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N° 499 - Septembre 2022 - 1945-1954 France Indochine - La "sale guerre" : Pie XII et les Juifs [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 98 p. Dossier : « Sale » : de Life à L’Humanité en passant par Le Monde, c’est l’adjectif qui colle à la guerre d’Indochine dès 1948. Et pour cause : marqué par les massacres de civils, les bombardements au napalm et la guérilla incessante dans les villes et les campagnes, il s'agit sans doute, nous dit Christopher Gosha, du plus violent conflit de la décolonisation. De 1946 à 1954 l’Indochine plonge la IVe République dans la crise. C'est l'heure de Mendès. La péninsule devient l’épicentre de la guerre froide. Avec Jean Garrigues, Christopher Goscha, Pierre Grosser, Benoît de Tréglodé. Événement « Marcel Proust, témoin d’histoire » Par Michel Winock L'année 2022 célèbre le centenaire de la mort de Marcel Proust, l'un des auteurs les plus emblématiques de la littérature française. Son chef-d'oeuvre, A la recherche du temps perdu, décortique les rouages intimes et politiques de la société à laquelle il appartient sous la IIIe République : celle des salons parisiens. Langues : Français (fre)
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| HISTOIRE | Revues | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Libre-Accès | P9680 | Disponible |
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[article]
Titre : L'édito - L'impossible décolonisation Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre France Indochine décolonisation impossible Note de contenu : C'est une guerre un peu oubliée, reléguée au second plan par les durables tragédies algériennes, submergée, côté vietnamien, par le conflit américain, dont la violence et la médiatisation mondiale firent passer l'épisode français pour un prélude un peu anachronique. Pourtant, les huit ans de la « guerre d'Indochine » furent peut-être, nous dit Christopher Goscha, la « guerre de décolonisation la plus violente du XXe siècle », dont les combats n'épargnent ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards, innombrables dans les 500 000 pertes vietnamiennes, victimes aussi du napalm, dont les Américains n'eurent pas le monopole.
Comment une telle guerre a-t-elle pu durer si longtemps ? Alors que l'ONU, au printemps 1945, condamne clairement la colonisation, que la Grande-Bretagne ouvre les négociations avec les Indiens, la France s'accroche à ses territoires d'outre-mer. Les accords signés, après sa tournée en métropole, par le président vietnamien Hô Chi Minh en mars 1946 resteront lettre morte. La République, IVe du nom, née au forceps à l'automne suivant, n'est unanime sur rien, sauf sur l'idée qu'on ne peut renoncer à l'empire. On est prêt bien sûr à des réformes. Dans l'« Union française » les anciennes colonies deviennent « États associés » - mais nul projet de décolonisation, fût-ce par étapes. Volonté compensatrice de la déroute de 1940 ? Ou, plus profondément, illusion universaliste d'un pays persuadé d'apporter les Lumières à des populations attardées ? Quoi qu'il en soit, les voix dissonantes sont faibles. L'initiative criminelle de l'amiral d'Argenlieu, faisant bombarder le port de Haiphong en novembre 1946, n'est qu'un accélérateur. La guerre s'installe, lointaine et brutale, dans un large consensus et une relative indifférence.
La guerre froide, qui gagne l'Asie en 1949-1950, lui donne de nouvelles couleurs, apporte le soutien de Washington et l'hostilité des communistes français. Mais, s'ils pèsent lourd à l'Assemblée, ces derniers sont, depuis 1947, exclus des coalitions gouvernementales. Le conflit s'enlise. La mort de De Lattre est un coup de semonce, la capitulation de 13 000 hommes à Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, un coup de tonnerre. L'heure de Pierre Mendès France a sonné. Investi le 18 juin, il promet la paix en un mois. Les négociations à Genève s'accélèrent. La France lâche tout, mais tient parole. Le 21 juillet la guerre d'Indochine est finie.
Cette spectaculaire séquence politique vaut à Mendès une solide réputation à gauche. Mais pas un destin : il est renversé moins de sept mois plus tard. Quant au Vietnam, coupé en deux, il n'a pas vu la fin de son martyre. Les élections promises à Genève n'auront pas lieu. Bientôt, les incidents reprennent sur la frontière. Avec l'arrivée des « conseillers militaires » américains, une autre guerre commence, plus ravageuse encore. Mais la France n'est plus là. Elle se bat en Algérie. La République, Ve cette fois, fera une dernière tentative, en 1958, et proposera aux États africains une nouvelle forme d'association, dans le cadre de la « Communauté française », ultime survivance de la grandeur impériale, dont la fin sera consommée avec l'indépendance de l'Algérie. Grande nation colonisatrice, la France n'aura pas su être la grande puissance décolonisatrice que ses principes révolutionnaires lui dictaient.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 3[article] L'édito - L'impossible décolonisation [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 3
Mots-clés : guerre France Indochine décolonisation impossible Note de contenu : C'est une guerre un peu oubliée, reléguée au second plan par les durables tragédies algériennes, submergée, côté vietnamien, par le conflit américain, dont la violence et la médiatisation mondiale firent passer l'épisode français pour un prélude un peu anachronique. Pourtant, les huit ans de la « guerre d'Indochine » furent peut-être, nous dit Christopher Goscha, la « guerre de décolonisation la plus violente du XXe siècle », dont les combats n'épargnent ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards, innombrables dans les 500 000 pertes vietnamiennes, victimes aussi du napalm, dont les Américains n'eurent pas le monopole.
Comment une telle guerre a-t-elle pu durer si longtemps ? Alors que l'ONU, au printemps 1945, condamne clairement la colonisation, que la Grande-Bretagne ouvre les négociations avec les Indiens, la France s'accroche à ses territoires d'outre-mer. Les accords signés, après sa tournée en métropole, par le président vietnamien Hô Chi Minh en mars 1946 resteront lettre morte. La République, IVe du nom, née au forceps à l'automne suivant, n'est unanime sur rien, sauf sur l'idée qu'on ne peut renoncer à l'empire. On est prêt bien sûr à des réformes. Dans l'« Union française » les anciennes colonies deviennent « États associés » - mais nul projet de décolonisation, fût-ce par étapes. Volonté compensatrice de la déroute de 1940 ? Ou, plus profondément, illusion universaliste d'un pays persuadé d'apporter les Lumières à des populations attardées ? Quoi qu'il en soit, les voix dissonantes sont faibles. L'initiative criminelle de l'amiral d'Argenlieu, faisant bombarder le port de Haiphong en novembre 1946, n'est qu'un accélérateur. La guerre s'installe, lointaine et brutale, dans un large consensus et une relative indifférence.
La guerre froide, qui gagne l'Asie en 1949-1950, lui donne de nouvelles couleurs, apporte le soutien de Washington et l'hostilité des communistes français. Mais, s'ils pèsent lourd à l'Assemblée, ces derniers sont, depuis 1947, exclus des coalitions gouvernementales. Le conflit s'enlise. La mort de De Lattre est un coup de semonce, la capitulation de 13 000 hommes à Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, un coup de tonnerre. L'heure de Pierre Mendès France a sonné. Investi le 18 juin, il promet la paix en un mois. Les négociations à Genève s'accélèrent. La France lâche tout, mais tient parole. Le 21 juillet la guerre d'Indochine est finie.
Cette spectaculaire séquence politique vaut à Mendès une solide réputation à gauche. Mais pas un destin : il est renversé moins de sept mois plus tard. Quant au Vietnam, coupé en deux, il n'a pas vu la fin de son martyre. Les élections promises à Genève n'auront pas lieu. Bientôt, les incidents reprennent sur la frontière. Avec l'arrivée des « conseillers militaires » américains, une autre guerre commence, plus ravageuse encore. Mais la France n'est plus là. Elle se bat en Algérie. La République, Ve cette fois, fera une dernière tentative, en 1958, et proposera aux États africains une nouvelle forme d'association, dans le cadre de la « Communauté française », ultime survivance de la grandeur impériale, dont la fin sera consommée avec l'indépendance de l'Algérie. Grande nation colonisatrice, la France n'aura pas su être la grande puissance décolonisatrice que ses principes révolutionnaires lui dictaient.
Forum (septembre 2022) in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Forum (septembre 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : forum rectificatif Note de contenu : Religion, violences et pouvoir
Le dossier « La Saint-Barthélemy. Le massacre des voisins » (L'Histoire n° 496, juin 2022) a suscité l'intérêt des lecteurs. Christophe Vyt nous fait part d'une inexactitude « à propos de la place du Dauphiné » dans les cartes du dossier (pp. 43 et 48) : « Le massacre d'Orange en 1562 est perpétré par des soldats catholiques contre les habitants protestants de la ville. Il est déterminant car il engendre une radicalisation des armées du baron des Adrets, [...] qui perpètrent en représailles le massacre des garnisons catholiques des villes dont elles s'emparent ensuite (Mornas en Provence, Bollène et Saint-Marcellin dans le Dauphiné, Montbrison et Montrond dans le Forez). » Au sujet de l'entretien mené par Huguette Meunier auprès de Philippe Joutard, « La mémoire longue des protestants » (pp. 54-55), un lecteur s'interroge : « Peut-on vraiment qualifier la France de 1572 de "monarchie absolue" (p. 54) ? »
La réponse de la rédaction
Joël Cornette remercie M. Vyt pour ses précisions et souligne « l'infinie diversité régionale, et même micro-régionale, qui caractérise les violences au temps des guerres de Religion ». Concernant l'absolutisme, Philippe Joutard emploie ici l'expression au sujet des critiques qui sont formulées, au XIXe siècle, contre les partisans de la monarchie absolue et les catholiques français. Si le terme reste communément associé à Louis XIV, les historiens s'accordent aujourd'hui pour retracer sa genèse dès le règne d'Henri IV, qui correspond à « la naissance dramatique de l'absolutisme » (Yves-Marie Bercé). Les guerres de Religion représentent donc la matrice même de l'absolutisme : la division confessionnelle entérinée par l'édit de Nantes conduit à un transfert de sacralité en direction de la personne du roi, selon la thèse de Denis Crouzet.
Minorités balkaniques
Dimitri Skopelitis nous apporte quelques précisions concernant l'article de Michelle Tusan « 1922 : Smyrne anéantie » (Collection de L'Histoire n° 96, pp. 92-93) : « Les atrocités n'ont malheureusement pas manqué durant l'occupation de Smyrne et jusqu'en 1922. Mais les tensions entre chrétiens et musulmans n'avaient nullement besoin d'être alimentées, elles étaient déjà à leur paroxysme. C'est oublier les guerres des Balkans, puis le génocide des Arméniens, les massacres des Assyriens et des Pontiaques, qui ont commencé progressivement dès 1913. D'où la question de la protection des minorités dans les traités de l'époque. »
Mémoire
Une lectrice nous fait part de son émoi devant la photographie d'Emmanuel Macron accompagné d'une très jeune enfant lors de la commémoration de la rafle du Vél'd'Hiv le 16 juillet 2017 (L'Histoire n° 495, p. 12).
La réponse de la rédaction
Le cliché fait partie d'un reportage sur les cérémonies en mémoire des victimes de la rafle (on le trouve aussi dans Le Figaro du 18 juillet 2017). Le cadrage fait que l'on ne voit que le président français avec la fillette. En réalité, il y avait trois enfants de 6 à 12 ans aux côtés d'Emmanuel Macron, mais aussi de Benyamin Netanyahou (visible tous deux sur une autre photo du reportage paru dans Le Point). La présence, médiatique et protocolaire, de ces enfants s'explique probablement par l'inauguration, ce jour-là, d'un jardin-mémorial aux enfants déportés, enfermés et assassinés à Birkenau.
RECTIFICATIFS
> Pardon aux nombreux lecteurs qui nous l'ont fait remarquer. Dans l'encadré sur la date de Pâques (L'Histoire n° 498, L'invention du temps, p. 56) il faut bien sûr lire que la fête est fixée « au dimanche qui suit la première pleine lune après l'équinoxe de printemps ».
> Dans les comptes rendus de livres, il faut lire « haines ethniques » et non « haines éthiques » dans le titre de celui consacré à l'ouvrage d'Aloys Tegera Buseyi (L'Histoire n° 496, p. 83).
> Une erreur s'est glissée de notre fait dans l'article Dominique Chathuant, « 1972 : une loi contre le racisme » (L'Histoire n° 496). A la page 27 : la loi « voté à l'unanimité, à l'Assemblée et au Sénat ne doit rien à Gaston Monnerville » mais ce dernier est alors sénateur et n'entrera que plus tard au Conseil constitutionnel.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 4[article] Forum (septembre 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 4
Mots-clés : forum rectificatif Note de contenu : Religion, violences et pouvoir
Le dossier « La Saint-Barthélemy. Le massacre des voisins » (L'Histoire n° 496, juin 2022) a suscité l'intérêt des lecteurs. Christophe Vyt nous fait part d'une inexactitude « à propos de la place du Dauphiné » dans les cartes du dossier (pp. 43 et 48) : « Le massacre d'Orange en 1562 est perpétré par des soldats catholiques contre les habitants protestants de la ville. Il est déterminant car il engendre une radicalisation des armées du baron des Adrets, [...] qui perpètrent en représailles le massacre des garnisons catholiques des villes dont elles s'emparent ensuite (Mornas en Provence, Bollène et Saint-Marcellin dans le Dauphiné, Montbrison et Montrond dans le Forez). » Au sujet de l'entretien mené par Huguette Meunier auprès de Philippe Joutard, « La mémoire longue des protestants » (pp. 54-55), un lecteur s'interroge : « Peut-on vraiment qualifier la France de 1572 de "monarchie absolue" (p. 54) ? »
La réponse de la rédaction
Joël Cornette remercie M. Vyt pour ses précisions et souligne « l'infinie diversité régionale, et même micro-régionale, qui caractérise les violences au temps des guerres de Religion ». Concernant l'absolutisme, Philippe Joutard emploie ici l'expression au sujet des critiques qui sont formulées, au XIXe siècle, contre les partisans de la monarchie absolue et les catholiques français. Si le terme reste communément associé à Louis XIV, les historiens s'accordent aujourd'hui pour retracer sa genèse dès le règne d'Henri IV, qui correspond à « la naissance dramatique de l'absolutisme » (Yves-Marie Bercé). Les guerres de Religion représentent donc la matrice même de l'absolutisme : la division confessionnelle entérinée par l'édit de Nantes conduit à un transfert de sacralité en direction de la personne du roi, selon la thèse de Denis Crouzet.
Minorités balkaniques
Dimitri Skopelitis nous apporte quelques précisions concernant l'article de Michelle Tusan « 1922 : Smyrne anéantie » (Collection de L'Histoire n° 96, pp. 92-93) : « Les atrocités n'ont malheureusement pas manqué durant l'occupation de Smyrne et jusqu'en 1922. Mais les tensions entre chrétiens et musulmans n'avaient nullement besoin d'être alimentées, elles étaient déjà à leur paroxysme. C'est oublier les guerres des Balkans, puis le génocide des Arméniens, les massacres des Assyriens et des Pontiaques, qui ont commencé progressivement dès 1913. D'où la question de la protection des minorités dans les traités de l'époque. »
Mémoire
Une lectrice nous fait part de son émoi devant la photographie d'Emmanuel Macron accompagné d'une très jeune enfant lors de la commémoration de la rafle du Vél'd'Hiv le 16 juillet 2017 (L'Histoire n° 495, p. 12).
La réponse de la rédaction
Le cliché fait partie d'un reportage sur les cérémonies en mémoire des victimes de la rafle (on le trouve aussi dans Le Figaro du 18 juillet 2017). Le cadrage fait que l'on ne voit que le président français avec la fillette. En réalité, il y avait trois enfants de 6 à 12 ans aux côtés d'Emmanuel Macron, mais aussi de Benyamin Netanyahou (visible tous deux sur une autre photo du reportage paru dans Le Point). La présence, médiatique et protocolaire, de ces enfants s'explique probablement par l'inauguration, ce jour-là, d'un jardin-mémorial aux enfants déportés, enfermés et assassinés à Birkenau.
RECTIFICATIFS
> Pardon aux nombreux lecteurs qui nous l'ont fait remarquer. Dans l'encadré sur la date de Pâques (L'Histoire n° 498, L'invention du temps, p. 56) il faut bien sûr lire que la fête est fixée « au dimanche qui suit la première pleine lune après l'équinoxe de printemps ».
> Dans les comptes rendus de livres, il faut lire « haines ethniques » et non « haines éthiques » dans le titre de celui consacré à l'ouvrage d'Aloys Tegera Buseyi (L'Histoire n° 496, p. 83).
> Une erreur s'est glissée de notre fait dans l'article Dominique Chathuant, « 1972 : une loi contre le racisme » (L'Histoire n° 496). A la page 27 : la loi « voté à l'unanimité, à l'Assemblée et au Sénat ne doit rien à Gaston Monnerville » mais ce dernier est alors sénateur et n'entrera que plus tard au Conseil constitutionnel.
On va en parler (septembre 2022) in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : On va en parler (septembre 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6-8 Langues : Français (fre) Mots-clés : Archives nationales Seine-Saint-Denis Dominique Kalifa Napoléon agenda Note de contenu : Archives nationales
Citoyennes !
Les Archives nationales présentent, dans leur cycle « Les Essentiels », le document original de l'ordonnance de 1944 instituant le droit de vote des femmes.
Seine-Saint-Denis
Projet de musée
L'Association pour un musée du logement populaire (Amulop), créée en 2014 par des enseignant(e)s de Seine-Saint-Denis, et soutenue par le Département, ambitionne d'y créer un musée du logement populaire.
Théâtre
Jeanne et les historiennes
Le spectacle de Jeanne Balibar est repris au théâtre des Bouffes du Nord à Paris dans le cadre du Festival d'automne, du 28 septembre au 1er octobre, avec des textes de Charlotte de Castelnau-L'Estoile, Anne-Emmanuelle Demartini et Emmanuelle Loyer.
Prix de thèse
Dominique Kalifa
Le Centre d'histoire du XIXe siècle de l'université Paris-I-Sorbonne, en partenariat avec la Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, a décidé de créer un prix de thèse en hommage à Dominique Kalifa. La thèse devra porter sur le long XIXe siècle (1800-1939) et avoir été soutenue dans une université française l'année précédant la remise du prix. Le dossier pour 2022 doit être envoyé le 15 novembre au plus tard à l'adresse victoria.afanasyeva@univ-paris1.fr
Concours
Cartographie
Félicitations aux lauréats et aux 4 350 candidats, du CM1 aux prépas, qui ont participé au concours Carto 2022 ! Les résultats et la cérémonie sont sur https://www.youtube.com /watch?v=it2lX1D51wI
En 2023 les sujets sont, pour Carto imaginaire, « Habiter un désert chaud en 2123 » et, pour Carto d'actualité, un article de Madjid Zerrouky paru dans Le Monde, M le mag, « Sur l'île de Socotra, l'aridité des paysages, la gravité de la jeunesse yéménite ». Les inscriptions sont ouvertes !
Approximation
Gambetta prend le métro
La station parisienne qui porte le nom du député propose aux passagers un texte quelque peu approximatif, où l'on apprend que, « s'il était proche des communards, Léon Gambetta est un partisan de la république ». Pour le grand cofondateur de la IIIe République, c'est un peu court !
Napoléon en grand
Chef-d'oeuvre
Si peu de gens ont - vraiment - vu le Napoléon d'Abel Gance, personne n'avait visionné la « grande version » de sept heures présentée en 1927 et à laquelle aucune des quelque vingt restaurations ultérieures n'a été fidèle. Travaillant image par image, Georges Mourier et Laure Marchaut ont expertisé 100 000 mètres de pellicule, parfois très endommagée. Leur oeuvre touche à sa fin et devrait être projetée. Les deux passionnés rêvent de la cour des Invalides...
Horloge parlante
Clap de fin
Le 1er juillet, l'Horloge parlante, née en 1933, a donné l'heure pour la dernière fois, faute de clients. Premier système de ce genre au monde, elle avait été inventée par l'astronome Ernest Esclangon, alors directeur de l'Observatoire de Paris.
Asie centrale
La peste noire
L'origine de la Grande Peste noire, qui ravagea l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au XIVe siècle, semble aujourd'hui assurée : de l'ADN humain extrait d'un site funéraire au nord du Kirghizistan actuel atteste l'infection par le bacille pestilentiel dès 1338, soit dix ans avant sa diffusion. Sur plus de 400 pierres tombales de ce territoire, une centaine portaient une épitaphe mentionnant « mort de pestilence ».
Varsovie
Clemenceau en buste
Une statue de Clemenceau orne depuis mai 2022 le square qui porte son nom à Varsovie. Jean-Noël Jeanneney y a, pour l'occasion, donné une conférence sur l'homme d'État, fervent partisan de l'indépendance polonaise.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 6-8[article] On va en parler (septembre 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6-8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 6-8
Mots-clés : Archives nationales Seine-Saint-Denis Dominique Kalifa Napoléon agenda Note de contenu : Archives nationales
Citoyennes !
Les Archives nationales présentent, dans leur cycle « Les Essentiels », le document original de l'ordonnance de 1944 instituant le droit de vote des femmes.
Seine-Saint-Denis
Projet de musée
L'Association pour un musée du logement populaire (Amulop), créée en 2014 par des enseignant(e)s de Seine-Saint-Denis, et soutenue par le Département, ambitionne d'y créer un musée du logement populaire.
Théâtre
Jeanne et les historiennes
Le spectacle de Jeanne Balibar est repris au théâtre des Bouffes du Nord à Paris dans le cadre du Festival d'automne, du 28 septembre au 1er octobre, avec des textes de Charlotte de Castelnau-L'Estoile, Anne-Emmanuelle Demartini et Emmanuelle Loyer.
Prix de thèse
Dominique Kalifa
Le Centre d'histoire du XIXe siècle de l'université Paris-I-Sorbonne, en partenariat avec la Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, a décidé de créer un prix de thèse en hommage à Dominique Kalifa. La thèse devra porter sur le long XIXe siècle (1800-1939) et avoir été soutenue dans une université française l'année précédant la remise du prix. Le dossier pour 2022 doit être envoyé le 15 novembre au plus tard à l'adresse victoria.afanasyeva@univ-paris1.fr
Concours
Cartographie
Félicitations aux lauréats et aux 4 350 candidats, du CM1 aux prépas, qui ont participé au concours Carto 2022 ! Les résultats et la cérémonie sont sur https://www.youtube.com /watch?v=it2lX1D51wI
En 2023 les sujets sont, pour Carto imaginaire, « Habiter un désert chaud en 2123 » et, pour Carto d'actualité, un article de Madjid Zerrouky paru dans Le Monde, M le mag, « Sur l'île de Socotra, l'aridité des paysages, la gravité de la jeunesse yéménite ». Les inscriptions sont ouvertes !
Approximation
Gambetta prend le métro
La station parisienne qui porte le nom du député propose aux passagers un texte quelque peu approximatif, où l'on apprend que, « s'il était proche des communards, Léon Gambetta est un partisan de la république ». Pour le grand cofondateur de la IIIe République, c'est un peu court !
Napoléon en grand
Chef-d'oeuvre
Si peu de gens ont - vraiment - vu le Napoléon d'Abel Gance, personne n'avait visionné la « grande version » de sept heures présentée en 1927 et à laquelle aucune des quelque vingt restaurations ultérieures n'a été fidèle. Travaillant image par image, Georges Mourier et Laure Marchaut ont expertisé 100 000 mètres de pellicule, parfois très endommagée. Leur oeuvre touche à sa fin et devrait être projetée. Les deux passionnés rêvent de la cour des Invalides...
Horloge parlante
Clap de fin
Le 1er juillet, l'Horloge parlante, née en 1933, a donné l'heure pour la dernière fois, faute de clients. Premier système de ce genre au monde, elle avait été inventée par l'astronome Ernest Esclangon, alors directeur de l'Observatoire de Paris.
Asie centrale
La peste noire
L'origine de la Grande Peste noire, qui ravagea l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au XIVe siècle, semble aujourd'hui assurée : de l'ADN humain extrait d'un site funéraire au nord du Kirghizistan actuel atteste l'infection par le bacille pestilentiel dès 1338, soit dix ans avant sa diffusion. Sur plus de 400 pierres tombales de ce territoire, une centaine portaient une épitaphe mentionnant « mort de pestilence ».
Varsovie
Clemenceau en buste
Une statue de Clemenceau orne depuis mai 2022 le square qui porte son nom à Varsovie. Jean-Noël Jeanneney y a, pour l'occasion, donné une conférence sur l'homme d'État, fervent partisan de l'indépendance polonaise.
On va en parler : L'EHNE au service de l'enseignement de l'histoire ! in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : On va en parler : L'EHNE au service de l'enseignement de l'histoire ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : histoire encyclopédie numérique EHNE Note de contenu : L'« Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe » (EHNE) a été créée en 2012 à Sorbonne Université.
Elle compte aujourd'hui plus de 700 articles en histoire du genre, environnement, colonisation, migrations, histoire des techniques et du numérique, des conflits armés rédigés par les meilleurs spécialistes et traduits en anglais (ehne.fr).
C'est aussi une plate-forme d'histoire numérique qui expérimente des méthodes de reconnaissance d'images photographiques par l'intelligence artificielle (colbert.ehne.fr). Ce travail sur la photographie est à l'origine de la série « Chambre noire. Une photographie, une histoire », dans laquelle un(e) historien(ne) commente en quatre minutes une photo tirée de ses archives, diffusée sur YouTube.
En cette rentrée, en lien avec Éduscol et l'Inspection générale, l'EHNE publie de nouvelles ressources à l'intention des professeurs d'histoire pour les aider à faire travailler les élèves au plus près des sources (documents divers, recensions d'ouvrages, glossaire, capsules vidéo).
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 6[article] On va en parler : L'EHNE au service de l'enseignement de l'histoire ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 6
Mots-clés : histoire encyclopédie numérique EHNE Note de contenu : L'« Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe » (EHNE) a été créée en 2012 à Sorbonne Université.
Elle compte aujourd'hui plus de 700 articles en histoire du genre, environnement, colonisation, migrations, histoire des techniques et du numérique, des conflits armés rédigés par les meilleurs spécialistes et traduits en anglais (ehne.fr).
C'est aussi une plate-forme d'histoire numérique qui expérimente des méthodes de reconnaissance d'images photographiques par l'intelligence artificielle (colbert.ehne.fr). Ce travail sur la photographie est à l'origine de la série « Chambre noire. Une photographie, une histoire », dans laquelle un(e) historien(ne) commente en quatre minutes une photo tirée de ses archives, diffusée sur YouTube.
En cette rentrée, en lien avec Éduscol et l'Inspection générale, l'EHNE publie de nouvelles ressources à l'intention des professeurs d'histoire pour les aider à faire travailler les élèves au plus près des sources (documents divers, recensions d'ouvrages, glossaire, capsules vidéo).
On va en parler : La vie de l'édition (septembre 2022) in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : On va en parler : La vie de l'édition (septembre 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : édition nouveauté vie Note de contenu : « Comment sait-on ? »
Une nouvelle collection destinée aux juniors chez Sciences humaines propose des titres dans différentes disciplines, dont l'histoire. Hélène Frouard, illustrée par Marie Dortier, mène ainsi 7 enquêtes sur l'histoire, de Jules César aux hommes sur la Lune en passant par l'empereur du Mali, les pirates ou les femmes pendant la Première Guerre mondiale.
PDG de Flammarion
Après dix-huit ans passés chez Fayard, qu'elle dirigeait depuis 2014, Sophie de Closets prend la tête de Flammarion.
Enfance irrégulière
Anamosa devient l'éditeur de la Revue d'histoire de l'enfance irrégulière, avec un premier numéro très historique sur l'enfance en guerre.
La « PBP » a 60 ans
Créée en 1962, la « Petite Bibliothèque Payot » (PBP), collection de poche spécialisée dans les ouvrages de non-fiction, compte aujourd'hui environ 1 200 titres dédiés aux sciences humaines, à l'histoire, à la psychologie et aux voyages. Avec pour objectif de rendre compte de la diversité d'un monde qui change, elle publie des grands titres de son catalogue, notamment en histoire (Huizinga, L'Automne du Moyen Age) et des inédits d'une grande variété de thèmes et de genres : des témoins (Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée), des livres choc (Iris Chang, Le Viol de Nankin), des documents (Hannah Crafts, Autobiographie d'une esclave), des synthèses (Françoise Thébaud, Les Femmes au temps de la guerre de 14), et des essais narratifs (Timothy Brook, Le Chapeau de Vermeer).
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 8[article] On va en parler : La vie de l'édition (septembre 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 8
Mots-clés : édition nouveauté vie Note de contenu : « Comment sait-on ? »
Une nouvelle collection destinée aux juniors chez Sciences humaines propose des titres dans différentes disciplines, dont l'histoire. Hélène Frouard, illustrée par Marie Dortier, mène ainsi 7 enquêtes sur l'histoire, de Jules César aux hommes sur la Lune en passant par l'empereur du Mali, les pirates ou les femmes pendant la Première Guerre mondiale.
PDG de Flammarion
Après dix-huit ans passés chez Fayard, qu'elle dirigeait depuis 2014, Sophie de Closets prend la tête de Flammarion.
Enfance irrégulière
Anamosa devient l'éditeur de la Revue d'histoire de l'enfance irrégulière, avec un premier numéro très historique sur l'enfance en guerre.
La « PBP » a 60 ans
Créée en 1962, la « Petite Bibliothèque Payot » (PBP), collection de poche spécialisée dans les ouvrages de non-fiction, compte aujourd'hui environ 1 200 titres dédiés aux sciences humaines, à l'histoire, à la psychologie et aux voyages. Avec pour objectif de rendre compte de la diversité d'un monde qui change, elle publie des grands titres de son catalogue, notamment en histoire (Huizinga, L'Automne du Moyen Age) et des inédits d'une grande variété de thèmes et de genres : des témoins (Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée), des livres choc (Iris Chang, Le Viol de Nankin), des documents (Hannah Crafts, Autobiographie d'une esclave), des synthèses (Françoise Thébaud, Les Femmes au temps de la guerre de 14), et des essais narratifs (Timothy Brook, Le Chapeau de Vermeer).
On va en parler : Allez savoir... à Marseille in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : On va en parler : Allez savoir... à Marseille Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 7 Langues : Français (fre) Mots-clés : édition festival Marseille Note de contenu : « A contre-temps », c'est le titre de la 3e édition du festival Allez savoir, une initiative de l'École des hautes études en sciences sociales en partenariat avec la Ville de Marseille, du 21 au 25 septembre.
On y questionnera les temporalités, les usages sociaux et politiques du temps, les outils pour le mesurer. Plus de 50 événements au sein des bibliothèques et musées de Marseille, du théâtre La Cité et des cinémas La Baleine et Les Variétés : débats, projections, spectacles, balades, ateliers, actions scolaires...
On y retrouvera François Hartog en dialogue inaugural avec Anne Lambert sur les « Temps précaires ? », Pierre Monnet et Jean-Claude Schmitt sur « Comment compter et désigner le temps au Moyen Age ». Jean-Frédéric Schaub et Silvia Sebastiani analyseront « Les temporalités de la race » et Nicolas Verdier proposera un atelier « Le cadran solaire ». Philippe Artières, Marc Bessim et Yann Potin exploreront « Les agendas, maîtres du temps ». Le festival se clôturera par un débat sur l'actualité politique avec Luc Boltanski.
Entrée libre et gratuite.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 7[article] On va en parler : Allez savoir... à Marseille [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 7.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 7
Mots-clés : édition festival Marseille Note de contenu : « A contre-temps », c'est le titre de la 3e édition du festival Allez savoir, une initiative de l'École des hautes études en sciences sociales en partenariat avec la Ville de Marseille, du 21 au 25 septembre.
On y questionnera les temporalités, les usages sociaux et politiques du temps, les outils pour le mesurer. Plus de 50 événements au sein des bibliothèques et musées de Marseille, du théâtre La Cité et des cinémas La Baleine et Les Variétés : débats, projections, spectacles, balades, ateliers, actions scolaires...
On y retrouvera François Hartog en dialogue inaugural avec Anne Lambert sur les « Temps précaires ? », Pierre Monnet et Jean-Claude Schmitt sur « Comment compter et désigner le temps au Moyen Age ». Jean-Frédéric Schaub et Silvia Sebastiani analyseront « Les temporalités de la race » et Nicolas Verdier proposera un atelier « Le cadran solaire ». Philippe Artières, Marc Bessim et Yann Potin exploreront « Les agendas, maîtres du temps ». Le festival se clôturera par un débat sur l'actualité politique avec Luc Boltanski.
Entrée libre et gratuite.
On va en parler : Les gens (septembre 2022) in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : On va en parler : Les gens (septembre 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : gens prix Note de contenu : Antoine Lilti
Au Collège de France
Élu à la chaire « Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle », il prononcera sa conférence inaugurale le 8 décembre.
Olivier Grenouilleau
Prix Bernheim
Ce prix d'histoire des religions lui a été remis pour Christianisme et esclavage (Gallimard, 2021).
Élisabeth Crouzet-Pavan
Prix d'histoire de l'Europe
Elle a reçu le prix du livre d'histoire de l'Europe pour son magnifique Venise (Belin, 2021).
Jan Synowiecki
Prix Augustin-Thierry
Ce prix décerné par le Comité d'histoire de la Ville de Paris a été remis à son Paris en ses jardins (Champ Vallon, 2021).
Patrick Barbier
Prix Château-de-Versailles
Le prix Château-de-Versailles du livre d'histoire lui a été attribué pour Marie-Antoinette et la musique (Grasset, 2022).
Joël Cornette
Prix Provins Moyen Age
Joël Cornette est honoré par le prix Provins Moyen Age pour son ouvrage sur Anne de Bretagne (Gallimard, 2021).
Sylvie Lindeperg
Prix François-Billetdoux
Elle reçoit une mention spéciale du prix François-Billetdoux de la Scam pour Nuremberg, la bataille des images (Payot, 2021).
Éric Jennings
Prix d'histoire des Outre-Mer
Ce prix lui a été attribué pour Les Bateaux de l'espoir. Vichy, les réfugiés de la filière martiniquaise (CNRS Éditions, 2020).
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 8[article] On va en parler : Les gens (septembre 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 8
Mots-clés : gens prix Note de contenu : Antoine Lilti
Au Collège de France
Élu à la chaire « Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle », il prononcera sa conférence inaugurale le 8 décembre.
Olivier Grenouilleau
Prix Bernheim
Ce prix d'histoire des religions lui a été remis pour Christianisme et esclavage (Gallimard, 2021).
Élisabeth Crouzet-Pavan
Prix d'histoire de l'Europe
Elle a reçu le prix du livre d'histoire de l'Europe pour son magnifique Venise (Belin, 2021).
Jan Synowiecki
Prix Augustin-Thierry
Ce prix décerné par le Comité d'histoire de la Ville de Paris a été remis à son Paris en ses jardins (Champ Vallon, 2021).
Patrick Barbier
Prix Château-de-Versailles
Le prix Château-de-Versailles du livre d'histoire lui a été attribué pour Marie-Antoinette et la musique (Grasset, 2022).
Joël Cornette
Prix Provins Moyen Age
Joël Cornette est honoré par le prix Provins Moyen Age pour son ouvrage sur Anne de Bretagne (Gallimard, 2021).
Sylvie Lindeperg
Prix François-Billetdoux
Elle reçoit une mention spéciale du prix François-Billetdoux de la Scam pour Nuremberg, la bataille des images (Payot, 2021).
Éric Jennings
Prix d'histoire des Outre-Mer
Ce prix lui a été attribué pour Les Bateaux de l'espoir. Vichy, les réfugiés de la filière martiniquaise (CNRS Éditions, 2020).
Evénement : Marcel Proust, témoin d'histoire / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Evénement : Marcel Proust, témoin d'histoire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 12-19 Langues : Français (fre) Mots-clés : Marcel Proust histoire centenaire 2022 Note de contenu :
L'année 2022 célèbre le centenaire de la mort de Marcel Proust, l'un des auteurs les plus emblématiques de la littérature française. Son chef-d'oeuvre, A la recherche du temps perdu, décortique les rouages intimes et politiques de la société à laquelle il appartient sous la IIIe République : celle des salons parisiens.
Il y a cent ans, le 18 novembre 1922, mourait Marcel Proust, à l'âge de 51 ans. La presse qui annonce son décès semble en peine de lui accorder la dimension d'écrivain génial. Les circonstances s'y refusent : sa grande oeuvre, A la recherche du temps perdu, en cours de publication, n'offre pas encore le recul nécessaire à une juste évaluation. En 1919 A l'ombre des jeunes filles en fleurs lui avait valu le prix Goncourt ; avaient paru ensuite Le Côté de Guermantes et une grande partie de Sodome et Gomorrhe. Ce n'était encore qu'une moitié du roman-fleuve.
Tout de même lit-on de sa mort dans Le Figaro qu'il s'agit « d'une perte immense pour les lettres » ; une oeuvre, écrit Le Temps, qu'on peut considérer « comme l'une des plus séduisantes et des plus caractéristiques de ce temps » ; et même si La Croix, Le Populaire ou Le Gaulois passent le décès de Proust sous ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 12-19[article] Evénement : Marcel Proust, témoin d'histoire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2022 . - p. 12-19.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 12-19
Mots-clés : Marcel Proust histoire centenaire 2022 Note de contenu :
L'année 2022 célèbre le centenaire de la mort de Marcel Proust, l'un des auteurs les plus emblématiques de la littérature française. Son chef-d'oeuvre, A la recherche du temps perdu, décortique les rouages intimes et politiques de la société à laquelle il appartient sous la IIIe République : celle des salons parisiens.
Il y a cent ans, le 18 novembre 1922, mourait Marcel Proust, à l'âge de 51 ans. La presse qui annonce son décès semble en peine de lui accorder la dimension d'écrivain génial. Les circonstances s'y refusent : sa grande oeuvre, A la recherche du temps perdu, en cours de publication, n'offre pas encore le recul nécessaire à une juste évaluation. En 1919 A l'ombre des jeunes filles en fleurs lui avait valu le prix Goncourt ; avaient paru ensuite Le Côté de Guermantes et une grande partie de Sodome et Gomorrhe. Ce n'était encore qu'une moitié du roman-fleuve.
Tout de même lit-on de sa mort dans Le Figaro qu'il s'agit « d'une perte immense pour les lettres » ; une oeuvre, écrit Le Temps, qu'on peut considérer « comme l'une des plus séduisantes et des plus caractéristiques de ce temps » ; et même si La Croix, Le Populaire ou Le Gaulois passent le décès de Proust sous ...
Actualité : Cuba, 192, treize jours au bord du gouffre / Vincent Touze in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Actualité : Cuba, 192, treize jours au bord du gouffre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Vincent Touze, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 20-21 Langues : Français (fre) Mots-clés : Cuba Castro 1962 nucléaire crise Note de contenu : En octobre 1962, la guerre froide connaît sa crise majeure. Comment l'épisode des missiles de Cuba se termine-t-il de façon pacifique ?
Ces treize jours d'octobre 1962 sont marqués par une tension extrême. Pour défendre la jeune révolution socialiste de Fidel Castro et disposer d'une base nucléaire proche des États-Unis, le dirigeant soviétique Khrouchtchev a fait installer en grand secret des armes nucléaires à Cuba. Les Américains, qui ont détecté les missiles capables de frapper leur territoire, se préparent à lancer des opérations militaires massives contre l'île caraïbe. Des combats directs et sanglants entre soldats américains et soviétiques semblent imminents. Attaquée à Cuba, l'Union soviétique n'aurait pas manqué de réagir sur le continent européen, en frappant un pays de l'Otan et/ou Berlin-Ouest. Des deux côtés, les forces nucléaires sont en alerte maximale.
Depuis les années 1990, les ouvertures d'archives ont montré à quel point on a frôlé la guerre. On apprend ainsi, dans des enregistrements secrets réalisés par le président des États-Unis John Kennedy, que, av ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 20-21[article] Actualité : Cuba, 192, treize jours au bord du gouffre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Vincent Touze, Auteur . - 2022 . - p. 20-21.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 20-21
Mots-clés : Cuba Castro 1962 nucléaire crise Note de contenu : En octobre 1962, la guerre froide connaît sa crise majeure. Comment l'épisode des missiles de Cuba se termine-t-il de façon pacifique ?
Ces treize jours d'octobre 1962 sont marqués par une tension extrême. Pour défendre la jeune révolution socialiste de Fidel Castro et disposer d'une base nucléaire proche des États-Unis, le dirigeant soviétique Khrouchtchev a fait installer en grand secret des armes nucléaires à Cuba. Les Américains, qui ont détecté les missiles capables de frapper leur territoire, se préparent à lancer des opérations militaires massives contre l'île caraïbe. Des combats directs et sanglants entre soldats américains et soviétiques semblent imminents. Attaquée à Cuba, l'Union soviétique n'aurait pas manqué de réagir sur le continent européen, en frappant un pays de l'Otan et/ou Berlin-Ouest. Des deux côtés, les forces nucléaires sont en alerte maximale.
Depuis les années 1990, les ouvertures d'archives ont montré à quel point on a frôlé la guerre. On apprend ainsi, dans des enregistrements secrets réalisés par le président des États-Unis John Kennedy, que, av ...
Actualité : L'empereur, les jésuites et le verre / Michèle Artois in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Actualité : L'empereur, les jésuites et le verre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michèle Artois, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 22-23 Langues : Français (fre) Mots-clés : art verrier verre Chine verrerie Note de contenu : 2022 a été désignée « Année du verre » par les Nations unies. Réputée pour sa production de porcelaine, la Chine ignorait l'art du verre. Ce sont les Jésuites occidentaux, au XVIIIe siècle, qui en apportèrent les technologies au sein de la Cité interdite.
En 1685 Louis XIV envoie six jésuites qui avaient le titre de « mathématiciens du roi » pour établir des relations avec l'empire chinois. Ils offrent à l'empereur, de la part du roi, nombre de cadeaux, dont des montres, des instruments astronomiques et divers objets de verre qui attirent la curiosité et l'admiration de Kangxi. Le verre n'était pourtant pas inconnu en Chine : on trouve dès l'époque des Zhou (au début du Ier millénaire av. n. è.) de la pâte de verre sous forme d'incrustation sur des objets de bronze. Pendant la période des Royaumes combattants (481-221 av. n. è.), les disques bi (disques plats percés d'un trou central) en néphrite déposés dans les tombes étaient parfois remplacés par des bi en verre. Des tombes Han (206 av. n. è.-220 ap. n. è.) ont révélé d'autres objets en verre, comme des tubes à section carrée cong, symbole de la Terre, des cigales placées sur la langue du défunt ou des figurines représentant des porcs, p ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 22-23[article] Actualité : L'empereur, les jésuites et le verre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michèle Artois, Auteur . - 2022 . - p. 22-23.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 22-23
Mots-clés : art verrier verre Chine verrerie Note de contenu : 2022 a été désignée « Année du verre » par les Nations unies. Réputée pour sa production de porcelaine, la Chine ignorait l'art du verre. Ce sont les Jésuites occidentaux, au XVIIIe siècle, qui en apportèrent les technologies au sein de la Cité interdite.
En 1685 Louis XIV envoie six jésuites qui avaient le titre de « mathématiciens du roi » pour établir des relations avec l'empire chinois. Ils offrent à l'empereur, de la part du roi, nombre de cadeaux, dont des montres, des instruments astronomiques et divers objets de verre qui attirent la curiosité et l'admiration de Kangxi. Le verre n'était pourtant pas inconnu en Chine : on trouve dès l'époque des Zhou (au début du Ier millénaire av. n. è.) de la pâte de verre sous forme d'incrustation sur des objets de bronze. Pendant la période des Royaumes combattants (481-221 av. n. è.), les disques bi (disques plats percés d'un trou central) en néphrite déposés dans les tombes étaient parfois remplacés par des bi en verre. Des tombes Han (206 av. n. è.-220 ap. n. è.) ont révélé d'autres objets en verre, comme des tubes à section carrée cong, symbole de la Terre, des cigales placées sur la langue du défunt ou des figurines représentant des porcs, p ...
Actualité : Céline à découvert / Anne Simonin in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Actualité : Céline à découvert Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Anne Simonin, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 24-25 Langues : Français (fre) Mots-clés : écrivain Céline manuscrit Guerre médaille Note de contenu : Dans Guerre, texte inédit retrouvé en 2021, l'écrivain, mort en 1961, raconte comment il fut médaillé de la Grande Guerre.
Céline inédit », annonce l'éditeur de Guerre. « Céline amputé », eût-il fallu préciser : à ce manuscrit inédit de Céline, qui commence par « Pas tout à fait », il manque, en effet, les premières pages. Dans ces pages manquantes, dans cette expression omise, se lit la trace mal effacée de l'histoire : Guerre est un texte sur la Première Guerre mondiale dont l'incomplétude trahit la présence de la Seconde Guerre mondiale.
Pourquoi manque-t-il les premières pages ? Portées disparues, comme on l'a longtemps cru pour le manuscrit intitulé Guerre, ou vouées, elles aussi, à réapparaître un jour ? On ne reviendra pas ici sur la découverte des manuscrits « volés » (de l'avis de Céline et des céliniens), « perdus » puis « retrouvés » (de l'avis de certains commentateurs), plus vraisemblablement « confisqués » par la Résistance en juin 1944 dans l'appartement de la rue Girardon abandonné par Céline[1]. On attend d'en savoir plus. Mais, en l'état, Guerre offre un formidable matériau à l'historien car si, dans ce premier jet, Céline ne dit pas tout, il dit des choses qu'il n'a jamais dites ailleurs, avec une clarté surprenante.
Le texte est supposé dater de 1933-1934 et serait donc postérieur au Voyage au bout de la nuit, qui paraît en 1932 : « Il ne s'agit donc pas d'extraits de son premier roman que Céline, pour une raison ou une autre, en aurait exclus », écrit François Gibault dans son « Avant-Propos ». Mais tous les feuillets qui composent Guerre ont-ils été écrits à la même date ? Il est, en tout cas, frappant de constater que, dans le Voyage, on quitte Bardamu après sa rencontre avec Robinson, et sa tentative de désertion ratée, et on le retrouve « médaillé » à l'Opéra-Comique avec Lola et ses beignets. Une médaille que Céline a obtenue sans qu'on sache comment. La réponse est dans Guerre.
Maux de tête et vertiges
Le 28 décembre 1914, alors que, blessé, il est à l'hôpital, Céline se voit, en effet, attribuer la plus prestigieuse des décorations de guerre, la médaille militaire, assortie d'une rente viagère de 100 francs-or. « Seules 10 000 médailles militaires furent distribuées entre août 1914 et novembre 1915, alors qu'en 1914 l'armée française, de loin la plus atteinte, avait déjà perdu 417 000 soldats, morts, disparus ou capturés », écrit Odile Roynette[2]. Le 8 avril 1915 la croix de guerre, qui vient d'être créée, lui est également décernée.
On connaissait, par ses confidences faites à Robert Poulet en 1957, auxquelles renvoie l'éditeur Pascal Fouché[3], un épisode peu glorieux de la guerre de Céline : une désertion collective accompagnée du vol de la caisse du régiment. A Robert Poulet, Céline, « seul survivant de cette épopée grotesque », racontait l'incident en insistant sur sa dimension collective et sur la responsabilité de l'officier « qui n'a pas eu la force de résister à cette dépravation collective »[4]. Ce devait être la trame de Casse-Pipe, entrepris en 1937, manuscrit également confisqué en 1944, dont la publication est attendue en 2023.
Si Céline avait été le moins du monde soupçonné de ce dont il s'avoue, à demi-mot, coupable dans Guerre, d'abandon de poste et de complicité de vol de la caisse du régiment, il eût été immanquablement fusillé (les deux tiers des 1 010 fusillés de la Grande Guerre le sont entre septembre 1914 et décembre 1915[5]). Or, à la place du conseil de guerre et du poteau ? La médaille. Guerre rapporte sa réaction quand on lui lit sa « magnifique citation » sur son lit d'hôpital. Céline écrit : « Je me dis d'emblée, Ferdinand y a erreur. C'est le moment d'en profiter. J'ai pas eu je peux le dire deux minutes d'hésitation. De tels retournements des choses ne durent pas. »
Toute sa vie Céline souffrira de maux de tête et de vertiges qu'il attribuera à une trépanation. Il n'a jamais été trépané (alors qu'il a été gravement blessé au bras). Mais s'est-il jamais remis, y compris physiquement, d'avoir obtenu la plus haute et la plus rare distinction militaire alors qu'il n'en était pas digne ? « Et puis j'ai pensé à la sacoche, à tous les fourgons [du régiment] bien pillés et alors j'avais trois fois mal, à la fois au bras, à toute la tête au bruit horrible et plus profond encore, à la conscience. » En 1915, son indignité, Céline ne peut pas la vivre : « Je lui disais pas que c'était du roman ma médaille, il m'aurait pas cru. » Il fera donc héros.
Mais Céline n'est pas héros pour tout le monde. C'est le deuxième grand intérêt de Guerre. Il y a au moins une femme qu'il ne bluffe pas : Mme Onime, la cantinière du régiment. Cette dernière est la seule qui réussit à faire payer Céline au double sens du terme, et d'abord ce qu'il lui doit, 322 francs, une somme très importante pour l'époque : Ferdinand, « tu ne nous réserves que des hontes », lâche son père. Mme Onime sait que Céline a les moyens de payer, quand l'infirmière, L'Espinasse, elle, se doute du mensonge : « Vous avez eu peur tantôt n'est-ce pas Ferdinand ? du commandant... Vos explications n'étaient pas très raisonnables... » Le secret empoisonné de la médaille n'est-il pas la source de la haine que Céline vouera, au moins verbalement, aux femmes, qui sont les seules, dans Guerre, à approcher la vérité ? « Un peu plus, j'aurais été la trouver la môme L'Espinasse... et puis merde, j'avais dit que je perdrais pas, je voulais pas perdre. »
Il vomit beaucoup
Héros indigne, Céline n'est toutefois pas oublieux de ses frères d'armes. Guerre recèle une scène émouvante, celle de l'artilleur à la langue coupée. Céline, au prix d'un effort physique réel, vu l'état de son bras, s'applique. Il s'évertue de retranscrire soigneusement les borborygmes de l'artilleur. Le résultat est incompréhensible. Raté. Confronté à la transcription du langage parlé, Céline est alors techniquement démuni. Il ne parvient pas à rompre avec la langue classique, avec le « parfait style » qui est la langue du père et devient le bâillon de l'artilleur à la langue coupée.
Il vomit beaucoup, Céline, dans Guerre, et d'abord sur lui-même. Parce que cet échec-là, il ne se le pardonne pas. D'où la guerre (sans merci) qu'il déclare au beau style. Transcrire le rythme et la prétendue vulgarité du langage parlé dans la langue écrite pour rompre avec la langue élégante du père et redonner vie à la voix morte des « gueules cassées » : Guerre fixe aussi le programme de travail des années d'écrivain de Céline.
Guerre n'est « pas tout à fait » du Céline. Et dans Guerre, Céline n'est « pas tout à fait » un héros. « Pas tout à fait » un salaud non plus. Il entendra siffler les balles jusqu'à son dernier jour : « Douze balles. Deux balles. Zéro balle... Rigodon » du titre de son dernier livre, achevé le 30 juin 1961, la veille de sa mort.
Notes
1. Cf. en particulier J. Dupuis, « Des milliers de feuillets inédits : les trésors retrouvés de Louis-Ferdinand Céline », Le Monde, 4 août 2021.
2. O. Roynette, Un long tourment. Louis-Ferdinand Céline entre deux guerres, 1914-1945, Les Belles Lettres, 2015, pp. 122-123.
3. P. Fouché, « Guerre dans la vie et l'oeuvre de Louis-Ferdinand Céline », postface de Guerre, Gallimard, 2022, p. 173.
4. Céline, Romans, Gallimard, « La Pléiade », sous la direction d'H. Godard, 1975, t. III, p. 65.
5. Cf. le site Mémoire des hommes et J.-Y. Le Naour, Fusillés, Larousse, 2010, p. 21.
À LIRE
« Affaire Céline » du CRAL-EHESS rassemble divers articles et interventions de littéraires et d'historiens.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 24-25[article] Actualité : Céline à découvert [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Anne Simonin, Auteur . - 2022 . - p. 24-25.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 24-25
Mots-clés : écrivain Céline manuscrit Guerre médaille Note de contenu : Dans Guerre, texte inédit retrouvé en 2021, l'écrivain, mort en 1961, raconte comment il fut médaillé de la Grande Guerre.
Céline inédit », annonce l'éditeur de Guerre. « Céline amputé », eût-il fallu préciser : à ce manuscrit inédit de Céline, qui commence par « Pas tout à fait », il manque, en effet, les premières pages. Dans ces pages manquantes, dans cette expression omise, se lit la trace mal effacée de l'histoire : Guerre est un texte sur la Première Guerre mondiale dont l'incomplétude trahit la présence de la Seconde Guerre mondiale.
Pourquoi manque-t-il les premières pages ? Portées disparues, comme on l'a longtemps cru pour le manuscrit intitulé Guerre, ou vouées, elles aussi, à réapparaître un jour ? On ne reviendra pas ici sur la découverte des manuscrits « volés » (de l'avis de Céline et des céliniens), « perdus » puis « retrouvés » (de l'avis de certains commentateurs), plus vraisemblablement « confisqués » par la Résistance en juin 1944 dans l'appartement de la rue Girardon abandonné par Céline[1]. On attend d'en savoir plus. Mais, en l'état, Guerre offre un formidable matériau à l'historien car si, dans ce premier jet, Céline ne dit pas tout, il dit des choses qu'il n'a jamais dites ailleurs, avec une clarté surprenante.
Le texte est supposé dater de 1933-1934 et serait donc postérieur au Voyage au bout de la nuit, qui paraît en 1932 : « Il ne s'agit donc pas d'extraits de son premier roman que Céline, pour une raison ou une autre, en aurait exclus », écrit François Gibault dans son « Avant-Propos ». Mais tous les feuillets qui composent Guerre ont-ils été écrits à la même date ? Il est, en tout cas, frappant de constater que, dans le Voyage, on quitte Bardamu après sa rencontre avec Robinson, et sa tentative de désertion ratée, et on le retrouve « médaillé » à l'Opéra-Comique avec Lola et ses beignets. Une médaille que Céline a obtenue sans qu'on sache comment. La réponse est dans Guerre.
Maux de tête et vertiges
Le 28 décembre 1914, alors que, blessé, il est à l'hôpital, Céline se voit, en effet, attribuer la plus prestigieuse des décorations de guerre, la médaille militaire, assortie d'une rente viagère de 100 francs-or. « Seules 10 000 médailles militaires furent distribuées entre août 1914 et novembre 1915, alors qu'en 1914 l'armée française, de loin la plus atteinte, avait déjà perdu 417 000 soldats, morts, disparus ou capturés », écrit Odile Roynette[2]. Le 8 avril 1915 la croix de guerre, qui vient d'être créée, lui est également décernée.
On connaissait, par ses confidences faites à Robert Poulet en 1957, auxquelles renvoie l'éditeur Pascal Fouché[3], un épisode peu glorieux de la guerre de Céline : une désertion collective accompagnée du vol de la caisse du régiment. A Robert Poulet, Céline, « seul survivant de cette épopée grotesque », racontait l'incident en insistant sur sa dimension collective et sur la responsabilité de l'officier « qui n'a pas eu la force de résister à cette dépravation collective »[4]. Ce devait être la trame de Casse-Pipe, entrepris en 1937, manuscrit également confisqué en 1944, dont la publication est attendue en 2023.
Si Céline avait été le moins du monde soupçonné de ce dont il s'avoue, à demi-mot, coupable dans Guerre, d'abandon de poste et de complicité de vol de la caisse du régiment, il eût été immanquablement fusillé (les deux tiers des 1 010 fusillés de la Grande Guerre le sont entre septembre 1914 et décembre 1915[5]). Or, à la place du conseil de guerre et du poteau ? La médaille. Guerre rapporte sa réaction quand on lui lit sa « magnifique citation » sur son lit d'hôpital. Céline écrit : « Je me dis d'emblée, Ferdinand y a erreur. C'est le moment d'en profiter. J'ai pas eu je peux le dire deux minutes d'hésitation. De tels retournements des choses ne durent pas. »
Toute sa vie Céline souffrira de maux de tête et de vertiges qu'il attribuera à une trépanation. Il n'a jamais été trépané (alors qu'il a été gravement blessé au bras). Mais s'est-il jamais remis, y compris physiquement, d'avoir obtenu la plus haute et la plus rare distinction militaire alors qu'il n'en était pas digne ? « Et puis j'ai pensé à la sacoche, à tous les fourgons [du régiment] bien pillés et alors j'avais trois fois mal, à la fois au bras, à toute la tête au bruit horrible et plus profond encore, à la conscience. » En 1915, son indignité, Céline ne peut pas la vivre : « Je lui disais pas que c'était du roman ma médaille, il m'aurait pas cru. » Il fera donc héros.
Mais Céline n'est pas héros pour tout le monde. C'est le deuxième grand intérêt de Guerre. Il y a au moins une femme qu'il ne bluffe pas : Mme Onime, la cantinière du régiment. Cette dernière est la seule qui réussit à faire payer Céline au double sens du terme, et d'abord ce qu'il lui doit, 322 francs, une somme très importante pour l'époque : Ferdinand, « tu ne nous réserves que des hontes », lâche son père. Mme Onime sait que Céline a les moyens de payer, quand l'infirmière, L'Espinasse, elle, se doute du mensonge : « Vous avez eu peur tantôt n'est-ce pas Ferdinand ? du commandant... Vos explications n'étaient pas très raisonnables... » Le secret empoisonné de la médaille n'est-il pas la source de la haine que Céline vouera, au moins verbalement, aux femmes, qui sont les seules, dans Guerre, à approcher la vérité ? « Un peu plus, j'aurais été la trouver la môme L'Espinasse... et puis merde, j'avais dit que je perdrais pas, je voulais pas perdre. »
Il vomit beaucoup
Héros indigne, Céline n'est toutefois pas oublieux de ses frères d'armes. Guerre recèle une scène émouvante, celle de l'artilleur à la langue coupée. Céline, au prix d'un effort physique réel, vu l'état de son bras, s'applique. Il s'évertue de retranscrire soigneusement les borborygmes de l'artilleur. Le résultat est incompréhensible. Raté. Confronté à la transcription du langage parlé, Céline est alors techniquement démuni. Il ne parvient pas à rompre avec la langue classique, avec le « parfait style » qui est la langue du père et devient le bâillon de l'artilleur à la langue coupée.
Il vomit beaucoup, Céline, dans Guerre, et d'abord sur lui-même. Parce que cet échec-là, il ne se le pardonne pas. D'où la guerre (sans merci) qu'il déclare au beau style. Transcrire le rythme et la prétendue vulgarité du langage parlé dans la langue écrite pour rompre avec la langue élégante du père et redonner vie à la voix morte des « gueules cassées » : Guerre fixe aussi le programme de travail des années d'écrivain de Céline.
Guerre n'est « pas tout à fait » du Céline. Et dans Guerre, Céline n'est « pas tout à fait » un héros. « Pas tout à fait » un salaud non plus. Il entendra siffler les balles jusqu'à son dernier jour : « Douze balles. Deux balles. Zéro balle... Rigodon » du titre de son dernier livre, achevé le 30 juin 1961, la veille de sa mort.
Notes
1. Cf. en particulier J. Dupuis, « Des milliers de feuillets inédits : les trésors retrouvés de Louis-Ferdinand Céline », Le Monde, 4 août 2021.
2. O. Roynette, Un long tourment. Louis-Ferdinand Céline entre deux guerres, 1914-1945, Les Belles Lettres, 2015, pp. 122-123.
3. P. Fouché, « Guerre dans la vie et l'oeuvre de Louis-Ferdinand Céline », postface de Guerre, Gallimard, 2022, p. 173.
4. Céline, Romans, Gallimard, « La Pléiade », sous la direction d'H. Godard, 1975, t. III, p. 65.
5. Cf. le site Mémoire des hommes et J.-Y. Le Naour, Fusillés, Larousse, 2010, p. 21.
À LIRE
« Affaire Céline » du CRAL-EHESS rassemble divers articles et interventions de littéraires et d'historiens.
Actualité : Pierre Nora en Gallimardie / Mona Ozouf in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Actualité : Pierre Nora en Gallimardie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Mona Ozouf, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 26-27 Langues : Français (fre) Mots-clés : écrivain Pierre Nora historien Note de contenu : Dans Une étrange obstination, l'historien se fait mémorialiste pour nous conter ses cinquante-sept ans passés chez Gallimard.
Il y a peu de hasards dans les vies. Le retour sur les jeunes années, exercice presque obligé des vieux jours, réserve souvent la surprise de découvrir qu'en dépit des péripéties, aléas, traverses, reniements, brouilles, raccommodements, qui font l'étoffe confuse de nos existences, une mystérieuse nécessité ramène pour finir au dessin caché dans la donne initiale. C'est ce qui nous a valu, il y a peu, la belle Jeunesse de Pierre Nora (Gallimard, 2021).
La lecture à rebours de la longue phrase de sa vie, il la poursuit aujourd'hui en revenant cette fois sur ses métiers multiformes, de professeur, d'éditeur, de directeur de revue, d'historien public : il les coiffe d'un seul et même titre, Une étrange obstination. Qui le connaît ne lui chicanera pas l'obstination. Pierre Nora parle ses livres à ses amis avant de les écrire. Il les entretient longuement de ses doutes, essaie sur eux les plans successifs qu'il élabore, jamais las de méditer tout haut sur l'ordre de ses raisons. Inutile alors de chercher à ramener la conversation sur d'autres chemins : le livre futur s'est emparé de lui tout entier.
Un infiltré
Lui-même se peint en obsessionnel. Mais en corrigeant l'ennuyeuse fixité promise aux obstinés par l'adjectif « étrange ». Son obstination, en effet, a deux visages. L'ambition d'être un professeur lui a été soufflée par une famille qui sacralisait l'université : à 14 ans, on l'a contraint à s'agenouiller devant le sanctuaire de la rue d'Ulm, injonction bien faite pour lui en barrer à jamais l'entrée. De là l'intimidation qui l'a toujours fait gauche et empêtré à Sciences Po dans le bureau de Pierre Renouvin. En revanche, dans le bureau de Gaston Gallimard, qu'il vient entretenir d'une seconde ambition, celle d'être un éditeur, tout, brusquement, s'allège. Est-ce la fenêtre ouverte sur le jardin ? L'image, entrevue à 16 ans, des cocktails de printemps où se pressait le Tout-Paris littéraire ? La griserie de voir passer Malraux, Beauvoir, Brigitte Bardot ? Le voici en tout cas prisonnier d'un charme : sa vie en Gallimardie dure depuis cinquante-sept ans.
Dans l'un et l'autre lieu pourtant, les nés natifs lui ont cherché noise. Chez Gallimard, temple de la littérature pure, il paraissait un infiltré, champion de l'érudition besogneuse des sciences sociales. A l'université, il était celui qui n'avait pas payé l'ascétique ticket d'entrée d'une thèse, préférant à la Sorbonne les marges de Sciences Po et des Hautes Études. Bref, un amateur, un dilettante, « l'arbitre des élégances » selon Bourdieu, capable de faire écrire les autres, et se dérobant lui-même à l'exercice. Lorsque, voici vingt ans, il posa sa candidature à l'Académie française, les chers collègues, à voix faussement désolée, s'enquéraient : « Mais où est l'oeuvre ? »
Des portraits savoureux
C'est à cette question que répond le livre que voici, inventaire foisonnant de ce qui a été une oeuvre, en effet. Plus de 1 000 livres publiés dans la « Bibliothèque des sciences humaines » ou la « Bibliothèque des histoires », témoignage de ce qu'ont été les Trente Glorieuses de l'histoire, l'âge d'or des sciences sociales. On sent Pierre Nora presque incrédule quand il se remémore les domaines parcourus, de l'Islam à la Chine, de l'Inde au Japon. En le lisant, on révise ce qu'on croit savoir du métier d'éditeur. Pour bien l'exercer, il faut se faire prospecteur, à l'affût, en France et hors de France, des bons auteurs. Accoucheur, capable de convaincre les rétifs à la publication, tel Alphonse Dupront, du devoir de transmettre. Pédagogue autoritaire pour obtenir des auteurs retouches, ajouts ou retranchements. Et du même coup diplomate, face aux susceptibilités froissées. Travail épuisant, où l'obstination, en effet, n'est pas de trop ; mais aussi, ce qu'on dit moins, l'abnégation de qui offre un travail invisible à une oeuvre qu'il ne signe pas.
Sous le dilettante il y avait donc un travailleur acharné. Sous l'amateur, un possédé par l'idée fixe. Et celui qui passait pour ne pas écrire avait produit quantité de textes, tantôt clandestins, fondus dans les écrits d'autrui, tantôt éparpillés dans des revues diverses. Quand il s'est décidé, sur le tard, à les réunir, on a pu mesurer l'importance de l'oeuvre écrite1. Mais aussi son inventivité. Pierre Nora connaissait mieux que personne l'idée mère des sciences sociales, celle du déterminisme des structures. Que celles-ci soient économiques avec Labrousse, linguistiques avec Lévi-Strauss, ou géographiques avec Braudel, toutes conspirent à priver les sujets de prise sur ce qu'ils vivent et pensent ; tout au plus peuvent-ils s'en donner l'illusion. Or, tous les travaux de Pierre Nora annoncent le retour par la fenêtre du sujet mis à la porte de l'histoire scientifique.
On l'a vu successivement réhabiliter l'événement, souvent privé, dans le nappé du récit historique, inviter les historiens à se faire, à rebours de leur déontologie, historiens de leur subjectivité, inventer enfin ce « lieu de mémoire », qui n'est pas défini par sa date dans le passé, mais désigné par les enjeux vivants de notre présent. Et voici qui, sous l'écrivant, a fait apparaître l'écrivain. On n'oubliera pas les portraits, savoureux, drôles, parfois implacables, qui scandent le livre : Duby, Lévi-Strauss, Gauchet, Foucault, Le Roy Ladurie... C'est le final avec toute la troupe, convoquée pour un dernier salut par un metteur en scène talentueux. Et comme celui-ci, pour conclure, rêve un peu, sans vraiment l'annoncer, à un volume, dédié à ses amis et ses amours, on rêve un moment avec lui. Il serait plaisant de voir Pierre Nora, une fois encore, faire courir sur la trame savante la chaîne fantasque de l'intime.
Mona Ozouf est historienne et philosophe
Note
1. Successivement, Historien public et Présent, nation, mémoire en 2011, puis Recherches de la France en 2013.
À LIRE
Pierre Nora, Une étrange obstination, Gallimard, 2022.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 26-27[article] Actualité : Pierre Nora en Gallimardie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Mona Ozouf, Auteur . - 2022 . - p. 26-27.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 26-27
Mots-clés : écrivain Pierre Nora historien Note de contenu : Dans Une étrange obstination, l'historien se fait mémorialiste pour nous conter ses cinquante-sept ans passés chez Gallimard.
Il y a peu de hasards dans les vies. Le retour sur les jeunes années, exercice presque obligé des vieux jours, réserve souvent la surprise de découvrir qu'en dépit des péripéties, aléas, traverses, reniements, brouilles, raccommodements, qui font l'étoffe confuse de nos existences, une mystérieuse nécessité ramène pour finir au dessin caché dans la donne initiale. C'est ce qui nous a valu, il y a peu, la belle Jeunesse de Pierre Nora (Gallimard, 2021).
La lecture à rebours de la longue phrase de sa vie, il la poursuit aujourd'hui en revenant cette fois sur ses métiers multiformes, de professeur, d'éditeur, de directeur de revue, d'historien public : il les coiffe d'un seul et même titre, Une étrange obstination. Qui le connaît ne lui chicanera pas l'obstination. Pierre Nora parle ses livres à ses amis avant de les écrire. Il les entretient longuement de ses doutes, essaie sur eux les plans successifs qu'il élabore, jamais las de méditer tout haut sur l'ordre de ses raisons. Inutile alors de chercher à ramener la conversation sur d'autres chemins : le livre futur s'est emparé de lui tout entier.
Un infiltré
Lui-même se peint en obsessionnel. Mais en corrigeant l'ennuyeuse fixité promise aux obstinés par l'adjectif « étrange ». Son obstination, en effet, a deux visages. L'ambition d'être un professeur lui a été soufflée par une famille qui sacralisait l'université : à 14 ans, on l'a contraint à s'agenouiller devant le sanctuaire de la rue d'Ulm, injonction bien faite pour lui en barrer à jamais l'entrée. De là l'intimidation qui l'a toujours fait gauche et empêtré à Sciences Po dans le bureau de Pierre Renouvin. En revanche, dans le bureau de Gaston Gallimard, qu'il vient entretenir d'une seconde ambition, celle d'être un éditeur, tout, brusquement, s'allège. Est-ce la fenêtre ouverte sur le jardin ? L'image, entrevue à 16 ans, des cocktails de printemps où se pressait le Tout-Paris littéraire ? La griserie de voir passer Malraux, Beauvoir, Brigitte Bardot ? Le voici en tout cas prisonnier d'un charme : sa vie en Gallimardie dure depuis cinquante-sept ans.
Dans l'un et l'autre lieu pourtant, les nés natifs lui ont cherché noise. Chez Gallimard, temple de la littérature pure, il paraissait un infiltré, champion de l'érudition besogneuse des sciences sociales. A l'université, il était celui qui n'avait pas payé l'ascétique ticket d'entrée d'une thèse, préférant à la Sorbonne les marges de Sciences Po et des Hautes Études. Bref, un amateur, un dilettante, « l'arbitre des élégances » selon Bourdieu, capable de faire écrire les autres, et se dérobant lui-même à l'exercice. Lorsque, voici vingt ans, il posa sa candidature à l'Académie française, les chers collègues, à voix faussement désolée, s'enquéraient : « Mais où est l'oeuvre ? »
Des portraits savoureux
C'est à cette question que répond le livre que voici, inventaire foisonnant de ce qui a été une oeuvre, en effet. Plus de 1 000 livres publiés dans la « Bibliothèque des sciences humaines » ou la « Bibliothèque des histoires », témoignage de ce qu'ont été les Trente Glorieuses de l'histoire, l'âge d'or des sciences sociales. On sent Pierre Nora presque incrédule quand il se remémore les domaines parcourus, de l'Islam à la Chine, de l'Inde au Japon. En le lisant, on révise ce qu'on croit savoir du métier d'éditeur. Pour bien l'exercer, il faut se faire prospecteur, à l'affût, en France et hors de France, des bons auteurs. Accoucheur, capable de convaincre les rétifs à la publication, tel Alphonse Dupront, du devoir de transmettre. Pédagogue autoritaire pour obtenir des auteurs retouches, ajouts ou retranchements. Et du même coup diplomate, face aux susceptibilités froissées. Travail épuisant, où l'obstination, en effet, n'est pas de trop ; mais aussi, ce qu'on dit moins, l'abnégation de qui offre un travail invisible à une oeuvre qu'il ne signe pas.
Sous le dilettante il y avait donc un travailleur acharné. Sous l'amateur, un possédé par l'idée fixe. Et celui qui passait pour ne pas écrire avait produit quantité de textes, tantôt clandestins, fondus dans les écrits d'autrui, tantôt éparpillés dans des revues diverses. Quand il s'est décidé, sur le tard, à les réunir, on a pu mesurer l'importance de l'oeuvre écrite1. Mais aussi son inventivité. Pierre Nora connaissait mieux que personne l'idée mère des sciences sociales, celle du déterminisme des structures. Que celles-ci soient économiques avec Labrousse, linguistiques avec Lévi-Strauss, ou géographiques avec Braudel, toutes conspirent à priver les sujets de prise sur ce qu'ils vivent et pensent ; tout au plus peuvent-ils s'en donner l'illusion. Or, tous les travaux de Pierre Nora annoncent le retour par la fenêtre du sujet mis à la porte de l'histoire scientifique.
On l'a vu successivement réhabiliter l'événement, souvent privé, dans le nappé du récit historique, inviter les historiens à se faire, à rebours de leur déontologie, historiens de leur subjectivité, inventer enfin ce « lieu de mémoire », qui n'est pas défini par sa date dans le passé, mais désigné par les enjeux vivants de notre présent. Et voici qui, sous l'écrivant, a fait apparaître l'écrivain. On n'oubliera pas les portraits, savoureux, drôles, parfois implacables, qui scandent le livre : Duby, Lévi-Strauss, Gauchet, Foucault, Le Roy Ladurie... C'est le final avec toute la troupe, convoquée pour un dernier salut par un metteur en scène talentueux. Et comme celui-ci, pour conclure, rêve un peu, sans vraiment l'annoncer, à un volume, dédié à ses amis et ses amours, on rêve un moment avec lui. Il serait plaisant de voir Pierre Nora, une fois encore, faire courir sur la trame savante la chaîne fantasque de l'intime.
Mona Ozouf est historienne et philosophe
Note
1. Successivement, Historien public et Présent, nation, mémoire en 2011, puis Recherches de la France en 2013.
À LIRE
Pierre Nora, Une étrange obstination, Gallimard, 2022.
Dossier - Indochine, la "sale guerre" in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Indochine, la "sale guerre" Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 28-56 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre Indochine décolonisation dossier Note de contenu : « Sale » : de Life à L'Humanité en passant par Le Monde, c'est l'adjectif qui colle à la guerre d'Indochine dès 1948. Et pour cause : marqué par les massacres de civils, les bombardements au napalm et la guérilla incessante dans les villes et les campagnes, le conflit est l'un des plus violents parmi les décolonisations du XXe siècle. De 1946 à 1954 l'Indochine plonge la IVe République dans la crise, tandis que la péninsule devient l'épicentre de la guerre froide.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 28-56[article] Dossier - Indochine, la "sale guerre" [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 28-56.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 28-56
Mots-clés : guerre Indochine décolonisation dossier Note de contenu : « Sale » : de Life à L'Humanité en passant par Le Monde, c'est l'adjectif qui colle à la guerre d'Indochine dès 1948. Et pour cause : marqué par les massacres de civils, les bombardements au napalm et la guérilla incessante dans les villes et les campagnes, le conflit est l'un des plus violents parmi les décolonisations du XXe siècle. De 1946 à 1954 l'Indochine plonge la IVe République dans la crise, tandis que la péninsule devient l'épicentre de la guerre froide. Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Chronologie : la guerre de huit ans in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Chronologie : la guerre de huit ans Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 30-31 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre Indochine décolonisation 8 ans cartographie Note de contenu : Affrontements urbains, batailles rangées, exactions contre les civils, appui international... A bien des égards, la guerre d'Indochine prend la forme d'une guerre totale.
1858-1867
Conquête du sud du Vietnam, et instauration d'un protectorat au Cambodge. A partir de 1882, le centre et le nord du Vietnam passent sous la tutelle française. Les structures administratives de l'Union indochinoise y sont mises en place entre 1897 et 1902.
1925
Le futur Hô Chi Minh fonde l'Association de la jeunesse révolutionnaire vietnamienne, avant de créer le Parti communiste vietnamien en 1930. Les membres dirigeants sont arrêtés entre avril et juin 1931, période de manifestations insurrectionnelles. En novembre 1940, après l'échec d'une insurrection armée en Cochinchine, le Parti est décapité. Mais le communisme ne disparaît pas : le Viêt-minh, Ligue pour l'indépendance du Vietnam, voit le jour dès le 19 mai 1941.
1940-1946 : vers la guerre
1940, septembre
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 30-31[article] Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Chronologie : la guerre de huit ans [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 30-31.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 30-31
Mots-clés : guerre Indochine décolonisation 8 ans cartographie Note de contenu : Affrontements urbains, batailles rangées, exactions contre les civils, appui international... A bien des égards, la guerre d'Indochine prend la forme d'une guerre totale.
1858-1867
Conquête du sud du Vietnam, et instauration d'un protectorat au Cambodge. A partir de 1882, le centre et le nord du Vietnam passent sous la tutelle française. Les structures administratives de l'Union indochinoise y sont mises en place entre 1897 et 1902.
1925
Le futur Hô Chi Minh fonde l'Association de la jeunesse révolutionnaire vietnamienne, avant de créer le Parti communiste vietnamien en 1930. Les membres dirigeants sont arrêtés entre avril et juin 1931, période de manifestations insurrectionnelles. En novembre 1940, après l'échec d'une insurrection armée en Cochinchine, le Parti est décapité. Mais le communisme ne disparaît pas : le Viêt-minh, Ligue pour l'indépendance du Vietnam, voit le jour dès le 19 mai 1941.
1940-1946 : vers la guerre
1940, septembre
Dossier - Indochine, la "sale guerre" - La guerre de décolonisation la plus violente du XXe siècle ? / Christopher Goscha in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Indochine, la "sale guerre" - La guerre de décolonisation la plus violente du XXe siècle ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Christopher Goscha, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 32-39 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre Indochine décolonisation violence Français brutalité extractions napalm Note de contenu : Les exactions commises par l'armée française contre les populations civiles en Indochine restent largement méconnues. Bombardements au napalm, massacres de civils, déshumanisation de l'adversaire : la spirale de la violence n'a pas commencé avec les Américains.
Dans un entretien paru en 2000 sur la guerre d'Algérie, le général Jacques Massu avouait que la torture avait été utilisée lors de ce conflit. Il révélait aussi que, lorsqu'il était arrivé en Algérie en 1955, il était tombé sur le lieutenant-colonel Marcel Bigeard dans le nord du Constantinois « en train d'interroger un malheureux, avec la gégène ». Quand Massu lui demanda ce qu'il faisait, Bigeard lui répondit : « On faisait déjà cela en Indochine, on ne va pas s'arrêter ici ! » Bigeard savait aussi que l'armée avait fait beaucoup plus que « cela » avant de débarquer à Alger. « Une guerre sale », comme Une semaine dans le monde le titrait déjà en 1948 sous la plume de Beuve-Méry, expression immédiatement reprise par Marcel Cachin dans L'Humanité ? Oui, comme celles menées par les Néerlandais en Indonésie et les Britanniques au Kenya. Mais ce qui frappe, comparé à ces conflits coloniaux et à la guerre d'indépendance algérienne, c'est le silence qu ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 32-39[article] Dossier - Indochine, la "sale guerre" - La guerre de décolonisation la plus violente du XXe siècle ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Christopher Goscha, Auteur . - 2022 . - p. 32-39.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 32-39
Mots-clés : guerre Indochine décolonisation violence Français brutalité extractions napalm Note de contenu : Les exactions commises par l'armée française contre les populations civiles en Indochine restent largement méconnues. Bombardements au napalm, massacres de civils, déshumanisation de l'adversaire : la spirale de la violence n'a pas commencé avec les Américains.
Dans un entretien paru en 2000 sur la guerre d'Algérie, le général Jacques Massu avouait que la torture avait été utilisée lors de ce conflit. Il révélait aussi que, lorsqu'il était arrivé en Algérie en 1955, il était tombé sur le lieutenant-colonel Marcel Bigeard dans le nord du Constantinois « en train d'interroger un malheureux, avec la gégène ». Quand Massu lui demanda ce qu'il faisait, Bigeard lui répondit : « On faisait déjà cela en Indochine, on ne va pas s'arrêter ici ! » Bigeard savait aussi que l'armée avait fait beaucoup plus que « cela » avant de débarquer à Alger. « Une guerre sale », comme Une semaine dans le monde le titrait déjà en 1948 sous la plume de Beuve-Méry, expression immédiatement reprise par Marcel Cachin dans L'Humanité ? Oui, comme celles menées par les Néerlandais en Indonésie et les Britanniques au Kenya. Mais ce qui frappe, comparé à ces conflits coloniaux et à la guerre d'indépendance algérienne, c'est le silence qu ...
Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Saigon, 25 septembre 1945. Cent Français massacrés / Christopher Goscha in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Saigon, 25 septembre 1945. Cent Français massacrés Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Christopher Goscha, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 36 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre Indochine décolonisation Saigon 1945 Héraud massacre Français métis invasion japonaise Note de contenu : Le déchaînement de violence qui touche la capitale indochinoise s'explique par la grande instabilité des rapports de force.
Le quartier de Héraud, dans la banlieue nord de Saigon, fut le théâtre d'un véritable bain de sang le 25 septembre 1945. Au matin, une bande de Vietnamiens armés prirent d'assaut le quartier de Héraud où vivaient de nombreux Français, des Européens, ainsi que des métis. Pendant des heures, des civils, hommes et femmes, jeunes et vieillards, sont tués, violés, mutilés - les métis semblent avoir payé le prix le plus lourd. Une centaine de Français sont également pris en otages. Ce fut le pire massacre jamais commis contre des civils français lors du conflit, avec celui survenu à Hanoï en décembre 1946 (43 morts).
Le déchaînement de violence qui a touché Saigon s'explique par un contexte d'insécurité croissante. Dès 1940, l'invasion japonaise de l'Indochine avait mis à mal la position des Français au sommet de la hiérarchie coloniale. En mars 1945 les Japonais portèrent un nouveau coup en mettant brutalement fin à leur coopération avec le régime de Vichy et incarcérant les adm ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 36[article] Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Saigon, 25 septembre 1945. Cent Français massacrés [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Christopher Goscha, Auteur . - 2022 . - p. 36.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 36
Mots-clés : guerre Indochine décolonisation Saigon 1945 Héraud massacre Français métis invasion japonaise Note de contenu : Le déchaînement de violence qui touche la capitale indochinoise s'explique par la grande instabilité des rapports de force.
Le quartier de Héraud, dans la banlieue nord de Saigon, fut le théâtre d'un véritable bain de sang le 25 septembre 1945. Au matin, une bande de Vietnamiens armés prirent d'assaut le quartier de Héraud où vivaient de nombreux Français, des Européens, ainsi que des métis. Pendant des heures, des civils, hommes et femmes, jeunes et vieillards, sont tués, violés, mutilés - les métis semblent avoir payé le prix le plus lourd. Une centaine de Français sont également pris en otages. Ce fut le pire massacre jamais commis contre des civils français lors du conflit, avec celui survenu à Hanoï en décembre 1946 (43 morts).
Le déchaînement de violence qui a touché Saigon s'explique par un contexte d'insécurité croissante. Dès 1940, l'invasion japonaise de l'Indochine avait mis à mal la position des Français au sommet de la hiérarchie coloniale. En mars 1945 les Japonais portèrent un nouveau coup en mettant brutalement fin à leur coopération avec le régime de Vichy et incarcérant les adm ...
Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Combat pour une puissance perdue / Pierre GROSSER in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Combat pour une puissance perdue Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre GROSSER, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 40-46 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre Indochine enjeux multiples Vietnam communisme indépendance Note de contenu : Premier conflit de décolonisation au sein de l'empire français, la guerre d'Indochine s'inscrit aussi dans la guerre froide en Asie. Pour la jeune IVe République, les enjeux sont multiples. Mais la réalité militaire et diplomatique conduit le régime à l'impasse.
La guerre d'Indochine a de fait commencé pour la France avec les soulèvements d'août 1945 et duré jusqu'au 11 août 1954, date de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. Aujourd'hui, les commémorations l'incluent dans les combats en Extrême-Orient de 500 000 hommes de 1940 à 1956.
Cette mémoire française reste cependant divisée entre une épopée héroïque de lieutenants abandonnés par la France face à des communistes cruels, dans une Indochine fantasmée en « perle de l'empire », et la critique d'une guerre brutale menée par un colonialisme obsolète qui s'acharnera ensuite sur les Algériens, ouvrant trente ans de drames pour le Vietnam avant le triomphe des communistes. L'historiographie actuelle montre la complexité de la guerre dans un Vietnam socialement et régionalement divers, au-delà de l'apparence d'un simple affrontement entre la France et la République démocratique du Vietnam (RDV). Les études locales se multiplient, grâce aux sources vietnamiennes.
Néanmoins, pou ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 40-46[article] Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Combat pour une puissance perdue [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre GROSSER, Auteur . - 2022 . - p. 40-46.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 40-46
Mots-clés : guerre Indochine enjeux multiples Vietnam communisme indépendance Note de contenu : Premier conflit de décolonisation au sein de l'empire français, la guerre d'Indochine s'inscrit aussi dans la guerre froide en Asie. Pour la jeune IVe République, les enjeux sont multiples. Mais la réalité militaire et diplomatique conduit le régime à l'impasse.
La guerre d'Indochine a de fait commencé pour la France avec les soulèvements d'août 1945 et duré jusqu'au 11 août 1954, date de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. Aujourd'hui, les commémorations l'incluent dans les combats en Extrême-Orient de 500 000 hommes de 1940 à 1956.
Cette mémoire française reste cependant divisée entre une épopée héroïque de lieutenants abandonnés par la France face à des communistes cruels, dans une Indochine fantasmée en « perle de l'empire », et la critique d'une guerre brutale menée par un colonialisme obsolète qui s'acharnera ensuite sur les Algériens, ouvrant trente ans de drames pour le Vietnam avant le triomphe des communistes. L'historiographie actuelle montre la complexité de la guerre dans un Vietnam socialement et régionalement divers, au-delà de l'apparence d'un simple affrontement entre la France et la République démocratique du Vietnam (RDV). Les études locales se multiplient, grâce aux sources vietnamiennes.
Néanmoins, pou ...
Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Du côté vietnamien : mobilisation de masse ! / Benoît Tréglodé de in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Du côté vietnamien : mobilisation de masse ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Benoît Tréglodé de, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 48-51 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre Indochine logistique patriotique paysans Giap Note de contenu : A la fin des années 1940, face à une population paysanne pourtant étrangère au communisme, le Vietnam de Hô Chi Minh parvient à s'assurer la mobilisation collective au moyen de mots d'ordre patriotiques et d'un système de récompenses.
Lorsque Hô Chi Minh, le 2 septembre 1945, proclame à Hanoï l'indépendance de la République démocratique du Vietnam (RDV), il lui reste à renforcer sa présence sur le territoire. Truong Chinh, secrétaire général par intérim du Parti communiste indochinois (PCI), a admis la faible participation des habitants du Tonkin à la lutte pour la libération du pays. Dans son étude sur la révolution vietnamienne, l'historien David Marr rappelle qu'à peine 10 % de la population des zones montagneuses libérées du Nord se serait réellement engagée dans les unités de l'armée pour le salut national avant 19451. En 1947 la situation s'est encore aggravée, et l'enjeu pour Hô Chi Minh n'est pas seulement de lutter contre les avancées de l'armée française, mais aussi de remédier à une forte érosion de sa légitimité dans les campagnes. La violence des vagues de répression, contre les différents mouvements nationalistes concurrents notamment, mécontente une partie de la population. Hô Chi Minh doit aussi r ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 48-51[article] Dossier - Indochine, la "sale guerre" - Du côté vietnamien : mobilisation de masse ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Benoît Tréglodé de, Auteur . - 2022 . - p. 48-51.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 48-51
Mots-clés : guerre Indochine logistique patriotique paysans Giap Note de contenu : A la fin des années 1940, face à une population paysanne pourtant étrangère au communisme, le Vietnam de Hô Chi Minh parvient à s'assurer la mobilisation collective au moyen de mots d'ordre patriotiques et d'un système de récompenses.
Lorsque Hô Chi Minh, le 2 septembre 1945, proclame à Hanoï l'indépendance de la République démocratique du Vietnam (RDV), il lui reste à renforcer sa présence sur le territoire. Truong Chinh, secrétaire général par intérim du Parti communiste indochinois (PCI), a admis la faible participation des habitants du Tonkin à la lutte pour la libération du pays. Dans son étude sur la révolution vietnamienne, l'historien David Marr rappelle qu'à peine 10 % de la population des zones montagneuses libérées du Nord se serait réellement engagée dans les unités de l'armée pour le salut national avant 19451. En 1947 la situation s'est encore aggravée, et l'enjeu pour Hô Chi Minh n'est pas seulement de lutter contre les avancées de l'armée française, mais aussi de remédier à une forte érosion de sa légitimité dans les campagnes. La violence des vagues de répression, contre les différents mouvements nationalistes concurrents notamment, mécontente une partie de la population. Hô Chi Minh doit aussi r ...
Dossier - Indochine, la "sale guerre" - L'heure de Mendès / Jean GARRIGUES in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Indochine, la "sale guerre" - L'heure de Mendès Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean GARRIGUES, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 52-56 Langues : Français (fre) Mots-clés : guerre Indochine Pierre Mendès France député 1950 Note de contenu : La IVe République, où les communistes pèsent lourd, est profondément déstabilisée par la guerre. Porté par un puissant mouvement d'opinion, Pierre Mendès France parvient à s'imposer au Parlement en 1954 et à conclure enfin un accord de paix.
C'est la conception globale de notre action en Indochine qui est fausse car elle repose à la fois sur un effort militaire qui est insuffisant pour assurer une solution de force, et sur une politique qui est impuissante à nous assurer l'adhésion des populations. Cela ne peut continuer ainsi. » Ainsi s'exprime Pierre Mendès France, député de l'Eure, ancien ministre du général de Gaulle, le 19 octobre 1950, à la tribune de l'Assemblée nationale. Son discours est un véritable réquisitoire contre la guerre d'Indochine, qu'il appelle à terminer d'urgence, soit par « la force militaire », ce qui nécessiterait « trois fois plus d'effectifs et trois fois plus de crédits », soit par « un accord politique », qui impliquerait « de larges concessions, sans aucun doute plus importantes que celles qui auraient été suffisantes naguère ». Cette diatribe argumentée et documentée, venant d'un homme qui fait autorité sur les questions économiques et financiè ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 52-56[article] Dossier - Indochine, la "sale guerre" - L'heure de Mendès [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean GARRIGUES, Auteur . - 2022 . - p. 52-56.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 52-56
Mots-clés : guerre Indochine Pierre Mendès France député 1950 Note de contenu : La IVe République, où les communistes pèsent lourd, est profondément déstabilisée par la guerre. Porté par un puissant mouvement d'opinion, Pierre Mendès France parvient à s'imposer au Parlement en 1954 et à conclure enfin un accord de paix.
C'est la conception globale de notre action en Indochine qui est fausse car elle repose à la fois sur un effort militaire qui est insuffisant pour assurer une solution de force, et sur une politique qui est impuissante à nous assurer l'adhésion des populations. Cela ne peut continuer ainsi. » Ainsi s'exprime Pierre Mendès France, député de l'Eure, ancien ministre du général de Gaulle, le 19 octobre 1950, à la tribune de l'Assemblée nationale. Son discours est un véritable réquisitoire contre la guerre d'Indochine, qu'il appelle à terminer d'urgence, soit par « la force militaire », ce qui nécessiterait « trois fois plus d'effectifs et trois fois plus de crédits », soit par « un accord politique », qui impliquerait « de larges concessions, sans aucun doute plus importantes que celles qui auraient été suffisantes naguère ». Cette diatribe argumentée et documentée, venant d'un homme qui fait autorité sur les questions économiques et financiè ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Alphonse de Poitiers ou le malheur d'être frère du roi / Gaël Chenard in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Alphonse de Poitiers ou le malheur d'être frère du roi Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Gaël Chenard, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 58-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : Alphonse de Poitiers roi prince frères Capétiens adoubement apanage décime denier tournois inféodation Note de contenu : Il était l'un des quatre frères de Saint Louis. Souvent présenté comme le fidèle lieutenant de son aîné, il a en réalité cherché par tous les moyens à revendiquer, en tant que fils de roi, une part de majesté.
Parmi les Capétiens, Louis VIII (1223-1226) est le premier et dernier roi à prendre des dispositions dans son testament afin de désigner explicitement le sort de ses fils en leur réservant une part de son héritage. L'aîné, Louis, devenu Louis IX (futur Saint Louis) à la mort de son père en 1226, a la charge d'inféoder l'Artois à son cadet Robert, l'Anjou à Charles, le Poitou et l'Auvergne à Alphonse. Ce faisant, Louis VIII a créé un précédent appelé à un bel avenir puisqu'il préfigure le système de l'apanage : des fiefs sont concédés aux princes de sang en compensation de ce que l'aîné seul succède à la couronne. Il appartiendra à Louis IX de donner à cette pratique un cadre juridique pour ses propres enfants. Mais le but restera le même : garder les cadets dans la fidélité du roi et éviter qu'ils ne briguent eux-mêmes le pouvoir.
De ce point de vue, le pari de Louis VIII semble plutôt réussi : le groupe des frères de Louis IX a toujours paru soudé. Ni Rober ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 58-63[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Alphonse de Poitiers ou le malheur d'être frère du roi [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Gaël Chenard, Auteur . - 2022 . - p. 58-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 58-63
Mots-clés : Alphonse de Poitiers roi prince frères Capétiens adoubement apanage décime denier tournois inféodation Note de contenu : Il était l'un des quatre frères de Saint Louis. Souvent présenté comme le fidèle lieutenant de son aîné, il a en réalité cherché par tous les moyens à revendiquer, en tant que fils de roi, une part de majesté.
Parmi les Capétiens, Louis VIII (1223-1226) est le premier et dernier roi à prendre des dispositions dans son testament afin de désigner explicitement le sort de ses fils en leur réservant une part de son héritage. L'aîné, Louis, devenu Louis IX (futur Saint Louis) à la mort de son père en 1226, a la charge d'inféoder l'Artois à son cadet Robert, l'Anjou à Charles, le Poitou et l'Auvergne à Alphonse. Ce faisant, Louis VIII a créé un précédent appelé à un bel avenir puisqu'il préfigure le système de l'apanage : des fiefs sont concédés aux princes de sang en compensation de ce que l'aîné seul succède à la couronne. Il appartiendra à Louis IX de donner à cette pratique un cadre juridique pour ses propres enfants. Mais le but restera le même : garder les cadets dans la fidélité du roi et éviter qu'ils ne briguent eux-mêmes le pouvoir.
De ce point de vue, le pari de Louis VIII semble plutôt réussi : le groupe des frères de Louis IX a toujours paru soudé. Ni Rober ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Réforme Maupeou 1771-1774 : coup de force contre le parlement / David Feutry in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Réforme Maupeou 1771-1774 : coup de force contre le parlement Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : David Feutry, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 64-69 Langues : Français (fre) Mots-clés : Réforme parlement France Louis XV Maupeou remontrance épices chute Note de contenu : Il y a un peu plus de deux cent cinquante ans, Louis XV ordonne de dissoudre le parlement de Paris, en confrontation avec la monarchie depuis des décennies. Une victoire de courte durée pour le chancelier Maupeou.
Dans la nuit du 19 au 20 janvier 1771 les mousquetaires frappent à la porte de nombreux hôtels particuliers dans Paris, lettre de cachet à la main, portant un ordre particulier de Louis XV. La cible ? Les conseillers et le président du parlement de Paris. Les magistrats ont l'habitude des coups de sang du roi. Cette fois-ci, c'est la révolution Maupeou ! La réforme que prépare le chancelier va clore trois siècles d'affrontement entre la Couronne et le parlement. Soutenu par le roi, Maupeou s'apprête à supprimer la première cour de justice du royaume : un coup politique sans précédent.
Héritiers de la Curia regis médiévale, les parlements n'ont, sous l'Ancien Régime, pas de vocation politique. Ce sont des chambres de justice. Depuis le XIVe siècle, ils sont néanmoins chargés d'« enregistrer » (d'inscrire sur un registre) les lois préparées au Conseil du roi. Si le parlement juge une loi non conforme aux lois précédemment enregistrées ou aux « lois fo ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 64-69[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Réforme Maupeou 1771-1774 : coup de force contre le parlement [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / David Feutry, Auteur . - 2022 . - p. 64-69.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 64-69
Mots-clés : Réforme parlement France Louis XV Maupeou remontrance épices chute Note de contenu : Il y a un peu plus de deux cent cinquante ans, Louis XV ordonne de dissoudre le parlement de Paris, en confrontation avec la monarchie depuis des décennies. Une victoire de courte durée pour le chancelier Maupeou.
Dans la nuit du 19 au 20 janvier 1771 les mousquetaires frappent à la porte de nombreux hôtels particuliers dans Paris, lettre de cachet à la main, portant un ordre particulier de Louis XV. La cible ? Les conseillers et le président du parlement de Paris. Les magistrats ont l'habitude des coups de sang du roi. Cette fois-ci, c'est la révolution Maupeou ! La réforme que prépare le chancelier va clore trois siècles d'affrontement entre la Couronne et le parlement. Soutenu par le roi, Maupeou s'apprête à supprimer la première cour de justice du royaume : un coup politique sans précédent.
Héritiers de la Curia regis médiévale, les parlements n'ont, sous l'Ancien Régime, pas de vocation politique. Ce sont des chambres de justice. Depuis le XIVe siècle, ils sont néanmoins chargés d'« enregistrer » (d'inscrire sur un registre) les lois préparées au Conseil du roi. Si le parlement juge une loi non conforme aux lois précédemment enregistrées ou aux « lois fo ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Pie XII et les réfugiés juifs / Nina Valbousquet in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Pie XII et les réfugiés juifs Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Nina Valbousquet, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 70-75 Langues : Français (fre) Mots-clés : juifs Vatican marranisme sémite persécutions Note de contenu : Récemment ouvertes, les archives du Vatican éclairent l'aide humanitaire en faveur des victimes de la Seconde Guerre mondiale et notamment des réfugiés d'origine juive. Une aide pourtant tout en contrastes et ambivalences.
Pape des Juifs » ou « pape de Hitler » : deux slogans qui scandent les débats historiques sur Pie XII. Depuis les années 1960, les controverses mémorielles sur l'attitude du Vatican face à la Shoah opposent dos à dos les silences du pape, d'un côté, et son action charitable, de l'autre. La déclassification récente des archives relatives au pontificat d'Eugenio Pacelli (1939-1958) permet d'offrir un tableau plus nuancé, en clair-obscur.
Depuis l'ouverture très médiatisée de ces archives en mars 2020, les polémiques mémorielles ont ressurgi avec, pour arrière fond, la question épineuse du procès en canonisation du pape Pacelli. En décryptant les discours apologétiques, on s'aperçoit qu'ils reposent sur deux ressorts récurrents. D'une part, une focalisation sur le pape, comme si tout dans l'Église découlait de la volonté pontificale. Pour l'historien italien Renato Moro une telle généralisation par induction (du pape à l'ensemble de l'Ecclesia) tend à ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 70-75[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Pie XII et les réfugiés juifs [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Nina Valbousquet, Auteur . - 2022 . - p. 70-75.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 70-75
Mots-clés : juifs Vatican marranisme sémite persécutions Note de contenu : Récemment ouvertes, les archives du Vatican éclairent l'aide humanitaire en faveur des victimes de la Seconde Guerre mondiale et notamment des réfugiés d'origine juive. Une aide pourtant tout en contrastes et ambivalences.
Pape des Juifs » ou « pape de Hitler » : deux slogans qui scandent les débats historiques sur Pie XII. Depuis les années 1960, les controverses mémorielles sur l'attitude du Vatican face à la Shoah opposent dos à dos les silences du pape, d'un côté, et son action charitable, de l'autre. La déclassification récente des archives relatives au pontificat d'Eugenio Pacelli (1939-1958) permet d'offrir un tableau plus nuancé, en clair-obscur.
Depuis l'ouverture très médiatisée de ces archives en mars 2020, les polémiques mémorielles ont ressurgi avec, pour arrière fond, la question épineuse du procès en canonisation du pape Pacelli. En décryptant les discours apologétiques, on s'aperçoit qu'ils reposent sur deux ressorts récurrents. D'une part, une focalisation sur le pape, comme si tout dans l'Église découlait de la volonté pontificale. Pour l'historien italien Renato Moro une telle généralisation par induction (du pape à l'ensemble de l'Ecclesia) tend à ...
Décryptage d'image : Champollion : la statue qui dérange / Bénédicte Savoy in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Décryptage d'image : Champollion : la statue qui dérange Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Bénédicte Savoy, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 76-77 Langues : Français (fre) Mots-clés : Champollion France Bartholdi statue pharaon Note de contenu : Dans la cour d'honneur du Collège de France se dresse la statue de Jean-François Champollion, qui y occupa la première chaire d'égyptologie. En cette année où l'on célèbre le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes, il est utile de se pencher sur la signification de cette statue en ce lieu.
Né en 1790, et donc trop jeune pour participer à l'expédition de Bonaparte (1798-1801), Champollion, passionné dès l'adolescence par l'Égypte, devient conservateur des collections égyptiennes au musée Charles-X (Louvre) à 36 ans et professeur au Collège à 41 ans. A tous ces titres, il incarne cette génération d'Européens à la fois acteurs et témoins du grand boom des musées universels en Europe au XIXe siècle. Quand on la regarde aujourd'hui, sa statue est un document à la fois choquant et précieux. Elle invite à réfléchir aux impensés du patrimoine et des musées en Europe. Elle rappelle que la médaille brillante et dorée de la culture et du savoir a toujours ou pr ...
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 76-77[article] Décryptage d'image : Champollion : la statue qui dérange [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Bénédicte Savoy, Auteur . - 2022 . - p. 76-77.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 76-77
Mots-clés : Champollion France Bartholdi statue pharaon Note de contenu : Dans la cour d'honneur du Collège de France se dresse la statue de Jean-François Champollion, qui y occupa la première chaire d'égyptologie. En cette année où l'on célèbre le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes, il est utile de se pencher sur la signification de cette statue en ce lieu.
Né en 1790, et donc trop jeune pour participer à l'expédition de Bonaparte (1798-1801), Champollion, passionné dès l'adolescence par l'Égypte, devient conservateur des collections égyptiennes au musée Charles-X (Louvre) à 36 ans et professeur au Collège à 41 ans. A tous ces titres, il incarne cette génération d'Européens à la fois acteurs et témoins du grand boom des musées universels en Europe au XIXe siècle. Quand on la regarde aujourd'hui, sa statue est un document à la fois choquant et précieux. Elle invite à réfléchir aux impensés du patrimoine et des musées en Europe. Elle rappelle que la médaille brillante et dorée de la culture et du savoir a toujours ou pr ...
Guide des Livres : Le monde dans nos assiettes / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le monde dans nos assiettes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 78-79 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture mondialisation aliments produits Note de contenu : Vodka, corn flakes, mayonnaise, sushis, yaourt : Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre dirigent un savoureux livre collectif sur la diffusion mondiale des mets, des boissons, des sauces, qui peuvent, d'un repas à l'autre, se retrouver à notre table.
Il y a deux ans Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre avaient dirigé Le Magasin du monde. La mondialisation par les objets du XVIIIe siècle à nos jours (Fayard, 2020). Suivre ainsi le destin international d'un objet, qui nous paraît si familier qu'il ne semble pas avoir d'histoire, ou au contraire si exotique qu'il ne nous concerne pas, s'était révélé une assez formidable matière à investigation. Après le « chosier », voici le garde-manger : est-ce simplement une bonne recette éditoriale concoctée par les deux professeurs épiciers ? La lecture de ce nouveau volume écarte cette facilité. Ce qu'on déguste dans cet ouvrage n'a pas de prix, explorant en 450 pages tout ce que vous voulez savoir sur la diffusion mondiale des mets, des boissons, des sauces, de ce qui peut, d'un repas à l'autre, se retrouver dans votre assiette.
Pour dire le plaisir de cette lecture, il faut citer Roland Barthes qui, dans son texte présentant la Physiologie du goût de Brillat-Savarin, confiait que seul l'aliment pouvait susciter trois des plus grandes joies éprouvées dans l'existence : le partage du repas et un certain art de la convivialité ; la réminiscence enchantée des saveurs de l'enfance (on retrouve ici les arômes des corn flakes, du yaourt, du sucre, de la baguette de pain, du thé, du café, de la vanille, du lait concentré, du bagel, du rooibos ou de la chicorée) ; enfin, l'insolite, le curieux, la découverte de la nouveauté en matière de goût. C'est à peu près tout cela que propose ce livre. Il se lit d'abord comme une conversation ininterrompue avec les près de 70 contributeurs, chacun apportant son grain de sel sur tel ou tel plat, aliment, telle recette, fameux ou peu connus, l'index permettant de circuler facilement entre ce festin de convives. Le défi est relevé car, même en cherchant bien, on n'a pas trouvé d'article inintéressant !
Il est certain que la curiosité ne cesse de guider le lecteur de cette Épicerie du monde : qui pourrait se passer de savoir d'où vient le roquefort, et où il va, partout dans le monde ? De même pour le tofu, le hot dog, l'Orangina, le Coca-Cola, le sandwich, le kebab, la mayonnaise ou la margarine ? On pourrait tous les citer, ces aliments dont nous éprouvons la joie de savoir ce qu'ils sont précisément, historiquement, joie qui excède souvent le plaisir (parfois très relatif - chacun a ses phobies, mais donnons pour exemple les « colorants et conservateurs alimentaires » ou les « biscuits ou granulés pour animaux ») de les avoir goûtés, depuis toujours ou simplement une fois dans notre existence. Car on fera ici des découvertes propices aux voyages : qu'est-ce que l'injera, la dafina, le ragoût de niglo, le tikka, la çorba, l'attiéké, le banh mi ou le beurre de yak ? Ça se mange quelque part dans le monde et c'est passionnant.
Si l'on comprend la force centrifuge qui anime le plaisir de lecture, le grand mérite de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre est d'avoir proposé un cadre, rigoureux mais pas trop, inventif et raisonnable, à leurs contributeurs. Pour nous faire « respirer l'air du monde » propre à cette grande épicerie internationale, il fallait organiser l'ensemble en trois grands mouvements repérables au sein même de chacune des 88 entrées : l'aliment comme expression des identités ; le développement de son industrie ; l'accélération de ses circulations.
De la conserve aux surgelés
Les aliments sont souvent devenus des expressions d'identités nationales fortes. La pizza Margherita est conçue en l'honneur de la reine Marguerite de Savoie, pourvue des trois couleurs du tricolore italien (la tomate, la mozzarella et le basilic). Le Christmas pudding, lui, devient l'emblème de l'Angleterre et de son empire, concentré de tout ce que peuvent produire les colonies britanniques : rhum de Jamaïque, raisins secs d'Australie, sucre des Antilles, cannelle de Ceylan, clous de girofle de Zanzibar, épices d'Inde, brandy de Chypre. Les Expositions universelles du XIXe et du début du XXe siècle sont une étape importante dans ce processus, devenant les vitrines lançant un aliment : le roquefort et les huîtres en 1867 à Paris ; le loukoum à Vienne en 1873 ; les corn flakes à San Francisco en 1915. Chaque événement semble imposer une forme de « génie culinaire » des nations.
Autre processus de fabrication du goût, qui tend, lui, vers une certaine uniformisation internationale, voire à la généralisation de la « malbouffe » mondiale : le développement de l'industrie alimentaire. Certaines rationalisations servent de modèle (Henry J. Heinz à Pittsburgh avec le « tomato catsup », devenu ketchup) et la chaîne alimentaire devient chaîne industrielle, cette surproduction entraînant la révolution de l'emballage des aliments et les campagnes publicitaires généralisées. C'est ainsi que les boîtes de conserve parcourent le monde depuis la fin du XIXe siècle, imposant des marques internationales et le grand emballage d'une nourriture plus standardisée que jamais en tubes, boîtes, bouteilles, produits concentrés, bientôt congelés.
Un troisième phénomène entraîne l'accélération des mouvements alimentaires, qui suivent les migrations massives, du milieu du XIXe siècle à nos jours. Les populations circulent avec leurs produits : le whisky des Irlandais et des Écossais, la pizza des Italiens, les makis et sushis japonais, le döner kebab turc, le curry indien, les dimsum chinois, la soupe phô des Vietnamiens. Ce livre répond à la grande question de la diffusion des aliments à travers le monde, parfois à notre plus vif étonnement. Les haricots, d'origine américaine, se sont imposés non seulement au Chili (con carne), en Inde (le rajma), au Brésil (la feijoada), mais aussi au Maroc (la loubia), en Anatolie (le kuru fasulye), en Angleterre (les baked beans) et dans notre Sud-Ouest (le cassoulet).
C'est ainsi que le terme même d'« épicerie » trouve son sens dans toutes les langues. Partout, on trouvera au coin de sa rue, faisant venir le monde à soi, un konbini japonais, un kirana indien, un lolo antillais, un sari-sari store philippin, une bodega péruvienne, un cornershop anglais, une tienda de la esquina au Mexique, ou un deli new-yorkais.
Mot clé :
Livres
Antoine de Baecque est enseignant à l'École normale supérieure.
L'Épicerie du monde. La mondialisation par les produits alimentaires, du XVIIIe siècle à nos jours, Pierre Singaravélou, Sylvain Venayre (dir.), Fayard, 2022, 450 p., 25 €.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 78-79[article] Guide des Livres : Le monde dans nos assiettes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2022 . - p. 78-79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 78-79
Mots-clés : livre lecture mondialisation aliments produits Note de contenu : Vodka, corn flakes, mayonnaise, sushis, yaourt : Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre dirigent un savoureux livre collectif sur la diffusion mondiale des mets, des boissons, des sauces, qui peuvent, d'un repas à l'autre, se retrouver à notre table.
Il y a deux ans Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre avaient dirigé Le Magasin du monde. La mondialisation par les objets du XVIIIe siècle à nos jours (Fayard, 2020). Suivre ainsi le destin international d'un objet, qui nous paraît si familier qu'il ne semble pas avoir d'histoire, ou au contraire si exotique qu'il ne nous concerne pas, s'était révélé une assez formidable matière à investigation. Après le « chosier », voici le garde-manger : est-ce simplement une bonne recette éditoriale concoctée par les deux professeurs épiciers ? La lecture de ce nouveau volume écarte cette facilité. Ce qu'on déguste dans cet ouvrage n'a pas de prix, explorant en 450 pages tout ce que vous voulez savoir sur la diffusion mondiale des mets, des boissons, des sauces, de ce qui peut, d'un repas à l'autre, se retrouver dans votre assiette.
Pour dire le plaisir de cette lecture, il faut citer Roland Barthes qui, dans son texte présentant la Physiologie du goût de Brillat-Savarin, confiait que seul l'aliment pouvait susciter trois des plus grandes joies éprouvées dans l'existence : le partage du repas et un certain art de la convivialité ; la réminiscence enchantée des saveurs de l'enfance (on retrouve ici les arômes des corn flakes, du yaourt, du sucre, de la baguette de pain, du thé, du café, de la vanille, du lait concentré, du bagel, du rooibos ou de la chicorée) ; enfin, l'insolite, le curieux, la découverte de la nouveauté en matière de goût. C'est à peu près tout cela que propose ce livre. Il se lit d'abord comme une conversation ininterrompue avec les près de 70 contributeurs, chacun apportant son grain de sel sur tel ou tel plat, aliment, telle recette, fameux ou peu connus, l'index permettant de circuler facilement entre ce festin de convives. Le défi est relevé car, même en cherchant bien, on n'a pas trouvé d'article inintéressant !
Il est certain que la curiosité ne cesse de guider le lecteur de cette Épicerie du monde : qui pourrait se passer de savoir d'où vient le roquefort, et où il va, partout dans le monde ? De même pour le tofu, le hot dog, l'Orangina, le Coca-Cola, le sandwich, le kebab, la mayonnaise ou la margarine ? On pourrait tous les citer, ces aliments dont nous éprouvons la joie de savoir ce qu'ils sont précisément, historiquement, joie qui excède souvent le plaisir (parfois très relatif - chacun a ses phobies, mais donnons pour exemple les « colorants et conservateurs alimentaires » ou les « biscuits ou granulés pour animaux ») de les avoir goûtés, depuis toujours ou simplement une fois dans notre existence. Car on fera ici des découvertes propices aux voyages : qu'est-ce que l'injera, la dafina, le ragoût de niglo, le tikka, la çorba, l'attiéké, le banh mi ou le beurre de yak ? Ça se mange quelque part dans le monde et c'est passionnant.
Si l'on comprend la force centrifuge qui anime le plaisir de lecture, le grand mérite de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre est d'avoir proposé un cadre, rigoureux mais pas trop, inventif et raisonnable, à leurs contributeurs. Pour nous faire « respirer l'air du monde » propre à cette grande épicerie internationale, il fallait organiser l'ensemble en trois grands mouvements repérables au sein même de chacune des 88 entrées : l'aliment comme expression des identités ; le développement de son industrie ; l'accélération de ses circulations.
De la conserve aux surgelés
Les aliments sont souvent devenus des expressions d'identités nationales fortes. La pizza Margherita est conçue en l'honneur de la reine Marguerite de Savoie, pourvue des trois couleurs du tricolore italien (la tomate, la mozzarella et le basilic). Le Christmas pudding, lui, devient l'emblème de l'Angleterre et de son empire, concentré de tout ce que peuvent produire les colonies britanniques : rhum de Jamaïque, raisins secs d'Australie, sucre des Antilles, cannelle de Ceylan, clous de girofle de Zanzibar, épices d'Inde, brandy de Chypre. Les Expositions universelles du XIXe et du début du XXe siècle sont une étape importante dans ce processus, devenant les vitrines lançant un aliment : le roquefort et les huîtres en 1867 à Paris ; le loukoum à Vienne en 1873 ; les corn flakes à San Francisco en 1915. Chaque événement semble imposer une forme de « génie culinaire » des nations.
Autre processus de fabrication du goût, qui tend, lui, vers une certaine uniformisation internationale, voire à la généralisation de la « malbouffe » mondiale : le développement de l'industrie alimentaire. Certaines rationalisations servent de modèle (Henry J. Heinz à Pittsburgh avec le « tomato catsup », devenu ketchup) et la chaîne alimentaire devient chaîne industrielle, cette surproduction entraînant la révolution de l'emballage des aliments et les campagnes publicitaires généralisées. C'est ainsi que les boîtes de conserve parcourent le monde depuis la fin du XIXe siècle, imposant des marques internationales et le grand emballage d'une nourriture plus standardisée que jamais en tubes, boîtes, bouteilles, produits concentrés, bientôt congelés.
Un troisième phénomène entraîne l'accélération des mouvements alimentaires, qui suivent les migrations massives, du milieu du XIXe siècle à nos jours. Les populations circulent avec leurs produits : le whisky des Irlandais et des Écossais, la pizza des Italiens, les makis et sushis japonais, le döner kebab turc, le curry indien, les dimsum chinois, la soupe phô des Vietnamiens. Ce livre répond à la grande question de la diffusion des aliments à travers le monde, parfois à notre plus vif étonnement. Les haricots, d'origine américaine, se sont imposés non seulement au Chili (con carne), en Inde (le rajma), au Brésil (la feijoada), mais aussi au Maroc (la loubia), en Anatolie (le kuru fasulye), en Angleterre (les baked beans) et dans notre Sud-Ouest (le cassoulet).
C'est ainsi que le terme même d'« épicerie » trouve son sens dans toutes les langues. Partout, on trouvera au coin de sa rue, faisant venir le monde à soi, un konbini japonais, un kirana indien, un lolo antillais, un sari-sari store philippin, une bodega péruvienne, un cornershop anglais, une tienda de la esquina au Mexique, ou un deli new-yorkais.
Mot clé :
Livres
Antoine de Baecque est enseignant à l'École normale supérieure.
L'Épicerie du monde. La mondialisation par les produits alimentaires, du XVIIIe siècle à nos jours, Pierre Singaravélou, Sylvain Venayre (dir.), Fayard, 2022, 450 p., 25 €.
Guide des Livres : Philopatridomanie / Clément Fabre in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Philopatridomanie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Thomas Dodman Note de contenu : Thomas Dodman analyse la nostalgie à l'époque où elle était maladie mortelle.
Se sentirait-on aujourd'hui envahi de « philopatridomanie » à la vue de photographies d'enfance si, en 1688 à Bâle, le jeune Johannes Hofer avait opté pour cet autre néologisme de son cru, plutôt que pour celui qui figure en titre de sa thèse de médecine : Dissertatio medica de nostalgia, oder Heimwehe ? Peu importe au fond, car l'histoire qui s'ouvre en 1688, et que Thomas Dodman retrace jusqu'en 1884, n'est pas celle d'un mot, « nostalgie », mais celle d'un temps où l'on en mourait. Une longue parenthèse de deux siècles où le mal du pays se mue en maladie mortelle, avant que le sens du mot qui nous est familier aujourd'hui - ce sentiment doux-amer où l'on est tenté de voir un invariant humain - ne s'impose progressivement au cours du XIXe siècle.
L'historien ne se contente pas de décrire les débats médicaux que suscite cette maladie - tantôt imputée à l'effet du climat, tantôt à la sensibilité nerveuse, avant que des explications raciales ne prennent le relais - et les traitements envisagés pour y faire face. Il replace ces débats dans une histoire sociale de la médecine où la nostalgie permet d'abord aux officiers de santé de se rendre indispensables au sein de l'armée, et d'y faire ainsi progresser leur statut. Il parvient, surtout, à éclairer cette histoire à la lumière des transformations politiques et sociales dont elle est pour lui le fruit - entre migrations accrues, armées de conscription, sentiment patriotique et essor d'un capitalisme aliénant -, et d'une expansion impériale dont la nostalgie devient indissociable. A prendre au sérieux cette maladie devenue suspecte, Thomas Dodman en fait le révélateur de la modernité qui l'a produite et transformée.
Mot clé :
Livres
Clément Fabre est doctorant à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
Nostalgie. Histoire d'une émotion mortelle, Thomas Dodman, Seuil, 2022, 352 p., 24 €.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : Philopatridomanie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 80
Mots-clés : livre lecture Thomas Dodman Note de contenu : Thomas Dodman analyse la nostalgie à l'époque où elle était maladie mortelle.
Se sentirait-on aujourd'hui envahi de « philopatridomanie » à la vue de photographies d'enfance si, en 1688 à Bâle, le jeune Johannes Hofer avait opté pour cet autre néologisme de son cru, plutôt que pour celui qui figure en titre de sa thèse de médecine : Dissertatio medica de nostalgia, oder Heimwehe ? Peu importe au fond, car l'histoire qui s'ouvre en 1688, et que Thomas Dodman retrace jusqu'en 1884, n'est pas celle d'un mot, « nostalgie », mais celle d'un temps où l'on en mourait. Une longue parenthèse de deux siècles où le mal du pays se mue en maladie mortelle, avant que le sens du mot qui nous est familier aujourd'hui - ce sentiment doux-amer où l'on est tenté de voir un invariant humain - ne s'impose progressivement au cours du XIXe siècle.
L'historien ne se contente pas de décrire les débats médicaux que suscite cette maladie - tantôt imputée à l'effet du climat, tantôt à la sensibilité nerveuse, avant que des explications raciales ne prennent le relais - et les traitements envisagés pour y faire face. Il replace ces débats dans une histoire sociale de la médecine où la nostalgie permet d'abord aux officiers de santé de se rendre indispensables au sein de l'armée, et d'y faire ainsi progresser leur statut. Il parvient, surtout, à éclairer cette histoire à la lumière des transformations politiques et sociales dont elle est pour lui le fruit - entre migrations accrues, armées de conscription, sentiment patriotique et essor d'un capitalisme aliénant -, et d'une expansion impériale dont la nostalgie devient indissociable. A prendre au sérieux cette maladie devenue suspecte, Thomas Dodman en fait le révélateur de la modernité qui l'a produite et transformée.
Mot clé :
Livres
Clément Fabre est doctorant à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
Nostalgie. Histoire d'une émotion mortelle, Thomas Dodman, Seuil, 2022, 352 p., 24 €.
Guide des Livres : Mali : un empire africain / Julien Loiseau in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Mali : un empire africain Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Julien Loiseau, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Hadrien Collet Mali Note de contenu : Comment l'histoire du Mali a-t-elle été pensée et racontée depuis le Moyen Age ?
L'histoire de l'Afrique est, des grands chantiers historiographiques d'aujourd'hui, l'un des plus prometteurs. Ce constat, nourri par une décennie de recherches et de publications originales, est brillamment illustré par le livre que Hadrien Collet consacre au sultanat du Mali, puissance nouvelle venue dans le monde islamique du XIVe siècle. Plus exactement, l'auteur étudie les façons successives dont l'histoire du Mali a été pensée et racontée depuis le Moyen Age. Il reprend à son compte le double impératif des historiens africanistes de sa génération : revenir au texte des sources (l'histoire du Mali médiéval a été écrite en arabe, en Égypte d'abord, puis au Sahel à partir du XVIIe siècle, avant de l'être en anglais et surtout en français à partir du XIXe siècle), et questionner les récits qui ont pris en charge cette histoire.
Il fallait en effet opérer ce double mouvement pour sortir l'histoire du Sahel de l'aporie dans laquelle l'avait placée la « bibliothèque coloniale » (qui forge le paradigme des « empires du Mali ») et l'établissement de corpus de sources de l'histoire africaine artificiellement coupées des oeuvres dont elles sont extraites.
Adoptant la démarche régressive d'une archéologie des savoirs, l'auteur met au jour, du XXIe au XIVe siècle, les couches historiographiques qui se sont déposées sur le passé du Mali depuis ce temps glorieux, où, en 1324, le sultan Mansa Musa avait mis son pays « à la une » en traversant le Sahara pour se rendre au Caire puis accomplir le pèlerinage à La Mecque. L'africanisation de l'histoire du Mali à l'heure des indépendances et sa patrimonialisation dans les années 2000 (avec la « Charte du Manden ») ne constituent à ce titre que les derniers jalons d'une longue trajectoire dont les motifs principaux (comme l'incommensurable richesse ou l'orthodoxie musulmane du sultan du Mali) sont esquissés au Caire dès le XIVe siècle et alimentent les écrits historiques des savants sahéliens musulmans des XVIIe-XIXe siècles. En restituant l'entremêlement des discours et des savoirs sur le passé du Mali, par-delà la rupture des langues et des epistémê, Hadrien Collet livre un ouvrage fondamental pour la compréhension de l'histoire de l'Afrique.
Mot clé :
Livres
Julien Loiseau est professeur à Aix-Marseille Université.
Le Sultanat du Mali. Histoire régressive d'un empire médiéval, XXIe-XIVe siècle, Hadrien Collet, CNRS Éditions, 2022, 480 p., 26 €.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : Mali : un empire africain [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Julien Loiseau, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 80
Mots-clés : livre lecture Hadrien Collet Mali Note de contenu : Comment l'histoire du Mali a-t-elle été pensée et racontée depuis le Moyen Age ?
L'histoire de l'Afrique est, des grands chantiers historiographiques d'aujourd'hui, l'un des plus prometteurs. Ce constat, nourri par une décennie de recherches et de publications originales, est brillamment illustré par le livre que Hadrien Collet consacre au sultanat du Mali, puissance nouvelle venue dans le monde islamique du XIVe siècle. Plus exactement, l'auteur étudie les façons successives dont l'histoire du Mali a été pensée et racontée depuis le Moyen Age. Il reprend à son compte le double impératif des historiens africanistes de sa génération : revenir au texte des sources (l'histoire du Mali médiéval a été écrite en arabe, en Égypte d'abord, puis au Sahel à partir du XVIIe siècle, avant de l'être en anglais et surtout en français à partir du XIXe siècle), et questionner les récits qui ont pris en charge cette histoire.
Il fallait en effet opérer ce double mouvement pour sortir l'histoire du Sahel de l'aporie dans laquelle l'avait placée la « bibliothèque coloniale » (qui forge le paradigme des « empires du Mali ») et l'établissement de corpus de sources de l'histoire africaine artificiellement coupées des oeuvres dont elles sont extraites.
Adoptant la démarche régressive d'une archéologie des savoirs, l'auteur met au jour, du XXIe au XIVe siècle, les couches historiographiques qui se sont déposées sur le passé du Mali depuis ce temps glorieux, où, en 1324, le sultan Mansa Musa avait mis son pays « à la une » en traversant le Sahara pour se rendre au Caire puis accomplir le pèlerinage à La Mecque. L'africanisation de l'histoire du Mali à l'heure des indépendances et sa patrimonialisation dans les années 2000 (avec la « Charte du Manden ») ne constituent à ce titre que les derniers jalons d'une longue trajectoire dont les motifs principaux (comme l'incommensurable richesse ou l'orthodoxie musulmane du sultan du Mali) sont esquissés au Caire dès le XIVe siècle et alimentent les écrits historiques des savants sahéliens musulmans des XVIIe-XIXe siècles. En restituant l'entremêlement des discours et des savoirs sur le passé du Mali, par-delà la rupture des langues et des epistémê, Hadrien Collet livre un ouvrage fondamental pour la compréhension de l'histoire de l'Afrique.
Mot clé :
Livres
Julien Loiseau est professeur à Aix-Marseille Université.
Le Sultanat du Mali. Histoire régressive d'un empire médiéval, XXIe-XIVe siècle, Hadrien Collet, CNRS Éditions, 2022, 480 p., 26 €.
Guide des Livres : Vivre sous les Han in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Vivre sous les Han Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Yijie Zhuang Chine Note de contenu : 24 heures dans la Chine ancienne, Yijie Zhuang, traduit de l’anglais par Catherine Pierre-Bon et Mario Pasa, Payot, 2022, 288 p., 20 €.
Ce livre est une variation sur le thème classique de « La vie quotidienne à l'époque de... », mais se présente sous la forme d'un « docufiction » historique. L'époque est celle du milieu de la dynastie des Han, qui régna sur la Chine entre 206 avant notre ère et 220 après notre ère, et qui vit la consolidation du modèle impérial inauguré au IIIe siècle av. n. è. par le premier empereur.
Yijie Zhuang a divisé son ouvrage en 24 chapitres correspondant aux 24 heures d'une journée. Chacun se concentre sur un personnage dans son activité quotidienne ; le lecteur, au moyen de petites saynètes fictionnelles, passe ainsi de milieu en milieu et de métier en métier. Il rencontre un médecin, une sage-femme, un professeur, un sculpteur de tombes (celles des Han sont célèbres pour être particulièrement riches et ornées), un prêtre de la religion populaire, un capitaine d'une tour de guet des steppes nordiques, un courrier de la poste d'État, un agriculteur, un chef cuisinier au service d'un prince local, un employé d'un service administratif central, et bien d'autres. Chaque chapitre apporte son lot d'informations et la plupart sont en outre pourvus d'encarts encyclopédiques et d'illustrations en noir et blanc.
D'une lecture facile et agréable, 24 heures dans la Chine ancienne est une bonne porte d'entrée pour qui souhaite découvrir la culture matérielle et la vie quotidienne sous les Han.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Vivre sous les Han [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 81
Mots-clés : livre lecture Yijie Zhuang Chine Note de contenu : 24 heures dans la Chine ancienne, Yijie Zhuang, traduit de l’anglais par Catherine Pierre-Bon et Mario Pasa, Payot, 2022, 288 p., 20 €.
Ce livre est une variation sur le thème classique de « La vie quotidienne à l'époque de... », mais se présente sous la forme d'un « docufiction » historique. L'époque est celle du milieu de la dynastie des Han, qui régna sur la Chine entre 206 avant notre ère et 220 après notre ère, et qui vit la consolidation du modèle impérial inauguré au IIIe siècle av. n. è. par le premier empereur.
Yijie Zhuang a divisé son ouvrage en 24 chapitres correspondant aux 24 heures d'une journée. Chacun se concentre sur un personnage dans son activité quotidienne ; le lecteur, au moyen de petites saynètes fictionnelles, passe ainsi de milieu en milieu et de métier en métier. Il rencontre un médecin, une sage-femme, un professeur, un sculpteur de tombes (celles des Han sont célèbres pour être particulièrement riches et ornées), un prêtre de la religion populaire, un capitaine d'une tour de guet des steppes nordiques, un courrier de la poste d'État, un agriculteur, un chef cuisinier au service d'un prince local, un employé d'un service administratif central, et bien d'autres. Chaque chapitre apporte son lot d'informations et la plupart sont en outre pourvus d'encarts encyclopédiques et d'illustrations en noir et blanc.
D'une lecture facile et agréable, 24 heures dans la Chine ancienne est une bonne porte d'entrée pour qui souhaite découvrir la culture matérielle et la vie quotidienne sous les Han.
Guide des Livres : L’histoire de sa vie in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L’histoire de sa vie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81-82 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Alain Boureau Casanova Note de contenu : Casanova. Un générateur de hasard, Alain Boureau, Les Belles Lettres, 2022, 152 p., 21 €.
Cet essai, brillant et admirablement écrit, montre comment un homme devient le metteur en scène de lui-même. Giacomo Casanova s'est constitué à travers l'écriture de L'Histoire de ma vie, chef-d'oeuvre de littérature qui s'impose comme l'un des plus grands textes de l'Europe des Lumières.
Revenant sur les moments décisifs de ce parcours et sur les aventures érotiques les plus singulières, Alain Boureau souligne les allers et retours entre une dense vie de mondanité et une existence intime d'une intensité féconde. Ce mouvement constamment relancé permit à Casanova de s'imposer dans les cours et villes du XVIIIe siècle comme l'homme idéal de son temps - à la fois journaliste, écrivain, scientifique, occultiste, financier, industriel, physiocrate ; comme le philosophe de l'amour à la recherche d'une Hélène unique aux reflets changeants aux hasards des rencontres ; et comme le dramaturge de sa propre existence, donnant à ses aventures la forme du récit mémoriel. Ce projet des projets finit par reconstituer un parcours d'une extrême cohérence, entre perception savante, humour ironique, décryptage virtuose des architectures sociales et vérité d'une autobiographie sans concession.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 81-82[article] Guide des Livres : L’histoire de sa vie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81-82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 81-82
Mots-clés : livre lecture Alain Boureau Casanova Note de contenu : Casanova. Un générateur de hasard, Alain Boureau, Les Belles Lettres, 2022, 152 p., 21 €.
Cet essai, brillant et admirablement écrit, montre comment un homme devient le metteur en scène de lui-même. Giacomo Casanova s'est constitué à travers l'écriture de L'Histoire de ma vie, chef-d'oeuvre de littérature qui s'impose comme l'un des plus grands textes de l'Europe des Lumières.
Revenant sur les moments décisifs de ce parcours et sur les aventures érotiques les plus singulières, Alain Boureau souligne les allers et retours entre une dense vie de mondanité et une existence intime d'une intensité féconde. Ce mouvement constamment relancé permit à Casanova de s'imposer dans les cours et villes du XVIIIe siècle comme l'homme idéal de son temps - à la fois journaliste, écrivain, scientifique, occultiste, financier, industriel, physiocrate ; comme le philosophe de l'amour à la recherche d'une Hélène unique aux reflets changeants aux hasards des rencontres ; et comme le dramaturge de sa propre existence, donnant à ses aventures la forme du récit mémoriel. Ce projet des projets finit par reconstituer un parcours d'une extrême cohérence, entre perception savante, humour ironique, décryptage virtuose des architectures sociales et vérité d'une autobiographie sans concession.
Guide des Livres : Les hommes du Nord in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Les hommes du Nord Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Neil Price vickings répercussions Note de contenu : Les Enfants du frêne et de l'orme. Une histoire des Vikings, Neil Price, traduit de l'anglais par Cécile Deniard, Seuil, 2022, 640 p., 27 €.
Derrière ce titre énigmatique se cache la traduction française d'une vaste histoire des vikings (au sens d'anciens Scandinaves) qui cherche à présenter ces derniers tels qu'ils se percevaient, une véritable gageure compte tenu de la dimension très lacunaire et tardive de la plupart des sources. S'affranchissant de la chronologie traditionnelle, l'archéologue Neil Price tente de remonter aux racines des temps vikings, faisant la part (trop ?) belle aux facteurs environnementaux, en particulier aux catastrophes naturelles du VIe siècle, inscrivant son ouvrage dans les dernières tendances historiographiques.
Après avoir posé le cadre (mythologique, géographique, social et politique), il s'intéresse au phénomène viking proprement dit, en mobilisant des concepts comme ceux de maritoria (les liens étroits de ces sociétés avec la mer), d'« hydrarchie » (l'expansion progressive, non planifiée et multidirectionnelle des vikings) et de diaspora, désormais plus familier dans les études vikings. Enfin, il se penche sur les « nouveaux mondes » qui naquirent de l'installation, plus ou moins durable, des vikings, sans omettre les répercussions de ce phénomène sur la Scandinavie. L'usage des sources pourrait être parfois discutable, mais le talent de conteur de Neil Price fait de ces 640 pages un beau moment de lecture.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Les hommes du Nord [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 81
Mots-clés : livre lecture Neil Price vickings répercussions Note de contenu : Les Enfants du frêne et de l'orme. Une histoire des Vikings, Neil Price, traduit de l'anglais par Cécile Deniard, Seuil, 2022, 640 p., 27 €.
Derrière ce titre énigmatique se cache la traduction française d'une vaste histoire des vikings (au sens d'anciens Scandinaves) qui cherche à présenter ces derniers tels qu'ils se percevaient, une véritable gageure compte tenu de la dimension très lacunaire et tardive de la plupart des sources. S'affranchissant de la chronologie traditionnelle, l'archéologue Neil Price tente de remonter aux racines des temps vikings, faisant la part (trop ?) belle aux facteurs environnementaux, en particulier aux catastrophes naturelles du VIe siècle, inscrivant son ouvrage dans les dernières tendances historiographiques.
Après avoir posé le cadre (mythologique, géographique, social et politique), il s'intéresse au phénomène viking proprement dit, en mobilisant des concepts comme ceux de maritoria (les liens étroits de ces sociétés avec la mer), d'« hydrarchie » (l'expansion progressive, non planifiée et multidirectionnelle des vikings) et de diaspora, désormais plus familier dans les études vikings. Enfin, il se penche sur les « nouveaux mondes » qui naquirent de l'installation, plus ou moins durable, des vikings, sans omettre les répercussions de ce phénomène sur la Scandinavie. L'usage des sources pourrait être parfois discutable, mais le talent de conteur de Neil Price fait de ces 640 pages un beau moment de lecture.
Guide des Livres : Le mystère de la Jarretière in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le mystère de la Jarretière Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Jean-Marie Moeglin Moyen-âge Note de contenu : Édouard III, le viol de la comtesse de Salisbury et la fondation de l'ordre de la Jarretière, Jean-Marie Moeglin, Presses universitaires de France, 2022, 242 p., 22 €.
Le roi Édouard, en 1342, a-t-il violé la comtesse de Salisbury, « une des belles et vaillantes dames d'Angleterre » ? C'est ce qu'affirme, description à l'appui, le chroniqueur Jean Le Bel quelques années plus tard. Mais c'est une invention, destinée à montrer que le roi n'était pas le nouvel Arthur qu'on espérait. Le récit, dont le manuscrit disparaît bientôt, percole néanmoins chez Froissart, qui narre le désir fou du roi, tout en l'exonérant du crime. Dans les mêmes années naît l'ordre de la Jarretière, avec sa devise « Honni soit qui mal y pense », en rapport avec les prétentions anglaises à la couronne de France, et son bout de tissu, attribut alors autant masculin que féminin. Un siècle et demi plus tard, ces deux éléments ne sont plus compris, et l'origine de l'ordre est rapportée à une affaire de femme ayant perdu sa jarretière, restituée par le roi. Encore un peu, et cette femme prend le nom et les traits de la comtesse de Salisbury, le Français du Haillan parachevant en 1576 la fusion progressive des deux mythes. La littérature s'en empare avec grand succès, jusqu'à ce que réapparaisse en 1861 le manuscrit de Jean Le Bel.
Jean-Marie Moeglin débrouille avec aisance et érudition cet écheveau à multiples entrées, se jouant des rapports subtils et des cheminements souterrains entre histoire, fiction et roman.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Le mystère de la Jarretière [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 81
Mots-clés : livre lecture Jean-Marie Moeglin Moyen-âge Note de contenu : Édouard III, le viol de la comtesse de Salisbury et la fondation de l'ordre de la Jarretière, Jean-Marie Moeglin, Presses universitaires de France, 2022, 242 p., 22 €.
Le roi Édouard, en 1342, a-t-il violé la comtesse de Salisbury, « une des belles et vaillantes dames d'Angleterre » ? C'est ce qu'affirme, description à l'appui, le chroniqueur Jean Le Bel quelques années plus tard. Mais c'est une invention, destinée à montrer que le roi n'était pas le nouvel Arthur qu'on espérait. Le récit, dont le manuscrit disparaît bientôt, percole néanmoins chez Froissart, qui narre le désir fou du roi, tout en l'exonérant du crime. Dans les mêmes années naît l'ordre de la Jarretière, avec sa devise « Honni soit qui mal y pense », en rapport avec les prétentions anglaises à la couronne de France, et son bout de tissu, attribut alors autant masculin que féminin. Un siècle et demi plus tard, ces deux éléments ne sont plus compris, et l'origine de l'ordre est rapportée à une affaire de femme ayant perdu sa jarretière, restituée par le roi. Encore un peu, et cette femme prend le nom et les traits de la comtesse de Salisbury, le Français du Haillan parachevant en 1576 la fusion progressive des deux mythes. La littérature s'en empare avec grand succès, jusqu'à ce que réapparaisse en 1861 le manuscrit de Jean Le Bel.
Jean-Marie Moeglin débrouille avec aisance et érudition cet écheveau à multiples entrées, se jouant des rapports subtils et des cheminements souterrains entre histoire, fiction et roman.
Guide des Livres : Comprendre l’Espagne in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Comprendre l’Espagne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82-83 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Benoît Pellistrandi Espagne fractures Note de contenu : Les Fractures de l’Espagne. De 1808 à nos jours, Benoît Pellistrandi, Gallimard, 2022, 736 p., 13,60 €.
Auteur, en 2013, d'une Histoire de l'Espagne, des guerres napoléoniennes à nos jours (Perrin), Benoît Pellistrandi livre une version totalement remaniée, actualisée et différemment problématisée de cet ouvrage. Avec deux lignes de force : l'Espagne n'est pas une exception et participe de l'histoire européenne et mondiale des XIXe et XXe siècles ; mais elle est traversée par des « fractures », des affrontements internes qui singularisent le pays et compliquent son existence en tant que nation. La force des images dans nos mémoires (Goya, Guernica, les attentats de l'ETA) ne doit pas faire oublier que, à l'instar des autres pays d'Europe, l'Espagne n'est pas passée à côté du libéralisme qui structure le XIXe siècle. Elle a connu une redistribution de la propriété, une révolution industrielle, l'urbanisation, l'avènement des masses, la démocratisation, la montée du syndicalisme, du socialisme et de l'autoritarisme. Et, à la fin de la période, débarrassée du franquisme, elle est une grande démocratie européenne. Pour autant, l'histoire espagnole est convulsive, et les deux siècles passés sont des plus singuliers : la guerre napoléonienne qualifiée d'« indépendance » mais qui fut également une opposition entre Espagnols ; les trois guerres carlistes du XIXe siècle ; et la guerre civile (1936-1939), qui a duré non pas trois ans, mais trente-neuf ans, jusqu'à la mort de Franco en 1975. Fracture entre la conception, jusque si tard dans le XXe siècle, d'une Espagne profondément catholique et les bouleversements de la modernité. Des fractures avec le passé qui parfois ne passe pas, malgré la transition démocratique. Fracture encore que les guerres coloniales perdues au début du XIXe siècle et en 1898. Et fracture territoriale pour un pays dont la frontière continentale ne bouge pas depuis le traité des Pyrénées de 1659, mais qui est travaillé par les forces centrifuges des différents royaumes qui l'ont composé.
C'est cette dialectique fascinante entre mouvement général de l'Europe et singularité espagnole que met si bien en évidence cette histoire revisitée qui donne au lecteur un sentiment de proximité et une étrange sensation d'altérité.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 82-83[article] Guide des Livres : Comprendre l’Espagne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 82-83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 82-83
Mots-clés : livre lecture Benoît Pellistrandi Espagne fractures Note de contenu : Les Fractures de l’Espagne. De 1808 à nos jours, Benoît Pellistrandi, Gallimard, 2022, 736 p., 13,60 €.
Auteur, en 2013, d'une Histoire de l'Espagne, des guerres napoléoniennes à nos jours (Perrin), Benoît Pellistrandi livre une version totalement remaniée, actualisée et différemment problématisée de cet ouvrage. Avec deux lignes de force : l'Espagne n'est pas une exception et participe de l'histoire européenne et mondiale des XIXe et XXe siècles ; mais elle est traversée par des « fractures », des affrontements internes qui singularisent le pays et compliquent son existence en tant que nation. La force des images dans nos mémoires (Goya, Guernica, les attentats de l'ETA) ne doit pas faire oublier que, à l'instar des autres pays d'Europe, l'Espagne n'est pas passée à côté du libéralisme qui structure le XIXe siècle. Elle a connu une redistribution de la propriété, une révolution industrielle, l'urbanisation, l'avènement des masses, la démocratisation, la montée du syndicalisme, du socialisme et de l'autoritarisme. Et, à la fin de la période, débarrassée du franquisme, elle est une grande démocratie européenne. Pour autant, l'histoire espagnole est convulsive, et les deux siècles passés sont des plus singuliers : la guerre napoléonienne qualifiée d'« indépendance » mais qui fut également une opposition entre Espagnols ; les trois guerres carlistes du XIXe siècle ; et la guerre civile (1936-1939), qui a duré non pas trois ans, mais trente-neuf ans, jusqu'à la mort de Franco en 1975. Fracture entre la conception, jusque si tard dans le XXe siècle, d'une Espagne profondément catholique et les bouleversements de la modernité. Des fractures avec le passé qui parfois ne passe pas, malgré la transition démocratique. Fracture encore que les guerres coloniales perdues au début du XIXe siècle et en 1898. Et fracture territoriale pour un pays dont la frontière continentale ne bouge pas depuis le traité des Pyrénées de 1659, mais qui est travaillé par les forces centrifuges des différents royaumes qui l'ont composé.
C'est cette dialectique fascinante entre mouvement général de l'Europe et singularité espagnole que met si bien en évidence cette histoire revisitée qui donne au lecteur un sentiment de proximité et une étrange sensation d'altérité.
Guide des Livres : Aux armes, matelots ! in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Aux armes, matelots ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Alain Cabantous Gilbert Buti maritime marin Note de contenu : Les mutins de la mer. Rébellions maritimes et portuaires en Europe occidentale, XVIIe-XVIIIe siècles, Alain Cabantous, Gilbert Buti, Les Éditions du Cerf, 2022, 408 p., 24 €.
Alain Cabantous propose un voyage en mer, placé sous le signe de la violence. Secondé par Gilbert Buti pour la partie méditerranéenne de l'ouvrage, il étudie la propension des marins - et de leur entourage - à se livrer à des comportements séditieux à bord des bateaux comme dans les villes portuaires. Que d'« émotions » maritimes - c'est le mot pour désigner les révoltes - rassemblées, analysées et ordonnancées ici pour établir une typologie du rebelle. L'incroyable variété des insoumissions que livrent les archives des ports témoigne d'un monde rude, fait des luttes des gens de mer contre les injustices et, aussi, pour leur survie lorsqu'ils étaient aux premières loges des guerres et des rivalités entre États à l'Époque moderne. Le « dialogue entre le temps des réalités sociales et celui des représentations » établi par les auteurs est lui aussi riche d'enseignements.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : Aux armes, matelots ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 82
Mots-clés : livre lecture Alain Cabantous Gilbert Buti maritime marin Note de contenu : Les mutins de la mer. Rébellions maritimes et portuaires en Europe occidentale, XVIIe-XVIIIe siècles, Alain Cabantous, Gilbert Buti, Les Éditions du Cerf, 2022, 408 p., 24 €.
Alain Cabantous propose un voyage en mer, placé sous le signe de la violence. Secondé par Gilbert Buti pour la partie méditerranéenne de l'ouvrage, il étudie la propension des marins - et de leur entourage - à se livrer à des comportements séditieux à bord des bateaux comme dans les villes portuaires. Que d'« émotions » maritimes - c'est le mot pour désigner les révoltes - rassemblées, analysées et ordonnancées ici pour établir une typologie du rebelle. L'incroyable variété des insoumissions que livrent les archives des ports témoigne d'un monde rude, fait des luttes des gens de mer contre les injustices et, aussi, pour leur survie lorsqu'ils étaient aux premières loges des guerres et des rivalités entre États à l'Époque moderne. Le « dialogue entre le temps des réalités sociales et celui des représentations » établi par les auteurs est lui aussi riche d'enseignements.
Guide des Livres : Ô temps ! suspends ton vol ! in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Ô temps ! suspends ton vol ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Emmanuelle Loyer Christophe Bouton Note de contenu : L'Impitoyable Aujourd'hui, Emmanuelle Loyer, Flammarion, 384 p., 22,90 €.
L'Accélération de l'histoire. Des Lumières à l'Anthropocène, Christophe Bouton, Seuil, 392 p., 24 €.
Christophe Bouton jette le regard décapant d'un philosophe spécialiste de Hegel sur un topos explicatif du monde contemporain largement installé, au moins en Occident, par l'essai célèbre de Daniel Halévy en 1948 : modernité et accélération de l'histoire ont vécu en couple depuis la révolution industrielle, elles ont tracé en flèche ou élargi en spirale un cours des choses et une vision du monde pétris de Lumières, de Science et de Progrès dont, bon gré mal gré, nous nous séparons aujourd'hui à tâtons.
Il convoque, examine et met en fiches bien argumentées les meilleurs auteurs qui ont jonglé ainsi avec le rapport entre le passé, le présent et l'avenir, de Nietzsche à Rosa, de Marx à Koselleck, d'Adams à Benjamin ou, chez les historiens, de Pierre Nora à François Hartog. Ce qui le conduit à creuser la notion de « régime d'historicité » établie par ce dernier, pour savoir comment l'appliquer ou non à la « Grande accélération » que nous vivons depuis les années 1980, à l'heure d'une modernité devenue « polychrone ». Car une bousculade s'est installée, qui nous laisse désemparés : « présentisme » envahissant, nouveau « souci du passé », résurgences d'un sens de l'utopie, irruption d'un Anthropocène d'urgence climatique, ces quatre visages nouveaux de la temporalité nous écartèlent. Christophe Bouton vise juste en nous mettant devant le fait mal accompli d'un temps présent qui titube.
Emmanuelle Loyer partage avec lui cette approche d'un progrès métamorphique et d'un présent « impitoyable » et même « cannibale », difficile à penser utilement. Mais pour mieux la faire connaître, elle préfère explorer la voie du « mode de connaissance oblique » de la littérature mêlée d'histoire et d'anthropologie ; pétrie de cette « vie immédiate » du texte, disait Éluard, porteuse de sa « vérité propre, y compris historique ».
Son livre est donc une navigation qui fait halte sous les bons abris du « temps vécu ». Voici, chez Cooper ou Arseniev, les derniers Mohicans face à leur monde pétrifié. Les paysannes-sorcières de George Sand veillant à ne pas désaccorder le présent du passé. Les von Trotta de Joseph Roth échappant à l'histoire. Pierre Michon devant la lanterne des morts. François-René de Chateaubriand sur les ruines de l'ancien monde. En 1940, Guéhenno relisant Stendhal pour reprendre courage. Timothy Snyder parcourant les Terres de sang. Les femmes, chez Mona Ozouf, qui inventent l'art « d'habiter les jours dans une intimité de tous les moments ». Et Colette la vagabonde finissant immobile à sa croisée du Palais-Royal. Beaucoup d'autres, toutes et tous tisserands d'histoire.
Bref, un beau livre qui respire un air assez lamartinien : « Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,/ Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges/ Jeter l'ancre un seul jour ? »
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : Ô temps ! suspends ton vol ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 82
Mots-clés : livre lecture Emmanuelle Loyer Christophe Bouton Note de contenu : L'Impitoyable Aujourd'hui, Emmanuelle Loyer, Flammarion, 384 p., 22,90 €.
L'Accélération de l'histoire. Des Lumières à l'Anthropocène, Christophe Bouton, Seuil, 392 p., 24 €.
Christophe Bouton jette le regard décapant d'un philosophe spécialiste de Hegel sur un topos explicatif du monde contemporain largement installé, au moins en Occident, par l'essai célèbre de Daniel Halévy en 1948 : modernité et accélération de l'histoire ont vécu en couple depuis la révolution industrielle, elles ont tracé en flèche ou élargi en spirale un cours des choses et une vision du monde pétris de Lumières, de Science et de Progrès dont, bon gré mal gré, nous nous séparons aujourd'hui à tâtons.
Il convoque, examine et met en fiches bien argumentées les meilleurs auteurs qui ont jonglé ainsi avec le rapport entre le passé, le présent et l'avenir, de Nietzsche à Rosa, de Marx à Koselleck, d'Adams à Benjamin ou, chez les historiens, de Pierre Nora à François Hartog. Ce qui le conduit à creuser la notion de « régime d'historicité » établie par ce dernier, pour savoir comment l'appliquer ou non à la « Grande accélération » que nous vivons depuis les années 1980, à l'heure d'une modernité devenue « polychrone ». Car une bousculade s'est installée, qui nous laisse désemparés : « présentisme » envahissant, nouveau « souci du passé », résurgences d'un sens de l'utopie, irruption d'un Anthropocène d'urgence climatique, ces quatre visages nouveaux de la temporalité nous écartèlent. Christophe Bouton vise juste en nous mettant devant le fait mal accompli d'un temps présent qui titube.
Emmanuelle Loyer partage avec lui cette approche d'un progrès métamorphique et d'un présent « impitoyable » et même « cannibale », difficile à penser utilement. Mais pour mieux la faire connaître, elle préfère explorer la voie du « mode de connaissance oblique » de la littérature mêlée d'histoire et d'anthropologie ; pétrie de cette « vie immédiate » du texte, disait Éluard, porteuse de sa « vérité propre, y compris historique ».
Son livre est donc une navigation qui fait halte sous les bons abris du « temps vécu ». Voici, chez Cooper ou Arseniev, les derniers Mohicans face à leur monde pétrifié. Les paysannes-sorcières de George Sand veillant à ne pas désaccorder le présent du passé. Les von Trotta de Joseph Roth échappant à l'histoire. Pierre Michon devant la lanterne des morts. François-René de Chateaubriand sur les ruines de l'ancien monde. En 1940, Guéhenno relisant Stendhal pour reprendre courage. Timothy Snyder parcourant les Terres de sang. Les femmes, chez Mona Ozouf, qui inventent l'art « d'habiter les jours dans une intimité de tous les moments ». Et Colette la vagabonde finissant immobile à sa croisée du Palais-Royal. Beaucoup d'autres, toutes et tous tisserands d'histoire.
Bref, un beau livre qui respire un air assez lamartinien : « Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,/ Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges/ Jeter l'ancre un seul jour ? »
Guide des Livres : La chute d'un président in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : La chute d'un président Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 83-84 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Thierry Billard Note de contenu : Paul Deschanel, le président incompris, Thierry Billard, Perrin, « Biographies », 2022, 280 p., 21 €.
A peine élu président de la République en février 1920, Paul Deschanel se fait remarquer par une succession de comportements étranges dont sa célèbre chute du train présidentiel près de Montargis. Thierry Billard raconte l'histoire d'un « chef de l'État miné, épuisé » par la présidence, huit années durant, de la Chambre des députés, dont cinq éprouvantes années de guerre. Son « état anxio-dépressif » l'amène à démissionner en septembre 1920 et l'entraîne dans la mort deux ans plus tard. Le vif intérêt de cette biographie tient dans la peinture d'un type politique peu étudié : celui d'un modéré doublé d'un homme du monde, poussé par une réelle ambition de paraître. Paul Deschanel n'a jamais voulu être ministre, pour ne pas compromettre ses chances d'être un jour président de la République ! Né en Belgique en 1855 d'un père opposant au Second Empire, il est député d'Eure-et-Loir de 1885 à 1920 et choisit le parti progressiste qui rassemble Casimir-Périer, Faure, Freycinet... Raconter Paul Deschanel, c'est aussi retracer sa conquête de l'Académie française soutenue par Loti, Heredia et Sully Prudhomme, c'est évoquer sa bataille victorieuse face à Clemenceau pour l'Élysée, succès qui réjouira Colette, Anna de Noailles et même le jeune de Gaulle !
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 83-84[article] Guide des Livres : La chute d'un président [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 83-84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 83-84
Mots-clés : livre lecture Thierry Billard Note de contenu : Paul Deschanel, le président incompris, Thierry Billard, Perrin, « Biographies », 2022, 280 p., 21 €.
A peine élu président de la République en février 1920, Paul Deschanel se fait remarquer par une succession de comportements étranges dont sa célèbre chute du train présidentiel près de Montargis. Thierry Billard raconte l'histoire d'un « chef de l'État miné, épuisé » par la présidence, huit années durant, de la Chambre des députés, dont cinq éprouvantes années de guerre. Son « état anxio-dépressif » l'amène à démissionner en septembre 1920 et l'entraîne dans la mort deux ans plus tard. Le vif intérêt de cette biographie tient dans la peinture d'un type politique peu étudié : celui d'un modéré doublé d'un homme du monde, poussé par une réelle ambition de paraître. Paul Deschanel n'a jamais voulu être ministre, pour ne pas compromettre ses chances d'être un jour président de la République ! Né en Belgique en 1855 d'un père opposant au Second Empire, il est député d'Eure-et-Loir de 1885 à 1920 et choisit le parti progressiste qui rassemble Casimir-Périer, Faure, Freycinet... Raconter Paul Deschanel, c'est aussi retracer sa conquête de l'Académie française soutenue par Loti, Heredia et Sully Prudhomme, c'est évoquer sa bataille victorieuse face à Clemenceau pour l'Élysée, succès qui réjouira Colette, Anna de Noailles et même le jeune de Gaulle !
Guide des Livres : Les membres du comité scientifique ont publié - Le Rocher de Süsten. in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Les membres du comité scientifique ont publié - Le Rocher de Süsten. Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Jean-Noël Jeanneney Note de contenu : Le Rocher de Süsten. Mémoires II, 1982-1991, Jean-Noël Jeanneney, Seuil, 2022, 422 p., 25 €.
Ce deuxième tome des Mémoires de Jean-Noël Jeanneney compose un diptyque qu'on pourrait intituler : l'historien dans l'action. Le premier volet est consacré à la présidence de Radio-France dont il fut chargé en 1982. Passer d'une chaire de professeur à une haute responsabilité publique n'est pas une mince affaire, mais tout désignait l'auteur - son tempérament, sa culture, ses motivations politiques, l'exemple familial - pour y parvenir. Ce qui frappe dans le premier récit, outre les multiples obstacles à surmonter, les problèmes humains à démêler, les innovations à imposer, c'est la résistance du responsable en chef de l'information à toutes les sollicitations, aux velléités d'intervention, aux blâmes venus d'en-haut.
Le second volet est le récit du long combat mené à la tête de la mission du bicentenaire de la Révolution française de 1988 à la fin de 1989 contre les réactionnaires, mais aussi les « exagérés » des deux extrêmes. Le grand affrontement Michel Vovelle vs François Furet est le moment théâtral et médiatisé d'une historiographie en conflit. On assiste à un retournement des médias et de l'opinion qui, d'abord incrédules, deviennent favorables à la célébration, puis enthousiastes après la formidable parade du 14 juillet, mise en scène par Jean-Paul Goude et suivie par des millions de téléspectateurs à travers les continents.
Les deux chroniques sont colorées par des portraits réjouissants, des scènes savoureuses, des coups de griffe aussi, souvent jubilatoires. Cette ego-histoire restera un double témoignage de premier ordre, qui a valeur d'archive.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Les membres du comité scientifique ont publié - Le Rocher de Süsten. [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 84
Mots-clés : livre lecture Jean-Noël Jeanneney Note de contenu : Le Rocher de Süsten. Mémoires II, 1982-1991, Jean-Noël Jeanneney, Seuil, 2022, 422 p., 25 €.
Ce deuxième tome des Mémoires de Jean-Noël Jeanneney compose un diptyque qu'on pourrait intituler : l'historien dans l'action. Le premier volet est consacré à la présidence de Radio-France dont il fut chargé en 1982. Passer d'une chaire de professeur à une haute responsabilité publique n'est pas une mince affaire, mais tout désignait l'auteur - son tempérament, sa culture, ses motivations politiques, l'exemple familial - pour y parvenir. Ce qui frappe dans le premier récit, outre les multiples obstacles à surmonter, les problèmes humains à démêler, les innovations à imposer, c'est la résistance du responsable en chef de l'information à toutes les sollicitations, aux velléités d'intervention, aux blâmes venus d'en-haut.
Le second volet est le récit du long combat mené à la tête de la mission du bicentenaire de la Révolution française de 1988 à la fin de 1989 contre les réactionnaires, mais aussi les « exagérés » des deux extrêmes. Le grand affrontement Michel Vovelle vs François Furet est le moment théâtral et médiatisé d'une historiographie en conflit. On assiste à un retournement des médias et de l'opinion qui, d'abord incrédules, deviennent favorables à la célébration, puis enthousiastes après la formidable parade du 14 juillet, mise en scène par Jean-Paul Goude et suivie par des millions de téléspectateurs à travers les continents.
Les deux chroniques sont colorées par des portraits réjouissants, des scènes savoureuses, des coups de griffe aussi, souvent jubilatoires. Cette ego-histoire restera un double témoignage de premier ordre, qui a valeur d'archive.
Guide des Livres : Falsification criminelle in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Falsification criminelle Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Nicolas Werth Note de contenu : Poutine historien en chef, Nicolas Werth, Gallimard, « Tracts », 2022, 64 p., 3,90 €.
Le 24 février 2022, Vladimir Poutine a justifié l'offensive russe contre l'Ukraine par la nécessité de la « dénazifier » ainsi que de mettre fin à un « génocide ». L'usage de tels mots peut laisser pantois. Il s'inscrit pourtant dans une entreprise de falsification de l'histoire menée depuis vingt ans par le pouvoir poutinien afin de mettre en place un récit national destiné à l'inscrire dans la continuité des régimes tsaristes et soviétiques.
Nicolas Werth relate avec exigence et précision les étapes de la construction de ce récit, depuis la doxa soviétique qui soumettait l'histoire aux « lois » du marxisme, jusqu'au syncrétisme historique forgé par Vladimir Poutine en s'appuyant sur le développement d'un sentiment d'humiliation dans la société russe suite à la chute de l'URSS et aux graves crises des années 1990. Au coeur de ce pacte entre le pouvoir et la population se trouve le mythe de la victoire dans la « Grande Guerre patriotique ». Ce récit se heurte cependant aux travaux des historiens depuis l'ouverture des archives dans les années 1990, ainsi qu'à ceux de l'association Memorial qui depuis la perestroïka préserve la mémoire des répressions soviétiques et oeuvre à l'émergence d'une société démocratique. Les dures lois mémorielles qui entravent depuis 2014 les travaux des premiers ainsi que la dissolution de la seconde en décembre 2021 ont laissé Vladimir Poutine seul « historien en chef » lancer une offensive - d'abord mémorielle, puis militaire - contre Kiev.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Falsification criminelle [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 84
Mots-clés : livre lecture Nicolas Werth Note de contenu : Poutine historien en chef, Nicolas Werth, Gallimard, « Tracts », 2022, 64 p., 3,90 €.
Le 24 février 2022, Vladimir Poutine a justifié l'offensive russe contre l'Ukraine par la nécessité de la « dénazifier » ainsi que de mettre fin à un « génocide ». L'usage de tels mots peut laisser pantois. Il s'inscrit pourtant dans une entreprise de falsification de l'histoire menée depuis vingt ans par le pouvoir poutinien afin de mettre en place un récit national destiné à l'inscrire dans la continuité des régimes tsaristes et soviétiques.
Nicolas Werth relate avec exigence et précision les étapes de la construction de ce récit, depuis la doxa soviétique qui soumettait l'histoire aux « lois » du marxisme, jusqu'au syncrétisme historique forgé par Vladimir Poutine en s'appuyant sur le développement d'un sentiment d'humiliation dans la société russe suite à la chute de l'URSS et aux graves crises des années 1990. Au coeur de ce pacte entre le pouvoir et la population se trouve le mythe de la victoire dans la « Grande Guerre patriotique ». Ce récit se heurte cependant aux travaux des historiens depuis l'ouverture des archives dans les années 1990, ainsi qu'à ceux de l'association Memorial qui depuis la perestroïka préserve la mémoire des répressions soviétiques et oeuvre à l'émergence d'une société démocratique. Les dures lois mémorielles qui entravent depuis 2014 les travaux des premiers ainsi que la dissolution de la seconde en décembre 2021 ont laissé Vladimir Poutine seul « historien en chef » lancer une offensive - d'abord mémorielle, puis militaire - contre Kiev.
Guide des Livres : Collaboration vue du port in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Collaboration vue du port Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Lars Hellwinkel Note de contenu : La Base navale allemande de Brest. 1940-1944, Lars Hellwinkel, Rennes, PUR, 2022, 284 p., 24 €.
Brest doit sa destruction à la fin de la Seconde Guerre mondiale à son statut de base navale de la Kriegsmarine. Pourtant, cette période demeurait mal connue jusqu'aux travaux de Lars Hellwinkel, qui retrace les relations complexes entre les acteurs et leur interdépendance. Car si la marine française se soucie d'éviter le chômage de masse des marins et ouvriers de l'arsenal, son homologue allemande souffre durant toute la guerre d'une insuffisance de personnel. D'où une collaboration durable, dans un cadre mouvant du fait des évolutions militaires. La proximité de l'Angleterre et de ses bombardiers entraîne le transfert début 1942 de la flotte de surface en Norvège. Brest devient alors une base pour la réparation des sous-marins, jusqu'à la capitulation le 18 septembre 1944. A côté de l'analyse de la collaboration, on se surprend à se passionner pour des questions techniques, des filets de camouflage antiaériens sur les navires à la gestion de la pénurie d'équipements, bricolés sur place : la vie quotidienne d'un port en temps de guerre.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Collaboration vue du port [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 84.
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Mots-clés : livre lecture Lars Hellwinkel Note de contenu : La Base navale allemande de Brest. 1940-1944, Lars Hellwinkel, Rennes, PUR, 2022, 284 p., 24 €.
Brest doit sa destruction à la fin de la Seconde Guerre mondiale à son statut de base navale de la Kriegsmarine. Pourtant, cette période demeurait mal connue jusqu'aux travaux de Lars Hellwinkel, qui retrace les relations complexes entre les acteurs et leur interdépendance. Car si la marine française se soucie d'éviter le chômage de masse des marins et ouvriers de l'arsenal, son homologue allemande souffre durant toute la guerre d'une insuffisance de personnel. D'où une collaboration durable, dans un cadre mouvant du fait des évolutions militaires. La proximité de l'Angleterre et de ses bombardiers entraîne le transfert début 1942 de la flotte de surface en Norvège. Brest devient alors une base pour la réparation des sous-marins, jusqu'à la capitulation le 18 septembre 1944. A côté de l'analyse de la collaboration, on se surprend à se passionner pour des questions techniques, des filets de camouflage antiaériens sur les navires à la gestion de la pénurie d'équipements, bricolés sur place : la vie quotidienne d'un port en temps de guerre.
Guide des Revues : La nuit pénitentiaire in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : La nuit pénitentiaire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture prison modèle punitif Note de contenu : De l'invention d'un modèle punitif à la surpopulation carcérale, l'institution « prison » est, depuis la Révolution, un bon indicateur de l'état du débat politique.
La France n'assure pas la sauvegarde de la dignité des personnes emprisonnées. Le 30 janvier 2020 la Cour européenne des droits de l'homme condamnait à nouveau l'Hexagone pour ses conditions carcérales dégradantes. « Vétusté, insalubrité, entassement. » Frédéric Chauvaud, qui dirige ce dossier, explique vouloir réfléchir à la naissance de la prison contemporaine, à ses enjeux (dont l'inflation carcérale) et s'interroger sur les changements que l'institution a connus. Avons-nous le droit de punir ? La question se pose depuis les Lumières. Après la Révolution, l'incarcération devient la clé de voûte de notre système de justice. Michelle Perrot, Jacques Léonard ou Jacque-Guy Petit en ont fait un véritable objet d'histoire. Dans ce numéro contributeurs et contributrices étudient de nouvelles sources primaires pour décrypter l'évolution du phénomène. Ludovic Maugué s'attache, pour commencer, à la création de la première prison centrale, Embrun (1800-1815), dans les Alpes, et suit bidouillages et improvisations des administrateurs. Martine Kaluszynski étudie ensuite les débats qui animent le début de la IIIe République (lois pour empêcher la récidive, débats de la Société générale des prisons créée en 1877, rapports de l'Inspection générale des services administratifs, transformée par Clemenceau en 1907) pour voir comment s'assoit une véritable science pénitentiaire.
A l'échelle locale, Aline Martinet se plonge dans des papiers de justice pour suivre le destin des détenus des Alpes-Maritimes, de la Révolution à la Seconde Guerre mondiale : registres, témoignages, etc. La prison est avant tout une étape de parcours personnel, ce qui rend le portrait sociologique intéressant. Quid du parcours des mineurs incarcérés ? Les enfants, faut-il les rééduquer ou les punir ? Jean-Jacques Yvorel retrace les controverses relatives à leur enfermement, peu étudiées. Mais comment savoir si les décisions sont les bonnes ? La surpopulation est un mal constant depuis des décennies. Julie de Dardel analyse, pour y répondre, le modèle scandinave, exemple de « décroissance » carcérale.
Dans une dernière partie, place est faite à la représentation de la prison, d'un reportage inventé (Amélie Chabrier) à la presse dénonciatrice (Jean-Marc Berlière), en passant par les caricatures, analysées par Frédéric Chauvaud.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 86[article] Guide des Revues : La nuit pénitentiaire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
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Mots-clés : revue lecture prison modèle punitif Note de contenu : De l'invention d'un modèle punitif à la surpopulation carcérale, l'institution « prison » est, depuis la Révolution, un bon indicateur de l'état du débat politique.
La France n'assure pas la sauvegarde de la dignité des personnes emprisonnées. Le 30 janvier 2020 la Cour européenne des droits de l'homme condamnait à nouveau l'Hexagone pour ses conditions carcérales dégradantes. « Vétusté, insalubrité, entassement. » Frédéric Chauvaud, qui dirige ce dossier, explique vouloir réfléchir à la naissance de la prison contemporaine, à ses enjeux (dont l'inflation carcérale) et s'interroger sur les changements que l'institution a connus. Avons-nous le droit de punir ? La question se pose depuis les Lumières. Après la Révolution, l'incarcération devient la clé de voûte de notre système de justice. Michelle Perrot, Jacques Léonard ou Jacque-Guy Petit en ont fait un véritable objet d'histoire. Dans ce numéro contributeurs et contributrices étudient de nouvelles sources primaires pour décrypter l'évolution du phénomène. Ludovic Maugué s'attache, pour commencer, à la création de la première prison centrale, Embrun (1800-1815), dans les Alpes, et suit bidouillages et improvisations des administrateurs. Martine Kaluszynski étudie ensuite les débats qui animent le début de la IIIe République (lois pour empêcher la récidive, débats de la Société générale des prisons créée en 1877, rapports de l'Inspection générale des services administratifs, transformée par Clemenceau en 1907) pour voir comment s'assoit une véritable science pénitentiaire.
A l'échelle locale, Aline Martinet se plonge dans des papiers de justice pour suivre le destin des détenus des Alpes-Maritimes, de la Révolution à la Seconde Guerre mondiale : registres, témoignages, etc. La prison est avant tout une étape de parcours personnel, ce qui rend le portrait sociologique intéressant. Quid du parcours des mineurs incarcérés ? Les enfants, faut-il les rééduquer ou les punir ? Jean-Jacques Yvorel retrace les controverses relatives à leur enfermement, peu étudiées. Mais comment savoir si les décisions sont les bonnes ? La surpopulation est un mal constant depuis des décennies. Julie de Dardel analyse, pour y répondre, le modèle scandinave, exemple de « décroissance » carcérale.
Dans une dernière partie, place est faite à la représentation de la prison, d'un reportage inventé (Amélie Chabrier) à la presse dénonciatrice (Jean-Marc Berlière), en passant par les caricatures, analysées par Frédéric Chauvaud.
Guide des Revues : Ageofism in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Ageofism Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture histoire techniques matières modernité industrielle Note de contenu : Revue d'histoire du XIXe siècle n° 64, 2022/1.
Le XIXe siècle a été le premier à associer les époques à des techniques et à des matières. Chemin de fer, machine à vapeur, charbon : la modernité industrielle se dit par les choses. Le passé aussi : en 1830 Christian Thomsen élabore la division classique de la préhistoire entre âge de pierre, âge du bronze et âge de fer. En réalité, les sources d'énergie s'accumulent sans se substituer les unes aux autres. Mais ce phénomène, que Jean-Baptiste Fressoz qualifie d'« ageofism », ne sert pas seulement à penser le passé et le présent ; il permet aussi d'imaginer l'avenir. Dès 1896 Marcelin Berthelot l'affirme : en l'an 2000, l'électricité aura éliminé le charbon et avec lui la question sociale. Dans les années 1950 c'est au tour du nucléaire d'incarner le mythe d'un nouvel âge à venir.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Ageofism [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
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Mots-clés : revue lecture histoire techniques matières modernité industrielle Note de contenu : Revue d'histoire du XIXe siècle n° 64, 2022/1.
Le XIXe siècle a été le premier à associer les époques à des techniques et à des matières. Chemin de fer, machine à vapeur, charbon : la modernité industrielle se dit par les choses. Le passé aussi : en 1830 Christian Thomsen élabore la division classique de la préhistoire entre âge de pierre, âge du bronze et âge de fer. En réalité, les sources d'énergie s'accumulent sans se substituer les unes aux autres. Mais ce phénomène, que Jean-Baptiste Fressoz qualifie d'« ageofism », ne sert pas seulement à penser le passé et le présent ; il permet aussi d'imaginer l'avenir. Dès 1896 Marcelin Berthelot l'affirme : en l'an 2000, l'électricité aura éliminé le charbon et avec lui la question sociale. Dans les années 1950 c'est au tour du nucléaire d'incarner le mythe d'un nouvel âge à venir.
Guide des Revues : Équipements sportifs in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Équipements sportifs Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture sport évolution Note de contenu : Entreprises et Histoire n° 106, avril 2022.
L'histoire économique et matérielle du sport reste en grande partie une terra incognita pour les historiens. Ce numéro ouvre trois pistes de recherche. Stéphane Hadjeras et Paul Dietschy montrent comment les équipementiers de boxe et de football ont fait évoluer la pratique elle-même. Isabelle Gaillard, Ekaterina Kulinicheva et Rachel S. Gross esquissent une histoire des entreprises sportives faisant la part belle aux stratégies commerciales, à l'histoire du genre et à des pays oubliés comme l'URSS. Les cas du vélo, de la doudoune et des sneakers, respectivement étudiés par Daniele Marchesini, Régis Boulat et Thomas Turner croisent enfin sport et mode pour révéler comment les équipements se sont imposés depuis plus d'un siècle comme des incontournables des garde-robes, bien au-delà de leur fonction initiale.
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Mots-clés : revue lecture sport évolution Note de contenu : Entreprises et Histoire n° 106, avril 2022.
L'histoire économique et matérielle du sport reste en grande partie une terra incognita pour les historiens. Ce numéro ouvre trois pistes de recherche. Stéphane Hadjeras et Paul Dietschy montrent comment les équipementiers de boxe et de football ont fait évoluer la pratique elle-même. Isabelle Gaillard, Ekaterina Kulinicheva et Rachel S. Gross esquissent une histoire des entreprises sportives faisant la part belle aux stratégies commerciales, à l'histoire du genre et à des pays oubliés comme l'URSS. Les cas du vélo, de la doudoune et des sneakers, respectivement étudiés par Daniele Marchesini, Régis Boulat et Thomas Turner croisent enfin sport et mode pour révéler comment les équipements se sont imposés depuis plus d'un siècle comme des incontournables des garde-robes, bien au-delà de leur fonction initiale.
Guide des Revues : Lettres de l'étranger / Olivier POSTEL-VINAY in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Lettres de l'étranger Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier POSTEL-VINAY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture lettres Note de contenu : Les guerres civiles russes
On croyait avoir tout écrit sur la Révolution russe. Dans un livre dont la traduction doit paraître en octobre chez Calmann-Lévy, l'historien militaire Antony Beevor montre qu'il reste du grain à moudre, en particulier sur l'implosion de l'Empire russe. Il décrit non pas une mais de multiples guerres civiles, toutes plus sauvages les unes que les autres, ravageant cet immense territoire d'Ouest en Est et du Nord au Sud. Il se pourrait que ces événements aient au total fait plus de victimes que la Première guerre mondiale en Europe occidentale. Les « Alliés », qui tentèrent d'intervenir, sont présentés comme des optimistes impénitents ne comprenant rien à la situation. Churchill en prend pour son grade : si le livre d'Antony Beevor était paru dans les années 1930, écrit le spécialiste de la Russie Donald Rayfield, on ne l'aurait jamais autorisé à conduire l'effort de guerre en 1940.
A lire dans Literary Review, juillet 2022.
Sanctions économiques
En 1919, le président Woodrow Wilson présentait les sanctions comme « quelque chose de plus formidable que la guerre [...]. Appliquez ce remède économique, pacifique, silencieux, mortel, et il ne sera plus besoin de recourir à la force ». Largement partagé, cet enthousiasme ne fut pas seulement démenti par les faits. D'après l'historien Nicholas Mulder, qui a consacré un livre au sujet, sauf dans les Balkans, la menace de sanctions économiques a eu un effet pervers. Le souvenir du blocus allié, jugé à tort décisif d'un point de vue stratégique, poussa Berlin, Rome et Tokyo à rechercher l'autosuffisance. Et les démocraties se mirent alors à craindre qu'un usage plus énergique de l'arme économique entraîne un effet d'escalade.
A lire dans Books, septembre-octobre 2022.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Lettres de l'étranger [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier POSTEL-VINAY, Auteur . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
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Mots-clés : revue lecture lettres Note de contenu : Les guerres civiles russes
On croyait avoir tout écrit sur la Révolution russe. Dans un livre dont la traduction doit paraître en octobre chez Calmann-Lévy, l'historien militaire Antony Beevor montre qu'il reste du grain à moudre, en particulier sur l'implosion de l'Empire russe. Il décrit non pas une mais de multiples guerres civiles, toutes plus sauvages les unes que les autres, ravageant cet immense territoire d'Ouest en Est et du Nord au Sud. Il se pourrait que ces événements aient au total fait plus de victimes que la Première guerre mondiale en Europe occidentale. Les « Alliés », qui tentèrent d'intervenir, sont présentés comme des optimistes impénitents ne comprenant rien à la situation. Churchill en prend pour son grade : si le livre d'Antony Beevor était paru dans les années 1930, écrit le spécialiste de la Russie Donald Rayfield, on ne l'aurait jamais autorisé à conduire l'effort de guerre en 1940.
A lire dans Literary Review, juillet 2022.
Sanctions économiques
En 1919, le président Woodrow Wilson présentait les sanctions comme « quelque chose de plus formidable que la guerre [...]. Appliquez ce remède économique, pacifique, silencieux, mortel, et il ne sera plus besoin de recourir à la force ». Largement partagé, cet enthousiasme ne fut pas seulement démenti par les faits. D'après l'historien Nicholas Mulder, qui a consacré un livre au sujet, sauf dans les Balkans, la menace de sanctions économiques a eu un effet pervers. Le souvenir du blocus allié, jugé à tort décisif d'un point de vue stratégique, poussa Berlin, Rome et Tokyo à rechercher l'autosuffisance. Et les démocraties se mirent alors à craindre qu'un usage plus énergique de l'arme économique entraîne un effet d'escalade.
A lire dans Books, septembre-octobre 2022.
Guide des Revues : Politiques des archives in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Politiques des archives Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture histoire moderne contemporaine Note de contenu : Revue d'histoire moderne et contemporaine n° 69-1, 2022/1.
Coordonné par Anaïs Fléchet et Augustin Jomier, ce dossier est consacré aux politiques des archives contemporaines. Sylvie Thénault traite la guerre d'indépendance algérienne, Florent Piton le Rwanda, Olivier Compagnon l'Amérique latine. Des articles plus originaux complètent le sommaire, comme celui de Sophie Coeuré et Florin Turcanu sur l'ouverture des archives communistes en Roumanie et en Russie. Après 1989, la Roumanie a détruit de nombreux fonds « sensibles », tandis que Russie les rendait accessibles. Ensuite, la tendance s'inverse. Poutine serre la vis. La Roumanie, intégrant l'Otan et l'UE ouvre plus largement l'accès dans les années 2004-2007.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Politiques des archives [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
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Mots-clés : revue lecture histoire moderne contemporaine Note de contenu : Revue d'histoire moderne et contemporaine n° 69-1, 2022/1.
Coordonné par Anaïs Fléchet et Augustin Jomier, ce dossier est consacré aux politiques des archives contemporaines. Sylvie Thénault traite la guerre d'indépendance algérienne, Florent Piton le Rwanda, Olivier Compagnon l'Amérique latine. Des articles plus originaux complètent le sommaire, comme celui de Sophie Coeuré et Florin Turcanu sur l'ouverture des archives communistes en Roumanie et en Russie. Après 1989, la Roumanie a détruit de nombreux fonds « sensibles », tandis que Russie les rendait accessibles. Ensuite, la tendance s'inverse. Poutine serre la vis. La Roumanie, intégrant l'Otan et l'UE ouvre plus largement l'accès dans les années 2004-2007.
Guide des Revues : Vous réglez comment ? in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Vous réglez comment ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture paiement monnaie Note de contenu : Hypothèses n° 23, 2020/1.
Hypothèses consacre son dernier numéro au paiement et, loin du modèle néoclassique de la monnaie comme instrument d'échange unique et universel, les cas d'étude, qui vont de la Grèce archaïque à la Russie tsariste et révolutionnaire en passant par la Gênes du XIIIe siècle, montrent la diversité à la fois des formes et des moyens du paiement. On ne paye pas que des biens et des services, mais aussi des impôts, des amendes, et même des aumônes, avance Skarbimir Prokopek, et ceci aussi bien par monnaie métallique ou scripturaire qu'au moyen de paiements en nature, d'écritures notariales ou de bons d'achat. Des propositions stimulantes qui renouvellent l'histoire économique.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Vous réglez comment ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 87.
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Mots-clés : revue lecture paiement monnaie Note de contenu : Hypothèses n° 23, 2020/1.
Hypothèses consacre son dernier numéro au paiement et, loin du modèle néoclassique de la monnaie comme instrument d'échange unique et universel, les cas d'étude, qui vont de la Grèce archaïque à la Russie tsariste et révolutionnaire en passant par la Gênes du XIIIe siècle, montrent la diversité à la fois des formes et des moyens du paiement. On ne paye pas que des biens et des services, mais aussi des impôts, des amendes, et même des aumônes, avance Skarbimir Prokopek, et ceci aussi bien par monnaie métallique ou scripturaire qu'au moyen de paiements en nature, d'écritures notariales ou de bons d'achat. Des propositions stimulantes qui renouvellent l'histoire économique.
Guide des bandes dessinées : Samouraïs fantastiques / Pascal ORY in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des bandes dessinées : Samouraïs fantastiques Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pascal ORY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 88 Langues : Français (fre) Mots-clés : BD lecture samouraïs exotisme fantastique Note de contenu : Adaptation du Clan des Otori, roman de Lian Hearn se déroulant dans un Japon féodal fantasmé.
On a, dans cette chronique, rendu hommage à une mangaka japonaise, Mari Yamazaki, dont l'oeuvre s'est installée dans la culture occidentale, au point de faire de Pline l'Ancien l'un de ses héros et des Thermae Romae un cadre de scénario. Lian Hearn est dans une situation symétrique.
Son nom est un pseudonyme qui dit beaucoup sur l'auteure. Diplômée d'Oxford en lettres, critique d'art et de cinéma, Gillian (diminutif : Lian) Rubinstein a trouvé l'amour et la littérature en Australie, où elle a adopté le nom de Lafcadio Hearn - un écrivain irlandais du XIXe siècle tellement féru de civilisation japonaise qu'il épouse une fille de samouraï et prend la nationalité de son nouveau pays. Comme lui, elle s'est passionnée pour le Japon et en a appris la langue. En 2001, après avoir publié nombre de livres illustrés pour la jeunesse, elle s'est lancée, à destination des adultes, dans l'écriture d'une saga nourrie de l'histoire et des mythologies japonaises, dans la lignée de La Pierre et le Sabre d'Eiji Yoshikawa ou des mangas de Hiroshi Hirata.
Le Clan des Otori comprend au total cinq volumes. Lian Hearn avait d'abord prévu une trilogie mais, le succès mondial aidant et la passion pour le Japon submergeant tout, il lui a bien fallu écrire ce que la langue du temps et des séries appelle un « préquel » (Le Fil du destin) et un « séquel » (Le Vol du héron), destinés à éclairer le lecteur sur le destin des personnages principaux, le noble Shigeru, le loyal Takeo, l'impérieuse Kaede.
Exotisme et fantastique
L'adaptation en bande dessinée française de la série Otori a été confiée au scénariste Stéphane Melchior et au dessinateur Benjamin Bachelier. L'histoire racontée a l'habileté et la force des bonnes aventures, fondées sur les sentiments simples - l'amitié, le courage, la fidélité -, et animées par les violences et les surprises propres aux drames depuis la nuit des temps.
Lian Hearn a une plume, dont le scénario garde de jolies traces (« la mer, haute muraille sur le point de s'écrouler sur la terre » ; « c'est ainsi qu'entre la cascade et le sommet de la montagne je perdis mon nom »), mais elle a aussi un vrai talent de conteuse, d'autant plus sensible que l'histoire des deux premiers volumes est narrée à la première personne par Takeo. Le secret de sa réussite tient assurément à son imagination romanesque mais aussi à deux ressorts qui définissent bien la spécificité de la saga : l'exotisme et le fantastique.
Toute l'histoire se passe en effet dans un Japon féodal pétri de valeurs aristocratiques, fermé sur lui-même jusqu'à la persécution des « Invisibles » - les premiers chrétiens - et entièrement régi par un système clanique qui fait de la vengeance le principal moteur d'une histoire circulaire. Mais ce Japon-là n'est pas historique. Lian Hearn le recompose à sa guise et, surtout, y introduit des éléments participant de la magie en inventant une « Tribu » aux origines immémoriales, associant saltimbanques, financiers et assassins. Quand toutes ces données sont en place, l'aventure peut commencer et Benjamin Bachelier peut donner libre cours à ton talent graphique. Le mélange des styles produit des effets magiques, entre le cynisme des manoeuvres claniques et le fantastique coloré et inquiétant des membres de la Tribu. Au final, un Japon très éloigné de l'image maîtrisée qu'on en donne souvent. Un doux rêve occidental, certes, mais qui rejoint avec une certaine élégance le cauchemar japonais.
Le Clan des Otori, t. I et II, Le Silence du rossignol, L. Hearn, S. Melchior, B. Bachelier, Gallimard Bande dessinée, 2021.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 88[article] Guide des bandes dessinées : Samouraïs fantastiques [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pascal ORY, Auteur . - 2022 . - p. 88.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 88
Mots-clés : BD lecture samouraïs exotisme fantastique Note de contenu : Adaptation du Clan des Otori, roman de Lian Hearn se déroulant dans un Japon féodal fantasmé.
On a, dans cette chronique, rendu hommage à une mangaka japonaise, Mari Yamazaki, dont l'oeuvre s'est installée dans la culture occidentale, au point de faire de Pline l'Ancien l'un de ses héros et des Thermae Romae un cadre de scénario. Lian Hearn est dans une situation symétrique.
Son nom est un pseudonyme qui dit beaucoup sur l'auteure. Diplômée d'Oxford en lettres, critique d'art et de cinéma, Gillian (diminutif : Lian) Rubinstein a trouvé l'amour et la littérature en Australie, où elle a adopté le nom de Lafcadio Hearn - un écrivain irlandais du XIXe siècle tellement féru de civilisation japonaise qu'il épouse une fille de samouraï et prend la nationalité de son nouveau pays. Comme lui, elle s'est passionnée pour le Japon et en a appris la langue. En 2001, après avoir publié nombre de livres illustrés pour la jeunesse, elle s'est lancée, à destination des adultes, dans l'écriture d'une saga nourrie de l'histoire et des mythologies japonaises, dans la lignée de La Pierre et le Sabre d'Eiji Yoshikawa ou des mangas de Hiroshi Hirata.
Le Clan des Otori comprend au total cinq volumes. Lian Hearn avait d'abord prévu une trilogie mais, le succès mondial aidant et la passion pour le Japon submergeant tout, il lui a bien fallu écrire ce que la langue du temps et des séries appelle un « préquel » (Le Fil du destin) et un « séquel » (Le Vol du héron), destinés à éclairer le lecteur sur le destin des personnages principaux, le noble Shigeru, le loyal Takeo, l'impérieuse Kaede.
Exotisme et fantastique
L'adaptation en bande dessinée française de la série Otori a été confiée au scénariste Stéphane Melchior et au dessinateur Benjamin Bachelier. L'histoire racontée a l'habileté et la force des bonnes aventures, fondées sur les sentiments simples - l'amitié, le courage, la fidélité -, et animées par les violences et les surprises propres aux drames depuis la nuit des temps.
Lian Hearn a une plume, dont le scénario garde de jolies traces (« la mer, haute muraille sur le point de s'écrouler sur la terre » ; « c'est ainsi qu'entre la cascade et le sommet de la montagne je perdis mon nom »), mais elle a aussi un vrai talent de conteuse, d'autant plus sensible que l'histoire des deux premiers volumes est narrée à la première personne par Takeo. Le secret de sa réussite tient assurément à son imagination romanesque mais aussi à deux ressorts qui définissent bien la spécificité de la saga : l'exotisme et le fantastique.
Toute l'histoire se passe en effet dans un Japon féodal pétri de valeurs aristocratiques, fermé sur lui-même jusqu'à la persécution des « Invisibles » - les premiers chrétiens - et entièrement régi par un système clanique qui fait de la vengeance le principal moteur d'une histoire circulaire. Mais ce Japon-là n'est pas historique. Lian Hearn le recompose à sa guise et, surtout, y introduit des éléments participant de la magie en inventant une « Tribu » aux origines immémoriales, associant saltimbanques, financiers et assassins. Quand toutes ces données sont en place, l'aventure peut commencer et Benjamin Bachelier peut donner libre cours à ton talent graphique. Le mélange des styles produit des effets magiques, entre le cynisme des manoeuvres claniques et le fantastique coloré et inquiétant des membres de la Tribu. Au final, un Japon très éloigné de l'image maîtrisée qu'on en donne souvent. Un doux rêve occidental, certes, mais qui rejoint avec une certaine élégance le cauchemar japonais.
Le Clan des Otori, t. I et II, Le Silence du rossignol, L. Hearn, S. Melchior, B. Bachelier, Gallimard Bande dessinée, 2021.
Guide des Classiques : « L'Heure qu'il est » de David S. Landes / Laurent Vidal in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Classiques : « L'Heure qu'il est » de David S. Landes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Laurent Vidal, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 89 Langues : Français (fre) Mots-clés : classique lecture temps heure mesure Note de contenu : Un ouvrage pionnier sur la mesure du temps et son exploitation par l'Occident.
LA THÈSE
Les grands livres naissent parfois du hasard. C'est par simple curiosité pour la montre à répétition d'un collègue (une montre qui sonne les minutes, les quarts d'heure et les heures), que David S. Landes s'intéresse à cet objet peu banal, puis le collectionne, avant de se passionner pour l'histoire de la mesure du temps. L'Heure qu'il est, ouvrage aussi monumental que magistral, est ainsi l'aboutissement de plus d'une décennie d'enquête. Publié d'abord aux États-Unis en 1983, il a ensuite été largement amendé et augmenté en vue de l'édition française de 1987 chez Gallimard. Abordée comme un fait historique total, la mesure du temps est examinée sous trois points de vue : d'abord, une étude d'histoire culturelle mobilisée par une interrogation (pourquoi l'horloge mécanique a-t-elle été inventée en Europe et non en Chine ?) ; ensuite, un essai d'histoire des sciences et des techniques (comment est-on passé de garde-temps grossiers et approximatifs à des instruments de haute précision ?) ; et, enfin, un exercice d'histoire économique consacré aux différents acteurs impliqués dans l'histoire de cette industrie manufacturière (qui a fabriqué ces instruments ? comment ? qui s'en est servi ?).
Dans cette dernière partie (« La facture du temps »), la plus longue de l'ouvrage, c'est une remarque de l'historien des sciences Lewis Mumford (« La consommation d'horloges et de montres pourrait bien être le meilleur indice de la modernisation ») qui sert d'aiguillon à David S. Landes. Et de démontrer comment l'horloge mécanique, au XIIIe siècle, a permis qu'émerge « une civilisation attentive au temps, donc à la productivité et la performance ». En somme, la maîtrise, le contrôle et la synchronisation des rythmes de production et d'échanges sont au coeur de l'invention de la modernité chrétienne puis industrielle.
CE QU'IL EN RESTE
En relisant cet ouvrage aujourd'hui, c'est avant tout la première partie (« Trouver le temps ») qui attire l'attention, anticipant des débats qui sous-tendent les questionnements actuels en histoire globale et connectée. Ici, c'est avec le sinologue Joseph Needham que Landes dialogue, pour une interrogation, à l'époque novatrice : comment une invention chinoise, l'horloge mécanique, fut oubliée puis inventée en Europe avant de revenir en Chine ? Près de quarante ans plus tard, les arguments d'explication en faveur de l'invention en Europe semblent reposer sur un postulat pour le moins fragile : le « besoin », depuis celui du clergé monastique jusqu'à celui des populations urbaines. Comment suivre l'auteur lorsqu'il explique à grands traits que les autres religions monothéistes ne sont guère intéressées aux avancées technologiques des garde-temps parce que « la prière [...] n'a pas besoin d'être collective ni simultanée » ? Il en va de même pour l'empire du Milieu, où l'horloge hydraulique fut délaissée puisqu'il « n'importait pas de connaître l'heure avec précision ».
Ces remarques ne remettent toutefois nullement en question la force de cet ouvrage pionnier, où la mesure du temps équivaut à la mesure des sociétés, ouvrage dans le sillon duquel a pris forme un vaste champ d'études, notamment pour l'histoire culturelle des rythmes.
*Laurent Vidal est professeur à l'université de La Rochelle
David Saul Landes
Historien de l'économie, professeur à Harvard, David S. Landes (1924-2013) était un spécialiste de l'histoire économique de l'Europe moderne et de l'histoire technique. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Banquiers et pachas. Finance internationale et impérialisme économique en Égypte (1958) ; L'Europe technicienne ou Le Prométhée libéré (1969), il assumait, dans l'un de ses derniers ouvrages, Richesse et pauvreté des nations (1998), une vision clairement « eurocentriste » : la domination occidentale sur le reste du monde serait le fruit de l'éclatante supériorité culturelle des Européens, qui ont « inventé l'invention » (selon son aphorisme fameux). Une position qui a suscité de nombreuses critiques.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 89[article] Guide des Classiques : « L'Heure qu'il est » de David S. Landes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Laurent Vidal, Auteur . - 2022 . - p. 89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 89
Mots-clés : classique lecture temps heure mesure Note de contenu : Un ouvrage pionnier sur la mesure du temps et son exploitation par l'Occident.
LA THÈSE
Les grands livres naissent parfois du hasard. C'est par simple curiosité pour la montre à répétition d'un collègue (une montre qui sonne les minutes, les quarts d'heure et les heures), que David S. Landes s'intéresse à cet objet peu banal, puis le collectionne, avant de se passionner pour l'histoire de la mesure du temps. L'Heure qu'il est, ouvrage aussi monumental que magistral, est ainsi l'aboutissement de plus d'une décennie d'enquête. Publié d'abord aux États-Unis en 1983, il a ensuite été largement amendé et augmenté en vue de l'édition française de 1987 chez Gallimard. Abordée comme un fait historique total, la mesure du temps est examinée sous trois points de vue : d'abord, une étude d'histoire culturelle mobilisée par une interrogation (pourquoi l'horloge mécanique a-t-elle été inventée en Europe et non en Chine ?) ; ensuite, un essai d'histoire des sciences et des techniques (comment est-on passé de garde-temps grossiers et approximatifs à des instruments de haute précision ?) ; et, enfin, un exercice d'histoire économique consacré aux différents acteurs impliqués dans l'histoire de cette industrie manufacturière (qui a fabriqué ces instruments ? comment ? qui s'en est servi ?).
Dans cette dernière partie (« La facture du temps »), la plus longue de l'ouvrage, c'est une remarque de l'historien des sciences Lewis Mumford (« La consommation d'horloges et de montres pourrait bien être le meilleur indice de la modernisation ») qui sert d'aiguillon à David S. Landes. Et de démontrer comment l'horloge mécanique, au XIIIe siècle, a permis qu'émerge « une civilisation attentive au temps, donc à la productivité et la performance ». En somme, la maîtrise, le contrôle et la synchronisation des rythmes de production et d'échanges sont au coeur de l'invention de la modernité chrétienne puis industrielle.
CE QU'IL EN RESTE
En relisant cet ouvrage aujourd'hui, c'est avant tout la première partie (« Trouver le temps ») qui attire l'attention, anticipant des débats qui sous-tendent les questionnements actuels en histoire globale et connectée. Ici, c'est avec le sinologue Joseph Needham que Landes dialogue, pour une interrogation, à l'époque novatrice : comment une invention chinoise, l'horloge mécanique, fut oubliée puis inventée en Europe avant de revenir en Chine ? Près de quarante ans plus tard, les arguments d'explication en faveur de l'invention en Europe semblent reposer sur un postulat pour le moins fragile : le « besoin », depuis celui du clergé monastique jusqu'à celui des populations urbaines. Comment suivre l'auteur lorsqu'il explique à grands traits que les autres religions monothéistes ne sont guère intéressées aux avancées technologiques des garde-temps parce que « la prière [...] n'a pas besoin d'être collective ni simultanée » ? Il en va de même pour l'empire du Milieu, où l'horloge hydraulique fut délaissée puisqu'il « n'importait pas de connaître l'heure avec précision ».
Ces remarques ne remettent toutefois nullement en question la force de cet ouvrage pionnier, où la mesure du temps équivaut à la mesure des sociétés, ouvrage dans le sillon duquel a pris forme un vaste champ d'études, notamment pour l'histoire culturelle des rythmes.
*Laurent Vidal est professeur à l'université de La Rochelle
David Saul Landes
Historien de l'économie, professeur à Harvard, David S. Landes (1924-2013) était un spécialiste de l'histoire économique de l'Europe moderne et de l'histoire technique. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Banquiers et pachas. Finance internationale et impérialisme économique en Égypte (1958) ; L'Europe technicienne ou Le Prométhée libéré (1969), il assumait, dans l'un de ses derniers ouvrages, Richesse et pauvreté des nations (1998), une vision clairement « eurocentriste » : la domination occidentale sur le reste du monde serait le fruit de l'éclatante supériorité culturelle des Européens, qui ont « inventé l'invention » (selon son aphorisme fameux). Une position qui a suscité de nombreuses critiques.
Guide des Sorties : Expositions - L'industrie et nous / François Mathou in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Expositions - L'industrie et nous Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : François Mathou, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 90-91 Langues : Français (fre) Mots-clés : expositions industrialisation cité des sciences Note de contenu : La Cité des sciences et de l'industrie s'interroge sur les effets de l'industrialisation.
Ceux qui s'attendraient à une nouvelle rétrospective historique sur la révolution industrielle seront surpris : le propos de l'exposition « Évolutions industrielles » abritée par la Cité des Sciences et de l'Industrie est à la fois plus large et beaucoup plus original. D'abord parce qu'il se construit au gré d'un parcours, où l'expérience esthétique l'emporte largement sur l'exposé didactique classique. L'exposition prend ainsi la forme d'une succession de sept salles thématiques, qui sont autant de mises en situation sonores et visuelles où se mêlent des éléments empruntés à toutes les époques.
Dès la première salle, intitulée « Du fog au cloud », où le visiteur se retrouve face à une succession de grands écrans qui diffusent à allure rapide des images de travailleurs et de paysages industriels de différentes époques, sur fond de musique techno. Quelques mètres plus loin, un « Appartement augmenté » donne à voir de manière sensible le gigantisme des processus de production qui se cachent derrière les objets familiers de notre quotidien, grâce à une série de films projetés sur des écrans en verre.
Dans ce spectacle audiovisuel, le propos historique est cependant bien présent. Les quelques panneaux explicatifs qui jalonnent le parcours proposent d'utiles mises au point sur certains « mythes » historiographiques, de la « révolution industrielle » qui n'en fut pas une à la « transition énergétique » qui a toujours existé, en passant par la trompeuse « désindustrialisation » contemporaine. La troisième salle propose même un exposé historique précis sur les « Transformations » industrielles, grâce à un dispositif lenticulaire ingénieux qui montre les différentes étapes de la croissance de l'usine Peugeot à Sochaux depuis le début du XXe siècle. En face, des loges individuelles équipées d'enregistrements sonores permettent de découvrir l'histoire de sept objets symboliques de l'industrialisation, de la boîte de conserve au circuit intégré.
L'inquiétant « effet rebond »
De ce dispositif émerge une idée fondamentale : outil d'émancipation et d'amélioration des conditions de vie, l'industrie est aussi un instrument de contrainte et d'asservissement. Dans la quatrième salle, une vingtaine de costumes de travailleurs de l'industrie sont suspendus au plafond, au-dessus d'une table centrale où le visiteur peut écouter sept témoignages audios qui disent à la fois la fierté du travail ouvrier et les fatigues morales et physiques qui l'accompagnent. Plus loin, une installation monumentale propose une traduction visuelle de l'inquiétant « effet rebond », qui veut que toute innovation technologique améliorant l'efficacité énergétique d'une machine se traduise en retour par une augmentation de la consommation totale d'énergie. Le débat se prolonge avec un film humoristique mettant en scène une discussion imaginaire entre plusieurs personnages historiques sur les effets de l'industrialisation.
Le dispositif final résume à merveille ce propos esthétique et scientifique : trois écrans placés en arc de cercle y diffusent à un rythme vertigineux une série d'images et de données chiffrées sur les infrastructures du numérique. Fascination face au génie technologique de l'esprit humain, angoisse devant une planète enserrée par des milliers de câbles et de satellites : c'est sur un sentiment mêlé que se clôt cette exposition, qui interroge, autant qu'elle donne à voir, les effets de l'industrie sur nos sociétés.
À VOIR
Évolutions industrielles jusqu'au 5 mars 2023 à la Cité des sciences et de l'industrie, Paris.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 90-91[article] Guide des Sorties : Expositions - L'industrie et nous [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / François Mathou, Auteur . - 2022 . - p. 90-91.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 90-91
Mots-clés : expositions industrialisation cité des sciences Note de contenu : La Cité des sciences et de l'industrie s'interroge sur les effets de l'industrialisation.
Ceux qui s'attendraient à une nouvelle rétrospective historique sur la révolution industrielle seront surpris : le propos de l'exposition « Évolutions industrielles » abritée par la Cité des Sciences et de l'Industrie est à la fois plus large et beaucoup plus original. D'abord parce qu'il se construit au gré d'un parcours, où l'expérience esthétique l'emporte largement sur l'exposé didactique classique. L'exposition prend ainsi la forme d'une succession de sept salles thématiques, qui sont autant de mises en situation sonores et visuelles où se mêlent des éléments empruntés à toutes les époques.
Dès la première salle, intitulée « Du fog au cloud », où le visiteur se retrouve face à une succession de grands écrans qui diffusent à allure rapide des images de travailleurs et de paysages industriels de différentes époques, sur fond de musique techno. Quelques mètres plus loin, un « Appartement augmenté » donne à voir de manière sensible le gigantisme des processus de production qui se cachent derrière les objets familiers de notre quotidien, grâce à une série de films projetés sur des écrans en verre.
Dans ce spectacle audiovisuel, le propos historique est cependant bien présent. Les quelques panneaux explicatifs qui jalonnent le parcours proposent d'utiles mises au point sur certains « mythes » historiographiques, de la « révolution industrielle » qui n'en fut pas une à la « transition énergétique » qui a toujours existé, en passant par la trompeuse « désindustrialisation » contemporaine. La troisième salle propose même un exposé historique précis sur les « Transformations » industrielles, grâce à un dispositif lenticulaire ingénieux qui montre les différentes étapes de la croissance de l'usine Peugeot à Sochaux depuis le début du XXe siècle. En face, des loges individuelles équipées d'enregistrements sonores permettent de découvrir l'histoire de sept objets symboliques de l'industrialisation, de la boîte de conserve au circuit intégré.
L'inquiétant « effet rebond »
De ce dispositif émerge une idée fondamentale : outil d'émancipation et d'amélioration des conditions de vie, l'industrie est aussi un instrument de contrainte et d'asservissement. Dans la quatrième salle, une vingtaine de costumes de travailleurs de l'industrie sont suspendus au plafond, au-dessus d'une table centrale où le visiteur peut écouter sept témoignages audios qui disent à la fois la fierté du travail ouvrier et les fatigues morales et physiques qui l'accompagnent. Plus loin, une installation monumentale propose une traduction visuelle de l'inquiétant « effet rebond », qui veut que toute innovation technologique améliorant l'efficacité énergétique d'une machine se traduise en retour par une augmentation de la consommation totale d'énergie. Le débat se prolonge avec un film humoristique mettant en scène une discussion imaginaire entre plusieurs personnages historiques sur les effets de l'industrialisation.
Le dispositif final résume à merveille ce propos esthétique et scientifique : trois écrans placés en arc de cercle y diffusent à un rythme vertigineux une série d'images et de données chiffrées sur les infrastructures du numérique. Fascination face au génie technologique de l'esprit humain, angoisse devant une planète enserrée par des milliers de câbles et de satellites : c'est sur un sentiment mêlé que se clôt cette exposition, qui interroge, autant qu'elle donne à voir, les effets de l'industrie sur nos sociétés.
À VOIR
Évolutions industrielles jusqu'au 5 mars 2023 à la Cité des sciences et de l'industrie, Paris.
Guide des Sorties : Expositions - Amer café / Huguette MEUNIER in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Expositions - Amer café Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Huguette MEUNIER, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 92 Langues : Français (fre) Mots-clés : expositions café esclaves Ile de Bourbon Note de contenu : Si les Européens succombent au plaisir du café, ils le doivent d'abord au travail des esclaves.
C'est au XVIIe siècle que la mode du café gagne l'Europe, dans des lieux spécialement dédiés à sa dégustation et qui prennent son nom, ou dans les intérieurs aristocratiques puis bourgeois et enfin populaires. La Compagnie des Indes, créée sous Louis XIV, entend tirer profit de ce produit tropical, en l'acclimatant sur l'île Bourbon (actuelle Réunion) dont elle assure la gouvernance : les caféiers y sont introduits en 1715.
L'île et ses habitants basculent alors dans une économie de plantation esclavagiste (une maquette spécialement conçue pour l'exposition en reconstitue un exemple parlant) : au milieu du XVIIIe siècle, sur 15 000 habitants, 80 % sont des esclaves, travaillant pour la plupart dans les 580 caféières.
La consommation de café suscite en métropole la création d'ustensiles spécifiques : brûloirs, moulins divers, cylindriques, carrés, en forme de sablier, verseuses, sucriers, fontaines à café et, bien sûr, des services importés en porcelaine chinoise ou japonaise. Une exceptionnelle collection montre plus de 300 tasses de commande, fabriquées en Chine mais peintes aux armes des acheteurs (la famille Lambert, la famille Walker) ou représentant des décors improbables, telle une « scène de port » agrémentée de personnages vêtus à l'occidentale. Un exemple de mondialisation à l'Époque moderne.
À VOIR
Café, plaisir au goût d'amertume jusqu'au 15 décembre au musée de la Compagnie des Indes, Port-Louis (56).
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 92[article] Guide des Sorties : Expositions - Amer café [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Huguette MEUNIER, Auteur . - 2022 . - p. 92.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 92
Mots-clés : expositions café esclaves Ile de Bourbon Note de contenu : Si les Européens succombent au plaisir du café, ils le doivent d'abord au travail des esclaves.
C'est au XVIIe siècle que la mode du café gagne l'Europe, dans des lieux spécialement dédiés à sa dégustation et qui prennent son nom, ou dans les intérieurs aristocratiques puis bourgeois et enfin populaires. La Compagnie des Indes, créée sous Louis XIV, entend tirer profit de ce produit tropical, en l'acclimatant sur l'île Bourbon (actuelle Réunion) dont elle assure la gouvernance : les caféiers y sont introduits en 1715.
L'île et ses habitants basculent alors dans une économie de plantation esclavagiste (une maquette spécialement conçue pour l'exposition en reconstitue un exemple parlant) : au milieu du XVIIIe siècle, sur 15 000 habitants, 80 % sont des esclaves, travaillant pour la plupart dans les 580 caféières.
La consommation de café suscite en métropole la création d'ustensiles spécifiques : brûloirs, moulins divers, cylindriques, carrés, en forme de sablier, verseuses, sucriers, fontaines à café et, bien sûr, des services importés en porcelaine chinoise ou japonaise. Une exceptionnelle collection montre plus de 300 tasses de commande, fabriquées en Chine mais peintes aux armes des acheteurs (la famille Lambert, la famille Walker) ou représentant des décors improbables, telle une « scène de port » agrémentée de personnages vêtus à l'occidentale. Un exemple de mondialisation à l'Époque moderne.
À VOIR
Café, plaisir au goût d'amertume jusqu'au 15 décembre au musée de la Compagnie des Indes, Port-Louis (56).
Guide des Sorties : Cinéma - Ridiculiser la nomenklatura / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Ridiculiser la nomenklatura Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 94-95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma féministe tchèque 1960 scandale Note de contenu : Impertinent et féministe, symbole de la nouvelle vague tchèque des années 1960, Les Petites Marguerites de Vera Chytilová ressort en salles.
Quelle chance de voir ou revoir cette merveille retrouvée et restaurée de la nouvelle vague tchèque des années 1960 ! Avec Les Petites Marguerites, Vera Chytilová propose en 1966 un pamphlet dévastateur : féministe, d'une inventivité et d'une audace folles, un film de rire et de fracas, impertinent et d'une liberté de tous les plans. Les deux Marie, qui s'ennuient ferme dans la Tchécoslovaquie socialiste, mais surtout grise, ronronnante et corsetée, décident de s'amuser avec les valeurs et les idées du moment. Mais d'abord avec les hommes, et surtout les plus vieux, ceux du pouvoir et des places privilégiées. Dès lors, leur occupation favorite consiste à se faire inviter au restaurant, puis à éconduire prestement les mâles trop empressés en les tournant en dérision, en les soumettant à l'épreuve de leur carnaval. Leur délire, très vite, va de plus en plus loin, jouant à fond le jeu du chaos, semant désordres et scandales dans des lieux publics.
Pour se justifier de ce fameux complot contre l'ordre établi, Vera Chytilová a lancé : « Je me souviens qu'aux examens d'entrée à la Famu [l'école de cinéma de Prague], on m'a demandé pourquoi je voulais faire des films, et j'ai répondu "Parce que les films qu'on fait aujourd'hui ne me plaisent pas." Je les trouvais ennuyeux, trop scolaires, parfaits dans leur académisme. Car moi-même, je suis imparfaite. Ce qui m'amuse, c'est l'improvisation, c'est d'inventer autre chose encore que le scénario. J'ai toujours été à l'affût de ce qui se passait autour du plateau, à la recherche d'éléments inattendus. J'ai toujours su ceci : qu'il n'y a pas de règles. »
Pamphlet dévastateur
Le film s'inscrit à sa manière dans le contexte effervescent du milieu des années 1960 à Prague, quand des écrivains comme Milan Kundera, Ludvík Vaculík, Ivan Klíma, réunis autour de la revue culturelle Literární noviny, remettent en cause la nature dictatoriale du système. A son tour, une nouvelle génération de cinéastes, formée à la Famu, entre dans la danse de la contestation : Milo Forman, Jirí Menzel, Ivan Passer, Jan Nemec... Vera Chytilová est la jeune égérie du mouvement, celle qui allume l'étincelle. Influencés par la Nouvelle Vague française, ils parviennent à aborder la réalité sociale à travers la comédie grinçante et douce-amère, suivant des personnages excentriques ou à la marge confrontés aux pesanteurs des conventions sociétales. Les Amours d'une blonde ou Au feu, les pompiers ! de Milo Forman, Trains étroitement surveillés de Jirí Menzel, illustrent parfaitement ce décalage, s'octroyant une large reconnaissance internationale lors de leur présentation dans les festivals du monde entier.
Vera Chytilová tourne un premier film « réaliste », quasi un documentaire de cinéma-vérité, Un sac de puces, avant de lancer son pamphlet dévastateur. Mais c'est l'inventivité de chaque plan qui fait des Petites Marguerites l'emblème mythique et culte du Printemps de Prague. Le film scandalise la nomenklatura et époustoufle la jeune critique occidentale par sa liberté de ton et son insolence. Tout est en mouvement : la forme, la mise en scène, les couleurs, le montage, mais surtout les corps, qui ne tiennent pas en place et semblent toujours chercher à sauter dans le plan suivant. Enfin, la bande-son, brillante et déjantée, résolument moderniste, renforce cette impression d'une oeuvre sans transition, insaisissable, traversant les images, les situations et les idées en quatrième vitesse.
Avec le temps, l'oeuvre connaît une ultime et étrange métamorphose : elle gagne en force à chaque vision. Ce qui autrefois semblait passer trop vite a conquis son véritable rythme, plus serein et assuré, celui de l'histoire, qui précipite dans l'oubli ou au contraire préserve. Le film de Vera Chytilová est tout simplement devenu un chef-d'oeuvre.
À VOIR
Les Petites Marguerites V. Chytilová (1966), en salle.
PROJECTION
Projection du film Les Petites Marguerites de Vera Chytilová le 15 septembre 2022 à 20h au cinéma Reflet Médicis.
La séance sera suivie d'une discussion avec Mathieu Macheret, critique de cinéma, et Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma.
30 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Cinéma Reflet Médicis
3, rue Champollion, 75005 Paris
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 94-95[article] Guide des Sorties : Cinéma - Ridiculiser la nomenklatura [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2022 . - p. 94-95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 94-95
Mots-clés : cinéma féministe tchèque 1960 scandale Note de contenu : Impertinent et féministe, symbole de la nouvelle vague tchèque des années 1960, Les Petites Marguerites de Vera Chytilová ressort en salles.
Quelle chance de voir ou revoir cette merveille retrouvée et restaurée de la nouvelle vague tchèque des années 1960 ! Avec Les Petites Marguerites, Vera Chytilová propose en 1966 un pamphlet dévastateur : féministe, d'une inventivité et d'une audace folles, un film de rire et de fracas, impertinent et d'une liberté de tous les plans. Les deux Marie, qui s'ennuient ferme dans la Tchécoslovaquie socialiste, mais surtout grise, ronronnante et corsetée, décident de s'amuser avec les valeurs et les idées du moment. Mais d'abord avec les hommes, et surtout les plus vieux, ceux du pouvoir et des places privilégiées. Dès lors, leur occupation favorite consiste à se faire inviter au restaurant, puis à éconduire prestement les mâles trop empressés en les tournant en dérision, en les soumettant à l'épreuve de leur carnaval. Leur délire, très vite, va de plus en plus loin, jouant à fond le jeu du chaos, semant désordres et scandales dans des lieux publics.
Pour se justifier de ce fameux complot contre l'ordre établi, Vera Chytilová a lancé : « Je me souviens qu'aux examens d'entrée à la Famu [l'école de cinéma de Prague], on m'a demandé pourquoi je voulais faire des films, et j'ai répondu "Parce que les films qu'on fait aujourd'hui ne me plaisent pas." Je les trouvais ennuyeux, trop scolaires, parfaits dans leur académisme. Car moi-même, je suis imparfaite. Ce qui m'amuse, c'est l'improvisation, c'est d'inventer autre chose encore que le scénario. J'ai toujours été à l'affût de ce qui se passait autour du plateau, à la recherche d'éléments inattendus. J'ai toujours su ceci : qu'il n'y a pas de règles. »
Pamphlet dévastateur
Le film s'inscrit à sa manière dans le contexte effervescent du milieu des années 1960 à Prague, quand des écrivains comme Milan Kundera, Ludvík Vaculík, Ivan Klíma, réunis autour de la revue culturelle Literární noviny, remettent en cause la nature dictatoriale du système. A son tour, une nouvelle génération de cinéastes, formée à la Famu, entre dans la danse de la contestation : Milo Forman, Jirí Menzel, Ivan Passer, Jan Nemec... Vera Chytilová est la jeune égérie du mouvement, celle qui allume l'étincelle. Influencés par la Nouvelle Vague française, ils parviennent à aborder la réalité sociale à travers la comédie grinçante et douce-amère, suivant des personnages excentriques ou à la marge confrontés aux pesanteurs des conventions sociétales. Les Amours d'une blonde ou Au feu, les pompiers ! de Milo Forman, Trains étroitement surveillés de Jirí Menzel, illustrent parfaitement ce décalage, s'octroyant une large reconnaissance internationale lors de leur présentation dans les festivals du monde entier.
Vera Chytilová tourne un premier film « réaliste », quasi un documentaire de cinéma-vérité, Un sac de puces, avant de lancer son pamphlet dévastateur. Mais c'est l'inventivité de chaque plan qui fait des Petites Marguerites l'emblème mythique et culte du Printemps de Prague. Le film scandalise la nomenklatura et époustoufle la jeune critique occidentale par sa liberté de ton et son insolence. Tout est en mouvement : la forme, la mise en scène, les couleurs, le montage, mais surtout les corps, qui ne tiennent pas en place et semblent toujours chercher à sauter dans le plan suivant. Enfin, la bande-son, brillante et déjantée, résolument moderniste, renforce cette impression d'une oeuvre sans transition, insaisissable, traversant les images, les situations et les idées en quatrième vitesse.
Avec le temps, l'oeuvre connaît une ultime et étrange métamorphose : elle gagne en force à chaque vision. Ce qui autrefois semblait passer trop vite a conquis son véritable rythme, plus serein et assuré, celui de l'histoire, qui précipite dans l'oubli ou au contraire préserve. Le film de Vera Chytilová est tout simplement devenu un chef-d'oeuvre.
À VOIR
Les Petites Marguerites V. Chytilová (1966), en salle.
PROJECTION
Projection du film Les Petites Marguerites de Vera Chytilová le 15 septembre 2022 à 20h au cinéma Reflet Médicis.
La séance sera suivie d'une discussion avec Mathieu Macheret, critique de cinéma, et Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma.
30 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Cinéma Reflet Médicis
3, rue Champollion, 75005 Paris
Guide des Sorties : Cinéma - Retour à Babi Yar / Annette WIEVIORKA in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Retour à Babi Yar Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Annette WIEVIORKA, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma juifs massacre Note de contenu : 33 771 Juifs ont été assassinés dans un ravin près de Kiev. Sergei Loznitsa retrace le contexte de la tragédie.
Les 29 et 30 septembre 1941, le Sonderkommando 4a du Einsatzgruppe C, avec l'aide de deux bataillons du Régiment de Police Sud et de la Police auxiliaire ukrainienne, a abattu, sans la moindre résistance de la population locale, 33 771 Juifs dans le ravin de Babi Yar, situé au nord-ouest de Kiev. Le film reconstitue le contexte de cette tragédie à travers des images d'archives documentant l'occupation allemande et la décennie qui a suivi. Lorsque la mémoire s'efface, lorsque le passé projette son ombre sur le futur, le cinéma est la voix qui peut exprimer la vérité. »
Le réalisateur Sergueï Loznitsa présente ainsi son film d'archives superbement restaurées : images de propagande nazie ou soviétique, films d'amateurs tournés par les Allemands occupant Kiev, la plus grande partie étant inédite. Le documentaire est chronologique, de l'invasion de l'Ukraine par la Wehrmacht le 22 juin 1941, jusqu'à la construction, en 1952, d'un barrage sur le site du massacre qui est ainsi comblé. Hormis le son direct, aucune voix off, seule une bande-son très sophistiquée accompagne le récit. Certaines séquences sont saisissantes : celles du pogrom de Lemberg (Lviv) du 1er juillet 1941 ; celles du procès tenu en janvier 1946 à Kiev pour les « atrocités commises par les envahisseurs fascistes sur le territoire de l'Ukraine soviétique » ; celle de la pendaison publique des condamnés devant une foule excitée.
Bombes à retardement
Si ce film montre, il n'explique pas, ni les événements, ni l'origine de l'archive même si en son milieu un carton donne à lire le bouleversant texte de Vassili Grossman, L'Ukraine sans Juifs, qui donne sens à l'oeuvre. Sergueï Loznitsa mise sur la capacité du spectateur à sentir et comprendre. Mais cette confiance est peut-être excessive et se heurte aux limites de la connaissance des événements. Un seul exemple : les images (fortement sonorisées) des explosions et incendies dans le centre-ville de Kiev quelques jours après l'entrée des troupes nazies dans la ville. Comment le spectateur peut-il comprendre le sens de ces explosions et savoir que les Soviétiques avaient laissé dans les bâtiments dont ils anticipaient que les nazis y installeraient leur administration des bombes à retardement ?
À VOIR
Babi Yar. Context, S. Loznitsa, en salle le 14 septembre 2022.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 95[article] Guide des Sorties : Cinéma - Retour à Babi Yar [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Annette WIEVIORKA, Auteur . - 2022 . - p. 95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 95
Mots-clés : cinéma juifs massacre Note de contenu : 33 771 Juifs ont été assassinés dans un ravin près de Kiev. Sergei Loznitsa retrace le contexte de la tragédie.
Les 29 et 30 septembre 1941, le Sonderkommando 4a du Einsatzgruppe C, avec l'aide de deux bataillons du Régiment de Police Sud et de la Police auxiliaire ukrainienne, a abattu, sans la moindre résistance de la population locale, 33 771 Juifs dans le ravin de Babi Yar, situé au nord-ouest de Kiev. Le film reconstitue le contexte de cette tragédie à travers des images d'archives documentant l'occupation allemande et la décennie qui a suivi. Lorsque la mémoire s'efface, lorsque le passé projette son ombre sur le futur, le cinéma est la voix qui peut exprimer la vérité. »
Le réalisateur Sergueï Loznitsa présente ainsi son film d'archives superbement restaurées : images de propagande nazie ou soviétique, films d'amateurs tournés par les Allemands occupant Kiev, la plus grande partie étant inédite. Le documentaire est chronologique, de l'invasion de l'Ukraine par la Wehrmacht le 22 juin 1941, jusqu'à la construction, en 1952, d'un barrage sur le site du massacre qui est ainsi comblé. Hormis le son direct, aucune voix off, seule une bande-son très sophistiquée accompagne le récit. Certaines séquences sont saisissantes : celles du pogrom de Lemberg (Lviv) du 1er juillet 1941 ; celles du procès tenu en janvier 1946 à Kiev pour les « atrocités commises par les envahisseurs fascistes sur le territoire de l'Ukraine soviétique » ; celle de la pendaison publique des condamnés devant une foule excitée.
Bombes à retardement
Si ce film montre, il n'explique pas, ni les événements, ni l'origine de l'archive même si en son milieu un carton donne à lire le bouleversant texte de Vassili Grossman, L'Ukraine sans Juifs, qui donne sens à l'oeuvre. Sergueï Loznitsa mise sur la capacité du spectateur à sentir et comprendre. Mais cette confiance est peut-être excessive et se heurte aux limites de la connaissance des événements. Un seul exemple : les images (fortement sonorisées) des explosions et incendies dans le centre-ville de Kiev quelques jours après l'entrée des troupes nazies dans la ville. Comment le spectateur peut-il comprendre le sens de ces explosions et savoir que les Soviétiques avaient laissé dans les bâtiments dont ils anticipaient que les nazis y installeraient leur administration des bombes à retardement ?
À VOIR
Babi Yar. Context, S. Loznitsa, en salle le 14 septembre 2022.
Guide Médias - Radio-télé, podcasts in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide Médias - Radio-télé, podcasts Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 96 Langues : Français (fre) Mots-clés : radio podcast culture Note de contenu :
Concordance des temps
Le 3 septembre Claude Rétat évoque Louise Michel. Le 10, Martin Aurell se penche sur les chevaliers de la table ronde. Le 17, Joël Cornette aborde l'absolutisme de 1515 à 1715.
Tous les samedis à 10 heures sur France Culture.
Rafle du Vél'd'Hiv
La Rafle du Vél'd'Hiv : une affaire d'État. En 8 épisodes de 20 minutes, le podcast de Stéphanie Duncan réalisé par Anne Lhioreau revient sur l'événement devenu symbole de la collaboration du régime de Vichy avec l'occupant nazi. Archives, extraits de films et témoignages scandent le récit.
www.radiofrance.fr
Musée de la Grande Guerre
Le musée de la Grande Guerre lance sa chaîne de podcasts. La première création, Le Journal de Louise, 1914-1918, suit une jeune Sedanaise de 15 ans sur 12 épisodes.
www.museedelagrandeguerre.com
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 96[article] Guide Médias - Radio-télé, podcasts [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 96.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 96
Mots-clés : radio podcast culture Note de contenu :
Concordance des temps
Le 3 septembre Claude Rétat évoque Louise Michel. Le 10, Martin Aurell se penche sur les chevaliers de la table ronde. Le 17, Joël Cornette aborde l'absolutisme de 1515 à 1715.
Tous les samedis à 10 heures sur France Culture.
Rafle du Vél'd'Hiv
La Rafle du Vél'd'Hiv : une affaire d'État. En 8 épisodes de 20 minutes, le podcast de Stéphanie Duncan réalisé par Anne Lhioreau revient sur l'événement devenu symbole de la collaboration du régime de Vichy avec l'occupant nazi. Archives, extraits de films et témoignages scandent le récit.
www.radiofrance.fr
Musée de la Grande Guerre
Le musée de la Grande Guerre lance sa chaîne de podcasts. La première création, Le Journal de Louise, 1914-1918, suit une jeune Sedanaise de 15 ans sur 12 épisodes.
www.museedelagrandeguerre.com
Guide Médias - Saint-Pierre-et-Miquelon libéré / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Guide Médias - Saint-Pierre-et-Miquelon libéré Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 96 Langues : Français (fre) Mots-clés : médias radio militaire enjeu 1941 Note de contenu : Si l'opération militaire fut aisée, la partie diplomatique fut plus ardue.
Le 23 décembre 1941, le sous-marin Surcouf et les trois corvettes Mimosa, Aconit et Alysse s'approchent des côtes de Saint-Pierre-et-Miquelon. L'expédition est dirigée par l'amiral Émile Muselier, premier officier général à se rallier au général de Gaulle dès le 30 juin 1940 et organisateur des Forces navales françaises libres (FNFL).
Depuis l'armistice du 22 juin 1940 et l'occupation partielle de la France métropolitaine par les Allemands, l'archipel est sous le contrôle du gouvernement de Vichy, représenté par l'administrateur Gilbert de Bournat et par l'amiral Robert. Ce dernier, haut-commissaire pour les possessions françaises en Amérique (Guyane, Antilles et Saint-Pierre), a passé un accord avec l'amiral américain Greenslade le 6 août 1940 pour organiser un statu quo dans la région entre la France et les États-Unis, alors non engagés dans le conflit.
Néanmoins, Saint-Pierre-et-Miquelon dispose d'un puissant poste émetteur radio et d'un câble transatlantique. Des moyens de communications qui lui confèrent une position stratégique à quelques kilomètres de Terre-Neuve et à l'entrée du Saint-Laurent.
Un enjeu politique majeur
Le matin du 24 décembre 1941, les troupes de l'amiral Muselier s'emparent de l'archipel sans un coup de feu. Une consultation est organisée auprès de la population : 98,2 % des suffrages exprimés sont en faveur de la France libre. Pourtant l'affaire - menée sur ordre de De Gaulle sans prévenir Washington et Londres - crée une crise diplomatique entre la France Libre, l'administration américaine - qui vient d'entrer en guerre - et les Britanniques. Dans ce documentaire, Xavier Fréquant et Yassir Guelzim montrent comment cette opération sans difficulté militaire fut un enjeu politique majeur dans la stratégie de reconnaissance de la France Libre. Mais aussi une des raisons de la méfiance de Roosevelt à l'égard de De Gaulle.
À VOIR
L'Archipel des Français Libres, X. Fréquant, Y Guelzim, le dimanche 11 septembre 2022 à 22 h 40 sur France 5.
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 96[article] Guide Médias - Saint-Pierre-et-Miquelon libéré [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2022 . - p. 96.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 96
Mots-clés : médias radio militaire enjeu 1941 Note de contenu : Si l'opération militaire fut aisée, la partie diplomatique fut plus ardue.
Le 23 décembre 1941, le sous-marin Surcouf et les trois corvettes Mimosa, Aconit et Alysse s'approchent des côtes de Saint-Pierre-et-Miquelon. L'expédition est dirigée par l'amiral Émile Muselier, premier officier général à se rallier au général de Gaulle dès le 30 juin 1940 et organisateur des Forces navales françaises libres (FNFL).
Depuis l'armistice du 22 juin 1940 et l'occupation partielle de la France métropolitaine par les Allemands, l'archipel est sous le contrôle du gouvernement de Vichy, représenté par l'administrateur Gilbert de Bournat et par l'amiral Robert. Ce dernier, haut-commissaire pour les possessions françaises en Amérique (Guyane, Antilles et Saint-Pierre), a passé un accord avec l'amiral américain Greenslade le 6 août 1940 pour organiser un statu quo dans la région entre la France et les États-Unis, alors non engagés dans le conflit.
Néanmoins, Saint-Pierre-et-Miquelon dispose d'un puissant poste émetteur radio et d'un câble transatlantique. Des moyens de communications qui lui confèrent une position stratégique à quelques kilomètres de Terre-Neuve et à l'entrée du Saint-Laurent.
Un enjeu politique majeur
Le matin du 24 décembre 1941, les troupes de l'amiral Muselier s'emparent de l'archipel sans un coup de feu. Une consultation est organisée auprès de la population : 98,2 % des suffrages exprimés sont en faveur de la France libre. Pourtant l'affaire - menée sur ordre de De Gaulle sans prévenir Washington et Londres - crée une crise diplomatique entre la France Libre, l'administration américaine - qui vient d'entrer en guerre - et les Britanniques. Dans ce documentaire, Xavier Fréquant et Yassir Guelzim montrent comment cette opération sans difficulté militaire fut un enjeu politique majeur dans la stratégie de reconnaissance de la France Libre. Mais aussi une des raisons de la méfiance de Roosevelt à l'égard de De Gaulle.
À VOIR
L'Archipel des Français Libres, X. Fréquant, Y Guelzim, le dimanche 11 septembre 2022 à 22 h 40 sur France 5.
Carte blanche : Ressusciter Gaston Lagaffe ? M'enfin ! / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 499 (Septembre 2022)
[article]
Titre : Carte blanche : Ressusciter Gaston Lagaffe ? M'enfin ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : éditions Dupuis Gaston Lagaffe relance Note de contenu : Les éditions Dupuis ont décidé de relancer le personnage de Franquin. Contre la volonté de son auteur et de son ayant droit.
Ci-gît Gaston Lagaffe, 1957-1997. Enfin, en principe, car il n'en va pas tout à fait de même pour les créatures de papier et pour celles de chair et de sang. Il arrive qu'on prolonge leur vie, parfois contre la volonté de leur créateur. Ce qui risque fort d'arriver à l'inoubliable personnage inventé par André Franquin dans Le Journal de Spirou. De quoi relancer une controverse qui divise les lecteurs depuis des années. Son enjeu est historique en ce qu'il dépasse la seule « affaire Gaston » pour concerner la postérité des héros mythiques de la BD du XXe siècle.
Les éditions Dupuis ont provoqué la sidération en mars dernier en annonçant la parution, le 19 octobre, du Retour de Lagaffe, signé sur la couverture « Delaf d'après Franquin ». Tirage : 1,2 million d'exemplaires. Dans le milieu, on appelle cela du plagiat (en droit : contrefaçon totale ou partielle), mais du plagiat légal d'autant que Delaf a constitué une base de données numériques avec des milliers de fichiers tagués référençant objets, personnages, décors ou attitudes créés par Franquin. Pour autant, il se défend de tout décalque.
Alix, Blake et Mortimer, Astérix, Lucky Luke, Corto Maltese, etc : le procédé n'est pas nouveau, l'alibi de l'éditeur non plus qui jure n'avoir aucune intention commerciale ni d'autre souci que de faire vivre un personnage mythique et redynamiser une série éteinte avec son auteur. Air connu. Où est le problème alors ? De son vivant, André Franquin avait cédé les droits d'exploitation de son oeuvre à son homme de confiance Jean-François Moyersoen, lequel les a, par la suite, vendus aux éditions Dupuis (absorbées par Média-Participations, 4e groupe français).
Mais sa fille Isabelle Franquin, détentrice du droit moral, s'oppose fermement au projet de résurrection, car elle se veut fidèle à la volonté de son père. A maintes reprises, dans des interviews ou des conversations, celui-ci avait dit le fond de sa pensée. En substance : je ne voudrais pas que Gaston soit poursuivi par un autre mais comme de toute façon je serais mort, je n'en aurais rien à fiche ! Cette ambivalence gastonissime sera au creux des débats à la rentrée, Isabelle Franquin ayant saisi la justice. Le monde de la BD franco-belge guette donc fébrilement la fumée blanche ou noire qui sortira de la cheminée du Palais de justice de Bruxelles, le tribunal ayant ordonné une procédure d'arbitrage.
Bon à rien si ce n'est à distribuer le courrier des lecteurs et la documentation - c'est même son emploi -, Gaston était, selon son géniteur, « trop bête pour être un héros ». Plutôt un anti-héros en espadrilles, gaffeur sachant gaffer jusqu'à élever la gaffe au rang d'un des beaux-arts (car ç'en est un que de mettre le feu aux extincteurs !). Mais quel autre personnage iconique de BD nous a emmenés si loin en faisant en toutes choses la part du rêve ? Inspiré par l'esprit beatnik et celui de la beat generation, Lagaffe était un non-conformiste, excentrique, antimilitariste, athée, écolo. Ajoutez-y l'amour des animaux et vous avez l'autoportrait de Franquin. « C'est dire à quel point Gaston, contrairement à Spirou ou Fantasio, lui est personnel, intime même, et ne peut être confié à un successeur si brillant et virtuose soit-il, ce qui est le cas de Delaf », fait observer Numa Sadoul, coauteur avec le dessinateur d'Et Franquin créa la gaffe (1997), réédité en octobre prochain.
Franquin avait tout de même pris soin de préciser dans une clause du contrat de cession de ses droits : « Aucune adaptation [...] ne peut avoir lieu sans l'accord de l'auteur, qui ne pourra le refuser que pour des motifs éthiques ou artistiques. » Car, lorsqu'on se demande si un éditeur peut se permettre d'aller contre la volonté d'un auteur disparu, c'est bien d'éthique qu'il s'agit. L'oeuvre est là : 21 albums. Lagaffe et Franquin ne faisaient qu'un. Laissez-le reposer en paix.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il vient de publier Le Paquebot (Gallimard, 2022)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 98[article] Carte blanche : Ressusciter Gaston Lagaffe ? M'enfin ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2022 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 499 (Septembre 2022) . - p. 98
Mots-clés : éditions Dupuis Gaston Lagaffe relance Note de contenu : Les éditions Dupuis ont décidé de relancer le personnage de Franquin. Contre la volonté de son auteur et de son ayant droit.
Ci-gît Gaston Lagaffe, 1957-1997. Enfin, en principe, car il n'en va pas tout à fait de même pour les créatures de papier et pour celles de chair et de sang. Il arrive qu'on prolonge leur vie, parfois contre la volonté de leur créateur. Ce qui risque fort d'arriver à l'inoubliable personnage inventé par André Franquin dans Le Journal de Spirou. De quoi relancer une controverse qui divise les lecteurs depuis des années. Son enjeu est historique en ce qu'il dépasse la seule « affaire Gaston » pour concerner la postérité des héros mythiques de la BD du XXe siècle.
Les éditions Dupuis ont provoqué la sidération en mars dernier en annonçant la parution, le 19 octobre, du Retour de Lagaffe, signé sur la couverture « Delaf d'après Franquin ». Tirage : 1,2 million d'exemplaires. Dans le milieu, on appelle cela du plagiat (en droit : contrefaçon totale ou partielle), mais du plagiat légal d'autant que Delaf a constitué une base de données numériques avec des milliers de fichiers tagués référençant objets, personnages, décors ou attitudes créés par Franquin. Pour autant, il se défend de tout décalque.
Alix, Blake et Mortimer, Astérix, Lucky Luke, Corto Maltese, etc : le procédé n'est pas nouveau, l'alibi de l'éditeur non plus qui jure n'avoir aucune intention commerciale ni d'autre souci que de faire vivre un personnage mythique et redynamiser une série éteinte avec son auteur. Air connu. Où est le problème alors ? De son vivant, André Franquin avait cédé les droits d'exploitation de son oeuvre à son homme de confiance Jean-François Moyersoen, lequel les a, par la suite, vendus aux éditions Dupuis (absorbées par Média-Participations, 4e groupe français).
Mais sa fille Isabelle Franquin, détentrice du droit moral, s'oppose fermement au projet de résurrection, car elle se veut fidèle à la volonté de son père. A maintes reprises, dans des interviews ou des conversations, celui-ci avait dit le fond de sa pensée. En substance : je ne voudrais pas que Gaston soit poursuivi par un autre mais comme de toute façon je serais mort, je n'en aurais rien à fiche ! Cette ambivalence gastonissime sera au creux des débats à la rentrée, Isabelle Franquin ayant saisi la justice. Le monde de la BD franco-belge guette donc fébrilement la fumée blanche ou noire qui sortira de la cheminée du Palais de justice de Bruxelles, le tribunal ayant ordonné une procédure d'arbitrage.
Bon à rien si ce n'est à distribuer le courrier des lecteurs et la documentation - c'est même son emploi -, Gaston était, selon son géniteur, « trop bête pour être un héros ». Plutôt un anti-héros en espadrilles, gaffeur sachant gaffer jusqu'à élever la gaffe au rang d'un des beaux-arts (car ç'en est un que de mettre le feu aux extincteurs !). Mais quel autre personnage iconique de BD nous a emmenés si loin en faisant en toutes choses la part du rêve ? Inspiré par l'esprit beatnik et celui de la beat generation, Lagaffe était un non-conformiste, excentrique, antimilitariste, athée, écolo. Ajoutez-y l'amour des animaux et vous avez l'autoportrait de Franquin. « C'est dire à quel point Gaston, contrairement à Spirou ou Fantasio, lui est personnel, intime même, et ne peut être confié à un successeur si brillant et virtuose soit-il, ce qui est le cas de Delaf », fait observer Numa Sadoul, coauteur avec le dessinateur d'Et Franquin créa la gaffe (1997), réédité en octobre prochain.
Franquin avait tout de même pris soin de préciser dans une clause du contrat de cession de ses droits : « Aucune adaptation [...] ne peut avoir lieu sans l'accord de l'auteur, qui ne pourra le refuser que pour des motifs éthiques ou artistiques. » Car, lorsqu'on se demande si un éditeur peut se permettre d'aller contre la volonté d'un auteur disparu, c'est bien d'éthique qu'il s'agit. L'oeuvre est là : 21 albums. Lagaffe et Franquin ne faisaient qu'un. Laissez-le reposer en paix.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il vient de publier Le Paquebot (Gallimard, 2022)





