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N° 503 - Janvier 2023 - La forêt française : Mille et une vies de la forêt française [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - 98 p. Cet été, des feux d’une grande ampleur ont ravagé la forêt des Landes de Gascogne, ravivant la peur de la déforestation. Mais celle-ci n’est pas nouvelle. C'est le XIXe siècle qui imposa l'idée d'une Gaule au couvert forestier dense. Loin du mythe de Brocéliande, les forêts du Moyen Age avaient souvent l'allure de landes où mener paître les troupeaux. Tout change avec Colbert, qui entreprend à partir de 1661 la « Grande Réformation » de la forêt française : recenser, exploiter, planifier, pour rationaliser la gestion forestière. Nous en sommes les héritiers : un tiers du territoire métropolitain est aujourd’hui couvert de forêts – bien plus que sous l’Ancien Régime ! Avec Corinne Beck, Jacques Berlioz, Amaury Chauou, Andrée Corvol, Jean-Baptiste Fressoz, Fabien Lochet et Michel Reddé. Événement « Les Français et le Parlement » Entretien avec Michel Winock Pour la première fois depuis l'instauration du quinquennat en 2000, les élections législatives françaises des 12 et 19 juin 2022 n'ont donné qu'une majorité relative au président nouvellement réélu Emmanuel Macron. Un nouvel épisode des luttes entre l'exécutif et le Parlement ? Langues : Français (fre)
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| HISTOIRE | Revues | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Libre-Accès | P9720 | Disponible |
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Dépouillements
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[article]
Titre : Editorial - Le pari de Colbert Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : Colbert forêt bois réforme ressource renouvelable exploitation Note de contenu : Lorsque la forêt brûle, il est difficile de regarder ailleurs. Les Unes rougeoyantes des journaux de l'été dernier nous annonçaient les flammes de l'enfer, nous rappelant nos fautes et nous ramenant à nos devoirs. Attenter à la forêt, c'est léguer aux générations futures un paysage désolé de troncs calcinés, saccager l'Éden et ses fruits offerts, détruire un ordre naturel qui nous précède et nous dépasse. Pas si sûr...
A l'échelle de la France, loin de l'imaginaire d'un progressif et inéluctable défrichement, l'histoire de la forêt est bien celle d'une construction. C'est le XIXe siècle qui imposa l'idée d'une Gaule « chevelue », que l'archéologie s'est employée à démentir. Il est vain de continuer à chercher la forêt des Carnutes dans une Beauce déjà largement dédiée à la culture des céréales. Et même si la forêt de Bretagne a fourni la matière des légendes de Brocéliande, les forêts du Moyen Age avaient souvent l'allure de landes ou de taillis où mener paître les troupeaux.
Tout change avec Colbert, qui entreprend, à partir de 1661 la « Grande Réformation » de la forêt française, dont le point culminant est l'ordonnance de 1669 : recenser, exploiter, planifier la production, d'abord dans les forêts royales (1/10e de la superficie), puis bientôt dans toutes les autres, du bois d'oeuvre destiné à fournir les mâts et les coques des navires construits dans les nouveaux arsenaux de Brest ou de Toulon. Andrée Corvol suggère même que la recherche de pins de mâture fut un élément décisif de la politique de conquête et d'extension du royaume aux XVIIe et XVIIIe siècles. La gestion de la forêt devient ainsi une affaire d'État, passant de la cueillette à la sylviculture (le mot entra dans le vocabulaire en 1824, lors de la création de l'École royale forestière à Nancy).
Les échecs et les lenteurs de la bureaucratie royale n'empêchèrent pas Colbert de gagner son pari. Le XIXe siècle continua de façonner la forêt française, plantant les versants de montagnes, acclimatant le pin maritime pour assainir les marais des Landes avant de couvrir la Sologne de pins sylvestres qui devinrent les chasses « des Beaux Messieurs ».
D'où vient alors notre angoisse de la déforestation ? Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher nous rappellent ici qu'elle n'est pas nouvelle. Comme en témoigne Bernardin de Saint-Pierre à propos de l'île de France (île Maurice), c'est avec les Lumières que le déboisement, d'abord en contexte colonial, acquiert définitivement sa mauvaise réputation. C'est à bien courte vue que Le Monde du 20 août dernier titrait que les terribles incendies des Landes marquaient « la fin de l'insouciance ». Relisons seulement Mauriac assistant, impuissant, depuis sa terrasse de Malagar, aux feux qui, à la fin d'août 1949, « embrasent l'immense horizon depuis le Lot-et-Garonne jusqu'aux portes mêmes de Bordeaux ». Ceux-là détruisirent en quelques jours 52 000 hectares, presque deux fois plus que dans l'été 2022, et firent 82 morts. Le 24 août 1949 fut journée de deuil national.
Nous n'aimons pas voir les arbres brûler - et nous avons bien raison. Que nous ne soyons pas les premiers à nous en effrayer, que nous sachions depuis Colbert que la forêt n'est ni éternelle ni mystérieuse, ni sacrée, qu'elle est une ressource renouvelable et qu'il faut en prendre soin est seulement un motif supplémentaire de ne pas regarder ailleurs.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 3[article] Editorial - Le pari de Colbert [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 3
Mots-clés : Colbert forêt bois réforme ressource renouvelable exploitation Note de contenu : Lorsque la forêt brûle, il est difficile de regarder ailleurs. Les Unes rougeoyantes des journaux de l'été dernier nous annonçaient les flammes de l'enfer, nous rappelant nos fautes et nous ramenant à nos devoirs. Attenter à la forêt, c'est léguer aux générations futures un paysage désolé de troncs calcinés, saccager l'Éden et ses fruits offerts, détruire un ordre naturel qui nous précède et nous dépasse. Pas si sûr...
A l'échelle de la France, loin de l'imaginaire d'un progressif et inéluctable défrichement, l'histoire de la forêt est bien celle d'une construction. C'est le XIXe siècle qui imposa l'idée d'une Gaule « chevelue », que l'archéologie s'est employée à démentir. Il est vain de continuer à chercher la forêt des Carnutes dans une Beauce déjà largement dédiée à la culture des céréales. Et même si la forêt de Bretagne a fourni la matière des légendes de Brocéliande, les forêts du Moyen Age avaient souvent l'allure de landes ou de taillis où mener paître les troupeaux.
Tout change avec Colbert, qui entreprend, à partir de 1661 la « Grande Réformation » de la forêt française, dont le point culminant est l'ordonnance de 1669 : recenser, exploiter, planifier la production, d'abord dans les forêts royales (1/10e de la superficie), puis bientôt dans toutes les autres, du bois d'oeuvre destiné à fournir les mâts et les coques des navires construits dans les nouveaux arsenaux de Brest ou de Toulon. Andrée Corvol suggère même que la recherche de pins de mâture fut un élément décisif de la politique de conquête et d'extension du royaume aux XVIIe et XVIIIe siècles. La gestion de la forêt devient ainsi une affaire d'État, passant de la cueillette à la sylviculture (le mot entra dans le vocabulaire en 1824, lors de la création de l'École royale forestière à Nancy).
Les échecs et les lenteurs de la bureaucratie royale n'empêchèrent pas Colbert de gagner son pari. Le XIXe siècle continua de façonner la forêt française, plantant les versants de montagnes, acclimatant le pin maritime pour assainir les marais des Landes avant de couvrir la Sologne de pins sylvestres qui devinrent les chasses « des Beaux Messieurs ».
D'où vient alors notre angoisse de la déforestation ? Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher nous rappellent ici qu'elle n'est pas nouvelle. Comme en témoigne Bernardin de Saint-Pierre à propos de l'île de France (île Maurice), c'est avec les Lumières que le déboisement, d'abord en contexte colonial, acquiert définitivement sa mauvaise réputation. C'est à bien courte vue que Le Monde du 20 août dernier titrait que les terribles incendies des Landes marquaient « la fin de l'insouciance ». Relisons seulement Mauriac assistant, impuissant, depuis sa terrasse de Malagar, aux feux qui, à la fin d'août 1949, « embrasent l'immense horizon depuis le Lot-et-Garonne jusqu'aux portes mêmes de Bordeaux ». Ceux-là détruisirent en quelques jours 52 000 hectares, presque deux fois plus que dans l'été 2022, et firent 82 morts. Le 24 août 1949 fut journée de deuil national.
Nous n'aimons pas voir les arbres brûler - et nous avons bien raison. Que nous ne soyons pas les premiers à nous en effrayer, que nous sachions depuis Colbert que la forêt n'est ni éternelle ni mystérieuse, ni sacrée, qu'elle est une ressource renouvelable et qu'il faut en prendre soin est seulement un motif supplémentaire de ne pas regarder ailleurs.
Forum (Janvier 2023) in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Forum (Janvier 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : Batailles espagnoles Louis XV Sacré-Cœur couscous Note de contenu : Batailles espagnoles
Vous avez été nombreux à réagir aux articles de Benoît Pellistrandi et de François Godicheau sur la mémoire de Franco (L'Histoire n° 500 et L'Histoire n° 502). Pour Laurent Chevrel, « ce livre est révélateur du fait que certains, tels Pío Moa, n'ont toujours pas compris qui avait joué quel rôle dans la guerre civile. Reste qu'il faut rendre justice aux historiens espagnols qui travaillent correctement. »
Bernard Soubourou de Paz trouve que « la une sur Franco est une fausse bonne idée. Le livre de Pío Moa n'est pas un ouvrage historique mais un pamphlet militant. Mais le thème du moment est bien le football, amplement documenté dans le dossier de la revue, donc fait pour la une. »
Enfin, Witold Griot remarque que, « dans son article, Benoît Pellistrandi cite l'ouvrage de Paul Preston, qui va dans le sens opposé de Pío Moa et qui a une thèse tout aussi univoque que lui, et semble avoir des présupposés idéologiques. Il prend parti pour l'un plutôt que pour l'autre, alors que la vérité entre deux extrêmes est plutôt à chercher au milieu, ou dans une combinaison des deux. »
Réponse de Benoît Pellistrandi
La référence à Paul Preston sert à souligner la fragilité de ses conclusions, à l'image de celles de Pío Moa ; j'ai d'ailleurs déjà débattu dans le magazine au sujet des faiblesses de son ouvrage sur la guerre d'Espagne (L'Histoire n° 442). Effectivement, il convient d'embrasser toutes les données avant de formuler une hypothèse d'explication ; Pío Moa n'est en ce sens pas un historien, puisqu'il entend démontrer une idée et part avec une thèse qu'il validera quoi qu'il arrive.
Louis XV ou son frère ?
Dans le numéro 502 de L'Histoire, vous illustrez l'article sur l'exposition consacrée à Louis XV au château de Versailles par un portrait de la famille royale (p. 91). Il y a cependant une erreur : l'enfant qui apparaît sur ce tableau n'est pas le futur Louis XV, mais son frère aîné, Louis, duc de Bretagne, qui fut dauphin trois semaines entre la mort de son père, le duc de Bourgogne et la sienne propre.
Julie Bontemps
La réponse de la rédaction
L'identité de cet enfant fait débat. En 1783, lorsque le portrait est exposé à Paris, l'enfant est assimilé au duc de Bretagne. Lors d'une nouvelle exposition en 1836-1837, l'enfant est identifié comme le futur roi Louis XV, représenté en 1715, alors qu'il est le dernier héritier vivant de son arrière-grand-père Louis XIV. Selon le château de Versailles et la Wallace Collection, où est aujourd'hui conservé ce tableau, c'est bien Louis XV qui apparaît ici.
Sacré-Cœur
Je souhaite apporter une précision à L'Histoire de décembre 2022. Vous indiquez que la basilique du Sacré-Cœur « a été classée aux monuments historiques après un vote du Conseil de Paris ». Le Conseil n'a donné qu'un avis, c'est l'État qui décide de classer, non le Conseil de Paris qui n'a en la matière qu'un pouvoir consultatif.
Michel Laurencin
Mais d'où vient le couscous ?
Dans votre article (L'Histoire n° 471) au sujet de l'origine du couscous, vous laissez entendre qu'il a été inventé par le Maroc ce qui est absolument mensonger. Le couscous est originaire de l'Algérie, où il existe plus de 300 recettes de couscous, et plus précisément de Numidie dans la zone sub-saharienne, où il était répandu dans les tribus berbères de territoires qui deviendront l'Algérie. Ils ont fait découvrir ce plat aux Romains qui raffolaient du couscous.
Michael Duvernet
Réponse de Marianne Brisville
Dans mon article, je soutiens que le couscous est né dans le « Maghreb occidental et central », ce qui correspond bien à la fois au Maroc et à l'Algérie actuels, en précisant que « son origine serait plutôt berbère qu'arabe ». Je mentionne en effet une recette associée à la ville de Marrakech ; ce n'était pas une volonté de ma part d'occulter les autres régions mais simplement le résultat de l'analyse de sources médiévales dont la conservation ou la disparition découle d'une multitude de facteurs et d'aléas.
Rectificatifs
> Dans le n° 97 de L'Histoire Collection sur « La cuisine et la table » (p. 61), l'Histoire et physiologie des boulevards de Paris de Balzac date de 1845.
> La légende de la photographie de la page 20 de L'Histoire n° 502 comprend deux erreurs : Franco ne meurt que le 20 novembre 1975 et Juan Carlos y est prince, et non roi.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 4[article] Forum (Janvier 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 4
Mots-clés : Batailles espagnoles Louis XV Sacré-Cœur couscous Note de contenu : Batailles espagnoles
Vous avez été nombreux à réagir aux articles de Benoît Pellistrandi et de François Godicheau sur la mémoire de Franco (L'Histoire n° 500 et L'Histoire n° 502). Pour Laurent Chevrel, « ce livre est révélateur du fait que certains, tels Pío Moa, n'ont toujours pas compris qui avait joué quel rôle dans la guerre civile. Reste qu'il faut rendre justice aux historiens espagnols qui travaillent correctement. »
Bernard Soubourou de Paz trouve que « la une sur Franco est une fausse bonne idée. Le livre de Pío Moa n'est pas un ouvrage historique mais un pamphlet militant. Mais le thème du moment est bien le football, amplement documenté dans le dossier de la revue, donc fait pour la une. »
Enfin, Witold Griot remarque que, « dans son article, Benoît Pellistrandi cite l'ouvrage de Paul Preston, qui va dans le sens opposé de Pío Moa et qui a une thèse tout aussi univoque que lui, et semble avoir des présupposés idéologiques. Il prend parti pour l'un plutôt que pour l'autre, alors que la vérité entre deux extrêmes est plutôt à chercher au milieu, ou dans une combinaison des deux. »
Réponse de Benoît Pellistrandi
La référence à Paul Preston sert à souligner la fragilité de ses conclusions, à l'image de celles de Pío Moa ; j'ai d'ailleurs déjà débattu dans le magazine au sujet des faiblesses de son ouvrage sur la guerre d'Espagne (L'Histoire n° 442). Effectivement, il convient d'embrasser toutes les données avant de formuler une hypothèse d'explication ; Pío Moa n'est en ce sens pas un historien, puisqu'il entend démontrer une idée et part avec une thèse qu'il validera quoi qu'il arrive.
Louis XV ou son frère ?
Dans le numéro 502 de L'Histoire, vous illustrez l'article sur l'exposition consacrée à Louis XV au château de Versailles par un portrait de la famille royale (p. 91). Il y a cependant une erreur : l'enfant qui apparaît sur ce tableau n'est pas le futur Louis XV, mais son frère aîné, Louis, duc de Bretagne, qui fut dauphin trois semaines entre la mort de son père, le duc de Bourgogne et la sienne propre.
Julie Bontemps
La réponse de la rédaction
L'identité de cet enfant fait débat. En 1783, lorsque le portrait est exposé à Paris, l'enfant est assimilé au duc de Bretagne. Lors d'une nouvelle exposition en 1836-1837, l'enfant est identifié comme le futur roi Louis XV, représenté en 1715, alors qu'il est le dernier héritier vivant de son arrière-grand-père Louis XIV. Selon le château de Versailles et la Wallace Collection, où est aujourd'hui conservé ce tableau, c'est bien Louis XV qui apparaît ici.
Sacré-Cœur
Je souhaite apporter une précision à L'Histoire de décembre 2022. Vous indiquez que la basilique du Sacré-Cœur « a été classée aux monuments historiques après un vote du Conseil de Paris ». Le Conseil n'a donné qu'un avis, c'est l'État qui décide de classer, non le Conseil de Paris qui n'a en la matière qu'un pouvoir consultatif.
Michel Laurencin
Mais d'où vient le couscous ?
Dans votre article (L'Histoire n° 471) au sujet de l'origine du couscous, vous laissez entendre qu'il a été inventé par le Maroc ce qui est absolument mensonger. Le couscous est originaire de l'Algérie, où il existe plus de 300 recettes de couscous, et plus précisément de Numidie dans la zone sub-saharienne, où il était répandu dans les tribus berbères de territoires qui deviendront l'Algérie. Ils ont fait découvrir ce plat aux Romains qui raffolaient du couscous.
Michael Duvernet
Réponse de Marianne Brisville
Dans mon article, je soutiens que le couscous est né dans le « Maghreb occidental et central », ce qui correspond bien à la fois au Maroc et à l'Algérie actuels, en précisant que « son origine serait plutôt berbère qu'arabe ». Je mentionne en effet une recette associée à la ville de Marrakech ; ce n'était pas une volonté de ma part d'occulter les autres régions mais simplement le résultat de l'analyse de sources médiévales dont la conservation ou la disparition découle d'une multitude de facteurs et d'aléas.
Rectificatifs
> Dans le n° 97 de L'Histoire Collection sur « La cuisine et la table » (p. 61), l'Histoire et physiologie des boulevards de Paris de Balzac date de 1845.
> La légende de la photographie de la page 20 de L'Histoire n° 502 comprend deux erreurs : Franco ne meurt que le 20 novembre 1975 et Juan Carlos y est prince, et non roi.
On va en parler - Israël-Palestine au palais du Luxembourg in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : On va en parler - Israël-Palestine au palais du Luxembourg Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : Israël Palestine événement Note de contenu : La question israélo-palestinienne suscite désormais la lassitude et l'indifférence de la communauté internationale. Sur place, la solution à deux États semble de plus en plus impossible à réaliser. Les populations, Israéliens comme Palestiniens, désespèrent de vivre un jour en paix et en sécurité les unes à côté des autres. A la suite de la récente victoire électorale de Benyamin Netanyahou, il est difficile d'imaginer une évolution positive de la situation. Un colloque intitulé « Israël-Palestine. État des lieux », organisé par la sénatrice de Paris Esther Benbassa, en partenariat avec la revue L'Histoire et le Centre de recherche français à Jérusalem, se tiendra le vendredi 3 février 2023 de 09 h 30 à 18 heures au palais du Luxembourg.
Universitaires, chercheurs, journalistes et élus se réuniront autour de quatre tables rondes :
09 h 30-11 heures : « Une terre, deux peuples » ;
11 h 30-13 heures : « Israël-Palestine : vers une société d'“apartheid” ? » ;
14 h 30-16 heures : « Jérusalem, la capitale impossible » ;
16 h 30-18 heures : « Un horizon binational ? » ;
Avec la participation, notamment, de Jean-Christophe Attias, Caterina Bandini, Avner Ben-Amos, Jean-Paul Chagnollaud, Denis Charbit, Samy Cohen, Youssef Courbage, Sylvain Cypel, Alain Dieckhoff, Alice Froussard, Alain Gresh, Rima Hassan,Vincent Lemire, Elias Sanbar, Irène Salenson, Leïla Shahid.
Renseignements : La participation à cet événement est gratuite dans la limite des places disponibles.
Inscription obligatoire sur israelpalestine.fr (avant le 27 janvier 2023).
Lieu : palais du Luxembourg, 15, rue de Vaugirard, Paris VIe, salle Médicis.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 6[article] On va en parler - Israël-Palestine au palais du Luxembourg [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 6
Mots-clés : Israël Palestine événement Note de contenu : La question israélo-palestinienne suscite désormais la lassitude et l'indifférence de la communauté internationale. Sur place, la solution à deux États semble de plus en plus impossible à réaliser. Les populations, Israéliens comme Palestiniens, désespèrent de vivre un jour en paix et en sécurité les unes à côté des autres. A la suite de la récente victoire électorale de Benyamin Netanyahou, il est difficile d'imaginer une évolution positive de la situation. Un colloque intitulé « Israël-Palestine. État des lieux », organisé par la sénatrice de Paris Esther Benbassa, en partenariat avec la revue L'Histoire et le Centre de recherche français à Jérusalem, se tiendra le vendredi 3 février 2023 de 09 h 30 à 18 heures au palais du Luxembourg.
Universitaires, chercheurs, journalistes et élus se réuniront autour de quatre tables rondes :
09 h 30-11 heures : « Une terre, deux peuples » ;
11 h 30-13 heures : « Israël-Palestine : vers une société d'“apartheid” ? » ;
14 h 30-16 heures : « Jérusalem, la capitale impossible » ;
16 h 30-18 heures : « Un horizon binational ? » ;
Avec la participation, notamment, de Jean-Christophe Attias, Caterina Bandini, Avner Ben-Amos, Jean-Paul Chagnollaud, Denis Charbit, Samy Cohen, Youssef Courbage, Sylvain Cypel, Alain Dieckhoff, Alice Froussard, Alain Gresh, Rima Hassan,Vincent Lemire, Elias Sanbar, Irène Salenson, Leïla Shahid.
Renseignements : La participation à cet événement est gratuite dans la limite des places disponibles.
Inscription obligatoire sur israelpalestine.fr (avant le 27 janvier 2023).
Lieu : palais du Luxembourg, 15, rue de Vaugirard, Paris VIe, salle Médicis.
On va en parler (janvier 2023) in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : On va en parler (janvier 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 6-7 Langues : Français (fre) Mots-clés : festival enquête assemblée générale mémorial patrimoine Note de contenu : Festival
PESSAC EN CHIFFRES
Le 32e Festival international du film d'histoire de Pessac, en Gironde, qui s'est tenu du 14 au 21 novembre, a enregistré 35 000 entrées et accueilli 11 000 scolaires. Prochaine édition en 2023, sur le thème « Notre Terre ».
Enquête
GRANDS PROCÈS
Une enquête menée par l'Ifop pour l'Observatoire B2V des mémoires révèle que, parmi les quatorze plus grands procès tenus depuis 1945, l'opinion publique française place en tête celui des attentats du 13 novembre 2015 à 29 %, puis celui des attentats de janvier 2015, avant ceux du pédocriminel Michel Fourniret et de Maurice Papon.
France-Algérie
CONFUSION
En juillet 2020 la France avait restitué à l'Algérie 24 crânes rapportés comme trophées au XIXe siècle par des colonisateurs et considérés comme ceux de résistants décapités. Mais des analyses n'en ont clairement identifié que 6. Un imbroglio qui gêne la politique d'apaisement souhaitée par les autorités françaises.
Appel aux dons
J'AI DU BON TABAC
Comme tous les ans, le Louvre lance sa campagne « Tous mécènes ! », cette année pour acquérir la tabatière Choiseul, chef-d'oeuvre de l'orfèvrerie du XVIIIe siècle. Renseignements
Patrimoine
PONTIGNY REVIT
L'abbaye de Pontigny dans l'Yonne, deuxième « fille » de Cîteaux, a été rachetée par François Schneider afin de créer un complexe touristique avec « La Terre » pour thématique. La fondation accueillera visites historiques, des expositions, des centres d'interprétation sur l'histoire de Pontigny et des Cisterciens.
Lettre
CHARLES QUINT DÉCHIFFRÉ
Une lettre chiffrée de Charles Quint, datée de 1547, a été décodée : elle manifeste les trois priorités de l'empereur : maintenir la paix avec François Ier, éviter les assassinats et mettre fin au conflit avec la ligue de Smalkalde.
Assemblée nationale
SIMONE VEIL
Un buste de l'ancienne ministre figure désormais dans le jardin des Quatre-Colonnes de l'Assemblée nationale. D'autres versions, également dues à Sissy Piana, iront à la Ville de Strasbourg, au Parlement européen, à l'Académie française, au Panthéon, au mémorial de la Shoah et à la Ville de Nice. Et, si les accords aboutissent, une dernière sera érigée à Birkenau, en face du bâtiment où Simone Veil a été détenue.
Campus Condorcet
ISLAMOLOGIE
Créé le 2 février 2022, l'Institut français d'islamologie (IFI), au campus Condorcet, a pour mission de développer une islamologie française de haut niveau et de promouvoir l'étude scientifique des systèmes de croyances, de savoirs et de pratiques propres à la religion musulmane. Son conseil scientifique est présidé par Mohammad Ali Amir-Moezzi.
Natzwiller
MÉMORIAL
Un nouvel espace muséographique et mémoriel a ouvert à Natzwiller, en Alsace, au sein du bâtiment abritant la chambre à gaz de l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Lyon
LE T.REX RETARDÉ
L'accueil de Tyrannosaurus rex, qui devait être présenté au musée des Confluences à Lyon, a été suspendu, afin de vérifier que sa présentation répond bien au projet scientifique et culturel de l'établissement.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 6-7[article] On va en parler (janvier 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 6-7.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 6-7
Mots-clés : festival enquête assemblée générale mémorial patrimoine Note de contenu : Festival
PESSAC EN CHIFFRES
Le 32e Festival international du film d'histoire de Pessac, en Gironde, qui s'est tenu du 14 au 21 novembre, a enregistré 35 000 entrées et accueilli 11 000 scolaires. Prochaine édition en 2023, sur le thème « Notre Terre ».
Enquête
GRANDS PROCÈS
Une enquête menée par l'Ifop pour l'Observatoire B2V des mémoires révèle que, parmi les quatorze plus grands procès tenus depuis 1945, l'opinion publique française place en tête celui des attentats du 13 novembre 2015 à 29 %, puis celui des attentats de janvier 2015, avant ceux du pédocriminel Michel Fourniret et de Maurice Papon.
France-Algérie
CONFUSION
En juillet 2020 la France avait restitué à l'Algérie 24 crânes rapportés comme trophées au XIXe siècle par des colonisateurs et considérés comme ceux de résistants décapités. Mais des analyses n'en ont clairement identifié que 6. Un imbroglio qui gêne la politique d'apaisement souhaitée par les autorités françaises.
Appel aux dons
J'AI DU BON TABAC
Comme tous les ans, le Louvre lance sa campagne « Tous mécènes ! », cette année pour acquérir la tabatière Choiseul, chef-d'oeuvre de l'orfèvrerie du XVIIIe siècle. Renseignements
Patrimoine
PONTIGNY REVIT
L'abbaye de Pontigny dans l'Yonne, deuxième « fille » de Cîteaux, a été rachetée par François Schneider afin de créer un complexe touristique avec « La Terre » pour thématique. La fondation accueillera visites historiques, des expositions, des centres d'interprétation sur l'histoire de Pontigny et des Cisterciens.
Lettre
CHARLES QUINT DÉCHIFFRÉ
Une lettre chiffrée de Charles Quint, datée de 1547, a été décodée : elle manifeste les trois priorités de l'empereur : maintenir la paix avec François Ier, éviter les assassinats et mettre fin au conflit avec la ligue de Smalkalde.
Assemblée nationale
SIMONE VEIL
Un buste de l'ancienne ministre figure désormais dans le jardin des Quatre-Colonnes de l'Assemblée nationale. D'autres versions, également dues à Sissy Piana, iront à la Ville de Strasbourg, au Parlement européen, à l'Académie française, au Panthéon, au mémorial de la Shoah et à la Ville de Nice. Et, si les accords aboutissent, une dernière sera érigée à Birkenau, en face du bâtiment où Simone Veil a été détenue.
Campus Condorcet
ISLAMOLOGIE
Créé le 2 février 2022, l'Institut français d'islamologie (IFI), au campus Condorcet, a pour mission de développer une islamologie française de haut niveau et de promouvoir l'étude scientifique des systèmes de croyances, de savoirs et de pratiques propres à la religion musulmane. Son conseil scientifique est présidé par Mohammad Ali Amir-Moezzi.
Natzwiller
MÉMORIAL
Un nouvel espace muséographique et mémoriel a ouvert à Natzwiller, en Alsace, au sein du bâtiment abritant la chambre à gaz de l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
Lyon
LE T.REX RETARDÉ
L'accueil de Tyrannosaurus rex, qui devait être présenté au musée des Confluences à Lyon, a été suspendu, afin de vérifier que sa présentation répond bien au projet scientifique et culturel de l'établissement.
On va en parler - Prix lycéen du Livre d'histoire, 4e édition ! in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : On va en parler - Prix lycéen du Livre d'histoire, 4e édition ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 7 Langues : Français (fre) Mots-clés : prix livre histoire Note de contenu : Après Charlotte de Castelnau-L'Estoile pour Páscoa et ses deux maris (PUF) en 2020, Hélène Dumas pour Sans ciel ni terre. Paroles orphelines du génocide des Tutsi, 1994-2006 (La Découverte) en 2021 et Jérémie Foa pour Tous ceux qui tombent (La Découverte) en 2022, qui remportera la 4e édition du prix lycéen du Livre d'histoire ?
Voici la sélection officielle 2023 des cinq livres donnés à lire aux élèves participants :
Pierre-Yves Beaurepaire, Les Illuminati. De la société secrète aux théories du complot (Tallandier).
François da Rocha Carneiro, Une histoire de France en crampons (Éditions du Détour).
Lucie Malbos, Le Monde viking. Portraits de femmes et d'hommes de l'ancienne Scandinavie (Tallandier).
Andrés Reséndez, Un si étrange pays. Le voyage extraordinaire de Cabeza de Vaca dans l'Amérique indienne (Anacharsis).
Sylvie Thénault, Les Ratonnades d'Alger, 1956. Une histoire de racisme colonial (Seuil, 2022).
Les Rendez-vous de l'histoire accueilleront le lauréat ou la lauréate le samedi 7 octobre 2023, à Blois.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 7[article] On va en parler - Prix lycéen du Livre d'histoire, 4e édition ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 7.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 7
Mots-clés : prix livre histoire Note de contenu : Après Charlotte de Castelnau-L'Estoile pour Páscoa et ses deux maris (PUF) en 2020, Hélène Dumas pour Sans ciel ni terre. Paroles orphelines du génocide des Tutsi, 1994-2006 (La Découverte) en 2021 et Jérémie Foa pour Tous ceux qui tombent (La Découverte) en 2022, qui remportera la 4e édition du prix lycéen du Livre d'histoire ?
Voici la sélection officielle 2023 des cinq livres donnés à lire aux élèves participants :
Pierre-Yves Beaurepaire, Les Illuminati. De la société secrète aux théories du complot (Tallandier).
François da Rocha Carneiro, Une histoire de France en crampons (Éditions du Détour).
Lucie Malbos, Le Monde viking. Portraits de femmes et d'hommes de l'ancienne Scandinavie (Tallandier).
Andrés Reséndez, Un si étrange pays. Le voyage extraordinaire de Cabeza de Vaca dans l'Amérique indienne (Anacharsis).
Sylvie Thénault, Les Ratonnades d'Alger, 1956. Une histoire de racisme colonial (Seuil, 2022).
Les Rendez-vous de l'histoire accueilleront le lauréat ou la lauréate le samedi 7 octobre 2023, à Blois.
On va en parler - Les gens (janvier 2023) in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : On va en parler - Les gens (janvier 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : prix d'honneur gens 2023 prix Note de contenu : Benjamin Stora
Prix d'honneur
L'Institut européen du monde séfarade a remis un prix d'honneur, pour l'ensemble de son oeuvre, à Benjamin Stora ; le prix du patrimoine séfarade est revenu à Déborah Loupien-Suarès pour le musée de Bayonne.
Antoine Lilti
Au Collège de France
Le titulaire de la chaire « Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle » a prononcé sa leçon inaugurale et commence un cycle de douze cours avec, le 9 janvier, « Un monde nouveau : Tahiti et l'Europe des Lumières ».
Jean Dytar
Prix Lafue
Le prix de la BD historique Pierre-Lafue a, pour sa première édition, distingué Jean Dytar avec son #J'accuse...! (Delcourt).
Talaria-XR
Prix Historia
La start-up de Julie et Nicolas Servel (photos) a reçu le prix dans la catégorie histoire et nouvelles technologies pour sa série audio L'Épopée du Mont-Saint-Michel. Ce contenu immerge les visiteurs dans l'histoire de l'abbaye.
Yves Saint-Geours
Pasteurien
L'historien spécialiste de l'Amérique latine est président du conseil d'administration de l'Institut Pasteur depuis le 28 octobre 2022.
Pierre-Olivier Costa
Mucem
Après la Réunion des musées nationaux, il prend la présidence du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille.
Hommages
François Menant
L'Italie au Moyen Age
François Menant, spécialiste du monde rural italien au Moyen Age, est mort le 12 octobre 2022, à 74 ans. Auteur notamment du classique L'Italie des communes, 1100-1350 (Belin, 2005), il avait longtemps enseigné à l'École normale supérieure, où il a formé des générations de médiévistes. Lucie Malbos lui rend hommage sur le site de L'Histoire.
Christopher Allmand
La guerre de Cent Ans
Professeur d'histoire médiévale à Liverpool, Christopher Allmand vient de mourir. Le médiéviste britannique était spécialiste de la guerre de Cent Ans et des rapports franco-britanniques. Il a publié Society at War. The Experience of England and France During the Hundred Years War (Oliver & Boyd, 1973). Anne Curry lui rend hommage sur le site de L'Histoire.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 8[article] On va en parler - Les gens (janvier 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 8
Mots-clés : prix d'honneur gens 2023 prix Note de contenu : Benjamin Stora
Prix d'honneur
L'Institut européen du monde séfarade a remis un prix d'honneur, pour l'ensemble de son oeuvre, à Benjamin Stora ; le prix du patrimoine séfarade est revenu à Déborah Loupien-Suarès pour le musée de Bayonne.
Antoine Lilti
Au Collège de France
Le titulaire de la chaire « Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle » a prononcé sa leçon inaugurale et commence un cycle de douze cours avec, le 9 janvier, « Un monde nouveau : Tahiti et l'Europe des Lumières ».
Jean Dytar
Prix Lafue
Le prix de la BD historique Pierre-Lafue a, pour sa première édition, distingué Jean Dytar avec son #J'accuse...! (Delcourt).
Talaria-XR
Prix Historia
La start-up de Julie et Nicolas Servel (photos) a reçu le prix dans la catégorie histoire et nouvelles technologies pour sa série audio L'Épopée du Mont-Saint-Michel. Ce contenu immerge les visiteurs dans l'histoire de l'abbaye.
Yves Saint-Geours
Pasteurien
L'historien spécialiste de l'Amérique latine est président du conseil d'administration de l'Institut Pasteur depuis le 28 octobre 2022.
Pierre-Olivier Costa
Mucem
Après la Réunion des musées nationaux, il prend la présidence du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille.
Hommages
François Menant
L'Italie au Moyen Age
François Menant, spécialiste du monde rural italien au Moyen Age, est mort le 12 octobre 2022, à 74 ans. Auteur notamment du classique L'Italie des communes, 1100-1350 (Belin, 2005), il avait longtemps enseigné à l'École normale supérieure, où il a formé des générations de médiévistes. Lucie Malbos lui rend hommage sur le site de L'Histoire.
Christopher Allmand
La guerre de Cent Ans
Professeur d'histoire médiévale à Liverpool, Christopher Allmand vient de mourir. Le médiéviste britannique était spécialiste de la guerre de Cent Ans et des rapports franco-britanniques. Il a publié Society at War. The Experience of England and France During the Hundred Years War (Oliver & Boyd, 1973). Anne Curry lui rend hommage sur le site de L'Histoire.
Evénement : Les Français et le Parlement / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Evénement : Les Français et le Parlement Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 12-21 Langues : Français (fre) Mots-clés : parlement France modèle assemblée république élus législatives Note de contenu : Pour la première fois depuis l'instauration du quinquennat en 2000, les élections législatives françaises des 12 et 19 juin 2022 n'ont donné qu'une majorité relative au président nouvellement réélu Emmanuel Macron. Un nouvel épisode des luttes entre l'exécutif et la représentation nationale ?
L'Histoire : La situation politique de la France depuis les dernières élections législatives nous invite à poser la question. D'où vient cette difficulté en France à gouverner avec le Parlement ?
Michel Winock : L'absence de majorité absolue à l'Assemblée issue des élections de juin 2022 a provoqué une double réaction. D'un côté, l'espoir mis dans un rééquilibrage entre l'exécutif et le Parlement. Mais, d'un autre côté, avec le recours, à plusieurs reprises, à l'article 49-3, qui interrompt brutalement le travail de l'Assemblée, le scepticisme quant à une gouvernabilité parlementaire (cf. p. 21). Comme si l'on voyait rejouer le bras de fer qui oppose depuis plus de deux siècles l'exécutif et la représentation nationale.
Les dix années de la Révolution ont représenté la scène inaugurale de notre vie politique. Or, comme l'écrivait déjà, en 1868, Anatole Prévost-Paradol dans La France nouvelle : « On ne s ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 12-21[article] Evénement : Les Français et le Parlement [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2023 . - p. 12-21.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 12-21
Mots-clés : parlement France modèle assemblée république élus législatives Note de contenu : Pour la première fois depuis l'instauration du quinquennat en 2000, les élections législatives françaises des 12 et 19 juin 2022 n'ont donné qu'une majorité relative au président nouvellement réélu Emmanuel Macron. Un nouvel épisode des luttes entre l'exécutif et la représentation nationale ?
L'Histoire : La situation politique de la France depuis les dernières élections législatives nous invite à poser la question. D'où vient cette difficulté en France à gouverner avec le Parlement ?
Michel Winock : L'absence de majorité absolue à l'Assemblée issue des élections de juin 2022 a provoqué une double réaction. D'un côté, l'espoir mis dans un rééquilibrage entre l'exécutif et le Parlement. Mais, d'un autre côté, avec le recours, à plusieurs reprises, à l'article 49-3, qui interrompt brutalement le travail de l'Assemblée, le scepticisme quant à une gouvernabilité parlementaire (cf. p. 21). Comme si l'on voyait rejouer le bras de fer qui oppose depuis plus de deux siècles l'exécutif et la représentation nationale.
Les dix années de la Révolution ont représenté la scène inaugurale de notre vie politique. Or, comme l'écrivait déjà, en 1868, Anatole Prévost-Paradol dans La France nouvelle : « On ne s ...
Actualité : Indonésie : arrêter le massacre / Romain Bertrand in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Actualité : Indonésie : arrêter le massacre Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Romain Bertrand, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 22-23 Langues : Français (fre) Mots-clés : Indonésie tuerie massacre 1949 guerre Note de contenu : David Van Reybrouck nous fait redécouvrir la violence du colonialisme « éthique » et de la guerre d'indépendance en Indonésie.
Revolusi : le mot claque au vent comme un étendard, puisque c'est « sous le drapeau de la révolution » (« dibawah bendera Revolusi ») que Sukarno, dans les années 1930, écrit ses articles anticoloniaux - et anticapitalistes. L'art et la méthode qui ont fait le succès de Congo de David Van Reybrouck ordonnent le récit enlevé de l'occupation coloniale, puis de la « décolonisation » de l'Indonésie. De Jakarta à Macassar, au son des voix chevrotantes de ceux qui se souviennent de leur enfance ou des paroles de leurs parents, le lecteur suit l'auteur dans une enquête qui tient du dessillement.
Tout commence au sortir du XVIe siècle avec les premiers contacts entre Hollandais et Javanais, puis l'implantation saccadée de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) dans l'archipel, entre négociations torves avec les sultans et massacres des populations locales. La reprise en main des territoires d'Insulinde par la couronne des Pays-Bas, e ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 22-23[article] Actualité : Indonésie : arrêter le massacre [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Romain Bertrand, Auteur . - 2023 . - p. 22-23.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 22-23
Mots-clés : Indonésie tuerie massacre 1949 guerre Note de contenu : David Van Reybrouck nous fait redécouvrir la violence du colonialisme « éthique » et de la guerre d'indépendance en Indonésie.
Revolusi : le mot claque au vent comme un étendard, puisque c'est « sous le drapeau de la révolution » (« dibawah bendera Revolusi ») que Sukarno, dans les années 1930, écrit ses articles anticoloniaux - et anticapitalistes. L'art et la méthode qui ont fait le succès de Congo de David Van Reybrouck ordonnent le récit enlevé de l'occupation coloniale, puis de la « décolonisation » de l'Indonésie. De Jakarta à Macassar, au son des voix chevrotantes de ceux qui se souviennent de leur enfance ou des paroles de leurs parents, le lecteur suit l'auteur dans une enquête qui tient du dessillement.
Tout commence au sortir du XVIe siècle avec les premiers contacts entre Hollandais et Javanais, puis l'implantation saccadée de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) dans l'archipel, entre négociations torves avec les sultans et massacres des populations locales. La reprise en main des territoires d'Insulinde par la couronne des Pays-Bas, e ...
Actualité : Festin au Néolithique : la longue histoire de l'alcool / François Mathou in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Actualité : Festin au Néolithique : la longue histoire de l'alcool Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : François Mathou, Intervieweur ; Catherine Perlès, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 24-25 Langues : Français (fre) Mots-clés : néolitique alcool carte géographique origine fonction Note de contenu : Et si la production d'alcool était aux origines de l'agriculture ? Une hypothèse stimulante qui vient bouleverser la vision traditionnelle du processus de domestication des plantes.
La plus ancienne trace de production d'alcool - de la bière - a été retrouvée dans la caverne de Raqefet, au sud de Haïfa (Israël). Daté de 11000 avant notre ère, le site est une sépulture des Natoufiens, l'un des plus anciens groupes de chasseurs-cueilleurs semi-sédentaires. Outre la bière, d'autres boissons alcoolisées ont été développées tôt à travers le monde : les laits fermentés et les hydromels, et surtout les vins. La domestication de la vigne serait intervenue entre 10000 et 5000 avant notre ère.
Une fonction rituelle
Selon certaines hypothèses, la production d'alcool aurait même été le moteur premier de la domestication des céréales, que l'on interprète traditionnellement comme un phénomène économique - une solution à la raréfaction des ressources alimentaires provoquée par un changement climatique. En réalité, la naissance de l'agriculture est aussi liée à la sphère du religieux et du social. Les premières espèces domestiques étaient non ren ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 24-25[article] Actualité : Festin au Néolithique : la longue histoire de l'alcool [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / François Mathou, Intervieweur ; Catherine Perlès, Auteur . - 2023 . - p. 24-25.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 24-25
Mots-clés : néolitique alcool carte géographique origine fonction Note de contenu : Et si la production d'alcool était aux origines de l'agriculture ? Une hypothèse stimulante qui vient bouleverser la vision traditionnelle du processus de domestication des plantes.
La plus ancienne trace de production d'alcool - de la bière - a été retrouvée dans la caverne de Raqefet, au sud de Haïfa (Israël). Daté de 11000 avant notre ère, le site est une sépulture des Natoufiens, l'un des plus anciens groupes de chasseurs-cueilleurs semi-sédentaires. Outre la bière, d'autres boissons alcoolisées ont été développées tôt à travers le monde : les laits fermentés et les hydromels, et surtout les vins. La domestication de la vigne serait intervenue entre 10000 et 5000 avant notre ère.
Une fonction rituelle
Selon certaines hypothèses, la production d'alcool aurait même été le moteur premier de la domestication des céréales, que l'on interprète traditionnellement comme un phénomène économique - une solution à la raréfaction des ressources alimentaires provoquée par un changement climatique. En réalité, la naissance de l'agriculture est aussi liée à la sphère du religieux et du social. Les premières espèces domestiques étaient non ren ...
Actualité : Vietnam-États-Unis 1973, la paix à quel prix ? / Antoine Coppolani in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Actualité : Vietnam-États-Unis 1973, la paix à quel prix ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Coppolani, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 26-27 Langues : Français (fre) Mots-clés : Vietnam guerre négociation 1973 paix Note de contenu : Il y a cinquante ans, le 27 janvier 1973, étaient signés les accords de Paris sur la paix au Vietnam. Alors que les États-Unis ont déclenché un déluge de feu.
Après vingt ans de guerre, les accords de Paris sur la paix au Vietnam furent signés le 27 janvier 1973, entre la République démocratique du Vietnam (Nord-Vietnam communiste avec Hanoï comme capitale), la République du Vietnam de Saigon (Sud-Vietnam soutenu par les États-Unis), le gouvernement provisoire du Vietnam (les opposants communistes du Sud, ou Viêt-cong) et les États-Unis. Le prix Nobel de la Paix fut décerné à Lê Dúc Tho, le négociateur nord-vietnamien (qui le refusa) et à Henry Kissinger, son homologue américain (qui l'accepta).
Un ton martial
Le parcours pour en arriver là fut long. A l'été 1969, l'administration de Richard Nixon avait entamé des négociations secrètes avec le Nord-Vietnam. Elles étaient restées stériles jusqu'en 1972, année où Nixon et Kissinger déplacèrent la focale du conflit en se rendant en Chine et en URSS. Avec l'avènement de la diplomatie triangulaire (Washington, Moscou, Pékin) et l'entrée du monde dans la détente ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 26-27[article] Actualité : Vietnam-États-Unis 1973, la paix à quel prix ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Coppolani, Auteur . - 2023 . - p. 26-27.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 26-27
Mots-clés : Vietnam guerre négociation 1973 paix Note de contenu : Il y a cinquante ans, le 27 janvier 1973, étaient signés les accords de Paris sur la paix au Vietnam. Alors que les États-Unis ont déclenché un déluge de feu.
Après vingt ans de guerre, les accords de Paris sur la paix au Vietnam furent signés le 27 janvier 1973, entre la République démocratique du Vietnam (Nord-Vietnam communiste avec Hanoï comme capitale), la République du Vietnam de Saigon (Sud-Vietnam soutenu par les États-Unis), le gouvernement provisoire du Vietnam (les opposants communistes du Sud, ou Viêt-cong) et les États-Unis. Le prix Nobel de la Paix fut décerné à Lê Dúc Tho, le négociateur nord-vietnamien (qui le refusa) et à Henry Kissinger, son homologue américain (qui l'accepta).
Un ton martial
Le parcours pour en arriver là fut long. A l'été 1969, l'administration de Richard Nixon avait entamé des négociations secrètes avec le Nord-Vietnam. Elles étaient restées stériles jusqu'en 1972, année où Nixon et Kissinger déplacèrent la focale du conflit en se rendant en Chine et en URSS. Avec l'avènement de la diplomatie triangulaire (Washington, Moscou, Pékin) et l'entrée du monde dans la détente ...
Actualité : Pessac 2022, palmarès / Julien Rousset in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Actualité : Pessac 2022, palmarès Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Julien Rousset, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 28-30 Langues : Français (fre) Mots-clés : film jury Pessac 2022 femmes émancipation Note de contenu : Gros plan sur les femmes et l'enfer totalitaire pour cette 32e édition du Festival international du film d'histoire de Pessac.
Palmarès fiction
Alexandru Belc a 40 ans et il a réalisé son premier film de fiction, Metronom (en salle le 4 janvier 2023). Prix de la mise en scène dans la section « Un certain regard » à Cannes en mai dernier, il a de nouveau été couronné le 20 novembre à Pessac (Gironde) avec le prix de la meilleure fiction.
Dans la Roumanie des années 1970, « Metronom » était une émission diffusée clandestinement par Radio Free Europe. Cette station financée par les États-Unis émettait depuis l'Allemagne de l'Ouest à destination du jeune public d'Europe de l'Est. Une arme radiophonique dans ce qu'on n'appelait pas encore la guerre des récits, en plein affrontement entre blocs occidental et soviétique. L'intrigue du film se déploie autour de la discrète et résolue lycéenne Ana (formidable Mara Bugarin), qui connaît, avec le jeune Sorin, sa première histoire d'amour. Avec leurs amis, ils écoutent « Metronom » tout en fumant et en dansant ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 28-30[article] Actualité : Pessac 2022, palmarès [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Julien Rousset, Auteur . - 2023 . - p. 28-30.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 28-30
Mots-clés : film jury Pessac 2022 femmes émancipation Note de contenu : Gros plan sur les femmes et l'enfer totalitaire pour cette 32e édition du Festival international du film d'histoire de Pessac.
Palmarès fiction
Alexandru Belc a 40 ans et il a réalisé son premier film de fiction, Metronom (en salle le 4 janvier 2023). Prix de la mise en scène dans la section « Un certain regard » à Cannes en mai dernier, il a de nouveau été couronné le 20 novembre à Pessac (Gironde) avec le prix de la meilleure fiction.
Dans la Roumanie des années 1970, « Metronom » était une émission diffusée clandestinement par Radio Free Europe. Cette station financée par les États-Unis émettait depuis l'Allemagne de l'Ouest à destination du jeune public d'Europe de l'Est. Une arme radiophonique dans ce qu'on n'appelait pas encore la guerre des récits, en plein affrontement entre blocs occidental et soviétique. L'intrigue du film se déploie autour de la discrète et résolue lycéenne Ana (formidable Mara Bugarin), qui connaît, avec le jeune Sorin, sa première histoire d'amour. Avec leurs amis, ils écoutent « Metronom » tout en fumant et en dansant ...
Actualité : Comment Pépin le Bref est devenu roi des Francs / Laurent Théis in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Actualité : Comment Pépin le Bref est devenu roi des Francs Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Laurent Théis, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 30-31 Langues : Français (fre) Mots-clés : Pépin le Bref règne lettres successeur textes Note de contenu : Découvertes au XVIe siècle, les Annales regni Francorum constituent la source narrative principale des règnes de Pépin le Bref et de Charlemagne. Les Belles Lettres en livrent une traduction française raisonnée.
Pour que le transfert de la royauté franque, opéré par Pépin le Bref à son profit, soit un coup d'État, il n'a manqué que deux choses : que ce fût un coup, qu'il y eût un État. C'est pourtant ainsi que bien des livres d'histoire, et des meilleurs, qualifient l'élévation du maire du palais à la royauté. Il s'agit là d'une commodité didactique. En effet, 751 a peu à voir avec le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte de 1851, d'abord parce que la force violente n'en fut pas l'instrument, ensuite que le pape s'en mêla. Faut-il rappeler les circonstances ?
Une dynastie mérovingienne réputée à bout de souffle dont le dernier représentant, Childéric III, a été intronisé en 743 après une vacance de six ans. La montée en puissance des Pippinides, qui tiennent la mairie du palais depuis trois générations, et par le seul Pépin depuis 747. La concurrence possible des deux frères de ce dernier, Carloman l'aîné et Griffon le puîné. Le pape Zacharie à la recherche d'une protection milita ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 30-31[article] Actualité : Comment Pépin le Bref est devenu roi des Francs [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Laurent Théis, Auteur . - 2023 . - p. 30-31.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 30-31
Mots-clés : Pépin le Bref règne lettres successeur textes Note de contenu : Découvertes au XVIe siècle, les Annales regni Francorum constituent la source narrative principale des règnes de Pépin le Bref et de Charlemagne. Les Belles Lettres en livrent une traduction française raisonnée.
Pour que le transfert de la royauté franque, opéré par Pépin le Bref à son profit, soit un coup d'État, il n'a manqué que deux choses : que ce fût un coup, qu'il y eût un État. C'est pourtant ainsi que bien des livres d'histoire, et des meilleurs, qualifient l'élévation du maire du palais à la royauté. Il s'agit là d'une commodité didactique. En effet, 751 a peu à voir avec le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte de 1851, d'abord parce que la force violente n'en fut pas l'instrument, ensuite que le pape s'en mêla. Faut-il rappeler les circonstances ?
Une dynastie mérovingienne réputée à bout de souffle dont le dernier représentant, Childéric III, a été intronisé en 743 après une vacance de six ans. La montée en puissance des Pippinides, qui tiennent la mairie du palais depuis trois générations, et par le seul Pépin depuis 747. La concurrence possible des deux frères de ce dernier, Carloman l'aîné et Griffon le puîné. Le pape Zacharie à la recherche d'une protection milita ...
Dossier : Mille et une vies de la forêt française in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Dossier : Mille et une vies de la forêt française Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 32-58 Langues : Français (fre) Mots-clés : Forêt France ampleur abondance ressources Note de contenu : Cet été, des feux de grande ampleur ont ravagé la forêt des Landes de Gascogne, ravivant la peur de la déforestation. Mais celle-ci n'est pas nouvelle.
Car le bois, bois d'oeuvre ou de chauffage, constitue une ressource indispensable, ce qui explique un déboisement dès l'Age du fer. C'est conscient de cet enjeu que Colbert, principal ministre de Louis XIV, décide de réformer la gestion des forêts, afin de mieux les rentabiliser.
A lire : le dossier de L'Histoire n°503, « Mille et une vies de la forêt française »
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 32-58[article] Dossier : Mille et une vies de la forêt française [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 32-58.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 32-58
Mots-clés : Forêt France ampleur abondance ressources Note de contenu : Cet été, des feux de grande ampleur ont ravagé la forêt des Landes de Gascogne, ravivant la peur de la déforestation. Mais celle-ci n'est pas nouvelle.
Car le bois, bois d'oeuvre ou de chauffage, constitue une ressource indispensable, ce qui explique un déboisement dès l'Age du fer. C'est conscient de cet enjeu que Colbert, principal ministre de Louis XIV, décide de réformer la gestion des forêts, afin de mieux les rentabiliser.
A lire : le dossier de L'Histoire n°503, « Mille et une vies de la forêt française »
Dossier : La forêt française - Le legs de monsieur Colbert / Andrée Corvol in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Dossier : La forêt française - Le legs de monsieur Colbert Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Andrée Corvol, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 34-43 Langues : Français (fre) Mots-clés : Forêt France Colbert économie enrésiner gemmeur charbon de bois ressources Note de contenu : L'État est pour beaucoup dans le façonnement des forêts françaises. Au XVIe siècle, l'économie forestière est déjà passée de la cueillette à la culture. Mais avec Colbert, ministre de Louis XIV, sa gestion est rationalisée avec un objectif premier : la fourniture de bois d'oeuvre pour la construction de navires de guerre.
L'économie forestière passa du système de la cueillette, l'arbre abattu pour un besoin immédiat, à celui de la culture, l'arbre éduqué pour un objectif lointain, entre la fin du Moyen Age (XIVe siècle) et le début de l'Époque moderne (XVIe siècle). Le terme de « sylvi- » culture n'apparaît pas encore, il attendra la Restauration et la création de l'École royale forestière en 1824. Mais le principe existe déjà : la satisfaction des demandes ne saurait compromettre la régénération des peuplements forestiers.
Il est de bon ton d'imputer à la période Colbert, ministre de Louis XIV pendant presque un quart de siècle, l'invention de la sylviculture. Mais c'est céder à la passion nationale des hommes providentiels ! C'est oublier les gestionnaires qui l'ont précédé, et ils furent légion. Depuis le XIVe siècle (cf. p. 48), ils ont multiplié les règlements, observé les pratiques adoptées dans les États de Lorraine et de Bretagne, dans ceux des Habsbourg d'Autriche et d'Espag ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 34-43[article] Dossier : La forêt française - Le legs de monsieur Colbert [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Andrée Corvol, Auteur . - 2023 . - p. 34-43.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 34-43
Mots-clés : Forêt France Colbert économie enrésiner gemmeur charbon de bois ressources Note de contenu : L'État est pour beaucoup dans le façonnement des forêts françaises. Au XVIe siècle, l'économie forestière est déjà passée de la cueillette à la culture. Mais avec Colbert, ministre de Louis XIV, sa gestion est rationalisée avec un objectif premier : la fourniture de bois d'oeuvre pour la construction de navires de guerre.
L'économie forestière passa du système de la cueillette, l'arbre abattu pour un besoin immédiat, à celui de la culture, l'arbre éduqué pour un objectif lointain, entre la fin du Moyen Age (XIVe siècle) et le début de l'Époque moderne (XVIe siècle). Le terme de « sylvi- » culture n'apparaît pas encore, il attendra la Restauration et la création de l'École royale forestière en 1824. Mais le principe existe déjà : la satisfaction des demandes ne saurait compromettre la régénération des peuplements forestiers.
Il est de bon ton d'imputer à la période Colbert, ministre de Louis XIV pendant presque un quart de siècle, l'invention de la sylviculture. Mais c'est céder à la passion nationale des hommes providentiels ! C'est oublier les gestionnaires qui l'ont précédé, et ils furent légion. Depuis le XIVe siècle (cf. p. 48), ils ont multiplié les règlements, observé les pratiques adoptées dans les États de Lorraine et de Bretagne, dans ceux des Habsbourg d'Autriche et d'Espag ...
Dossier : La forêt française - Où est passée la forêt gauloise ? / Michel REDDE in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
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Titre : Dossier : La forêt française - Où est passée la forêt gauloise ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel REDDE, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 44-47 Langues : Français (fre) Mots-clés : Forêt France mythe déboisement progressif anthracologie palynologie Note de contenu : Largement diffusée au XIXe siècle, l'image d'une Gaule au couvert forestier dense doit aujourd'hui être abandonnée, comme le confirme la recherche archéologique.
Contrairement à ce que l'on croit volontiers, René Goscinny et Albert Uderzo n'ont pas inventé le personnage du druide juché sur un chêne et cueillant le gui, ni le petit village gaulois fait de huttes rondes perdues au milieu de la forêt. Ces images ont hanté les historiens du XIXe siècle, qui véhiculaient volontiers l'idée d'un pays encore barbare et très boisé, défriché seulement après la conquête par des Romains porteurs de la civilisation méditerranéenne. Cet imaginaire qui nous fait aujourd'hui sourire a des sources bien antérieures : Pline l'Ancien, auteur sérieux et très bien documenté, décrit la cueillette du gui par les druides dans son Histoire naturelle (XVI, 95), peu avant l'éruption du Vésuve en l'an 79 de notre ère : « Ayant préparé selon les rites, sous l'arbre, des sacrifices et un repas, ils font approcher deux taureaux de couleur blanche, dont les cornes sont attachées alors pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l'arbre, et coupe ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 44-47[article] Dossier : La forêt française - Où est passée la forêt gauloise ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel REDDE, Auteur . - 2023 . - p. 44-47.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 44-47
Mots-clés : Forêt France mythe déboisement progressif anthracologie palynologie Note de contenu : Largement diffusée au XIXe siècle, l'image d'une Gaule au couvert forestier dense doit aujourd'hui être abandonnée, comme le confirme la recherche archéologique.
Contrairement à ce que l'on croit volontiers, René Goscinny et Albert Uderzo n'ont pas inventé le personnage du druide juché sur un chêne et cueillant le gui, ni le petit village gaulois fait de huttes rondes perdues au milieu de la forêt. Ces images ont hanté les historiens du XIXe siècle, qui véhiculaient volontiers l'idée d'un pays encore barbare et très boisé, défriché seulement après la conquête par des Romains porteurs de la civilisation méditerranéenne. Cet imaginaire qui nous fait aujourd'hui sourire a des sources bien antérieures : Pline l'Ancien, auteur sérieux et très bien documenté, décrit la cueillette du gui par les druides dans son Histoire naturelle (XVI, 95), peu avant l'éruption du Vésuve en l'an 79 de notre ère : « Ayant préparé selon les rites, sous l'arbre, des sacrifices et un repas, ils font approcher deux taureaux de couleur blanche, dont les cornes sont attachées alors pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l'arbre, et coupe ...
Dossier : La forêt française - Chasse, élevage et proto-industrie / Corinne Beck in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
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Titre : Dossier : La forêt française - Chasse, élevage et proto-industrie Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Corinne Beck, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 48-53 Langues : Français (fre) Mots-clés : Forêt France ressources breuil forestis gruerie pâturages bois utilisation Note de contenu : Véritables puits de ressources, les forêts médiévales sont des espaces où charbonniers, bûcherons ou gardiens de troupeau se croisent. A partir du XIVe siècle, des règles d'accès sont mises par écrit, notamment pour éviter la surexploitation.
Par facilité de langage, on a coutume d'utiliser le singulier pour désigner « la » forêt médiévale. Un immense ensemble vivant, perçu comme une entité, monolithe et immuable. L'emploi du pluriel semble pourtant plus adapté pour traiter des formations paysagères du millénaire médiéval. Car les massifs boisés du Haut Moyen Age ne sont pas ceux du XIe siècle ni ceux du XVe siècle, évoluant dans le temps et l'espace (forêts de plaine ou de montagne, forêts atlantiques, continentales ou méditerranéennes), selon des particularités locales, sociales, économiques ou écologiques.
Le vocabulaire des scribes médiévaux témoigne de cette complexité. Tout un vocabulaire, issu du gaulois ou du latin, est passé dans l'ancien puis le moyen français : le breuil (l'inculte constitué de bois et de pacages) s'oppose à l'ager (le territoire cultivé) ou à la silva (la forêt dense et sauvage), puis à la forestis. Ce dernier terme apparaît au VIIe siècle et désigne d'abord ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 48-53[article] Dossier : La forêt française - Chasse, élevage et proto-industrie [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Corinne Beck, Auteur . - 2023 . - p. 48-53.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 48-53
Mots-clés : Forêt France ressources breuil forestis gruerie pâturages bois utilisation Note de contenu : Véritables puits de ressources, les forêts médiévales sont des espaces où charbonniers, bûcherons ou gardiens de troupeau se croisent. A partir du XIVe siècle, des règles d'accès sont mises par écrit, notamment pour éviter la surexploitation.
Par facilité de langage, on a coutume d'utiliser le singulier pour désigner « la » forêt médiévale. Un immense ensemble vivant, perçu comme une entité, monolithe et immuable. L'emploi du pluriel semble pourtant plus adapté pour traiter des formations paysagères du millénaire médiéval. Car les massifs boisés du Haut Moyen Age ne sont pas ceux du XIe siècle ni ceux du XVe siècle, évoluant dans le temps et l'espace (forêts de plaine ou de montagne, forêts atlantiques, continentales ou méditerranéennes), selon des particularités locales, sociales, économiques ou écologiques.
Le vocabulaire des scribes médiévaux témoigne de cette complexité. Tout un vocabulaire, issu du gaulois ou du latin, est passé dans l'ancien puis le moyen français : le breuil (l'inculte constitué de bois et de pacages) s'oppose à l'ager (le territoire cultivé) ou à la silva (la forêt dense et sauvage), puis à la forestis. Ce dernier terme apparaît au VIIe siècle et désigne d'abord ...
Dossier : La forêt française - Merveilleuse Brocéliande / Amaury Chauou in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Dossier : La forêt française - Merveilleuse Brocéliande Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Amaury Chauou, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 52 Langues : Français (fre) Mots-clés : Forêt France Brocéliande christianisation:imaginaire roman prose Note de contenu : L'imaginaire symbolique qui entoure la forêt médiévale est très fort, d'abord païen, puis chrétien.
Je vis la forêt et je vis le pays ; j'étais en quête de merveilles, mais je n'en ai pas trouvé. Je revins aussi sot que j'étais parti. » Le Roman de Rou de Wace, chroniqueur de la cour Plantagenêt au milieu du XIIe siècle, porte la marque des merveilles de Bretagne contées par les bardes bretons. Mais son expédition en Bretagne armoricaine, pour constater ces merveilles, fut vaine...
Dès cette époque, la forêt de Brocéliande est solidement associée à la « matière de Bretagne », un ensemble de légendes et de chansons au mysticisme celtique caractéristique, qui rendit populaires des personnages comme le roi Arthur ou Merlin l'Enchanteur, qui vit dans cette forêt. Brocéliande est ainsi associée à ces enchantements comme lieu de l'aventure et de la rencontre avec l'Autre Monde, des piliers de l'univers arthurien et de la Table ronde. On la localise aujourd'hui dans la forêt de Paimpont, un vaste espace boisé de 9 000 hectares entre l'Ille-et-Vilaine et le Morbi ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 52[article] Dossier : La forêt française - Merveilleuse Brocéliande [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Amaury Chauou, Auteur . - 2023 . - p. 52.
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Mots-clés : Forêt France Brocéliande christianisation:imaginaire roman prose Note de contenu : L'imaginaire symbolique qui entoure la forêt médiévale est très fort, d'abord païen, puis chrétien.
Je vis la forêt et je vis le pays ; j'étais en quête de merveilles, mais je n'en ai pas trouvé. Je revins aussi sot que j'étais parti. » Le Roman de Rou de Wace, chroniqueur de la cour Plantagenêt au milieu du XIIe siècle, porte la marque des merveilles de Bretagne contées par les bardes bretons. Mais son expédition en Bretagne armoricaine, pour constater ces merveilles, fut vaine...
Dès cette époque, la forêt de Brocéliande est solidement associée à la « matière de Bretagne », un ensemble de légendes et de chansons au mysticisme celtique caractéristique, qui rendit populaires des personnages comme le roi Arthur ou Merlin l'Enchanteur, qui vit dans cette forêt. Brocéliande est ainsi associée à ces enchantements comme lieu de l'aventure et de la rencontre avec l'Autre Monde, des piliers de l'univers arthurien et de la Table ronde. On la localise aujourd'hui dans la forêt de Paimpont, un vaste espace boisé de 9 000 hectares entre l'Ille-et-Vilaine et le Morbi ...
Dossier : La forêt française - La grande peur de la déforestation / Clément Fabre in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Dossier : La forêt française - La grande peur de la déforestation Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Intervieweur ; Jean-Baptiste Fressoz, Auteur ; Fabien Locher, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 54 Langues : Français (fre) Mots-clés : Forêt France incendies été déforestation exploitation diversité d'arbres Note de contenu : Les incendies estivaux ont ravivé l'angoisse d'une disparition totale de la forêt, indissociable, depuis la fin du XVIIIe siècle, des angoisses d'effondrement climatique.
L'Histoire : De quand datent les angoisses liées à la déforestation ?
Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher : En France, l'angoisse d'un véritable effondrement climatique causé par la déforestation émerge à la fin du XVIIIe siècle. Pour comprendre cette peur, il faut d'abord la replacer dans le contexte colonial où elle est formulée, au coeur de l'océan Indien - plus précisément sur l'île de France (l'actuelle île Maurice). Là-bas, l'intendant Pierre Poivre, présenté par l'historien Richard Grove comme l'un des pionniers de la protection de l'environnement, alerte, dès la fin des années 1760, contre les dangers d'un déboisement excessif. Loin du portrait hagiographique que Grove en dressait, les mises en garde de l'intendant s'expliquent avant tout par des objectifs politiques. Il a en effet été chargé de transformer l'île en arsenal pour la Marine française. Alors même qu'il affirme, dans ses lettres au ministre de la Marine, qu'o ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 54[article] Dossier : La forêt française - La grande peur de la déforestation [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Intervieweur ; Jean-Baptiste Fressoz, Auteur ; Fabien Locher, Auteur . - 2023 . - p. 54.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 54
Mots-clés : Forêt France incendies été déforestation exploitation diversité d'arbres Note de contenu : Les incendies estivaux ont ravivé l'angoisse d'une disparition totale de la forêt, indissociable, depuis la fin du XVIIIe siècle, des angoisses d'effondrement climatique.
L'Histoire : De quand datent les angoisses liées à la déforestation ?
Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher : En France, l'angoisse d'un véritable effondrement climatique causé par la déforestation émerge à la fin du XVIIIe siècle. Pour comprendre cette peur, il faut d'abord la replacer dans le contexte colonial où elle est formulée, au coeur de l'océan Indien - plus précisément sur l'île de France (l'actuelle île Maurice). Là-bas, l'intendant Pierre Poivre, présenté par l'historien Richard Grove comme l'un des pionniers de la protection de l'environnement, alerte, dès la fin des années 1760, contre les dangers d'un déboisement excessif. Loin du portrait hagiographique que Grove en dressait, les mises en garde de l'intendant s'expliquent avant tout par des objectifs politiques. Il a en effet été chargé de transformer l'île en arsenal pour la Marine française. Alors même qu'il affirme, dans ses lettres au ministre de la Marine, qu'o ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Scandinavie : le colonialisme oublié / Eric Schnakenbourg in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
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Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Scandinavie : le colonialisme oublié Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Eric Schnakenbourg, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 60-65 Langues : Français (fre) Mots-clés : Scandinavie colonisation échanges commerciaux Note de contenu : Entre la fin du XVIIe siècle et les premières décennies du XIXe siècle, Danois et Suédois installèrent en Asie, en Afrique et en Amérique des petits comptoirs et colonies. Une manière d'entreprendre une colonisation sans réel impérialisme.
A côté des grandes puissances occidentales qui fondèrent des empires établis sur plusieurs continents, des pays européens plus modestes étendirent également leur souveraineté sur des établissements ultramarins. Outre leurs territoires de l'Atlantique Nord (Féroé, Islande, Groenland), les Danois possédèrent des îles aux Antilles, des forts de traite en Afrique ainsi que des comptoirs en Asie. Les Suédois eurent une colonie en Amérique du Nord, une autre aux Antilles ainsi qu'un fort de traite en Afrique. S'il n'a jamais été question, pour les établissements scandinaves, de rivaliser avec ceux des grandes puissances, leur histoire permet néanmoins d'adopter une perspective décalée sur le colonialisme européen.
XVIIe siècle : les prémices
Au XVIIe siècle la Scandinavie est relativement peu peuplée. En 1700 le royaume de Suède, qui comprend alors la Finlande, ne compte pas plus de 1,7 million d'habitants et le royaume de Danemark, auque ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 60-65[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Scandinavie : le colonialisme oublié [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Eric Schnakenbourg, Auteur . - 2023 . - p. 60-65.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 60-65
Mots-clés : Scandinavie colonisation échanges commerciaux Note de contenu : Entre la fin du XVIIe siècle et les premières décennies du XIXe siècle, Danois et Suédois installèrent en Asie, en Afrique et en Amérique des petits comptoirs et colonies. Une manière d'entreprendre une colonisation sans réel impérialisme.
A côté des grandes puissances occidentales qui fondèrent des empires établis sur plusieurs continents, des pays européens plus modestes étendirent également leur souveraineté sur des établissements ultramarins. Outre leurs territoires de l'Atlantique Nord (Féroé, Islande, Groenland), les Danois possédèrent des îles aux Antilles, des forts de traite en Afrique ainsi que des comptoirs en Asie. Les Suédois eurent une colonie en Amérique du Nord, une autre aux Antilles ainsi qu'un fort de traite en Afrique. S'il n'a jamais été question, pour les établissements scandinaves, de rivaliser avec ceux des grandes puissances, leur histoire permet néanmoins d'adopter une perspective décalée sur le colonialisme européen.
XVIIe siècle : les prémices
Au XVIIe siècle la Scandinavie est relativement peu peuplée. En 1700 le royaume de Suède, qui comprend alors la Finlande, ne compte pas plus de 1,7 million d'habitants et le royaume de Danemark, auque ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Des aliénés ordinaires : portrait de groupe / Anatole Bras, Le in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Des aliénés ordinaires : portrait de groupe Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Anatole Bras, Le, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 66-71 Langues : Français (fre) Mots-clés : asile institutions aliéné loi 1838 Note de contenu : Qui étaient les internés des asiles d'aliénés du XIXe siècle ? En se penchant sur les dossiers de patients, il est possible de retracer les trajectoires de ces malades et d'apprécier, à hauteur d'individu, les effets sociaux de l'internement.
Les asiles, institutions de soin ou de répression ? La loi de 1838 (cf. p. 68), loi de progrès et d'humanité, ou de mise à l'écart et d'exclusion ? Ces questions ont longtemps orienté les discussions des chercheurs. Là où Michel Foucault inscrivait la naissance de l'asile d'aliénés dans la continuité du « grand renfermement » commencé à l'âge classique, Marcel Gauchet et Gladys Swain préféraient voir l'institution comme une manifestation de la « révolution démocratique », une « machine à resocialiser » des aliénés ayant gagné leur place dans une commune humanité. Les termes de ce débat, focalisé sur les intentions et les actions des administrateurs et des médecins, tendent cependant à faire oublier que les fonctions de l'internement étaient aussi définies par l'usage qui était fait au quotidien de la loi de 1838. D'où l'intérêt de porter le regard sur les aliénés eux-mêmes, trop souvent oubliés du récit historique. En faisant le portrait de groupe ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 66-71[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Des aliénés ordinaires : portrait de groupe [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Anatole Bras, Le, Auteur . - 2023 . - p. 66-71.
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in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 66-71
Mots-clés : asile institutions aliéné loi 1838 Note de contenu : Qui étaient les internés des asiles d'aliénés du XIXe siècle ? En se penchant sur les dossiers de patients, il est possible de retracer les trajectoires de ces malades et d'apprécier, à hauteur d'individu, les effets sociaux de l'internement.
Les asiles, institutions de soin ou de répression ? La loi de 1838 (cf. p. 68), loi de progrès et d'humanité, ou de mise à l'écart et d'exclusion ? Ces questions ont longtemps orienté les discussions des chercheurs. Là où Michel Foucault inscrivait la naissance de l'asile d'aliénés dans la continuité du « grand renfermement » commencé à l'âge classique, Marcel Gauchet et Gladys Swain préféraient voir l'institution comme une manifestation de la « révolution démocratique », une « machine à resocialiser » des aliénés ayant gagné leur place dans une commune humanité. Les termes de ce débat, focalisé sur les intentions et les actions des administrateurs et des médecins, tendent cependant à faire oublier que les fonctions de l'internement étaient aussi définies par l'usage qui était fait au quotidien de la loi de 1838. D'où l'intérêt de porter le regard sur les aliénés eux-mêmes, trop souvent oubliés du récit historique. En faisant le portrait de groupe ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Les grands chantiers, le comptable et le bâtisseur / Virginie Mathé in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Les grands chantiers, le comptable et le bâtisseur Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Virginie Mathé, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 72-76 Langues : Français (fre) Mots-clés : Grèce antique constructions temples pratiques financières Note de contenu : Dans les cités grecques classiques et hellénistiques, les chantiers de construction des bâtiments publics et sacrés ont mobilisé des ouvriers venus de toute la mer Égée et des moyens financiers variés. Ils ont ainsi développé des savoirs administratifs et comptables.
Des cendres et des larmes. Voilà ce qui s'affiche à la une des journaux au lendemain du 15 avril 2019. Les photographies et les vidéos de l'incendie de Notre-Dame de Paris comme les témoignages de déploration se multiplient. Très vite, la question de la restauration et de son financement se pose : « Après le feu, les magnats arrosent », titre Libération le surlendemain. Pas de journaux, ni d'images, ni de dispositifs fiscaux avantageux quand, vers 372 avant notre ère, le temple d'Apollon à Delphes est détruit par un tremblement de terre ou un glissement de terrain, mais très certainement là aussi une vague d'émotion une volonté de reconstruire rapidement et une recherche de moyens humains et financiers.
Le chantier du nouveau temple est connu. Si l'on trouve seulement quelques allusions dans les textes des historiens et des orateurs, les vestiges et surtout une centaine d'inscriptions renseignent sur le déroulement et les aspects administratifs, sociaux et économiqu ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 72-76[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Les grands chantiers, le comptable et le bâtisseur [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Virginie Mathé, Auteur . - 2023 . - p. 72-76.
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in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 72-76
Mots-clés : Grèce antique constructions temples pratiques financières Note de contenu : Dans les cités grecques classiques et hellénistiques, les chantiers de construction des bâtiments publics et sacrés ont mobilisé des ouvriers venus de toute la mer Égée et des moyens financiers variés. Ils ont ainsi développé des savoirs administratifs et comptables.
Des cendres et des larmes. Voilà ce qui s'affiche à la une des journaux au lendemain du 15 avril 2019. Les photographies et les vidéos de l'incendie de Notre-Dame de Paris comme les témoignages de déploration se multiplient. Très vite, la question de la restauration et de son financement se pose : « Après le feu, les magnats arrosent », titre Libération le surlendemain. Pas de journaux, ni d'images, ni de dispositifs fiscaux avantageux quand, vers 372 avant notre ère, le temple d'Apollon à Delphes est détruit par un tremblement de terre ou un glissement de terrain, mais très certainement là aussi une vague d'émotion une volonté de reconstruire rapidement et une recherche de moyens humains et financiers.
Le chantier du nouveau temple est connu. Si l'on trouve seulement quelques allusions dans les textes des historiens et des orateurs, les vestiges et surtout une centaine d'inscriptions renseignent sur le déroulement et les aspects administratifs, sociaux et économiqu ...
Décryptage d'image : Le lion des neiges - un drapeau pour le Tibet / Alice Travers in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Décryptage d'image : Le lion des neiges - un drapeau pour le Tibet Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Alice Travers, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 78-79 Langues : Français (fre) Mots-clés : Tibet drapeau image historique Note de contenu : A la suite de l'effondrement de l'empire Qing en 1911, les Tibétains expulsent Chinois et Mandchous de leur territoire. Le 13e dalaï-lama revendique l'indépendance du Tibet en 1913 et lance une série de réformes visant à moderniser le pays et à doter son gouvernement bouddhique de tous les attributs de la souveraineté, parmi lesquels un drapeau national.
Le drapeau ici photographié (page de droite), dont l'existence est mentionnée dès 1918, a été remis au diplomate français Césaire Auguste Albert Bodard en 1920. Alors consul de France à Chengdu (en République de Chine), il transmet cette photographie le 28 août 1920 à Auguste Boppe, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République française à Pékin, accompagnée d'une lettre intitulée « Le nouveau drapeau tibétain ». Il y précise que le drapeau a été rapporté de Lhassa par un « Bouddha vivant », c'est-à-dire un lama réincarné (tulku). Bodard ajoute : « Jusqu'ici, le Ti ...
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 78-79[article] Décryptage d'image : Le lion des neiges - un drapeau pour le Tibet [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Alice Travers, Auteur . - 2023 . - p. 78-79.
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in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 78-79
Mots-clés : Tibet drapeau image historique Note de contenu : A la suite de l'effondrement de l'empire Qing en 1911, les Tibétains expulsent Chinois et Mandchous de leur territoire. Le 13e dalaï-lama revendique l'indépendance du Tibet en 1913 et lance une série de réformes visant à moderniser le pays et à doter son gouvernement bouddhique de tous les attributs de la souveraineté, parmi lesquels un drapeau national.
Le drapeau ici photographié (page de droite), dont l'existence est mentionnée dès 1918, a été remis au diplomate français Césaire Auguste Albert Bodard en 1920. Alors consul de France à Chengdu (en République de Chine), il transmet cette photographie le 28 août 1920 à Auguste Boppe, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République française à Pékin, accompagnée d'une lettre intitulée « Le nouveau drapeau tibétain ». Il y précise que le drapeau a été rapporté de Lhassa par un « Bouddha vivant », c'est-à-dire un lama réincarné (tulku). Bodard ajoute : « Jusqu'ici, le Ti ...
Guide des Livres : « Oh mia patria si bella e perduta ! » / Catherine BRICE in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : « Oh mia patria si bella e perduta ! » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Catherine BRICE, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 80-81 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Nabucco Verdi chant patriotique hymne Italie Note de contenu : Patriotique ? Antifasciste ? Hymne au prolétariat ? Tous les sens ont été donnés à ce vers du Chœur des esclaves de Nabucco, mis en musique par Verdi. Antonin Durand décrypte la réception et l’usage, depuis 1842, d’un des airs d’opéra les plus joués au monde.
Ce beau livre, qui met à mal nombre de nos convictions, aurait pu aussi s’intituler : « Comment Verdi réécrivit l’histoire. » Il montre d’emblée que le célèbre air « Va pensiero » (ou le « Chœur des esclaves ») – et en particulier, le vers « Oh mia patria si bella e perduta » (« Oh ma patrie si belle et perdue ») –, considéré, depuis la création de Nabucco, comme une forme d’entrée en patriotisme de Giuseppe Verdi, est une relecture hasardeuse. Ce que révèle l’historien Antonin Durand, spécialiste de l’Italie contemporaine, c’est que si l’opéra, un des tout premiers de Verdi, donné à la Scala de Milan en 1842, a été bien accueilli, ce vers n’a pas été particulièrement applaudi. Né en 1813, Verdi n’est pas encore le compositeur annonçant l’unification de la « patria perduta », l’Italie.
Par un travail minutieux de reconstruction de la fortune critique de Nabucco sur le long terme, l’auteur se livre à un passionnant « redéploiement » de l’œuvre. D’abord en s’intéressant au librettiste de Verdi, Temistocle Solera, qui a écrit en toute indépendance ces vers. Fils d’un patriote italien prisonnier en Autriche, ce dernier a sans doute, vers 1840, une conscience politique plus ferme que celle de Verdi. C’est en fait près de quarante ans après les faits, au moment où le compositeur réécrit sa propre histoire, qu’il fait de Va pensiero un chant séminal de l’unification italienne, et non un simple opéra biblique. Le thème, rappelons-le, est la situation des Hébreux réduits en esclavage par le roi de Babylone Nabuchodonosor. Le mythe était définitivement installé.
C’est, nous dit l’auteur, par la circulation internationale de son œuvre que Verdi en vient à être considéré par le monde comme l’artiste « italien » par excellence, tandis qu’en Italie il se politise davantage à l’occasion du printemps des peuples de 1848 : « C’est le moment de l’Unité qui amalgame l’émergence du musicien national avec le projet politique de l’unification. » Toutefois, « Va pensiero » va entamer une carrière politique plus complexe à la fin du XIXe siècle dans ces années de l’Italie libérale. L’œuvre se politise alors, mais de manière diversifiée, voire paradoxale. En effet, son message premier, la recherche d’une patrie commune, est accompli dès 1861 avec la proclamation de Victor-Emmanuel II comme « roi d’Italie » – et plus encore en 1870 avec la prise de Rome, puis la création de l’État italien. Dès lors, la capacité mobilisatrice du chœur des esclaves va en s’affadissant, et Nabucco est de moins en moins joué. Cette période correspond néanmoins aussi à celle où Verdi va créer sa propre légende, mettant cette partition au centre de son art patriotique. Et, là encore, c’est par la renommée – et la presse internationale – que le mythe verdien se consolide puis s’affirme, accompagnant la « nationalisation » de l’Italie. Les funérailles grandioses du compositeur en 1901 en témoignent.
Fascistes et antifascistes
Pourtant, à cette date, l’œuvre a déjà commencé à échapper à son créateur. Avec le développement du socialisme en Italie, la métaphore du peuple opprimé passe de la nation à la classe sociale. Les esclaves sont désormais les prolétaires enchaînés au travail. A gauche de l’échiquier politique, « Va pensiero » rencontre ainsi un réel succès. Pietro Gori, un avocat anarchiste, en utilise la musique pour composer un hymne du 1er Mai : désormais repris dans la rue par des orchestres populaires, c’est un chant d’émancipation qui rythme les luttes sociales.
Les premières années du XXe siècle sont des années de contestations et de doutes. Les erreurs des pères de l’unité sont mises en évidence : inégalités entre le Nord et le Sud, pauvreté persistante, analphabétisme et émigration signent un échec. L’existence même d’une unité culturelle du pays est questionnée : l’identité nationale semble encore bien faible. Émergent alors des idées neuves de la nation, comme celles portées par l’homme politique Enrico Corradini : pour lui, la jeune nation prolétaire doit effectuer une expansion coloniale, seul remède apparent aux fractures du pays. Nabucco – et Verdi – furent ainsi « récupérés » par le nationalisme italien dans les années suivant la conquête de la Tripolitaine qui correspondent aussi au centenaire de la naissance de Verdi, en 1913. L’œuvre du compositeur devient « un moyen de lutte dans laquelle le génie victorieux de la race pouvait s’affirmer triomphalement ». Elle accompagne aussi les revendications des terres irrédentes, comme à Trieste.
Le fascisme ne fut pas en reste : le régime de Mussolini a tenté de « capitaliser » sur l’histoire du Risorgimento en en faisant une lecture sélective, afin d’asseoir sa légitimité. Verdi est, de ce point de vue, intéressant : compositeur national et populaire, il serait utile au régime. Pourtant, il est aussi le musicien plébiscité par l’Italietta, l’Italie de la bourgeoisie libérale honnie des fascistes ; il a également mobilisé les antifascistes dans sa version prolétaire et, à partir de 1938, le fait que le peuple italien soit symbolisé par des Juifs devient problématique. Tout ceci explique un usage mesuré du « Va Pensiero » durant les vingt années du régime mussolinien. Pourtant, il sera instrumentalisé par Pietro Mascagni qui se rêve comme le compositeur de la révolution fasciste. De même, les cérémonies de masse du régime, gourmandes en chœurs et en exécutions artistiques de groupe, l’utilisèrent.
Après la guerre, vient le temps de la folklorisation. Cet opéra fut alors utilisé dans des contextes de plus en plus diversifiés, qu’ils soient politiques, événementiels ou même commerciaux. Antonin Durand accorde également des pages passionnantes au rôle joué par le chef d’orchestre Riccardo Muti, qui a réussi à tenir « Va pensiero » hors du champ d’une récupération d’extrême droite sous le gouvernement de Silvio Berlusconi et dont la représentation à Rome de mars 2011, filmée, a marqué les esprits.
En définitive, c’est bien la plasticité de l’œuvre qui l’a rendue lisible dans au moins cinq interprétations possibles : patriotique, libérale, socialiste mais aussi comme chant de l’exil voire, comme l’écrit l’auteur, « hymne universel à la résilience ». On ne peut s’empêcher de penser à Bella Ciao, ce chant de révolte paysanne qui, lui aussi, a subi, en un peu plus d’un siècle, de multiples et surprenantes relectures.
Mot clé :
Livres
Catherine Brice est professeure émérite à l'université Paris-Est Créteil.
Le Chœur des esclaves. Un chant qui a fait l’histoire, Antonin Durand, Buchet-Chastel, 2022, 342 p., 24,90 €.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 80-81[article] Guide des Livres : « Oh mia patria si bella e perduta ! » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Catherine BRICE, Auteur . - 2023 . - p. 80-81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 80-81
Mots-clés : lecture livre Nabucco Verdi chant patriotique hymne Italie Note de contenu : Patriotique ? Antifasciste ? Hymne au prolétariat ? Tous les sens ont été donnés à ce vers du Chœur des esclaves de Nabucco, mis en musique par Verdi. Antonin Durand décrypte la réception et l’usage, depuis 1842, d’un des airs d’opéra les plus joués au monde.
Ce beau livre, qui met à mal nombre de nos convictions, aurait pu aussi s’intituler : « Comment Verdi réécrivit l’histoire. » Il montre d’emblée que le célèbre air « Va pensiero » (ou le « Chœur des esclaves ») – et en particulier, le vers « Oh mia patria si bella e perduta » (« Oh ma patrie si belle et perdue ») –, considéré, depuis la création de Nabucco, comme une forme d’entrée en patriotisme de Giuseppe Verdi, est une relecture hasardeuse. Ce que révèle l’historien Antonin Durand, spécialiste de l’Italie contemporaine, c’est que si l’opéra, un des tout premiers de Verdi, donné à la Scala de Milan en 1842, a été bien accueilli, ce vers n’a pas été particulièrement applaudi. Né en 1813, Verdi n’est pas encore le compositeur annonçant l’unification de la « patria perduta », l’Italie.
Par un travail minutieux de reconstruction de la fortune critique de Nabucco sur le long terme, l’auteur se livre à un passionnant « redéploiement » de l’œuvre. D’abord en s’intéressant au librettiste de Verdi, Temistocle Solera, qui a écrit en toute indépendance ces vers. Fils d’un patriote italien prisonnier en Autriche, ce dernier a sans doute, vers 1840, une conscience politique plus ferme que celle de Verdi. C’est en fait près de quarante ans après les faits, au moment où le compositeur réécrit sa propre histoire, qu’il fait de Va pensiero un chant séminal de l’unification italienne, et non un simple opéra biblique. Le thème, rappelons-le, est la situation des Hébreux réduits en esclavage par le roi de Babylone Nabuchodonosor. Le mythe était définitivement installé.
C’est, nous dit l’auteur, par la circulation internationale de son œuvre que Verdi en vient à être considéré par le monde comme l’artiste « italien » par excellence, tandis qu’en Italie il se politise davantage à l’occasion du printemps des peuples de 1848 : « C’est le moment de l’Unité qui amalgame l’émergence du musicien national avec le projet politique de l’unification. » Toutefois, « Va pensiero » va entamer une carrière politique plus complexe à la fin du XIXe siècle dans ces années de l’Italie libérale. L’œuvre se politise alors, mais de manière diversifiée, voire paradoxale. En effet, son message premier, la recherche d’une patrie commune, est accompli dès 1861 avec la proclamation de Victor-Emmanuel II comme « roi d’Italie » – et plus encore en 1870 avec la prise de Rome, puis la création de l’État italien. Dès lors, la capacité mobilisatrice du chœur des esclaves va en s’affadissant, et Nabucco est de moins en moins joué. Cette période correspond néanmoins aussi à celle où Verdi va créer sa propre légende, mettant cette partition au centre de son art patriotique. Et, là encore, c’est par la renommée – et la presse internationale – que le mythe verdien se consolide puis s’affirme, accompagnant la « nationalisation » de l’Italie. Les funérailles grandioses du compositeur en 1901 en témoignent.
Fascistes et antifascistes
Pourtant, à cette date, l’œuvre a déjà commencé à échapper à son créateur. Avec le développement du socialisme en Italie, la métaphore du peuple opprimé passe de la nation à la classe sociale. Les esclaves sont désormais les prolétaires enchaînés au travail. A gauche de l’échiquier politique, « Va pensiero » rencontre ainsi un réel succès. Pietro Gori, un avocat anarchiste, en utilise la musique pour composer un hymne du 1er Mai : désormais repris dans la rue par des orchestres populaires, c’est un chant d’émancipation qui rythme les luttes sociales.
Les premières années du XXe siècle sont des années de contestations et de doutes. Les erreurs des pères de l’unité sont mises en évidence : inégalités entre le Nord et le Sud, pauvreté persistante, analphabétisme et émigration signent un échec. L’existence même d’une unité culturelle du pays est questionnée : l’identité nationale semble encore bien faible. Émergent alors des idées neuves de la nation, comme celles portées par l’homme politique Enrico Corradini : pour lui, la jeune nation prolétaire doit effectuer une expansion coloniale, seul remède apparent aux fractures du pays. Nabucco – et Verdi – furent ainsi « récupérés » par le nationalisme italien dans les années suivant la conquête de la Tripolitaine qui correspondent aussi au centenaire de la naissance de Verdi, en 1913. L’œuvre du compositeur devient « un moyen de lutte dans laquelle le génie victorieux de la race pouvait s’affirmer triomphalement ». Elle accompagne aussi les revendications des terres irrédentes, comme à Trieste.
Le fascisme ne fut pas en reste : le régime de Mussolini a tenté de « capitaliser » sur l’histoire du Risorgimento en en faisant une lecture sélective, afin d’asseoir sa légitimité. Verdi est, de ce point de vue, intéressant : compositeur national et populaire, il serait utile au régime. Pourtant, il est aussi le musicien plébiscité par l’Italietta, l’Italie de la bourgeoisie libérale honnie des fascistes ; il a également mobilisé les antifascistes dans sa version prolétaire et, à partir de 1938, le fait que le peuple italien soit symbolisé par des Juifs devient problématique. Tout ceci explique un usage mesuré du « Va Pensiero » durant les vingt années du régime mussolinien. Pourtant, il sera instrumentalisé par Pietro Mascagni qui se rêve comme le compositeur de la révolution fasciste. De même, les cérémonies de masse du régime, gourmandes en chœurs et en exécutions artistiques de groupe, l’utilisèrent.
Après la guerre, vient le temps de la folklorisation. Cet opéra fut alors utilisé dans des contextes de plus en plus diversifiés, qu’ils soient politiques, événementiels ou même commerciaux. Antonin Durand accorde également des pages passionnantes au rôle joué par le chef d’orchestre Riccardo Muti, qui a réussi à tenir « Va pensiero » hors du champ d’une récupération d’extrême droite sous le gouvernement de Silvio Berlusconi et dont la représentation à Rome de mars 2011, filmée, a marqué les esprits.
En définitive, c’est bien la plasticité de l’œuvre qui l’a rendue lisible dans au moins cinq interprétations possibles : patriotique, libérale, socialiste mais aussi comme chant de l’exil voire, comme l’écrit l’auteur, « hymne universel à la résilience ». On ne peut s’empêcher de penser à Bella Ciao, ce chant de révolte paysanne qui, lui aussi, a subi, en un peu plus d’un siècle, de multiples et surprenantes relectures.
Mot clé :
Livres
Catherine Brice est professeure émérite à l'université Paris-Est Créteil.
Le Chœur des esclaves. Un chant qui a fait l’histoire, Antonin Durand, Buchet-Chastel, 2022, 342 p., 24,90 €.
Guide des Livres : Sauver les hommes ou les tigres ? / Hélène Blais in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
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Titre : Guide des Livres : Sauver les hommes ou les tigres ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Hélène Blais, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre nature protection environnement Note de contenu : Vis-à-vis de la nature, les hommes sont partagés entre prédation et protection.
Cet ouvrage collectif pose de nouveaux jalons dans l’écriture d’une histoire environnementale globale, interrogeant les filiations et les héritages entre les pratiques coloniales et postcoloniales du gouvernement de la nature en Asie et en Afrique. Partant de la contradiction exprimée dans le titre, l’ouvrage rassemble une série d’études de cas, mettant en regard les usages locaux et les pratiques importées.
Ce sont les acteurs liés à la protection de l’environnement qui constituent le fil rouge de l’ouvrage. Administrateurs coloniaux, responsables politiques, scientifiques et experts sont pistés, afin d’identifier les communautés ainsi que les réseaux dans lesquels ils agissent. Sont interrogées les circulations d’experts d’un territoire à l’autre, du Kenya à la Malaisie, ou de l’Afrique du Sud à l’Afrique de l’Est, et leur adaptation (ou non) aux différents contextes dans lesquels ils interviennent. La plupart des auteurs soulignent les apories des politiques de conservation, à toutes les époques. Les tentations de protection (des forêts à Singapour par exemple), de mise en réserve, d’amélioration (comme celle des moutons de Rambouillet que l’on tente d’acclimater en Algérie) se heurtent régulièrement à des intérêts divergents.
Les populations rurales les plus vulnérables, dépendantes des ressources naturelles, sont souvent les premières victimes des politiques de protection. Meera Anna Oommen souligne ainsi l’actualité des contradictions de la protection des espèces menacées en Inde, alors que des villageois sont régulièrement attaqués par des tigres, protégés par des associations. Les treize chapitres du livre sont autant d’incitations à penser la protection de la nature dans une perspective de micro-histoire globale, en dépassant les frontières entre le temps colonial et le temps postcolonial. Sans doute serait-il intéressant d’interroger également les temps « précoloniaux » pour inscrire véritablement cette histoire du gouvernement de la nature dans la longue durée. L’actualité des questions soulevées par l’ouvrage mérite en tout cas pleinement qu’on s’y arrête.
Mot clé :
Livres
Hélène Blais est professeure à l'École normale supérieure (Paris).
Protéger et détruire. Gouverner la nature sous les Tropiques, XXe-XXIe siècle, Guillaume Blanc, Mathieu Guérin, Grégory Quenet (dir.), CNRS Éditions, 2022, 381
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 82[article] Guide des Livres : Sauver les hommes ou les tigres ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Hélène Blais, Auteur . - 2023 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre nature protection environnement Note de contenu : Vis-à-vis de la nature, les hommes sont partagés entre prédation et protection.
Cet ouvrage collectif pose de nouveaux jalons dans l’écriture d’une histoire environnementale globale, interrogeant les filiations et les héritages entre les pratiques coloniales et postcoloniales du gouvernement de la nature en Asie et en Afrique. Partant de la contradiction exprimée dans le titre, l’ouvrage rassemble une série d’études de cas, mettant en regard les usages locaux et les pratiques importées.
Ce sont les acteurs liés à la protection de l’environnement qui constituent le fil rouge de l’ouvrage. Administrateurs coloniaux, responsables politiques, scientifiques et experts sont pistés, afin d’identifier les communautés ainsi que les réseaux dans lesquels ils agissent. Sont interrogées les circulations d’experts d’un territoire à l’autre, du Kenya à la Malaisie, ou de l’Afrique du Sud à l’Afrique de l’Est, et leur adaptation (ou non) aux différents contextes dans lesquels ils interviennent. La plupart des auteurs soulignent les apories des politiques de conservation, à toutes les époques. Les tentations de protection (des forêts à Singapour par exemple), de mise en réserve, d’amélioration (comme celle des moutons de Rambouillet que l’on tente d’acclimater en Algérie) se heurtent régulièrement à des intérêts divergents.
Les populations rurales les plus vulnérables, dépendantes des ressources naturelles, sont souvent les premières victimes des politiques de protection. Meera Anna Oommen souligne ainsi l’actualité des contradictions de la protection des espèces menacées en Inde, alors que des villageois sont régulièrement attaqués par des tigres, protégés par des associations. Les treize chapitres du livre sont autant d’incitations à penser la protection de la nature dans une perspective de micro-histoire globale, en dépassant les frontières entre le temps colonial et le temps postcolonial. Sans doute serait-il intéressant d’interroger également les temps « précoloniaux » pour inscrire véritablement cette histoire du gouvernement de la nature dans la longue durée. L’actualité des questions soulevées par l’ouvrage mérite en tout cas pleinement qu’on s’y arrête.
Mot clé :
Livres
Hélène Blais est professeure à l'École normale supérieure (Paris).
Protéger et détruire. Gouverner la nature sous les Tropiques, XXe-XXIe siècle, Guillaume Blanc, Mathieu Guérin, Grégory Quenet (dir.), CNRS Éditions, 2022, 381Guide des Livres : La Compagnie de Jésus dans tous ses états / Olivier Christin in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
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Titre : Guide des Livres : La Compagnie de Jésus dans tous ses états Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Christin, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre jésuites voyage histoire Note de contenu : Un collectif retrace l'histoire des pensées et actions jésuites depuis 1540.
C'est un voyage long et riche en découvertes que promet au lecteur cette somme sur les jésuites dirigée par Pierre Antoine Fabre et Benoist Pierre, un peu à l'image des périples qu'entreprenaient les membres de la Compagnie qui, dès ses premiers pas, fit de la vocation missionnaire et de l'apostolat des Indes sa marque distinctive. Le livre tire en effet tous les bénéfices possibles de sa forme hybride.
D'un côté, une histoire, qui retrace la naissance, le développement extraordinaire de la Compagnie, décrit les épreuves qu'elle doit affronter et réussit à nuancer l'opposition que les historiens avaient établie entre une première Compagnie (1540-1773), moderne et ouverte aux innovations scientifiques, et une seconde Compagnie, restaurée après 1814, conservatrice, antimoderne, « ensoutanée ».
Pierre Antoine Fabre y démontre magistralement la centralité du projet missionnaire, la force de l'appel des Indes d'ici (l'Europe à reconquérir) et de là-bas (le Brésil, l'Inde, la Chine), comme le disent les splendides lettres Indipetae où les aspirants au départ disent leur désir d'aller sur les frontières de la catholicité. Il rappelle aussi l'inlassable travail de la Compagnie sur elle-même, l'écriture délicate de sa propre histoire et le rôle central des Exercices spirituels ou de la correspondance en tant qu'outils spirituels et instruments de gouvernement de l'ordre dont les lieux et les domaines d'intervention ne cessent de s'élargir.
De l'autre, un dictionnaire où, sous la plume des meilleurs spécialistes français et étrangers, on peut prendre la mesure de la diversité des profils et des trajectoires des jésuites, et l'ampleur de leurs activités. On y perçoit bien la tension permanente et fondatrice entre le gouvernement central à Rome et les expériences locales. L'objectif annoncé - « multicentrer au maximum l'histoire de la Compagnie » - est atteint.
Mot clé :
Livres
Olivier Christin est professeur à l'université de Neuchâtel.
Les Jésuites. Histoire et dictionnaire, Pierre Antoine Fabre, Benoist Pierre (dir.), Bouquins, 2022, 1376 p.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 82[article] Guide des Livres : La Compagnie de Jésus dans tous ses états [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Christin, Auteur . - 2023 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre jésuites voyage histoire Note de contenu : Un collectif retrace l'histoire des pensées et actions jésuites depuis 1540.
C'est un voyage long et riche en découvertes que promet au lecteur cette somme sur les jésuites dirigée par Pierre Antoine Fabre et Benoist Pierre, un peu à l'image des périples qu'entreprenaient les membres de la Compagnie qui, dès ses premiers pas, fit de la vocation missionnaire et de l'apostolat des Indes sa marque distinctive. Le livre tire en effet tous les bénéfices possibles de sa forme hybride.
D'un côté, une histoire, qui retrace la naissance, le développement extraordinaire de la Compagnie, décrit les épreuves qu'elle doit affronter et réussit à nuancer l'opposition que les historiens avaient établie entre une première Compagnie (1540-1773), moderne et ouverte aux innovations scientifiques, et une seconde Compagnie, restaurée après 1814, conservatrice, antimoderne, « ensoutanée ».
Pierre Antoine Fabre y démontre magistralement la centralité du projet missionnaire, la force de l'appel des Indes d'ici (l'Europe à reconquérir) et de là-bas (le Brésil, l'Inde, la Chine), comme le disent les splendides lettres Indipetae où les aspirants au départ disent leur désir d'aller sur les frontières de la catholicité. Il rappelle aussi l'inlassable travail de la Compagnie sur elle-même, l'écriture délicate de sa propre histoire et le rôle central des Exercices spirituels ou de la correspondance en tant qu'outils spirituels et instruments de gouvernement de l'ordre dont les lieux et les domaines d'intervention ne cessent de s'élargir.
De l'autre, un dictionnaire où, sous la plume des meilleurs spécialistes français et étrangers, on peut prendre la mesure de la diversité des profils et des trajectoires des jésuites, et l'ampleur de leurs activités. On y perçoit bien la tension permanente et fondatrice entre le gouvernement central à Rome et les expériences locales. L'objectif annoncé - « multicentrer au maximum l'histoire de la Compagnie » - est atteint.
Mot clé :
Livres
Olivier Christin est professeur à l'université de Neuchâtel.
Les Jésuites. Histoire et dictionnaire, Pierre Antoine Fabre, Benoist Pierre (dir.), Bouquins, 2022, 1376 p.Guide des Livres : Néron en Ukraine in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
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Titre : Guide des Livres : Néron en Ukraine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Néron histoire personnage Note de contenu : Néron. Le pouvoir et la scène, Pierre Cosme, Armand Colin, 2022, 208 p., 21,90 €.
24 heures de la vie sous Néron, Dimitri Tilloi-d’Ambroisi, PUF, 2022, 156 p., 17 €.
La fascination que ce personnage énigmatique - tyran ou monarque ? brute ou artiste ? - exerce toujours, se traduit par la parution simultanée de deux ouvrages présentant en couverture la même reproduction d'un tableau de Jan Styka (vers 1900).
Pierre Cosme livre une biographie qui suit la chronologie de la vie du dernier empereur de la dynastie julio-claudienne, contraint à se donner la mort à 30 ans. Il oppose classiquement le début de règne considéré par les Anciens comme un âge d'or et la seconde partie marquée par la violence (le matricide contre Agrippine, les exécutions de sénateurs soupçonnés de complot) et la place croissante des spectacles dans la vie de l'empereur. L'originalité de son approche vient du parti qu'il tire de sources peu présentes en général dans ce type d'ouvrage, numismatiques, archéologiques et épigraphiques, et de l'éclairage qu'il donne sur les opérations militaires aux frontières de l'empire : Bretagne, Germanie, Arménie, Judée et même en Ukraine, une campagne connue seulement par une inscription, qui ouvrit à Rome les ressources en blé de cette région. Évitant l'hagiographie comme le portrait à charge, ce livre donne des clés pour mieux comprendre le règne d'un empereur qui ne fut ni aussi incohérent ni aussi impopulaire qu'on le dit parfois.
A mi-chemin entre roman historique et présentation didactique, le petit livre de Dimitri Tilloi-d'Ambrosi, à partir d'un événement précis, la disgrâce d'Octavie par Néron pour épouser Poppée en 62, convie le lecteur à une promenade dans Rome aux côtés d'Anicetus, affranchi impérial, pour exposer la manière dont on y vivait. S'il n'évite pas quelques poncifs, à commencer par l'opposition simpliste entre les riches « patriciens » (en fait les nobles et des élites en général) et les pauvres plébéiens, le propos est plaisant et bien documenté.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 83[article] Guide des Livres : Néron en Ukraine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 83
Mots-clés : lecture livre Néron histoire personnage Note de contenu : Néron. Le pouvoir et la scène, Pierre Cosme, Armand Colin, 2022, 208 p., 21,90 €.
24 heures de la vie sous Néron, Dimitri Tilloi-d’Ambroisi, PUF, 2022, 156 p., 17 €.
La fascination que ce personnage énigmatique - tyran ou monarque ? brute ou artiste ? - exerce toujours, se traduit par la parution simultanée de deux ouvrages présentant en couverture la même reproduction d'un tableau de Jan Styka (vers 1900).
Pierre Cosme livre une biographie qui suit la chronologie de la vie du dernier empereur de la dynastie julio-claudienne, contraint à se donner la mort à 30 ans. Il oppose classiquement le début de règne considéré par les Anciens comme un âge d'or et la seconde partie marquée par la violence (le matricide contre Agrippine, les exécutions de sénateurs soupçonnés de complot) et la place croissante des spectacles dans la vie de l'empereur. L'originalité de son approche vient du parti qu'il tire de sources peu présentes en général dans ce type d'ouvrage, numismatiques, archéologiques et épigraphiques, et de l'éclairage qu'il donne sur les opérations militaires aux frontières de l'empire : Bretagne, Germanie, Arménie, Judée et même en Ukraine, une campagne connue seulement par une inscription, qui ouvrit à Rome les ressources en blé de cette région. Évitant l'hagiographie comme le portrait à charge, ce livre donne des clés pour mieux comprendre le règne d'un empereur qui ne fut ni aussi incohérent ni aussi impopulaire qu'on le dit parfois.
A mi-chemin entre roman historique et présentation didactique, le petit livre de Dimitri Tilloi-d'Ambrosi, à partir d'un événement précis, la disgrâce d'Octavie par Néron pour épouser Poppée en 62, convie le lecteur à une promenade dans Rome aux côtés d'Anicetus, affranchi impérial, pour exposer la manière dont on y vivait. S'il n'évite pas quelques poncifs, à commencer par l'opposition simpliste entre les riches « patriciens » (en fait les nobles et des élites en général) et les pauvres plébéiens, le propos est plaisant et bien documenté.
Guide des Livres : Le Bel arrogant in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le Bel arrogant Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Philippe le Bel histoire puissance Note de contenu : Philippe le Bel. La puissance et la grandeur, Jacques Krynen, Gallimard, 2022, 160 p.
Cet essai vif, sans notes, n'est pas une nouvelle biographie du roi - le grand oeuvre reste celui de Jean Favier en 1978 -, mais une lecture du règne du petit-fils de Saint Louis, qui gouverna le royaume de France de 1285 à 1314. La thèse est claire : Philippe le Bel a « sans aucun doute fait la France, précocement, durablement ». En apparence, elle ne surprend pas, tant depuis quelques décennies les historiens ont mis en avant les apports du règne à la construction de l'« État » de la fin du Moyen Age. Mais, nous rappelle l'auteur, Philippe le Bel est un continuateur, le processus étant largement enclenché depuis un siècle au moins. On sait ainsi les innovations en matière de conception et de prélèvement de taxes que l'on doit au père des rois maudits : dans un État royal qui a besoin de toujours plus de liquidités, le principe d'un impôt payable par tous fait son chemin. Mais ce n'est pas d'abord là que Philippe le Bel a « fait la France » (le titre de la collection où paraît l'ouvrage) : c'est dans la transformation des esprits qu'il a enclenchée. Pour le roi, appuyé par des intellectuels et des conseillers comme Guillaume de Nogaret ou Pierre Dubois, il ne semble faire aucun doute que la France peut prétendre à une domination universelle. Certains veulent même y transférer le siège pontifical. En d'autres termes, Philippe le Bel, c'est le début du complexe de supériorité de la France et le roi aurait pu faire siennes bien des phrases de De Gaulle. Il fallut cependant attendre quelques siècles pour que ce « nationalisme » quitte les seules sphères intellectuelles et politiques centrales.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 83[article] Guide des Livres : Le Bel arrogant [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 83
Mots-clés : lecture livre Philippe le Bel histoire puissance Note de contenu : Philippe le Bel. La puissance et la grandeur, Jacques Krynen, Gallimard, 2022, 160 p.
Cet essai vif, sans notes, n'est pas une nouvelle biographie du roi - le grand oeuvre reste celui de Jean Favier en 1978 -, mais une lecture du règne du petit-fils de Saint Louis, qui gouverna le royaume de France de 1285 à 1314. La thèse est claire : Philippe le Bel a « sans aucun doute fait la France, précocement, durablement ». En apparence, elle ne surprend pas, tant depuis quelques décennies les historiens ont mis en avant les apports du règne à la construction de l'« État » de la fin du Moyen Age. Mais, nous rappelle l'auteur, Philippe le Bel est un continuateur, le processus étant largement enclenché depuis un siècle au moins. On sait ainsi les innovations en matière de conception et de prélèvement de taxes que l'on doit au père des rois maudits : dans un État royal qui a besoin de toujours plus de liquidités, le principe d'un impôt payable par tous fait son chemin. Mais ce n'est pas d'abord là que Philippe le Bel a « fait la France » (le titre de la collection où paraît l'ouvrage) : c'est dans la transformation des esprits qu'il a enclenchée. Pour le roi, appuyé par des intellectuels et des conseillers comme Guillaume de Nogaret ou Pierre Dubois, il ne semble faire aucun doute que la France peut prétendre à une domination universelle. Certains veulent même y transférer le siège pontifical. En d'autres termes, Philippe le Bel, c'est le début du complexe de supériorité de la France et le roi aurait pu faire siennes bien des phrases de De Gaulle. Il fallut cependant attendre quelques siècles pour que ce « nationalisme » quitte les seules sphères intellectuelles et politiques centrales.
Guide des Livres : Le lion et le renard in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le lion et le renard Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 83 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Ginzburg Carlo comparaison norme Machiavel Pascal rapprochement Note de contenu : Néanmoins. Machiavel, Pascal, Carlo Ginzburg, traduit de l’italien par Martin Rueff, Verdier, 2022, 288 p.
Carlo Ginzburg est le maître des rapprochements. Lorsqu'il se penche sur la statue que Michel-Ange a sculptée dans l'église San Lorenzo de Florence à l'effigie de Laurent II de Médicis, il remarque un détail qui cloche : l'accoudoir s'achève par la tête d'un animal hybride. Un lion-souris, selon l'hypothèse traditionnelle de l'histoire de l'art ? Mais non - ouvrons le Prince que Machiavel a justement dédié à Laurent, dit le Jeune. On y lit qu'il doit, selon la nécessité, paraître fort comme un lion ou rusé comme un renard. Car s'il faut au prince agir avec pitié, il doit en certaines occasions, « néanmoins », faire montre de cruauté. Le mot est lâché ; en italien (nondimanco) et en latin (tamen), le mot scande la langue de Machiavel, comme d'ailleurs celle des autres diplomates italiens du Quattrocento. Il dit l'insuffisance des lois générales pour rendre compte des situations effectives et la nécessité, en politique, de penser par cas. En politique comme en histoire, d'ailleurs : telle est aussi la méthode du micro-historien, qui se penche sur les traces pour recomposer des intrigues.
Ainsi la présence d'un traité de casuistique médiévale dans la bibliothèque du père de Machiavel, celui du professeur de droit canonique Giovanni d'Andrea, mort de la peste en 1348, devient pour Ginzburg l'indice de l'influence de cette pensée par cas qui articule la norme et l'exception. On le comprend, en acceptant de se perdre dans les délicieux dédales de ce livre exigeant, on en apprendra autant, et peut-être davantage, sur la méthode de Carlo Ginzburg que sur les deux auteurs (Machiavel adepte de la casuistique, Pascal son farouche adversaire) que la virgule du titre sépare tout en les rapprochant.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 83[article] Guide des Livres : Le lion et le renard [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 83
Mots-clés : lecture livre Ginzburg Carlo comparaison norme Machiavel Pascal rapprochement Note de contenu : Néanmoins. Machiavel, Pascal, Carlo Ginzburg, traduit de l’italien par Martin Rueff, Verdier, 2022, 288 p.
Carlo Ginzburg est le maître des rapprochements. Lorsqu'il se penche sur la statue que Michel-Ange a sculptée dans l'église San Lorenzo de Florence à l'effigie de Laurent II de Médicis, il remarque un détail qui cloche : l'accoudoir s'achève par la tête d'un animal hybride. Un lion-souris, selon l'hypothèse traditionnelle de l'histoire de l'art ? Mais non - ouvrons le Prince que Machiavel a justement dédié à Laurent, dit le Jeune. On y lit qu'il doit, selon la nécessité, paraître fort comme un lion ou rusé comme un renard. Car s'il faut au prince agir avec pitié, il doit en certaines occasions, « néanmoins », faire montre de cruauté. Le mot est lâché ; en italien (nondimanco) et en latin (tamen), le mot scande la langue de Machiavel, comme d'ailleurs celle des autres diplomates italiens du Quattrocento. Il dit l'insuffisance des lois générales pour rendre compte des situations effectives et la nécessité, en politique, de penser par cas. En politique comme en histoire, d'ailleurs : telle est aussi la méthode du micro-historien, qui se penche sur les traces pour recomposer des intrigues.
Ainsi la présence d'un traité de casuistique médiévale dans la bibliothèque du père de Machiavel, celui du professeur de droit canonique Giovanni d'Andrea, mort de la peste en 1348, devient pour Ginzburg l'indice de l'influence de cette pensée par cas qui articule la norme et l'exception. On le comprend, en acceptant de se perdre dans les délicieux dédales de ce livre exigeant, on en apprendra autant, et peut-être davantage, sur la méthode de Carlo Ginzburg que sur les deux auteurs (Machiavel adepte de la casuistique, Pascal son farouche adversaire) que la virgule du titre sépare tout en les rapprochant.
Guide des Livres : Enfin Berl nous parle / Jean-Pierre Rioux in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Enfin Berl nous parle Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jean-Pierre Rioux, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Berl publications écrivain journaliste Note de contenu : Le Temps, les idées et les hommes, Emmanuel Berl, Bouquins, 2022, 896 p., 30 €.
Bernard de Fallois réédite aux éditions Bouquins les textes d'Emmanuel Berl, mort en 1976, qu'il avait d'abord publiés chez Julliard en 1985, augmentés d'une biographie pétillante de Bernard Morlino. Car, pense-t-il à raison, nos paniques politiques, européennes, intellectuelles et morales d'aujourd'hui, Berl ce méconnu les avait pressenties. Pourquoi diable ne pas le dire ?
Berl, il est vrai, est oublié. Non sans raisons, dont les belles âmes l'ont accablé dès 1945 et jusqu'à sa mort. Oui, l'écrivain, le journaliste, le pamphlétaire a été munichois en 1938 et il l'a proclamé par haine de la guerre, au nom de ceux de sa génération dont les capotes avaient été maculées par les cervelles et les tripes des camarades hachés dans les tranchées ou celles des gosses bombardés. Ce qui fut le cas pour lui, le jeune Berl, pris dans les barbelés parmi sa section à l'agonie puis avec deux bébés mourants dans les bras, sur le front des Vosges. Oui aussi, de nuit, dans un hôtel de Vichy, il a rendu lisibles les discours des 23 et 25 juin 1940 d'un maréchal peu radiophonique, où il avait glissé les deux seules phrases qui resteront : « Je hais les mensonges qui nous ont fait tant de mal » et « La terre, elle, ne ment pas. »
Oui, mais. Vite vacciné contre les pétainistes et les collabos « qui s'enfoncent dans le délire », Juif planqué au fond de la Corrèze, Berl y a côtoyé avec joie des résistants locaux sans s'engager dans un mouvement. Après 1945 il s'est réfugié dans les études d'histoire, a vagabondé dans la presse qui ne lui tenait pas rancune et, surtout, a entouré la femme de sa vie, Mireille, une résistante, elle, auteure de chansons et folle de swing. Il l'accompagna jusqu'en 1974, en « téléspectateur engagé » dès 1954, dans le studio d'enregistrement du si populaire « Petit conservatoire de la chanson ».
Cette fin sans amertume ne doit pas faire oublier le journaliste redouté, le critique littéraire et l'amateur d'art fougueux, l'engagé en politique renié par la gauche comme par la droite, l'observateur féroce de la société à travers sa dénonciation de la Mort de la morale bourgeoise (Gallimard, 1930). Un titre aujourd'hui à la poubelle mais qui posait une question de confiance qui devrait mieux nous hanter de nos jours : dissous dans nos contradictions, « sommes-nous réellement incapables de tout lâcher, d'avouer que tout nous lâche ? ».
Dans cette édition Bernard de Fallois collationne des articles piochés dans Combat, La Table ronde, Le Nouveau Candide ou Preuves, sans s'attarder sur ceux d'avant la guerre. Le parcours multiforme de ces essais est jalonné par huit entrées, l'histoire, la politique, l'Europe, les écrivains, l'art, la justice, les Juifs, les débats de notre temps. Face aux imposteurs et aux snobs, on y croise nombre de ceux qui comptèrent pour Berl, au nom de l'intelligence et du vrai : Voltaire, Proust, Camus ; Michelet, Marc Bloch ; Saint Louis, de Gaulle, Mauriac, la philosophe Simone Weil ; les Juifs français et Israël.
Beaucoup d'autres Justes, beaucoup d'idées éclaircies, beaucoup de virulence : la preuve que Berl mérite encore le détour.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 84[article] Guide des Livres : Enfin Berl nous parle [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jean-Pierre Rioux, Auteur . - 2023 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 84
Mots-clés : lecture livre Berl publications écrivain journaliste Note de contenu : Le Temps, les idées et les hommes, Emmanuel Berl, Bouquins, 2022, 896 p., 30 €.
Bernard de Fallois réédite aux éditions Bouquins les textes d'Emmanuel Berl, mort en 1976, qu'il avait d'abord publiés chez Julliard en 1985, augmentés d'une biographie pétillante de Bernard Morlino. Car, pense-t-il à raison, nos paniques politiques, européennes, intellectuelles et morales d'aujourd'hui, Berl ce méconnu les avait pressenties. Pourquoi diable ne pas le dire ?
Berl, il est vrai, est oublié. Non sans raisons, dont les belles âmes l'ont accablé dès 1945 et jusqu'à sa mort. Oui, l'écrivain, le journaliste, le pamphlétaire a été munichois en 1938 et il l'a proclamé par haine de la guerre, au nom de ceux de sa génération dont les capotes avaient été maculées par les cervelles et les tripes des camarades hachés dans les tranchées ou celles des gosses bombardés. Ce qui fut le cas pour lui, le jeune Berl, pris dans les barbelés parmi sa section à l'agonie puis avec deux bébés mourants dans les bras, sur le front des Vosges. Oui aussi, de nuit, dans un hôtel de Vichy, il a rendu lisibles les discours des 23 et 25 juin 1940 d'un maréchal peu radiophonique, où il avait glissé les deux seules phrases qui resteront : « Je hais les mensonges qui nous ont fait tant de mal » et « La terre, elle, ne ment pas. »
Oui, mais. Vite vacciné contre les pétainistes et les collabos « qui s'enfoncent dans le délire », Juif planqué au fond de la Corrèze, Berl y a côtoyé avec joie des résistants locaux sans s'engager dans un mouvement. Après 1945 il s'est réfugié dans les études d'histoire, a vagabondé dans la presse qui ne lui tenait pas rancune et, surtout, a entouré la femme de sa vie, Mireille, une résistante, elle, auteure de chansons et folle de swing. Il l'accompagna jusqu'en 1974, en « téléspectateur engagé » dès 1954, dans le studio d'enregistrement du si populaire « Petit conservatoire de la chanson ».
Cette fin sans amertume ne doit pas faire oublier le journaliste redouté, le critique littéraire et l'amateur d'art fougueux, l'engagé en politique renié par la gauche comme par la droite, l'observateur féroce de la société à travers sa dénonciation de la Mort de la morale bourgeoise (Gallimard, 1930). Un titre aujourd'hui à la poubelle mais qui posait une question de confiance qui devrait mieux nous hanter de nos jours : dissous dans nos contradictions, « sommes-nous réellement incapables de tout lâcher, d'avouer que tout nous lâche ? ».
Dans cette édition Bernard de Fallois collationne des articles piochés dans Combat, La Table ronde, Le Nouveau Candide ou Preuves, sans s'attarder sur ceux d'avant la guerre. Le parcours multiforme de ces essais est jalonné par huit entrées, l'histoire, la politique, l'Europe, les écrivains, l'art, la justice, les Juifs, les débats de notre temps. Face aux imposteurs et aux snobs, on y croise nombre de ceux qui comptèrent pour Berl, au nom de l'intelligence et du vrai : Voltaire, Proust, Camus ; Michelet, Marc Bloch ; Saint Louis, de Gaulle, Mauriac, la philosophe Simone Weil ; les Juifs français et Israël.
Beaucoup d'autres Justes, beaucoup d'idées éclaircies, beaucoup de virulence : la preuve que Berl mérite encore le détour.
Guide des Livres : Le codex de Goa in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le codex de Goa Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre codex Orient 1950 trajectoire Goa Note de contenu : Les Peuples de l’Orient au milieu du XVIe siècle, Sanjay Subrahmanyam, Chandeigne, 2022, 320 p.
Qui est l'auteur du codex 1889 de la Bibliothèque Casanatense de Rome ? On le sait originaire de Goa, mais les circonstances de sa production demeurent un mystère. Qui a bien pu dessiner, peindre et annoter les 76 planches de cet album, atterrissant en 1620 entre les mains du jeune jésuite portugais João da Costa ? Qui pour commissionner cette oeuvre de prestige, dont chacune des pages donne à voir un des peuples de l'Orient, des « Nubiens » aux « Sindes » ?
Dans sa préface au codex, magnifiquement reproduit en intégralité et commenté dans cet ouvrage, Sanjay Subrahmanyam entraîne son lecteur dans une vaste enquête autour de l'identité du ou plutôt des auteurs de l'album. Et la tâche n'est pas aisée : au milieu du XVIe siècle, se côtoient à Goa des administrateurs venus de Lisbonne, des hommes d'Église, des Juifs convertis, des artisans indiens, comme des Portugais dits « casados » puisqu'ils sont mariés avec des Indiennes. Autant de suspects qu'une passionnante plongée dans les travaux consacrés à ce codex depuis les années 1950 permet d'écarter ou d'incriminer. Que le lecteur se rassure, Sanjay Subrahmanyam parvient à percer une partie du mystère. Par sa trajectoire complexe, dont tous les rebondissements n'ont pas encore été élucidés, cette oeuvre d'une extraordinaire richesse témoigne de la diversité de la société portugaise de Goa et de la complexité des rapports qu'elle entretient avec la culture et les élites indiennes à l'Époque moderne.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 84[article] Guide des Livres : Le codex de Goa [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 84
Mots-clés : lecture livre codex Orient 1950 trajectoire Goa Note de contenu : Les Peuples de l’Orient au milieu du XVIe siècle, Sanjay Subrahmanyam, Chandeigne, 2022, 320 p.
Qui est l'auteur du codex 1889 de la Bibliothèque Casanatense de Rome ? On le sait originaire de Goa, mais les circonstances de sa production demeurent un mystère. Qui a bien pu dessiner, peindre et annoter les 76 planches de cet album, atterrissant en 1620 entre les mains du jeune jésuite portugais João da Costa ? Qui pour commissionner cette oeuvre de prestige, dont chacune des pages donne à voir un des peuples de l'Orient, des « Nubiens » aux « Sindes » ?
Dans sa préface au codex, magnifiquement reproduit en intégralité et commenté dans cet ouvrage, Sanjay Subrahmanyam entraîne son lecteur dans une vaste enquête autour de l'identité du ou plutôt des auteurs de l'album. Et la tâche n'est pas aisée : au milieu du XVIe siècle, se côtoient à Goa des administrateurs venus de Lisbonne, des hommes d'Église, des Juifs convertis, des artisans indiens, comme des Portugais dits « casados » puisqu'ils sont mariés avec des Indiennes. Autant de suspects qu'une passionnante plongée dans les travaux consacrés à ce codex depuis les années 1950 permet d'écarter ou d'incriminer. Que le lecteur se rassure, Sanjay Subrahmanyam parvient à percer une partie du mystère. Par sa trajectoire complexe, dont tous les rebondissements n'ont pas encore été élucidés, cette oeuvre d'une extraordinaire richesse témoigne de la diversité de la société portugaise de Goa et de la complexité des rapports qu'elle entretient avec la culture et les élites indiennes à l'Époque moderne.
Guide des Livres : 1832 - crise sanitaire in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : 1832 - crise sanitaire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 84 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre choléra 1832 pandémie Bengale France Note de contenu : Combattre la pandémie. Les médecins et l’État face au choléra de 1832, Nicolas Cadet, Vendémiaire, 2022, 420 p., 25 €.
Grande pandémie du XIXe siècle, le choléra est pourtant relativement délaissé par les historiens. Apparu au Bengale en 1817, il arrive en Europe en 1832 : cette première vague fait plus de 100 000 morts en France. Nicolas Cadet consacre une belle monographie à la réaction des autorités devant ce nouveau fléau, à partir du cas de la Sarthe. Le département sert d'observatoire de cette « crise », au sens de révélateur des tensions à l'oeuvre dans une société française en pleine mutation. La médecine est alors tiraillée entre contagionnistes et « miasmatiques », entre diplômés de l'université et officiers de santé. Son impuissance nourrit cependant la concurrence des médecins populaires, sorciers et même des bonnes soeurs. La monarchie de Juillet, quant à elle, vit dans la crainte que la pandémie ne favorise l'agitation légitimiste et la tentative de soulèvement de la duchesse de Berry : dans une Sarthe soumise à l'influence de l'Ouest chouan, combattre la pandémie revient surtout à rassurer et à contrôler les populations. L'échec relatif de la gestion immédiate accélère toutefois à terme l'essor de l'hygiénisme, de la médecine prophylactique, du recensement administratif - ou, pour le dire avec Foucault, de la biopolitique.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 84[article] Guide des Livres : 1832 - crise sanitaire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 84.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 84
Mots-clés : lecture livre choléra 1832 pandémie Bengale France Note de contenu : Combattre la pandémie. Les médecins et l’État face au choléra de 1832, Nicolas Cadet, Vendémiaire, 2022, 420 p., 25 €.
Grande pandémie du XIXe siècle, le choléra est pourtant relativement délaissé par les historiens. Apparu au Bengale en 1817, il arrive en Europe en 1832 : cette première vague fait plus de 100 000 morts en France. Nicolas Cadet consacre une belle monographie à la réaction des autorités devant ce nouveau fléau, à partir du cas de la Sarthe. Le département sert d'observatoire de cette « crise », au sens de révélateur des tensions à l'oeuvre dans une société française en pleine mutation. La médecine est alors tiraillée entre contagionnistes et « miasmatiques », entre diplômés de l'université et officiers de santé. Son impuissance nourrit cependant la concurrence des médecins populaires, sorciers et même des bonnes soeurs. La monarchie de Juillet, quant à elle, vit dans la crainte que la pandémie ne favorise l'agitation légitimiste et la tentative de soulèvement de la duchesse de Berry : dans une Sarthe soumise à l'influence de l'Ouest chouan, combattre la pandémie revient surtout à rassurer et à contrôler les populations. L'échec relatif de la gestion immédiate accélère toutefois à terme l'essor de l'hygiénisme, de la médecine prophylactique, du recensement administratif - ou, pour le dire avec Foucault, de la biopolitique.
Guide des Livres : Services secrets russes in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Services secrets russes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 85 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Russie services secrets agents Note de contenu : Okhrana. La police secrète des tsars, 1883-1917, Alexandre Sumpf, Cerf, 2022, 448 p.
Les services secrets russes font la une de l'actualité depuis plusieurs années (rappelons notamment les affaires d'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko, de Sergueï et Ioulia Skripal et d'Alexeï Navalny). Ils intéressent les historiens qui considèrent, à la suite d'Olivier Forcade, que le renseignement constitue un objet d'étude particulièrement fécond. Basé sur de nombreux documents inédits, l'ambitieux ouvrage d'Alexandre Sumpf, maître de conférences à l'université de Strasbourg, vient à point nommé rappeler ce que doivent les espions russes actuels à leurs prédécesseurs - non plus du KGB, comme on l'entend souvent, mais de l'Okhrana. Le vocable dérive du russe okhrannoïé otdelenié (« département » ou « service de sûreté ») et désigne, par synecdoque, la totalité du système policier tsariste.
Cette institution, créée à la fin du XIXe siècle pour lutter contre le terrorisme et la subversion révolutionnaire, professionnalise le système de surveillance, qu'elle pratique d'abord en Russie, puis à l'étranger, poussant à son paroxysme l'art de l'infiltration, de la falsification et de la cryptologie. Alexandre Sumpf, connu pour son histoire sociale de la Grande Guerre russe, ne centre pas son récit sur les « grands infiltrés » qu'ont été Yevno Azef, agent ayant organisé plusieurs assassinats pour le compte des SR (socialistes-révolutionnaires), ou Roman Malinovski, agent provocateur ayant berné Lénine, mais insiste plutôt sur le recrutement et le travail de nombreuses « petites mains » qui ont tenté, avec le succès que l'on sait, d'empêcher la chute de la monarchie russe et la révolution « socialiste ».
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 85[article] Guide des Livres : Services secrets russes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 85.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 85
Mots-clés : lecture livre Russie services secrets agents Note de contenu : Okhrana. La police secrète des tsars, 1883-1917, Alexandre Sumpf, Cerf, 2022, 448 p.
Les services secrets russes font la une de l'actualité depuis plusieurs années (rappelons notamment les affaires d'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko, de Sergueï et Ioulia Skripal et d'Alexeï Navalny). Ils intéressent les historiens qui considèrent, à la suite d'Olivier Forcade, que le renseignement constitue un objet d'étude particulièrement fécond. Basé sur de nombreux documents inédits, l'ambitieux ouvrage d'Alexandre Sumpf, maître de conférences à l'université de Strasbourg, vient à point nommé rappeler ce que doivent les espions russes actuels à leurs prédécesseurs - non plus du KGB, comme on l'entend souvent, mais de l'Okhrana. Le vocable dérive du russe okhrannoïé otdelenié (« département » ou « service de sûreté ») et désigne, par synecdoque, la totalité du système policier tsariste.
Cette institution, créée à la fin du XIXe siècle pour lutter contre le terrorisme et la subversion révolutionnaire, professionnalise le système de surveillance, qu'elle pratique d'abord en Russie, puis à l'étranger, poussant à son paroxysme l'art de l'infiltration, de la falsification et de la cryptologie. Alexandre Sumpf, connu pour son histoire sociale de la Grande Guerre russe, ne centre pas son récit sur les « grands infiltrés » qu'ont été Yevno Azef, agent ayant organisé plusieurs assassinats pour le compte des SR (socialistes-révolutionnaires), ou Roman Malinovski, agent provocateur ayant berné Lénine, mais insiste plutôt sur le recrutement et le travail de nombreuses « petites mains » qui ont tenté, avec le succès que l'on sait, d'empêcher la chute de la monarchie russe et la révolution « socialiste ».
Guide des Livres : L'esclave et son éditeur in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : L'esclave et son éditeur Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 85 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre esclaves Afrique Amérique récits Note de contenu : Récits d’esclaves. S’émanciper, écrire et publier dans l’Amérique du XIXe siècle, Michaël Roy, Payot & Rivages, 2022, 416 p.
Frederick Douglass, Solomon Northup, Harriet Jacobs... Si les noms de ces anciens esclaves nous sont familiers, c'est que leurs récits, qui ont marqué l'histoire de l'Amérique antebellum, ont été abondamment exploités aux États-Unis depuis les années 1960 : en tant qu'oeuvres littéraires mais aussi comme de rares sources donnant accès à la voix des esclaves. Ces ouvrages, cependant, n'avaient pas encore été relus au prisme de l'histoire du livre et c'est à ce « phénomène éditorial extraordinaire » que Michaël Roy, maître de conférences à l'université Paris-Nanterre, nous donne accès.
Sa démarche ouvre à deux enjeux majeurs : les dynamiques raciales qui structuraient le monde de l'édition et le rapport des Africains-Américains à l'objet « livre ». Comment d'anciens esclaves avaient-ils accès aux éditeurs, imprimeurs, libraires et comment expliquer leur succès éditorial ? A rebours de l'idée selon laquelle la période aurait été propice aux auteurs noirs, Michaël Roy insiste sur la réserve des hautes sphères éditoriales vis-à-vis de l'abolitionnisme et la difficulté des anciens esclaves à percer dans le milieu de l'imprimé. Autant d'éléments qui expliquent la précarité de ces auteurs et les phénomènes d'autoédition et de diffusion des ouvrages de la main à la main qui les condamnaient le plus souvent à une circulation restreinte.
En montrant la variété des formes narratives, des types de publication et des modes de circulation de ces textes, en insistant sur la nécessité d'y intégrer d'autres types d'expression africaine-américaine, l'auteur appelle enfin à déconstruire le corpus trop figé des « récits d'esclave ».
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Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 85
Mots-clés : lecture livre esclaves Afrique Amérique récits Note de contenu : Récits d’esclaves. S’émanciper, écrire et publier dans l’Amérique du XIXe siècle, Michaël Roy, Payot & Rivages, 2022, 416 p.
Frederick Douglass, Solomon Northup, Harriet Jacobs... Si les noms de ces anciens esclaves nous sont familiers, c'est que leurs récits, qui ont marqué l'histoire de l'Amérique antebellum, ont été abondamment exploités aux États-Unis depuis les années 1960 : en tant qu'oeuvres littéraires mais aussi comme de rares sources donnant accès à la voix des esclaves. Ces ouvrages, cependant, n'avaient pas encore été relus au prisme de l'histoire du livre et c'est à ce « phénomène éditorial extraordinaire » que Michaël Roy, maître de conférences à l'université Paris-Nanterre, nous donne accès.
Sa démarche ouvre à deux enjeux majeurs : les dynamiques raciales qui structuraient le monde de l'édition et le rapport des Africains-Américains à l'objet « livre ». Comment d'anciens esclaves avaient-ils accès aux éditeurs, imprimeurs, libraires et comment expliquer leur succès éditorial ? A rebours de l'idée selon laquelle la période aurait été propice aux auteurs noirs, Michaël Roy insiste sur la réserve des hautes sphères éditoriales vis-à-vis de l'abolitionnisme et la difficulté des anciens esclaves à percer dans le milieu de l'imprimé. Autant d'éléments qui expliquent la précarité de ces auteurs et les phénomènes d'autoédition et de diffusion des ouvrages de la main à la main qui les condamnaient le plus souvent à une circulation restreinte.
En montrant la variété des formes narratives, des types de publication et des modes de circulation de ces textes, en insistant sur la nécessité d'y intégrer d'autres types d'expression africaine-américaine, l'auteur appelle enfin à déconstruire le corpus trop figé des « récits d'esclave ».
Guide des Livres : Le dernier roi d'Écosse in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Le dernier roi d'Écosse Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 85 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Ouganda Roi Idi Amin Dada dictateur Note de contenu : Amin Dada, Jean-Louis de Montesquiou, Perrin, 2022, 400 p.
Cette biographie paraît pour les soixante ans de l'indépendance de l'Ouganda, en 1962. Elle retrace de manière très classique les grandes étapes de la vie de cet ancien soldat colonial britannique devenu chef de l'armée ougandaise avant de s'emparer du pouvoir par un coup d'État qui renverse Milton Obote en 1971. La présidence d'Idi Amin Dada (1971-1979) est caractérisée par l'arbitraire politique, ses extravagances (il se proclame « roi d'Écosse ») et la violence inouïe de son régime (incarné par son service spécial, le State Research Bureau, SRB, véritable « escadron de la mort » qui conduit la répression), au point de l'avoir transformé dans les mémoires collectives en archétype du dictateur sanguinaire postcolonial.
Idi Amin Dada, vu d'Occident, a suscité une forme de fascination troublante : Barbet Schroeder lui avait consacré, dès 1974, un film Général Idi Amin Dada. Autoportrait. Le livre cherche à prendre ses distances autant envers les mises en scène d'Amin que de la fabrique du « boucher de l'Afrique ». Toutefois, il ne parvient pas toujours à inscrire ce portrait d'un chef d'État africain dans le contexte postcolonial et à mener à bien l'exercice de déconstruction critique. Cependant, même s'il s'agit plus d'une somme pour un public curieux qu'un travail de recherche académique inédit, l'approche est précise, claire et nourrie par l'expérience personnelle de l'auteur en Ouganda.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 85[article] Guide des Livres : Le dernier roi d'Écosse [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 85.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 85
Mots-clés : lecture livre Ouganda Roi Idi Amin Dada dictateur Note de contenu : Amin Dada, Jean-Louis de Montesquiou, Perrin, 2022, 400 p.
Cette biographie paraît pour les soixante ans de l'indépendance de l'Ouganda, en 1962. Elle retrace de manière très classique les grandes étapes de la vie de cet ancien soldat colonial britannique devenu chef de l'armée ougandaise avant de s'emparer du pouvoir par un coup d'État qui renverse Milton Obote en 1971. La présidence d'Idi Amin Dada (1971-1979) est caractérisée par l'arbitraire politique, ses extravagances (il se proclame « roi d'Écosse ») et la violence inouïe de son régime (incarné par son service spécial, le State Research Bureau, SRB, véritable « escadron de la mort » qui conduit la répression), au point de l'avoir transformé dans les mémoires collectives en archétype du dictateur sanguinaire postcolonial.
Idi Amin Dada, vu d'Occident, a suscité une forme de fascination troublante : Barbet Schroeder lui avait consacré, dès 1974, un film Général Idi Amin Dada. Autoportrait. Le livre cherche à prendre ses distances autant envers les mises en scène d'Amin que de la fabrique du « boucher de l'Afrique ». Toutefois, il ne parvient pas toujours à inscrire ce portrait d'un chef d'État africain dans le contexte postcolonial et à mener à bien l'exercice de déconstruction critique. Cependant, même s'il s'agit plus d'une somme pour un public curieux qu'un travail de recherche académique inédit, l'approche est précise, claire et nourrie par l'expérience personnelle de l'auteur en Ouganda.
Guide des Livres : Panorama urbain in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Panorama urbain Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre catalogue illustré rues métiers Paris travailleurs 1900 Note de contenu : Métiers de rue. Observer le travail et le genre à Paris en 1900, Juliette Rennes, Aubervilliers, Éditions de l’EHESS, 464 p., 24,90 €.
Elles sont pittoresques, les cartes postales des « petits métiers » parisiens des années 1900. Elles illustrent des ouvrages, s'échangent entre passionnés. Sous des allures de catalogue illustré, ce livre nous offre un panorama des travailleurs et travailleuses de la rue parisienne. Conjuguées à des caricatures, des peintures, des dossiers judiciaires et des statistiques tirées de recensements, les cartes postales laissent entrevoir le fourmillement du long XIXe siècle. Femmes cochers y croisent policiers, passants, marchands et chiffonniers.
Le regard de sociologue de l'auteure est attentif à la diversité des métiers et à leurs interactions, mais aussi aux modalités d'occupation de la voie publique, différentes en fonction de l'âge et du genre. Qu'est-ce que vieillir dans ce Paris laborieux et populaire ? Quels métiers sont réservés aux femmes et quelles nouvelles opportunités s'ouvrent à elles ? Autant de questions et de comparaisons foisonnantes, qui nous permettent d'affiner notre perspective sur des activités souvent disparues.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 86[article] Guide des Livres : Panorama urbain [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 86
Mots-clés : lecture livre catalogue illustré rues métiers Paris travailleurs 1900 Note de contenu : Métiers de rue. Observer le travail et le genre à Paris en 1900, Juliette Rennes, Aubervilliers, Éditions de l’EHESS, 464 p., 24,90 €.
Elles sont pittoresques, les cartes postales des « petits métiers » parisiens des années 1900. Elles illustrent des ouvrages, s'échangent entre passionnés. Sous des allures de catalogue illustré, ce livre nous offre un panorama des travailleurs et travailleuses de la rue parisienne. Conjuguées à des caricatures, des peintures, des dossiers judiciaires et des statistiques tirées de recensements, les cartes postales laissent entrevoir le fourmillement du long XIXe siècle. Femmes cochers y croisent policiers, passants, marchands et chiffonniers.
Le regard de sociologue de l'auteure est attentif à la diversité des métiers et à leurs interactions, mais aussi aux modalités d'occupation de la voie publique, différentes en fonction de l'âge et du genre. Qu'est-ce que vieillir dans ce Paris laborieux et populaire ? Quels métiers sont réservés aux femmes et quelles nouvelles opportunités s'ouvrent à elles ? Autant de questions et de comparaisons foisonnantes, qui nous permettent d'affiner notre perspective sur des activités souvent disparues.
Guide des Livres : Duel au sommet in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Duel au sommet Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Elysée Matignon institution déséquilibre rivalité Note de contenu : Élysée contre Matignon. De 1958 à nos jours. Le couple infernal, Jean Garrigues, Tallandier, 2022, 448 p.
L'histoire des rapports entre le président de la République et le Premier ministre sous la Ve République n'est pas anecdotique. Elle vise le coeur du système institutionnel des Français et repose sur une lecture ambivalente de la Constitution. Si celle-ci établit la responsabilité gouvernementale d'un Premier ministre, reposant sur une majorité parlementaire, il n'en est pas moins vrai que, depuis le général de Gaulle, la prééminence de l'Élysée s'est imposée sur Matignon, dans un déséquilibre inversé de celui qui existait sous la IVe République. La coutume s'est fixée d'une hiérarchie faisant du président le véritable chef du gouvernement et du Premier ministre un exécutant.
Mais Jean Garrigues nous montre que l'exécutant en question peut se rebeller, voire entrer en conflit avec celui qui l'a nommé. L'auteur détaille les trois cas de figure du « couple exécutif » : la soumission acceptée, la zizanie quasi inévitable et la rivalité féroce. Le cas de la relation de Gaulle-Pompidou est paradigmatique : on s'entend, on n'est plus d'accord puis on entre en conflit, ce qui amène le président à demander à son Premier ministre sa démission. Le scénario se répète : Pompidou avec Chaban-Delmas, Giscard d'Estaing avec Chirac, Mitterrand avec Rocard... Jamais chef de gouvernement n'a été plus mal traité que Rocard, favori des sondages, par un président méprisant, décidé de l'empêcher à tout prix de lui succéder.
Le mérite de cet ouvrage très vivant est d'échapper à une interprétation psychologique de ces duels répétés, en analysant bien leurs causes politiques (des rapports de force, des conceptions idéologiques, des stratégies de pouvoir). En conclusion, l'auteur s'interroge sur les deux rééquilibrages possibles : le régime présidentiel qui supprime le poste de Premier ministre ou en « revenir à la lettre de la Constitution, qui donne au Premier ministre le pouvoir effectif de gouverner » ?
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 86[article] Guide des Livres : Duel au sommet [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 86
Mots-clés : lecture livre Elysée Matignon institution déséquilibre rivalité Note de contenu : Élysée contre Matignon. De 1958 à nos jours. Le couple infernal, Jean Garrigues, Tallandier, 2022, 448 p.
L'histoire des rapports entre le président de la République et le Premier ministre sous la Ve République n'est pas anecdotique. Elle vise le coeur du système institutionnel des Français et repose sur une lecture ambivalente de la Constitution. Si celle-ci établit la responsabilité gouvernementale d'un Premier ministre, reposant sur une majorité parlementaire, il n'en est pas moins vrai que, depuis le général de Gaulle, la prééminence de l'Élysée s'est imposée sur Matignon, dans un déséquilibre inversé de celui qui existait sous la IVe République. La coutume s'est fixée d'une hiérarchie faisant du président le véritable chef du gouvernement et du Premier ministre un exécutant.
Mais Jean Garrigues nous montre que l'exécutant en question peut se rebeller, voire entrer en conflit avec celui qui l'a nommé. L'auteur détaille les trois cas de figure du « couple exécutif » : la soumission acceptée, la zizanie quasi inévitable et la rivalité féroce. Le cas de la relation de Gaulle-Pompidou est paradigmatique : on s'entend, on n'est plus d'accord puis on entre en conflit, ce qui amène le président à demander à son Premier ministre sa démission. Le scénario se répète : Pompidou avec Chaban-Delmas, Giscard d'Estaing avec Chirac, Mitterrand avec Rocard... Jamais chef de gouvernement n'a été plus mal traité que Rocard, favori des sondages, par un président méprisant, décidé de l'empêcher à tout prix de lui succéder.
Le mérite de cet ouvrage très vivant est d'échapper à une interprétation psychologique de ces duels répétés, en analysant bien leurs causes politiques (des rapports de force, des conceptions idéologiques, des stratégies de pouvoir). En conclusion, l'auteur s'interroge sur les deux rééquilibrages possibles : le régime présidentiel qui supprime le poste de Premier ministre ou en « revenir à la lettre de la Constitution, qui donne au Premier ministre le pouvoir effectif de gouverner » ?
Guide des Livres : Vive l'histoire culturelle ! in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Vive l'histoire culturelle ! Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre 1920 histoires culturelles conditions sociales anthropologie Note de contenu : Qu’est-ce que l’histoire culturelle ?, Peter Burke, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Les Belles Lettres, 2022, 272 p.
Peter Burke a consacré sa vie de chercheur à l'histoire culturelle, à l'histoire sociale de la culture et n'a pas dédaigné quelques détours comme celui qui déboucha sur l'original Exiles and Expatriates in the History of Knowledge,1500-2000 (Brandeis University Press, 2017). Ici, l'historien britannique fait un point stimulant sur une spécialité qu'il a contribué à créer et qui s'est développée dans une sorte d'exubérance dont il semble lui-même stupéfait. Il tente de comprendre et d'expliquer les innombrables ramifications de cette discipline et les déclinaisons nationales qui se sont superposées. Avec une grande maîtrise et beaucoup de pédagogie, il nous livre son interprétation des histoires culturelles depuis les années 1920, après un bref passage par la fin du XIXe siècle.
Le livre est attentif aux conditions sociales de la naissance de ces questions comme de leur élaboration conceptuelle : on est donc loin d'une simple histoire des approches ou des théories. Que ce soit le « tournant anthropologique », l'importance de l'exil dans la Seconde Guerre mondiale, la place de Michel de Certeau et de Michel Foucault, les rivalités nationales, la naissance de l'histoire des représentations, le poids de la mémoire, Peter Burke propose un itinéraire et une interprétation personnels dans une écriture lumineuse, qui ne manque pas non plus d'humour. Il note une forme de saturation du champ au XXIe siècle qui continue de s'étendre à de nouveaux domaines : le corps, l'identité nationale, les pratiques intellectuelles mais aussi les sciences, la géographie, la nature.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 86[article] Guide des Livres : Vive l'histoire culturelle ! [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 86
Mots-clés : lecture livre 1920 histoires culturelles conditions sociales anthropologie Note de contenu : Qu’est-ce que l’histoire culturelle ?, Peter Burke, traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Les Belles Lettres, 2022, 272 p.
Peter Burke a consacré sa vie de chercheur à l'histoire culturelle, à l'histoire sociale de la culture et n'a pas dédaigné quelques détours comme celui qui déboucha sur l'original Exiles and Expatriates in the History of Knowledge,1500-2000 (Brandeis University Press, 2017). Ici, l'historien britannique fait un point stimulant sur une spécialité qu'il a contribué à créer et qui s'est développée dans une sorte d'exubérance dont il semble lui-même stupéfait. Il tente de comprendre et d'expliquer les innombrables ramifications de cette discipline et les déclinaisons nationales qui se sont superposées. Avec une grande maîtrise et beaucoup de pédagogie, il nous livre son interprétation des histoires culturelles depuis les années 1920, après un bref passage par la fin du XIXe siècle.
Le livre est attentif aux conditions sociales de la naissance de ces questions comme de leur élaboration conceptuelle : on est donc loin d'une simple histoire des approches ou des théories. Que ce soit le « tournant anthropologique », l'importance de l'exil dans la Seconde Guerre mondiale, la place de Michel de Certeau et de Michel Foucault, les rivalités nationales, la naissance de l'histoire des représentations, le poids de la mémoire, Peter Burke propose un itinéraire et une interprétation personnels dans une écriture lumineuse, qui ne manque pas non plus d'humour. Il note une forme de saturation du champ au XXIe siècle qui continue de s'étendre à de nouveaux domaines : le corps, l'identité nationale, les pratiques intellectuelles mais aussi les sciences, la géographie, la nature.
Guide des Livres : Émotions fossiles in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Livres : Émotions fossiles Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre émotions avidité envie Nietzsche Mazuel Note de contenu : Histoire des sensibilités, Hervé Mazurel, Alain Corbin, PUF, 2022, 108 p.
« Jusqu'à présent, tout ce qui a donné de la couleur aux choses n'a pas d'histoire. » Le temps est loin où Nietzsche pouvait déplorer, dans Le Gai Savoir, que les historiens aient négligé d'écrire « une histoire de l'amour, de l'avidité, de l'envie, de la conscience, de la piété ou de la cruauté ». Sous l'égide d'Alain Corbin, dont les travaux ont joué à partir des années 1980 un rôle déterminant dans l'émergence d'une histoire de la vie sensible et affective d'autrefois, Hervé Mazurel assemble ici une série d'études de cas qui, des larmes romaines jusqu'à l'intimité des couples séparés par la Grande Guerre, en passant par les « émotions fossiles », c'est-à-dire disparues, du Moyen-Age (acédie, componction, dilection) et l'« âme météore » des Lumières, donnent à voir le dynamisme de ce champ d'études. Les débats qui l'animent, aussi, relatifs à la place à accorder au long processus d'autocontrainte, théorisé en 1939 par Norbert Elias, aussi bien qu'aux travaux de neurosciences sur les émotions humaines. Davantage qu'une synthèse des très nombreux travaux publiés dans ces domaines depuis trente ans, le tableau impressionniste, donc, d'un domaine de recherche en plein bouillonnement, qui n'a pas fini encore de restituer toutes ses couleurs au passé.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 87[article] Guide des Livres : Émotions fossiles [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 87
Mots-clés : lecture livre émotions avidité envie Nietzsche Mazuel Note de contenu : Histoire des sensibilités, Hervé Mazurel, Alain Corbin, PUF, 2022, 108 p.
« Jusqu'à présent, tout ce qui a donné de la couleur aux choses n'a pas d'histoire. » Le temps est loin où Nietzsche pouvait déplorer, dans Le Gai Savoir, que les historiens aient négligé d'écrire « une histoire de l'amour, de l'avidité, de l'envie, de la conscience, de la piété ou de la cruauté ». Sous l'égide d'Alain Corbin, dont les travaux ont joué à partir des années 1980 un rôle déterminant dans l'émergence d'une histoire de la vie sensible et affective d'autrefois, Hervé Mazurel assemble ici une série d'études de cas qui, des larmes romaines jusqu'à l'intimité des couples séparés par la Grande Guerre, en passant par les « émotions fossiles », c'est-à-dire disparues, du Moyen-Age (acédie, componction, dilection) et l'« âme météore » des Lumières, donnent à voir le dynamisme de ce champ d'études. Les débats qui l'animent, aussi, relatifs à la place à accorder au long processus d'autocontrainte, théorisé en 1939 par Norbert Elias, aussi bien qu'aux travaux de neurosciences sur les émotions humaines. Davantage qu'une synthèse des très nombreux travaux publiés dans ces domaines depuis trente ans, le tableau impressionniste, donc, d'un domaine de recherche en plein bouillonnement, qui n'a pas fini encore de restituer toutes ses couleurs au passé.
Guide des Revues : Animal politique in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Revues : Animal politique Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 88 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue animal statut travail histoire Note de contenu : Comment les animaux sont devenus des acteurs politiques. Un numéro surprenant de la revue Parlement[s].
Dans les études historiques françaises, les animaux prolifèrent. Ils permettent de renouveler des champs plus traditionnels : celui de l'histoire politique par exemple - en témoigne ce hors-série de la revue Parlement[s].
Dans l'introduction du numéro, Malik Mellah et Pierre Serna s'emploient à justifier le rapprochement entre animaux et histoire politique : loin d'être des simples chambres d'enregistrement des changements de l'opinion publique et des sensibilités, les Parlements contribuent eux-mêmes à transformer le statut des animaux dans la société. C'est ce que soulignent les juristes Jacques Leroy et Jean-Pierre Marguénaud au sujet de l'inscription des animaux dans le Code civil en 2015 en tant qu'« êtres vivants doués de sensibilité ». Ce changement, véritable révolution théorique, rompt avec l'approche traditionnelle du Code rural, qui ne les concevait que comme des biens appartenant à des propriétaires. Ce qui ouvre la voie au basculement des animaux, sauvages et apprivoisés, dans la catégorie juridique des personnes.
Il arrive pourtant aussi que la loi soit prise à défaut. François Jarrige explore ainsi l'intensification du travail des chiens au XIXe siècle. La traction de roues et de voitures accompagne l'industrialisation et, en dépit des débats menés par la Société de protection des animaux, fondée en 1845, aucune loi n'est adoptée. Il faudra attendre l'électrification pour que le travail canin disparaisse progressivement.
Cette livraison de la revue s'inscrit dans une perspective globale. Tomohiro Kaibara rappelle le rôle précoce du shogun Tsunayoshi (1687-1709) et de ses « édits de compassion » dans la protection animale au Japon, en les interprétant à la lumière des travaux de Norbert Elias sur la civilisation des moeurs. Arnaud Exbalin commente le règlement de 1792 sur les porcs de Mexico. Un règlement qui invente, face à la prolifération des suidés dans l'espace urbain (du fait de la popularité de leur viande), une police porcine. Police qui donne le droit aux habitants de mettre à mort les cochons errants, sans indemniser par la suite leur propriétaire. Le cochon se retrouve alors cantonné, comme en Europe, à la basse-cour et à l'abattoir. De cette historiographie animale en plein bouillonnement témoigne la série de recensions présentées à la fin du numéro.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 88[article] Guide des Revues : Animal politique [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 88.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 88
Mots-clés : lecture revue animal statut travail histoire Note de contenu : Comment les animaux sont devenus des acteurs politiques. Un numéro surprenant de la revue Parlement[s].
Dans les études historiques françaises, les animaux prolifèrent. Ils permettent de renouveler des champs plus traditionnels : celui de l'histoire politique par exemple - en témoigne ce hors-série de la revue Parlement[s].
Dans l'introduction du numéro, Malik Mellah et Pierre Serna s'emploient à justifier le rapprochement entre animaux et histoire politique : loin d'être des simples chambres d'enregistrement des changements de l'opinion publique et des sensibilités, les Parlements contribuent eux-mêmes à transformer le statut des animaux dans la société. C'est ce que soulignent les juristes Jacques Leroy et Jean-Pierre Marguénaud au sujet de l'inscription des animaux dans le Code civil en 2015 en tant qu'« êtres vivants doués de sensibilité ». Ce changement, véritable révolution théorique, rompt avec l'approche traditionnelle du Code rural, qui ne les concevait que comme des biens appartenant à des propriétaires. Ce qui ouvre la voie au basculement des animaux, sauvages et apprivoisés, dans la catégorie juridique des personnes.
Il arrive pourtant aussi que la loi soit prise à défaut. François Jarrige explore ainsi l'intensification du travail des chiens au XIXe siècle. La traction de roues et de voitures accompagne l'industrialisation et, en dépit des débats menés par la Société de protection des animaux, fondée en 1845, aucune loi n'est adoptée. Il faudra attendre l'électrification pour que le travail canin disparaisse progressivement.
Cette livraison de la revue s'inscrit dans une perspective globale. Tomohiro Kaibara rappelle le rôle précoce du shogun Tsunayoshi (1687-1709) et de ses « édits de compassion » dans la protection animale au Japon, en les interprétant à la lumière des travaux de Norbert Elias sur la civilisation des moeurs. Arnaud Exbalin commente le règlement de 1792 sur les porcs de Mexico. Un règlement qui invente, face à la prolifération des suidés dans l'espace urbain (du fait de la popularité de leur viande), une police porcine. Police qui donne le droit aux habitants de mettre à mort les cochons errants, sans indemniser par la suite leur propriétaire. Le cochon se retrouve alors cantonné, comme en Europe, à la basse-cour et à l'abattoir. De cette historiographie animale en plein bouillonnement témoigne la série de recensions présentées à la fin du numéro.
Guide des Revues : Expérience de conflits in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Revues : Expérience de conflits Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 89 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue conflits étude RDA stratégies Juifs radicalisation Note de contenu : Revue d'histoire moderne & contemporaine, n° 69-3, 2022.
La RHMC propose quatre cas d'étude sur quelques conflits contemporains. Emmanuel Destenay met en lumière ce que l'escalade irlandaise à partir de 1916 doit au rejet de la conscription obligatoire. Emmanuel Droit et Nicolas Offenstadt montrent comment s'est construit en RDA un récit unificateur de la Première Guerre mondiale, qui valorise la conversion révolutionnaire en occultant les traumatismes individuels. Dans le cadre du projet Lubartworld, Thomas Chopard étudie les stratégies de survie des Juifs de Lubartów (Pologne), contraints de fuir en URSS à partir de 1939. Enfin, Marc André se penche sur le cas de Louis Thomas, membre de l'Association des combattants de l'Union française, exemple d'une radicalisation de l'extrême droite colonialiste.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 89[article] Guide des Revues : Expérience de conflits [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 89
Mots-clés : lecture revue conflits étude RDA stratégies Juifs radicalisation Note de contenu : Revue d'histoire moderne & contemporaine, n° 69-3, 2022.
La RHMC propose quatre cas d'étude sur quelques conflits contemporains. Emmanuel Destenay met en lumière ce que l'escalade irlandaise à partir de 1916 doit au rejet de la conscription obligatoire. Emmanuel Droit et Nicolas Offenstadt montrent comment s'est construit en RDA un récit unificateur de la Première Guerre mondiale, qui valorise la conversion révolutionnaire en occultant les traumatismes individuels. Dans le cadre du projet Lubartworld, Thomas Chopard étudie les stratégies de survie des Juifs de Lubartów (Pologne), contraints de fuir en URSS à partir de 1939. Enfin, Marc André se penche sur le cas de Louis Thomas, membre de l'Association des combattants de l'Union française, exemple d'une radicalisation de l'extrême droite colonialiste.
Guide des Revues : L'histoire et les jeunes in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Revues : L'histoire et les jeunes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 89 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue professeurs secondaires universitaires pédagogie liberté Note de contenu : Lecture Jeune, n° 184, 2022.
« Raconter l'histoire », voilà le thème du dernier numéro de la revue Lecture Jeune, trimestriel qui s'adresse en particulier aux professeurs et CDI, et dont Louis Barchon est le rédacteur en chef. Auteur de romans historiques, éditrice scolaire, professeurs du secondaire ou universitaires confrontent leur approche de l'histoire à destination des jeunes. Le médiéviste Étienne Anheim et le professeur de collège Thierry Fourmond se retrouvent dans l'importance qu'ils accordent à la mise en oeuvre en classe de la démarche scientifique en histoire, ce que la liberté pédagogique laissée aux professeurs rend possible. A lire également une interview d'Héloïse Kolebka, rédactrice en chef de L'Histoire, pour qui le lien unissant la revue au jeune public comme aux professeurs du secondaire reste essentiel.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 89[article] Guide des Revues : L'histoire et les jeunes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 89
Mots-clés : lecture revue professeurs secondaires universitaires pédagogie liberté Note de contenu : Lecture Jeune, n° 184, 2022.
« Raconter l'histoire », voilà le thème du dernier numéro de la revue Lecture Jeune, trimestriel qui s'adresse en particulier aux professeurs et CDI, et dont Louis Barchon est le rédacteur en chef. Auteur de romans historiques, éditrice scolaire, professeurs du secondaire ou universitaires confrontent leur approche de l'histoire à destination des jeunes. Le médiéviste Étienne Anheim et le professeur de collège Thierry Fourmond se retrouvent dans l'importance qu'ils accordent à la mise en oeuvre en classe de la démarche scientifique en histoire, ce que la liberté pédagogique laissée aux professeurs rend possible. A lire également une interview d'Héloïse Kolebka, rédactrice en chef de L'Histoire, pour qui le lien unissant la revue au jeune public comme aux professeurs du secondaire reste essentiel.
Guide des Revues : Les lettres de la reine in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Revues : Les lettres de la reine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 89 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue Catherine de Médicis correspondance Note de contenu : Revue historique, n° 702, 2022/2.
Officieusement à la tête de l'État de 1560 à 1589, Catherine de Médicis adresse ou reçoit avec le roi la plupart de la correspondance de la monarchie. Sa féminité, dont elle est bien consciente, est moins un obstacle qu'un répertoire d'actions au service de ses fils François II, Charles IX et Henri III. Elle écrit plus souvent à des femmes et joue de son genre à des fins politiques : elle tente ainsi de faire d'Élisabeth de Valois, la première épouse de Philippe II, l'instrument de l'influence française en Espagne. En tant que reine mère, elle passe aussi maîtresse dans l'art d'arranger des mariages princiers. Le genre se fait ainsi ressource rhétorique et politique d'une monarchie en pleine crise durant les guerres de Religion.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 89[article] Guide des Revues : Les lettres de la reine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 89
Mots-clés : lecture revue Catherine de Médicis correspondance Note de contenu : Revue historique, n° 702, 2022/2.
Officieusement à la tête de l'État de 1560 à 1589, Catherine de Médicis adresse ou reçoit avec le roi la plupart de la correspondance de la monarchie. Sa féminité, dont elle est bien consciente, est moins un obstacle qu'un répertoire d'actions au service de ses fils François II, Charles IX et Henri III. Elle écrit plus souvent à des femmes et joue de son genre à des fins politiques : elle tente ainsi de faire d'Élisabeth de Valois, la première épouse de Philippe II, l'instrument de l'influence française en Espagne. En tant que reine mère, elle passe aussi maîtresse dans l'art d'arranger des mariages princiers. Le genre se fait ainsi ressource rhétorique et politique d'une monarchie en pleine crise durant les guerres de Religion.
Guide des Revues : L'apothicaire du diable / Pascal ORY in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Revues : L'apothicaire du diable Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pascal ORY, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 90 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture BD naufragés Jakarta Batavia Note de contenu : Adaptation d'un fait divers du XVIIe siècle : le massacre des naufragés d'un navire par Jeronimus Cornelisz et ses hommes.
Simon Leys - pseudonyme du sinologue belge Pierre Ryckmans - est aujourd'hui un auteur très lu et très admiré. Notamment depuis le 27 mai 1983, lorsque, en direct à la télévision française, il réduisit en cendres l'argumentation d'une intellectuelle maoïste italienne, thuriféraire de la Révolution culturelle et du Grand Timonier. Cela faisait une douzaine d'années déjà (Les Habits neufs du président Mao, 1971) qu'il démontait le totalitarisme chinois de l'intérieur, en un combat convergeant avec celui d'Alexandre Soljenitsyne contre le totalitarisme soviétique. Vingt ans plus tard, en 2003, il publiait une courte étude consacrée à un épisode apparemment anecdotique de l'histoire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales : le naufrage de son prestigieux navire marchand, le Batavia, suivi de la survie des rescapés sur un archipel corallien, situé au large des côtes de la future Australie. Avant de l'avoir lu, le public des Naufragés du Batavia pouvait se demander pourquoi Simon Leys avait consacré son énergie au récit de cette aventure. Après lecture, ils comprirent le sens moderne qu'il fallait donner au destin atroce de ces rescapés, passés pendant quelques mois sous l'égide de l'un d'entre eux, Jeronimus Cornelisz.
Replacée dans l'histoire longue des régimes totalitaires, cette histoire offrait une fable philosophique sur la démesure sanglante d'un individu transformé en bête fauve par un projet dont Simon Leys percevait les fondements idéologiques. Encore aujourd'hui les historiens se divisent sur le personnage de Jeronimus Cornelisz : illuminé ou psychopathe ? Les deux diagnostics ne sont pas inconciliables. On sait d'où il venait : d'une utopie protestante radicale. On ne sait pas vraiment jusqu'où il entendait mener ceux qui le suivirent dans sa fuite en avant, jalonnée de centaines de morts.
Il n'est pas sans signification que cette histoire ait, depuis lors, fasciné écrivains et artistes. Pour se limiter à la bande dessinée, elle fut l'objet d'une série de trois albums, signée de Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx, réunie sous le seul nom du héros négatif : Jeronimus (Futuropolis, 2011). Pour cette nouvelle adaptation, Xavier Dorison, scénariste de renom, au sens dramaturgique reconnu, a effectué un étonnant choix linguistique : le nom du navire hollandais fait désormais référence à celui de l'actuelle capitale de l'Indonésie indépendante, Jakarta, et non à celui de la capitale des Indes orientales, Batavia.
Nous sommes donc projetés, en contemporains de 2022, dans un univers sans foi ni loi malgré les apparences d'une religion omniprésente, dont s'affranchissent les brutes élémentaires - un bon paquet de marins - et les esprits supérieurs, un seul, évidemment.
Un univers d'une totale violence
Xavier Dorison a le sens du dialogue et des personnages, à commencer par celui de Cornelisz, qui « ne part pas pour commercer avec Java mais pour construire un royaume loin de ce monde ». Le génie noir du scénariste, décuplé par le talent graphique de Thimothée Montaigne, nous plonge dans un univers d'une totale violence où le Dieu des chrétiens « se moque de nous ». A moins qu'il n'existe pas. A moins qu'il faille « en trouver un meilleur ». Toute l'histoire de ce voyage, de ce naufrage et de ce sauvetage peut dès lors s'interpréter comme un grand test cruel où ces trois formes de Dieu s'expérimentent successivement ou concurremment.
Au fur et à mesure que le Jakarta avance vers son destin, la personnalité de Cornelisz s'assombrit. Image de l'humanité, le vaisseau se fracasse sur les récifs coralliens et se sépare en deux équipages. Les plus nombreux passent sous le contrôle de « l'apothicaire du diable », engagé dans une lutte à mort contre « le Dieu des imbéciles ». Le pire est à venir, mais ce n'est pas l'avenir de quelques centaines de survivants. La force de la fable est, comme l'avait compris Simon Leys, dans sa généralisation.
Pascal Ory est professeur émérite à l'université Paris-I.
1629 ou L'Effrayante Histoire des naufragés du « Jakarta », Xavier Dorison, Thimothée Montaigne, Glénat, 2022.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 90[article] Guide des Revues : L'apothicaire du diable [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pascal ORY, Auteur . - 2023 . - p. 90.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 90
Mots-clés : lecture BD naufragés Jakarta Batavia Note de contenu : Adaptation d'un fait divers du XVIIe siècle : le massacre des naufragés d'un navire par Jeronimus Cornelisz et ses hommes.
Simon Leys - pseudonyme du sinologue belge Pierre Ryckmans - est aujourd'hui un auteur très lu et très admiré. Notamment depuis le 27 mai 1983, lorsque, en direct à la télévision française, il réduisit en cendres l'argumentation d'une intellectuelle maoïste italienne, thuriféraire de la Révolution culturelle et du Grand Timonier. Cela faisait une douzaine d'années déjà (Les Habits neufs du président Mao, 1971) qu'il démontait le totalitarisme chinois de l'intérieur, en un combat convergeant avec celui d'Alexandre Soljenitsyne contre le totalitarisme soviétique. Vingt ans plus tard, en 2003, il publiait une courte étude consacrée à un épisode apparemment anecdotique de l'histoire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales : le naufrage de son prestigieux navire marchand, le Batavia, suivi de la survie des rescapés sur un archipel corallien, situé au large des côtes de la future Australie. Avant de l'avoir lu, le public des Naufragés du Batavia pouvait se demander pourquoi Simon Leys avait consacré son énergie au récit de cette aventure. Après lecture, ils comprirent le sens moderne qu'il fallait donner au destin atroce de ces rescapés, passés pendant quelques mois sous l'égide de l'un d'entre eux, Jeronimus Cornelisz.
Replacée dans l'histoire longue des régimes totalitaires, cette histoire offrait une fable philosophique sur la démesure sanglante d'un individu transformé en bête fauve par un projet dont Simon Leys percevait les fondements idéologiques. Encore aujourd'hui les historiens se divisent sur le personnage de Jeronimus Cornelisz : illuminé ou psychopathe ? Les deux diagnostics ne sont pas inconciliables. On sait d'où il venait : d'une utopie protestante radicale. On ne sait pas vraiment jusqu'où il entendait mener ceux qui le suivirent dans sa fuite en avant, jalonnée de centaines de morts.
Il n'est pas sans signification que cette histoire ait, depuis lors, fasciné écrivains et artistes. Pour se limiter à la bande dessinée, elle fut l'objet d'une série de trois albums, signée de Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx, réunie sous le seul nom du héros négatif : Jeronimus (Futuropolis, 2011). Pour cette nouvelle adaptation, Xavier Dorison, scénariste de renom, au sens dramaturgique reconnu, a effectué un étonnant choix linguistique : le nom du navire hollandais fait désormais référence à celui de l'actuelle capitale de l'Indonésie indépendante, Jakarta, et non à celui de la capitale des Indes orientales, Batavia.
Nous sommes donc projetés, en contemporains de 2022, dans un univers sans foi ni loi malgré les apparences d'une religion omniprésente, dont s'affranchissent les brutes élémentaires - un bon paquet de marins - et les esprits supérieurs, un seul, évidemment.
Un univers d'une totale violence
Xavier Dorison a le sens du dialogue et des personnages, à commencer par celui de Cornelisz, qui « ne part pas pour commercer avec Java mais pour construire un royaume loin de ce monde ». Le génie noir du scénariste, décuplé par le talent graphique de Thimothée Montaigne, nous plonge dans un univers d'une totale violence où le Dieu des chrétiens « se moque de nous ». A moins qu'il n'existe pas. A moins qu'il faille « en trouver un meilleur ». Toute l'histoire de ce voyage, de ce naufrage et de ce sauvetage peut dès lors s'interpréter comme un grand test cruel où ces trois formes de Dieu s'expérimentent successivement ou concurremment.
Au fur et à mesure que le Jakarta avance vers son destin, la personnalité de Cornelisz s'assombrit. Image de l'humanité, le vaisseau se fracasse sur les récifs coralliens et se sépare en deux équipages. Les plus nombreux passent sous le contrôle de « l'apothicaire du diable », engagé dans une lutte à mort contre « le Dieu des imbéciles ». Le pire est à venir, mais ce n'est pas l'avenir de quelques centaines de survivants. La force de la fable est, comme l'avait compris Simon Leys, dans sa généralisation.
Pascal Ory est professeur émérite à l'université Paris-I.
1629 ou L'Effrayante Histoire des naufragés du « Jakarta », Xavier Dorison, Thimothée Montaigne, Glénat, 2022.
Guide des Classiques : « Nous n'avons jamais été modernes » de Bruno Latour / Emmanuelle LOYER in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Classiques : « Nous n'avons jamais été modernes » de Bruno Latour Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Emmanuelle LOYER, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 91 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture classique sociétés occidentales régime opposition Note de contenu : Dans un essai novateur et incisif publié en 1991, le philosophe remettait en question la représentation que les sociétés occidentales se font d'elles-mêmes.
La thèse
Partie d'une enquête de sociologie des sciences, la réflexion théorique de Bruno Latour en reprend les acquis pour démontrer que les catégories opposées de nature et de culture, avec tous les couples conceptuels qui les accompagnent (chose/représentation, non-humain/humain, matière/idée), ne permettent pas d'appréhender la réalité fondamentalement intriquée des Modernes. La séparation critique manque en particulier les histoires mélangées de sciences et de société que révèlent les « objets hybrides » peuplant notre monde surtout depuis les révolutions industrielles : de la pompe à air à la lampe à incandescence d'Edison, des bactéries de l'anthrax de Pasteur à la centrale nucléaire.
Ce premier « grand partage » en engage un second, entre « eux » et « nous » : entre la « pensée sauvage » où tout est lié et la pensée moderne qui isole les sphères et les hiérarchise (les « lois » de la nature vs la liberté de l'action humaine). Seule une véritable « anthropologie symétrique » permettrait de poser le regard éloigné de l'ethnologue sur les sociétés modernes. On verrait alors surgir ce constat : « Nous n'avons, en fait, jamais été modernes et nous continuerons à ne pas l'être. » Même la science, totem de la pensée rationaliste moderne, est faite d'approximations, de bricolages et de controverses historiques. Et aujourd'hui autant qu'hier, « nous aussi, nous avons peur que le ciel nous tombe sur la tête ». Pensant s'émanciper du passé par des révolutions politiques et scientifiques, les Modernes voudraient l'abolir, forçats volontaires du Progrès obligé. Ce faisant, ils s'illusionnent sur la linéaire « flèche du temps » et sur eux-mêmes car chacun mélange tous les temps, non seulement les bédouins utilisant les seaux en plastique comme les outres traditionnelles, mais aussi les Occidentaux contemporains écrivant au stylo à plume autant qu'à l'ordinateur. Ni antimoderne ni post-moderne, la pensée latourienne se veut résolument non moderne.
Ce qu'il en reste
Le nouveau régime climatique et la récente crise sanitaire ont validé une proposition théorique et politique qui clôturait le livre : la multiplication des « actants » à côté des humains, c'est-à-dire les non-humains, les animaux, les végétaux, les virus (déjà !) mais aussi la Terre elle-même, rebaptisée « Gaïa », et la nécessité de les représenter politiquement. Ce « parlement des choses », permettant de doter un fleuve ou une forêt d'une identité juridique et conduisant aussi à privilégier les « attachements » (à la logique d'affranchissement) avec les divers « terriens » forcés de cohabiter, inspire partout de nombreux collectifs de militants et d'artistes. Non seulement l'anthropologie latourienne refonde la pensée écologique, mais elle reconfigure entièrement la philosophie politique et ses principaux concepts (liberté/égalité) à partir de l'enjeu écologique contemporain.
Emmanuelle Loyer est professeure d'histoire contemporaine à Sciences Po Paris.
Bruno Latour
Né en 1947 dans une famille bourguignonne de négociants en vin, Bruno Latour, agrégé de philosophie, mort en octobre 2022, se démarque par plus d'un trait du portrait de l'intellectuel français de sa génération. D'une part, c'est un catholique qui soutiendra une thèse en théologie ; d'autre part, il s'intéresse aux sciences et techniques autant qu'aux spéculations idéelles. Tôt dans sa vie, il pratique l'anthropologie symétrique puisque, après un premier terrain en Côte d'Ivoire, il part étudier plusieurs années la « vie de laboratoire » dans un centre de neuroendocrinologie en Californie. Politiquement inclassable, il est un électron libre d'abord reconnu aux États-Unis (il y publie ses premiers travaux de sociologie des sciences en anglais). Il sera longtemps boudé en France où il est débouté des grandes institutions - EHESS, Collège de France. Il s'installe à l'École des mines en 1982, puis, à partir de 2006, à Sciences Po. A cette date, c'est déjà le savant français le plus cité dans le monde académique à l'échelle internationale.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 91[article] Guide des Classiques : « Nous n'avons jamais été modernes » de Bruno Latour [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Emmanuelle LOYER, Auteur . - 2023 . - p. 91.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 91
Mots-clés : lecture classique sociétés occidentales régime opposition Note de contenu : Dans un essai novateur et incisif publié en 1991, le philosophe remettait en question la représentation que les sociétés occidentales se font d'elles-mêmes.
La thèse
Partie d'une enquête de sociologie des sciences, la réflexion théorique de Bruno Latour en reprend les acquis pour démontrer que les catégories opposées de nature et de culture, avec tous les couples conceptuels qui les accompagnent (chose/représentation, non-humain/humain, matière/idée), ne permettent pas d'appréhender la réalité fondamentalement intriquée des Modernes. La séparation critique manque en particulier les histoires mélangées de sciences et de société que révèlent les « objets hybrides » peuplant notre monde surtout depuis les révolutions industrielles : de la pompe à air à la lampe à incandescence d'Edison, des bactéries de l'anthrax de Pasteur à la centrale nucléaire.
Ce premier « grand partage » en engage un second, entre « eux » et « nous » : entre la « pensée sauvage » où tout est lié et la pensée moderne qui isole les sphères et les hiérarchise (les « lois » de la nature vs la liberté de l'action humaine). Seule une véritable « anthropologie symétrique » permettrait de poser le regard éloigné de l'ethnologue sur les sociétés modernes. On verrait alors surgir ce constat : « Nous n'avons, en fait, jamais été modernes et nous continuerons à ne pas l'être. » Même la science, totem de la pensée rationaliste moderne, est faite d'approximations, de bricolages et de controverses historiques. Et aujourd'hui autant qu'hier, « nous aussi, nous avons peur que le ciel nous tombe sur la tête ». Pensant s'émanciper du passé par des révolutions politiques et scientifiques, les Modernes voudraient l'abolir, forçats volontaires du Progrès obligé. Ce faisant, ils s'illusionnent sur la linéaire « flèche du temps » et sur eux-mêmes car chacun mélange tous les temps, non seulement les bédouins utilisant les seaux en plastique comme les outres traditionnelles, mais aussi les Occidentaux contemporains écrivant au stylo à plume autant qu'à l'ordinateur. Ni antimoderne ni post-moderne, la pensée latourienne se veut résolument non moderne.
Ce qu'il en reste
Le nouveau régime climatique et la récente crise sanitaire ont validé une proposition théorique et politique qui clôturait le livre : la multiplication des « actants » à côté des humains, c'est-à-dire les non-humains, les animaux, les végétaux, les virus (déjà !) mais aussi la Terre elle-même, rebaptisée « Gaïa », et la nécessité de les représenter politiquement. Ce « parlement des choses », permettant de doter un fleuve ou une forêt d'une identité juridique et conduisant aussi à privilégier les « attachements » (à la logique d'affranchissement) avec les divers « terriens » forcés de cohabiter, inspire partout de nombreux collectifs de militants et d'artistes. Non seulement l'anthropologie latourienne refonde la pensée écologique, mais elle reconfigure entièrement la philosophie politique et ses principaux concepts (liberté/égalité) à partir de l'enjeu écologique contemporain.
Emmanuelle Loyer est professeure d'histoire contemporaine à Sciences Po Paris.
Bruno Latour
Né en 1947 dans une famille bourguignonne de négociants en vin, Bruno Latour, agrégé de philosophie, mort en octobre 2022, se démarque par plus d'un trait du portrait de l'intellectuel français de sa génération. D'une part, c'est un catholique qui soutiendra une thèse en théologie ; d'autre part, il s'intéresse aux sciences et techniques autant qu'aux spéculations idéelles. Tôt dans sa vie, il pratique l'anthropologie symétrique puisque, après un premier terrain en Côte d'Ivoire, il part étudier plusieurs années la « vie de laboratoire » dans un centre de neuroendocrinologie en Californie. Politiquement inclassable, il est un électron libre d'abord reconnu aux États-Unis (il y publie ses premiers travaux de sociologie des sciences en anglais). Il sera longtemps boudé en France où il est débouté des grandes institutions - EHESS, Collège de France. Il s'installe à l'École des mines en 1982, puis, à partir de 2006, à Sciences Po. A cette date, c'est déjà le savant français le plus cité dans le monde académique à l'échelle internationale.
Guide des Sorties : Expositions - Au coeur de l'Asie centrale / Huguette MEUNIER in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Expositions - Au coeur de l'Asie centrale Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Huguette MEUNIER, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 92-93 Langues : Français (fre) Mots-clés : exposition Asie centrale Louvre Paris Note de contenu : Au Louvre et à l'Institut du monde arabe, l'hiver parisien se pare des couleurs ouzbeks.
Parler des routes de la soie suscite immédiatement des images exotiques et aventureuses, d'Alexandre le Grand à Tamerlan en passant par Marco Polo et bien d'autres. On imagine les caravanes chargées de soie et de parfums, d'épices et de thé, de miel et de porcelaine, d'or et de pierres. Si les noms de Samarcande et de Boukhara ont conservé ce pouvoir d'évocation, le Louvre nous fait également découvrir d'autres oasis dont les trésors attestent la fortune ancienne et l'originalité. Dans cette région carrefour entre les influences méditerranéennes, indiennes, chinoises, steppiques, l'art porte en effet la marque de cultures diverses : sculptures gréco-bouddhiques, statues de rois kouchans et de princes aux curieux chapeaux pointus, colliers aux accents scythes, boucles ciselées illustrent la richesse et le raffinement des souverains.
Des princes chassent le tigre
Les royaumes sogdiens développent ensuite un art de cour parfois monumental, dont témoignent les peintures murales à fond rouge de Varakhsha, à l'ouest de Boukhara (VIIIe siècle), où des princes montés sur des éléphants blancs chassent le tigre. Ou celles à fond bleu, dite « des ambassadeurs », d'Afrasyab (VIIe-VIIIe siècle), découvertes par hasard en 1965, lors des travaux de la nouvelle route de Tachkent à Samarcande, et qui couvraient les quatre murs d'un salon de réception. Le panneau apporté à Paris dépeint une procession sacrificielle pour le Nouvel An, Noruz, que les Iraniens et les Ouzbeks fêtent toujours au printemps.
Car dans le registre religieux, aussi, les influences se mêlent : bouddhisme venu de l'Inde, zoroastrisme rattaché à la Perse, manichéisme et christianisme, prégnant avant l'arrivée précoce de l'islam qu'illustre ici le coran de katta Langar, du VIIIe siècle. La calligraphie s'épanouit sur les manuscrits et les céramiques qui couvrent les mosquées, madrasas, tombeaux aux coupoles turquoise tel le Gour-i Mir, le mausolée de Tamerlan qui s'élève à Samarcande. Sa porte, en tek indien, est présentée pour la première fois en dehors du pays, comme d'autres trésors nationaux exceptionnellement prêtés.
Une avant-garde moderniste
L'Institut du monde arabe prend le relais chronologique pour les XIXe et XXe siècles. Les tchapans (manteaux) aux larges manches, toujours portés aujourd'hui, les tapis de laine, les suzanis de coton brodés de motifs colorés, les ikats (tissus) de soie, les coiffures toutes différentes, les bijoux d'argent sertis de pierres, les harnachements des chevaux, pérennes dans une culture restée profondément nomade, émerveillent, en particulier ceux de la période de l'avant-dernier émir de Boukhara, à la fin du XIXe siècle, au moment de la colonisation russe.
Sans doute moins connue du grand public, l'école de peinture qui se développe au XXe siècle lorsque l'Ouzbékistan devient république soviétique manifeste à la fois une forme d'« orientalisme » chez des artistes russes venus (ou relégués) dans cette lointaine périphérie et un goût marqué pour une avant-garde moderniste qui fait éclater les couleurs. De quoi enchanter un hiver maussade.
À VOIR
Splendeurs des oasis d'Ouzbékistan. Sur les routes caravanières d'Asie centrale, du 23 novembre 2022 au 6 mars 2023 au Louvre (75).
Sur les routes de Samarcande. Merveilles de soie et d'or, du 23 novembre 2022 au 4 juin 2023 à l'Institut du monde arabe (75).
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 92-93[article] Guide des Sorties : Expositions - Au coeur de l'Asie centrale [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Huguette MEUNIER, Auteur . - 2023 . - p. 92-93.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 92-93
Mots-clés : exposition Asie centrale Louvre Paris Note de contenu : Au Louvre et à l'Institut du monde arabe, l'hiver parisien se pare des couleurs ouzbeks.
Parler des routes de la soie suscite immédiatement des images exotiques et aventureuses, d'Alexandre le Grand à Tamerlan en passant par Marco Polo et bien d'autres. On imagine les caravanes chargées de soie et de parfums, d'épices et de thé, de miel et de porcelaine, d'or et de pierres. Si les noms de Samarcande et de Boukhara ont conservé ce pouvoir d'évocation, le Louvre nous fait également découvrir d'autres oasis dont les trésors attestent la fortune ancienne et l'originalité. Dans cette région carrefour entre les influences méditerranéennes, indiennes, chinoises, steppiques, l'art porte en effet la marque de cultures diverses : sculptures gréco-bouddhiques, statues de rois kouchans et de princes aux curieux chapeaux pointus, colliers aux accents scythes, boucles ciselées illustrent la richesse et le raffinement des souverains.
Des princes chassent le tigre
Les royaumes sogdiens développent ensuite un art de cour parfois monumental, dont témoignent les peintures murales à fond rouge de Varakhsha, à l'ouest de Boukhara (VIIIe siècle), où des princes montés sur des éléphants blancs chassent le tigre. Ou celles à fond bleu, dite « des ambassadeurs », d'Afrasyab (VIIe-VIIIe siècle), découvertes par hasard en 1965, lors des travaux de la nouvelle route de Tachkent à Samarcande, et qui couvraient les quatre murs d'un salon de réception. Le panneau apporté à Paris dépeint une procession sacrificielle pour le Nouvel An, Noruz, que les Iraniens et les Ouzbeks fêtent toujours au printemps.
Car dans le registre religieux, aussi, les influences se mêlent : bouddhisme venu de l'Inde, zoroastrisme rattaché à la Perse, manichéisme et christianisme, prégnant avant l'arrivée précoce de l'islam qu'illustre ici le coran de katta Langar, du VIIIe siècle. La calligraphie s'épanouit sur les manuscrits et les céramiques qui couvrent les mosquées, madrasas, tombeaux aux coupoles turquoise tel le Gour-i Mir, le mausolée de Tamerlan qui s'élève à Samarcande. Sa porte, en tek indien, est présentée pour la première fois en dehors du pays, comme d'autres trésors nationaux exceptionnellement prêtés.
Une avant-garde moderniste
L'Institut du monde arabe prend le relais chronologique pour les XIXe et XXe siècles. Les tchapans (manteaux) aux larges manches, toujours portés aujourd'hui, les tapis de laine, les suzanis de coton brodés de motifs colorés, les ikats (tissus) de soie, les coiffures toutes différentes, les bijoux d'argent sertis de pierres, les harnachements des chevaux, pérennes dans une culture restée profondément nomade, émerveillent, en particulier ceux de la période de l'avant-dernier émir de Boukhara, à la fin du XIXe siècle, au moment de la colonisation russe.
Sans doute moins connue du grand public, l'école de peinture qui se développe au XXe siècle lorsque l'Ouzbékistan devient république soviétique manifeste à la fois une forme d'« orientalisme » chez des artistes russes venus (ou relégués) dans cette lointaine périphérie et un goût marqué pour une avant-garde moderniste qui fait éclater les couleurs. De quoi enchanter un hiver maussade.
À VOIR
Splendeurs des oasis d'Ouzbékistan. Sur les routes caravanières d'Asie centrale, du 23 novembre 2022 au 6 mars 2023 au Louvre (75).
Sur les routes de Samarcande. Merveilles de soie et d'or, du 23 novembre 2022 au 4 juin 2023 à l'Institut du monde arabe (75).
Guide des Sorties : Cinéma - Une Sissi avec des si / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Une Sissi avec des si Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 94-95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma Sissi Elisabeth d'Autriche conventions impératrice film Note de contenu : Dans un scénario « contrefactuel », Marie Kreutzer imagine une Élisabeth d'Autriche luttant contre les conventions et la vieillesse.
Sissi a 40 ans, et se pose des questions. Celles d'une femme qui, surtout pour son époque, commence à être considérée comme « vieille ». Celles d'une impératrice qui, première dame d'Autriche, femme de l'empereur François-Joseph Ier, n'a pas le droit de s'exprimer, demeure dans la mondanité permanente, et se doit de rester à jamais la jeune et belle princesse qu'elle fut. « Ton rôle consiste à représenter - c'est pour cela que je t'ai choisie, c'est pour cela que tu es là », lui dit sèchement François-Joseph lorsqu'elle souhaite parler au nom de sa Bavière natale ou de sa Hongrie d'adoption. Pour satisfaire ces attentes, Élisabeth d'Autriche se plie à un régime rigoureux de jeûne anorexique, d'exercices sportifs, et de mesure quotidienne de son poids, dont le serrage vigoureux du corset par ses dames de compagnie est le symbole le plus oppressant.
Un temps, Élisabeth cherche encore à correspondre à l'image idéale qu'elle se fait d'elle-même et que se fait d'elle l'opinion publique. Elle a d'ailleurs amplement contribué à alimenter cette image par son culte de la beauté, son tour de taille de 51 cm, son iconique coiffure de cheveux tressés pesant près de cinq kilos, ses dizaines de robes fabriquées et préparées par une trentaine de modistes à son service. En partant de ces éléments biographiques, la cinéaste Marie Kreutzer a imaginé le scénario de Corsage. Dès le titre, le film apparaît comme l'anti-Sissi, la trilogie interprétée dans les années 1950 par la jeune Romy Schneider, ravissante monarque obéissante lancée dans un décor folklorique, kitsch et romantique, saga type des multirediffusions des Noëls germaniques depuis plusieurs décennies.
Étouffée par les conventions
Le film de Marie Kreutzer présente une impératrice fatiguée de se conformer à cette image parfaite, lassée de cette fonction si vaine, étouffée par les conventions de la cour viennoise, épuisée de vouloir vivre en cherchant une issue à son enfermement. Il s'agit moins d'un « scandale » - l'impératrice savait parfaitement les provoquer, fumant en public, apostrophant les hommes avec sévérité, mimant ses évanouissements, prenant drogues et médicaments à foison - que d'une manière, pour le film, de « délirer l'histoire » en lui posant de vraies questions. Et si, puisqu'il est établi qu'à la fin de sa vie Élisabeth apparaissait en public uniquement cachée sous une voilette noire ou mauve, voyageait énormément et se faisait remplacer pour les événements officiels par sa dame de compagnie préférée, la comtesse hongroise Ida Ferenczy, l'impératrice avait en fait disparu ?
Disparue à elle-même, d'abord, fuyant sa propre vie. Disparue à ses symboles ensuite, détruisant de ses mains les attributs qui l'ont rendue célèbre : elle coupe sa fameuse coiffure, mange, pour grossir, des gâteaux avec son cousin Louis II de Bavière, et laisse libre cours à sa passion pour un jeune palefrenier anglais. Disparue définitivement : avec son suicide, en se jetant à l'eau lors d'une croisière vers son île préférée, Corfou, où elle se fit construire un magnifique palais de style antique, l'Achilleion. La thèse est d'aujourd'hui : une princesse en rébellion contre elle-même et le rôle qu'on lui fait jouer, une femme moderne qui lutte contre son âge, sa place, la domination mâle de l'empereur, et qui finit par s'autodétruire pour mieux fuir la condition et la représentation que sa place lui impose.
Marie Kreutzer filme donc une expérimentation historique de Sissi qu'incarne l'envoûtante Vicky Krieps. Une histoire « contrefactuelle » : partir de petits faits vrais pour imaginer des dérapages, des contre vérités. Passionnant essai d'histoire dont chaque écart vaut également pour la forme cinématographique qui lui donne sens avec lyrisme et beauté. Moments de fort ralenti, fragments de musiques rock ou planantes ultra-contemporaines, ballets aquatiques, performances dansées, délires volontaires, ou superbes anachronismes assumés : soudain, un tracteur au milieu d'un champ, le cinéma inventé dès 1878 pour enregistrer tout spécialement l'impératrice, c'est-à-dire dix ans avant les premiers essais de Louis Le Prince ou d'Étienne-Jules Marey. C'est ce qu'on aime dans ce film radicalement libre : une Sissi avec des si.
À VOIR
Corsage, M. Kreutzer, en salle le 14 décembre 2022.
Projection
Projection du film Corsage de Marie Kreutzer le 5 janvier 2023 à 20 heures, au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une rencontre avec l'historienne Mélanie Traversier et Antoine de Baecque.
40 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Cinéma Le Champo
51, rue des Écoles, 75005 Paris
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 94-95[article] Guide des Sorties : Cinéma - Une Sissi avec des si [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2023 . - p. 94-95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 94-95
Mots-clés : cinéma Sissi Elisabeth d'Autriche conventions impératrice film Note de contenu : Dans un scénario « contrefactuel », Marie Kreutzer imagine une Élisabeth d'Autriche luttant contre les conventions et la vieillesse.
Sissi a 40 ans, et se pose des questions. Celles d'une femme qui, surtout pour son époque, commence à être considérée comme « vieille ». Celles d'une impératrice qui, première dame d'Autriche, femme de l'empereur François-Joseph Ier, n'a pas le droit de s'exprimer, demeure dans la mondanité permanente, et se doit de rester à jamais la jeune et belle princesse qu'elle fut. « Ton rôle consiste à représenter - c'est pour cela que je t'ai choisie, c'est pour cela que tu es là », lui dit sèchement François-Joseph lorsqu'elle souhaite parler au nom de sa Bavière natale ou de sa Hongrie d'adoption. Pour satisfaire ces attentes, Élisabeth d'Autriche se plie à un régime rigoureux de jeûne anorexique, d'exercices sportifs, et de mesure quotidienne de son poids, dont le serrage vigoureux du corset par ses dames de compagnie est le symbole le plus oppressant.
Un temps, Élisabeth cherche encore à correspondre à l'image idéale qu'elle se fait d'elle-même et que se fait d'elle l'opinion publique. Elle a d'ailleurs amplement contribué à alimenter cette image par son culte de la beauté, son tour de taille de 51 cm, son iconique coiffure de cheveux tressés pesant près de cinq kilos, ses dizaines de robes fabriquées et préparées par une trentaine de modistes à son service. En partant de ces éléments biographiques, la cinéaste Marie Kreutzer a imaginé le scénario de Corsage. Dès le titre, le film apparaît comme l'anti-Sissi, la trilogie interprétée dans les années 1950 par la jeune Romy Schneider, ravissante monarque obéissante lancée dans un décor folklorique, kitsch et romantique, saga type des multirediffusions des Noëls germaniques depuis plusieurs décennies.
Étouffée par les conventions
Le film de Marie Kreutzer présente une impératrice fatiguée de se conformer à cette image parfaite, lassée de cette fonction si vaine, étouffée par les conventions de la cour viennoise, épuisée de vouloir vivre en cherchant une issue à son enfermement. Il s'agit moins d'un « scandale » - l'impératrice savait parfaitement les provoquer, fumant en public, apostrophant les hommes avec sévérité, mimant ses évanouissements, prenant drogues et médicaments à foison - que d'une manière, pour le film, de « délirer l'histoire » en lui posant de vraies questions. Et si, puisqu'il est établi qu'à la fin de sa vie Élisabeth apparaissait en public uniquement cachée sous une voilette noire ou mauve, voyageait énormément et se faisait remplacer pour les événements officiels par sa dame de compagnie préférée, la comtesse hongroise Ida Ferenczy, l'impératrice avait en fait disparu ?
Disparue à elle-même, d'abord, fuyant sa propre vie. Disparue à ses symboles ensuite, détruisant de ses mains les attributs qui l'ont rendue célèbre : elle coupe sa fameuse coiffure, mange, pour grossir, des gâteaux avec son cousin Louis II de Bavière, et laisse libre cours à sa passion pour un jeune palefrenier anglais. Disparue définitivement : avec son suicide, en se jetant à l'eau lors d'une croisière vers son île préférée, Corfou, où elle se fit construire un magnifique palais de style antique, l'Achilleion. La thèse est d'aujourd'hui : une princesse en rébellion contre elle-même et le rôle qu'on lui fait jouer, une femme moderne qui lutte contre son âge, sa place, la domination mâle de l'empereur, et qui finit par s'autodétruire pour mieux fuir la condition et la représentation que sa place lui impose.
Marie Kreutzer filme donc une expérimentation historique de Sissi qu'incarne l'envoûtante Vicky Krieps. Une histoire « contrefactuelle » : partir de petits faits vrais pour imaginer des dérapages, des contre vérités. Passionnant essai d'histoire dont chaque écart vaut également pour la forme cinématographique qui lui donne sens avec lyrisme et beauté. Moments de fort ralenti, fragments de musiques rock ou planantes ultra-contemporaines, ballets aquatiques, performances dansées, délires volontaires, ou superbes anachronismes assumés : soudain, un tracteur au milieu d'un champ, le cinéma inventé dès 1878 pour enregistrer tout spécialement l'impératrice, c'est-à-dire dix ans avant les premiers essais de Louis Le Prince ou d'Étienne-Jules Marey. C'est ce qu'on aime dans ce film radicalement libre : une Sissi avec des si.
À VOIR
Corsage, M. Kreutzer, en salle le 14 décembre 2022.
Projection
Projection du film Corsage de Marie Kreutzer le 5 janvier 2023 à 20 heures, au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une rencontre avec l'historienne Mélanie Traversier et Antoine de Baecque.
40 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
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Cinéma Le Champo
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Guide des Sorties : Cinéma - Annie et les siens / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Annie et les siens Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma film super 8 Annie Ernaux film familial Note de contenu : Annie Ernaux commente et décrypte les films familiaux tournés en super 8.
Des Noëls sous le sapin, avec enfants contents et parents généreux, des voyages exotiques, des promenades en famille dans la nature alpine : le matériau est banal et daté, images muettes tournées en super 8. En 1971, quand la caméra s'invite, les premiers visages font la grimace à la nouvelle venue, se masquent, se maquillent. En 1982, alors que la famille implose à la suite du divorce des parents et du départ des enfants, les Ernaux ont tourné quelques dizaines de films. Avec, dans un décor moyen-bourgeois, un casting immuable : le père à la caméra, les deux fils grandissant devant elle, la mère d'Annie Ernaux en blouse « popu » dans un coin de l'image, les grands-parents paternels qui paradent quand ils sont invités. Et la femme, à la fois pivot de l'image et discrète professeure de français en lycée, omniprésente et absente.
Raconter les secrets intimes
Cette femme, c'est Annie Ernaux, désormais célèbre prix Nobel de littérature. L'écrivaine lui donne une voix rétrospective, la sienne, qui commente et décrypte les images. Elle dit ce qu'on voit : une famille de gauche « heureuse » qui fait les voyages attendus du tourisme politique, le Chili en 1972, le Portugal en 1974, l'Espagne après la mort de Franco, la Grèce d'après les colonels, Moscou en 1982. Elle dit aussi ce qu'on ne voit pas, ou plutôt ce qu'on devine : la mère qu'elle est, témoin du monde d'origine, le peuple d'Yvetot en Normandie, que la voix raconte en transfuge de classe ; le regard dans le vague de la jeune femme dont le monde intérieur se pare de textes autobiographiques, ces premiers romans qui, entre 1974 et 1981 (Les Armoires vides, La Femme gelée...), tracent le chemin de l'émancipation féminine et de l'affirmation littéraire. Une écrivaine naît en résistance et son oeuvre va raconter précisément les secrets intimes se cachant en ces années super 8, tout en les transformant en histoire collective, celle de toutes les femmes qui se sont peu à peu affirmées au cours de ces années.
À VOIR
Les Années super 8, A. Ernaux, D. Ernaux-Briot, en salle le 14 décembre 2022.
Projection
Projection du film Les Années super 8 d'Annie Ernaux et de David Ernaux-Briot le 10 janvier 2023 à 20 heures, au cinéma MK2 Odéon.
La séance sera suivie d'une rencontre avec Antoine de Baecque.
20 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
MK2 Odéon (côté Saint-Michel)
7, rue Hautefeuille,
75006 Paris
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 95[article] Guide des Sorties : Cinéma - Annie et les siens [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2023 . - p. 95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 95
Mots-clés : cinéma film super 8 Annie Ernaux film familial Note de contenu : Annie Ernaux commente et décrypte les films familiaux tournés en super 8.
Des Noëls sous le sapin, avec enfants contents et parents généreux, des voyages exotiques, des promenades en famille dans la nature alpine : le matériau est banal et daté, images muettes tournées en super 8. En 1971, quand la caméra s'invite, les premiers visages font la grimace à la nouvelle venue, se masquent, se maquillent. En 1982, alors que la famille implose à la suite du divorce des parents et du départ des enfants, les Ernaux ont tourné quelques dizaines de films. Avec, dans un décor moyen-bourgeois, un casting immuable : le père à la caméra, les deux fils grandissant devant elle, la mère d'Annie Ernaux en blouse « popu » dans un coin de l'image, les grands-parents paternels qui paradent quand ils sont invités. Et la femme, à la fois pivot de l'image et discrète professeure de français en lycée, omniprésente et absente.
Raconter les secrets intimes
Cette femme, c'est Annie Ernaux, désormais célèbre prix Nobel de littérature. L'écrivaine lui donne une voix rétrospective, la sienne, qui commente et décrypte les images. Elle dit ce qu'on voit : une famille de gauche « heureuse » qui fait les voyages attendus du tourisme politique, le Chili en 1972, le Portugal en 1974, l'Espagne après la mort de Franco, la Grèce d'après les colonels, Moscou en 1982. Elle dit aussi ce qu'on ne voit pas, ou plutôt ce qu'on devine : la mère qu'elle est, témoin du monde d'origine, le peuple d'Yvetot en Normandie, que la voix raconte en transfuge de classe ; le regard dans le vague de la jeune femme dont le monde intérieur se pare de textes autobiographiques, ces premiers romans qui, entre 1974 et 1981 (Les Armoires vides, La Femme gelée...), tracent le chemin de l'émancipation féminine et de l'affirmation littéraire. Une écrivaine naît en résistance et son oeuvre va raconter précisément les secrets intimes se cachant en ces années super 8, tout en les transformant en histoire collective, celle de toutes les femmes qui se sont peu à peu affirmées au cours de ces années.
À VOIR
Les Années super 8, A. Ernaux, D. Ernaux-Briot, en salle le 14 décembre 2022.
Projection
Projection du film Les Années super 8 d'Annie Ernaux et de David Ernaux-Briot le 10 janvier 2023 à 20 heures, au cinéma MK2 Odéon.
La séance sera suivie d'une rencontre avec Antoine de Baecque.
20 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
MK2 Odéon (côté Saint-Michel)
7, rue Hautefeuille,
75006 Paris
Carte blanche : Twitter : quinze ans de pépiements / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Carte blanche : Twitter : quinze ans de pépiements Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : Twitter réseau social Elon Musk bilan politique Note de contenu : Le célèbre réseau social a beaucoup fait parler de lui lors de son rachat par Elon Musk. Son bilan politique est déjà impressionnant.
Si un recul d'une quinzaine d'années peut sembler insignifiant à un historien, il n'est pas trop tôt pour se pencher sur le cas Twitter. Ce réseau social a révolutionné les codes de la communication. Il a pris une telle importance dans la vie politique, économique, culturelle, médiatique, que cela justifie l'impatience à revenir sur sa jeune histoire.
Le projet est né en 2006 au sein d'Odeo, une société de services de diffusion de podcasts basée à San Francisco. A l'issue d'une conversation à bâtons rompus entre Jack Dorsey, Noah Glass, Biz Stone et Evan Williams, des trentenaires technophiles de la Silicon Valley, l'idée prit forme d'un système qui permettrait aux utilisateurs de décrire en direct ce qu'ils sont en train de faire et de le partager via SMS. Il s'agissait alors de « twitter » (« pépier ») tous azimuts, d'où le logo de l'oiseau symbolisant le réseau. La limite des 140 caractères par message poussait à la concision et à la précision - elle fut portée par la suite à 280 caractères.
Pour les plus de 325 millions d'utilisateurs et notamment pour les activistes et les journalistes, Twitter est avant tout un puissant outil de communication politique. Car ce canal de diffusion d'informations reprises des médias croît et s'alimente aussi sui generis. On en veut pour preuve quelques événements où Twitter s'est retrouvé au coeur de l'action, loin du gazouillis originel. Le réseau se révéla indispensable par sa collecte d'informations lors du petit tremblement de terre qui secoua San Francisco (2006) ; il permit au candidat Barack Obama de rameuter ses partisans pendant sa campagne électorale (2008) ; il fut souvent décisif lors des appels à manifester qui ponctuèrent les rassemblements du Printemps arabe (2011) ; cette année-là, son efficacité fut mise à contribution par les militants du mouvement Occupy Wall Street à New York qui dénonçaient les dangers d'un libéralisme dérégulé ; les « gilets jaunes » surent le mettre à profit pour se rassembler aux ronds-points dans les campagnes ou en masse par effet de surprise dans les villes (2018) ; il a été largement utilisé lors de l'attaque du Capitole en janvier 2021 par les partisans du président Donald Trump (ce qui a valu à ce dernier son exclusion) ; et dans l'année qui s'achève, Twitter apparaît comme une arme redoutable tant dans la résistance acharnée des Ukrainiens face à l'invasion russe (l'état-major diffusant ainsi la recette du cocktail Molotov) que lors des émeutes antigouvernementales en Iran. Sans oublier que le mouvement MeToo est né d'un hashtag - symbole « # » suivi d'un mot-clé, regroupant les conversations par sujet.
Depuis cinq ans, les croissances de Facebook et d'Instagram ont freiné celle de Twitter. Mais comme la baisse de son chiffre d'affaires est allée de pair avec l'augmentation de son audience, cela a encouragé l'un de ses actionnaires, Elon Musk, à perpétrer un putsch boursier pour le racheter. Les régulateurs l'attendent au tournant sur la question la plus sensible, celle de la modération. Car harceleurs, délateurs, racistes, suprémacistes et autres familiers de la haine en ligne, mais aussi colporteurs de fake news (« bobards »), se réjouissent de sa conception extensive de la liberté d'expression. Toujours se méfier lorsqu'un homme d'affaires se dit prêt à dépenser 44 milliards de dollars pour « défendre la liberté d'expression ». Ce qui est jugé un peu cher pour « libérer l'oiseau ».
Sur le site theses.fr, on compte fin novembre 2022, pour le mot « Twitter », 2 735 thèses soutenues et 59 en préparation. On s'en doute, toutes n'y sont pas exclusivement consacrées ; mais un certain nombre de doctorats en informatique, ou en sciences de l'éducation, du langage et de la communication, en font l'unique sujet de leur recherche. Pour les thèses d'histoire, on attendra encore un peu.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il a publié Le Paquebot (Gallimard, 2022).
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 98[article] Carte blanche : Twitter : quinze ans de pépiements [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2023 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 98
Mots-clés : Twitter réseau social Elon Musk bilan politique Note de contenu : Le célèbre réseau social a beaucoup fait parler de lui lors de son rachat par Elon Musk. Son bilan politique est déjà impressionnant.
Si un recul d'une quinzaine d'années peut sembler insignifiant à un historien, il n'est pas trop tôt pour se pencher sur le cas Twitter. Ce réseau social a révolutionné les codes de la communication. Il a pris une telle importance dans la vie politique, économique, culturelle, médiatique, que cela justifie l'impatience à revenir sur sa jeune histoire.
Le projet est né en 2006 au sein d'Odeo, une société de services de diffusion de podcasts basée à San Francisco. A l'issue d'une conversation à bâtons rompus entre Jack Dorsey, Noah Glass, Biz Stone et Evan Williams, des trentenaires technophiles de la Silicon Valley, l'idée prit forme d'un système qui permettrait aux utilisateurs de décrire en direct ce qu'ils sont en train de faire et de le partager via SMS. Il s'agissait alors de « twitter » (« pépier ») tous azimuts, d'où le logo de l'oiseau symbolisant le réseau. La limite des 140 caractères par message poussait à la concision et à la précision - elle fut portée par la suite à 280 caractères.
Pour les plus de 325 millions d'utilisateurs et notamment pour les activistes et les journalistes, Twitter est avant tout un puissant outil de communication politique. Car ce canal de diffusion d'informations reprises des médias croît et s'alimente aussi sui generis. On en veut pour preuve quelques événements où Twitter s'est retrouvé au coeur de l'action, loin du gazouillis originel. Le réseau se révéla indispensable par sa collecte d'informations lors du petit tremblement de terre qui secoua San Francisco (2006) ; il permit au candidat Barack Obama de rameuter ses partisans pendant sa campagne électorale (2008) ; il fut souvent décisif lors des appels à manifester qui ponctuèrent les rassemblements du Printemps arabe (2011) ; cette année-là, son efficacité fut mise à contribution par les militants du mouvement Occupy Wall Street à New York qui dénonçaient les dangers d'un libéralisme dérégulé ; les « gilets jaunes » surent le mettre à profit pour se rassembler aux ronds-points dans les campagnes ou en masse par effet de surprise dans les villes (2018) ; il a été largement utilisé lors de l'attaque du Capitole en janvier 2021 par les partisans du président Donald Trump (ce qui a valu à ce dernier son exclusion) ; et dans l'année qui s'achève, Twitter apparaît comme une arme redoutable tant dans la résistance acharnée des Ukrainiens face à l'invasion russe (l'état-major diffusant ainsi la recette du cocktail Molotov) que lors des émeutes antigouvernementales en Iran. Sans oublier que le mouvement MeToo est né d'un hashtag - symbole « # » suivi d'un mot-clé, regroupant les conversations par sujet.
Depuis cinq ans, les croissances de Facebook et d'Instagram ont freiné celle de Twitter. Mais comme la baisse de son chiffre d'affaires est allée de pair avec l'augmentation de son audience, cela a encouragé l'un de ses actionnaires, Elon Musk, à perpétrer un putsch boursier pour le racheter. Les régulateurs l'attendent au tournant sur la question la plus sensible, celle de la modération. Car harceleurs, délateurs, racistes, suprémacistes et autres familiers de la haine en ligne, mais aussi colporteurs de fake news (« bobards »), se réjouissent de sa conception extensive de la liberté d'expression. Toujours se méfier lorsqu'un homme d'affaires se dit prêt à dépenser 44 milliards de dollars pour « défendre la liberté d'expression ». Ce qui est jugé un peu cher pour « libérer l'oiseau ».
Sur le site theses.fr, on compte fin novembre 2022, pour le mot « Twitter », 2 735 thèses soutenues et 59 en préparation. On s'en doute, toutes n'y sont pas exclusivement consacrées ; mais un certain nombre de doctorats en informatique, ou en sciences de l'éducation, du langage et de la communication, en font l'unique sujet de leur recherche. Pour les thèses d'histoire, on attendra encore un peu.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il a publié Le Paquebot (Gallimard, 2022).
Guide des Médias : Des mythes sur les ondes / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 503 (Janvier 2023)
[article]
Titre : Guide des Médias : Des mythes sur les ondes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 96 Langues : Français (fre) Mots-clés : médias Pierre Judet de La Combe Grèce mythes Note de contenu : Avec Quand les dieux rôdaient sur la Terre, le philologue Pierre Judet de La Combe raconte les mythes grecs chaque semaine sur France Inter.
Hermès, le dieu fourbe et farceur », « Artémis, belle et féroce », « Orphée, la voix enchanteresse », « Médée, la barbare amoureuse », « Dionysos, le dieu virevoltant »... Depuis septembre 2022, les mythes grecs se sont invités sur France Inter. Tous les samedis à 11 heures, Pierre Judet de La Combe anime l'émission Quand les dieux rôdaient sur la Terre à la demande d'Adèle Van Reeth, la nouvelle directrice de la station.
Helléniste reconnu, Pierre Judet de La Combe est un grand spécialiste de la tragédie grecque - il a récemment traduit Les Sept contre Thèbes d'Eschyle, aux éditions Anacharsis. Élève et collaborateur du philosophe Jean Bollack - auquel il succéda à la direction du Centre de recherche philologique de l'université Lille-III -, il a enseigné la littérature grecque à l'École normale supérieure.
L'expérience du théâtre
Il consacre aujourd'hui tout son temps à préparer son émission. Avec pour objectif d'expliquer que le mythe est libre en Grèce et que les poètes rivalisent entre eux d'inventivité pour les évoquer. Pour cela, chaque épisode fait la part belle aux textes antiques que Pierre Judet de La Combe retraduit le plus souvent lui-même. Une nécessité née de son expérience dans le monde du théâtre : « J'ai eu plusieurs fois l'occasion de collaborer avec Ariane Mnouchkine ou avec le théâtre des Bernardines de Marseille. Et j'ai été chaque fois impressionné par l'intérêt que les metteurs en scène ou les acteurs portent aux précisions que peut leur apporter un universitaire à propos d'un texte antique. »
Traces vives
Cette attention aux sources n'empêche pas l'émission de réserver une place de choix au théâtre, au cinéma, à la musique, aux archives radiophoniques et aux entretiens - quel plaisir d'écouter à nouveau Roland Barthes, Jean-Pierre Vernant ou encore Pierre Vidal-Naquet.
« Les dieux et les déesses qui rôdaient autrefois sur la terre de Grèce sont morts depuis longtemps, mais ils ont laissé des traces toujours vives, reprises, choyées » peut-on lire sur le site de France Inter. Pierre Judet de La Combe nous y entraîne avec talent. Suivez le guide.
À VOIR
Quand les dieux rôdaient sur la Terre, tous les samedis à 11 heures sur France Inter.
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 96[article] Guide des Médias : Des mythes sur les ondes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2023 . - p. 96.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 503 (Janvier 2023) . - p. 96
Mots-clés : médias Pierre Judet de La Combe Grèce mythes Note de contenu : Avec Quand les dieux rôdaient sur la Terre, le philologue Pierre Judet de La Combe raconte les mythes grecs chaque semaine sur France Inter.
Hermès, le dieu fourbe et farceur », « Artémis, belle et féroce », « Orphée, la voix enchanteresse », « Médée, la barbare amoureuse », « Dionysos, le dieu virevoltant »... Depuis septembre 2022, les mythes grecs se sont invités sur France Inter. Tous les samedis à 11 heures, Pierre Judet de La Combe anime l'émission Quand les dieux rôdaient sur la Terre à la demande d'Adèle Van Reeth, la nouvelle directrice de la station.
Helléniste reconnu, Pierre Judet de La Combe est un grand spécialiste de la tragédie grecque - il a récemment traduit Les Sept contre Thèbes d'Eschyle, aux éditions Anacharsis. Élève et collaborateur du philosophe Jean Bollack - auquel il succéda à la direction du Centre de recherche philologique de l'université Lille-III -, il a enseigné la littérature grecque à l'École normale supérieure.
L'expérience du théâtre
Il consacre aujourd'hui tout son temps à préparer son émission. Avec pour objectif d'expliquer que le mythe est libre en Grèce et que les poètes rivalisent entre eux d'inventivité pour les évoquer. Pour cela, chaque épisode fait la part belle aux textes antiques que Pierre Judet de La Combe retraduit le plus souvent lui-même. Une nécessité née de son expérience dans le monde du théâtre : « J'ai eu plusieurs fois l'occasion de collaborer avec Ariane Mnouchkine ou avec le théâtre des Bernardines de Marseille. Et j'ai été chaque fois impressionné par l'intérêt que les metteurs en scène ou les acteurs portent aux précisions que peut leur apporter un universitaire à propos d'un texte antique. »
Traces vives
Cette attention aux sources n'empêche pas l'émission de réserver une place de choix au théâtre, au cinéma, à la musique, aux archives radiophoniques et aux entretiens - quel plaisir d'écouter à nouveau Roland Barthes, Jean-Pierre Vernant ou encore Pierre Vidal-Naquet.
« Les dieux et les déesses qui rôdaient autrefois sur la terre de Grèce sont morts depuis longtemps, mais ils ont laissé des traces toujours vives, reprises, choyées » peut-on lire sur le site de France Inter. Pierre Judet de La Combe nous y entraîne avec talent. Suivez le guide.
À VOIR
Quand les dieux rôdaient sur la Terre, tous les samedis à 11 heures sur France Inter.





