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N° 500 - Octobre 2022 - Pirates et corsaires - Le mythe de la liberté : Les Français et l'histoire - enquête et sondage [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - 98 p. Dossier : Les pirates ont sans doute toujours existé. Mais il y a bien un âge d’or de la piraterie, entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Les navires chargés d’esclaves, mais aussi de sucre, de cacao, d’épices ou de lingots d’argent sont l’objet de toutes les convoitises : celles des pirates hors la loi attirés par le butin facile mais aussi des corsaires, missionnés par des États européens pour qui la haute mer devient un enjeu. A delà des images d’Épinal et des mythes tenaces, ce dossier nourri d’archives fait revivre l’incroyable aventure d’hommes (et quelques femmes) parfois autant victimes que héros. Avec Renaud Morieux, Guillaume Calafat, Frantz Olivié, Kiara Neri, Pierre-François Souyri, David Chaunu, Alexandre Jubelin, Claire Sotinel. Enquête spéciale n°500 : Les Français et l'histoire « 93 % des Français s'intéressent à l'histoire ». Dans un sondage exclusif réalisé pour L'Histoire par Harris Interactive, le rapport particuliers des Français à la production et à la consommation historique se révèle. Personnalités, médias, périodes, reconstitutions : comment et pourquoi l'histoire passionne ? Langues : Français (fre)
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| HISTOIRE | Revues | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Libre-Accès | P9703 | Disponible |
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Ajouter le résultat dans votre panierRes nullius in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Res nullius Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : flibustiers océan trafic histoire liberté pirates Note de contenu : Il y a les images d'Épinal : Rackham, qui inspirera Hergé, ou Edward Teach, alias Barbe-Noire, dit « le diable des mers », réputé pour mener l'assaut avec des bougies allumées dans les cheveux, l'abordage, le drapeau (il fut d'abord rouge) à tête de mort et tibias croisés... annonçant aux victimes qu'on ne ferait « pas de quartier », les malles chargées de pièces d'or passant d'un navire à l'autre, le triste destin des captifs.
Une vieille histoire, dont les flibustiers (freebooters) et autres boucaniers des Caraïbes ne sont qu'un chapitre - particulièrement haut en couleur. On se souvient que le grand Pompée, il y a deux mille ans, eut pour charge de délivrer Rome de ces « ennemis du genre humain » (Cicéron) qui gênaient le commerce en mer Égée.
Reste qu'il y a bien un âge d'or de la piraterie, entre XVIe et XVIIIe siècle, lorsque la mer devient un enjeu pour les États en construction. Les routes maritimes, en Méditerranée, bien sûr, mais de plus en plus dans l'Atlantique sont déjà à cette date celles par lesquelles transite l'essentiel du trafic marchand : les navires chargés d'esclaves, mais aussi de sucre, de cacao, d'épices ou de lingots d'argent, sont l'objet de toutes les convoitises, celles des pirates hors la loi attirés par le butin facile, mais aussi celles d'États avides de se projeter en haute mer.
C'est ainsi que surgit, timidement à la fin du Moyen Age, puis avec autorité au XVIe et surtout au XVIIe siècle, la figure du corsaire. Marins d'exception, les Jean Bart, Duguay-Trouin, Surcouf sont, comme leurs homologues anglais ou néerlandais, missionnés par le souverain, en temps de guerre, pour piller ou détruire les navires ennemis. Pendant la guerre de Succession d'Espagne, Duguay-Trouin, à la tête de 15 navires et 6 000 hommes, fait respecter le nom de Louis XIV jusque sur les côtes du Brésil et il assure la fortune de Saint-Malo.
Les statuts ne sont pas toujours bien clairs. En même temps que s'abat la répression sur les pirates impitoyablement condamnés, d'autres font valider leurs compétences par des commissions royales. Drake, en 1581, n'a-t-il pas été anobli par Élisabeth Ire ?
Ce grand affrontement atlantique a sans doute beaucoup fait pour alimenter la légende des Caraïbes, cette Méditerranée lointaine encore mal quadrillée par les empires coloniaux. C'est un mystérieux capitaine Johnson (peut-être Daniel Defoe) qui, en 1724, lança le thème : celui des rebelles, prolétaires des mers, inventant des sociétés libres, démocratiques et égalitaires capables de « défier les conventions de classe ou de genre » (Marcus Rediker). La réalité est plus triste - comme nous le prouve l'histoire miraculeusement conservée des flibustiers du Saint-Nicolas, que nous conte ici Frantz Olivié.
Ce qui se joue sur l'océan il y a trois cents ans, c'est tout autre chose. « Res nullius », écrivait alors le grand juriste Grotius, la haute mer n'appartient à personne et peut être librement investie. Mais la liberté n'est pas un non-droit. Instrument de l'affirmation des États, la mer (hier comme aujourd'hui) est aussi le laboratoire du droit international. Corsaires et pirates en ont été les acteurs autant que les victimes.
A nos lecteurs
Pour notre numéro 500, un grand sondage exclusif Harris Interactive révèle que 93 % des personnes interrogées s'intéressent à l'histoire. Un bel encouragement à continuer.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 3[article] Res nullius [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 3
Mots-clés : flibustiers océan trafic histoire liberté pirates Note de contenu : Il y a les images d'Épinal : Rackham, qui inspirera Hergé, ou Edward Teach, alias Barbe-Noire, dit « le diable des mers », réputé pour mener l'assaut avec des bougies allumées dans les cheveux, l'abordage, le drapeau (il fut d'abord rouge) à tête de mort et tibias croisés... annonçant aux victimes qu'on ne ferait « pas de quartier », les malles chargées de pièces d'or passant d'un navire à l'autre, le triste destin des captifs.
Une vieille histoire, dont les flibustiers (freebooters) et autres boucaniers des Caraïbes ne sont qu'un chapitre - particulièrement haut en couleur. On se souvient que le grand Pompée, il y a deux mille ans, eut pour charge de délivrer Rome de ces « ennemis du genre humain » (Cicéron) qui gênaient le commerce en mer Égée.
Reste qu'il y a bien un âge d'or de la piraterie, entre XVIe et XVIIIe siècle, lorsque la mer devient un enjeu pour les États en construction. Les routes maritimes, en Méditerranée, bien sûr, mais de plus en plus dans l'Atlantique sont déjà à cette date celles par lesquelles transite l'essentiel du trafic marchand : les navires chargés d'esclaves, mais aussi de sucre, de cacao, d'épices ou de lingots d'argent, sont l'objet de toutes les convoitises, celles des pirates hors la loi attirés par le butin facile, mais aussi celles d'États avides de se projeter en haute mer.
C'est ainsi que surgit, timidement à la fin du Moyen Age, puis avec autorité au XVIe et surtout au XVIIe siècle, la figure du corsaire. Marins d'exception, les Jean Bart, Duguay-Trouin, Surcouf sont, comme leurs homologues anglais ou néerlandais, missionnés par le souverain, en temps de guerre, pour piller ou détruire les navires ennemis. Pendant la guerre de Succession d'Espagne, Duguay-Trouin, à la tête de 15 navires et 6 000 hommes, fait respecter le nom de Louis XIV jusque sur les côtes du Brésil et il assure la fortune de Saint-Malo.
Les statuts ne sont pas toujours bien clairs. En même temps que s'abat la répression sur les pirates impitoyablement condamnés, d'autres font valider leurs compétences par des commissions royales. Drake, en 1581, n'a-t-il pas été anobli par Élisabeth Ire ?
Ce grand affrontement atlantique a sans doute beaucoup fait pour alimenter la légende des Caraïbes, cette Méditerranée lointaine encore mal quadrillée par les empires coloniaux. C'est un mystérieux capitaine Johnson (peut-être Daniel Defoe) qui, en 1724, lança le thème : celui des rebelles, prolétaires des mers, inventant des sociétés libres, démocratiques et égalitaires capables de « défier les conventions de classe ou de genre » (Marcus Rediker). La réalité est plus triste - comme nous le prouve l'histoire miraculeusement conservée des flibustiers du Saint-Nicolas, que nous conte ici Frantz Olivié.
Ce qui se joue sur l'océan il y a trois cents ans, c'est tout autre chose. « Res nullius », écrivait alors le grand juriste Grotius, la haute mer n'appartient à personne et peut être librement investie. Mais la liberté n'est pas un non-droit. Instrument de l'affirmation des États, la mer (hier comme aujourd'hui) est aussi le laboratoire du droit international. Corsaires et pirates en ont été les acteurs autant que les victimes.
A nos lecteurs
Pour notre numéro 500, un grand sondage exclusif Harris Interactive révèle que 93 % des personnes interrogées s'intéressent à l'histoire. Un bel encouragement à continuer.
Forum (octobre 2022) in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Forum (octobre 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : temps Juifs Champollion Corse Louis XV génocides Note de contenu : Questions de temps
Le numéro spécial consacré à « L'invention du temps » (L'Histoire n° 497-498, juillet-août 2022) a suscité un très vif intérêt. Un lecteur s'interroge : pourquoi remplacer « avant Jésus-Christ » par « ère commune » ? Norbert Chitrit demande d'où provient la semaine de sept jours, « qui est, de tous les découpages du temps, celui n'ayant de référence ni au cycle des astres, ni aux cycles agricoles ». Jean-Pierre Chrétien nous apporte quant à lui des précisions concernant l'Afrique subsaharienne : « Au Burundi, on peut observer une articulation du calendrier lunaire et du calendrier solaire. Un treizième mois lunaire est ajouté au calendrier. Il est dénommé Rwirabura, "le noir". » Élie During apporte une correction : lorsque Bergson affirme que « c'est nous qui passons quand nous disons que le temps passe » (p. 3), il reformule en réalité la thèse relativiste à laquelle il n'a lui-même de cesse de s'opposer.
La réponse de la rédaction
L'Europe chrétienne a gagné au XIXe siècle la guerre du calendrier. Ce que nous appelons « notre ère » est évidemment l'ère du Christ. Mais il peut y avoir quelque ridicule à dater ainsi des événements survenus à l'autre bout du monde et qui n'ont rien à voir avec cet épisode-là. L'universalité peut avoir le triomphe modeste. La semaine de sept jours constitue une invention originale dans l'histoire de la division du temps. Il semble bien qu'il faille chercher son origine dans le Livre de la Genèse : Dieu a créé le monde en six jours et s'est reposé le septième. Ce septième jour correspond au shabbat dans le judaïsme, et au dimanche dans la tradition chrétienne. Ce n'est toutefois qu'à l'Époque contemporaine que la semaine s'est imposée comme un découpage central face aux calendriers liturgiques et agricoles qui ont longtemps prévalu.
Recenser les Juifs sous Vichy
J'ai lu avec intérêt l'article de Claire Zalc sur la rafle du Vél'd'Hiv (« L'étoile jaune, histoire d'un stigmate », L'Histoire n° 495, pp. 12-21). Sur quelles informations l'administration s'est-elle fondée pour déclarer les personnes arrêtées comme juives ?
Jacques Semenou
La réponse de l'auteure
L'une des premières tâches des autorités nazies consiste à établir un recensement des Juifs. Deux logiques sont menées de front : une de détection et une de déclaration, via l'obligation faite aux Juifs de se déclarer à la mairie ou à la sous-préfecture. Il est admis qu'une majorité des Juifs ont répondu à cette injonction. Serge Klarsfeld explique cet acte comme une « volonté de témoigner de leur appartenance au peuple juif au moment où les persécutions allaient s'abattre sur ce peuple ».
Champollion
L'attitude de Champollion (Bénédicte Savoy, « Champollion : la statue qui dérange », L'Histoire n° 499, pp. 76-77) évoque aussi le topos artistique de la méditation sur les ruines. Bartholdi s'est également inspiré d'une source iconographique capitale : « Œdipe et le sphinx » d'Ingres. Champollion est le nouvel Œdipe qui a su déchiffrer l'énigme des hiéroglyphes.
Jean-Luc Gauchon
Louis XV et la Corse
La Corse est oubliée sur la carte p. 67 (David Feutry, « Coup de force contre le parlement », L'Histoire n° 499). Pourtant, elle fait partie du royaume depuis le traité passé avec Gênes en 1768. René-Charles de Maupeou est alors garde des Sceaux. Hostile au « gouvernement des juges », il crée pour l'île un Conseil supérieur. L'institution vivra jusqu'en 1790. La Corse, banc d'essai de « l'absolutisme éclairé » ?
Ange Rovere
Génocides
Le génocide arménien, perpétré en 1915, n'est pas le premier génocide du XXe siècle contrairement à ce que vous avez écrit (L'Histoire Collection n° 96, « Les Turcs et leurs empires », juillet-septembre 2022, p. 81). Les Herero et les Nama furent l'objet de la première expérience génocidaire entre 1904 et 1908, par les forces coloniales allemandes.
Thomas Montbabut
La réponse de la rédaction
Dont acte. Nous leur avons d'ailleurs consacré un article (Joël Kotek, « Afrique. Le génocide oublié des Herero », n° 261, janvier 2002).
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 4[article] Forum (octobre 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 4
Mots-clés : temps Juifs Champollion Corse Louis XV génocides Note de contenu : Questions de temps
Le numéro spécial consacré à « L'invention du temps » (L'Histoire n° 497-498, juillet-août 2022) a suscité un très vif intérêt. Un lecteur s'interroge : pourquoi remplacer « avant Jésus-Christ » par « ère commune » ? Norbert Chitrit demande d'où provient la semaine de sept jours, « qui est, de tous les découpages du temps, celui n'ayant de référence ni au cycle des astres, ni aux cycles agricoles ». Jean-Pierre Chrétien nous apporte quant à lui des précisions concernant l'Afrique subsaharienne : « Au Burundi, on peut observer une articulation du calendrier lunaire et du calendrier solaire. Un treizième mois lunaire est ajouté au calendrier. Il est dénommé Rwirabura, "le noir". » Élie During apporte une correction : lorsque Bergson affirme que « c'est nous qui passons quand nous disons que le temps passe » (p. 3), il reformule en réalité la thèse relativiste à laquelle il n'a lui-même de cesse de s'opposer.
La réponse de la rédaction
L'Europe chrétienne a gagné au XIXe siècle la guerre du calendrier. Ce que nous appelons « notre ère » est évidemment l'ère du Christ. Mais il peut y avoir quelque ridicule à dater ainsi des événements survenus à l'autre bout du monde et qui n'ont rien à voir avec cet épisode-là. L'universalité peut avoir le triomphe modeste. La semaine de sept jours constitue une invention originale dans l'histoire de la division du temps. Il semble bien qu'il faille chercher son origine dans le Livre de la Genèse : Dieu a créé le monde en six jours et s'est reposé le septième. Ce septième jour correspond au shabbat dans le judaïsme, et au dimanche dans la tradition chrétienne. Ce n'est toutefois qu'à l'Époque contemporaine que la semaine s'est imposée comme un découpage central face aux calendriers liturgiques et agricoles qui ont longtemps prévalu.
Recenser les Juifs sous Vichy
J'ai lu avec intérêt l'article de Claire Zalc sur la rafle du Vél'd'Hiv (« L'étoile jaune, histoire d'un stigmate », L'Histoire n° 495, pp. 12-21). Sur quelles informations l'administration s'est-elle fondée pour déclarer les personnes arrêtées comme juives ?
Jacques Semenou
La réponse de l'auteure
L'une des premières tâches des autorités nazies consiste à établir un recensement des Juifs. Deux logiques sont menées de front : une de détection et une de déclaration, via l'obligation faite aux Juifs de se déclarer à la mairie ou à la sous-préfecture. Il est admis qu'une majorité des Juifs ont répondu à cette injonction. Serge Klarsfeld explique cet acte comme une « volonté de témoigner de leur appartenance au peuple juif au moment où les persécutions allaient s'abattre sur ce peuple ».
Champollion
L'attitude de Champollion (Bénédicte Savoy, « Champollion : la statue qui dérange », L'Histoire n° 499, pp. 76-77) évoque aussi le topos artistique de la méditation sur les ruines. Bartholdi s'est également inspiré d'une source iconographique capitale : « Œdipe et le sphinx » d'Ingres. Champollion est le nouvel Œdipe qui a su déchiffrer l'énigme des hiéroglyphes.
Jean-Luc Gauchon
Louis XV et la Corse
La Corse est oubliée sur la carte p. 67 (David Feutry, « Coup de force contre le parlement », L'Histoire n° 499). Pourtant, elle fait partie du royaume depuis le traité passé avec Gênes en 1768. René-Charles de Maupeou est alors garde des Sceaux. Hostile au « gouvernement des juges », il crée pour l'île un Conseil supérieur. L'institution vivra jusqu'en 1790. La Corse, banc d'essai de « l'absolutisme éclairé » ?
Ange Rovere
Génocides
Le génocide arménien, perpétré en 1915, n'est pas le premier génocide du XXe siècle contrairement à ce que vous avez écrit (L'Histoire Collection n° 96, « Les Turcs et leurs empires », juillet-septembre 2022, p. 81). Les Herero et les Nama furent l'objet de la première expérience génocidaire entre 1904 et 1908, par les forces coloniales allemandes.
Thomas Montbabut
La réponse de la rédaction
Dont acte. Nous leur avons d'ailleurs consacré un article (Joël Kotek, « Afrique. Le génocide oublié des Herero », n° 261, janvier 2002).
On va en parler in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : On va en parler Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : festivals rencontres histoire colloques anniversaire Note de contenu : De Tromelin à Blois
MÉMOIRE DE L'ESCLAVAGE
La Fondation pour la mémoire de l'esclavage propose à La Fabrique, à Blois, un programme dédié à Tromelin : une exposition, du 5 au 30 octobre ; le documentaire Les Esclaves oubliés de Tromelin (Thierry Ragobert) le 7 octobre à 14 h 30 ; des rencontres (https://memoire-esclavage.org).
Colloque
HISTOIRE DES GUERRES
Un colloque international « Globaliser l'histoire des deux guerres mondiales » a lieu le vendredi 7 octobre, de 14h45 à 22h15 (heure française), à l'Université d'État de l'Ohio. Organisé autour de trois thématiques (les fronts intérieurs ; les espaces coloniaux ; une mémoire globale ?), il réunit Annette Becker, Bruno Cabanes, Michelle Moyd, Victor Louzon, Jay Winter... Inscription Zoom.
Anniversaire
LA DAFA A 100 ANS
La Délégation archéologique française en Afghanistan a été créée en 1922. Pour son centenaire, une chaire de préfiguration Arts et patrimoine de l'Afghanistan, portée par la Fondation Inalco et l'Institut français d'Afghanistan, a été instituée.
Géographie
L'HISTOIRE AU FIG !
Pour la première fois, L'Histoire est en vente au salon du livre du Festival international de géographie qui se tient à Saint-Dié-des-Vosges du 30 septembre au 2 octobre, sur le thème des déserts, le Portugal étant le pays invité.
Trouville-sur-Mer
OÙ VA L'AMÉRIQUE ?
Sous la main ferme de Frédéric Encel, les 7es Rencontres géopolitiques de Trouville-sur-Mer se tiennent du 30 septembre au 2 octobre. Avec cette année, une journée scolaire, le 30 septembre, à laquelle 700 lycéens sont attendus.
Festival
PESSAC ESSAIME !
Le Festival du film d'histoire, pour sa 32e édition, a choisi pour thème « Masculin-féminin ». Cette année, quatre débats de L'Histoire seront retransmis en direct dans des dizaines de cinémas, dans le cadre de l'« Unipop de ville en ville » du 15 au 19 novembre. Au programme : « Politique : la longue marche vers l'égalité et la parité » (le 15), « Les femmes et la guerre » (le 16), « Dieu est-il macho ? » (le 18) et « Patriarcat, la domination masculine est-elle une fatalité ? » (le 19). Avis aux cinéphiles de Buisson-de-Cadouin, Sète, Martigny, Aiguillon, Luçon, Quimper, Montmorillon, Annecy ou encore Saint-Hilaire-la-Palud... Le 17, le Festival de Pessac et L'Histoire proposeront en avant-première et en direct dans 30 cinémas Tirailleurs, en présence du cinéaste Mathieu Vadepied et de l'historien Mathieu Guyon.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 6[article] On va en parler [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 6
Mots-clés : festivals rencontres histoire colloques anniversaire Note de contenu : De Tromelin à Blois
MÉMOIRE DE L'ESCLAVAGE
La Fondation pour la mémoire de l'esclavage propose à La Fabrique, à Blois, un programme dédié à Tromelin : une exposition, du 5 au 30 octobre ; le documentaire Les Esclaves oubliés de Tromelin (Thierry Ragobert) le 7 octobre à 14 h 30 ; des rencontres (https://memoire-esclavage.org).
Colloque
HISTOIRE DES GUERRES
Un colloque international « Globaliser l'histoire des deux guerres mondiales » a lieu le vendredi 7 octobre, de 14h45 à 22h15 (heure française), à l'Université d'État de l'Ohio. Organisé autour de trois thématiques (les fronts intérieurs ; les espaces coloniaux ; une mémoire globale ?), il réunit Annette Becker, Bruno Cabanes, Michelle Moyd, Victor Louzon, Jay Winter... Inscription Zoom.
Anniversaire
LA DAFA A 100 ANS
La Délégation archéologique française en Afghanistan a été créée en 1922. Pour son centenaire, une chaire de préfiguration Arts et patrimoine de l'Afghanistan, portée par la Fondation Inalco et l'Institut français d'Afghanistan, a été instituée.
Géographie
L'HISTOIRE AU FIG !
Pour la première fois, L'Histoire est en vente au salon du livre du Festival international de géographie qui se tient à Saint-Dié-des-Vosges du 30 septembre au 2 octobre, sur le thème des déserts, le Portugal étant le pays invité.
Trouville-sur-Mer
OÙ VA L'AMÉRIQUE ?
Sous la main ferme de Frédéric Encel, les 7es Rencontres géopolitiques de Trouville-sur-Mer se tiennent du 30 septembre au 2 octobre. Avec cette année, une journée scolaire, le 30 septembre, à laquelle 700 lycéens sont attendus.
Festival
PESSAC ESSAIME !
Le Festival du film d'histoire, pour sa 32e édition, a choisi pour thème « Masculin-féminin ». Cette année, quatre débats de L'Histoire seront retransmis en direct dans des dizaines de cinémas, dans le cadre de l'« Unipop de ville en ville » du 15 au 19 novembre. Au programme : « Politique : la longue marche vers l'égalité et la parité » (le 15), « Les femmes et la guerre » (le 16), « Dieu est-il macho ? » (le 18) et « Patriarcat, la domination masculine est-elle une fatalité ? » (le 19). Avis aux cinéphiles de Buisson-de-Cadouin, Sète, Martigny, Aiguillon, Luçon, Quimper, Montmorillon, Annecy ou encore Saint-Hilaire-la-Palud... Le 17, le Festival de Pessac et L'Histoire proposeront en avant-première et en direct dans 30 cinémas Tirailleurs, en présence du cinéaste Mathieu Vadepied et de l'historien Mathieu Guyon.
On va en parler - 25e édition des Rendez-vous de l'histoire de Blois in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : On va en parler - 25e édition des Rendez-vous de l'histoire de Blois Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : Blois histoire festival octobre 2022 Note de contenu : La 25e édition des Rendez-vous de l’histoire de Blois aura lieu du 5 au 9 octobre sur le thème « la mer ».
RETROUVEZ L’HISTOIRE
► du vendredi 7 au dimanche 9 octobre
Au salon du livre sur le stand n° 237, avec les nouveautés, les anciens numéros introuvables, les offres d’abonnement spéciales…
► le samedi 8 octobre à 18h30
Pour le grand débat de L’Histoire « Corsaires et pirates » avec David Chaunu, Jack Lang et Frantz Olivié dans l’hémicycle de la halle aux Grains.
L’HISTOIRE VOUS INVITE ÉGALEMENT
► le vendredi 7 octobre de 11h30 à 13 heures
A la table ronde proposée par l’Inspection générale de l’Éducation nationale (histoire-géographie) « La France a-t-elle raté ses rendez-vous avec la mer ? » avec Joël Cornette, Françoise Gaill et Tristan Lecoq dans l’hémicycle de la halle aux Grains.
► le samedi 8 octobre de 15h45 à 17h15
A une rencontre à l’occasion de la publication de l’Atlas historique de la Terre (Les Arènes-L’Histoire) « Des cartes pour raconter l’histoire de la mer » avec Cyrille Coutansais et Christian Grataloup.
► le samedi 8 octobre à 17 heures
A la remise du Prix lycéen du Livre d’histoire, 3e édition, en présence de la marraine du prix Catherine Coquery-Vidrovitch à l’Espace culturel E.-Leclerc avec l’auteur et quelques-uns des élèves du jury.
► le samedi 8 octobre à 17h30
A la remise du prix du Documentaire historique (grand prix, prix Georges-Duby et mention spéciale) au cinéma Les Lobis.
Programme complet des tables rondes, projections et autres événements
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 6[article] On va en parler - 25e édition des Rendez-vous de l'histoire de Blois [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 6
Mots-clés : Blois histoire festival octobre 2022 Note de contenu : La 25e édition des Rendez-vous de l’histoire de Blois aura lieu du 5 au 9 octobre sur le thème « la mer ».
RETROUVEZ L’HISTOIRE
► du vendredi 7 au dimanche 9 octobre
Au salon du livre sur le stand n° 237, avec les nouveautés, les anciens numéros introuvables, les offres d’abonnement spéciales…
► le samedi 8 octobre à 18h30
Pour le grand débat de L’Histoire « Corsaires et pirates » avec David Chaunu, Jack Lang et Frantz Olivié dans l’hémicycle de la halle aux Grains.
L’HISTOIRE VOUS INVITE ÉGALEMENT
► le vendredi 7 octobre de 11h30 à 13 heures
A la table ronde proposée par l’Inspection générale de l’Éducation nationale (histoire-géographie) « La France a-t-elle raté ses rendez-vous avec la mer ? » avec Joël Cornette, Françoise Gaill et Tristan Lecoq dans l’hémicycle de la halle aux Grains.
► le samedi 8 octobre de 15h45 à 17h15
A une rencontre à l’occasion de la publication de l’Atlas historique de la Terre (Les Arènes-L’Histoire) « Des cartes pour raconter l’histoire de la mer » avec Cyrille Coutansais et Christian Grataloup.
► le samedi 8 octobre à 17 heures
A la remise du Prix lycéen du Livre d’histoire, 3e édition, en présence de la marraine du prix Catherine Coquery-Vidrovitch à l’Espace culturel E.-Leclerc avec l’auteur et quelques-uns des élèves du jury.
► le samedi 8 octobre à 17h30
A la remise du prix du Documentaire historique (grand prix, prix Georges-Duby et mention spéciale) au cinéma Les Lobis.
Programme complet des tables rondes, projections et autres événements
On va en parler - WEHC 2022, beau bilan in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : On va en parler - WEHC 2022, beau bilan Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : festival congrès économie histoire Note de contenu : Du 25 au 29 juillet 2022 s'est tenue la 19e édition du World Economic History Congress en hybride : 371 participants à distance et 1 129 présents. Le Campus Condorcet s'impose ainsi comme un haut lieu de la vie académique internationale. Consacré au thème des ressources, le Congrès s'est ouvert par une keynote de Bruce Campbell, dans laquelle le médiéviste a insisté sur l'importance de l'histoire environnementale dans la compréhension des phénomènes économiques et rappelé le rôle crucial de l'étude des périodes « anciennes ». Les sessions ont adopté des formats variés : de la session présidentielle organisée par Ann McCants autour de la postérité de la thèse de la « grande divergence » de Kenneth Pommeranz aux nombreux ateliers dans différents champs (culture matérielle, monnaie, genre...). La France prend désormais la présidence de l'IEHA : l'aventure continue !
Les dix articles du feuilleton, publiés dans L'Histoire (n° 487 à 496), sont désormais accessibles en anglais.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 8[article] On va en parler - WEHC 2022, beau bilan [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 8
Mots-clés : festival congrès économie histoire Note de contenu : Du 25 au 29 juillet 2022 s'est tenue la 19e édition du World Economic History Congress en hybride : 371 participants à distance et 1 129 présents. Le Campus Condorcet s'impose ainsi comme un haut lieu de la vie académique internationale. Consacré au thème des ressources, le Congrès s'est ouvert par une keynote de Bruce Campbell, dans laquelle le médiéviste a insisté sur l'importance de l'histoire environnementale dans la compréhension des phénomènes économiques et rappelé le rôle crucial de l'étude des périodes « anciennes ». Les sessions ont adopté des formats variés : de la session présidentielle organisée par Ann McCants autour de la postérité de la thèse de la « grande divergence » de Kenneth Pommeranz aux nombreux ateliers dans différents champs (culture matérielle, monnaie, genre...). La France prend désormais la présidence de l'IEHA : l'aventure continue !
Les dix articles du feuilleton, publiés dans L'Histoire (n° 487 à 496), sont désormais accessibles en anglais.
On va en parler - Les gens in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : On va en parler - Les gens Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : gens Prix agenda octobre 2022 Note de contenu : Laurent Joly
Prix François-Mauriac
L'historien est récompensé pour son beau livre La Rafle du Vél'd'Hiv (Grasset, 2022). Le prix est remis le 14 octobre à Malagar, en public et en présence d'Alain Rousset président de la région Nouvelle-Aquitaine, et de Jean-Noël Jeanneney, président du jury. C'est la région qui dote !
Audrey Chaix
Nommée à Meaux
Le musée de la Grande Guerre de Meaux a une nouvelle directrice. Audrey Chaix, chargée du développement du musée depuis 2021, poursuit ainsi sa carrière consacrée à la Première Guerre mondiale. Elle a été en 2017-2019 directrice de la communication du Centenaire.
Malika Rahal
Primée à Blois
Le Grand Prix des Rendez-vous de l'histoire de Blois couronne Malika Rahal pour Algérie 1962. Une histoire populaire (La Découverte, 2022).
Sophie Lemahieu
Au musée des Arts décoratifs
L'historienne de la mode, qui a notamment écrit S'habiller en politique. Les vêtements des femmes au pouvoir, 1936-2022 (Arts décoratifs-UCAD), devient conservatrice au département Mode et textile du musée des Arts décoratifs.
Constance Rivière
A la Porte dorée
Ancienne secrétaire générale du Défenseur des droits et conseillère spéciale du président de la République en charge de la culture et de la citoyenneté, elle devient directrice de l'établissement public qui englobe le musée de l'Histoire de l'immigration et l'aquarium.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 8[article] On va en parler - Les gens [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 8
Mots-clés : gens Prix agenda octobre 2022 Note de contenu : Laurent Joly
Prix François-Mauriac
L'historien est récompensé pour son beau livre La Rafle du Vél'd'Hiv (Grasset, 2022). Le prix est remis le 14 octobre à Malagar, en public et en présence d'Alain Rousset président de la région Nouvelle-Aquitaine, et de Jean-Noël Jeanneney, président du jury. C'est la région qui dote !
Audrey Chaix
Nommée à Meaux
Le musée de la Grande Guerre de Meaux a une nouvelle directrice. Audrey Chaix, chargée du développement du musée depuis 2021, poursuit ainsi sa carrière consacrée à la Première Guerre mondiale. Elle a été en 2017-2019 directrice de la communication du Centenaire.
Malika Rahal
Primée à Blois
Le Grand Prix des Rendez-vous de l'histoire de Blois couronne Malika Rahal pour Algérie 1962. Une histoire populaire (La Découverte, 2022).
Sophie Lemahieu
Au musée des Arts décoratifs
L'historienne de la mode, qui a notamment écrit S'habiller en politique. Les vêtements des femmes au pouvoir, 1936-2022 (Arts décoratifs-UCAD), devient conservatrice au département Mode et textile du musée des Arts décoratifs.
Constance Rivière
A la Porte dorée
Ancienne secrétaire générale du Défenseur des droits et conseillère spéciale du président de la République en charge de la culture et de la citoyenneté, elle devient directrice de l'établissement public qui englobe le musée de l'Histoire de l'immigration et l'aquarium.
Exclusif - 93 % des Français s'intéressent à l'histoire / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Exclusif - 93 % des Français s'intéressent à l'histoire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 12-24 Langues : Français (fre) Mots-clés : l'histoire passion Français intérêt Note de contenu : En 2022, plus que jamais, l'histoire passionne. Mais quelle histoire ? En vingt ans, production et consommation ont beaucoup changé !
L'affaire semble entendue : les Français aiment l'histoire. Pour preuve ? Trois sondages réalisés à quarante ans d'intervalle. En 1983, 67 % des Français se déclarent « passionnés » ou « intéressés »[1]. En 2016, ce chiffre atteint 85 %[2]. En juillet 2022, lors du sondage réalisé pour L'Histoire par Harris Interactive, le chiffre est de 93 % !
L'histoire, une « passion française » donc, pour reprendre l'expression de l'historien moderniste Philippe Joutard[3]. L'axiome est tellement évident que nul n'oserait le contester. Mais quelle est donc cette histoire qui passionne tant les Français ? Quels usages en font-ils ? Comment s'en emparent-ils à travers, par exemple, la généalogie ou la reconstitution ? Entre permanence et renouveau, opportunités et défis, quelle est la place pour l'histoire universitaire ?
Pas question ici d'opposer histoire universitaire et histoire populaire ni de hiérarchiser de quelque manière que ce soit les moyens de tr ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 12-24[article] Exclusif - 93 % des Français s'intéressent à l'histoire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2022 . - p. 12-24.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 12-24
Mots-clés : l'histoire passion Français intérêt Note de contenu : En 2022, plus que jamais, l'histoire passionne. Mais quelle histoire ? En vingt ans, production et consommation ont beaucoup changé !
L'affaire semble entendue : les Français aiment l'histoire. Pour preuve ? Trois sondages réalisés à quarante ans d'intervalle. En 1983, 67 % des Français se déclarent « passionnés » ou « intéressés »[1]. En 2016, ce chiffre atteint 85 %[2]. En juillet 2022, lors du sondage réalisé pour L'Histoire par Harris Interactive, le chiffre est de 93 % !
L'histoire, une « passion française » donc, pour reprendre l'expression de l'historien moderniste Philippe Joutard[3]. L'axiome est tellement évident que nul n'oserait le contester. Mais quelle est donc cette histoire qui passionne tant les Français ? Quels usages en font-ils ? Comment s'en emparent-ils à travers, par exemple, la généalogie ou la reconstitution ? Entre permanence et renouveau, opportunités et défis, quelle est la place pour l'histoire universitaire ?
Pas question ici d'opposer histoire universitaire et histoire populaire ni de hiérarchiser de quelque manière que ce soit les moyens de tr ...
Actualité - Pío Moa, faussaire de la guerre d'Espagne / Benoît Pellistrandi in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Actualité - Pío Moa, faussaire de la guerre d'Espagne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Benoît Pellistrandi, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 26-27 Langues : Français (fre) Mots-clés : Pio Moa Espagne guerre civils Note de contenu : Les thèses de l'essayiste espagnol Pío Moa, reflet de la propagande officielle de la dictature franquiste, sont aujourd'hui diffusées en France.
C'est aux éditions L'Artilleur que revient le douteux mérite d'avoir traduit le livre de Pío Moa Les Mythes de la guerre d'Espagne. Soutenu par une agressive campagne publicitaire citant les 300 000 exemplaires vendus en Espagne et par Le Figaro Histoire (un entretien de huit pages dans le n° 63 d'août-septembre 2022), cet essai est en passe de réussir à exporter une lecture révisionniste, dans le sens le plus négatif du terme, de la guerre civile espagnole.
Publié en 2003 en Espagne, cet ouvrage entend renverser ce qu'il présente comme une doxa imposée par la gauche, à savoir que la guerre civile fut la conséquence de l'acte illégal et criminel du soulèvement des militaires rebelles. Selon lui, le putsch est une réponse indispensable à l'élimination de la droite que la gauche espagnole, depuis 1931, ambitionne.
Aucune nouveauté dans cette thèse : la question reste celle des responsabilités de la guerre civile. Sur ce plan, les répo ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 26-27[article] Actualité - Pío Moa, faussaire de la guerre d'Espagne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Benoît Pellistrandi, Auteur . - 2022 . - p. 26-27.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 26-27
Mots-clés : Pio Moa Espagne guerre civils Note de contenu : Les thèses de l'essayiste espagnol Pío Moa, reflet de la propagande officielle de la dictature franquiste, sont aujourd'hui diffusées en France.
C'est aux éditions L'Artilleur que revient le douteux mérite d'avoir traduit le livre de Pío Moa Les Mythes de la guerre d'Espagne. Soutenu par une agressive campagne publicitaire citant les 300 000 exemplaires vendus en Espagne et par Le Figaro Histoire (un entretien de huit pages dans le n° 63 d'août-septembre 2022), cet essai est en passe de réussir à exporter une lecture révisionniste, dans le sens le plus négatif du terme, de la guerre civile espagnole.
Publié en 2003 en Espagne, cet ouvrage entend renverser ce qu'il présente comme une doxa imposée par la gauche, à savoir que la guerre civile fut la conséquence de l'acte illégal et criminel du soulèvement des militaires rebelles. Selon lui, le putsch est une réponse indispensable à l'élimination de la droite que la gauche espagnole, depuis 1931, ambitionne.
Aucune nouveauté dans cette thèse : la question reste celle des responsabilités de la guerre civile. Sur ce plan, les répo ...
Actualité - Cour suprême américaine : une nouvelle ère ? / Julien Jeanneney in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Actualité - Cour suprême américaine : une nouvelle ère ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Julien Jeanneney, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 28-29 Langues : Français (fre) Mots-clés : Etats-Unis droits jurisprudence Note de contenu : Donald Trump a transformé la composition de la Cour suprême des États-Unis. Depuis, sa jurisprudence évolue dans un sens ultraconservateur. Une situation inédite ?
La rupture est retentissante. Par plusieurs décisions rendues à la fin du printemps 2022, la Cour suprême des États-Unis vient d'accomplir un tournant brutal vers sa droite. La plus visible, Dobbs vs Jackson, conduit à l'abandon de la protection constitutionnelle du droit de recourir à une interruption volontaire de grossesse, laissant les États les plus conservateurs libres de l'interdire.
D'autres décisions ont contribué à ce mouvement, même si leur écho a été moindre. Ainsi la Cour a-t-elle restreint la capacité de l'Agence fédérale de protection de l'environnement à réguler les émissions de gaz à effet de serre. Elle a consacré le droit constitutionnel, pour un entraîneur de football américain, de prier sur le terrain à la fin d'un match. Elle a déclaré inconstitutionnelle une loi qui limitait la faculté de porter des armes en public dans l'État de New York.
Nominations stratégiques
En l'occurrence, le facteur dé ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 28-29[article] Actualité - Cour suprême américaine : une nouvelle ère ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Julien Jeanneney, Auteur . - 2022 . - p. 28-29.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 28-29
Mots-clés : Etats-Unis droits jurisprudence Note de contenu : Donald Trump a transformé la composition de la Cour suprême des États-Unis. Depuis, sa jurisprudence évolue dans un sens ultraconservateur. Une situation inédite ?
La rupture est retentissante. Par plusieurs décisions rendues à la fin du printemps 2022, la Cour suprême des États-Unis vient d'accomplir un tournant brutal vers sa droite. La plus visible, Dobbs vs Jackson, conduit à l'abandon de la protection constitutionnelle du droit de recourir à une interruption volontaire de grossesse, laissant les États les plus conservateurs libres de l'interdire.
D'autres décisions ont contribué à ce mouvement, même si leur écho a été moindre. Ainsi la Cour a-t-elle restreint la capacité de l'Agence fédérale de protection de l'environnement à réguler les émissions de gaz à effet de serre. Elle a consacré le droit constitutionnel, pour un entraîneur de football américain, de prier sur le terrain à la fin d'un match. Elle a déclaré inconstitutionnelle une loi qui limitait la faculté de porter des armes en public dans l'État de New York.
Nominations stratégiques
En l'occurrence, le facteur dé ...
Actualité - Du Bellay, poète des ruines / Claude Aziza in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Actualité - Du Bellay, poète des ruines Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Claude Aziza, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 30-31 Langues : Français (fre) Mots-clés : Joachim Du Bellay Rome regrets vestiges Note de contenu : Joachim Du Bellay est né il y a 500 ans. De 1553 à 1557 il est à Rome, dont il décrit la beauté des vestiges antiques.
Juin 1553. Parti de Paris en avril, Joachim Du Bellay arrive à Rome, comme intendant du cardinal Jean Du Bellay, le cousin de son père. Cet humaniste, pétri de grec et de latin, est amoureux de la Rome antique. Mais celle-ci n'a plus que de lointains rapports avec la ville qui s'offre à ses yeux. C'est une Rome ruinée qu'il découvre : partout, des étendues de pierres, des monuments comme le Colisée, des fantômes de théâtres « ouverts de tous côtés » (Les Regrets, sonnet 181) servent aux constructions nouvelles.
Ne restent, dans leur ancienne splendeur, que les thermes de Caracalla et ceux de Dioclétien (Les Regrets, sonnet 107). Pourtant, les papes avaient tenté, depuis le début du siècle, de retrouver un peu de la magnificence antique : Jules II, en ouvrant le long du Tibre la via Giulia ; Paul III en restaurant le Capitole et ses sculptures antiques et y plaçant, en 1538, la statue équestre de Marc Aurèle. Rome ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 30-31[article] Actualité - Du Bellay, poète des ruines [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Claude Aziza, Auteur . - 2022 . - p. 30-31.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 30-31
Mots-clés : Joachim Du Bellay Rome regrets vestiges Note de contenu : Joachim Du Bellay est né il y a 500 ans. De 1553 à 1557 il est à Rome, dont il décrit la beauté des vestiges antiques.
Juin 1553. Parti de Paris en avril, Joachim Du Bellay arrive à Rome, comme intendant du cardinal Jean Du Bellay, le cousin de son père. Cet humaniste, pétri de grec et de latin, est amoureux de la Rome antique. Mais celle-ci n'a plus que de lointains rapports avec la ville qui s'offre à ses yeux. C'est une Rome ruinée qu'il découvre : partout, des étendues de pierres, des monuments comme le Colisée, des fantômes de théâtres « ouverts de tous côtés » (Les Regrets, sonnet 181) servent aux constructions nouvelles.
Ne restent, dans leur ancienne splendeur, que les thermes de Caracalla et ceux de Dioclétien (Les Regrets, sonnet 107). Pourtant, les papes avaient tenté, depuis le début du siècle, de retrouver un peu de la magnificence antique : Jules II, en ouvrant le long du Tibre la via Giulia ; Paul III en restaurant le Capitole et ses sculptures antiques et y plaçant, en 1538, la statue équestre de Marc Aurèle. Rome ...
Dossier - Pirates et corsaires. Liberté sur les mers ? in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Pirates et corsaires. Liberté sur les mers ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 32-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : pirates océan loi ennemis flibustiers Note de contenu : A partir du XVIe siècle l'océan Atlantique s'ouvre à des trafics et des pratiques d'un nouveau genre. Les corsaires mercenaires des mers sont employés par des monarchies européennes pour mener sur mer la guerre en leur nom. Les pirates, eux, entendent s'affranchir du carcan des États pour leur profit personnel. Les abordages, les trésors et leurs effrayants drapeaux ont fait d'eux un mythe dès l'Époque moderne, jusqu'à réactiver l'utopie d'une contre-société libertaire dont Nassau ou Tortuga seraient les capitales. Mais la réalité est bien plus nuancée et, derrière quelques grands noms, c'est aussi un monde d'hommes déclassés qui se dévoile.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 32-63[article] Dossier - Pirates et corsaires. Liberté sur les mers ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 32-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 32-63
Mots-clés : pirates océan loi ennemis flibustiers Note de contenu : A partir du XVIe siècle l'océan Atlantique s'ouvre à des trafics et des pratiques d'un nouveau genre. Les corsaires mercenaires des mers sont employés par des monarchies européennes pour mener sur mer la guerre en leur nom. Les pirates, eux, entendent s'affranchir du carcan des États pour leur profit personnel. Les abordages, les trésors et leurs effrayants drapeaux ont fait d'eux un mythe dès l'Époque moderne, jusqu'à réactiver l'utopie d'une contre-société libertaire dont Nassau ou Tortuga seraient les capitales. Mais la réalité est bien plus nuancée et, derrière quelques grands noms, c'est aussi un monde d'hommes déclassés qui se dévoile. Dossier - Chronologie : pirates et corsaires in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Chronologie : pirates et corsaires Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 34-35 Langues : Français (fre) Mots-clés : carte géographique échanges produits esclaves chronologie Note de contenu : A l'assaut de l'Atlantique
1494 Traité de Tordesillas : l'Espagne et le Portugal se partagent le Nouveau Monde et l'Atlantique devient le théâtre d'opposition des puissances européennes.
1545 Début de l'exploitation par les Espagnols de la mine d'argent de Potosí au Pérou.
1558-1603 Règne d'Élisabeth Ire, qui encourage le développement des corsaires anglais.
1568 Première expédition de Francis Drake et James Hawkins en Amérique.
1580 L'Espagne et le Portugal sont rassemblés par Philippe II dans l'Union ibérique.
1581 Drake est anobli en récompense de sa circumnavigation et de ses exploits contre l'Espagne.
L'apogée du corso en Méditerranée
1562 Fondation de l'Ordre de Saint-Étienne.
1571 Victoire de la Sainte Ligue contre les ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 34-35[article] Dossier - Chronologie : pirates et corsaires [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 34-35.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 34-35
Mots-clés : carte géographique échanges produits esclaves chronologie Note de contenu : A l'assaut de l'Atlantique
1494 Traité de Tordesillas : l'Espagne et le Portugal se partagent le Nouveau Monde et l'Atlantique devient le théâtre d'opposition des puissances européennes.
1545 Début de l'exploitation par les Espagnols de la mine d'argent de Potosí au Pérou.
1558-1603 Règne d'Élisabeth Ire, qui encourage le développement des corsaires anglais.
1568 Première expédition de Francis Drake et James Hawkins en Amérique.
1580 L'Espagne et le Portugal sont rassemblés par Philippe II dans l'Union ibérique.
1581 Drake est anobli en récompense de sa circumnavigation et de ses exploits contre l'Espagne.
L'apogée du corso en Méditerranée
1562 Fondation de l'Ordre de Saint-Étienne.
1571 Victoire de la Sainte Ligue contre les ...
Dossier - Les pirates, l'État et la guerre sur mer / Renaud Morieux in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Les pirates, l'État et la guerre sur mer Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Renaud Morieux, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 36-45 Langues : Français (fre) Mots-clés : mer océan droits règles hors la loi amnistie Note de contenu : XVIe-XVIIIe siècle. Les ambitions océaniques des puissances européennes lancent sur l'eau des milliers de bateaux, transformant l'Atlantique en un monde d'opportunités. Un monde dangereux, aussi, où se prolongent les guerres continentales. Engagés par les États ou guidés par leur profit, des individus passent maîtres dans l'art de faire du butin : les corsaires et les pirates.
A partir de la fin du Moyen Age les puissances maritimes européennes développent des ambitions océaniques et impériales grandissantes, stimulant la compétition entre France, Angleterre, Espagne ou Provinces-Unies pour le contrôle des mers du globe et des richesses coloniales. Ce mouvement entraîne également un besoin croissant de précision du droit de la mer et du « droit des gens » (nom du droit international avant le XIXe siècle). Les juristes des XVIe et XVIIe siècles, comme Suarez, Gentili, Grotius, Selden ou Pufendorf, s'interrogent alors sur les limites de la souveraineté étatique sur les océans et sur les manières de contenir la violence en temps de guerre. Ils fixent en particulier des lignes de partage entre les acteurs admis à commercer en mer, à faire la guerre ou à simplement naviguer sans subir le risque d'être attaqués.
La guerre en mer, comme sur terre, répond donc à des règles. Loin d'être un espace de non-droit, les océans n'échappent pas à la juridicisation ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 36-45[article] Dossier - Les pirates, l'État et la guerre sur mer [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Renaud Morieux, Auteur . - 2022 . - p. 36-45.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 36-45
Mots-clés : mer océan droits règles hors la loi amnistie Note de contenu : XVIe-XVIIIe siècle. Les ambitions océaniques des puissances européennes lancent sur l'eau des milliers de bateaux, transformant l'Atlantique en un monde d'opportunités. Un monde dangereux, aussi, où se prolongent les guerres continentales. Engagés par les États ou guidés par leur profit, des individus passent maîtres dans l'art de faire du butin : les corsaires et les pirates.
A partir de la fin du Moyen Age les puissances maritimes européennes développent des ambitions océaniques et impériales grandissantes, stimulant la compétition entre France, Angleterre, Espagne ou Provinces-Unies pour le contrôle des mers du globe et des richesses coloniales. Ce mouvement entraîne également un besoin croissant de précision du droit de la mer et du « droit des gens » (nom du droit international avant le XIXe siècle). Les juristes des XVIe et XVIIe siècles, comme Suarez, Gentili, Grotius, Selden ou Pufendorf, s'interrogent alors sur les limites de la souveraineté étatique sur les océans et sur les manières de contenir la violence en temps de guerre. Ils fixent en particulier des lignes de partage entre les acteurs admis à commercer en mer, à faire la guerre ou à simplement naviguer sans subir le risque d'être attaqués.
La guerre en mer, comme sur terre, répond donc à des règles. Loin d'être un espace de non-droit, les océans n'échappent pas à la juridicisation ...
Dossier -Entre les « lignes des amitiés » / David Chaunu in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier -Entre les « lignes des amitiés » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : David Chaunu, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 41 Langues : Français (fre) Mots-clés : Atlantique traité Tordesillas Espagne Portugal Note de contenu : L'Atlantique, terrain de guerre entre Français et Espagnols, est aussi le lieu de l'affirmation du pouvoir royal des Bourbons.
En 1494, le traité de Tordesillas sanctionne un partage du Nouveau Monde entre Espagnols et Portugais, de part et d'autre d'une ligne imaginaire passant à 370 lieues à l'ouest du Cap-Vert. Les prétentions à l'hégémonie globale de ces deux monarchies, appuyées par le pape, excluent l'ensemble des autres Européens : dans les mers africaines et américaines sur lesquelles ils prétendent avoir des droits exclusifs, Portugais et Espagnols donnent la chasse aux navigations et au commerce des sujets du roi de France, qui pratiquent la traite d'esclaves africains, la contrebande de produits coloniaux ou la prédation des navires ibériques. Tout au long du XVIe siècle, l'Atlantique est donc une région de guerres endémiques.
Les rois de France ont soutenu discrètement les ambitions des marins contre les Ibériques, déléguant à ces gens de mer le soin de défendre la liberté des mers dans l'Atlantique. Cependant, la légitimation de cette guerre repose sur une hiérarchie complexe de tribuna ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 41[article] Dossier -Entre les « lignes des amitiés » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / David Chaunu, Auteur . - 2022 . - p. 41.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 41
Mots-clés : Atlantique traité Tordesillas Espagne Portugal Note de contenu : L'Atlantique, terrain de guerre entre Français et Espagnols, est aussi le lieu de l'affirmation du pouvoir royal des Bourbons.
En 1494, le traité de Tordesillas sanctionne un partage du Nouveau Monde entre Espagnols et Portugais, de part et d'autre d'une ligne imaginaire passant à 370 lieues à l'ouest du Cap-Vert. Les prétentions à l'hégémonie globale de ces deux monarchies, appuyées par le pape, excluent l'ensemble des autres Européens : dans les mers africaines et américaines sur lesquelles ils prétendent avoir des droits exclusifs, Portugais et Espagnols donnent la chasse aux navigations et au commerce des sujets du roi de France, qui pratiquent la traite d'esclaves africains, la contrebande de produits coloniaux ou la prédation des navires ibériques. Tout au long du XVIe siècle, l'Atlantique est donc une région de guerres endémiques.
Les rois de France ont soutenu discrètement les ambitions des marins contre les Ibériques, déléguant à ces gens de mer le soin de défendre la liberté des mers dans l'Atlantique. Cependant, la légitimation de cette guerre repose sur une hiérarchie complexe de tribuna ...
Dossier - Les ennemis du genre humain / Claire Sotinel in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Les ennemis du genre humain Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Claire Sotinel, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 44 Langues : Français (fre) Mots-clés : Pirates prédation maritime contrôle Note de contenu : C'est dans la Méditerranée gréco-romaine que se forge le concept de « pirate ».
Avant d'inventer le mot « pirate », l'Antiquité connaît bien les prédateurs des mers. Au ve siècle av. n. è., pour Thucydide, la prédation maritime est l'état premier des peuples insulaires ou côtiers : avant que les cités mettent de l'ordre dans les transports maritimes, la mer est la voie naturelle du pillage et des razzias. Le progrès humain, ici, consiste à poser des règles sur la mer.
Thucydide est loin d'être le seul à distinguer la violence d'État sur la mer, celle des flottes militaires, et la violence privée ou non reconnue par les cités. Le développement des thalassocraties, les aspirations à l'hégémonie commerciale ou politique, conduisent à définir le brigandage sur mer. Les colons phocéens d'Aléria, en Corse, renommés pour leur efficacité prédatrice, suscitent une alliance entre Carthage et les Étrusques à l'époque de la bataille d'Alalia (535 av. n. è.). On ne parle encore que de « bandits » dans les traités entre Carthage et Rome (509 av. n. è.) entre Athènes ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 44[article] Dossier - Les ennemis du genre humain [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Claire Sotinel, Auteur . - 2022 . - p. 44.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 44
Mots-clés : Pirates prédation maritime contrôle Note de contenu : C'est dans la Méditerranée gréco-romaine que se forge le concept de « pirate ».
Avant d'inventer le mot « pirate », l'Antiquité connaît bien les prédateurs des mers. Au ve siècle av. n. è., pour Thucydide, la prédation maritime est l'état premier des peuples insulaires ou côtiers : avant que les cités mettent de l'ordre dans les transports maritimes, la mer est la voie naturelle du pillage et des razzias. Le progrès humain, ici, consiste à poser des règles sur la mer.
Thucydide est loin d'être le seul à distinguer la violence d'État sur la mer, celle des flottes militaires, et la violence privée ou non reconnue par les cités. Le développement des thalassocraties, les aspirations à l'hégémonie commerciale ou politique, conduisent à définir le brigandage sur mer. Les colons phocéens d'Aléria, en Corse, renommés pour leur efficacité prédatrice, suscitent une alliance entre Carthage et les Étrusques à l'époque de la bataille d'Alalia (535 av. n. è.). On ne parle encore que de « bandits » dans les traités entre Carthage et Rome (509 av. n. è.) entre Athènes ...
Dossier - « Wakô », les maîtres de la mer de Chine / Pierre-François Souyri in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier - « Wakô », les maîtres de la mer de Chine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre-François Souyri, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 46-47 Langues : Français (fre) Mots-clés : Pirates japonais Chine Orient espace maritime Note de contenu : Entre le XIVe et le XVIe siècle, ces pirates japonais, bientôt imités par les Coréens et les Chinois, défient, à la tête de flottes puissantes et organisées, l'autorité des États et jettent les bases d'un vaste commerce maritime.
Les « brigands des mers » sont une réalité endémique dans les mers d'Extrême-Orient depuis la plus haute Antiquité. Mais, à partir des années 1350, la piraterie sur les côtes coréennes prend un nouvel essor en raison de l'instabilité politique qui règne dans l'archipel japonais. Des pirates, désignés sous le terme « wakô » (en japonais) ou « wokou » (en chinois), « envahisseurs japonais », sont pour la plupart issus des côtes occidentales de Kyûshû et des îles situées plus au large (Tsushima, Iki, Gotô...). Mobiles, bien armés, insaisissables, ces envahisseurs pillent les greniers, embarquent des prisonniers revendus ensuite comme esclaves et, après leurs forfaits, regagnent aussitôt le Japon. Les raids se font de plus en plus nombreux et violents dans la seconde moitié du XIVe siècle, rassemblant des centaines d'embarcations. Dépassée, la dynastie coréenne de Koryo s'effondre en 1392.
La reprise en main par la nouvelle dynastie des Yi pousse les wakô ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 46-47[article] Dossier - « Wakô », les maîtres de la mer de Chine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre-François Souyri, Auteur . - 2022 . - p. 46-47.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 46-47
Mots-clés : Pirates japonais Chine Orient espace maritime Note de contenu : Entre le XIVe et le XVIe siècle, ces pirates japonais, bientôt imités par les Coréens et les Chinois, défient, à la tête de flottes puissantes et organisées, l'autorité des États et jettent les bases d'un vaste commerce maritime.
Les « brigands des mers » sont une réalité endémique dans les mers d'Extrême-Orient depuis la plus haute Antiquité. Mais, à partir des années 1350, la piraterie sur les côtes coréennes prend un nouvel essor en raison de l'instabilité politique qui règne dans l'archipel japonais. Des pirates, désignés sous le terme « wakô » (en japonais) ou « wokou » (en chinois), « envahisseurs japonais », sont pour la plupart issus des côtes occidentales de Kyûshû et des îles situées plus au large (Tsushima, Iki, Gotô...). Mobiles, bien armés, insaisissables, ces envahisseurs pillent les greniers, embarquent des prisonniers revendus ensuite comme esclaves et, après leurs forfaits, regagnent aussitôt le Japon. Les raids se font de plus en plus nombreux et violents dans la seconde moitié du XIVe siècle, rassemblant des centaines d'embarcations. Dépassée, la dynastie coréenne de Koryo s'effondre en 1392.
La reprise en main par la nouvelle dynastie des Yi pousse les wakô ...
Dossier - Les flibustiers du « Saint-Nicolas » / Guillaume Calafat in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Les flibustiers du « Saint-Nicolas » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Guillaume Calafat, Intervieweur ; Frantz Olivié, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 48-53 Langues : Français (fre) Mots-clés : Flibustiers Caraïbes Forban boucaniers Note de contenu : Ceux-là ne sont pas des pirates ordinaires. Pas étonnant s'ils ont puissamment alimenté la légende de l'aventure libertaire des Caraïbes. En s'appuyant sur des documents exceptionnels, Frantz Olivié et Reynald Laprise ont reconstitué l'histoire du Saint-Nicolas, un navire flibustier de la fin du XVIIe siècle. Entretien avec Frantz Olivié.
L'Histoire : Qui sont les « flibustiers » dont vous racontez l'histoire ?
Frantz Olivié : Le terme « flibuste » désigne la société volatile de pirates et corsaires qui se développe, à partir du milieu du XVIIe siècle, dans les îles des Amériques. Les flibustiers français - il a également existé une flibuste anglaise et néerlandaise - vivent massivement à Saint-Domingue (l'actuelle Haïti), où débute leur activité de pillage des navires et des villages de l'empire espagnol.
Ces « gueux de la mer » sont généralement des hommes jeunes, qui viennent de toutes les régions de France et d'ailleurs ; certains sont « créoles », nés dans les îles des Amériques. Les raisons de leur départ varient mais aucun d'entre eux n'est venu aux Amériques pour devenir flibustier. Ce sont avant tout des déshérités, que les revers de fortune ont contraints à cette vie précaire faite de rapine et de contrebande. Beaucoup sont des marins et des soldats ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 48-53[article] Dossier - Les flibustiers du « Saint-Nicolas » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Guillaume Calafat, Intervieweur ; Frantz Olivié, Auteur . - 2022 . - p. 48-53.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 48-53
Mots-clés : Flibustiers Caraïbes Forban boucaniers Note de contenu : Ceux-là ne sont pas des pirates ordinaires. Pas étonnant s'ils ont puissamment alimenté la légende de l'aventure libertaire des Caraïbes. En s'appuyant sur des documents exceptionnels, Frantz Olivié et Reynald Laprise ont reconstitué l'histoire du Saint-Nicolas, un navire flibustier de la fin du XVIIe siècle. Entretien avec Frantz Olivié.
L'Histoire : Qui sont les « flibustiers » dont vous racontez l'histoire ?
Frantz Olivié : Le terme « flibuste » désigne la société volatile de pirates et corsaires qui se développe, à partir du milieu du XVIIe siècle, dans les îles des Amériques. Les flibustiers français - il a également existé une flibuste anglaise et néerlandaise - vivent massivement à Saint-Domingue (l'actuelle Haïti), où débute leur activité de pillage des navires et des villages de l'empire espagnol.
Ces « gueux de la mer » sont généralement des hommes jeunes, qui viennent de toutes les régions de France et d'ailleurs ; certains sont « créoles », nés dans les îles des Amériques. Les raisons de leur départ varient mais aucun d'entre eux n'est venu aux Amériques pour devenir flibustier. Ce sont avant tout des déshérités, que les revers de fortune ont contraints à cette vie précaire faite de rapine et de contrebande. Beaucoup sont des marins et des soldats ...
Dossier - Méditerranée : en finir avec les Barbaresques / Guillaume Calafat in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier - Méditerranée : en finir avec les Barbaresques Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Guillaume Calafat, Intervieweur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 54-59 Langues : Français (fre) Mots-clés : Barbaresque capitulations guerrier oriental lingua franca pavillons Alger traités corsaire Note de contenu : Derrière la réputation des redoutables corsaires du Maghreb se cache une réalité plus subtile, faite de politique, de diplomatie et de droit. Des normes communes sont négociées pour tenter de réguler la violence sur mer.
Le 17 juin 1605 un navire en provenance d'Alexandrie aborde dans le port de La Goulette, appendice maritime de Tunis. Il transporte à son bord François Savary de Brèves (1560-1628), un habile diplomate réputé pour ses qualités de négociateur, qui vient de séjourner près de vingt-deux ans à Constantinople, dont quatorze en qualité d'ambassadeur du roi de France, Henri IV, auprès de la Porte ottomane. Les spécialistes de l'orientalisme savant connaissent bien ce personnage, qui a compilé une riche collection de manuscrits, ainsi que des documents précieux sur l'histoire, la politique, la culture et le droit des Turcs.
Alors qu'il est rappelé en France car le roi le veut, écrit-il, « employer en de plus importantes affaires », Savary de Brèves doit cependant s'acquitter d'une ultime mission liée à son ambassade, qui le mène dans les provinces ottomanes de Tunis et d'Alger. Après un voyage en Terre sainte, en Égypte, puis une rapide escale par Rhodes et la Crète, le dip ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 54-59[article] Dossier - Méditerranée : en finir avec les Barbaresques [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Guillaume Calafat, Intervieweur . - 2022 . - p. 54-59.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 54-59
Mots-clés : Barbaresque capitulations guerrier oriental lingua franca pavillons Alger traités corsaire Note de contenu : Derrière la réputation des redoutables corsaires du Maghreb se cache une réalité plus subtile, faite de politique, de diplomatie et de droit. Des normes communes sont négociées pour tenter de réguler la violence sur mer.
Le 17 juin 1605 un navire en provenance d'Alexandrie aborde dans le port de La Goulette, appendice maritime de Tunis. Il transporte à son bord François Savary de Brèves (1560-1628), un habile diplomate réputé pour ses qualités de négociateur, qui vient de séjourner près de vingt-deux ans à Constantinople, dont quatorze en qualité d'ambassadeur du roi de France, Henri IV, auprès de la Porte ottomane. Les spécialistes de l'orientalisme savant connaissent bien ce personnage, qui a compilé une riche collection de manuscrits, ainsi que des documents précieux sur l'histoire, la politique, la culture et le droit des Turcs.
Alors qu'il est rappelé en France car le roi le veut, écrit-il, « employer en de plus importantes affaires », Savary de Brèves doit cependant s'acquitter d'une ultime mission liée à son ambassade, qui le mène dans les provinces ottomanes de Tunis et d'Alger. Après un voyage en Terre sainte, en Égypte, puis une rapide escale par Rhodes et la Crète, le dip ...
Dossier - XXe-XXIe siècle : à qui appartient la mer ? / Kiara Neri in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Dossier - XXe-XXIe siècle : à qui appartient la mer ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Kiara Neri, Intervieweur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 60-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : Somalie merritorialisation piraterie Note de contenu : L'impératif de lutte contre la piraterie donne naissance à des règles juridiques pionnières. Mais la « liberté des mers » en fait aussi une arène où s'affrontent les États. Entretien avec Kiara Neri.
L'Histoire : A l'Époque moderne, la lutte contre la piraterie a dépassé le cadre des États. Quel rôle a-t-elle joué dans la genèse du droit international de la mer ?
Kiara Neri : Dès le début du XVIIe siècle, le statut des espaces maritimes fait en effet l'objet de vifs débats, en particulier dans le cadre de la rivalité commerciale entre l'Angleterre et les Pays-Bas. Une des plus grandes controverses est celle qui oppose les juristes John Selden et Hugo Grotius. Fidèle aux intérêts britanniques, le premier défend le modèle du mare clausum (la « mer fermée »), qui affirme la possibilité pour un État de s'approprier un espace maritime de façon exclusive, à la manière d'un territoire terrestre.
Hugo Grotius, lui, soutient le principe de la liberté des mers (mare liberum), qui postule que la mer n'appartient à personne et peut donc être librement investie par l'ensemble des États. Rapidement, c'est ce modèle q ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 60-63[article] Dossier - XXe-XXIe siècle : à qui appartient la mer ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Kiara Neri, Intervieweur . - 2022 . - p. 60-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 60-63
Mots-clés : Somalie merritorialisation piraterie Note de contenu : L'impératif de lutte contre la piraterie donne naissance à des règles juridiques pionnières. Mais la « liberté des mers » en fait aussi une arène où s'affrontent les États. Entretien avec Kiara Neri.
L'Histoire : A l'Époque moderne, la lutte contre la piraterie a dépassé le cadre des États. Quel rôle a-t-elle joué dans la genèse du droit international de la mer ?
Kiara Neri : Dès le début du XVIIe siècle, le statut des espaces maritimes fait en effet l'objet de vifs débats, en particulier dans le cadre de la rivalité commerciale entre l'Angleterre et les Pays-Bas. Une des plus grandes controverses est celle qui oppose les juristes John Selden et Hugo Grotius. Fidèle aux intérêts britanniques, le premier défend le modèle du mare clausum (la « mer fermée »), qui affirme la possibilité pour un État de s'approprier un espace maritime de façon exclusive, à la manière d'un territoire terrestre.
Hugo Grotius, lui, soutient le principe de la liberté des mers (mare liberum), qui postule que la mer n'appartient à personne et peut donc être librement investie par l'ensemble des États. Rapidement, c'est ce modèle q ...
L'Atelier des CHERCHEURS -Moyen-Age - La vraie histoire de la papesse Jeanne / Agostino Paravicini Bagliani in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS -Moyen-Age - La vraie histoire de la papesse Jeanne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Agostino Paravicini Bagliani, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 64-69 Langues : Français (fre) Mots-clés : femme pape masculinité preuve misogynie Note de contenu : Personnage légendaire du IXe siècle, la papesse Jeanne nous renseigne davantage sur l'Église du XIIIe-XVe siècle, quand les différents éléments de l'histoire se mettent en place et alors que le débat sur l'ordination des femmes continue de heurter les esprits. Enquête au coeur des textes.
L'histoire est de celles qu'on raconte volontiers. Vers 850, une Anglaise qui serait née à Mayence s'éprend d'un jeune homme amoureux des lettres, destiné donc au monde exclusivement masculin qu'est celui de l'étude. Qu'à cela ne tienne, elle se travestit et se fait appeler « Jean l'Anglais » pour le suivre jusqu'à Athènes. Ses compétences lui confèrent vite un poste à Rome, à la Curie, où elle devient cardinal... puis pape. Bien commencé, son pontificat de deux ans s'achève cependant de manière surprenante. Lors d'une procession entre Saint-Pierre du Vatican et Saint-Jean-de-Latran, le pape accouche d'un enfant en public. Jeanne finit lapidée, morte en couches ou simplement déposée. Depuis, on vérifierait la virilité des nouveaux papes - « Duos habet et bene pendentes ».
Une histoire d'amour, de travestissement et de scandale : la matière était trop belle pour que la légende, dont on connaît de nombreuses variantes, n'ait pas de postérité. C'est en ...
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 64-69[article] L'Atelier des CHERCHEURS -Moyen-Age - La vraie histoire de la papesse Jeanne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Agostino Paravicini Bagliani, Auteur . - 2022 . - p. 64-69.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 64-69
Mots-clés : femme pape masculinité preuve misogynie Note de contenu : Personnage légendaire du IXe siècle, la papesse Jeanne nous renseigne davantage sur l'Église du XIIIe-XVe siècle, quand les différents éléments de l'histoire se mettent en place et alors que le débat sur l'ordination des femmes continue de heurter les esprits. Enquête au coeur des textes.
L'histoire est de celles qu'on raconte volontiers. Vers 850, une Anglaise qui serait née à Mayence s'éprend d'un jeune homme amoureux des lettres, destiné donc au monde exclusivement masculin qu'est celui de l'étude. Qu'à cela ne tienne, elle se travestit et se fait appeler « Jean l'Anglais » pour le suivre jusqu'à Athènes. Ses compétences lui confèrent vite un poste à Rome, à la Curie, où elle devient cardinal... puis pape. Bien commencé, son pontificat de deux ans s'achève cependant de manière surprenante. Lors d'une procession entre Saint-Pierre du Vatican et Saint-Jean-de-Latran, le pape accouche d'un enfant en public. Jeanne finit lapidée, morte en couches ou simplement déposée. Depuis, on vérifierait la virilité des nouveaux papes - « Duos habet et bene pendentes ».
Une histoire d'amour, de travestissement et de scandale : la matière était trop belle pour que la légende, dont on connaît de nombreuses variantes, n'ait pas de postérité. C'est en ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Ukraine-Volga - 1922, première grande famine en URSS / Nicolas WERTH in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Ukraine-Volga - 1922, première grande famine en URSS Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Nicolas WERTH, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 70-75 Langues : Français (fre) Mots-clés : URSS famine effondrement économique aide alimentaire Lénine communisme de guerre NEP Note de contenu : En 1921-1922, 3 à 5 millions de personnes meurent de faim à cause des réquisitions en URSS. Une famine qui permet au pouvoir bolchevique d'écraser ses opposants tout en faisant main basse sur les richesses de l'Église.
La famine de 1921-1922 est la première des trois grandes famines de la période soviétique de l'histoire russe1. Elle est aussi sans doute la mieux documentée, car la seule à avoir été reconnue par le régime bolchevique, dirigé alors par Lénine, qui fit appel à l'aide internationale tout en niant la moindre responsabilité dans la survenue de cette catastrophe.
« Cette calamité, pouvait-on lire dans la Pravda du 21 juin 1921, résulte en premier lieu de la sécheresse [...]. Mais elle est aussi la conséquence de toute l'histoire passée, du retard de notre agriculture, des techniques indigentes de nos paysans, des formes périmées de rotation des cultures. Ce retard a été aggravé par les conséquences de la guerre, la lutte ininterrompue menée contre nous par les capitalistes et leurs valets, les sabotages incessants des bandits qui exécutent les ordres d'organisations hostiles à la Russie soviétique et à sa population laborieuse....
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 70-75[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Ukraine-Volga - 1922, première grande famine en URSS [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Nicolas WERTH, Auteur . - 2022 . - p. 70-75.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 70-75
Mots-clés : URSS famine effondrement économique aide alimentaire Lénine communisme de guerre NEP Note de contenu : En 1921-1922, 3 à 5 millions de personnes meurent de faim à cause des réquisitions en URSS. Une famine qui permet au pouvoir bolchevique d'écraser ses opposants tout en faisant main basse sur les richesses de l'Église.
La famine de 1921-1922 est la première des trois grandes famines de la période soviétique de l'histoire russe1. Elle est aussi sans doute la mieux documentée, car la seule à avoir été reconnue par le régime bolchevique, dirigé alors par Lénine, qui fit appel à l'aide internationale tout en niant la moindre responsabilité dans la survenue de cette catastrophe.
« Cette calamité, pouvait-on lire dans la Pravda du 21 juin 1921, résulte en premier lieu de la sécheresse [...]. Mais elle est aussi la conséquence de toute l'histoire passée, du retard de notre agriculture, des techniques indigentes de nos paysans, des formes périmées de rotation des cultures. Ce retard a été aggravé par les conséquences de la guerre, la lutte ininterrompue menée contre nous par les capitalistes et leurs valets, les sabotages incessants des bandits qui exécutent les ordres d'organisations hostiles à la Russie soviétique et à sa population laborieuse....
Guide des Livres : Les historiens décolonisent l'Afrique / Jean-Pierre Bat in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Les historiens décolonisent l'Afrique Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Pierre Bat, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 76-77 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture Afrique historiens mémoires histoire Note de contenu : C'est à une histoire globale à parts égales que s'essaie cet ouvrage collectif dirigé par François-Xavier Fauvelle et Anne Lafont. Les contributeurs explorent les voies et les détours des rencontres ou interactions entre l'Afrique et le monde.
Une histoire africaine du monde, une histoire mondiale de l'Afrique : on pourrait définir ainsi, par ces deux propositions concurrentes et symétriques, le projet du livre. » C'est par ces mots que François-Xavier Fauvelle (historien et archéologue, Collège de France) et Anne Lafont (historienne de l'art, EHESS) ouvrent le livre collectif qu'ils dirigent. En proposant une approche interactive et connectée de l'histoire de l'Afrique au monde - et vice versa -, François-Xavier Fauvelle poursuit sa profession de foi académique sur la place de l'histoire de l'Afrique, depuis sa leçon inaugurale du Collège de France en 2019 et à la suite de son récent ouvrage Penser l'histoire de l'Afrique (CNRS Éditions, 2022).
En faisant résonner et raisonner le rapport de l'Afrique au monde, les auteurs s'inscrivent dans une historiographie au long cours, dans le sillage des African Studies et des Black Studies nées sur les campus américains à l'heure de la discrimination raciale contemporaine. Mais on est loin ici des impératifs identitaires. La voie empruntée par les auteurs, c'est celle du temps long de la recherche, avec comme principe « l'histoire comme conversation ». A rebours d'histoires totales et englobantes qui n'hésitent pas à combler abusivement les « blancs » de la carte des connaissances par des généralisations infondées, L'Afrique et le monde cherche au contraire à mettre en lumière la pluralité des lectures du continent africain et de ses sociétés, de la préhistoire au XXIe siècle. Une démarche que François-Xavier Fauvelle et Anne Lafont ont choisi dans leur sous-titre d'appeler joliment « histoires renouées ».
Les chapitres de l'ouvrage sont pensés comme des « noeuds d'histoire », temps forts de création et de découverte. Trois grands moments structurent le livre, auquel ont contribué treize chercheurs et chercheuses venus de champs disciplinaires variés des sciences sociales.
Le premier moment décrit les processus successifs de mise en connexion des sociétés africaines. Avec l'étude des sociétés humaines initiales en Afrique, la notion même de « préhistoire » est interrogée à travers la problématique des sources exploitées pour ce récit des origines : ces « vestiges » prennent de nombreuses formes, du crâne de Toumaï aux amas coquilliers en passant par les traces sédimentaires des céréales (phytolithes).
Vient ensuite l'analyse, sur quatre millénaires, de 2500 avant notre ère à 1500 de notre ère, des circulations commerciales et religieuses, avec leurs entrelacs : se dessinent, dans cette approche braudélienne, les mille et une connexions qui ont construit les sociétés et les pouvoirs africains et « l'Afrique des routes », au sein du continent mais aussi en interaction avec le reste du Vieux Monde. Cette réflexion est approfondie par une histoire intellectuelle, sociale et religieuse de l'islam en Afrique de l'Ouest, qui rappelle la centralité et la précocité de l'Afrique parmi les mondes musulmans.
Une rupture est engagée autour de 1500. Le deuxième moment s'ouvre sur la traite esclavagiste et l'expérience de première globalisation atlantique au XVe-XIXe siècle. Ici encore, le décentrement du regard restaure la place de l'Afrique et des Africains dans cette modernité tragique. Le « Passage du Milieu », cette autre histoire atlantique, invite à mettre en évidence les mémoires du point de vue des esclaves et à montrer la part de l'Afrique dans la globalisation des sociétés. Comment comprendre autrement les origines intellectuelles du panafricanisme au XIXe siècle ?
Le poids des mémoires
Le troisième temps épouse l'époque contemporaine, marquée par la colonisation puis les indépendances, le temps colonial et le temps post-colonial. La période coloniale est, bien sûr, caractérisée par l'exploitation de l'environnement, des hommes et des femmes en Afrique. L'ouvrage propose cependant, de tous ces thèmes, une lecture décapante, déconstruisant les représentations largement issues de l'époque coloniale sur la nature (le mythe de « l'Éden africain ») ou les ordres sociaux sous la domination coloniale (en mettant en évidence la part d'agentivité sociale, agency, c'est-à-dire la marge de manoeuvre des Africains, qui sont restaurés dans leur rôle d'acteurs centraux de cette histoire, fût-elle asymétrique).
On aborde dans le même état d'esprit le poids des mémoires des Afro-descendants, ou les idées reçues (et leurs pièges) - par exemple sur l'oralité. La fétichisation coloniale de la palabre est ainsi déconstruite, pour mieux cerner les réalités sociales des pouvoirs du verbe, de la confrérie Balungu au Congo du XIXe siècle jusqu'aux agoras « Sorbonne » ivoiriennes des années 2000.
Car, dans ce voyage au long cours, l'ouvrage parle autant du rapport de l'Afrique au monde que du rapport, en creux, que les historiographies contemporaines entretiennent (ou pas) avec l'histoire de l'Afrique. L'enjeu est bien d'accorder toute sa place à l'histoire de l'Afrique dans l'écriture de l'histoire globale. Or ce projet ne s'arrête pas aux frontières de l'université, mais est porté aussi par des intellectuels contemporains majeurs au XXIe siècle, du philosophe Souleymane Bachir Diagne à l'écrivaine Léonora Miano.
« Nous sommes probablement arrivés à un seuil de l'histoire qui correspond à une objectivation affinée de la longue durée des inégalités, objectivation qui guidera la réflexion à venir sur ce que le passé fait au présent », écrivent François-Xavier Fauvelle et Anne Lafont en conclusion de leur épilogue au sujet de la question des réparations : une invitation au lecteur à prendre la mesure de la « fabrique », tant intellectuelle (à travers les débats universitaires) que matérielle (à travers la question d'actualité des restitutions d'oeuvres d'art capturées sous la colonisation), de l'histoire de l'Afrique qui est en cours et qui façonne le présent des savoirs et des perceptions communes sur l'histoire de l'Afrique. Cette histoire n'est pas à cantonner dans la présumée réserve des « africanistes » : elle est une partie intégrante et centrale de la recherche et des métiers des historiens et des historiennes du XXIe siècle.
Jean-Pierre Bat est historien, chercheur associé au CNRS et à l'université Paris Sciences & Lettres.
L’Afrique et le monde. Histoires renouées, de la préhistoire au XXIe siècle, François-Xavier Fauvelle, Anne Lafont (dir.), La Découverte, 2022, 456 p., 28 €.
Penser l’histoire de l’Afrique, François-Xavier Fauvelle, CNRS Éditions, 2022, 98 p., 8 €.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 76-77[article] Guide des Livres : Les historiens décolonisent l'Afrique [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Pierre Bat, Auteur . - 2022 . - p. 76-77.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 76-77
Mots-clés : lecture Afrique historiens mémoires histoire Note de contenu : C'est à une histoire globale à parts égales que s'essaie cet ouvrage collectif dirigé par François-Xavier Fauvelle et Anne Lafont. Les contributeurs explorent les voies et les détours des rencontres ou interactions entre l'Afrique et le monde.
Une histoire africaine du monde, une histoire mondiale de l'Afrique : on pourrait définir ainsi, par ces deux propositions concurrentes et symétriques, le projet du livre. » C'est par ces mots que François-Xavier Fauvelle (historien et archéologue, Collège de France) et Anne Lafont (historienne de l'art, EHESS) ouvrent le livre collectif qu'ils dirigent. En proposant une approche interactive et connectée de l'histoire de l'Afrique au monde - et vice versa -, François-Xavier Fauvelle poursuit sa profession de foi académique sur la place de l'histoire de l'Afrique, depuis sa leçon inaugurale du Collège de France en 2019 et à la suite de son récent ouvrage Penser l'histoire de l'Afrique (CNRS Éditions, 2022).
En faisant résonner et raisonner le rapport de l'Afrique au monde, les auteurs s'inscrivent dans une historiographie au long cours, dans le sillage des African Studies et des Black Studies nées sur les campus américains à l'heure de la discrimination raciale contemporaine. Mais on est loin ici des impératifs identitaires. La voie empruntée par les auteurs, c'est celle du temps long de la recherche, avec comme principe « l'histoire comme conversation ». A rebours d'histoires totales et englobantes qui n'hésitent pas à combler abusivement les « blancs » de la carte des connaissances par des généralisations infondées, L'Afrique et le monde cherche au contraire à mettre en lumière la pluralité des lectures du continent africain et de ses sociétés, de la préhistoire au XXIe siècle. Une démarche que François-Xavier Fauvelle et Anne Lafont ont choisi dans leur sous-titre d'appeler joliment « histoires renouées ».
Les chapitres de l'ouvrage sont pensés comme des « noeuds d'histoire », temps forts de création et de découverte. Trois grands moments structurent le livre, auquel ont contribué treize chercheurs et chercheuses venus de champs disciplinaires variés des sciences sociales.
Le premier moment décrit les processus successifs de mise en connexion des sociétés africaines. Avec l'étude des sociétés humaines initiales en Afrique, la notion même de « préhistoire » est interrogée à travers la problématique des sources exploitées pour ce récit des origines : ces « vestiges » prennent de nombreuses formes, du crâne de Toumaï aux amas coquilliers en passant par les traces sédimentaires des céréales (phytolithes).
Vient ensuite l'analyse, sur quatre millénaires, de 2500 avant notre ère à 1500 de notre ère, des circulations commerciales et religieuses, avec leurs entrelacs : se dessinent, dans cette approche braudélienne, les mille et une connexions qui ont construit les sociétés et les pouvoirs africains et « l'Afrique des routes », au sein du continent mais aussi en interaction avec le reste du Vieux Monde. Cette réflexion est approfondie par une histoire intellectuelle, sociale et religieuse de l'islam en Afrique de l'Ouest, qui rappelle la centralité et la précocité de l'Afrique parmi les mondes musulmans.
Une rupture est engagée autour de 1500. Le deuxième moment s'ouvre sur la traite esclavagiste et l'expérience de première globalisation atlantique au XVe-XIXe siècle. Ici encore, le décentrement du regard restaure la place de l'Afrique et des Africains dans cette modernité tragique. Le « Passage du Milieu », cette autre histoire atlantique, invite à mettre en évidence les mémoires du point de vue des esclaves et à montrer la part de l'Afrique dans la globalisation des sociétés. Comment comprendre autrement les origines intellectuelles du panafricanisme au XIXe siècle ?
Le poids des mémoires
Le troisième temps épouse l'époque contemporaine, marquée par la colonisation puis les indépendances, le temps colonial et le temps post-colonial. La période coloniale est, bien sûr, caractérisée par l'exploitation de l'environnement, des hommes et des femmes en Afrique. L'ouvrage propose cependant, de tous ces thèmes, une lecture décapante, déconstruisant les représentations largement issues de l'époque coloniale sur la nature (le mythe de « l'Éden africain ») ou les ordres sociaux sous la domination coloniale (en mettant en évidence la part d'agentivité sociale, agency, c'est-à-dire la marge de manoeuvre des Africains, qui sont restaurés dans leur rôle d'acteurs centraux de cette histoire, fût-elle asymétrique).
On aborde dans le même état d'esprit le poids des mémoires des Afro-descendants, ou les idées reçues (et leurs pièges) - par exemple sur l'oralité. La fétichisation coloniale de la palabre est ainsi déconstruite, pour mieux cerner les réalités sociales des pouvoirs du verbe, de la confrérie Balungu au Congo du XIXe siècle jusqu'aux agoras « Sorbonne » ivoiriennes des années 2000.
Car, dans ce voyage au long cours, l'ouvrage parle autant du rapport de l'Afrique au monde que du rapport, en creux, que les historiographies contemporaines entretiennent (ou pas) avec l'histoire de l'Afrique. L'enjeu est bien d'accorder toute sa place à l'histoire de l'Afrique dans l'écriture de l'histoire globale. Or ce projet ne s'arrête pas aux frontières de l'université, mais est porté aussi par des intellectuels contemporains majeurs au XXIe siècle, du philosophe Souleymane Bachir Diagne à l'écrivaine Léonora Miano.
« Nous sommes probablement arrivés à un seuil de l'histoire qui correspond à une objectivation affinée de la longue durée des inégalités, objectivation qui guidera la réflexion à venir sur ce que le passé fait au présent », écrivent François-Xavier Fauvelle et Anne Lafont en conclusion de leur épilogue au sujet de la question des réparations : une invitation au lecteur à prendre la mesure de la « fabrique », tant intellectuelle (à travers les débats universitaires) que matérielle (à travers la question d'actualité des restitutions d'oeuvres d'art capturées sous la colonisation), de l'histoire de l'Afrique qui est en cours et qui façonne le présent des savoirs et des perceptions communes sur l'histoire de l'Afrique. Cette histoire n'est pas à cantonner dans la présumée réserve des « africanistes » : elle est une partie intégrante et centrale de la recherche et des métiers des historiens et des historiennes du XXIe siècle.
Jean-Pierre Bat est historien, chercheur associé au CNRS et à l'université Paris Sciences & Lettres.
L’Afrique et le monde. Histoires renouées, de la préhistoire au XXIe siècle, François-Xavier Fauvelle, Anne Lafont (dir.), La Découverte, 2022, 456 p., 28 €.
Penser l’histoire de l’Afrique, François-Xavier Fauvelle, CNRS Éditions, 2022, 98 p., 8 €.
Guide des Livres : Les petites mains de la recherche / Catherine BRICE in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Les petites mains de la recherche Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Catherine BRICE, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 78 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre antichambre science inconnu Note de contenu : Voyage dans l'antichambre de la science avec ceux qui n'y ont pas laissé leur nom.
On retrouvera dans le dernier ouvrage de Françoise Waquet ce mélange qui lui est propre d'érudition et d'empathie pour son sujet, écrit dans un style limpide, ne manquant pas parfois d'humour. Se référant aux travaux de Bruno Latour sur la vie de laboratoire, d'Erving Goffman sur la mise en scène du quotidien ou aux subaltern studies, Françoise Waquet commence là où de nombreux travaux sur l'histoire des sciences se sont arrêtés : l'étude des « invisibles », petit personnel, petites mains, vacataires, techniciens. Tous ceux qui ont rendu possible le travail de la recherche scientifique.
Il ne faut pas dire à Françoise Waquet qu'il n'y a pas de sources : elle les traque, des biographies aux éloges funèbres, des remerciements aux archives administratives. Le résultat, c'est la découverte de la partie immergée de l'iceberg de la recherche entre XIXe et fin du XXe siècle. Cloisonnement des tâches, hiérarchisation, différence genrée du travail : l'auteure relie cette population diversifiée à celle qui apparaît dès le XVIIe siècle, montrant la pérennité de ces fonctions que l'on pourrait qualifier d'ancillaires au service des savants - de Tycho Brahe à Louis Pasteur - et au-delà, celles des préparateurs, dessinateurs, jardiniers, souffleurs de verre, informaticiens ou correcteurs, voire des ouvriers sur les chantiers de fouilles.
Attentive à l'évolution quantitative de ces auxiliaires de la recherche, mais aussi à l'évolution de leur spécialisation - de leur professionnalisation -, elle s'appuie sur l'exemple, bien documenté, du CNRS. Une attention particulière est portée à la composante féminine de cette population, objet d'un passionnant chapitre où la place des épouses est enfin mise en pleine lumière (celles « sans qui ce livre n'aurait pas vu le jour »). A l'issue de ce recensement des « invisibles », Françoise Waquet s'attache à qualifier leurs tâches pour mieux les cerner et s'interroger sur ce qu'elle appelle les signes de la domination ; salaires, statut, agency reconnue ou pas, et observer le vécu des auxiliaires de la recherche, entre une passivité accentuée par la précarité ou au contraire la résistance, ouverte ou pas. Et pour certains, rares, la reconnaissance que ce soit l'hommage ou le droit d'apposer son nom, la fameuse « signature », sur le travail accompli.
C'est donc là un livre lumineux : neuf, érudit et profondément concret, en phase avec les questionnements de la recherche contemporaine.
Catherine Brice est professeure à l'université Paris-Est Créteil Val-de-Marne.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 78[article] Guide des Livres : Les petites mains de la recherche [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Catherine BRICE, Auteur . - 2022 . - p. 78.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 78
Mots-clés : lecture livre antichambre science inconnu Note de contenu : Voyage dans l'antichambre de la science avec ceux qui n'y ont pas laissé leur nom.
On retrouvera dans le dernier ouvrage de Françoise Waquet ce mélange qui lui est propre d'érudition et d'empathie pour son sujet, écrit dans un style limpide, ne manquant pas parfois d'humour. Se référant aux travaux de Bruno Latour sur la vie de laboratoire, d'Erving Goffman sur la mise en scène du quotidien ou aux subaltern studies, Françoise Waquet commence là où de nombreux travaux sur l'histoire des sciences se sont arrêtés : l'étude des « invisibles », petit personnel, petites mains, vacataires, techniciens. Tous ceux qui ont rendu possible le travail de la recherche scientifique.
Il ne faut pas dire à Françoise Waquet qu'il n'y a pas de sources : elle les traque, des biographies aux éloges funèbres, des remerciements aux archives administratives. Le résultat, c'est la découverte de la partie immergée de l'iceberg de la recherche entre XIXe et fin du XXe siècle. Cloisonnement des tâches, hiérarchisation, différence genrée du travail : l'auteure relie cette population diversifiée à celle qui apparaît dès le XVIIe siècle, montrant la pérennité de ces fonctions que l'on pourrait qualifier d'ancillaires au service des savants - de Tycho Brahe à Louis Pasteur - et au-delà, celles des préparateurs, dessinateurs, jardiniers, souffleurs de verre, informaticiens ou correcteurs, voire des ouvriers sur les chantiers de fouilles.
Attentive à l'évolution quantitative de ces auxiliaires de la recherche, mais aussi à l'évolution de leur spécialisation - de leur professionnalisation -, elle s'appuie sur l'exemple, bien documenté, du CNRS. Une attention particulière est portée à la composante féminine de cette population, objet d'un passionnant chapitre où la place des épouses est enfin mise en pleine lumière (celles « sans qui ce livre n'aurait pas vu le jour »). A l'issue de ce recensement des « invisibles », Françoise Waquet s'attache à qualifier leurs tâches pour mieux les cerner et s'interroger sur ce qu'elle appelle les signes de la domination ; salaires, statut, agency reconnue ou pas, et observer le vécu des auxiliaires de la recherche, entre une passivité accentuée par la précarité ou au contraire la résistance, ouverte ou pas. Et pour certains, rares, la reconnaissance que ce soit l'hommage ou le droit d'apposer son nom, la fameuse « signature », sur le travail accompli.
C'est donc là un livre lumineux : neuf, érudit et profondément concret, en phase avec les questionnements de la recherche contemporaine.
Catherine Brice est professeure à l'université Paris-Est Créteil Val-de-Marne.Guide des Livres : Retour à Constantinople / ana Struillou in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Retour à Constantinople Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : ana Struillou, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 78 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre empire ottoman conquêtes Note de contenu : Une synthèse inédite sur l'Empire ottoman, du XIIIe siècle à 1922.
Au faîte de leur puissance, les sultans ottomans gouvernent un territoire de plus de trois millions de kilomètres carrés entre l'Afrique, l'Europe et l'Asie. En reprenant la question « Why Britain ? » de l'historien britannique Niall Ferguson, Olivier Bouquet s'attache à comprendre les raisons de l'émergence et des évolutions successives de cet immense empire sur le temps long.
De la fin du XIIIe siècle, date du début des conquêtes de ce qui n'est encore qu'une chefferie semi-nomade au 1er novembre 1922, qui marque la fin définitive du sultanat au profit de la république proclamée l'année suivante, cette vaste synthèse interroge les singularités de l'expérience ottomane. Car, de l'élaboration du premier droit séculier formalisé en territoire musulman (le Kanun) à la création d'un système de recrutement inédit (le devchirmé) l'Empire ottoman se distingue de ses prédécesseurs.
On saluera tout particulièrement le soin avec lequel les débats qui continuent d'agiter les spécialistes sont restitués, qu'il s'agisse des controverses autour des raisons du succès fulgurant des premières conquêtes, de l'étendue véritable des politiques de conversion et d'islamisation, comme de la nature du droit ottoman.
Surtout, à l'heure de l'expansionnisme turc comme des tentatives d'instrumentalisation récentes de l'héritage impérial, en Turquie comme ailleurs, Olivier Bouquet constate que l'Empire ottoman - détesté ou adulé - n'est plus un « empire oublié ».
Ana Struillou est doctorante à l'Institut universitaire européen.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 78[article] Guide des Livres : Retour à Constantinople [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / ana Struillou, Auteur . - 2022 . - p. 78.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 78
Mots-clés : lecture livre empire ottoman conquêtes Note de contenu : Une synthèse inédite sur l'Empire ottoman, du XIIIe siècle à 1922.
Au faîte de leur puissance, les sultans ottomans gouvernent un territoire de plus de trois millions de kilomètres carrés entre l'Afrique, l'Europe et l'Asie. En reprenant la question « Why Britain ? » de l'historien britannique Niall Ferguson, Olivier Bouquet s'attache à comprendre les raisons de l'émergence et des évolutions successives de cet immense empire sur le temps long.
De la fin du XIIIe siècle, date du début des conquêtes de ce qui n'est encore qu'une chefferie semi-nomade au 1er novembre 1922, qui marque la fin définitive du sultanat au profit de la république proclamée l'année suivante, cette vaste synthèse interroge les singularités de l'expérience ottomane. Car, de l'élaboration du premier droit séculier formalisé en territoire musulman (le Kanun) à la création d'un système de recrutement inédit (le devchirmé) l'Empire ottoman se distingue de ses prédécesseurs.
On saluera tout particulièrement le soin avec lequel les débats qui continuent d'agiter les spécialistes sont restitués, qu'il s'agisse des controverses autour des raisons du succès fulgurant des premières conquêtes, de l'étendue véritable des politiques de conversion et d'islamisation, comme de la nature du droit ottoman.
Surtout, à l'heure de l'expansionnisme turc comme des tentatives d'instrumentalisation récentes de l'héritage impérial, en Turquie comme ailleurs, Olivier Bouquet constate que l'Empire ottoman - détesté ou adulé - n'est plus un « empire oublié ».
Ana Struillou est doctorante à l'Institut universitaire européen.Guide des Livres : Esclaves du sucre / Paul Cheney in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Esclaves du sucre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Paul Cheney, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 79 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre plantation sucrière esclaves gérant maître Note de contenu : Cul de Sac. Une plantation coloniale à Saint-Domingue au XVIIIe siècle, Paul Cheney, traduit de l’anglais par Christophe Jacquet, Fayard, 2022, 350 p., 24 €.
Nom de la riche plaine sucrière de l'ouest de Saint-Domingue, le titre de l'ouvrage, Cul de Sac, renvoie également aux impasses du système de la plantation sucrière. Le fonctionnement de ces dernières est désormais bien connu, et Paul Cheney livre moins une monographie, dans le sillage du travail pionnier de Gabriel Debien, qu'une réflexion sur la nature du capitalisme domingois, caractérisé par son inertie. Superposant au microcosme d'une plantation possédée par une famille aristocrate bretonne l'échelle globale du capitalisme, l'historien américain met en lumière les paradoxes de ce système : un lieu à la fois tourné vers l'économie mondiale et refermé sur lui-même.
De l'arrivée du baron de la Ferronnays dans la colonie en 1764 jusqu'en 1838, année du versement des indemnités aux planteurs, les différents chapitres nous entraînent dans le quotidien des esclaves, du gérant et des maîtres. Monde de profits, la société de plantation n'en est pas moins sujette aux crises - guerres, catastrophes environnementales, endettement -, souvent minorées par les historiens. L'auteur décrit la façon dont, pour faire face à la mortalité qui décime les esclaves et protéger la rentabilité de l'entreprise, le propriétaire tente d'adapter le monde cruel de la plantation à l'idéal « d'humanité », prôné par la pensée économique et morale des Lumières. Exemple de microhistoire globale, l'ouvrage éclaire les liens entre la société de plantation et la Révolution industrielle.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 79[article] Guide des Livres : Esclaves du sucre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Paul Cheney, Auteur . - 2022 . - p. 79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 79
Mots-clés : lecture livre plantation sucrière esclaves gérant maître Note de contenu : Cul de Sac. Une plantation coloniale à Saint-Domingue au XVIIIe siècle, Paul Cheney, traduit de l’anglais par Christophe Jacquet, Fayard, 2022, 350 p., 24 €.
Nom de la riche plaine sucrière de l'ouest de Saint-Domingue, le titre de l'ouvrage, Cul de Sac, renvoie également aux impasses du système de la plantation sucrière. Le fonctionnement de ces dernières est désormais bien connu, et Paul Cheney livre moins une monographie, dans le sillage du travail pionnier de Gabriel Debien, qu'une réflexion sur la nature du capitalisme domingois, caractérisé par son inertie. Superposant au microcosme d'une plantation possédée par une famille aristocrate bretonne l'échelle globale du capitalisme, l'historien américain met en lumière les paradoxes de ce système : un lieu à la fois tourné vers l'économie mondiale et refermé sur lui-même.
De l'arrivée du baron de la Ferronnays dans la colonie en 1764 jusqu'en 1838, année du versement des indemnités aux planteurs, les différents chapitres nous entraînent dans le quotidien des esclaves, du gérant et des maîtres. Monde de profits, la société de plantation n'en est pas moins sujette aux crises - guerres, catastrophes environnementales, endettement -, souvent minorées par les historiens. L'auteur décrit la façon dont, pour faire face à la mortalité qui décime les esclaves et protéger la rentabilité de l'entreprise, le propriétaire tente d'adapter le monde cruel de la plantation à l'idéal « d'humanité », prôné par la pensée économique et morale des Lumières. Exemple de microhistoire globale, l'ouvrage éclaire les liens entre la société de plantation et la Révolution industrielle.
Guide des Livres : A quoi jouent les vikings ? / Lucie Malbos in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : A quoi jouent les vikings ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Lucie Malbos, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 79 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre vie viking portrait femme nourriture funérailles Note de contenu : Le Monde viking. Portraits de femmes et d’hommes de l’ancienne Scandinavie, Lucie Malbos, Tallandier, 2022, 352 p., 21,90 €.
L'ouvrage se présente comme une porte ouverte sur la Scandinavie des IXe-XIe siècles. Quatorze portraits, fruits d'une « pêche très personnelle » de l'auteure, forment un tableau impressionniste permettant de croiser des personnages connus - le premier jarl de Normandie Rollon, le découvreur du Groenland Éric le Rouge ou encore le marchand Ottar - et d'autres beaucoup moins, voire anonymes.
C'est le cas de la « petite fille qui n'était pas de Birka », dont la tombe, connue depuis le XIXe siècle, a donné lieu à de nouvelles études, dont Lucie Malbos tire un petit récit particulièrement incarné. Morte au milieu du IXe siècle à 5 ou 6 ans, la fillette était d'une riche famille récemment installée à Birka, opulent port suédois où fourmillaient marchands et voyageurs ; les analyses de ses restes osseux et dentaires prouvent en effet que sa mère consommait davantage de viande que de poisson, signe d'habitudes alimentaires urbaines. Enterrée avec une petite boîte en os contenant des aiguilles, un collier de perles de verre colorées et une broche en bronze doré, l'enfant a été inhumée comme membre du groupe familial à part entière - signe peut-être qu'elle en était la dernière représentante. Comme tous les autres portraits, cette histoire, qui dépasse l'anecdote, est aussi l'occasion de décrire les tristes funérailles et de tenter de retrouver ce qui a pu faire ses quelques années d'existence (à quoi jouait-elle ?), ce monde des enfants qui « s'amusent par terre » (Saga de Njall le Brûlé).
En quatorze textes qui sont comme des « nouvelles » historiques et historiographiques, l'ouvrage parvient à donner de la chair à une société qui nous échappe et, en creux, offre un tableau accessible et à jour de la société du monde viking.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 79[article] Guide des Livres : A quoi jouent les vikings ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Lucie Malbos, Auteur . - 2022 . - p. 79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 79
Mots-clés : lecture livre vie viking portrait femme nourriture funérailles Note de contenu : Le Monde viking. Portraits de femmes et d’hommes de l’ancienne Scandinavie, Lucie Malbos, Tallandier, 2022, 352 p., 21,90 €.
L'ouvrage se présente comme une porte ouverte sur la Scandinavie des IXe-XIe siècles. Quatorze portraits, fruits d'une « pêche très personnelle » de l'auteure, forment un tableau impressionniste permettant de croiser des personnages connus - le premier jarl de Normandie Rollon, le découvreur du Groenland Éric le Rouge ou encore le marchand Ottar - et d'autres beaucoup moins, voire anonymes.
C'est le cas de la « petite fille qui n'était pas de Birka », dont la tombe, connue depuis le XIXe siècle, a donné lieu à de nouvelles études, dont Lucie Malbos tire un petit récit particulièrement incarné. Morte au milieu du IXe siècle à 5 ou 6 ans, la fillette était d'une riche famille récemment installée à Birka, opulent port suédois où fourmillaient marchands et voyageurs ; les analyses de ses restes osseux et dentaires prouvent en effet que sa mère consommait davantage de viande que de poisson, signe d'habitudes alimentaires urbaines. Enterrée avec une petite boîte en os contenant des aiguilles, un collier de perles de verre colorées et une broche en bronze doré, l'enfant a été inhumée comme membre du groupe familial à part entière - signe peut-être qu'elle en était la dernière représentante. Comme tous les autres portraits, cette histoire, qui dépasse l'anecdote, est aussi l'occasion de décrire les tristes funérailles et de tenter de retrouver ce qui a pu faire ses quelques années d'existence (à quoi jouait-elle ?), ce monde des enfants qui « s'amusent par terre » (Saga de Njall le Brûlé).
En quatorze textes qui sont comme des « nouvelles » historiques et historiographiques, l'ouvrage parvient à donner de la chair à une société qui nous échappe et, en creux, offre un tableau accessible et à jour de la société du monde viking.
Guide des Livres : Écrire l'État / Jérémie Ferrer-Bartomeu in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Écrire l'État Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jérémie Ferrer-Bartomeu, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre correspondances officielles officieuses crise politique guerres Note de contenu : L’État à la lettre. Écrit politique et société administrative en France au temps des guerres de religion. Vers 1560-vers 1620, Jérémie Ferrer-Bartomeu, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2022, 368 p., 28 €.
Le moment des guerres civiles de religion suscite un regain récent d'intérêt : Jérémie Ferrer-Bartomeu s'intéresse aux conflits, internes et externes, entre 1560 et 1620, qui président à l'émergence de nouvelles formes de gouvernement et d'administration en France et en Europe. Il a l'ambition de saisir « l'État à la lettre », au raz des correspondances officielles et officieuses, au sein de « bureaux » en gestation et d'autant plus versatiles que l'administration de la faveur détermine la fidélité politique. Correspondances et « écrits politiques » font et défont la cour et le gouvernement royal. Ils sont les véritables acteurs d'une démonstration magistrale : en analysant tour à tour ce que l'écrit fait à l'État et ce que l'État fait aux écrits, l'auteur nous fait comprendre combien la crise politique génère des formes de contournements juridiques, pour mieux asseoir l'institution même de l'État.
Le lecteur suit, souffle coupé, la dramaturgie des actes officiels et l'ombre portée des secrets non écrits en revers, sans pour autant négliger le rôle et les représentations des acteurs que sont les secrétaires d'État. En tirant comme fil rouge la carrière de l'un d'entre eux, à la Guerre et aux Affaires étrangères, Nicolas de Villeroy, actif sous presque tous les régimes, de 1567 à 1617, l'auteur livre ainsi une anti-biographie et un brillant essai d'histoire totale de l'État.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : Écrire l'État [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jérémie Ferrer-Bartomeu, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 80
Mots-clés : lecture livre correspondances officielles officieuses crise politique guerres Note de contenu : L’État à la lettre. Écrit politique et société administrative en France au temps des guerres de religion. Vers 1560-vers 1620, Jérémie Ferrer-Bartomeu, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2022, 368 p., 28 €.
Le moment des guerres civiles de religion suscite un regain récent d'intérêt : Jérémie Ferrer-Bartomeu s'intéresse aux conflits, internes et externes, entre 1560 et 1620, qui président à l'émergence de nouvelles formes de gouvernement et d'administration en France et en Europe. Il a l'ambition de saisir « l'État à la lettre », au raz des correspondances officielles et officieuses, au sein de « bureaux » en gestation et d'autant plus versatiles que l'administration de la faveur détermine la fidélité politique. Correspondances et « écrits politiques » font et défont la cour et le gouvernement royal. Ils sont les véritables acteurs d'une démonstration magistrale : en analysant tour à tour ce que l'écrit fait à l'État et ce que l'État fait aux écrits, l'auteur nous fait comprendre combien la crise politique génère des formes de contournements juridiques, pour mieux asseoir l'institution même de l'État.
Le lecteur suit, souffle coupé, la dramaturgie des actes officiels et l'ombre portée des secrets non écrits en revers, sans pour autant négliger le rôle et les représentations des acteurs que sont les secrétaires d'État. En tirant comme fil rouge la carrière de l'un d'entre eux, à la Guerre et aux Affaires étrangères, Nicolas de Villeroy, actif sous presque tous les régimes, de 1567 à 1617, l'auteur livre ainsi une anti-biographie et un brillant essai d'histoire totale de l'État.
Guide des Livres : Grottes matrices / Jean-Loïc Le Quellec in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Grottes matrices Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Loïc Le Quellec, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 79 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre préhistoire grottes art mythe Note de contenu : La Caverne originelle. Art, mythes et premières humanités, Jean-Loïc Le Quellec, La Découverte, 2022, 944 p., 35 €.
Certains pensent qu'on ne pourra jamais déterminer pourquoi des habitants de l'Europe du Sud-Ouest au Paléolithique récent, entre 40000 et 14000 avant notre ère, peignirent et dessinèrent dans des grottes telles que Chauvet, Cosquer ou Lascaux. Ce n'est pas l'opinion de Jean-Loïc Le Quellec, directeur de recherche au CNRS, qui a découvert une piste dans cette enquête très difficile. Figures parfois à peine esquissées, bestiaire très restrictif mais surabondant, rares humains animalisés ou fragmentés, absence de paysage, de lien narratif entre figures, signes purement abstraits : voilà qui fait la difficulté, ce que rappelle minutieusement l'auteur dans cette somme très érudite et abondamment illustrée.
L'ouvrage se poursuit par l'exposé méticuleux des hypothèses interprétatives précédentes, assez monotones et au succès cyclique. Quelques-unes se réfutent aisément (pure décoration par exemple), d'autres n'ont aucun fondement (symboles astronomiques) ou peu de consistance anthropologique (chamanisme), tandis que certaines, pourtant tout à fait plausibles, ne peuvent pas être privilégiées plus que d'autres (emblèmes symbolisant des fractions de société ou bien évocation des animaux selon une perspective « animiste » au sens de Philippe Descola). Ce qui paraît clair, c'est que la seule explication globale qu'on est en droit de chercher concerne non pas la signification et la fonction des images, mais le contexte de leur élaboration, celui des grottes précisément. C'est ce contexte qu'éclairent deux « machines à remonter le temps », la répartition des mythes actuels à propos de l'origine des êtres vivants et la reconstitution de leur généalogie par la statistique. Parmi les divers récits, un motif explique que les êtres vivaient autrefois sous terre et en sont sortis par les grottes. C'est le thème le plus répandu dans le monde, donc probablement le plus ancien, avant même le Paléolithique récent, dont l'art chthonien bénéficie par là même d'un éclairage sérieusement renouvelé.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 79[article] Guide des Livres : Grottes matrices [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Loïc Le Quellec, Auteur . - 2022 . - p. 79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 79
Mots-clés : lecture livre préhistoire grottes art mythe Note de contenu : La Caverne originelle. Art, mythes et premières humanités, Jean-Loïc Le Quellec, La Découverte, 2022, 944 p., 35 €.
Certains pensent qu'on ne pourra jamais déterminer pourquoi des habitants de l'Europe du Sud-Ouest au Paléolithique récent, entre 40000 et 14000 avant notre ère, peignirent et dessinèrent dans des grottes telles que Chauvet, Cosquer ou Lascaux. Ce n'est pas l'opinion de Jean-Loïc Le Quellec, directeur de recherche au CNRS, qui a découvert une piste dans cette enquête très difficile. Figures parfois à peine esquissées, bestiaire très restrictif mais surabondant, rares humains animalisés ou fragmentés, absence de paysage, de lien narratif entre figures, signes purement abstraits : voilà qui fait la difficulté, ce que rappelle minutieusement l'auteur dans cette somme très érudite et abondamment illustrée.
L'ouvrage se poursuit par l'exposé méticuleux des hypothèses interprétatives précédentes, assez monotones et au succès cyclique. Quelques-unes se réfutent aisément (pure décoration par exemple), d'autres n'ont aucun fondement (symboles astronomiques) ou peu de consistance anthropologique (chamanisme), tandis que certaines, pourtant tout à fait plausibles, ne peuvent pas être privilégiées plus que d'autres (emblèmes symbolisant des fractions de société ou bien évocation des animaux selon une perspective « animiste » au sens de Philippe Descola). Ce qui paraît clair, c'est que la seule explication globale qu'on est en droit de chercher concerne non pas la signification et la fonction des images, mais le contexte de leur élaboration, celui des grottes précisément. C'est ce contexte qu'éclairent deux « machines à remonter le temps », la répartition des mythes actuels à propos de l'origine des êtres vivants et la reconstitution de leur généalogie par la statistique. Parmi les divers récits, un motif explique que les êtres vivaient autrefois sous terre et en sont sortis par les grottes. C'est le thème le plus répandu dans le monde, donc probablement le plus ancien, avant même le Paléolithique récent, dont l'art chthonien bénéficie par là même d'un éclairage sérieusement renouvelé.
Guide des Livres : L'empire du luxe / David Todd in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'empire du luxe Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : David Todd, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre impérialisme France franco-anglais Note de contenu : Un empire de velours. L’impérialisme informel français au XIXe siècle, David Todd traduit de l’anglais par Joseph Felix, La Découverte, 2022, 320 p., 24 €.
C'est une histoire du XIXe siècle profondément revisitée que propose ici David Todd. Une histoire où la France, bien loin du discours téléologique qui arrime à la Révolution le triomphe ultime de la IIIe République, est à de très courtes exceptions près dirigée, de jure ou de facto, par des régimes monarchiques pendant soixante-quinze ans. Où l'empire a moins le visage des colonies d'Inde britannique ou d'Algérie française que celui d'un impérialisme informel, indissociablement culturel, économique, juridique et militaire. Où les rivalités franco-anglaises cèdent le pas à un impérialisme collaboratif que l'on retrouve aussi bien dans la guerre d'indépendance que livre la Grèce à l'Empire ottoman (1827-1828) et dans la guerre de Crimée (1853-1856) qu'au tournant des années 1860, simultanément, en Chine, au Mexique et au Liban. Où le rayonnement de la France est moins celui de sa Révolution que celui de ses marchandises et de ses réseaux conservateurs. C'est en effet à partir des réseaux mondiaux du capitalisme antirévolutionnaire français et de l'industrie du luxe que David Todd met ici au jour un empire français « de velours ». Un empire discret, fondé sur la spécialisation économique dans les marchandises ostentatoires, à la faveur duquel l'historien britannique replace la France dans l'histoire d'une mondialisation dont on découvre au fil des pages qu'elle n'a pas été seulement portée au XIXe siècle par l'impérialisme britannique.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : L'empire du luxe [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / David Todd, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 80
Mots-clés : lecture livre impérialisme France franco-anglais Note de contenu : Un empire de velours. L’impérialisme informel français au XIXe siècle, David Todd traduit de l’anglais par Joseph Felix, La Découverte, 2022, 320 p., 24 €.
C'est une histoire du XIXe siècle profondément revisitée que propose ici David Todd. Une histoire où la France, bien loin du discours téléologique qui arrime à la Révolution le triomphe ultime de la IIIe République, est à de très courtes exceptions près dirigée, de jure ou de facto, par des régimes monarchiques pendant soixante-quinze ans. Où l'empire a moins le visage des colonies d'Inde britannique ou d'Algérie française que celui d'un impérialisme informel, indissociablement culturel, économique, juridique et militaire. Où les rivalités franco-anglaises cèdent le pas à un impérialisme collaboratif que l'on retrouve aussi bien dans la guerre d'indépendance que livre la Grèce à l'Empire ottoman (1827-1828) et dans la guerre de Crimée (1853-1856) qu'au tournant des années 1860, simultanément, en Chine, au Mexique et au Liban. Où le rayonnement de la France est moins celui de sa Révolution que celui de ses marchandises et de ses réseaux conservateurs. C'est en effet à partir des réseaux mondiaux du capitalisme antirévolutionnaire français et de l'industrie du luxe que David Todd met ici au jour un empire français « de velours ». Un empire discret, fondé sur la spécialisation économique dans les marchandises ostentatoires, à la faveur duquel l'historien britannique replace la France dans l'histoire d'une mondialisation dont on découvre au fil des pages qu'elle n'a pas été seulement portée au XIXe siècle par l'impérialisme britannique.
Guide des Livres : Un étrange Algérien / Arthur Asseraf in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Un étrange Algérien Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Arthur Asseraf, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Algérie 1881 Note de contenu : Le Désinformateur. Sur les traces de Messaoud Djebari, Algérien dans le monde colonial, Arthur Asseraf, Fayard, 2022, 272 p., 22 €.
On peut lire ce Désinformateur comme on suivrait Arsène Lupin ou le Bel-Ami de Maupassant qui touche, lui aussi, à l'Algérie ; en pensant au Pinagot d'Alain Corbin ou au Chocolat de Gérard Noiriel et en déplorant que Dominique Kalifa ne puisse plus venir à la rescousse. Mais, dont acte, on admet vite qu'Arthur Asseraf - présentement fellow à Cambridge et versé dans l'histoire de l'information au Maghreb et en Méditerranée à l'heure coloniale - se débat plaisamment, seul, nez au vent, avec un personnage surgi devant lui en 2014 à La Courneuve, diablotin tapi dans un carton des archives du Quai d'Orsay.
En effet, en avril 1881 le consul de France à Tunis a transmis à ses supérieurs d'Alger et de Paris le compte rendu de réunion d'une société secrète islamique de Guelma, dans le Constantinois, qui renseigne sur les menées italiennes en Tunisie et, pire, appelle les Algériens à prendre en main leurs propres affaires. Une brève enquête révèle que l'homme-clé de l'affaire est le secrétaire de ladite réunion, Messaoud Djebari, né à Guelma en 1862. De basse extraction, repéré successivement comme chef de gare, militaire prenant du galon chez les spahis, interprète parce qu'ancien élève d'une médersa, il manie fort bien l'arabe et le français. Détesté par les notables, emprisonné à l'occasion, ce beau parleur est toujours « à la frontière de la vérité, de la fiction et de l'hallucination ». Il n'est pas le seul à développer tant d'entregent dans la société coloniale d'alors, mais il va se singulariser à proportion des trouvailles d'archives et des réflexions de son « inventeur », Arthur Asseraf.
On laisse le lecteur pérégriner au fil de sa recherche. Il retrouve Djebari en 1892, chargé d'une mission d'exploration vers le lac Tchad par un commandant Rebillet, béni par la Société de géographie de Paris, mais amorçant son périple non par le Sahel mais par Bordeaux et Porto-Novo, avant de rentrer bredouille et lâché par Rebillet, tout en prétendant avoir croisé des survivants de la mission Flatters massacrée là-bas. En 1895, le voici conférencier adulé par le Tout-Paris, auteur d'un livre fourre-tout sur son aventure, salué dans la grande presse, y compris la plus antisémite, alors si ravageuse jusqu'à Oran et Alger. L'année suivante, Bruxelles l'encensa tout autant dès qu'il prétendit avoir croisé bien vivant le marquis de Morès assassiné depuis longtemps.
Puis vient le silence. On le repère à peine répudiant sa première femme musulmane, puis naturalisé français pour pouvoir épouser une Européenne, dont il a divorcé en 1903. Il est mort on ne sait quand, quelque part entre Marseille, Constantinople ou Djibouti.
Il ne fut pas un escroc, mais un « équilibriste sans filet » qui s'agita sans jamais tomber le masque. Il n'était pas si mauvais républicain et il fréquenta des radicaux français. Il a laissé la très mince trace d'une sorte « d'intellectuel populaire » qui détestait les « burnous blancs », les caïds ralliés aux roumis, et rêvait sans doute d'émanciper l'indigène, en lui-même et pour ses frères.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 80[article] Guide des Livres : Un étrange Algérien [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Arthur Asseraf, Auteur . - 2022 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 80
Mots-clés : lecture livre Algérie 1881 Note de contenu : Le Désinformateur. Sur les traces de Messaoud Djebari, Algérien dans le monde colonial, Arthur Asseraf, Fayard, 2022, 272 p., 22 €.
On peut lire ce Désinformateur comme on suivrait Arsène Lupin ou le Bel-Ami de Maupassant qui touche, lui aussi, à l'Algérie ; en pensant au Pinagot d'Alain Corbin ou au Chocolat de Gérard Noiriel et en déplorant que Dominique Kalifa ne puisse plus venir à la rescousse. Mais, dont acte, on admet vite qu'Arthur Asseraf - présentement fellow à Cambridge et versé dans l'histoire de l'information au Maghreb et en Méditerranée à l'heure coloniale - se débat plaisamment, seul, nez au vent, avec un personnage surgi devant lui en 2014 à La Courneuve, diablotin tapi dans un carton des archives du Quai d'Orsay.
En effet, en avril 1881 le consul de France à Tunis a transmis à ses supérieurs d'Alger et de Paris le compte rendu de réunion d'une société secrète islamique de Guelma, dans le Constantinois, qui renseigne sur les menées italiennes en Tunisie et, pire, appelle les Algériens à prendre en main leurs propres affaires. Une brève enquête révèle que l'homme-clé de l'affaire est le secrétaire de ladite réunion, Messaoud Djebari, né à Guelma en 1862. De basse extraction, repéré successivement comme chef de gare, militaire prenant du galon chez les spahis, interprète parce qu'ancien élève d'une médersa, il manie fort bien l'arabe et le français. Détesté par les notables, emprisonné à l'occasion, ce beau parleur est toujours « à la frontière de la vérité, de la fiction et de l'hallucination ». Il n'est pas le seul à développer tant d'entregent dans la société coloniale d'alors, mais il va se singulariser à proportion des trouvailles d'archives et des réflexions de son « inventeur », Arthur Asseraf.
On laisse le lecteur pérégriner au fil de sa recherche. Il retrouve Djebari en 1892, chargé d'une mission d'exploration vers le lac Tchad par un commandant Rebillet, béni par la Société de géographie de Paris, mais amorçant son périple non par le Sahel mais par Bordeaux et Porto-Novo, avant de rentrer bredouille et lâché par Rebillet, tout en prétendant avoir croisé des survivants de la mission Flatters massacrée là-bas. En 1895, le voici conférencier adulé par le Tout-Paris, auteur d'un livre fourre-tout sur son aventure, salué dans la grande presse, y compris la plus antisémite, alors si ravageuse jusqu'à Oran et Alger. L'année suivante, Bruxelles l'encensa tout autant dès qu'il prétendit avoir croisé bien vivant le marquis de Morès assassiné depuis longtemps.
Puis vient le silence. On le repère à peine répudiant sa première femme musulmane, puis naturalisé français pour pouvoir épouser une Européenne, dont il a divorcé en 1903. Il est mort on ne sait quand, quelque part entre Marseille, Constantinople ou Djibouti.
Il ne fut pas un escroc, mais un « équilibriste sans filet » qui s'agita sans jamais tomber le masque. Il n'était pas si mauvais républicain et il fréquenta des radicaux français. Il a laissé la très mince trace d'une sorte « d'intellectuel populaire » qui détestait les « burnous blancs », les caïds ralliés aux roumis, et rêvait sans doute d'émanciper l'indigène, en lui-même et pour ses frères.
Guide des Livres : Femmes et colonisation / Pascale Barthélémy in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Femmes et colonisation Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pascale Barthélémy, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre femmes colonisation inégalité Afrique Note de contenu : Sororité et colonialisme. Françaises et Africaines au temps de la guerre froide, 1944-1962, Pascale Barthélémy, Éditions de la Sorbonne, 2022, 366 p., 35 €.
D'emblée, le titre interpelle par l'étonnante association des mots « sororité » et « colonialisme », car si la domination masculine concerne toutes les Françaises, les Africaines subissent, elles, bien d'autres inégalités, liées à leur statut de colonisées qui allie race et genre. Approuvant la politique impérialiste au nom d'un « devoir civilisationniste » qui émanciperait leurs « soeurs » ou la rejetant, les métropolitaines et coloniales se retrouvent dans le camp des oppresseurs, et les féministes dans une inconfortable posture, qui plus est quand elles se targuent d'être apolitiques. Dès lors, que signifie l'emploi du mot « soeurs », en usage au temps de la colonisation et de la guerre froide ? Une solidarité féminine a-t-elle été possible, y compris lors des luttes pour l'indépendance, s'interroge ce remarquable ouvrage ?
L'historienne a analysé un nombre impressionnant d'archives, s'est penchée sur l'action des deux principales associations : la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF), proche du Parti communiste, qui défendra la décolonisation, et l'Association des femmes de l'Union française (AFUF), reflet du christianisme social, qui disparaît en 1960. Pascale Barthélémy souligne l'activisme d'une élite féminine africaine, ainsi tirée de l'oubli, et démontre la diversité et l'évolution des positions entre métropolitaines, comme entre colonisées. Se côtoient ou s'opposent conceptions essentialiste et universaliste, « féminisme impérialiste » et « féminisme maternaliste », foi en une Union française et rejet de la colonisation.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 81[article] Guide des Livres : Femmes et colonisation [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pascale Barthélémy, Auteur . - 2022 . - p. 81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 81
Mots-clés : lecture livre femmes colonisation inégalité Afrique Note de contenu : Sororité et colonialisme. Françaises et Africaines au temps de la guerre froide, 1944-1962, Pascale Barthélémy, Éditions de la Sorbonne, 2022, 366 p., 35 €.
D'emblée, le titre interpelle par l'étonnante association des mots « sororité » et « colonialisme », car si la domination masculine concerne toutes les Françaises, les Africaines subissent, elles, bien d'autres inégalités, liées à leur statut de colonisées qui allie race et genre. Approuvant la politique impérialiste au nom d'un « devoir civilisationniste » qui émanciperait leurs « soeurs » ou la rejetant, les métropolitaines et coloniales se retrouvent dans le camp des oppresseurs, et les féministes dans une inconfortable posture, qui plus est quand elles se targuent d'être apolitiques. Dès lors, que signifie l'emploi du mot « soeurs », en usage au temps de la colonisation et de la guerre froide ? Une solidarité féminine a-t-elle été possible, y compris lors des luttes pour l'indépendance, s'interroge ce remarquable ouvrage ?
L'historienne a analysé un nombre impressionnant d'archives, s'est penchée sur l'action des deux principales associations : la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF), proche du Parti communiste, qui défendra la décolonisation, et l'Association des femmes de l'Union française (AFUF), reflet du christianisme social, qui disparaît en 1960. Pascale Barthélémy souligne l'activisme d'une élite féminine africaine, ainsi tirée de l'oubli, et démontre la diversité et l'évolution des positions entre métropolitaines, comme entre colonisées. Se côtoient ou s'opposent conceptions essentialiste et universaliste, « féminisme impérialiste » et « féminisme maternaliste », foi en une Union française et rejet de la colonisation.
Guide des Livres : Enfer biélorusse / Hersh Smolar in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : Enfer biélorusse Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Hersh Smolar, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre ghetto juif soviétique hommage Note de contenu : Le Ghetto de Minsk. Les partisans juifs soviétiques contre les nazis, Hersh Smolar, traduit de l’anglais par Johan-Frederik Hel Guedj, Payot et Rivages, 2022, 360 p., 22 €.
Les ouvrages sur les ghettos de Pologne (Lodz, Vilnius et surtout Varsovie) sont nombreux. En revanche, on en sait bien peu sur ceux de la Biélorussie soviétique, occupée par les nazis de juin 1941 à juillet 1944, et sur le plus grand, celui de Minsk, où quelque 80 000 Juifs furent parqués derrière des barbelés. C'est dire l'intérêt de l'ouvrage d'Hersh Smolar, « un témoignage exceptionnel », écrit Masha Cerovic dans son importante préface.
Né dans une petite ville de Pologne en 1905, Hersh Smolar fut dès son plus jeune âge un militant, formé à Moscou et, devenu cadre du Komintern, retournant en Pologne pour servir la Révolution. Il est à Bialystok, dans la partie polonaise rattachée à l'Union soviétique selon les clauses secrètes du pacte germano-soviétique, quand avancent les troupes nazies. Enfermé dans le ghetto, il est rejoint par d'autres Juifs, notamment déportés d'Allemagne, et y organise la résistance. Il met au jour les particularités de ce ghetto : un Judenrat (conseil juif) qui agit de concert avec la Résistance ; une population que les années soviétiques ont largement coupée du judaïsme et à qui rien n'a été dit de l'antisémitisme nazi ; la présence de nombreux militants rompus à la clandestinité ; les liens avec la population en dehors du ghetto ; la présence de groupes de partisans dans les forêts alentour. Mais aussi la violence des « actions » nazies quasi permanentes : fusillades, assassinats au centre de mise à mort de Maly Trostenets à quelques kilomètres. L'auteur détaille aussi les objectifs de la résistance, notamment exfiltrer le plus grand nombre, enfants ou adultes. Ils auraient été quelque 10 000 dont une partie était encore en vie après la guerre. Hersch Smolar avait écrit son témoignage dès la Libération. Il fut publié à Moscou en yiddish et en russe. Puis le livre disparut, le récit de la Grande Guerre patriotique ne souffrant aucune mention des Juifs, ni combattants, ni assassinés. Contraint de quitter la Pologne après le moment antisémite de 1968, il s'installa en Israël. Il réécrivit son livre qui est aussi un hommage à ses camarades qui ont perdu leur vie.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : Enfer biélorusse [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Hersh Smolar, Auteur . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre ghetto juif soviétique hommage Note de contenu : Le Ghetto de Minsk. Les partisans juifs soviétiques contre les nazis, Hersh Smolar, traduit de l’anglais par Johan-Frederik Hel Guedj, Payot et Rivages, 2022, 360 p., 22 €.
Les ouvrages sur les ghettos de Pologne (Lodz, Vilnius et surtout Varsovie) sont nombreux. En revanche, on en sait bien peu sur ceux de la Biélorussie soviétique, occupée par les nazis de juin 1941 à juillet 1944, et sur le plus grand, celui de Minsk, où quelque 80 000 Juifs furent parqués derrière des barbelés. C'est dire l'intérêt de l'ouvrage d'Hersh Smolar, « un témoignage exceptionnel », écrit Masha Cerovic dans son importante préface.
Né dans une petite ville de Pologne en 1905, Hersh Smolar fut dès son plus jeune âge un militant, formé à Moscou et, devenu cadre du Komintern, retournant en Pologne pour servir la Révolution. Il est à Bialystok, dans la partie polonaise rattachée à l'Union soviétique selon les clauses secrètes du pacte germano-soviétique, quand avancent les troupes nazies. Enfermé dans le ghetto, il est rejoint par d'autres Juifs, notamment déportés d'Allemagne, et y organise la résistance. Il met au jour les particularités de ce ghetto : un Judenrat (conseil juif) qui agit de concert avec la Résistance ; une population que les années soviétiques ont largement coupée du judaïsme et à qui rien n'a été dit de l'antisémitisme nazi ; la présence de nombreux militants rompus à la clandestinité ; les liens avec la population en dehors du ghetto ; la présence de groupes de partisans dans les forêts alentour. Mais aussi la violence des « actions » nazies quasi permanentes : fusillades, assassinats au centre de mise à mort de Maly Trostenets à quelques kilomètres. L'auteur détaille aussi les objectifs de la résistance, notamment exfiltrer le plus grand nombre, enfants ou adultes. Ils auraient été quelque 10 000 dont une partie était encore en vie après la guerre. Hersch Smolar avait écrit son témoignage dès la Libération. Il fut publié à Moscou en yiddish et en russe. Puis le livre disparut, le récit de la Grande Guerre patriotique ne souffrant aucune mention des Juifs, ni combattants, ni assassinés. Contraint de quitter la Pologne après le moment antisémite de 1968, il s'installa en Israël. Il réécrivit son livre qui est aussi un hommage à ses camarades qui ont perdu leur vie.
Guide des Livres : L'Atlas historique de la Terre / Christian Grataloup in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'Atlas historique de la Terre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Christian Grataloup (1951-....), Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre atlas historique Terre Note de contenu : Atlas historique de la Terre et de son usage par les humains, Christian Grataloup (dir.), Les Arènes-L’Histoire, 2022, 340 p., 29,90 €.
Le sous-titre résume de façon éloquente l'ambition de la trentaine de rédacteurs, réunis cette fois encore sous la houlette du géohistorien Christian Grataloup : après avoir déroulé, grâce à des cartes précises, des graphiques, des frises, toute l'histoire de notre planète, montrer comment les humains, de nos plus lointains ancêtres à aujourd'hui, en ont usé et parfois mésusé. Du Big Bang à la planète saturée en passant par les domestications, l'agriculture, l'industrialisation, la mondialisation, neuf chapitres qui ont tous un début mais pas de fin rendent intelligible ce projet encyclopédique.
Refusant la nostalgie tout autant que le pessimisme, cet atlas rendra bien des services à tout humain soucieux de remettre dans la (très) longue durée des phénomènes et des interrogations d'une brûlante actualité.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : L'Atlas historique de la Terre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Christian Grataloup (1951-....), Auteur . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre atlas historique Terre Note de contenu : Atlas historique de la Terre et de son usage par les humains, Christian Grataloup (dir.), Les Arènes-L’Histoire, 2022, 340 p., 29,90 €.
Le sous-titre résume de façon éloquente l'ambition de la trentaine de rédacteurs, réunis cette fois encore sous la houlette du géohistorien Christian Grataloup : après avoir déroulé, grâce à des cartes précises, des graphiques, des frises, toute l'histoire de notre planète, montrer comment les humains, de nos plus lointains ancêtres à aujourd'hui, en ont usé et parfois mésusé. Du Big Bang à la planète saturée en passant par les domestications, l'agriculture, l'industrialisation, la mondialisation, neuf chapitres qui ont tous un début mais pas de fin rendent intelligible ce projet encyclopédique.
Refusant la nostalgie tout autant que le pessimisme, cet atlas rendra bien des services à tout humain soucieux de remettre dans la (très) longue durée des phénomènes et des interrogations d'une brûlante actualité.Guide des Livres : L'encre ensanglantée / Roy Pinker in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'encre ensanglantée Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Roy Pinker, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre faits divers essais originaux Note de contenu : Faits divers et vies déviantes. Hommage à Dominique Kalifa, Roy Pinker (dir.) préface d’Alain Corbin, CNRS Éditions, 2022, 320 p., 24 €.
Historien de la presse, du crime, de l'enquête judiciaire, des faits divers, des bas-fonds en tant qu'état moral, social et topographique, Dominique Kalifa a montré que le fait divers est une « brèche ouverte » sur l'imaginaire social, les « engloutis », les marginaux, les vies fragiles et les tourments d'une époque. Sorti volontairement de la vie le 12 septembre 2020, ce connaisseur de Fantômas est le récipiendaire de cet ouvrage collectif. Amis, collègues, élèves : une trentaine d'auteurs ont écrit les contributions illustrées qui sont autant d'essais originaux et autonomes sur la culture des faits divers. Le pseudonyme de Roy Pinker renvoie au fictif fait-diversier américain qu'invente le journal Détective (1928-1940) pour séduire le lectorat. « Décapité parlant », « petit Jean mangé par un cheval », « coupeur de nattes au Trocadéro », « maison hantée de d'Yzeures-sur-Creuse », « tête de la rue Théophile Gautier », « main baladeuse », « mystère de la jeune fille jaune » : comme les autres chapitres tirés d'une coupure de presse dupliquée en fac-similé, ces faits divers, parfois insolites, peignent la dramaturgie sociale que sait médiatiser Le Petit Journal qui prône la guillotine contre les apaches. Entre héroïsme, crime atroce, catastrophe ou « suicide de folie », le fait divers représente jusqu'à l'excès les peurs, les désirs et les espoirs de la société française des XIXe et XXe siècles. Souvent mis à l'écart dans la grande littérature, le « monde des pauvres » revient dans l'imaginaire fait-diversier et les « romans des bas-fonds » note le regretté Dominique Kalifa, en conclusion de ce spicilège d'histoire des représentations.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : L'encre ensanglantée [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Roy Pinker, Auteur . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre faits divers essais originaux Note de contenu : Faits divers et vies déviantes. Hommage à Dominique Kalifa, Roy Pinker (dir.) préface d’Alain Corbin, CNRS Éditions, 2022, 320 p., 24 €.
Historien de la presse, du crime, de l'enquête judiciaire, des faits divers, des bas-fonds en tant qu'état moral, social et topographique, Dominique Kalifa a montré que le fait divers est une « brèche ouverte » sur l'imaginaire social, les « engloutis », les marginaux, les vies fragiles et les tourments d'une époque. Sorti volontairement de la vie le 12 septembre 2020, ce connaisseur de Fantômas est le récipiendaire de cet ouvrage collectif. Amis, collègues, élèves : une trentaine d'auteurs ont écrit les contributions illustrées qui sont autant d'essais originaux et autonomes sur la culture des faits divers. Le pseudonyme de Roy Pinker renvoie au fictif fait-diversier américain qu'invente le journal Détective (1928-1940) pour séduire le lectorat. « Décapité parlant », « petit Jean mangé par un cheval », « coupeur de nattes au Trocadéro », « maison hantée de d'Yzeures-sur-Creuse », « tête de la rue Théophile Gautier », « main baladeuse », « mystère de la jeune fille jaune » : comme les autres chapitres tirés d'une coupure de presse dupliquée en fac-similé, ces faits divers, parfois insolites, peignent la dramaturgie sociale que sait médiatiser Le Petit Journal qui prône la guillotine contre les apaches. Entre héroïsme, crime atroce, catastrophe ou « suicide de folie », le fait divers représente jusqu'à l'excès les peurs, les désirs et les espoirs de la société française des XIXe et XXe siècles. Souvent mis à l'écart dans la grande littérature, le « monde des pauvres » revient dans l'imaginaire fait-diversier et les « romans des bas-fonds » note le regretté Dominique Kalifa, en conclusion de ce spicilège d'histoire des représentations.
Guide des Livres : 5 000 ans d'histoire de la mer / André Zysberg in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Livres : 5 000 ans d'histoire de la mer Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : André Zysberg, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre mer néolithique premiers navigateurs marchants légendes mythes histoire Note de contenu : La Mer. 5 000 ans d’histoire, André Zysberg (dir.), Les Arènes-L’Histoire, 2022, 640 p., 29,90 €.
En guise d'introduction au prochain thème des Rendez-vous de l'histoire de Blois (« La mer »), L'Histoire publie, en partenariat avec les Arènes, un recueil exceptionnel de ses cinquante meilleurs articles sur la question.
Reflet de quarante ans d'avancées historiographiques, l'ouvrage retrace, sous la direction d'André Zysberg et sous la plume des meilleurs spécialistes du sujet (Guillaume Calafat, Olivier Chaline, Solène Rivoal, Sanjay Subrahmanyan, etc.), plus de 5 000 ans d'histoire de la mer, des premiers navigateurs du Néolithique aux nouveaux pirates de la mer Rouge, sans oublier les thalassocraties de l'Antiquité et la période des Grandes Découvertes, à travers sept chapitres transversaux : l'art de la navigation ; marchands et aventuriers ; la dure vie des marins ; la guerre maritime ; géopolitique des mers ; un milieu naturel riche en ressources ; mythes et légendes.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 82[article] Guide des Livres : 5 000 ans d'histoire de la mer [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / André Zysberg, Auteur . - 2022 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre mer néolithique premiers navigateurs marchants légendes mythes histoire Note de contenu : La Mer. 5 000 ans d’histoire, André Zysberg (dir.), Les Arènes-L’Histoire, 2022, 640 p., 29,90 €.
En guise d'introduction au prochain thème des Rendez-vous de l'histoire de Blois (« La mer »), L'Histoire publie, en partenariat avec les Arènes, un recueil exceptionnel de ses cinquante meilleurs articles sur la question.
Reflet de quarante ans d'avancées historiographiques, l'ouvrage retrace, sous la direction d'André Zysberg et sous la plume des meilleurs spécialistes du sujet (Guillaume Calafat, Olivier Chaline, Solène Rivoal, Sanjay Subrahmanyan, etc.), plus de 5 000 ans d'histoire de la mer, des premiers navigateurs du Néolithique aux nouveaux pirates de la mer Rouge, sans oublier les thalassocraties de l'Antiquité et la période des Grandes Découvertes, à travers sept chapitres transversaux : l'art de la navigation ; marchands et aventuriers ; la dure vie des marins ; la guerre maritime ; géopolitique des mers ; un milieu naturel riche en ressources ; mythes et légendes.Guide des Livres : Wehrmacht : crépuscule / Jean-Luc Leleu in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
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Titre : Guide des Livres : Wehrmacht : crépuscule Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Luc Leleu, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Wehrmacht combattre débarquement juin 1944 Note de contenu : Combattre en dictature. 1944. La Wehrmacht face au Débarquement, Jean-Luc Leleu, Perrin, 2022, 784 p., 28 €.
« Interroger la part d'humanité qu'il y a dans l'histoire » : la démarche engagée par Jean-Luc Leleu ne manque pas d'ambition. Le Débarquement allié de juin 1944 en Normandie fournit le cadre à une histoire de la société allemande en guerre, « le processus d'autolyse de toute une société », particulièrement la Wehrmacht au moment de l'effort tant espéré côté allemand : écraser les Anglo-Canado-Américains sur le sol français. Alors que la stratégie militaire des camps adverses et le déroulé des combats sont depuis longtemps bien connus, cette étude novatrice, fouillée, érudite, nous parle de moral des troupes, de (dys)fonctionnement de la chaîne de commandement, de sacrifices réalisés unité par unité, de combativité du soldat allemand, de mortalité dans des hôpitaux de campagne, enfin de nazification bien réelle de la Wehrmacht. Qu'aurait été cette armée sans la propagande et la théâtralisation des rapports humains du simple soldat au Führer et à ses généraux, observe l'auteur ?
Étayée par des sources européennes et américaines utilement présentées en annexes et exploitées d'une façon renouvelée, cette somme de référence nous parle, aussi, de hasard et de nécessité dans le cadre bien particulier d'un régime totalitaire et mortifère : là est peut-être la clé de son échec final.
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Langues : Français (fre)
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Mots-clés : lecture livre Wehrmacht combattre débarquement juin 1944 Note de contenu : Combattre en dictature. 1944. La Wehrmacht face au Débarquement, Jean-Luc Leleu, Perrin, 2022, 784 p., 28 €.
« Interroger la part d'humanité qu'il y a dans l'histoire » : la démarche engagée par Jean-Luc Leleu ne manque pas d'ambition. Le Débarquement allié de juin 1944 en Normandie fournit le cadre à une histoire de la société allemande en guerre, « le processus d'autolyse de toute une société », particulièrement la Wehrmacht au moment de l'effort tant espéré côté allemand : écraser les Anglo-Canado-Américains sur le sol français. Alors que la stratégie militaire des camps adverses et le déroulé des combats sont depuis longtemps bien connus, cette étude novatrice, fouillée, érudite, nous parle de moral des troupes, de (dys)fonctionnement de la chaîne de commandement, de sacrifices réalisés unité par unité, de combativité du soldat allemand, de mortalité dans des hôpitaux de campagne, enfin de nazification bien réelle de la Wehrmacht. Qu'aurait été cette armée sans la propagande et la théâtralisation des rapports humains du simple soldat au Führer et à ses généraux, observe l'auteur ?
Étayée par des sources européennes et américaines utilement présentées en annexes et exploitées d'une façon renouvelée, cette somme de référence nous parle, aussi, de hasard et de nécessité dans le cadre bien particulier d'un régime totalitaire et mortifère : là est peut-être la clé de son échec final.Guide des Livres : Tombeaux de papier / Annette WIEVIORKA in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
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Titre : Guide des Livres : Tombeaux de papier Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Annette WIEVIORKA, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre autobiographie Note de contenu : Tombeaux. Autobiographie de ma famille, Annette Wieviorka, Seuil, 2022, 380 p., 21 €.
La mort d'une tante, la découverte d'un secret de famille et la solitude imposée par le confinement ont incité Annette Wieviorka à « une mise en ordre et en place de (son) ascendance ». L'historienne de la Shoah portait en elle ce projet depuis plus de quarante ans, dès son retour d'un séjour, à 26 ans, dans la Chine de la Révolution culturelle, dont elle a fait le récit lucide dans Mes années chinoises (Stock, 2021). Remontant un peu plus dans le temps, elle se penche sur ses grands-pères Wolf, écrivain et journaliste yiddish et Chaskiel, tailleur, et leurs femmes, Hawa et Guitele, tous venus de Pologne dans les années 1920.
Mêlant témoignages et archives, l'auteure restitue ce morceau échoué du Yiddishland, où s'opposent religion et assimilation, bundistes et communistes, jusqu'à la guerre, les rafles, les errances entre Nice et la Suisse, Auschwitz, et, parfois, le retour. « Je suis devenue historienne le jour où j'ai abandonné le récit familial pour le récit collectif », estime Annette Wieviorka. Avec « cette autobiographie de ma famille », exercice virtuose d'ego-histoire, elle mêle les deux avec sensibilité.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 84[article] Guide des Livres : Tombeaux de papier [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Annette WIEVIORKA, Auteur . - 2022 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 84
Mots-clés : lecture livre autobiographie Note de contenu : Tombeaux. Autobiographie de ma famille, Annette Wieviorka, Seuil, 2022, 380 p., 21 €.
La mort d'une tante, la découverte d'un secret de famille et la solitude imposée par le confinement ont incité Annette Wieviorka à « une mise en ordre et en place de (son) ascendance ». L'historienne de la Shoah portait en elle ce projet depuis plus de quarante ans, dès son retour d'un séjour, à 26 ans, dans la Chine de la Révolution culturelle, dont elle a fait le récit lucide dans Mes années chinoises (Stock, 2021). Remontant un peu plus dans le temps, elle se penche sur ses grands-pères Wolf, écrivain et journaliste yiddish et Chaskiel, tailleur, et leurs femmes, Hawa et Guitele, tous venus de Pologne dans les années 1920.
Mêlant témoignages et archives, l'auteure restitue ce morceau échoué du Yiddishland, où s'opposent religion et assimilation, bundistes et communistes, jusqu'à la guerre, les rafles, les errances entre Nice et la Suisse, Auschwitz, et, parfois, le retour. « Je suis devenue historienne le jour où j'ai abandonné le récit familial pour le récit collectif », estime Annette Wieviorka. Avec « cette autobiographie de ma famille », exercice virtuose d'ego-histoire, elle mêle les deux avec sensibilité.
Guide des Livres : Le pays de la discorde / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
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Titre : Guide des Livres : Le pays de la discorde Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre gouverner France présidents histoire Note de contenu : Gouverner la France, Michel Winock, Gallimard, « Quarto », 2022, 1216 p., 33 €.
Si la plume de Michel Winock, familière aux aficionados de L'Histoire, s'est largement prêtée à l'histoire culturelle, elle a aussi, avec un même bonheur, abordé les rives de l'histoire politique. Les éditions Gallimard ont eu l'heureuse l'idée de rassembler, en un fort volume de quelque 1 200 pages (« Quarto» ), les écrits les plus significatifs d'une voix assurément singulière. Loin, en effet, de se cantonner à une période étroite, l'historien n'a cessé de naviguer entre le XIXe et le XXe siècle, offrant ainsi une vision éclairée de la France contemporaine.
Sans céder aux sirènes de l'école des Annales, il a, par ailleurs, toujours privilégié le récit, et veillé à l'élégance du style. Le lecteur trouvera donc rassemblé les opus les plus significatifs d'une oeuvre abondante, qui traite tant des grandes crises politiques traversées par la République, joliment appelées « fièvres hexagonales », que des deux titans qui ont surplombé le XXe siècle français - Charles de Gaulle et François Mitterrand. Une belle traversée, à relire ou à découvrir.
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Langues : Français (fre)
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Mots-clés : lecture livre gouverner France présidents histoire Note de contenu : Gouverner la France, Michel Winock, Gallimard, « Quarto », 2022, 1216 p., 33 €.
Si la plume de Michel Winock, familière aux aficionados de L'Histoire, s'est largement prêtée à l'histoire culturelle, elle a aussi, avec un même bonheur, abordé les rives de l'histoire politique. Les éditions Gallimard ont eu l'heureuse l'idée de rassembler, en un fort volume de quelque 1 200 pages (« Quarto» ), les écrits les plus significatifs d'une voix assurément singulière. Loin, en effet, de se cantonner à une période étroite, l'historien n'a cessé de naviguer entre le XIXe et le XXe siècle, offrant ainsi une vision éclairée de la France contemporaine.
Sans céder aux sirènes de l'école des Annales, il a, par ailleurs, toujours privilégié le récit, et veillé à l'élégance du style. Le lecteur trouvera donc rassemblé les opus les plus significatifs d'une oeuvre abondante, qui traite tant des grandes crises politiques traversées par la République, joliment appelées « fièvres hexagonales », que des deux titans qui ont surplombé le XXe siècle français - Charles de Gaulle et François Mitterrand. Une belle traversée, à relire ou à découvrir.
Guide des Revues : Des enfants dans la guerre / Joanna Bourke in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
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Titre : Guide des Revues : Des enfants dans la guerre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Joanna Bourke, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue guerre enfants famille conflits Note de contenu : Victimes, cibles, participants, enjeux des négociations, agents de la reconstruction... Dans l'histoire des guerres, les enfants sont des acteurs à part entière. Ce dossier s'intéresse à eux, des années 1920 aux années 1950.
« Alors que les images iconiques de la Première Guerre mondiale renvoient aux soldats couverts de boue dans les tranchées, les images centrales de la Seconde Guerre mondiale seraient celles impliquant des enfants », constate l'historienne britannique Joanna Bourke. La Revue d'histoire de l'enfance « irrégulière », éditée pour la première fois par les éditions Anamosa, consacre son numéro annuel aux enfants sans famille en temps de guerre, la plupart des articles se concentrant sur la Seconde Guerre mondiale.
Coordonné par Laura Hobson Faure, Manon Pignot et Antoine Rivière, le dossier fait le point sur un champ de recherche particulier dans l'histoire des conflits contemporains, qui voit les sources et les méthodes se renouveler depuis une quinzaine d'années. En temps de conflit, les enfants sont autant victimes qu'acteurs. Les institutions les plus élémentaires, à commencer par la famille, sont ébranlées et le système social, désorganisé. Il faut repenser la prise en charge des « mineurs non accompagnés », une catégorie « fourre-tout » créée après la Seconde Guerre mondiale, comme celle de « pupille de la nation ».
Laura Hobson Faure s'intéresse aux journaux intimes des enfants juifs non accompagnés accueillis par la France à la veille du conflit. Empruntant à la microhistoire, Isabelle von Bueltzingsloewen consacre son article à l'itinéraire de deux enfants orphelins. Vanessa Szollosi et Lucile Chartain se penchent sur la « constellation archivistique » qui s'est constituée autour des enfants isolés. Elles identifient trois fonds dont l'étude croisée permet de reconstituer certains parcours.
Des champs historiques très divers sont considérés. Au détour des années 1920, des milliers d'enfants russes arrivèrent en France. Claire Gouyon étudie leur accueil, organisé par des charités privées, principalement des catholiques (histoire sociale du religieux, histoire des étrangers). Camille Mahé, elle, revient sur les « trains du bonheur », qui transportèrent en Italie 50 000 enfants dans des familles de substitution (histoire de l'humanitaire). Martine Ruchat observe, en Suisse, le village d'enfants Pestalozzi fondé en 1946, qui, par la publicité qui en est faite, participe à la reconstruction éducative (histoire européenne).
Revue d'histoire de l'enfance « irrégulière » n° 24, 2022/1.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 86[article] Guide des Revues : Des enfants dans la guerre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Joanna Bourke, Auteur . - 2022 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 86
Mots-clés : lecture revue guerre enfants famille conflits Note de contenu : Victimes, cibles, participants, enjeux des négociations, agents de la reconstruction... Dans l'histoire des guerres, les enfants sont des acteurs à part entière. Ce dossier s'intéresse à eux, des années 1920 aux années 1950.
« Alors que les images iconiques de la Première Guerre mondiale renvoient aux soldats couverts de boue dans les tranchées, les images centrales de la Seconde Guerre mondiale seraient celles impliquant des enfants », constate l'historienne britannique Joanna Bourke. La Revue d'histoire de l'enfance « irrégulière », éditée pour la première fois par les éditions Anamosa, consacre son numéro annuel aux enfants sans famille en temps de guerre, la plupart des articles se concentrant sur la Seconde Guerre mondiale.
Coordonné par Laura Hobson Faure, Manon Pignot et Antoine Rivière, le dossier fait le point sur un champ de recherche particulier dans l'histoire des conflits contemporains, qui voit les sources et les méthodes se renouveler depuis une quinzaine d'années. En temps de conflit, les enfants sont autant victimes qu'acteurs. Les institutions les plus élémentaires, à commencer par la famille, sont ébranlées et le système social, désorganisé. Il faut repenser la prise en charge des « mineurs non accompagnés », une catégorie « fourre-tout » créée après la Seconde Guerre mondiale, comme celle de « pupille de la nation ».
Laura Hobson Faure s'intéresse aux journaux intimes des enfants juifs non accompagnés accueillis par la France à la veille du conflit. Empruntant à la microhistoire, Isabelle von Bueltzingsloewen consacre son article à l'itinéraire de deux enfants orphelins. Vanessa Szollosi et Lucile Chartain se penchent sur la « constellation archivistique » qui s'est constituée autour des enfants isolés. Elles identifient trois fonds dont l'étude croisée permet de reconstituer certains parcours.
Des champs historiques très divers sont considérés. Au détour des années 1920, des milliers d'enfants russes arrivèrent en France. Claire Gouyon étudie leur accueil, organisé par des charités privées, principalement des catholiques (histoire sociale du religieux, histoire des étrangers). Camille Mahé, elle, revient sur les « trains du bonheur », qui transportèrent en Italie 50 000 enfants dans des familles de substitution (histoire de l'humanitaire). Martine Ruchat observe, en Suisse, le village d'enfants Pestalozzi fondé en 1946, qui, par la publicité qui en est faite, participe à la reconstruction éducative (histoire européenne).
Revue d'histoire de l'enfance « irrégulière » n° 24, 2022/1.
Guide des Revues : Un Noir américain au Goulag / Olivier POSTEL-VINAY in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Un Noir américain au Goulag Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier POSTEL-VINAY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue Noir américain Goulag race Note de contenu : Books n° 121, septembre-octobre 2022.
Son père était né esclave dans une plantation de Caroline du Sud. A 25 ans, en 1914, Lovett Fort-Whiteman part au Mexique rejoindre la révolution. Revenu aux États-Unis, il propage la parole marxiste et se fait repérer par le FBI, mais aussi par les Soviétiques, qui l'invitent à participer au Ve Congrès mondial de l'Internationale communiste à Moscou. A son retour, il fonde à Chicago l'American Negro Labor Congress (ANLC). C'est un échec. Reparti à Moscou, il ne cesse d'expliquer qu'aux États-Unis le problème noir n'est pas un problème de classe, mais de race. Victime des purges staliniennes, il est d'abord exilé au Kazakhstan, puis finit à la Kolyma. Il est le seul Noir mort au Goulag.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Un Noir américain au Goulag [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier POSTEL-VINAY, Auteur . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 87
Mots-clés : lecture revue Noir américain Goulag race Note de contenu : Books n° 121, septembre-octobre 2022.
Son père était né esclave dans une plantation de Caroline du Sud. A 25 ans, en 1914, Lovett Fort-Whiteman part au Mexique rejoindre la révolution. Revenu aux États-Unis, il propage la parole marxiste et se fait repérer par le FBI, mais aussi par les Soviétiques, qui l'invitent à participer au Ve Congrès mondial de l'Internationale communiste à Moscou. A son retour, il fonde à Chicago l'American Negro Labor Congress (ANLC). C'est un échec. Reparti à Moscou, il ne cesse d'expliquer qu'aux États-Unis le problème noir n'est pas un problème de classe, mais de race. Victime des purges staliniennes, il est d'abord exilé au Kazakhstan, puis finit à la Kolyma. Il est le seul Noir mort au Goulag.
Guide des Revues : Xénophon et l'Indochine / Jacques Cantier in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Xénophon et l'Indochine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jacques Cantier, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue guerre Indochine Note de contenu : Anabases n° 35, 2022.
Dans ce numéro, Jacques Cantier propose un parallèle stimulant entre l'oeuvre de Xénophon et le film classique de Pierre Schoendoerffer consacré à la guerre d'Indochine, La 317e Section (1965). Le réalisateur connaissait Xénophon, l'inspiration se fait sentir : les soldats du Corps expéditionnaire, comme les mercenaires grecs de Cyrus, sont livrés à eux-mêmes dans une retraite chaotique et doivent se frayer un chemin à travers un environnement naturel hostile. Au sein de la masse anonyme de la troupe se dessinent des individualités, des conflits, des amitiés. Pour, au bout du compte, rappeler une vérité tragique : les soldats d'une mauvaise guerre ne sont pas tous de mauvais hommes.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 87[article] Guide des Revues : Xénophon et l'Indochine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jacques Cantier, Auteur . - 2022 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 87
Mots-clés : lecture revue guerre Indochine Note de contenu : Anabases n° 35, 2022.
Dans ce numéro, Jacques Cantier propose un parallèle stimulant entre l'oeuvre de Xénophon et le film classique de Pierre Schoendoerffer consacré à la guerre d'Indochine, La 317e Section (1965). Le réalisateur connaissait Xénophon, l'inspiration se fait sentir : les soldats du Corps expéditionnaire, comme les mercenaires grecs de Cyrus, sont livrés à eux-mêmes dans une retraite chaotique et doivent se frayer un chemin à travers un environnement naturel hostile. Au sein de la masse anonyme de la troupe se dessinent des individualités, des conflits, des amitiés. Pour, au bout du compte, rappeler une vérité tragique : les soldats d'une mauvaise guerre ne sont pas tous de mauvais hommes.
Guide des Revues : Sciences sociales en dictature in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Revues : Sciences sociales en dictature Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue sociétique sociologie sciences humaines Note de contenu : Revue d'histoire des sciences humaines n° 40, printemps 2022.
Les sciences sociales soviétiques ont été décrites comme un pur produit de la censure et de l'instrumentalisation. Ce numéro rompt avec cette vision caricaturale pour rappeler l'importance des anthropologues, des historiens et, surtout, des sociologues soviétiques. La sociologie connaît une renaissance après la déstalinisation, comme le montre Sheila Pattle, qui s'intéresse au développement de la sociologie industrielle. Les chercheurs travaillaient en lien avec les entreprises publiques, parvenant à organiser d'importantes enquêtes de terrain au moyen de questionnaires en dépit d'une liberté et de moyens limités.
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Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 87
Mots-clés : lecture revue sociétique sociologie sciences humaines Note de contenu : Revue d'histoire des sciences humaines n° 40, printemps 2022.
Les sciences sociales soviétiques ont été décrites comme un pur produit de la censure et de l'instrumentalisation. Ce numéro rompt avec cette vision caricaturale pour rappeler l'importance des anthropologues, des historiens et, surtout, des sociologues soviétiques. La sociologie connaît une renaissance après la déstalinisation, comme le montre Sheila Pattle, qui s'intéresse au développement de la sociologie industrielle. Les chercheurs travaillaient en lien avec les entreprises publiques, parvenant à organiser d'importantes enquêtes de terrain au moyen de questionnaires en dépit d'une liberté et de moyens limités.
Guide des bandes dessinées : 1928, le marathon d'El Ouafi / Pascal ORY in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des bandes dessinées : 1928, le marathon d'El Ouafi Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pascal ORY, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 88 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture BD 1928 marathon J.O. vainqueur El Ouafi Note de contenu : Aux Jeux olympiques d'Amsterdam un coureur français inattendu s'impose.
Avec ses tonalités ocre, parfois marquées de figures bleues tournant fugitivement au gris, l'album de Nicolas Debon est superbe. L'histoire qu'il nous raconte est à la hauteur, mais pas seulement, puisqu'elle se termine plutôt mal, hors champ. Le hors-champ, ici, est composé, comme souvent dans les albums d'aujourd'hui, de quelques pages d'informations historiques, pleines de détails intéressants mais qui, placées à la fin du volume, lestent tout ce qui précède d'une gravité supplémentaire. Les 100 pages qui précèdent ont, elles, tout du théâtre classique : unité de temps et de lieu, puisqu'il s'agit du marathon des Jeux olympiques de 1928, sur le stade olympique d'Amsterdam.
Les premières planches nous plongent dans le discours solennel de Pierre de Coubertin, rêvant de fonder le monde nouveau, sa « saine démocratie », son « sage et pacifique internationalisme » - on lit entre les phrases les contre-modèles de la démocratie pas saine et de l'internationalisme pas sage -, sur la « rencontre heureuse et fraternelle » entre les jeunesses du monde.
Une revue de détail des nationalités concurrentes au moment où les marathoniens entrent sur la piste met en vedette les plus remarquables : glorieux Américains, mystérieux Japonais et, par-dessus tout, impressionnants « Finlandais volants » qui, aux JO précédents, ont monopolisé les médailles des courses de fond et de demi-fond. A côté de ces illustres les Français font plutôt pâle figure.
Parmi les quatre coureurs un certain Ahmed Boughéra El Ouafi se fait d'autant moins remarquer qu'il est Algérien, alors qu'il possède déjà un palmarès très honorable à son actif, y compris aux JO de 1924 - dont tout le monde sait aujourd'hui qu'ils se sont tenus à Paris. Au reste plutôt chétif, même si sa réputation est déjà faite au sein de l'usine Renault de Billancourt, où il est entré comme décolleteur - façon Charlot des Temps modernes - et où il peut se préparer de manière, en fait, presque professionnelle.
La course est suivie à travers le regard d'un journaliste français, Jules Maertens, du quotidien L'Auto, lui-même ancien champion de fond. Un regard mobilisé par le suivi des athlètes, mais un esprit traversé par des flashs de pensée : le monde nouveau, harmonieux et plus juste, qui naît de la Grande Guerre, la course qui se tend, « telle l'échine d'un animal fabuleux », et les considérations techniques sur les chaussures ad hoc. Jusqu'à ce que « le petit Arabe » commence à se détacher. Là « les diplômes, la renommée, la fortune ne sont d'aucun secours ». Les leaders, les uns après les autres, décrochent, et c'est maintenant le pays natal qui, par bouffées, vient au-devant du coureur, le désert, l'oued, les figures agiles des peintures rupestres, les tirailleurs algériens sur le front...
Un vainqueur imprévu et discret
Ahmed Boughéra El Ouafi est donc le vainqueur, imprévu et discret, du marathon olympique de 1928. L'album dessiné s'achève sur cette victoire, glorieuse et solitaire, comme toutes les victoires. L'album documentaire nous en dit plus sur son destin. Plus, mais pas beaucoup, car l'homme échappe à l'investigation. Après son quart d'heure de célébrité il accepte une tournée commerciale aux États-Unis, ce qui entraîne son exclusion définitive de la compétition. C'est son successeur des Jeux de 1956, Alain Mimoun, qui l'exhume de l'oubli - hélas pour peu de temps : il meurt trois ans plus tard dans une fusillade, en banlieue. Règlement de comptes crapuleux ? Règlement de comptes politique, entre le FLN et les messalistes du MNA (4 000 morts entre 1956 et 1952) ? Ou, simplement, erreur de cible ? Il paraît qu'on ne saura jamais. Toujours est-il qu'avec le retard de rigueur et le repentir postcolonial il est désormais beaucoup question d'El Ouafi. Dans la liste des ouvrages et des oeuvres qu'il aura suscités depuis un quart de siècle, gageons que l'album de Nicolas Debon est ce qu'il y a de plus fort et, disons le mot, de plus beau.
Pascal Ory est professeur émérite à l'université Paris-I.
Marathon, Nicolas Debon, Dargaud, 2021.
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Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 88
Mots-clés : lecture BD 1928 marathon J.O. vainqueur El Ouafi Note de contenu : Aux Jeux olympiques d'Amsterdam un coureur français inattendu s'impose.
Avec ses tonalités ocre, parfois marquées de figures bleues tournant fugitivement au gris, l'album de Nicolas Debon est superbe. L'histoire qu'il nous raconte est à la hauteur, mais pas seulement, puisqu'elle se termine plutôt mal, hors champ. Le hors-champ, ici, est composé, comme souvent dans les albums d'aujourd'hui, de quelques pages d'informations historiques, pleines de détails intéressants mais qui, placées à la fin du volume, lestent tout ce qui précède d'une gravité supplémentaire. Les 100 pages qui précèdent ont, elles, tout du théâtre classique : unité de temps et de lieu, puisqu'il s'agit du marathon des Jeux olympiques de 1928, sur le stade olympique d'Amsterdam.
Les premières planches nous plongent dans le discours solennel de Pierre de Coubertin, rêvant de fonder le monde nouveau, sa « saine démocratie », son « sage et pacifique internationalisme » - on lit entre les phrases les contre-modèles de la démocratie pas saine et de l'internationalisme pas sage -, sur la « rencontre heureuse et fraternelle » entre les jeunesses du monde.
Une revue de détail des nationalités concurrentes au moment où les marathoniens entrent sur la piste met en vedette les plus remarquables : glorieux Américains, mystérieux Japonais et, par-dessus tout, impressionnants « Finlandais volants » qui, aux JO précédents, ont monopolisé les médailles des courses de fond et de demi-fond. A côté de ces illustres les Français font plutôt pâle figure.
Parmi les quatre coureurs un certain Ahmed Boughéra El Ouafi se fait d'autant moins remarquer qu'il est Algérien, alors qu'il possède déjà un palmarès très honorable à son actif, y compris aux JO de 1924 - dont tout le monde sait aujourd'hui qu'ils se sont tenus à Paris. Au reste plutôt chétif, même si sa réputation est déjà faite au sein de l'usine Renault de Billancourt, où il est entré comme décolleteur - façon Charlot des Temps modernes - et où il peut se préparer de manière, en fait, presque professionnelle.
La course est suivie à travers le regard d'un journaliste français, Jules Maertens, du quotidien L'Auto, lui-même ancien champion de fond. Un regard mobilisé par le suivi des athlètes, mais un esprit traversé par des flashs de pensée : le monde nouveau, harmonieux et plus juste, qui naît de la Grande Guerre, la course qui se tend, « telle l'échine d'un animal fabuleux », et les considérations techniques sur les chaussures ad hoc. Jusqu'à ce que « le petit Arabe » commence à se détacher. Là « les diplômes, la renommée, la fortune ne sont d'aucun secours ». Les leaders, les uns après les autres, décrochent, et c'est maintenant le pays natal qui, par bouffées, vient au-devant du coureur, le désert, l'oued, les figures agiles des peintures rupestres, les tirailleurs algériens sur le front...
Un vainqueur imprévu et discret
Ahmed Boughéra El Ouafi est donc le vainqueur, imprévu et discret, du marathon olympique de 1928. L'album dessiné s'achève sur cette victoire, glorieuse et solitaire, comme toutes les victoires. L'album documentaire nous en dit plus sur son destin. Plus, mais pas beaucoup, car l'homme échappe à l'investigation. Après son quart d'heure de célébrité il accepte une tournée commerciale aux États-Unis, ce qui entraîne son exclusion définitive de la compétition. C'est son successeur des Jeux de 1956, Alain Mimoun, qui l'exhume de l'oubli - hélas pour peu de temps : il meurt trois ans plus tard dans une fusillade, en banlieue. Règlement de comptes crapuleux ? Règlement de comptes politique, entre le FLN et les messalistes du MNA (4 000 morts entre 1956 et 1952) ? Ou, simplement, erreur de cible ? Il paraît qu'on ne saura jamais. Toujours est-il qu'avec le retard de rigueur et le repentir postcolonial il est désormais beaucoup question d'El Ouafi. Dans la liste des ouvrages et des oeuvres qu'il aura suscités depuis un quart de siècle, gageons que l'album de Nicolas Debon est ce qu'il y a de plus fort et, disons le mot, de plus beau.
Pascal Ory est professeur émérite à l'université Paris-I.
Marathon, Nicolas Debon, Dargaud, 2021.
Guide des Classiques : « Procès des communards » de Jacques Rougerie / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Classiques : « Procès des communards » de Jacques Rougerie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 90 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre communards Paris mouvement militant 1871 Note de contenu : A partir des archives des conseils de guerre, Jacques Rougerie a renouvelé la façon d'écrire l'histoire de la Commune de Paris.
La thèse
En publiant ses Procès des communards en 1964, Jacques Rougerie fait entrer l'histoire de la Commune dans le champ de la recherche universitaire et scientifique - elle qui fut, jusqu'aux années 1960, surtout l'objet d'une histoire ouvrière et militante, portée par des historiens communistes. Son grand mérite a été de dégeler cette histoire partisane en allant « juger sur pièces », c'est-à-dire, sans préjudice des autres sources, travailler principalement la masse documentaire laissée au Service historique de la Défense, à Vincennes, par les conseils de guerre, devant lesquels près de 40 000 vaincus survivants de la révolution parisienne ont comparu (10 137 condamnations). Pour la première fois, ces archives étaient consultées systématiquement par un chercheur.
Après avoir fait le point sur le « mythe de l'Internationale », mis en doute la préméditation, il affirmait le « caractère spontané, et même désordonné, de l'explosion populaire du 18 mars », et mettait en relief ce que l'acte d'accusation, aux multiples voix hystériques, révélait de peur de la part d'une société « ébranlée jusqu'en son tréfonds ». Ensuite, laissant la parole aux accusés, l'auteur n'hésitait pas à noter que beaucoup faisaient devant leurs juges « pâle figure », esquivant leurs responsabilités, sans envergure. Pas tous ! Le cordonnier Trinquet, le blanquiste Théophile Ferré, Louise Michel, sans parler de Louis Rossel - le seul officier à avoir rejoint la Commune parce qu'il refusait la capitulation ! Il y en eut pour sauver l'honneur.
Sur la sociologie de la Commune, Jacques Rougerie nous livrait une précieuse statistique, par âge, par sexe, par profession : il attestait par les chiffres combien la Commune avait été une révolution ouvrière, à laquelle avait participé une forte minorité d'employés, contrairement aux journées de juin 1848. Enfin l'auteur consacrait une dernière partie importante à l'interprétation de l'événement. Au-delà des divisions idéologiques, il insistait sur la revendication collective de la souveraineté du peuple, le gouvernement direct du peuple, et aussi les débuts « timides » d'une révolution socialiste par la gestion ouvrière des entreprises confisquées. Mais un socialisme fortement mâtiné de sans-culottisme 1793.
Ce qu'il en reste
Procès des communards demeure un livre majeur dans l'historiographie de la Commune. Discutable, dans son interprétation, était la sous-estimation de l'influence de Proudhon, notable en particulier dans la Déclaration au peuple français du 19 avril 1871, le manifeste de la Commune - « à peine corrigé, écrit-il du reste, par le jacobin Delescluze ». Mais Jacques Rougerie n'en avait pas fini avec la Commune. En 1971, l'année du centenaire, il complète, corrige (notamment sur l'influence de Proudhon), approfondit son étude dans Paris libre 1871. Plus tard, il donnera un résumé de ses travaux dans un « Que-sais-je ? » sur La Commune de 1871, plusieurs fois réédité. Pour Rougerie, la Commune n'était pas une histoire close ; il appelait à compléter ses propres recherches.
Pascal Ory est conseiller de la direction de L'Histoire.
Jacques Rougerie
Né en 1932 à Nantes, ancien élève de l'École normale supérieure, il s'est tôt intéressé à la Commune, dont il est devenu le grand historien français. Maître de conférences honoraire à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, il fait partie de cette génération qui, dans la mouvance d'Ernest Labrousse, a fait entrer à l'université ce qu'on appelait l'« histoire ouvrière », comme l'attestent les livraisons du Mouvement social, revue créée par Jean Maitron, où il a signé de nombreux articles. Son dernier ouvrage, paru en 2019, était consacré à l'une des plus hautes figures de la Commune : Eugène Varlin. Aux origines du mouvement ouvrier (Éditions du Détour). Il est mort à Clamart le 22 mars 2022, un an après les commémorations des 150 ans de la Commune de Paris, auxquelles il n'a pas pu participer.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 90[article] Guide des Classiques : « Procès des communards » de Jacques Rougerie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2022 . - p. 90.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 90
Mots-clés : lecture livre communards Paris mouvement militant 1871 Note de contenu : A partir des archives des conseils de guerre, Jacques Rougerie a renouvelé la façon d'écrire l'histoire de la Commune de Paris.
La thèse
En publiant ses Procès des communards en 1964, Jacques Rougerie fait entrer l'histoire de la Commune dans le champ de la recherche universitaire et scientifique - elle qui fut, jusqu'aux années 1960, surtout l'objet d'une histoire ouvrière et militante, portée par des historiens communistes. Son grand mérite a été de dégeler cette histoire partisane en allant « juger sur pièces », c'est-à-dire, sans préjudice des autres sources, travailler principalement la masse documentaire laissée au Service historique de la Défense, à Vincennes, par les conseils de guerre, devant lesquels près de 40 000 vaincus survivants de la révolution parisienne ont comparu (10 137 condamnations). Pour la première fois, ces archives étaient consultées systématiquement par un chercheur.
Après avoir fait le point sur le « mythe de l'Internationale », mis en doute la préméditation, il affirmait le « caractère spontané, et même désordonné, de l'explosion populaire du 18 mars », et mettait en relief ce que l'acte d'accusation, aux multiples voix hystériques, révélait de peur de la part d'une société « ébranlée jusqu'en son tréfonds ». Ensuite, laissant la parole aux accusés, l'auteur n'hésitait pas à noter que beaucoup faisaient devant leurs juges « pâle figure », esquivant leurs responsabilités, sans envergure. Pas tous ! Le cordonnier Trinquet, le blanquiste Théophile Ferré, Louise Michel, sans parler de Louis Rossel - le seul officier à avoir rejoint la Commune parce qu'il refusait la capitulation ! Il y en eut pour sauver l'honneur.
Sur la sociologie de la Commune, Jacques Rougerie nous livrait une précieuse statistique, par âge, par sexe, par profession : il attestait par les chiffres combien la Commune avait été une révolution ouvrière, à laquelle avait participé une forte minorité d'employés, contrairement aux journées de juin 1848. Enfin l'auteur consacrait une dernière partie importante à l'interprétation de l'événement. Au-delà des divisions idéologiques, il insistait sur la revendication collective de la souveraineté du peuple, le gouvernement direct du peuple, et aussi les débuts « timides » d'une révolution socialiste par la gestion ouvrière des entreprises confisquées. Mais un socialisme fortement mâtiné de sans-culottisme 1793.
Ce qu'il en reste
Procès des communards demeure un livre majeur dans l'historiographie de la Commune. Discutable, dans son interprétation, était la sous-estimation de l'influence de Proudhon, notable en particulier dans la Déclaration au peuple français du 19 avril 1871, le manifeste de la Commune - « à peine corrigé, écrit-il du reste, par le jacobin Delescluze ». Mais Jacques Rougerie n'en avait pas fini avec la Commune. En 1971, l'année du centenaire, il complète, corrige (notamment sur l'influence de Proudhon), approfondit son étude dans Paris libre 1871. Plus tard, il donnera un résumé de ses travaux dans un « Que-sais-je ? » sur La Commune de 1871, plusieurs fois réédité. Pour Rougerie, la Commune n'était pas une histoire close ; il appelait à compléter ses propres recherches.
Pascal Ory est conseiller de la direction de L'Histoire.
Jacques Rougerie
Né en 1932 à Nantes, ancien élève de l'École normale supérieure, il s'est tôt intéressé à la Commune, dont il est devenu le grand historien français. Maître de conférences honoraire à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, il fait partie de cette génération qui, dans la mouvance d'Ernest Labrousse, a fait entrer à l'université ce qu'on appelait l'« histoire ouvrière », comme l'attestent les livraisons du Mouvement social, revue créée par Jean Maitron, où il a signé de nombreux articles. Son dernier ouvrage, paru en 2019, était consacré à l'une des plus hautes figures de la Commune : Eugène Varlin. Aux origines du mouvement ouvrier (Éditions du Détour). Il est mort à Clamart le 22 mars 2022, un an après les commémorations des 150 ans de la Commune de Paris, auxquelles il n'a pas pu participer.
Guide des Sorties : Expositions - Au bonheur de Rosa / Nicolas Ivanoff in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Expositions - Au bonheur de Rosa Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Nicolas Ivanoff, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 92-93 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture exposition Rosa Bonheur peinture femme 1822-1899 Note de contenu : Oubliée car représentante d'une école de peinture « secondaire », Rosa Bonheur fut pionnière de l'émancipation des femmes.
La place des femmes dans l'art est un sujet discuté et réévalué. L'exposition sur Rosa Bonheur qui se tient au musée d'Orsay jusqu'au 15 janvier 2023, après le musée des Beaux-Arts de Bordeaux, vient renouveler l'analyse sur la place de cette peintre dans l'histoire de l'art. Née en 1822 dans une famille d'artistes sans fortune, Rosalie dite Rosa Bonheur est confrontée tôt à la question de son avenir. Alors que son père la voit couturière, elle refuse et s'impose à ses côtés comme dessinatrice. Sélectionnée pour exposer dès ses 19 ans au Salon, son style quasi photographique fait mouche et elle s'impose dans l'art animalier. Mais ce genre quelque peu méprisé la relègue au second plan après sa mort en 1899.
Sous l'influence saint-simonienne de son père et des écrits de Lamennais, la question de l'égalité entre homme et femme et du statut des animaux guide son travail et sa vie. Membre de la Société protectrice des animaux dès sa création en 1845, Rosa s'efforce dans ses oeuvres de montrer qu'ils sont « des êtres doués de sensibilité ». Devant le refus qui lui est signifié de peindre des chevaux (sujet réservé aux hommes), elle s'attelle à cette tâche de manière déterminée.
Pendant longtemps Rosa Bonheur a été associée à l'académisme, aux tableaux réalistes et pompiers du XIXe siècle qu'on regarde sans chercher à y déceler une vision de la société. On a moqué ses vaches, sans percevoir que cette représentation du monde rural, certes idéalisée, révèle une société en mutation qui voit les machines à vapeur pousser les paysans vers la ville et la disparition des animaux de trait. Alors que la photographie tend à concurrencer les peintres, Rosa révolutionne l'image de l'animal dans l'art. Dans Fenaison en Auvergne ou Labourage nivernais, les bovins bavent sous l'effort. Pas d'embellissement, juste une représentation aussi exacte que possible. Ses études préparatoires réalisées aux abattoirs où elle se rend en pantalon avec autorisation préfectorale montrent son souci de vérité quasi scientifique. Certains ont reproché à Rosa d'en avoir fait son « fonds de commerce ». Cézanne dira de sa peinture qu'elle est « horriblement ressemblante ». Mais avec son agent Gambart, elle s'exporte et les Anglo-Saxons sont friands de sa peinture, ce qui lui offre autonomie et liberté.
Femme et chef de famille
Rosa Bonheur, qui déclare qu'elle « soutiendra l'indépendance des femmes jusqu'à son dernier soupir » sans pour autant se vivre comme une militante, mène sa carrière et sa vie librement. Après la mort de son père, elle devient naturellement le chef de famille, qui subvient aux besoins des siens comme elle l'écrivit dans son testament. Un rôle qui n'empêche pas la réprobation quand elle s'installe dans la famille de son amie Nathalie Micas, dont elle partage la tombe. Artiste majeure dans ce monde masculin, Rosa Bonheur ne se maria pas, vécut toute sa vie avec des femmes, et tint sa place dans le monde par son travail. Figure féminine incontournable, dont l'oeuvre et la vie font l'objet de reportages dans les journaux de l'époque et première femme décorée de la Légion d'honneur au titre des beaux-arts, elle fut pourtant décriée par des avant-gardes, les critiques et les spécialistes (presque toujours masculins). L'exposition d'Orsay tente d'effacer cette « damnatio memoriae ».
Nicolas Ivanoff est professeur d'histoire-géographie au lycée Racine à Paris.
À VOIR
« Rosa Bonheur (1822-1899) », du 18 octobre 2022 au 15 janvier 2023 au musée d'Orsay, Paris.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 92-93[article] Guide des Sorties : Expositions - Au bonheur de Rosa [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Nicolas Ivanoff, Auteur . - 2022 . - p. 92-93.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 92-93
Mots-clés : lecture exposition Rosa Bonheur peinture femme 1822-1899 Note de contenu : Oubliée car représentante d'une école de peinture « secondaire », Rosa Bonheur fut pionnière de l'émancipation des femmes.
La place des femmes dans l'art est un sujet discuté et réévalué. L'exposition sur Rosa Bonheur qui se tient au musée d'Orsay jusqu'au 15 janvier 2023, après le musée des Beaux-Arts de Bordeaux, vient renouveler l'analyse sur la place de cette peintre dans l'histoire de l'art. Née en 1822 dans une famille d'artistes sans fortune, Rosalie dite Rosa Bonheur est confrontée tôt à la question de son avenir. Alors que son père la voit couturière, elle refuse et s'impose à ses côtés comme dessinatrice. Sélectionnée pour exposer dès ses 19 ans au Salon, son style quasi photographique fait mouche et elle s'impose dans l'art animalier. Mais ce genre quelque peu méprisé la relègue au second plan après sa mort en 1899.
Sous l'influence saint-simonienne de son père et des écrits de Lamennais, la question de l'égalité entre homme et femme et du statut des animaux guide son travail et sa vie. Membre de la Société protectrice des animaux dès sa création en 1845, Rosa s'efforce dans ses oeuvres de montrer qu'ils sont « des êtres doués de sensibilité ». Devant le refus qui lui est signifié de peindre des chevaux (sujet réservé aux hommes), elle s'attelle à cette tâche de manière déterminée.
Pendant longtemps Rosa Bonheur a été associée à l'académisme, aux tableaux réalistes et pompiers du XIXe siècle qu'on regarde sans chercher à y déceler une vision de la société. On a moqué ses vaches, sans percevoir que cette représentation du monde rural, certes idéalisée, révèle une société en mutation qui voit les machines à vapeur pousser les paysans vers la ville et la disparition des animaux de trait. Alors que la photographie tend à concurrencer les peintres, Rosa révolutionne l'image de l'animal dans l'art. Dans Fenaison en Auvergne ou Labourage nivernais, les bovins bavent sous l'effort. Pas d'embellissement, juste une représentation aussi exacte que possible. Ses études préparatoires réalisées aux abattoirs où elle se rend en pantalon avec autorisation préfectorale montrent son souci de vérité quasi scientifique. Certains ont reproché à Rosa d'en avoir fait son « fonds de commerce ». Cézanne dira de sa peinture qu'elle est « horriblement ressemblante ». Mais avec son agent Gambart, elle s'exporte et les Anglo-Saxons sont friands de sa peinture, ce qui lui offre autonomie et liberté.
Femme et chef de famille
Rosa Bonheur, qui déclare qu'elle « soutiendra l'indépendance des femmes jusqu'à son dernier soupir » sans pour autant se vivre comme une militante, mène sa carrière et sa vie librement. Après la mort de son père, elle devient naturellement le chef de famille, qui subvient aux besoins des siens comme elle l'écrivit dans son testament. Un rôle qui n'empêche pas la réprobation quand elle s'installe dans la famille de son amie Nathalie Micas, dont elle partage la tombe. Artiste majeure dans ce monde masculin, Rosa Bonheur ne se maria pas, vécut toute sa vie avec des femmes, et tint sa place dans le monde par son travail. Figure féminine incontournable, dont l'oeuvre et la vie font l'objet de reportages dans les journaux de l'époque et première femme décorée de la Légion d'honneur au titre des beaux-arts, elle fut pourtant décriée par des avant-gardes, les critiques et les spécialistes (presque toujours masculins). L'exposition d'Orsay tente d'effacer cette « damnatio memoriae ».
Nicolas Ivanoff est professeur d'histoire-géographie au lycée Racine à Paris.
À VOIR
« Rosa Bonheur (1822-1899) », du 18 octobre 2022 au 15 janvier 2023 au musée d'Orsay, Paris.
Guide des Sorties : Expositions - Les choses de la vie / Huguette MEUNIER in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Expositions - Les choses de la vie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Huguette MEUNIER, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 94 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture exposition nature morte Note de contenu : Une ambitieuse exposition réhabilite le genre de la nature morte.
La nature morte (expression paradoxale, les Britanniques parlent de still life et les Allemands de Stilleben) n'avait plus été à l'honneur à Paris depuis l'exposition de 1952 à l'Orangerie. Par crainte, peut-être, de revoir des accumulations minutieusement rendues par de trop sages peintres mineurs. Celle que propose le Louvre sous le commissariat de Laurence Bertrand Dorléac dépoussière cette image surannée : d'abord parce qu'elle ambitionne de montrer le thème sur la (très) longue durée, comme le souligne le sous-titre, « de la Préhistoire à nos jours » ; ensuite parce qu'elle découvre, pour la période la plus récente, des artistes venus de tous horizons - on le comprend dès l'entrée avec le majestueux Pilier des migrants disparus de Barthélemy Toguo (2022), haut de 18 mètres ; enfin parce que le dialogue entre compositions anciennes (L'Automne d'Arcimboldo, 1573) et récentes (pour Harvest, Philadelphia, Joel-Peter Witkin en 1983 a photographié un Amérindien de profil coiffé de feuillages) illustre la manière dont chaque époque, chaque créateur a pu s'emparer d'un thème banal pour en tirer une morale sur la vanité, la brièveté de l'existence humaine face à la présence têtue des choses.
Sur les murs des tombeaux de l'Égypte pharaonique, le bétail et les amas de céréales promettent une éternité opulente ; les tableaux de chasse médiévaux rappellent la supériorité de la noblesse, seule habilitée à tuer ; les dessertes recouvertes de tissus, vaisselles, instruments étalent l'aisance de la bourgeoisie européenne ; les oeuvres contemporaines (Valérie Belin, Philippe Chancel), au contraire, pointent souvent le gaspillage, la surconsommation, l'inutilité suicidaire de l'accumulation. L'artiste, plus que jamais, est non seulement miroir mais surtout acteur de la société.
À VOIR
« Les Choses. Une histoire de la nature morte » du 12 octobre 2022 au 23 janvier 2023 au musée du Louvre, Paris.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 94[article] Guide des Sorties : Expositions - Les choses de la vie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Huguette MEUNIER, Auteur . - 2022 . - p. 94.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 94
Mots-clés : lecture exposition nature morte Note de contenu : Une ambitieuse exposition réhabilite le genre de la nature morte.
La nature morte (expression paradoxale, les Britanniques parlent de still life et les Allemands de Stilleben) n'avait plus été à l'honneur à Paris depuis l'exposition de 1952 à l'Orangerie. Par crainte, peut-être, de revoir des accumulations minutieusement rendues par de trop sages peintres mineurs. Celle que propose le Louvre sous le commissariat de Laurence Bertrand Dorléac dépoussière cette image surannée : d'abord parce qu'elle ambitionne de montrer le thème sur la (très) longue durée, comme le souligne le sous-titre, « de la Préhistoire à nos jours » ; ensuite parce qu'elle découvre, pour la période la plus récente, des artistes venus de tous horizons - on le comprend dès l'entrée avec le majestueux Pilier des migrants disparus de Barthélemy Toguo (2022), haut de 18 mètres ; enfin parce que le dialogue entre compositions anciennes (L'Automne d'Arcimboldo, 1573) et récentes (pour Harvest, Philadelphia, Joel-Peter Witkin en 1983 a photographié un Amérindien de profil coiffé de feuillages) illustre la manière dont chaque époque, chaque créateur a pu s'emparer d'un thème banal pour en tirer une morale sur la vanité, la brièveté de l'existence humaine face à la présence têtue des choses.
Sur les murs des tombeaux de l'Égypte pharaonique, le bétail et les amas de céréales promettent une éternité opulente ; les tableaux de chasse médiévaux rappellent la supériorité de la noblesse, seule habilitée à tuer ; les dessertes recouvertes de tissus, vaisselles, instruments étalent l'aisance de la bourgeoisie européenne ; les oeuvres contemporaines (Valérie Belin, Philippe Chancel), au contraire, pointent souvent le gaspillage, la surconsommation, l'inutilité suicidaire de l'accumulation. L'artiste, plus que jamais, est non seulement miroir mais surtout acteur de la société.
À VOIR
« Les Choses. Une histoire de la nature morte » du 12 octobre 2022 au 23 janvier 2023 au musée du Louvre, Paris.
Guide des Sorties : Expositions - Dans les musées (octobre 2022) in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Expositions - Dans les musées (octobre 2022) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 94 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture expositions Colomb pièces précieuses Atlas Louisiane Clemenceau Note de contenu : Terre ! Terre !
1492. Christophe Colomb révèle un « nouveau monde » aux Européens. Jalonné d'objets anciens, de multimédias et d'oeuvres contemporaines, le parcours cherche à mieux comprendre les motivations de ces explorateurs.
Jusqu'au 6 novembre au Château de Kerjean, Saint-Vougay (29).
Une histoire d'éventails
Regorgeant de pièces précieuses, rares ou étonnantes, cette exposition de plus de 600 éventails dresse un panorama social et artistique sur trois siècles d'histoire.
Jusqu'au 20 novembre au musée d'Aquitaine, Bordeaux (33).
Lisbonne
Vingt-cinq oeuvres originales issues des collections de la BNF - cartes et atlas manuscrits et imprimés, livres anciens, gravures, photographies - organisées selon un parcours tripartite présentent l'histoire de la ville située sur l'embouchure du Tage.
Jusqu'au 1er janvier 2023 au musée Pierre-Noël, Saint-Dié-des-Vosges (88).
Black Indians de La Nouvelle Orléans
Ces réalisations culturelles de la communauté africaine-américaine témoignent de l'histoire et du vécu des Africains en terre louisianaise et plus largement en Amérique du Nord.
Du 4 octobre 2022 au 15 janvier 2023 au musée du Quai-Branly, Paris.
Clemenceau intime
La vie de Clemenceau en photos : de ses premiers pas devant l'objectif de son père à sa carrière politique, sous l'oeil de son ami Félix Nadar. Peu enclin à se dévoiler, le Tigre va, dès 1898, à certaines occasions, ouvrir les portes de son intimité puis davantage au moment de sa retraite pour asseoir son image d'écrivain. L'exposition se clôt par des photographies de famille immortalisant les moments de complicité avec ses enfants et petits-enfants.
Jusqu'au 28 janvier 2023 au musée Clemenceau, Paris.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 94[article] Guide des Sorties : Expositions - Dans les musées (octobre 2022) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2022 . - p. 94.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 94
Mots-clés : lecture expositions Colomb pièces précieuses Atlas Louisiane Clemenceau Note de contenu : Terre ! Terre !
1492. Christophe Colomb révèle un « nouveau monde » aux Européens. Jalonné d'objets anciens, de multimédias et d'oeuvres contemporaines, le parcours cherche à mieux comprendre les motivations de ces explorateurs.
Jusqu'au 6 novembre au Château de Kerjean, Saint-Vougay (29).
Une histoire d'éventails
Regorgeant de pièces précieuses, rares ou étonnantes, cette exposition de plus de 600 éventails dresse un panorama social et artistique sur trois siècles d'histoire.
Jusqu'au 20 novembre au musée d'Aquitaine, Bordeaux (33).
Lisbonne
Vingt-cinq oeuvres originales issues des collections de la BNF - cartes et atlas manuscrits et imprimés, livres anciens, gravures, photographies - organisées selon un parcours tripartite présentent l'histoire de la ville située sur l'embouchure du Tage.
Jusqu'au 1er janvier 2023 au musée Pierre-Noël, Saint-Dié-des-Vosges (88).
Black Indians de La Nouvelle Orléans
Ces réalisations culturelles de la communauté africaine-américaine témoignent de l'histoire et du vécu des Africains en terre louisianaise et plus largement en Amérique du Nord.
Du 4 octobre 2022 au 15 janvier 2023 au musée du Quai-Branly, Paris.
Clemenceau intime
La vie de Clemenceau en photos : de ses premiers pas devant l'objectif de son père à sa carrière politique, sous l'oeil de son ami Félix Nadar. Peu enclin à se dévoiler, le Tigre va, dès 1898, à certaines occasions, ouvrir les portes de son intimité puis davantage au moment de sa retraite pour asseoir son image d'écrivain. L'exposition se clôt par des photographies de famille immortalisant les moments de complicité avec ses enfants et petits-enfants.
Jusqu'au 28 janvier 2023 au musée Clemenceau, Paris.
Guide des Sorties : Cinéma - Les débuts de Margarethe von Trotta / Antoine De Baecque in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Les débuts de Margarethe von Trotta Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine De Baecque, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 96-97 Langues : Français (fre) Mots-clés : sortie films Margarethe von Trotta 1970 banditisme Note de contenu :
Cette rétrospective montre l'engagement de la réalisatrice allemande dès ses tout premiers films au milieu des années 1970.
Fille de peintre et d'aristocrate, Margarethe von Trotta est élevée en cinéphilie à Paris, comme toute la jeunesse européenne des années 1960. Mais sa première vocation est celle de comédienne, bientôt pour le Kleines Theater de Francfort. Elle est alors l'une des égéries du jeune cinéma allemand du début des années 1970, jouant pour Rainer Werner Fassbinder, Herbert Achternbusch, Volker Schlöndorff, dont elle est l'épouse deux décennies durant. A partir de 1975, elle passe à la réalisation. La rétrospective actuelle permet de redécouvrir ses tonitruants et brillants débuts dans la carrière, grâce à trois films d'engagement et d'histoire, L'Honneur perdu de Katharina Blum (1975), Le Second Éveil de Christa Klages (1978) et Les Années de plomb (1981), tournés en six ans.
Révélation
Le premier, adapté du roman du prix Nobel Heinrich Böll, écrit avec Volker Schlöndorff, joué par la charismatique Angela Winkler, est une révélation à sa sortie. Son sous-titre - « Comment peut naître la violence et où elle peut conduire » - dit l'engrenage s'emparant de la réputation d'une jeune femme, qui a simplement été, une nuit, l'amante d'un terroriste. Le film autopsie dès lors les excès de la répression policière et les mécanismes du dénigrement systématique dans une certaine presse, celle du groupe allemand Springer. Entre surveillance, travestissements de la vérité et psychoses collectives, Katharina voit son existence broyée. Margarethe von Trotta ne filme pas directement un épisode de la traque de la bande à Baader, mais dénonce la paranoïa d'une société où la « majorité silencieuse » se livre pieds et poings liés à la police d'État, faisant écho à la célèbre prise de position de l'écrivain Heinrich Böll qui, en 1972, dans un article retentissant, réclama pour les jeunes terroristes le « droit à une justice sereine », seule capable de préserver la démocratie de ses dérives autoritaires.
Avec Le Second Éveil de Christa Klages, qui relate le braquage d'une banque par trois amies pour venir en aide à une garderie, la cinéaste stigmatise l'immobilisme politique du pouvoir allemand. Elle trouve de fait son registre privilégié, qui reviendra de film en film, jusqu'au très beau Hannah Arendt, en 2012 : les portraits fins et sensibles de femmes révoltées par une société patriarcale hypocrite. A travers ces femmes, c'est déjà l'histoire tragique de l'Allemagne qui transparaît en filigrane, comme ressurgie dans le présent.
Les Années de plomb concentre tous ces thèmes, s'inspirant de la vie des soeurs Ensslin, Christiane, la journaliste, et Gudrun, la terroriste de la bande à Baader, devenues Juliane (Jutta Lampe) et Marianne (Barbara Sukowa). La première, l'aînée, d'un caractère calme et posé, et la cadette, jeune rebelle embrassant les causes avec générosité, traversent l'Allemagne d'après-guerre puis participent au mouvement de contestation étudiant de la fin des années 1960. Tandis que Juliane se fait féministe et journaliste, Marianne s'engage plus radicalement. Elle est arrêtée par la police pour terrorisme, jugée, placée en cellule d'isolement. Juliane lui rend visite mais ne la comprend pas. Un jour, cependant, elle apprend sa mort, « suicidée » en prison. Elle refuse de croire à cette version officielle, mène l'enquête mais n'aboutit à rien. Avec les mois qui passent, la chape de silence et d'oubli recouvre l'affaire. Juliane s'occupe dès lors du fils de sa soeur, désormais orphelin.
Œuvre déboussolante
Lion d'or à Venise, véritable bilan de la décennie noire, le film de Margarethe von Trotta n'a qu'un but, parfaitement atteint : faire renaître le passé de l'histoire allemande, le fantôme nazi comme la politique de l'oubli, qui réunit et divise les personnages. Prisonnières du passé, engagées dans le présent, placées devant leurs culpabilités et leurs non-dits, non montrés, leurs aveuglements, elles deviennent des formes d'histoire à ciel ouvert. L'oeuvre est inconfortable, déboussolante, comme si chaque spectateur subissait, en même temps que les deux soeurs, l'après-coup traumatique des années de plomb.
Ces trois films, d'une puissante cohérence, font ressentir le malaise de l'histoire allemande, appelant et dressant les spectres du passé pour les projeter dans les couloirs du temps, afin qu'ils ressurgissent dans la décennie 1970. Quarante-cinq ans plus tard, alors que tout pourrait sembler oublié, ces fantômes de femmes continuent de nous hanter.
A VOIR
L'Honneur perdu de Katharina Blum, Le Second Éveil de Christa Klages, Les Années de plomb et Rosa Luxemburg, M. von Trotta, en salle le 12 octobre.
Projection
Projection du film Les années de plomb de Margarethe von Trotta le 12 octobre 2022 à 20h au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une discussion entre la réalisatrice et Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma.
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 96-97[article] Guide des Sorties : Cinéma - Les débuts de Margarethe von Trotta [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine De Baecque, Auteur . - 2022 . - p. 96-97.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 96-97
Mots-clés : sortie films Margarethe von Trotta 1970 banditisme Note de contenu :
Cette rétrospective montre l'engagement de la réalisatrice allemande dès ses tout premiers films au milieu des années 1970.
Fille de peintre et d'aristocrate, Margarethe von Trotta est élevée en cinéphilie à Paris, comme toute la jeunesse européenne des années 1960. Mais sa première vocation est celle de comédienne, bientôt pour le Kleines Theater de Francfort. Elle est alors l'une des égéries du jeune cinéma allemand du début des années 1970, jouant pour Rainer Werner Fassbinder, Herbert Achternbusch, Volker Schlöndorff, dont elle est l'épouse deux décennies durant. A partir de 1975, elle passe à la réalisation. La rétrospective actuelle permet de redécouvrir ses tonitruants et brillants débuts dans la carrière, grâce à trois films d'engagement et d'histoire, L'Honneur perdu de Katharina Blum (1975), Le Second Éveil de Christa Klages (1978) et Les Années de plomb (1981), tournés en six ans.
Révélation
Le premier, adapté du roman du prix Nobel Heinrich Böll, écrit avec Volker Schlöndorff, joué par la charismatique Angela Winkler, est une révélation à sa sortie. Son sous-titre - « Comment peut naître la violence et où elle peut conduire » - dit l'engrenage s'emparant de la réputation d'une jeune femme, qui a simplement été, une nuit, l'amante d'un terroriste. Le film autopsie dès lors les excès de la répression policière et les mécanismes du dénigrement systématique dans une certaine presse, celle du groupe allemand Springer. Entre surveillance, travestissements de la vérité et psychoses collectives, Katharina voit son existence broyée. Margarethe von Trotta ne filme pas directement un épisode de la traque de la bande à Baader, mais dénonce la paranoïa d'une société où la « majorité silencieuse » se livre pieds et poings liés à la police d'État, faisant écho à la célèbre prise de position de l'écrivain Heinrich Böll qui, en 1972, dans un article retentissant, réclama pour les jeunes terroristes le « droit à une justice sereine », seule capable de préserver la démocratie de ses dérives autoritaires.
Avec Le Second Éveil de Christa Klages, qui relate le braquage d'une banque par trois amies pour venir en aide à une garderie, la cinéaste stigmatise l'immobilisme politique du pouvoir allemand. Elle trouve de fait son registre privilégié, qui reviendra de film en film, jusqu'au très beau Hannah Arendt, en 2012 : les portraits fins et sensibles de femmes révoltées par une société patriarcale hypocrite. A travers ces femmes, c'est déjà l'histoire tragique de l'Allemagne qui transparaît en filigrane, comme ressurgie dans le présent.
Les Années de plomb concentre tous ces thèmes, s'inspirant de la vie des soeurs Ensslin, Christiane, la journaliste, et Gudrun, la terroriste de la bande à Baader, devenues Juliane (Jutta Lampe) et Marianne (Barbara Sukowa). La première, l'aînée, d'un caractère calme et posé, et la cadette, jeune rebelle embrassant les causes avec générosité, traversent l'Allemagne d'après-guerre puis participent au mouvement de contestation étudiant de la fin des années 1960. Tandis que Juliane se fait féministe et journaliste, Marianne s'engage plus radicalement. Elle est arrêtée par la police pour terrorisme, jugée, placée en cellule d'isolement. Juliane lui rend visite mais ne la comprend pas. Un jour, cependant, elle apprend sa mort, « suicidée » en prison. Elle refuse de croire à cette version officielle, mène l'enquête mais n'aboutit à rien. Avec les mois qui passent, la chape de silence et d'oubli recouvre l'affaire. Juliane s'occupe dès lors du fils de sa soeur, désormais orphelin.
Œuvre déboussolante
Lion d'or à Venise, véritable bilan de la décennie noire, le film de Margarethe von Trotta n'a qu'un but, parfaitement atteint : faire renaître le passé de l'histoire allemande, le fantôme nazi comme la politique de l'oubli, qui réunit et divise les personnages. Prisonnières du passé, engagées dans le présent, placées devant leurs culpabilités et leurs non-dits, non montrés, leurs aveuglements, elles deviennent des formes d'histoire à ciel ouvert. L'oeuvre est inconfortable, déboussolante, comme si chaque spectateur subissait, en même temps que les deux soeurs, l'après-coup traumatique des années de plomb.
Ces trois films, d'une puissante cohérence, font ressentir le malaise de l'histoire allemande, appelant et dressant les spectres du passé pour les projeter dans les couloirs du temps, afin qu'ils ressurgissent dans la décennie 1970. Quarante-cinq ans plus tard, alors que tout pourrait sembler oublié, ces fantômes de femmes continuent de nous hanter.
A VOIR
L'Honneur perdu de Katharina Blum, Le Second Éveil de Christa Klages, Les Années de plomb et Rosa Luxemburg, M. von Trotta, en salle le 12 octobre.
Projection
Projection du film Les années de plomb de Margarethe von Trotta le 12 octobre 2022 à 20h au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une discussion entre la réalisatrice et Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma.
Carte blanche : 500 numéros... déjà ! / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 500 (Octobre 2022)
[article]
Titre : Carte blanche : 500 numéros... déjà ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2022 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : Pierre Assouline fidélité lecteurs n° 500 Note de contenu : La fidélité de nos lecteurs a assuré la longévité de notre titre.
Cela fait 500 numéros que l'on débat de cette question existentielle : sommes-nous une revue ou un magazine ? Cinq cents numéros que l'on dispute, à chacun de nos anniversaires, de l'art et de la manière de se souvenir sans s'autocélébrer. Cinq cents numéros que l'on veut à tout prix écarter toute crispation commémorative. Cinq cents numéros que l'on a bravé suffisamment de tempêtes pour se sentir plus fort encore dans la perspective de toutes celles qui menacent la presse. Et maintenant que le n° 500 est entre vos mains, on se demande bien ce que l'on va pouvoir inventer pour le n° 600...
A L'Histoire, les chiffres ronds sonnent comme un rappel. Que faire pour fêter ça ? Parfois, un éditorial. Le plus souvent une simple pastille en couverture. Une fois même, rien du tout, comme pour le n° 300 entièrement consacré à la Chine (mais il est vrai que 300 numéros pèsent de peu de poids face à deux mille ans d'empire). N'y voyez pas de la désinvolture ou une fausse modestie mal placée. Plutôt une difficulté, sinon un certain malaise, à l'idée d'affronter l'histoire de L'Histoire. Un paradoxe en un temps où l'ego-histoire est désormais un genre en soi. Un manque de recul non dans le temps, mais dans l'espace : nous sommes trop près de nous-mêmes pour en juger. Pourtant, étant entendu que tout satisfecit se doit d'être critique (« Peut mieux faire ! »), il y a de quoi être fier de l'oeuvre accomplie. Variété des sujets, qualité des contributions, diversité des signatures, fidélité des lecteurs, constance de l'équipe rédactionnelle d'une génération l'autre... Chaque mois, nous sommes avant vous les tout premiers lecteurs de L'Histoire. Comme le disait l'écrivain argentin Jorge Luis Borges : « Que d'autres se flattent de ce qu'ils ont écrit, moi je suis fier de ce que j'ai lu. » Car il y a de quoi.
Le n° 100 de L'Histoire, paru en mai 1987, est une borne intéressante. A l'époque, un grand sondage avait été commandé et il portait « naturellement » sur « Les Français et leur histoire ». Depuis, l'eau a coulé sous les ponts et, tout aussi « naturellement », signe des temps mondialisés, notre nouveau sondage s'intitule « Les Français et l'histoire ». Bien plus qu'une nuance. Pour ce fameux n° 100, l'éditorial avait été confié à René Rémond, alors directeur de la vénérable Revue historique, président de l'Institut d'histoire du temps présent et de la Fondation nationale des sciences politiques. En tête de son article, il écrivait ceci : « Pour une revue, eu égard à la précarité qui est le sort commun en ce secteur, c'est l'entrée dans la force de l'âge. » Que dire alors trente-cinq ans plus tard !
Malgré la situation générale, nous ne sommes pas subclaquants, loin de là : 56 071 exemplaires chaque mois de diffusion totale France et étranger ; un nombre d'abonnés qui a dépassé le cap des 40 000, auxquels il faut ajouter environ 2 000 abonnés numériques - sans parler de l'audience du site (plus de 300 000 visites mensuelles en moyenne), nos abonnés à Twitter (43 000) ou à Facebook (22 000). Des chiffres en progression depuis plusieurs années, sans que L'Histoire ait en rien cédé sur ses principes, ses valeurs et son exigence, ce qui incline à un optimisme dénué de triomphalisme. Comment ne pas se sentir encouragé lorsque, à la question « Faites-vous confiance aux sources d'information suivantes ? », 84 % des personnes interrogées répondent : « Les articles de la presse spécialisée » (cf. p. 12) ?
Et comme il n'a fallu que quarante-quatre ans pour fabriquer 500 numéros, rendez-vous est pris pour 2066 afin de fêter le n° 1 000. De quoi nous laisser le temps de disputer de notre qualité de revue ou de magazine comme du sexe des anges. La vieille garde des rédacteurs et des lecteurs de L'Histoire peut d'ores et déjà s'adresser à la génération qui lui succédera en lui lançant, sur un air de défi, comme on le fait il est vrai plus souvent dans les bistros que dans les rédactions : « Remettez-nous ça ! »
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il vient de publier Le Paquebot (Gallimard, 2022).
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 98[article] Carte blanche : 500 numéros... déjà ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2022 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 500 (Octobre 2022) . - p. 98
Mots-clés : Pierre Assouline fidélité lecteurs n° 500 Note de contenu : La fidélité de nos lecteurs a assuré la longévité de notre titre.
Cela fait 500 numéros que l'on débat de cette question existentielle : sommes-nous une revue ou un magazine ? Cinq cents numéros que l'on dispute, à chacun de nos anniversaires, de l'art et de la manière de se souvenir sans s'autocélébrer. Cinq cents numéros que l'on veut à tout prix écarter toute crispation commémorative. Cinq cents numéros que l'on a bravé suffisamment de tempêtes pour se sentir plus fort encore dans la perspective de toutes celles qui menacent la presse. Et maintenant que le n° 500 est entre vos mains, on se demande bien ce que l'on va pouvoir inventer pour le n° 600...
A L'Histoire, les chiffres ronds sonnent comme un rappel. Que faire pour fêter ça ? Parfois, un éditorial. Le plus souvent une simple pastille en couverture. Une fois même, rien du tout, comme pour le n° 300 entièrement consacré à la Chine (mais il est vrai que 300 numéros pèsent de peu de poids face à deux mille ans d'empire). N'y voyez pas de la désinvolture ou une fausse modestie mal placée. Plutôt une difficulté, sinon un certain malaise, à l'idée d'affronter l'histoire de L'Histoire. Un paradoxe en un temps où l'ego-histoire est désormais un genre en soi. Un manque de recul non dans le temps, mais dans l'espace : nous sommes trop près de nous-mêmes pour en juger. Pourtant, étant entendu que tout satisfecit se doit d'être critique (« Peut mieux faire ! »), il y a de quoi être fier de l'oeuvre accomplie. Variété des sujets, qualité des contributions, diversité des signatures, fidélité des lecteurs, constance de l'équipe rédactionnelle d'une génération l'autre... Chaque mois, nous sommes avant vous les tout premiers lecteurs de L'Histoire. Comme le disait l'écrivain argentin Jorge Luis Borges : « Que d'autres se flattent de ce qu'ils ont écrit, moi je suis fier de ce que j'ai lu. » Car il y a de quoi.
Le n° 100 de L'Histoire, paru en mai 1987, est une borne intéressante. A l'époque, un grand sondage avait été commandé et il portait « naturellement » sur « Les Français et leur histoire ». Depuis, l'eau a coulé sous les ponts et, tout aussi « naturellement », signe des temps mondialisés, notre nouveau sondage s'intitule « Les Français et l'histoire ». Bien plus qu'une nuance. Pour ce fameux n° 100, l'éditorial avait été confié à René Rémond, alors directeur de la vénérable Revue historique, président de l'Institut d'histoire du temps présent et de la Fondation nationale des sciences politiques. En tête de son article, il écrivait ceci : « Pour une revue, eu égard à la précarité qui est le sort commun en ce secteur, c'est l'entrée dans la force de l'âge. » Que dire alors trente-cinq ans plus tard !
Malgré la situation générale, nous ne sommes pas subclaquants, loin de là : 56 071 exemplaires chaque mois de diffusion totale France et étranger ; un nombre d'abonnés qui a dépassé le cap des 40 000, auxquels il faut ajouter environ 2 000 abonnés numériques - sans parler de l'audience du site (plus de 300 000 visites mensuelles en moyenne), nos abonnés à Twitter (43 000) ou à Facebook (22 000). Des chiffres en progression depuis plusieurs années, sans que L'Histoire ait en rien cédé sur ses principes, ses valeurs et son exigence, ce qui incline à un optimisme dénué de triomphalisme. Comment ne pas se sentir encouragé lorsque, à la question « Faites-vous confiance aux sources d'information suivantes ? », 84 % des personnes interrogées répondent : « Les articles de la presse spécialisée » (cf. p. 12) ?
Et comme il n'a fallu que quarante-quatre ans pour fabriquer 500 numéros, rendez-vous est pris pour 2066 afin de fêter le n° 1 000. De quoi nous laisser le temps de disputer de notre qualité de revue ou de magazine comme du sexe des anges. La vieille garde des rédacteurs et des lecteurs de L'Histoire peut d'ores et déjà s'adresser à la génération qui lui succédera en lui lançant, sur un air de défi, comme on le fait il est vrai plus souvent dans les bistros que dans les rédactions : « Remettez-nous ça ! »
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il vient de publier Le Paquebot (Gallimard, 2022).





