écho. Car ce sont tous les « visages » de ce mouvement de découverte, longtemps invisibilisés, qui sont ici évoqués : femmes, intermédiaires locaux, voyageurs et commanditaires non européens... Tenant compte des plus récents acquis de la recherche, cette exposition opère des décentrements multiples et offre ainsi une histoire plus collective et inclusive de l'exploration au XIXe siècle. Loin donc de la légende dorée qui nourrit encore aujourd'hui littérature et cinéma, elle nous invite à en redécouvrir les étapes, avec quelques jolies surprises.
À VOIR
Visage de l'exploration au XIXe siècle. Du mythe à l'histoire, jusqu'au 21 août à la BNF, site François-Mitterrand, Paris.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 92[article] Guides des Sorties : Exposition - Explorateurs en tout genre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Delphine Froment, Auteur . - 2022 . - p. 92.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 92
Mots-clés : expo explorateurs mythes Sahara Paris Note de contenu : Les aventuriers du XIXe siècle seraient occidentaux, solitaires et masculins. Pas si sûr !
C'est une vieille dame qui a fêté son bicentenaire en 2021 : la Société de Géographie (cf. L'Histoire n° 490) fut une actrice majeure du mouvement européen de découverte qui caractérise le XIXe siècle. Montant de multiples expéditions, elle encouragea l'exploration du monde et structura la production et la diffusion des savoirs géographiques. Avec une belle scénographie pour les mettre en valeur, ses riches collections - composées de cartes, croquis, carnets de notes, récits de voyages, photographies, films et autres artefacts - nous entraînent ici dans les pas des explorateurs.
Le parcours imaginé par Hélène Blais et Olivier Loiseau recoupe les trois temps majeurs d'une expédition - la préparation, le terrain, le retour - pour en faire rejaillir les spécificités et les enjeux. Un découpage qui n'empêche nullement le récit des voyages en eux-mêmes (chacun est systématiquement resitué dans son contexte propre). Et qui permet tout à la fois de définir l'exploration comme entreprise savante, et d'interroger les formes d'appropriation du monde auxquelles celle-ci conduit : la colonisation par exemple, même si elle ne fut pas toujours le corollaire évident de ce mouvement.
Mais qui furent les acteurs de ce récit ? Longtemps, l'histoire a fait de l'exploration une épopée occidentale, solitaire, masculine. L'exposition prend le parfait contrepied de ce mythe de l'aventurier héroïsé auquel son affiche pourrait pourtant faire écho. Car ce sont tous les « visages » de ce mouvement de découverte, longtemps invisibilisés, qui sont ici évoqués : femmes, intermédiaires locaux, voyageurs et commanditaires non européens... Tenant compte des plus récents acquis de la recherche, cette exposition opère des décentrements multiples et offre ainsi une histoire plus collective et inclusive de l'exploration au XIXe siècle. Loin donc de la légende dorée qui nourrit encore aujourd'hui littérature et cinéma, elle nous invite à en redécouvrir les étapes, avec quelques jolies surprises.
À VOIR
Visage de l'exploration au XIXe siècle. Du mythe à l'histoire, jusqu'au 21 août à la BNF, site François-Mitterrand, Paris.
Guides des Sorties : Exposition - Dans les musées (juin 2022) in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Sorties : Exposition - Dans les musées (juin 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 92 Langues : Français (fre) Mots-clés : expo France Etrusques animaux peinture portugaise Phylloxéra bande dessinée Note de contenu : Étrusques, civilisation de Méditerranée
Entre le VIIe et le Ve siècle av. J-C, les Étrusques règnent sur le commerce méditerranéen aux côtés des Phéniciens et des Grecs. Cette civilisation de la péninsule italique fut essentiel au patrimoine culturel et technologique romain.
Jusqu'au 23 octobre au musée de la Romanité, Nîmes (30).
Rosa Bonheur et l'art animalier
Vaches, moutons, chevaux et même lions : Rosa Bonheur est une spécialiste de l'art animalier, l'artiste féminine la plus célèbre et récompensée de son époque. Au XIXe siècle, son oeuvre rayonne de la France jusqu'aux États-Unis.
Jusqu'au 23 janvier 2023 au château, Fontainebleau (77).
Renaissance portugaise
Début du XVIe siècle : l'école de peinture portugaise connait un âge d'or sans précédent. Profitant du mécénat des rois dom Manuel Ier et dom João III, les peintres lusitaniens créent un style unique à la croisée de la première Renaissance italienne et de la peinture flamande. L'art manuélin voit alors le jour.
Jusqu'au 10 octobre au Louvre, Paris.
Phylloxéra, épopée scientifique
Dans cette exposition immersive, le visiteur se met dans la peau d'un scientifique face à l'invasion de ce puceron qui ravagea le vignoble européen du XIXe siècle et du début du XXe.
Jusqu'au 31 décembre au musée d'Art et d'Histoire et au musée des Savoir-faire, Cognac (16).
Diplomatie et bande dessinée
Naissance de l'ONU, mort de Staline, coup d'État au Chili, libération de Nelson Mandela, 11-Septembre 2001, autant d'événements qui ont fait l'objet de télégrammes et de notes des ambassadeurs à destination du Quai d'Orsay. Des moments qui ont inspiré les artistes du 9e Art dont les travaux sont présentés en regard des archives.
Jusqu'au 8 juillet au Centre des archives diplomatiques, La Courneuve (93).
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 92[article] Guides des Sorties : Exposition - Dans les musées (juin 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 92.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 92
Mots-clés : expo France Etrusques animaux peinture portugaise Phylloxéra bande dessinée Note de contenu : Étrusques, civilisation de Méditerranée
Entre le VIIe et le Ve siècle av. J-C, les Étrusques règnent sur le commerce méditerranéen aux côtés des Phéniciens et des Grecs. Cette civilisation de la péninsule italique fut essentiel au patrimoine culturel et technologique romain.
Jusqu'au 23 octobre au musée de la Romanité, Nîmes (30).
Rosa Bonheur et l'art animalier
Vaches, moutons, chevaux et même lions : Rosa Bonheur est une spécialiste de l'art animalier, l'artiste féminine la plus célèbre et récompensée de son époque. Au XIXe siècle, son oeuvre rayonne de la France jusqu'aux États-Unis.
Jusqu'au 23 janvier 2023 au château, Fontainebleau (77).
Renaissance portugaise
Début du XVIe siècle : l'école de peinture portugaise connait un âge d'or sans précédent. Profitant du mécénat des rois dom Manuel Ier et dom João III, les peintres lusitaniens créent un style unique à la croisée de la première Renaissance italienne et de la peinture flamande. L'art manuélin voit alors le jour.
Jusqu'au 10 octobre au Louvre, Paris.
Phylloxéra, épopée scientifique
Dans cette exposition immersive, le visiteur se met dans la peau d'un scientifique face à l'invasion de ce puceron qui ravagea le vignoble européen du XIXe siècle et du début du XXe.
Jusqu'au 31 décembre au musée d'Art et d'Histoire et au musée des Savoir-faire, Cognac (16).
Diplomatie et bande dessinée
Naissance de l'ONU, mort de Staline, coup d'État au Chili, libération de Nelson Mandela, 11-Septembre 2001, autant d'événements qui ont fait l'objet de télégrammes et de notes des ambassadeurs à destination du Quai d'Orsay. Des moments qui ont inspiré les artistes du 9e Art dont les travaux sont présentés en regard des archives.
Jusqu'au 8 juillet au Centre des archives diplomatiques, La Courneuve (93).
Guides des Sorties : Cinéma - Les oiseaux fantômes du Mississippi / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Sorties : Cinéma - Les oiseaux fantômes du Mississippi Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 94-95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma Mississippi écologie désastre exploitation Note de contenu : En longeant le Mississippi, Jacques Loeuille confronte les États-Unis d'aujourd'hui à ceux que peignait Jean-Jacques Audubon au XIXe siècle.
Jean-Jacques Audubon (1785-1851) grandit à Nantes, où il dessine ses premiers oiseaux sur les bords de la Loire, avant de s'embarquer vers les États-Unis pour fuir les guerres napoléoniennes. A partir de 1807, il arpente le Mississippi, de sa source à son delta, pour peindre tous les oiseaux de l'Amérique à leur taille réelle. Car « le père de tous les fleuves » est le plus important couloir migratoire du continent.
La tâche est faramineuse mais le défi est relevé : il en résulte, imprimé dans de grands et impressionnants in-folio, 435 planches magnifiquement composées et colorées. Loin d'être un simple relevé scientifique, ces oeuvres s'imposent par leurs mouvements. A l'aide de couleurs incroyables, Jean-Jacques Audubon dispose les oiseaux en scènes dramatiques et dynamiques dans lesquelles vie et mort se croisent, amours et combats se mêlent.
Cette oeuvre a rapidement constitué pour la jeune nation américaine un miroir où se projeter tel un idéal de beauté. Cette représentation de la nature forge un imaginaire mythique, donnant un sentiment d'identité au pays en cours de constitution, comme si ces terres étaient un cadeau de Dieu, un espace infini d'opulence. Un nouveau paradis dont les oiseaux, par leur diversité, leur richesse, seraient le symbole, celui de l'édification d'une nation qui se vit comme une utopie démocratique.
Cauchemar du pétrole et du maïs
Le documentaire de Jacques Loeuille confronte ce « trésor Audubon » à ce que ce monde des origines est malheureusement devenu. Pour cela, il suffit au film de descendre de nos jours le long du Mississippi de Minneapolis à La Nouvelle-Orléans. Birds of America devient dès lors un film sur des fantômes dont il ne reste que ruines et vestiges. Il raconte les espèces d'oiseaux disparues en les faisant résonner avec la construction politique et culturelle des États-Unis. Cette extinction massive est, en effet, concomitante de l'exode des peuples les plus pauvres de l'Union. Installés le long du fleuve, Amérindiens ou Africains-Américains évoquent les liens anciens de leurs ancêtres avec les animaux exterminés, et combien cette perte a engendré chez eux d'humiliations et de souffrance, comme une épreuve coloniale imposée.
Lors de ce voyage le long du Mississippi, traversant en 4 000 kilomètres dix États d'Amérique, du Minnesota à la Louisiane, le film montre des paysages. Ils ont souvent la langueur d'un monde millénaire tout d'harmonie sauvage. Cela semble en place depuis si longtemps ; la nature coule si paisiblement. Mais, trop souvent, les images montrent aussi autre chose : cheminées fumantes, usines chimiques, centrales thermiques, pipelines géants, immenses bateaux, champs infinis promis aux énormes machines agricoles. Ce qui a fait de l'Amérique un empire si puissant, ce qui lui a offert la domination du monde occidental, la condamne inéluctablement à sa fin, à son extinction. Deux produits, le pétrole et le maïs, de ressources se sont ainsi transformés en cauchemar : l'exploitation du premier, la production du second, empoisonnent inexorablement l'eau du Mississippi. Depuis des décennies, le fleuve est au coeur d'immenses champs pétrolifères et le berceau de la monoculture intensive du maïs. Les deux servent principalement, transformés en essence ou en éthanol, à faire tourner tous les moteurs du pays.
Le désastre écologique apparaît désormais sans fard. Le bassin agricole le plus vaste des États-Unis voit sa terre épuisée abreuvée de dépuratifs et de pesticides. L'exploitation pétrolière siphonne les sols, accentuant l'érosion. Tout se retrouve inévitablement dans le fleuve, métamorphosant le Mississippi en un écosystème toxique saturé de produits chimiques. En confrontant la magnificence des planches peintes d'Audubon avec la nature du Mississippi contemporain, le voyage oscille entre manifeste accusateur et cauchemar éveillé. La calme langueur du fleuve ressemble, chez Jacques Loeuille, au ralenti d'un film d'horreur : l'invisible est là, dessous, dedans, au-dessus, infiltré, vénéneux, préparant lentement, presque sans y paraître, l'extinction définitive. L'eau comme le ciel sont devenus désespérément vides.
À VOIR
Birds of America, J. Loeuille, en salle le 25 mai.
Ciné-Club
Projection du film Birds of America de Jacques Lœuille lundi 6 juin 2022 à 20h au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une discussion avec Jacques Lœuille, réalistaeur, et Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma.
40 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Cinéma Le Champo,
51, rue des Écoles, 75005 Paris
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 94-95[article] Guides des Sorties : Cinéma - Les oiseaux fantômes du Mississippi [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2022 . - p. 94-95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 94-95
Mots-clés : cinéma Mississippi écologie désastre exploitation Note de contenu : En longeant le Mississippi, Jacques Loeuille confronte les États-Unis d'aujourd'hui à ceux que peignait Jean-Jacques Audubon au XIXe siècle.
Jean-Jacques Audubon (1785-1851) grandit à Nantes, où il dessine ses premiers oiseaux sur les bords de la Loire, avant de s'embarquer vers les États-Unis pour fuir les guerres napoléoniennes. A partir de 1807, il arpente le Mississippi, de sa source à son delta, pour peindre tous les oiseaux de l'Amérique à leur taille réelle. Car « le père de tous les fleuves » est le plus important couloir migratoire du continent.
La tâche est faramineuse mais le défi est relevé : il en résulte, imprimé dans de grands et impressionnants in-folio, 435 planches magnifiquement composées et colorées. Loin d'être un simple relevé scientifique, ces oeuvres s'imposent par leurs mouvements. A l'aide de couleurs incroyables, Jean-Jacques Audubon dispose les oiseaux en scènes dramatiques et dynamiques dans lesquelles vie et mort se croisent, amours et combats se mêlent.
Cette oeuvre a rapidement constitué pour la jeune nation américaine un miroir où se projeter tel un idéal de beauté. Cette représentation de la nature forge un imaginaire mythique, donnant un sentiment d'identité au pays en cours de constitution, comme si ces terres étaient un cadeau de Dieu, un espace infini d'opulence. Un nouveau paradis dont les oiseaux, par leur diversité, leur richesse, seraient le symbole, celui de l'édification d'une nation qui se vit comme une utopie démocratique.
Cauchemar du pétrole et du maïs
Le documentaire de Jacques Loeuille confronte ce « trésor Audubon » à ce que ce monde des origines est malheureusement devenu. Pour cela, il suffit au film de descendre de nos jours le long du Mississippi de Minneapolis à La Nouvelle-Orléans. Birds of America devient dès lors un film sur des fantômes dont il ne reste que ruines et vestiges. Il raconte les espèces d'oiseaux disparues en les faisant résonner avec la construction politique et culturelle des États-Unis. Cette extinction massive est, en effet, concomitante de l'exode des peuples les plus pauvres de l'Union. Installés le long du fleuve, Amérindiens ou Africains-Américains évoquent les liens anciens de leurs ancêtres avec les animaux exterminés, et combien cette perte a engendré chez eux d'humiliations et de souffrance, comme une épreuve coloniale imposée.
Lors de ce voyage le long du Mississippi, traversant en 4 000 kilomètres dix États d'Amérique, du Minnesota à la Louisiane, le film montre des paysages. Ils ont souvent la langueur d'un monde millénaire tout d'harmonie sauvage. Cela semble en place depuis si longtemps ; la nature coule si paisiblement. Mais, trop souvent, les images montrent aussi autre chose : cheminées fumantes, usines chimiques, centrales thermiques, pipelines géants, immenses bateaux, champs infinis promis aux énormes machines agricoles. Ce qui a fait de l'Amérique un empire si puissant, ce qui lui a offert la domination du monde occidental, la condamne inéluctablement à sa fin, à son extinction. Deux produits, le pétrole et le maïs, de ressources se sont ainsi transformés en cauchemar : l'exploitation du premier, la production du second, empoisonnent inexorablement l'eau du Mississippi. Depuis des décennies, le fleuve est au coeur d'immenses champs pétrolifères et le berceau de la monoculture intensive du maïs. Les deux servent principalement, transformés en essence ou en éthanol, à faire tourner tous les moteurs du pays.
Le désastre écologique apparaît désormais sans fard. Le bassin agricole le plus vaste des États-Unis voit sa terre épuisée abreuvée de dépuratifs et de pesticides. L'exploitation pétrolière siphonne les sols, accentuant l'érosion. Tout se retrouve inévitablement dans le fleuve, métamorphosant le Mississippi en un écosystème toxique saturé de produits chimiques. En confrontant la magnificence des planches peintes d'Audubon avec la nature du Mississippi contemporain, le voyage oscille entre manifeste accusateur et cauchemar éveillé. La calme langueur du fleuve ressemble, chez Jacques Loeuille, au ralenti d'un film d'horreur : l'invisible est là, dessous, dedans, au-dessus, infiltré, vénéneux, préparant lentement, presque sans y paraître, l'extinction définitive. L'eau comme le ciel sont devenus désespérément vides.
À VOIR
Birds of America, J. Loeuille, en salle le 25 mai.
Ciné-Club
Projection du film Birds of America de Jacques Lœuille lundi 6 juin 2022 à 20h au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une discussion avec Jacques Lœuille, réalistaeur, et Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma.
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Guides des Sorties : Cinéma - Triptyque judaïque / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guides des Sorties : Cinéma - Triptyque judaïque Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma Juif évolution vie histoire traumatisme Note de contenu : Des chambres à gaz au Berlin actuel, en passant par le Budapest communiste, ce film interroge la judaïté et la transmission de l'identité d'une génération à l'autre.
Trois moments, trois espaces, trois histoires. Évolution propose un triptyque dont la composition révèle le lien familial, à la fois fort et ténu, qui relie l'apparition d'Eva, enfant miraculée d'une chambre à gaz, à sa fille Lena, qui, dans un appartement du Budapest communiste, écoute les récits de sa mère sans vraiment les comprendre, et à son petit-fils Jonas, adolescent qui, aujourd'hui émigré à Berlin, vit encore autrement le traumatisme d'être désigné comme Juif.
Impression de vie
Ces histoires s'ancrent dans la réalité la plus matérielle. Pour la première, c'est un récit d'Imre Kertész sur la Croix-Rouge polonaise nettoyant les camps après la Libération et y découvrant des dizaines d'enfants. Pour la deuxième, ce sont les souvenirs de la mère de Kata Wéber, mêlés à la confession de l'une des Quatre Soeurs, dernier film de Claude Lanzmann. Enfin, la dernière scène est née des expériences du couple de cinéastes hongrois s'installant à Berlin avec leurs enfants.
Si l'histoire occupe le centre du film, la forme qu'elle prend et qu'elle assume est impressionnante : longs plans-séquences virtuoses où une caméra en mouvement autour des personnages rend compte d'une intense impression de vie, telle une chorégraphie. Ce que ce dispositif de cinéma incarne est la question de la transmission : quelle identité passe vers la génération suivante ? Sous quelle manière des traumatismes se transmettent-ils ? Rien n'est comparable, évidemment, entre les murs suintant de restes humains d'une chambre d'extermination et l'appartement budapestois bizarre d'une mère névrosée ou le lycée de briques rouges évacué pour une alerte incendie dans le Berlin rénové contemporain. A chaque reprise, pourtant, quelque chose de très inattendu surgit de l'histoire, qui en matérialise la puissance d'apparition et de dévastation. Une fillette miraculeuse, les trombes d'eau d'un déluge terminal, un baiser qui se prolonge, jouent ainsi successivement le rôle d'extraordinaire deus ex machina de l'histoire.
À VOIR
Évolution, K. Mundruczó, K. Wéber, en salle.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 95[article] Guides des Sorties : Cinéma - Triptyque judaïque [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2022 . - p. 95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 95
Mots-clés : cinéma Juif évolution vie histoire traumatisme Note de contenu : Des chambres à gaz au Berlin actuel, en passant par le Budapest communiste, ce film interroge la judaïté et la transmission de l'identité d'une génération à l'autre.
Trois moments, trois espaces, trois histoires. Évolution propose un triptyque dont la composition révèle le lien familial, à la fois fort et ténu, qui relie l'apparition d'Eva, enfant miraculée d'une chambre à gaz, à sa fille Lena, qui, dans un appartement du Budapest communiste, écoute les récits de sa mère sans vraiment les comprendre, et à son petit-fils Jonas, adolescent qui, aujourd'hui émigré à Berlin, vit encore autrement le traumatisme d'être désigné comme Juif.
Impression de vie
Ces histoires s'ancrent dans la réalité la plus matérielle. Pour la première, c'est un récit d'Imre Kertész sur la Croix-Rouge polonaise nettoyant les camps après la Libération et y découvrant des dizaines d'enfants. Pour la deuxième, ce sont les souvenirs de la mère de Kata Wéber, mêlés à la confession de l'une des Quatre Soeurs, dernier film de Claude Lanzmann. Enfin, la dernière scène est née des expériences du couple de cinéastes hongrois s'installant à Berlin avec leurs enfants.
Si l'histoire occupe le centre du film, la forme qu'elle prend et qu'elle assume est impressionnante : longs plans-séquences virtuoses où une caméra en mouvement autour des personnages rend compte d'une intense impression de vie, telle une chorégraphie. Ce que ce dispositif de cinéma incarne est la question de la transmission : quelle identité passe vers la génération suivante ? Sous quelle manière des traumatismes se transmettent-ils ? Rien n'est comparable, évidemment, entre les murs suintant de restes humains d'une chambre d'extermination et l'appartement budapestois bizarre d'une mère névrosée ou le lycée de briques rouges évacué pour une alerte incendie dans le Berlin rénové contemporain. A chaque reprise, pourtant, quelque chose de très inattendu surgit de l'histoire, qui en matérialise la puissance d'apparition et de dévastation. Une fillette miraculeuse, les trombes d'eau d'un déluge terminal, un baiser qui se prolonge, jouent ainsi successivement le rôle d'extraordinaire deus ex machina de l'histoire.
À VOIR
Évolution, K. Mundruczó, K. Wéber, en salle.
Guide des Sorties : Médias - L'odyssée d'Amin / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Médias - L'odyssée d'Amin Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 96 Langues : Français (fre) Mots-clés : médias récit réfugié afghan documentaire d'animation Note de contenu : Dans un documentaire d'animation, Jonas Poher Rasmussen retrace le destin d'un réfugié afghan.
Que signifie le mot maison pour toi ? » « C'est un endroit où je me sens en sécurité, un endroit dans lequel je peux rester et que je ne suis pas contraint de quitter. Ce n'est pas quelque chose de temporaire... » Cet échange sert d'introduction à Flee, le documentaire d'animation multi primé (près de 80 prix) de Jonas Poher Rasmussen. Le réalisateur danois a convaincu son ami Amin (le prénom a été modifié), rencontré lorsqu'ils étaient adolescents, de raconter son histoire. A 36 ans, universitaire brillant et désormais en couple avec Casper, Amin se replonge dans ses souvenirs d'enfance lorsqu'il vivait à Kaboul dans les années 1980.
Insouciant, il déambulait dans la ville en écoutant la musique de son baladeur, jouait au cerf-volant ou au volleyball avec son frère et portait les chemises de nuit de sa grande soeur. Mais la guerre qui déchire le pays depuis 1979 rattrape la famille qui, après l'arrestation du père, décide de fuir à Moscou juste après la chute du communisme. Dans une société russe en proie à la crise économique, à la pénurie alimentaire et à la corruption, la situation s'avère dramatiquement compliquée pour des Afghans dont les visas ont expiré. Ils sont désormais à la merci de tous les « charognards » qui profitent de leur vulnérabilité : policiers véreux et passeurs cupides.
Des dessins au trait imprécis
Pour finalement réussir à entrer seul au Danemark à l'âge de 16 ans, Amin a raconté à celles et à ceux qu'il rencontre une autre vie. Un autre passé avec lequel il a vécu pendant vingt ans jusqu'à cette « confession », en forme de catharsis. Pour retranscrire le témoignage de son ami, Jonas Poher Rasmussen entremêle trois types d'image : l'animation pour montrer Amin aujourd'hui et hier ; les archives pour recontextualiser le récit ; des dessins en noir et blanc au trait imprécis pour les séquences traumatiques de cette odyssée.
Récit intime et bienveillant entre deux amis, Flee ne se voulait pas un film politique. Mais le destin fragile - et le sort funeste - de millions de réfugiés à travers le monde lui donne une dimension d'urgence et interroge notre capacité à accueillir l'autre.
À VOIR
Flee, J. P. Rasmussen, le 30 mai à 20 h 50 sur Arte.
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 96[article] Guide des Sorties : Médias - L'odyssée d'Amin [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2022 . - p. 96.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 96
Mots-clés : médias récit réfugié afghan documentaire d'animation Note de contenu : Dans un documentaire d'animation, Jonas Poher Rasmussen retrace le destin d'un réfugié afghan.
Que signifie le mot maison pour toi ? » « C'est un endroit où je me sens en sécurité, un endroit dans lequel je peux rester et que je ne suis pas contraint de quitter. Ce n'est pas quelque chose de temporaire... » Cet échange sert d'introduction à Flee, le documentaire d'animation multi primé (près de 80 prix) de Jonas Poher Rasmussen. Le réalisateur danois a convaincu son ami Amin (le prénom a été modifié), rencontré lorsqu'ils étaient adolescents, de raconter son histoire. A 36 ans, universitaire brillant et désormais en couple avec Casper, Amin se replonge dans ses souvenirs d'enfance lorsqu'il vivait à Kaboul dans les années 1980.
Insouciant, il déambulait dans la ville en écoutant la musique de son baladeur, jouait au cerf-volant ou au volleyball avec son frère et portait les chemises de nuit de sa grande soeur. Mais la guerre qui déchire le pays depuis 1979 rattrape la famille qui, après l'arrestation du père, décide de fuir à Moscou juste après la chute du communisme. Dans une société russe en proie à la crise économique, à la pénurie alimentaire et à la corruption, la situation s'avère dramatiquement compliquée pour des Afghans dont les visas ont expiré. Ils sont désormais à la merci de tous les « charognards » qui profitent de leur vulnérabilité : policiers véreux et passeurs cupides.
Des dessins au trait imprécis
Pour finalement réussir à entrer seul au Danemark à l'âge de 16 ans, Amin a raconté à celles et à ceux qu'il rencontre une autre vie. Un autre passé avec lequel il a vécu pendant vingt ans jusqu'à cette « confession », en forme de catharsis. Pour retranscrire le témoignage de son ami, Jonas Poher Rasmussen entremêle trois types d'image : l'animation pour montrer Amin aujourd'hui et hier ; les archives pour recontextualiser le récit ; des dessins en noir et blanc au trait imprécis pour les séquences traumatiques de cette odyssée.
Récit intime et bienveillant entre deux amis, Flee ne se voulait pas un film politique. Mais le destin fragile - et le sort funeste - de millions de réfugiés à travers le monde lui donne une dimension d'urgence et interroge notre capacité à accueillir l'autre.
À VOIR
Flee, J. P. Rasmussen, le 30 mai à 20 h 50 sur Arte.
Carte blanche : Les « cauchemars en réserve » de Céline / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 496 (Juin 2022)
[article]
Titre : Carte blanche : Les « cauchemars en réserve » de Céline Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : roman livre guerre antisémite achèvement Céline Note de contenu : Guerre, un roman inédit et inachevé de Céline sur 14-18, paraît chez Gallimard soixante ans après sa mort.
Ni fond de tiroir ni rogaton, Guerre de Louis-Ferdinand Céline, mort en 1961, premier de ses textes inédits exhumés l'an dernier, est incontestablement une pièce de l'un des puzzles les plus fascinants de l'histoire littéraire du siècle passé. Un chaînon manquant dans la geste de l'écrivain.
Ferdinand, seul rescapé d'une compagnie décimée par un obus allemand pendant la Première Guerre mondiale, rencontre dans son errance un soldat anglais avec lequel il se rend à Ypres avant d'être soigné...
Même si cela commence sur la ligne de front, l'essentiel du récit se déroule à l'arrière, dans des hôpitaux de campagne à Peurdu-sur-la Lys, transposition de Hazebrouck (Nord) où le soldat Destouches se remit de ses blessures. Les mots sont ceux des chambrées. Le sexe comme ultime source de vie est partout au creux d'un univers où la mort rôde tout le temps. Les femmes en sortent laminées mais il n'y en a pas que pour « les grognasses » et « les pouffiasses » ; pour les hommes aussi, que « des cons », des jaloux, des matamores, sans oublier « les bicots » ; mais un #balancetonCéline n'est même pas à redouter tant il a déjà connu pire.
Premier jet daté de 1934, encoléré, hésitant, inégal, Guerre nous parvient dans un style entre deux eaux comme d'un auteur qui doute. On y retrouve déjà sa violence à commencer par celle qu'il fait subir à la langue. Dès l'entame, on est plongé dans les carcasses d'homme à vif, le cru de la viande, les lambeaux de membres, des bides sondés qui débordent comme des cuves à confiture, la foire aux crevés, autant de pelures de vie. Ça s'ébroue dans la boue, le dégueulis, le sang, la merde.
Paradoxalement, ce manuscrit difficilement déchiffrable doit aussi sa réussite à son inachèvement. Rescapé d'une improbable épopée à l'issue de laquelle il a récemment réapparu soixante-dix-sept ans après avoir été abandonné par l'écrivain dans la précipitation de son départ pour Sigmaringen et volé dans la folie de la Libération, il a la bonne distance : 131 pages (même si le livre publié en compte 184 avec ses annexes). De quoi lui conserver sa vivacité, son élan, sa rapidité. Des qualités qui se seraient peut-être estompées si l'auteur avait eu le loisir de le reprendre, de l'amplifier, de lui conférer une rigueur qui lui fait défaut. Au lieu de quoi il l'a interrompu et mis de côté pour se consacrer à l'écriture de ce qui sera son chef-d'oeuvre (Mort à crédit publié en 1936). Destouches s'apprête à devenir vraiment Céline et l'ancien maréchal des logis, un écrivain. Mais la guerre est encore en lui. Jamais elle ne le quittera jusqu'à son dernier souffle. Tout l'y ramène. Elle est la clef de l'homme, donc de l'oeuvre. On le savait déjà par sa correspondance notamment. On en a là la confirmation. De l'autobiographie saisie par l'exagération. Il disait avoir « mille pages de cauchemars en réserve ». C'est puissant, crépusculaire, cru, lubrique, obscène.
Récit de guerre et roman de convalescence autant que chronique provinciale, Guerre engage le lecteur à méditer sur la perte de la dignité et de toute humanité tant sur le champ de bataille que dans l'outre-monde des séquelles. Il plaira d'autant moins aux habituels contempteurs de l'écrivain qu'en émerge le portrait d'un pacifiste traumatisé et non celui, tellement plus pratique à écarter du canon littéraire, d'un antisémite pathologique. Célinophobes s'abstenir. Guerre ne vous réconciliera pas avec le bonhomme. Une fois n'est pas coutume, il n'en ressort pas coupable mais victime : blessures de guerre, vol de manuscrit... Mais il y avait urgence à le publier. Le 1er janvier 2032, toute son oeuvre tombera dans le domaine public.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il vient de publier Le Paquebot (Gallimard, 2022)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 98[article] Carte blanche : Les « cauchemars en réserve » de Céline [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2022 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 496 (Juin 2022) . - p. 98
Mots-clés : roman livre guerre antisémite achèvement Céline Note de contenu : Guerre, un roman inédit et inachevé de Céline sur 14-18, paraît chez Gallimard soixante ans après sa mort.
Ni fond de tiroir ni rogaton, Guerre de Louis-Ferdinand Céline, mort en 1961, premier de ses textes inédits exhumés l'an dernier, est incontestablement une pièce de l'un des puzzles les plus fascinants de l'histoire littéraire du siècle passé. Un chaînon manquant dans la geste de l'écrivain.
Ferdinand, seul rescapé d'une compagnie décimée par un obus allemand pendant la Première Guerre mondiale, rencontre dans son errance un soldat anglais avec lequel il se rend à Ypres avant d'être soigné...
Même si cela commence sur la ligne de front, l'essentiel du récit se déroule à l'arrière, dans des hôpitaux de campagne à Peurdu-sur-la Lys, transposition de Hazebrouck (Nord) où le soldat Destouches se remit de ses blessures. Les mots sont ceux des chambrées. Le sexe comme ultime source de vie est partout au creux d'un univers où la mort rôde tout le temps. Les femmes en sortent laminées mais il n'y en a pas que pour « les grognasses » et « les pouffiasses » ; pour les hommes aussi, que « des cons », des jaloux, des matamores, sans oublier « les bicots » ; mais un #balancetonCéline n'est même pas à redouter tant il a déjà connu pire.
Premier jet daté de 1934, encoléré, hésitant, inégal, Guerre nous parvient dans un style entre deux eaux comme d'un auteur qui doute. On y retrouve déjà sa violence à commencer par celle qu'il fait subir à la langue. Dès l'entame, on est plongé dans les carcasses d'homme à vif, le cru de la viande, les lambeaux de membres, des bides sondés qui débordent comme des cuves à confiture, la foire aux crevés, autant de pelures de vie. Ça s'ébroue dans la boue, le dégueulis, le sang, la merde.
Paradoxalement, ce manuscrit difficilement déchiffrable doit aussi sa réussite à son inachèvement. Rescapé d'une improbable épopée à l'issue de laquelle il a récemment réapparu soixante-dix-sept ans après avoir été abandonné par l'écrivain dans la précipitation de son départ pour Sigmaringen et volé dans la folie de la Libération, il a la bonne distance : 131 pages (même si le livre publié en compte 184 avec ses annexes). De quoi lui conserver sa vivacité, son élan, sa rapidité. Des qualités qui se seraient peut-être estompées si l'auteur avait eu le loisir de le reprendre, de l'amplifier, de lui conférer une rigueur qui lui fait défaut. Au lieu de quoi il l'a interrompu et mis de côté pour se consacrer à l'écriture de ce qui sera son chef-d'oeuvre (Mort à crédit publié en 1936). Destouches s'apprête à devenir vraiment Céline et l'ancien maréchal des logis, un écrivain. Mais la guerre est encore en lui. Jamais elle ne le quittera jusqu'à son dernier souffle. Tout l'y ramène. Elle est la clef de l'homme, donc de l'oeuvre. On le savait déjà par sa correspondance notamment. On en a là la confirmation. De l'autobiographie saisie par l'exagération. Il disait avoir « mille pages de cauchemars en réserve ». C'est puissant, crépusculaire, cru, lubrique, obscène.
Récit de guerre et roman de convalescence autant que chronique provinciale, Guerre engage le lecteur à méditer sur la perte de la dignité et de toute humanité tant sur le champ de bataille que dans l'outre-monde des séquelles. Il plaira d'autant moins aux habituels contempteurs de l'écrivain qu'en émerge le portrait d'un pacifiste traumatisé et non celui, tellement plus pratique à écarter du canon littéraire, d'un antisémite pathologique. Célinophobes s'abstenir. Guerre ne vous réconciliera pas avec le bonhomme. Une fois n'est pas coutume, il n'en ressort pas coupable mais victime : blessures de guerre, vol de manuscrit... Mais il y avait urgence à le publier. Le 1er janvier 2032, toute son oeuvre tombera dans le domaine public.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il vient de publier Le Paquebot (Gallimard, 2022)





