Spécial Ukraine - Questions d'histoire sur le retour de la guerre en Europe |
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N° 504 - Février 2023 - Spécial Ukraine - Questions d'histoire sur le retour de la guerre en Europe : Vargas Llosa, le Balzac de l'Amérique latine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 98 p. 24 février 2022, l’Ukraine se réveille sous les bombes. Les Européens assistent avec stupéfaction au retour d'une guerre interétatique à leur porte. Des historiens puisent ici dans le temps long pour éclairer les ressorts de l'armée russe, sa brutalité à l'égard des civils, mais aussi la qualification juridique des crimes en cours, ou la documentation des conflits. Et montrent à quel point l'histoire et la mémoire sont au coeur des enjeux de cette guerre. Avec Bruno Cabanes, Masha Cerovic, Alain Chatriot, Sabine Dullin, Gilles Ferragu, Yuliia Koniva, Meryl Lavenant, Alexandre Sumpf, Édouard Vernon, Nicolas Werth, Annette Wieviorka. Événement « Pérou. La comédie humaine de Mario Vargas Llosa » Par Gilles Bataillon Le grand écrivain péruvien, Prix Nobel de littérature, entre à l’Académie française – non sans polémiques sur ses prises de position politiques. Traversée par l’influence de Faulkner ou de Flaubert, son œuvre, qui livre une peinture féroce des dictatures comme des guérillas, pose un regard aigu sur l’histoire contemporaine latino-américaine. Langues : Français (fre)
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| L'HISTOIRE | Revues | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Libre-Accès | P9738 | Disponible |
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[article]
Titre : L'édito : Une nation Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine 1991 indépendance Pouline Zelensky 1921 Note de contenu : Le 24 février 2022 Vladimir Poutine déclenche son « opération spéciale » : 400 chars lancés sur la route de Kiev, plus de 1 000 autres à l'est et au sud, à l'assaut de Kharkiv, Izioum et Kherson. Malgré la guerre de basse intensité qui dure dans le Donbass depuis 2014, on n'imagine pas que les Ukrainiens puissent réagir.
La guerre se prépare dans les têtes. Nicolas Werth s'est employé depuis longtemps à démonter le travail de falsification de l'histoire auquel Poutine se livre depuis vingt ans : lois mémorielles, fermeture des archives, persécution de l'association Memorial, attachée à faire la lumière sur les crimes de Staline.
Ce que Poutine - ni personne - n'avait mesuré, c'est que les Ukrainiens étaient en train, eux aussi, de s'armer moralement : en 2006 la Grande Famine de 1932-1933 est qualifiée de « génocide » ; en 2010 Petlioura et Bandera deviennent des héros nationaux (discutables) ; en 2014 l'Euromaïdan force à la débandade les élites russes.
Trois cents jours de guerre ont fait le reste : spectacle des soldats russes paralysés dans leurs véhicules blindés, en plein dégel, par des forces mobiles toutes concentrées sur l'objectif de défendre Kiev, qui ne sera pas prise. A leur tête, un président Zelensky transfiguré en chef de guerre. Les Russes pendant ce temps progressent à l'est et au sud, mais leur option stratégique, fondée sur la supériorité matérielle, est d'autant plus désastreuse que les Ukrainiens peuvent compter, dès le début de l'été, sur un apport massif d'armes capables, à dos d'homme, d'anéantir un char ou un avion. Moscou dispose de l'arme nucléaire, mais sa puissance reste inutilisable, d'autant que, autre surprise, l'Otan, réveillée de sa « mort cérébrale », reprend sens. L'Europe s'organise, l'Allemagne elle-même promet à Kiev la livraison de blindés.
Dans ce brouillard de la guerre, l'avenir est incertain. La Russie affiche une armée d'active de 900 000 hommes, et une réserve deux fois plus importante encore. La boucherie peut durer, les terribles blessures des tranchées, mais aussi les tortures infligées aux civils par des milices sans scrupule ou des soldats « en bandes molletières », sans autre formation que la soumission et la violence, et qui n'épargnent même pas les enfants. Quel front cédera le premier ? La décision, comme toujours, viendra du politique.
On a trop longtemps glosé pour savoir de quel pays Kiev est le berceau. De fait, entre le XVe et le XVIIIe siècle, les terres d'Ukraine passèrent - très progressivement - sous le contrôle de l'Empire russe. C'est là que se ranimèrent, au XIXe siècle, le sentiment national et l'amour de la langue, notamment dans la province de l'Ukraine-Sloboda, dont Yuliia Koniva rappelle ici le souvenir.
A partir de 1921 l'Ukraine devient une république soviétique : « Si nous ne prenons pas immédiatement des mesures pour redresser la situation en Ukraine, nous pourrions perdre cette république », s'inquiète Staline en 1932, dans une lettre confidentielle à Kaganovitch (citée par Sabine Dullin, L'Histoire n° 485). On connaît la suite : plus de 4 millions de morts de faim, suite à la politique de réquisitions et de collectivisation forcée.
Le 24 août 1991, l'Ukraine est l'une des dernières républiques à proclamer son indépendance. A cette date, on n'est pas très sûr que l'Ukraine était une nation. Maintenant, c'est fait.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 3[article] L'édito : Une nation [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 3
Mots-clés : Ukraine 1991 indépendance Pouline Zelensky 1921 Note de contenu : Le 24 février 2022 Vladimir Poutine déclenche son « opération spéciale » : 400 chars lancés sur la route de Kiev, plus de 1 000 autres à l'est et au sud, à l'assaut de Kharkiv, Izioum et Kherson. Malgré la guerre de basse intensité qui dure dans le Donbass depuis 2014, on n'imagine pas que les Ukrainiens puissent réagir.
La guerre se prépare dans les têtes. Nicolas Werth s'est employé depuis longtemps à démonter le travail de falsification de l'histoire auquel Poutine se livre depuis vingt ans : lois mémorielles, fermeture des archives, persécution de l'association Memorial, attachée à faire la lumière sur les crimes de Staline.
Ce que Poutine - ni personne - n'avait mesuré, c'est que les Ukrainiens étaient en train, eux aussi, de s'armer moralement : en 2006 la Grande Famine de 1932-1933 est qualifiée de « génocide » ; en 2010 Petlioura et Bandera deviennent des héros nationaux (discutables) ; en 2014 l'Euromaïdan force à la débandade les élites russes.
Trois cents jours de guerre ont fait le reste : spectacle des soldats russes paralysés dans leurs véhicules blindés, en plein dégel, par des forces mobiles toutes concentrées sur l'objectif de défendre Kiev, qui ne sera pas prise. A leur tête, un président Zelensky transfiguré en chef de guerre. Les Russes pendant ce temps progressent à l'est et au sud, mais leur option stratégique, fondée sur la supériorité matérielle, est d'autant plus désastreuse que les Ukrainiens peuvent compter, dès le début de l'été, sur un apport massif d'armes capables, à dos d'homme, d'anéantir un char ou un avion. Moscou dispose de l'arme nucléaire, mais sa puissance reste inutilisable, d'autant que, autre surprise, l'Otan, réveillée de sa « mort cérébrale », reprend sens. L'Europe s'organise, l'Allemagne elle-même promet à Kiev la livraison de blindés.
Dans ce brouillard de la guerre, l'avenir est incertain. La Russie affiche une armée d'active de 900 000 hommes, et une réserve deux fois plus importante encore. La boucherie peut durer, les terribles blessures des tranchées, mais aussi les tortures infligées aux civils par des milices sans scrupule ou des soldats « en bandes molletières », sans autre formation que la soumission et la violence, et qui n'épargnent même pas les enfants. Quel front cédera le premier ? La décision, comme toujours, viendra du politique.
On a trop longtemps glosé pour savoir de quel pays Kiev est le berceau. De fait, entre le XVe et le XVIIIe siècle, les terres d'Ukraine passèrent - très progressivement - sous le contrôle de l'Empire russe. C'est là que se ranimèrent, au XIXe siècle, le sentiment national et l'amour de la langue, notamment dans la province de l'Ukraine-Sloboda, dont Yuliia Koniva rappelle ici le souvenir.
A partir de 1921 l'Ukraine devient une république soviétique : « Si nous ne prenons pas immédiatement des mesures pour redresser la situation en Ukraine, nous pourrions perdre cette république », s'inquiète Staline en 1932, dans une lettre confidentielle à Kaganovitch (citée par Sabine Dullin, L'Histoire n° 485). On connaît la suite : plus de 4 millions de morts de faim, suite à la politique de réquisitions et de collectivisation forcée.
Le 24 août 1991, l'Ukraine est l'une des dernières républiques à proclamer son indépendance. A cette date, on n'est pas très sûr que l'Ukraine était une nation. Maintenant, c'est fait.
Forum (février 2023) in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Forum (février 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : Franco réactions franquistes Pelé football Note de contenu :
Goal !
Alors que le « roi » Pelé mourait, notre dossier de décembre sur « Le football. Une histoire politique » (L'Histoire n°502) vous a beaucoup intéressés. Thierry a tenu à compléter la légende de la photographie p. 39, prise lors de la Coupe du monde de 1970 : « Au lendemain des victoires italiennes contre le Mexique en quart de finale, puis contre l'Allemagne fédérale en demi-finale, c'est l'euphorie collective en Italie. Deux supporteurs coiffés de sombreros mexicains, flanquent une voiture supportant un tombeau orné de l'épitaphe "Ci-git Pelé", joueur emblématique de l'équipe du Brésil que l'Italie s'apprête à affronter en finale. »
Christian Levesque a trouvé le dossier « fort instructif » mais relève qu'il n'y a que pour les Européens que la compétition est « traditionnellement estivale depuis 1930 [...] C'est le monde à l'envers ! La première Coupe du monde a eu lieu en hiver. »
La réponse de la rédaction
Lorsqu'elle se tient en Uruguay ou encore en Afrique du Sud, elle a bien lieu durant l'hiver pour l'hémisphère Sud. Le choix de jouer la Coupe du monde entre les mois de mai et juillet relève en fait de la nécessité pour les joueurs de profiter d'une période d'interruption des matchs de plusieurs semaines, leur permettant de quitter leurs clubs respectifs, pour jouer dans leur équipe nationale. La tradition est restée, la compétition ayant toujours lieu durant l'été septentrional, à l'exception de celle de 2022 au Qatar.
Ceux qui tombent
Vous avez été nombreux à réagir à nouveau à l'article de François Godicheau « Franco : l'histoire comme champ de bataille » (L'Histoire n° 502). Alberto Guinda soulève un point important concernant le Valle de los Caídos, présenté comme abritant les corps de « 33 000 franquistes ». « Une partie de ces dépouilles appartiennent à des républicains, victimes de la répression, dont les corps ont été transportés de force dans le but de justifier une prétendue réconciliation. Exhumés sans l'accord des familles, celles-ci se battent encore pour récupérer les dépouilles ».
Jean-Louis Panné revient quant à lui sur le rôle des services secrets soviétiques dans l'assassinat d'Andreu Nin "confirmé par la (brève) ouverture des archives soviétiques". « L'implication soviétique est indéniable aussi dans la disparition des militants Kurt Landau, Camillo Berneri et Mark Rein. [...] Évacuer la dimension policière et l'intervention des Services soviétiques permet de ne pas s'interroger sur la politique communiste qui visait à acquérir l'hégémonie sur la gauche. »
Parlements
« Merci pour cet entretien sur les Français et le Parlement (L'Histoire n° 503), mais on peut regretter l'assimilation entre le Parlement et la « Chambre basse » (Assemblée Nationale). Cette assemblée a, de plus, beaucoup bougé. Les députés s'installent d'abord, en 1789, au palais de l'archevêque de Paris, puis dans la salle du Manège situé dans les jardins du Palais des Tuileries, avant de s'établir en 1793 à l'intérieur du Palais dans la salle des Machines. Le Palais Bourbon ne sera utilisé qu'à partir de 1798.
Cécile Aktouf
La réponse de Michel Winock
Pas question d'oublier l'importance de la « Chambre haute » (ou Sénat) à certains moments de notre histoire politique. Mais c'est bien l'Assemblée qui est visée lors des poussées de l'antiparlementarisme. D'où le choix (un peu inexact à certaines dates) d'assimiler dans cet entretien la Chambre des députés avec le « Parlement ». Merci en tout cas pour cette lecture précise.
RECTIFICATIF
> Dans l'enquête « 93 % des Français s'intéressent à l'histoire », on aurait dû citer l'émission de Stéphanie Duncan, « Autant en emporte l'histoire », (sur France Inter le samedi à 17 heures et en podcast).
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 4[article] Forum (février 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 4
Mots-clés : Franco réactions franquistes Pelé football Note de contenu :
Goal !
Alors que le « roi » Pelé mourait, notre dossier de décembre sur « Le football. Une histoire politique » (L'Histoire n°502) vous a beaucoup intéressés. Thierry a tenu à compléter la légende de la photographie p. 39, prise lors de la Coupe du monde de 1970 : « Au lendemain des victoires italiennes contre le Mexique en quart de finale, puis contre l'Allemagne fédérale en demi-finale, c'est l'euphorie collective en Italie. Deux supporteurs coiffés de sombreros mexicains, flanquent une voiture supportant un tombeau orné de l'épitaphe "Ci-git Pelé", joueur emblématique de l'équipe du Brésil que l'Italie s'apprête à affronter en finale. »
Christian Levesque a trouvé le dossier « fort instructif » mais relève qu'il n'y a que pour les Européens que la compétition est « traditionnellement estivale depuis 1930 [...] C'est le monde à l'envers ! La première Coupe du monde a eu lieu en hiver. »
La réponse de la rédaction
Lorsqu'elle se tient en Uruguay ou encore en Afrique du Sud, elle a bien lieu durant l'hiver pour l'hémisphère Sud. Le choix de jouer la Coupe du monde entre les mois de mai et juillet relève en fait de la nécessité pour les joueurs de profiter d'une période d'interruption des matchs de plusieurs semaines, leur permettant de quitter leurs clubs respectifs, pour jouer dans leur équipe nationale. La tradition est restée, la compétition ayant toujours lieu durant l'été septentrional, à l'exception de celle de 2022 au Qatar.
Ceux qui tombent
Vous avez été nombreux à réagir à nouveau à l'article de François Godicheau « Franco : l'histoire comme champ de bataille » (L'Histoire n° 502). Alberto Guinda soulève un point important concernant le Valle de los Caídos, présenté comme abritant les corps de « 33 000 franquistes ». « Une partie de ces dépouilles appartiennent à des républicains, victimes de la répression, dont les corps ont été transportés de force dans le but de justifier une prétendue réconciliation. Exhumés sans l'accord des familles, celles-ci se battent encore pour récupérer les dépouilles ».
Jean-Louis Panné revient quant à lui sur le rôle des services secrets soviétiques dans l'assassinat d'Andreu Nin "confirmé par la (brève) ouverture des archives soviétiques". « L'implication soviétique est indéniable aussi dans la disparition des militants Kurt Landau, Camillo Berneri et Mark Rein. [...] Évacuer la dimension policière et l'intervention des Services soviétiques permet de ne pas s'interroger sur la politique communiste qui visait à acquérir l'hégémonie sur la gauche. »
Parlements
« Merci pour cet entretien sur les Français et le Parlement (L'Histoire n° 503), mais on peut regretter l'assimilation entre le Parlement et la « Chambre basse » (Assemblée Nationale). Cette assemblée a, de plus, beaucoup bougé. Les députés s'installent d'abord, en 1789, au palais de l'archevêque de Paris, puis dans la salle du Manège situé dans les jardins du Palais des Tuileries, avant de s'établir en 1793 à l'intérieur du Palais dans la salle des Machines. Le Palais Bourbon ne sera utilisé qu'à partir de 1798.
Cécile Aktouf
La réponse de Michel Winock
Pas question d'oublier l'importance de la « Chambre haute » (ou Sénat) à certains moments de notre histoire politique. Mais c'est bien l'Assemblée qui est visée lors des poussées de l'antiparlementarisme. D'où le choix (un peu inexact à certaines dates) d'assimiler dans cet entretien la Chambre des députés avec le « Parlement ». Merci en tout cas pour cette lecture précise.
RECTIFICATIF
> Dans l'enquête « 93 % des Français s'intéressent à l'histoire », on aurait dû citer l'émission de Stéphanie Duncan, « Autant en emporte l'histoire », (sur France Inter le samedi à 17 heures et en podcast).
On va en parler - Missak Manouchian au Panthéon ? in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : On va en parler - Missak Manouchian au Panthéon ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : Manouchian partisan exécution Résistance colloque 2023 Note de contenu : « Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent [...] Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant [...] Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant »
Ainsi finit le poème que Louis Aragon écrivit en 1955 à la mémoire des résistants exécutés en février 1944, et en particulier de Missak Manouchian, le chef militaire du groupe des Francs-tireurs et partisans de la Main-d'oeuvre immigrée (FTP-MOI) en région parisienne entre août et novembre 1943, date de son arrestation. Quelques semaines plus tard, une opération de propagande tentait de les dénigrer : l'Affiche rouge, violemment xénophobe et antisémite, les représentait comme des traîtres, agents de l'étranger. Elle accompagna un procès organisé par l'occupant.
A l'initiative de Jean-Pierre Sakoun, président de l'association Unité laïque, un comité de parrainage réunissant l'historien Denis Peschanski, le maire de Valence Nicolas Daragon et Katia Guiragossian, petite-nièce de Mélinée, la femme de Missak Manouchian, défend aujourd'hui la panthéonisation de Missak Manouchian, au côté de son épouse. La cérémonie pourrait se dérouler en février 2024, pour le 80e anniversaire de l'exécution au Mont-Valérien. L'occasion de rappeler le rôle longtemps sous-estimé des résistants d'origine étrangère mais aussi celui des communistes. Et de souligner l'actualité des propos de Manouchian, tenus avant sa mort : « Vous avez hérité de la nationalité française, nous l'avons méritée. »
Un colloque sur « Les étrangers dans la Résistance » organisé par Unité laïque se tient le18 février 2023 au Palais du Luxembourg.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 6[article] On va en parler - Missak Manouchian au Panthéon ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 6
Mots-clés : Manouchian partisan exécution Résistance colloque 2023 Note de contenu : « Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent [...] Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant [...] Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant »
Ainsi finit le poème que Louis Aragon écrivit en 1955 à la mémoire des résistants exécutés en février 1944, et en particulier de Missak Manouchian, le chef militaire du groupe des Francs-tireurs et partisans de la Main-d'oeuvre immigrée (FTP-MOI) en région parisienne entre août et novembre 1943, date de son arrestation. Quelques semaines plus tard, une opération de propagande tentait de les dénigrer : l'Affiche rouge, violemment xénophobe et antisémite, les représentait comme des traîtres, agents de l'étranger. Elle accompagna un procès organisé par l'occupant.
A l'initiative de Jean-Pierre Sakoun, président de l'association Unité laïque, un comité de parrainage réunissant l'historien Denis Peschanski, le maire de Valence Nicolas Daragon et Katia Guiragossian, petite-nièce de Mélinée, la femme de Missak Manouchian, défend aujourd'hui la panthéonisation de Missak Manouchian, au côté de son épouse. La cérémonie pourrait se dérouler en février 2024, pour le 80e anniversaire de l'exécution au Mont-Valérien. L'occasion de rappeler le rôle longtemps sous-estimé des résistants d'origine étrangère mais aussi celui des communistes. Et de souligner l'actualité des propos de Manouchian, tenus avant sa mort : « Vous avez hérité de la nationalité française, nous l'avons méritée. »
Un colloque sur « Les étrangers dans la Résistance » organisé par Unité laïque se tient le18 février 2023 au Palais du Luxembourg.
On va en parler (février 2023) in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : On va en parler (février 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : concours tableaux d'art oeuvres trésor national atlas Corse archives Note de contenu : Concours
GUERRE D'ALGÉRIE
L'Association des professeurs d'histoire et de géographie (APHG) et l'association Jeunesses et Mémoires franco-algériennes (JMFA), fondée le 27 mars 2022 pour favoriser le dialogue interculturel, ont créé un concours scolaire sur l'histoire de la guerre d'Algérie et de la colonisation. La première édition se tiendra en 2023 sur le thème « Jeunesses en guerre d'Algérie ». Renseignements et inscriptions jusqu'au 16 mars 2023 à concoursscolairehga@gmail.com
Ukraine
TABLEAUX RÉFUGIÉS
Environ 70 oeuvres, de l'art figuratif au réalisme socialiste en passant par le cubisme et le constructivisme, ont été exfiltrées d'Ukraine en novembre 2022. Elles sont rassemblées dans une exposition, « Au coeur du cyclone. Avant-garde en Ukraine, 1900-1930 », présentée jusqu'en avril au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, avant de rejoindre le musée Ludwig de Cologne de juin à septembre 2023. Ici, Repos d'Oleksandr Syrotenko, 1927.
Notre-Dame
L'UN PARLE, L'AUTRE PAS
Les fouilles après l'incendie de Notre-Dame en 2019 ont révélé deux sarcophages, qui ont été ouverts au CHU de Toulouse. L'un contenait les restes d'Antoine de la Porte, « le chanoine jubilé », mort en 1710, à 82 ans. Son compagnon en revanche reste pour l'instant anonyme. Son crâne a été scié, suggérant qu'il a été embaumé. Il portait une couronne de fleurs et, de façon totalement originale, le sarcophage a été moulé sur son corps.
Trésor national
L'ATLAS BOYER À LA BNF
La BNF a préempté un rare portulan manuscrit de 1648, oeuvre du cartographe Honoré Boyer. Réalisé à Marseille, centre actif de production de cartes tournées vers la Méditerranée, ce portulan, lui, montre, une carte du Nouveau Monde. De plus, à la différence des « routiers » utilisés par les marins et souvent abîmés, celui-ci, peint avec des rehauts d'or et d'argent, à la reliure intacte, constitue aussi un objet d'art. Le département dédié de la BNF compte 464 pièces dont 25 atlas, de la « carte pisane » de 1270 (la plus ancienne connue) à un atlas catalan offert à Charles V vers 1375.
Corse
ARCHIVES
La Médiathèque culturelle de la Corse et des Corses, M3C, de l'université de Corse et du CNRS rassemble près de 43 000 documents, 33 collections patrimoniales et 18 expositions virtuelles, une banque de données unique. Parmi les pépites accessibles numériquement, La Istoria di Corsica d'Anton Pietro Filippini publiée en 1594, des correspondances de Pasquale Paoli du XVIIIe siècle ou des cours manuscrits en latin de la première université insulaire en 1765. www.universita.corsica
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 6[article] On va en parler (février 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 6
Mots-clés : concours tableaux d'art oeuvres trésor national atlas Corse archives Note de contenu : Concours
GUERRE D'ALGÉRIE
L'Association des professeurs d'histoire et de géographie (APHG) et l'association Jeunesses et Mémoires franco-algériennes (JMFA), fondée le 27 mars 2022 pour favoriser le dialogue interculturel, ont créé un concours scolaire sur l'histoire de la guerre d'Algérie et de la colonisation. La première édition se tiendra en 2023 sur le thème « Jeunesses en guerre d'Algérie ». Renseignements et inscriptions jusqu'au 16 mars 2023 à concoursscolairehga@gmail.com
Ukraine
TABLEAUX RÉFUGIÉS
Environ 70 oeuvres, de l'art figuratif au réalisme socialiste en passant par le cubisme et le constructivisme, ont été exfiltrées d'Ukraine en novembre 2022. Elles sont rassemblées dans une exposition, « Au coeur du cyclone. Avant-garde en Ukraine, 1900-1930 », présentée jusqu'en avril au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, avant de rejoindre le musée Ludwig de Cologne de juin à septembre 2023. Ici, Repos d'Oleksandr Syrotenko, 1927.
Notre-Dame
L'UN PARLE, L'AUTRE PAS
Les fouilles après l'incendie de Notre-Dame en 2019 ont révélé deux sarcophages, qui ont été ouverts au CHU de Toulouse. L'un contenait les restes d'Antoine de la Porte, « le chanoine jubilé », mort en 1710, à 82 ans. Son compagnon en revanche reste pour l'instant anonyme. Son crâne a été scié, suggérant qu'il a été embaumé. Il portait une couronne de fleurs et, de façon totalement originale, le sarcophage a été moulé sur son corps.
Trésor national
L'ATLAS BOYER À LA BNF
La BNF a préempté un rare portulan manuscrit de 1648, oeuvre du cartographe Honoré Boyer. Réalisé à Marseille, centre actif de production de cartes tournées vers la Méditerranée, ce portulan, lui, montre, une carte du Nouveau Monde. De plus, à la différence des « routiers » utilisés par les marins et souvent abîmés, celui-ci, peint avec des rehauts d'or et d'argent, à la reliure intacte, constitue aussi un objet d'art. Le département dédié de la BNF compte 464 pièces dont 25 atlas, de la « carte pisane » de 1270 (la plus ancienne connue) à un atlas catalan offert à Charles V vers 1375.
Corse
ARCHIVES
La Médiathèque culturelle de la Corse et des Corses, M3C, de l'université de Corse et du CNRS rassemble près de 43 000 documents, 33 collections patrimoniales et 18 expositions virtuelles, une banque de données unique. Parmi les pépites accessibles numériquement, La Istoria di Corsica d'Anton Pietro Filippini publiée en 1594, des correspondances de Pasquale Paoli du XVIIIe siècle ou des cours manuscrits en latin de la première université insulaire en 1765. www.universita.corsica
On va en parler : Les Gens (février 2023) in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : On va en parler : Les Gens (février 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : gens prix Napoléon,Prix Spirit prix hommages agenda expo Note de contenu : Léonard Burnand et Sophie Muffat
Prix Napoléon
La Fondation Napoléon a décerné son grand prix 2022 à Léonard Burnand pour Benjamin Constant (Perrin) et son prix du jury à Sophie Muffat pour Les Marins de l'Empereur (Soteca).
Marie-Pierre Rey
Prix Spirit
Le Premier des chefs. L'exceptionnel destin d'Antonin Carême (Flammarion, 2021) a obtenu le prix Spirit/Académie culinaire de France, qui distingue un ouvrage magnifiant un spiritueux, les arts de la table ou l'oenologie.
Laurent Bourdereau
Au MuséoParc Alésia
Diplômé en histoire de l'art, il est nommé à compter du 13 février directeur général du site au parcours renouvelé.
Aline François-Colin
Au Louvre
Elle devient directrice des expositions et éditions, papier et productions numériques.
Lucie Grandjean
Prix du musée d'Orsay
Pour sa thèse « Saisir l'horizon : la circulation de l'image panoramique à travers les États-Unis au XIXe siècle ».
Adeline Blaszkiewicz
Prix d'étude à la Contemporaine
Les Amis de La Contemporaine et les Amis de l'hôtel de Brienne ont remis le prix de thèse à Adeline Blaszkiewicz pour « Le Socialisme au travail. Albert Thomas (1878-1932) ». Le prix de master revient à Naomi Bell pour « L'Insurrection malgache du 29 mars 1947 ». La bourse d'aide à la recherche à Florence Potosniak pour « Les offrandes au chef. Les cadeaux offerts au maréchal Pétain ».
Hommages
André Miquel
Les 1 001 nuits
Grand arabisant, André Miquel a notamment occupé la chaire « langue et littérature arabes classiques » au Collège de France de 1976 à 1997. Traducteur des Mille et Une Nuits pour « La Pléiade », il laisse aussi le monument en 4 tomes de La Géographie humaine du monde musulman.
Gabriel Martinez-Gros lui rend hommage sur lhistoire.fr.
Pierre Brocheux
L'histoire longue du Vietnam
Spécialiste de l'Indochine et du Vietnam, Pierre Brocheux est mort le 25 décembre, à 91 ans. Auteur régulier de notre revue, il avait notamment participé au numéro des Collections de L'Histoire (n° 62, 2014) consacré au « Vietnam depuis 2 000 ans ».
Christopher Goscha lui rend hommage sur lhistoire.fr.
Michael Marrus
Les leçons de l’Holocauste
L’historien canadien spécialiste de l’histoire des Juifs est mort le 23 décembre, à 81 ans. Il avait notamment écrit avec Robert Paxton, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy, 1981). Il avait publié en avril 1980 dans L’Histoire n°22 un article qui fit date sur « Vichy et les enfants juifs ».
Annette Wieviorka lui rend hommage sur lhistoire.fr.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 6[article] On va en parler : Les Gens (février 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 6
Mots-clés : gens prix Napoléon,Prix Spirit prix hommages agenda expo Note de contenu : Léonard Burnand et Sophie Muffat
Prix Napoléon
La Fondation Napoléon a décerné son grand prix 2022 à Léonard Burnand pour Benjamin Constant (Perrin) et son prix du jury à Sophie Muffat pour Les Marins de l'Empereur (Soteca).
Marie-Pierre Rey
Prix Spirit
Le Premier des chefs. L'exceptionnel destin d'Antonin Carême (Flammarion, 2021) a obtenu le prix Spirit/Académie culinaire de France, qui distingue un ouvrage magnifiant un spiritueux, les arts de la table ou l'oenologie.
Laurent Bourdereau
Au MuséoParc Alésia
Diplômé en histoire de l'art, il est nommé à compter du 13 février directeur général du site au parcours renouvelé.
Aline François-Colin
Au Louvre
Elle devient directrice des expositions et éditions, papier et productions numériques.
Lucie Grandjean
Prix du musée d'Orsay
Pour sa thèse « Saisir l'horizon : la circulation de l'image panoramique à travers les États-Unis au XIXe siècle ».
Adeline Blaszkiewicz
Prix d'étude à la Contemporaine
Les Amis de La Contemporaine et les Amis de l'hôtel de Brienne ont remis le prix de thèse à Adeline Blaszkiewicz pour « Le Socialisme au travail. Albert Thomas (1878-1932) ». Le prix de master revient à Naomi Bell pour « L'Insurrection malgache du 29 mars 1947 ». La bourse d'aide à la recherche à Florence Potosniak pour « Les offrandes au chef. Les cadeaux offerts au maréchal Pétain ».
Hommages
André Miquel
Les 1 001 nuits
Grand arabisant, André Miquel a notamment occupé la chaire « langue et littérature arabes classiques » au Collège de France de 1976 à 1997. Traducteur des Mille et Une Nuits pour « La Pléiade », il laisse aussi le monument en 4 tomes de La Géographie humaine du monde musulman.
Gabriel Martinez-Gros lui rend hommage sur lhistoire.fr.
Pierre Brocheux
L'histoire longue du Vietnam
Spécialiste de l'Indochine et du Vietnam, Pierre Brocheux est mort le 25 décembre, à 91 ans. Auteur régulier de notre revue, il avait notamment participé au numéro des Collections de L'Histoire (n° 62, 2014) consacré au « Vietnam depuis 2 000 ans ».
Christopher Goscha lui rend hommage sur lhistoire.fr.
Michael Marrus
Les leçons de l’Holocauste
L’historien canadien spécialiste de l’histoire des Juifs est mort le 23 décembre, à 81 ans. Il avait notamment écrit avec Robert Paxton, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy, 1981). Il avait publié en avril 1980 dans L’Histoire n°22 un article qui fit date sur « Vichy et les enfants juifs ».
Annette Wieviorka lui rend hommage sur lhistoire.fr.
Evénement : La comédie humaine de Mario Vargas Llosa / Gilles BATAILLON in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Evénement : La comédie humaine de Mario Vargas Llosa Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Gilles BATAILLON, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 12-19 Langues : Français (fre) Mots-clés : Mario Vargas Llosa écrivain Pérou politique prix Nobel Note de contenu :
Le grand écrivain péruvien, Prix Nobel de littérature, entre à l'Académie française - non sans polémiques sur ses prises de position politiques. Traversée par l'influence de Faulkner ou de Flaubert, son oeuvre, qui livre une peinture féroce des dictatures comme des guérillas, pose un regard aigu sur l'histoire contemporaine latino-américaine.
Né en 1936 à Arequipa, au Pérou, Mario Vargas Llosa est, sans conteste, l'un des écrivains latino-américains les plus reconnus, bien sûr dans le monde hispanophone, mais bien au-delà. Tous ses romans, comme bon nombre de pièces de théâtre et d'essais, ont non seulement été traduits dans toutes les langues européennes, mais aussi en arabe, en chinois, en coréen, en hébreu, en hindi, en japonais, en malais, en persan et en turc. Ses premiers livres, tous publiés en Espagne - La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Catedral (1969) -, ont été emblématiques du « boom » de la littérature latino-américaine, tout comme ceux de Carlos Fuentes et de Gabriel García Márquez.
Si Mario Vargas Llosa fut suspect aux yeux de la censure franquiste et plus encore des militaires péruviens, il fut immédiatement salué par la critique comme un écrivain majeur. Depuis, cet engouement n'a presque jamais faibli. Ses essais su ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 12-19[article] Evénement : La comédie humaine de Mario Vargas Llosa [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Gilles BATAILLON, Auteur . - 2023 . - p. 12-19.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 12-19
Mots-clés : Mario Vargas Llosa écrivain Pérou politique prix Nobel Note de contenu :
Le grand écrivain péruvien, Prix Nobel de littérature, entre à l'Académie française - non sans polémiques sur ses prises de position politiques. Traversée par l'influence de Faulkner ou de Flaubert, son oeuvre, qui livre une peinture féroce des dictatures comme des guérillas, pose un regard aigu sur l'histoire contemporaine latino-américaine.
Né en 1936 à Arequipa, au Pérou, Mario Vargas Llosa est, sans conteste, l'un des écrivains latino-américains les plus reconnus, bien sûr dans le monde hispanophone, mais bien au-delà. Tous ses romans, comme bon nombre de pièces de théâtre et d'essais, ont non seulement été traduits dans toutes les langues européennes, mais aussi en arabe, en chinois, en coréen, en hébreu, en hindi, en japonais, en malais, en persan et en turc. Ses premiers livres, tous publiés en Espagne - La Ville et les chiens (1963), La Maison verte (1965), Conversation à La Catedral (1969) -, ont été emblématiques du « boom » de la littérature latino-américaine, tout comme ceux de Carlos Fuentes et de Gabriel García Márquez.
Si Mario Vargas Llosa fut suspect aux yeux de la censure franquiste et plus encore des militaires péruviens, il fut immédiatement salué par la critique comme un écrivain majeur. Depuis, cet engouement n'a presque jamais faibli. Ses essais su ...
Actualité : Marie Bonaparte : princesse freudienne / Emmanuelle LOYER in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Actualité : Marie Bonaparte : princesse freudienne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Emmanuelle LOYER, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 20-21 Langues : Français (fre) Mots-clés : Marie Bonaparte psychanalyse Signmud Freud frustration sexualité lettres Note de contenu : La publication de la correspondance intégrale entre Marie Bonaparte et Sigmund Freud confirme le rôle de la princesse dans la diffusion de la psychanalyse en France.
Un nouveau monument épistolaire émerge de l'histoire du mouvement psychanalytique international. Attendu par les spécialistes, il se compose d'environ 900 lettres, en allemand et en français, qu'échangèrent Freud et Marie Bonaparte de 1925 jusqu'à la mort du médecin autrichien, en 1939. Ardente prosélyte de sa pensée, Marie Bonaparte - surnommée « Freud a dit » - n'hésite toutefois pas à le contredire jusqu'à l'exaspération, imposant le féminin à l'univers très masculin de la psychanalyse des débuts.
Cette extraordinaire correspondance, préfacée avec talent par Rémy Amouroux, fut déposée en 1964 à la bibliothèque du Congrès à Washington, aux États-Unis, par Anna Freud, fille du premier et amie de la seconde. Elle était réservée de communication jusqu'en 2020. Et voici qu'elle nous parvient dans la fraîcheur de lettres parfois quotidiennes, marquées par une liberté de ton, une franchise, « la force de voir net et clair », l'enthousiasme des rencontre ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 20-21[article] Actualité : Marie Bonaparte : princesse freudienne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Emmanuelle LOYER, Auteur . - 2023 . - p. 20-21.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 20-21
Mots-clés : Marie Bonaparte psychanalyse Signmud Freud frustration sexualité lettres Note de contenu : La publication de la correspondance intégrale entre Marie Bonaparte et Sigmund Freud confirme le rôle de la princesse dans la diffusion de la psychanalyse en France.
Un nouveau monument épistolaire émerge de l'histoire du mouvement psychanalytique international. Attendu par les spécialistes, il se compose d'environ 900 lettres, en allemand et en français, qu'échangèrent Freud et Marie Bonaparte de 1925 jusqu'à la mort du médecin autrichien, en 1939. Ardente prosélyte de sa pensée, Marie Bonaparte - surnommée « Freud a dit » - n'hésite toutefois pas à le contredire jusqu'à l'exaspération, imposant le féminin à l'univers très masculin de la psychanalyse des débuts.
Cette extraordinaire correspondance, préfacée avec talent par Rémy Amouroux, fut déposée en 1964 à la bibliothèque du Congrès à Washington, aux États-Unis, par Anna Freud, fille du premier et amie de la seconde. Elle était réservée de communication jusqu'en 2020. Et voici qu'elle nous parvient dans la fraîcheur de lettres parfois quotidiennes, marquées par une liberté de ton, une franchise, « la force de voir net et clair », l'enthousiasme des rencontre ...
Actualité : Pâques : pensez à l'agneau végétal / Olivier Christin in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Actualité : Pâques : pensez à l'agneau végétal Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Christin, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 22-23 Langues : Français (fre) Mots-clés : Pâques agneau végétariens zoophyte animaux plantes botanique John Parkinson, Note de contenu : On connaît le succès des ersatz de viande destinés aux végétariens. Un traité de botanique anglais du XVIIe siècle présente une étrange créature : un agneau végétal, qui aurait poussé parmi les plantes du jardin d'Éden.
En 1629 un célèbre apothicaire, John Parkinson, fait paraître à Londres un traité sur les jardins et les plantes intitulé Paradisi in sole, paradisus terrestris. Le titre de cet ouvrage imposant - plus de 600 pages, près de 800 plantes mentionnées et décrites, 108 planches illustrées en pleine page - est sans doute un jeu de mots sur son nom, que l'on pourrait traduire en anglais par « Park-in-sun's earthly paradise », le jardin au soleil du paradis terrestre. Mais il dit surtout l'immense ambition de cette oeuvre : l'auteur soutient en effet que la beauté de la Création divine s'observe dans les plantes et que les jardins peuvent donner une image de ce qu'était l'Éden, même si celle-ci reste évidemment imparfaite et lointaine.
Les historiens, aujourd'hui, considèrent que cet ouvrage, et celui qui vient le compléter en 1640, le Theater of Plants, constituent une étape décisive dans la naissance de la botanique moderne, par l'ampleur des inf ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 22-23[article] Actualité : Pâques : pensez à l'agneau végétal [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Christin, Auteur . - 2023 . - p. 22-23.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 22-23
Mots-clés : Pâques agneau végétariens zoophyte animaux plantes botanique John Parkinson, Note de contenu : On connaît le succès des ersatz de viande destinés aux végétariens. Un traité de botanique anglais du XVIIe siècle présente une étrange créature : un agneau végétal, qui aurait poussé parmi les plantes du jardin d'Éden.
En 1629 un célèbre apothicaire, John Parkinson, fait paraître à Londres un traité sur les jardins et les plantes intitulé Paradisi in sole, paradisus terrestris. Le titre de cet ouvrage imposant - plus de 600 pages, près de 800 plantes mentionnées et décrites, 108 planches illustrées en pleine page - est sans doute un jeu de mots sur son nom, que l'on pourrait traduire en anglais par « Park-in-sun's earthly paradise », le jardin au soleil du paradis terrestre. Mais il dit surtout l'immense ambition de cette oeuvre : l'auteur soutient en effet que la beauté de la Création divine s'observe dans les plantes et que les jardins peuvent donner une image de ce qu'était l'Éden, même si celle-ci reste évidemment imparfaite et lointaine.
Les historiens, aujourd'hui, considèrent que cet ouvrage, et celui qui vient le compléter en 1640, le Theater of Plants, constituent une étape décisive dans la naissance de la botanique moderne, par l'ampleur des inf ...Actualité : A la droite de Dieu / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Actualité : A la droite de Dieu Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 24-25 Langues : Français (fre) Mots-clés : religion catholique parti droite gauche pratiquant libéral démocratique Note de contenu : Les catholiques sont-ils de gauche ou de droite ? Deux ouvrages font le point sur la question.
La France, fille aînée de l'Église, a perdu ses catholiques pratiquants : ceux qui vont à la messe chaque semaine ne sont plus que 1,8 % de la population1. Est-ce à dire que la religion catholique soit sans influence sur les grandes décisions politiques ? Le projet d'une loi sur la fin de vie, avancé par Emmanuel Macron, a réactivé une condamnation de l'euthanasie, définie par le magistère romain comme « un crime contre la vie humaine ». Malgré le recul des « messalisants », il existe bien en France une culture catholique qui influe sur la vie politique et la législation. Et qui agit comme une force de conservatisme.
Jusqu'à une date récente, les historiens du catholicisme ont valorisé son évolution libérale et démocratique, à l'avantage des « cathos de gauche ». Le livre collectif A la droite du Père rétablit une réalité plus constante : la relation du catholicisme et du vote à droite. Si la gauche s'est construite en référence à la Révolu ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 24-25[article] Actualité : A la droite de Dieu [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2023 . - p. 24-25.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 24-25
Mots-clés : religion catholique parti droite gauche pratiquant libéral démocratique Note de contenu : Les catholiques sont-ils de gauche ou de droite ? Deux ouvrages font le point sur la question.
La France, fille aînée de l'Église, a perdu ses catholiques pratiquants : ceux qui vont à la messe chaque semaine ne sont plus que 1,8 % de la population1. Est-ce à dire que la religion catholique soit sans influence sur les grandes décisions politiques ? Le projet d'une loi sur la fin de vie, avancé par Emmanuel Macron, a réactivé une condamnation de l'euthanasie, définie par le magistère romain comme « un crime contre la vie humaine ». Malgré le recul des « messalisants », il existe bien en France une culture catholique qui influe sur la vie politique et la législation. Et qui agit comme une force de conservatisme.
Jusqu'à une date récente, les historiens du catholicisme ont valorisé son évolution libérale et démocratique, à l'avantage des « cathos de gauche ». Le livre collectif A la droite du Père rétablit une réalité plus constante : la relation du catholicisme et du vote à droite. Si la gauche s'est construite en référence à la Révolu ...Dossier : Ukraine - Questions d'histoire sur le retour de la guerre en Europe in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Questions d'histoire sur le retour de la guerre en Europe Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 26-83 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre histoire Europe victimes Note de contenu : 2022, 24 février, l'Ukraine se réveille sous les bombes. Les Européens assistent avec stupéfaction au retour d'une guerre interétatique à leur porte. Des historiens puisent ici dans le temps long pour éclairer les ressorts de l'armée russe, sa brutalité à l'égard des civils, mais aussi la qualification juridique des crimes en cours, ou la documentation des conflits. Et montrent à quel point l'histoire et la mémoire sont au coeur des enjeux de cette guerre.
A lire : L’Histoire n°504 « Spécial Ukraine », février 2023.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 26-83[article] Dossier : Ukraine - Questions d'histoire sur le retour de la guerre en Europe [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 26-83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 26-83
Mots-clés : Ukraine guerre histoire Europe victimes Note de contenu : 2022, 24 février, l'Ukraine se réveille sous les bombes. Les Européens assistent avec stupéfaction au retour d'une guerre interétatique à leur porte. Des historiens puisent ici dans le temps long pour éclairer les ressorts de l'armée russe, sa brutalité à l'égard des civils, mais aussi la qualification juridique des crimes en cours, ou la documentation des conflits. Et montrent à quel point l'histoire et la mémoire sont au coeur des enjeux de cette guerre.
A lire : L’Histoire n°504 « Spécial Ukraine », février 2023.Dossier : Ukraine - Le vrai et le faux : l'histoire comme arme / Nicolas WERTH in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Le vrai et le faux : l'histoire comme arme Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Nicolas WERTH, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 28-35 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre Poutine historique territoire 1939 1921 24 février 1922 Note de contenu : Entre la Russie et l'Ukraine, la guerre n'éclate pas au hasard. On n'y croyait pas, mais on s'y préparait. Vladimir Poutine annonce attaquer l'Ukraine le 24 février 2022. Mais les batailles mémorielles, elles, sont déjà déclarées depuis longtemps.
L'Histoire : Qui Vladimir Poutine pense-t-il convaincre, le 24 février 2022, lorsqu'il prétend déclencher la guerre pour « dénazifier » l'Ukraine ?
Nicolas Werth : Le président de la Fédération de Russie s'adresse d'abord à sa population. Il justifie l'agression par une nécessité : arrêter un génocide prétendument commis en Ukraine, notamment dans les régions frontalières du Donbass, dont serait victime la minorité russe. « J'ai pris, dit-il, la décision de mener une opération militaire spéciale. Son but est de protéger les personnes qui ont été soumises à des abus, à un génocide par le régime de Kiev depuis huit ans. A cette fin, nous cherchons à démilitariser et à dénazifier l'Ukraine. » En réalité, la seule mesure discriminatoire prise par les autorités ukrainiennes envers la communauté russe a été, en 2019, la rétrogradation du russe au statut de « langue de minorité nationale ». Ce qui retient l'attention, dan ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 28-35[article] Dossier : Ukraine - Le vrai et le faux : l'histoire comme arme [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Nicolas WERTH, Auteur . - 2023 . - p. 28-35.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 28-35
Mots-clés : Ukraine guerre Poutine historique territoire 1939 1921 24 février 1922 Note de contenu : Entre la Russie et l'Ukraine, la guerre n'éclate pas au hasard. On n'y croyait pas, mais on s'y préparait. Vladimir Poutine annonce attaquer l'Ukraine le 24 février 2022. Mais les batailles mémorielles, elles, sont déjà déclarées depuis longtemps.
L'Histoire : Qui Vladimir Poutine pense-t-il convaincre, le 24 février 2022, lorsqu'il prétend déclencher la guerre pour « dénazifier » l'Ukraine ?
Nicolas Werth : Le président de la Fédération de Russie s'adresse d'abord à sa population. Il justifie l'agression par une nécessité : arrêter un génocide prétendument commis en Ukraine, notamment dans les régions frontalières du Donbass, dont serait victime la minorité russe. « J'ai pris, dit-il, la décision de mener une opération militaire spéciale. Son but est de protéger les personnes qui ont été soumises à des abus, à un génocide par le régime de Kiev depuis huit ans. A cette fin, nous cherchons à démilitariser et à dénazifier l'Ukraine. » En réalité, la seule mesure discriminatoire prise par les autorités ukrainiennes envers la communauté russe a été, en 2019, la rétrogradation du russe au statut de « langue de minorité nationale ». Ce qui retient l'attention, dan ...Dossier : Ukraine - Ukraine-Sloboda, réveil d'une nation / Yuliia Koniva in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Ukraine-Sloboda, réveil d'une nation Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Yuliia Koniva, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 36-37 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre cosaque tatar Khanat nation empire Note de contenu : C'est l'une des régions ukrainiennes disputées aux troupes russes depuis février 2022. Le territoire de Sloboda, autour de Kharkiv, qui se constitue aux marges des empires aux XVIIe et XVIIIe siècles, a longtemps cultivé son indépendance.
Au carrefour de la principauté russe en voie d'expansion et du khanat de Crimée, issu des empires turco-mongols (les « tatars » dans les sources russes), se constitua, au XVIIe-XVIIIe siècle, l'Ukraine-Sloboda ou Slobozhanshchyna.
Cette région (surnommée la « prairie sauvage » dans les sources anciennes) fut parmi les dernières à être colonisée par des populations qu'on appelle déjà « ukrainiennes ». Entre le XIVe et le XVIe siècle, alors qu'elle appartenait officiellement à la Pologne-Lituanie (la république des Deux Nations créée en 1569), la faiblesse du contrôle de l'État sur ces zones des marges permit à leurs populations, nomades ou semi-nomades, orthodoxes, de s'installer : cosaques, paysans fuyant le servage.
Un siècle plus tard, le soulèvement mené en 1648-1657 par le cosaque Bogdan Khmelnitski (Bohdan Khmelnytsky) contre la Pologne-Lituanie conduisit à la fondation, en 1648, d'un État autonome cosaque, l'Hetmanat, sur les rives du Dniepr (Dnipro). Les cosaq ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 36-37[article] Dossier : Ukraine - Ukraine-Sloboda, réveil d'une nation [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Yuliia Koniva, Auteur . - 2023 . - p. 36-37.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 36-37
Mots-clés : Ukraine guerre cosaque tatar Khanat nation empire Note de contenu : C'est l'une des régions ukrainiennes disputées aux troupes russes depuis février 2022. Le territoire de Sloboda, autour de Kharkiv, qui se constitue aux marges des empires aux XVIIe et XVIIIe siècles, a longtemps cultivé son indépendance.
Au carrefour de la principauté russe en voie d'expansion et du khanat de Crimée, issu des empires turco-mongols (les « tatars » dans les sources russes), se constitua, au XVIIe-XVIIIe siècle, l'Ukraine-Sloboda ou Slobozhanshchyna.
Cette région (surnommée la « prairie sauvage » dans les sources anciennes) fut parmi les dernières à être colonisée par des populations qu'on appelle déjà « ukrainiennes ». Entre le XIVe et le XVIe siècle, alors qu'elle appartenait officiellement à la Pologne-Lituanie (la république des Deux Nations créée en 1569), la faiblesse du contrôle de l'État sur ces zones des marges permit à leurs populations, nomades ou semi-nomades, orthodoxes, de s'installer : cosaques, paysans fuyant le servage.
Un siècle plus tard, le soulèvement mené en 1648-1657 par le cosaque Bogdan Khmelnitski (Bohdan Khmelnytsky) contre la Pologne-Lituanie conduisit à la fondation, en 1648, d'un État autonome cosaque, l'Hetmanat, sur les rives du Dniepr (Dnipro). Les cosaq ...
Dossier : Ukraine - Depuis quand la guerre est-elle un crime ? / Bruno CABANES in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Depuis quand la guerre est-elle un crime ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Bruno CABANES, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 38-43 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre crime de guerre crime d'agression crime contre l'humanité génocide Note de contenu : L'invasion russe de l'Ukraine ravive la question de la qualification juridique des crimes qui s'y déroulent et qui sont codifiés par le droit humanitaire depuis près de cent cinquante ans. L'enjeu, aussi, est la question de l'intervention étrangère et de l'après.
Lorsque les troupes russes envahissent l'Ukraine, le 24 février 2022, Vladimir Poutine s'attend à la chute rapide de la capitale Kiev. La résistance de la population ukrainienne et les échecs successifs de l'armée russe précipitent une radicalisation de la violence de guerre. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, au moins 6 800 civils ukrainiens ont été tués et 10 700 autres blessés entre février et décembre 2022. Le mois de mars aurait été le plus meurtrier, avec plus de 3 300 civils tués. Les objectifs visés attestent que les non-combattants sont délibérément pris pour cible : une crèche et un jardin d'enfants à Okhtyrka, dans le nord-est de l'Ukraine, le 25 février, l'hôpital pédiatrique de Marioupol le 9 mars, le théâtre municipal de la ville le 16. Kharkiv, Kiev, Kherson, Donetsk, Mykolaïv, sous les bombes ; 8 millions de personnes en exil ou expulsées de chez elles, contraintes par les Russes de transiter par des « camps de filtration » dans des c ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 38-43[article] Dossier : Ukraine - Depuis quand la guerre est-elle un crime ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Bruno CABANES, Auteur . - 2023 . - p. 38-43.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 38-43
Mots-clés : Ukraine guerre crime de guerre crime d'agression crime contre l'humanité génocide Note de contenu : L'invasion russe de l'Ukraine ravive la question de la qualification juridique des crimes qui s'y déroulent et qui sont codifiés par le droit humanitaire depuis près de cent cinquante ans. L'enjeu, aussi, est la question de l'intervention étrangère et de l'après.
Lorsque les troupes russes envahissent l'Ukraine, le 24 février 2022, Vladimir Poutine s'attend à la chute rapide de la capitale Kiev. La résistance de la population ukrainienne et les échecs successifs de l'armée russe précipitent une radicalisation de la violence de guerre. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, au moins 6 800 civils ukrainiens ont été tués et 10 700 autres blessés entre février et décembre 2022. Le mois de mars aurait été le plus meurtrier, avec plus de 3 300 civils tués. Les objectifs visés attestent que les non-combattants sont délibérément pris pour cible : une crèche et un jardin d'enfants à Okhtyrka, dans le nord-est de l'Ukraine, le 25 février, l'hôpital pédiatrique de Marioupol le 9 mars, le théâtre municipal de la ville le 16. Kharkiv, Kiev, Kherson, Donetsk, Mykolaïv, sous les bombes ; 8 millions de personnes en exil ou expulsées de chez elles, contraintes par les Russes de transiter par des « camps de filtration » dans des c ...Dossier : Ukraine - L'armée russe, un colosse aux pieds d'argile ? / Sabine Dullin in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - L'armée russe, un colosse aux pieds d'argile ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sabine Dullin, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 44-49 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre armée russe alumni bizutage unités spéciales Note de contenu : L'invasion de l'Ukraine en février 2022 devait démontrer l'efficacité de l'armée russe, héritière glorieuse de la Grande Guerre patriotique et modernisée depuis la guerre de Géorgie en 2008. Comment dès lors comprendre que le colosse, fort de près de 1 million d'hommes, donne tant de signes de faiblesses ?
Cinquante ans après la révolution d'Octobre, le 8 mai 1967, Leonid Brejnev dévoile la tombe du soldat inconnu sous les murs du Kremlin. L'armée soviétique a alors toutes les apparences d'un colosse. Elle déploie ses capacités d'aide militaire aux pays en décolonisation et soutient la compétition avec les États-Unis en matière de bombes et de missiles nucléaires. Elle est forte du souvenir de Stalingrad. La mémoire de la Grande Guerre patriotique et le respect de l'armée soviétique sont des socles forts, qui légitiment l'État et soudent la société. L'article 13 de la loi sur le service militaire du 12 octobre 1967 rappelle le devoir sacré inscrit dans la Constitution de défendre la patrie.
Le temps des héros
Cette histoire d'amour et de fierté entre l'État, le peuple et l'armée n'est pourtant pas née avec la Grande Guerre patriotique. Il y a une tradition de longue durée. L'idéologie de l'État autocratique avait mis l'esprit de défense et la gloire mil ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 44-49[article] Dossier : Ukraine - L'armée russe, un colosse aux pieds d'argile ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sabine Dullin, Auteur . - 2023 . - p. 44-49.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 44-49
Mots-clés : Ukraine guerre armée russe alumni bizutage unités spéciales Note de contenu : L'invasion de l'Ukraine en février 2022 devait démontrer l'efficacité de l'armée russe, héritière glorieuse de la Grande Guerre patriotique et modernisée depuis la guerre de Géorgie en 2008. Comment dès lors comprendre que le colosse, fort de près de 1 million d'hommes, donne tant de signes de faiblesses ?
Cinquante ans après la révolution d'Octobre, le 8 mai 1967, Leonid Brejnev dévoile la tombe du soldat inconnu sous les murs du Kremlin. L'armée soviétique a alors toutes les apparences d'un colosse. Elle déploie ses capacités d'aide militaire aux pays en décolonisation et soutient la compétition avec les États-Unis en matière de bombes et de missiles nucléaires. Elle est forte du souvenir de Stalingrad. La mémoire de la Grande Guerre patriotique et le respect de l'armée soviétique sont des socles forts, qui légitiment l'État et soudent la société. L'article 13 de la loi sur le service militaire du 12 octobre 1967 rappelle le devoir sacré inscrit dans la Constitution de défendre la patrie.
Le temps des héros
Cette histoire d'amour et de fierté entre l'État, le peuple et l'armée n'est pourtant pas née avec la Grande Guerre patriotique. Il y a une tradition de longue durée. L'idéologie de l'État autocratique avait mis l'esprit de défense et la gloire mil ...Dossier : Ukraine - Au 300e jour de combats (20-12-2022) Carte géographique in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Au 300e jour de combats (20-12-2022) Carte géographique Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 50-51 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre carte géographique chronologie combats Note de contenu : Carte géographique de l'Ukraine après 300 jours de combats - chronologie
2022, 24 février : Début de l'offensive russe en Ukraine.
26 février : Les forces russes atteignent Kiev.
3 mars : Prise de Kherson par les Russes.
16 mars : Destruction du théâtre de Marioupol. L'UE et les États-Unis condamnent les « crimes de guerre ».
24 mars : Les Russes sont stoppés dans la banlieue de Kiev.
28 mars : Contre-offensive ukrainienne.
29 mars : Pourparlers en Turquie entre Russes et Ukrainiens.
2 avril : Retrait des troupes russes du nord de l'Ukraine ; elles sont redéployées dans le Donbass.
14 avril : Un croiseur russe coule en mer Noire.
6 mai : Début de l'encerclement de la ville stratégique de Sievierodonetsk.
20 mai : Prise de Marioupol par les Russes.
23 mai : Un ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 50-51[article] Dossier : Ukraine - Au 300e jour de combats (20-12-2022) Carte géographique [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 50-51.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 50-51
Mots-clés : Ukraine guerre carte géographique chronologie combats Note de contenu : Carte géographique de l'Ukraine après 300 jours de combats - chronologie
2022, 24 février : Début de l'offensive russe en Ukraine.
26 février : Les forces russes atteignent Kiev.
3 mars : Prise de Kherson par les Russes.
16 mars : Destruction du théâtre de Marioupol. L'UE et les États-Unis condamnent les « crimes de guerre ».
24 mars : Les Russes sont stoppés dans la banlieue de Kiev.
28 mars : Contre-offensive ukrainienne.
29 mars : Pourparlers en Turquie entre Russes et Ukrainiens.
2 avril : Retrait des troupes russes du nord de l'Ukraine ; elles sont redéployées dans le Donbass.
14 avril : Un croiseur russe coule en mer Noire.
6 mai : Début de l'encerclement de la ville stratégique de Sievierodonetsk.
20 mai : Prise de Marioupol par les Russes.
23 mai : Un ...Dossier : Ukraine - Les « nouvelles règles » de la guerre ? / Gilles Ferragu in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Les « nouvelles règles » de la guerre ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Gilles Ferragu, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 52-57 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre règles pouvoir civil pouvoir militaire pertes Note de contenu : Les commentateurs du conflit ukrainien insistent souvent sur ses nouveautés : drones, usage du numérique, manoeuvres dans le cyberespace, envoi de milices. En oubliant peut-être ses aspects « conventionnels ». Dont les grands précédents, à commencer par la bataille de Stalingrad, peuvent être riches d'enseignements.
Les "règles de la guerre" elles-mêmes ont changé. Le rôle des moyens non militaires pour atteindre les objectifs politiques et stratégiques s'est accru et, dans de nombreux cas, a dépassé le pouvoir de la force des armes en efficacité1. » En 2013, le chef d'état-major de l'armée russe, le général Guerassimov, évoquait, dans une conférence aux accents prophétiques, les bouleversements à venir dans l'art de la guerre, une évolution dont le long conflit ukrainien, qu'on peut faire remonter à 2014, serait la démonstration. Ainsi, la guerre qui éclate le 24 février 2022 à la suite de l'agression de l'Ukraine par la Russie, s'il ne s'agit pas du premier conflit européen depuis la Seconde Guerre mondiale, serait, en revanche, l'illustration d'une guerre de « nouvelle génération ». C'est ainsi que la guerre du Donbass en 2014-2015, avec l'invasion russe de la Crimée et les combats dans les républiques séparatistes de Donetsk et de Louhansk, a mis au goût du jour une expres ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 52-57[article] Dossier : Ukraine - Les « nouvelles règles » de la guerre ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Gilles Ferragu, Auteur . - 2023 . - p. 52-57.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 52-57
Mots-clés : Ukraine guerre règles pouvoir civil pouvoir militaire pertes Note de contenu : Les commentateurs du conflit ukrainien insistent souvent sur ses nouveautés : drones, usage du numérique, manoeuvres dans le cyberespace, envoi de milices. En oubliant peut-être ses aspects « conventionnels ». Dont les grands précédents, à commencer par la bataille de Stalingrad, peuvent être riches d'enseignements.
Les "règles de la guerre" elles-mêmes ont changé. Le rôle des moyens non militaires pour atteindre les objectifs politiques et stratégiques s'est accru et, dans de nombreux cas, a dépassé le pouvoir de la force des armes en efficacité1. » En 2013, le chef d'état-major de l'armée russe, le général Guerassimov, évoquait, dans une conférence aux accents prophétiques, les bouleversements à venir dans l'art de la guerre, une évolution dont le long conflit ukrainien, qu'on peut faire remonter à 2014, serait la démonstration. Ainsi, la guerre qui éclate le 24 février 2022 à la suite de l'agression de l'Ukraine par la Russie, s'il ne s'agit pas du premier conflit européen depuis la Seconde Guerre mondiale, serait, en revanche, l'illustration d'une guerre de « nouvelle génération ». C'est ainsi que la guerre du Donbass en 2014-2015, avec l'invasion russe de la Crimée et les combats dans les républiques séparatistes de Donetsk et de Louhansk, a mis au goût du jour une expres ...
Dossier : Ukraine - A qui appartient la mer Noire ? / Meryl Lavenant in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - A qui appartient la mer Noire ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Meryl Lavenant, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 58-61 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre mer Noire annexion pont expansion conquêtes Note de contenu : Les Russes le proclament depuis Catherine II : leur empire doit englober les rivages septentrionaux de la mer Noire. Mais la russification de la région n'a jamais pu éclipser sa dimension cosmopolite.
Le 8 octobre 2022 le pont qui relie la péninsule de Crimée à la Russie était la cible d'une explosion. Cette attaque visait une infrastructure hautement symbolique : dans un geste qui n'était pas sans rappeler le voyage en Crimée que fit Catherine II, en 1787, le pont avait été inauguré en 2018 par le président russe en personne. Cette traversée de Vladimir Poutine, immortalisée par les caméras, suivait l'annexion de la péninsule de 2014 ; c'était déjà par ce geste d'appropriation que ce territoire avait été intégré, plus de deux cents ans auparavant, en 1783, au sein de l'Empire russe.
A la fin du XVIIIe siècle, le processus d'expansion méridionale de l'Empire russe prend une nouvelle dimension, sous l'effet de plusieurs facteurs. Il s'agit d'abord de sécuriser les marches de l'empire, victimes des raids des populations nomades peuplant les steppes du nord de la mer Noire ainsi que des Tatars de Crimée (cf. p. 36). Le pouvoir est également animé pa ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 58-61[article] Dossier : Ukraine - A qui appartient la mer Noire ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Meryl Lavenant, Auteur . - 2023 . - p. 58-61.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 58-61
Mots-clés : Ukraine guerre mer Noire annexion pont expansion conquêtes Note de contenu : Les Russes le proclament depuis Catherine II : leur empire doit englober les rivages septentrionaux de la mer Noire. Mais la russification de la région n'a jamais pu éclipser sa dimension cosmopolite.
Le 8 octobre 2022 le pont qui relie la péninsule de Crimée à la Russie était la cible d'une explosion. Cette attaque visait une infrastructure hautement symbolique : dans un geste qui n'était pas sans rappeler le voyage en Crimée que fit Catherine II, en 1787, le pont avait été inauguré en 2018 par le président russe en personne. Cette traversée de Vladimir Poutine, immortalisée par les caméras, suivait l'annexion de la péninsule de 2014 ; c'était déjà par ce geste d'appropriation que ce territoire avait été intégré, plus de deux cents ans auparavant, en 1783, au sein de l'Empire russe.
A la fin du XVIIIe siècle, le processus d'expansion méridionale de l'Empire russe prend une nouvelle dimension, sous l'effet de plusieurs facteurs. Il s'agit d'abord de sécuriser les marches de l'empire, victimes des raids des populations nomades peuplant les steppes du nord de la mer Noire ainsi que des Tatars de Crimée (cf. p. 36). Le pouvoir est également animé pa ...Dossier : Ukraine - Les batailles du blé / Alain Chatriot in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Les batailles du blé Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Alain Chatriot, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 62-65 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre ravitaillement ration port d'Odessa crise alimentaire blé Note de contenu : Ravitailler soldats et civils en pain, rationner la nourriture, poursuivre les importations mondiales ou organiser des blocus, quitte à affamer les populations : ces questions se posaient déjà pendant la Grande Guerre.
L'attaque de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a rappelé brutalement le choc possible, à partir d'un conflit militaire, sur le commerce international et la déstabilisation des circuits d'approvisionnement alimentaire qui s'ensuivrait. Pour la première fois, un blocus a été utilisé comme arme pour empêcher les exportations (et non les importations). Un accord a certes été trouvé, mais seulement en juillet, afin que les exportations de céréales ukrainiennes transitant par la mer Noire reprennent, et son application a été plusieurs fois mise en cause à l'automne. Ces tragiques épisodes ne peuvent qu'évoquer, pour les historiens, les enjeux du ravitaillement alimentaire durant la Première Guerre mondiale. La mémoire collective a davantage retenu les pénuries et le marché noir dans la France occupée durant la Seconde Guerre mondiale, mais la question s'est posée cruellement pour les belligérants dès 1914.
La fin du XIXe siècle a connu une évolution du marché mondial des cér ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 62-65[article] Dossier : Ukraine - Les batailles du blé [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Alain Chatriot, Auteur . - 2023 . - p. 62-65.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 62-65
Mots-clés : Ukraine guerre ravitaillement ration port d'Odessa crise alimentaire blé Note de contenu : Ravitailler soldats et civils en pain, rationner la nourriture, poursuivre les importations mondiales ou organiser des blocus, quitte à affamer les populations : ces questions se posaient déjà pendant la Grande Guerre.
L'attaque de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a rappelé brutalement le choc possible, à partir d'un conflit militaire, sur le commerce international et la déstabilisation des circuits d'approvisionnement alimentaire qui s'ensuivrait. Pour la première fois, un blocus a été utilisé comme arme pour empêcher les exportations (et non les importations). Un accord a certes été trouvé, mais seulement en juillet, afin que les exportations de céréales ukrainiennes transitant par la mer Noire reprennent, et son application a été plusieurs fois mise en cause à l'automne. Ces tragiques épisodes ne peuvent qu'évoquer, pour les historiens, les enjeux du ravitaillement alimentaire durant la Première Guerre mondiale. La mémoire collective a davantage retenu les pénuries et le marché noir dans la France occupée durant la Seconde Guerre mondiale, mais la question s'est posée cruellement pour les belligérants dès 1914.
La fin du XIXe siècle a connu une évolution du marché mondial des cér ...
Dossier : Ukraine - La Finlande résiste / Alexandre Sumpf in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - La Finlande résiste Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Alexandre Sumpf, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 66-69 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre finlandisation Finlande armée rouge 1939 Note de contenu : Le monde s'étonne aujourd'hui de la résistance de l'Ukraine face à son puissant voisin. En novembre 1939, l'attaque mal préparée contre la « petite » Finlande révélait les faiblesses de la « grande » armée soviétique.
Si l'opération Barbarossa du 22 juin 1941 signe bien le début de la Grande Guerre patriotique, l'URSS est déjà, à cette date, un acteur à part entière du conflit. L'Armée rouge s'est trouvée engagée militairement contre l'armée japonaise dès juillet 1938. Un an plus tard, la défaite du Japon a libéré des troupes pour l'invasion de la Pologne le 17 septembre 1939, la « guerre d'hiver » contre la Finlande fin novembre de la même année et l'annexion des trois pays Baltes en 1940. Drôle de guerre que ces batailles successives, répétitions générales du conflit imaginé contre l'ennemi nazi, et mise à l'épreuve dramatique de la valeur de l'armée de Staline.
L'Armée rouge s'est trop concentrée, dans les années 1930, sur le développement de ses capacités de combat en première ligne, au détriment des fonctions de soutien telles que la reconnaissance, les communications ou l'approvisionnement. La trop faible résistance des Polonais empêche toute réflexion critique sur des résultats pou ...
Pour lire l’intégralité de c
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 66-69[article] Dossier : Ukraine - La Finlande résiste [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Alexandre Sumpf, Auteur . - 2023 . - p. 66-69.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 66-69
Mots-clés : Ukraine guerre finlandisation Finlande armée rouge 1939 Note de contenu : Le monde s'étonne aujourd'hui de la résistance de l'Ukraine face à son puissant voisin. En novembre 1939, l'attaque mal préparée contre la « petite » Finlande révélait les faiblesses de la « grande » armée soviétique.
Si l'opération Barbarossa du 22 juin 1941 signe bien le début de la Grande Guerre patriotique, l'URSS est déjà, à cette date, un acteur à part entière du conflit. L'Armée rouge s'est trouvée engagée militairement contre l'armée japonaise dès juillet 1938. Un an plus tard, la défaite du Japon a libéré des troupes pour l'invasion de la Pologne le 17 septembre 1939, la « guerre d'hiver » contre la Finlande fin novembre de la même année et l'annexion des trois pays Baltes en 1940. Drôle de guerre que ces batailles successives, répétitions générales du conflit imaginé contre l'ennemi nazi, et mise à l'épreuve dramatique de la valeur de l'armée de Staline.
L'Armée rouge s'est trop concentrée, dans les années 1930, sur le développement de ses capacités de combat en première ligne, au détriment des fonctions de soutien telles que la reconnaissance, les communications ou l'approvisionnement. La trop faible résistance des Polonais empêche toute réflexion critique sur des résultats pou ...
Pour lire l’intégralité de cDossier : Ukraine - Et si l'Europe avait à se défendre ? / Edouard Vernon in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Et si l'Europe avait à se défendre ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Edouard Vernon, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 70-73 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre protection défense Europe Otan soldats eurocorps Note de contenu : Depuis la guerre froide, partant de l'Ouest, des Européens ont cherché à mettre en place une politique de défense commune, sans grand succès. Le conflit actuel en Ukraine repose avec force la question, en articulation avec l'Otan.
Une adhésion de l'Ukraine à l'Otan n'est pas le scénario le plus « vraisemblable », estimait Emmanuel Macron le 22 décembre 2022. Elle serait perçue comme une confrontation par la Russie, toujours selon le chef d'État français, qui plaide plutôt pour une autonomie stratégique de l'Europe, qui pourrait lui apporter elle-même des « garanties robustes de sécurité ».
L'édification d'une Europe unie semblait, dès son origine, avoir détourné les peuples de l'effroi de la guerre. Mais c'est en réalité une histoire difficile que celle de sa défense. Après 1945, elle se trouva, à l'Est, en mains soviétiques. A l'Ouest, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, créée en 1949 par le traité de Washington, mettait les pays sous protection des États-Unis. L'article 5 du texte fondateur, s'il n'impliquait pas d'intervention militaire automatique en cas d'agression, affirmait toutefois déjà le principe d'une sécurité collective.
Aujourd'hui encore, les États-U ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 70-73[article] Dossier : Ukraine - Et si l'Europe avait à se défendre ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Edouard Vernon, Auteur . - 2023 . - p. 70-73.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 70-73
Mots-clés : Ukraine guerre protection défense Europe Otan soldats eurocorps Note de contenu : Depuis la guerre froide, partant de l'Ouest, des Européens ont cherché à mettre en place une politique de défense commune, sans grand succès. Le conflit actuel en Ukraine repose avec force la question, en articulation avec l'Otan.
Une adhésion de l'Ukraine à l'Otan n'est pas le scénario le plus « vraisemblable », estimait Emmanuel Macron le 22 décembre 2022. Elle serait perçue comme une confrontation par la Russie, toujours selon le chef d'État français, qui plaide plutôt pour une autonomie stratégique de l'Europe, qui pourrait lui apporter elle-même des « garanties robustes de sécurité ».
L'édification d'une Europe unie semblait, dès son origine, avoir détourné les peuples de l'effroi de la guerre. Mais c'est en réalité une histoire difficile que celle de sa défense. Après 1945, elle se trouva, à l'Est, en mains soviétiques. A l'Ouest, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, créée en 1949 par le traité de Washington, mettait les pays sous protection des États-Unis. L'article 5 du texte fondateur, s'il n'impliquait pas d'intervention militaire automatique en cas d'agression, affirmait toutefois déjà le principe d'une sécurité collective.
Aujourd'hui encore, les États-U ...Dossier : Ukraine - Russie : une « politique de la violence » ? / Masha Cerovic in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Russie : une « politique de la violence » ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Masha Cerovic, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 74-81 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre massacre brutalité réfugiés résistance Note de contenu : L'Europe avait imaginé ces temps révolus : le conflit fait redécouvrir le drame des civils, cibles et victimes des violences des guerres du XXe siècle. Qu'ont-elles de spécifiquement russe ?
Boutcha, Irpin, Marioupol, Izioum, ont rejoint, en 2022, la liste macabre des lieux métonymiques de violences de masse contre les civils et de charniers. Dans les territoires ukrainiens occupés par les forces russes, des habitants disparaissent, sont torturés dans des prisons secrètes, exécutés sommairement, déportés. Les villes de Kharkiv, Mykolaïv, Kherson sont soumises à des bombardements massifs, ordonnés par des généraux déjà connus comme les « bouchers d'Alep ». A l'approche de l'hiver, l'armée russe mène une campagne de destruction systématique des infrastructures civiles - eau, chauffage, électricité - avec l'objectif de créer une crise humanitaire, économique et, in fine, politique en Ukraine et en Europe.
Ayant imaginé ces temps révolus, les Européens redécouvrent la tragédie des civils comme cibles et victimes des violences de guerre. Trente ans après le début du siège de Sarajevo, les observateurs sont confrontés aux mêmes incompréhensions et interrogati ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 74-81[article] Dossier : Ukraine - Russie : une « politique de la violence » ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Masha Cerovic, Auteur . - 2023 . - p. 74-81.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 74-81
Mots-clés : Ukraine guerre massacre brutalité réfugiés résistance Note de contenu : L'Europe avait imaginé ces temps révolus : le conflit fait redécouvrir le drame des civils, cibles et victimes des violences des guerres du XXe siècle. Qu'ont-elles de spécifiquement russe ?
Boutcha, Irpin, Marioupol, Izioum, ont rejoint, en 2022, la liste macabre des lieux métonymiques de violences de masse contre les civils et de charniers. Dans les territoires ukrainiens occupés par les forces russes, des habitants disparaissent, sont torturés dans des prisons secrètes, exécutés sommairement, déportés. Les villes de Kharkiv, Mykolaïv, Kherson sont soumises à des bombardements massifs, ordonnés par des généraux déjà connus comme les « bouchers d'Alep ». A l'approche de l'hiver, l'armée russe mène une campagne de destruction systématique des infrastructures civiles - eau, chauffage, électricité - avec l'objectif de créer une crise humanitaire, économique et, in fine, politique en Ukraine et en Europe.
Ayant imaginé ces temps révolus, les Européens redécouvrent la tragédie des civils comme cibles et victimes des violences de guerre. Trente ans après le début du siège de Sarajevo, les observateurs sont confrontés aux mêmes incompréhensions et interrogati ...Dossier : Ukraine - Documenter l'horreur / Annette WIEVIORKA in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Dossier : Ukraine - Documenter l'horreur Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Annette WIEVIORKA, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 82-83 Langues : Français (fre) Mots-clés : Ukraine guerre documents témoignage Note de contenu : Collecter, à vif, les témoignages et les preuves du crime. L'idée germa, déjà, au plus noir de l'Europe nazie.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 semble être l'un des conflits les mieux documentés en direct : images prises par les populations ou les soldats et diffusées sur les réseaux sociaux, reportages de journalistes internationaux, images satellite ou par drone saisies par des services armés, initiatives personnelles, à l'exemple de celle de Pavlo Netyosov, un vétéran ukrainien qui collecte sur les champs de bataille tout ce que les Russes ont laissé - débris d'arme ou d'avion, documents, objets, etc. - et organise des expositions itinérantes dans un pays encore en guerre1. Il y a bien des façons et des raisons de rendre compte de la guerre et de son lot de crimes contre l'humanité, même si ceux qui s'y emploient ont tous pour horizon l'après - et notamment le châtiment des coupables (cf. p. 38).
Dans cette volonté de collecter des preuves, deux figures émergent, deux Juifs parmi les millions pris au piège de l'Europe nazie : celle du Polonais Emanuel Ringelbl ...
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 82-83[article] Dossier : Ukraine - Documenter l'horreur [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Annette WIEVIORKA, Auteur . - 2023 . - p. 82-83.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 82-83
Mots-clés : Ukraine guerre documents témoignage Note de contenu : Collecter, à vif, les témoignages et les preuves du crime. L'idée germa, déjà, au plus noir de l'Europe nazie.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 semble être l'un des conflits les mieux documentés en direct : images prises par les populations ou les soldats et diffusées sur les réseaux sociaux, reportages de journalistes internationaux, images satellite ou par drone saisies par des services armés, initiatives personnelles, à l'exemple de celle de Pavlo Netyosov, un vétéran ukrainien qui collecte sur les champs de bataille tout ce que les Russes ont laissé - débris d'arme ou d'avion, documents, objets, etc. - et organise des expositions itinérantes dans un pays encore en guerre1. Il y a bien des façons et des raisons de rendre compte de la guerre et de son lot de crimes contre l'humanité, même si ceux qui s'y emploient ont tous pour horizon l'après - et notamment le châtiment des coupables (cf. p. 38).
Dans cette volonté de collecter des preuves, deux figures émergent, deux Juifs parmi les millions pris au piège de l'Europe nazie : celle du Polonais Emanuel Ringelbl ...Guide Livres : La souffrance des autres / Clément Fabre in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Guide Livres : La souffrance des autres Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 84-85 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture guerres civilisation barbarie Sylvain Venayre Note de contenu : Le XIXe siècle, celui de la paix de cent ans. Vraiment ? Entre 1815 et 1914, les Européens ont bel et bien mené des guerres, mais au loin, en Amérique du Sud, en Afrique, en Chine. Indifférence ? Fascination ? Que ressentaient les hommes et les femmes à l'égard de conflits dont ils n'étaient pas les témoins directs ?
Siècle des révolutions, oui, de la modernité, des colonisations et de la presse, assurément, mais siècle de la guerre ? Pris entre les guerres napoléoniennes et la Première Guerre mondiale, les conflits du XIXe siècle font pâle figure, qui ont légué si peu de noms propres à la mémoire collective : que sont Sedan, Sébastopol ou Solferino à côté de Verdun ? C'est pourtant sous l'angle de la guerre que Sylvain Venayre choisit ici de déployer l'histoire de ce siècle qu'il connaît si bien. Après tout, Melvin Small et J. David Singer dénombraient en 1982 pas moins de 362 conflits armés dans le monde entre 1815 et 1914 : comment se fait-il alors que ces conflits aient si peu contribué à l'image que nous nous faisons d'un XIXe siècle assurément moins pacifique qu'on ne l'a dépeint ? La clé de cette énigme ne réside pas seulement dans l'ombre écrasante que projettent, sur ces conflits, les guerres mondiales du siècle suivant. L'officier britannique Charles Edward Callwell n'avait d'ailleurs pas attendu la Première Guerre mondiale pour les qualifier, en 1896, de « petites guerres », dans un ouvrage intitulé Small Wars. Their Principles and Practice. Encore leur reconnaissait-il la qualité de guerres, là où si souvent le XIXe siècle les avait euphémisés en « campagnes », « expéditions », « punitions », « vengeances » ou « représailles » - voire, par un singulier oxymore, en efforts de « pacification ».
Qu'avaient donc de commun ces « petites guerres », qui permît de douter qu'elles fussent véritablement des guerres ? Elles se jouaient au loin. Sylvain Venayre met ainsi au jour l'histoire du statut à part que les guerres lointaines ont endossé au XIXe siècle dans les imaginaires et les débats politiques européens, comme des idéaux dont elles se sont parées alors. Elle s'ouvre sur le mouvement abolitionniste car, dès les premières années du XIXe siècle, c'était au nom de la liberté et de l'humanité que, dans les océans Atlantique puis Indien, la Grande-Bretagne organisait des expéditions punitives contre les navires négriers. Elle se poursuit avec le parcours de ces volontaires partis, dès les années 1810, prendre part, au nom de la liberté, aux guerres d'indépendance de l'Amérique latine ; puis, auprès des indépendantistes, dans une Grèce certes moins lointaine au cours des années 1820. Comme les abolitionnistes avaient su le faire avant eux, les philhellènes mobilisèrent alors les « crimes » et les « atrocités » turcs pour pousser les gouvernements européens à intervenir contre la barbarie ottomane. « Atrocités turques » et « horreurs bulgares » serviraient encore, dans les années 1860 et 1870, à justifier de nouvelles interventions contre l'Empire ottoman, pour lesquelles les juristes inventeraient l'« intervention d'humanité ». Plus largement, ce sont de semblables prétextes humanitaires - articulés bien souvent à la défense du libre-échange - qui, partout dans le monde, serviraient jusqu'à la fin du siècle à justifier « politique de la canonnière », méthodes terroristes de « contre-guérilla », répressions armées et « pacification ».
« Scandales coloniaux »
Ce n'est encore là, toutefois, que la moitié de l'histoire : car, pour qu'on se souciât de les défendre, encore fallait-il que s'élèvent des voix pour dénoncer ces guerres au loin. Les mêmes armes médiatiques qui permettaient, par la dénonciation d'atrocités barbares, de justifier de semblables expéditions en exposaient les crimes et les abus à l'opinion publique européenne. Enfumade des grottes du Dahra, discréditant en 1845 l'armée française en Algérie, répression britannique de la révolte de 1865 en Jamaïque, violences de la guerre franco-chinoise en 1883, exactions de Stanley en 1890 ou de la mission Voulet-Chanoine en 1899, mains coupées du Congo belge et génocides ordonnés en 1904, dans le Sud-Ouest africain, par le général allemand Lothar von Trotha contre les Herero puis les Nama : l'essor des « scandales coloniaux » - bien souvent évacués comme un simple effet des climats tropicaux, quand on ne les imputait pas aux troupes indigènes - constituait, au crépuscule du XIXe siècle, le revers indissociable des « guerres sauvages de la paix » chantées par Rudyard Kipling.
En cela, l'histoire qu'exhume Sylvain Venayre n'est pas tant celle d'une distance de la guerre, d'une indifférence pour des conflits à l'autre bout du monde, que celle de leur présence jusqu'en Europe, et des méthodes employées pour les y importer. Toiles philhellènes d'Eugène Delacroix ; campagne menée, à Londres, par les contrebandiers d'opium Jardine et Matheson pour obtenir, en 1839, l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne contre la Chine ; médiatisation, au début des années 1840, des exploits de Garibaldi dans la République du Rio Grande do Sul, puis en Uruguay ; échos des expéditions dans les noms de rues des capitales ; recours croissant à la photographie pour exhiber les atrocités lointaines - qu'elles justifient ou condamnent les guerres au loin...
Comment ne pas penser, dès lors, aux guerres de notre XXIe siècle, dont l'éloignement est redevenu une évidence telle qu'on peine à croire qu'un conflit ait pu éclater de nouveau sur le sol européen, et dont pourtant les images nous assaillent de toute part - qu'elles justifient opérations de maintien de la paix et autres coalitions militaires, ou dénoncent les atrocités commises en leur nom ? S'ils lui confèrent une indéniable actualité, ces échos n'épuisent pas pour autant un ouvrage dont le foisonnement compte autant, sans doute, que la démonstration d'ensemble. En mobilisant une abondance de travaux récents, Sylvain Venayre propose aussi, sur l'histoire du XIXe siècle, une synthèse originale dont la découpe n'est ni celle de l'histoire européenne ni celle de l'histoire mondiale, pas plus qu'elle n'adopte les frontières de l'impérialisme européen - un concept dont l'historien rappelle d'ailleurs tout ce que la genèse a dû, dans les années 1870, à l'histoire des ces guerres au loin.
Mot clé :
LIVRES
* Clément Fabre est ater à l'université Paris-Est-Créteil.
Les Guerres lointaines de la paix. Civilisation et barbarie depuis le XIXe siècle, Sylvain Venayre, Gallimard, 2023, 368 p., 22,50 €.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 84-85[article] Guide Livres : La souffrance des autres [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Auteur . - 2023 . - p. 84-85.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 84-85
Mots-clés : livre lecture guerres civilisation barbarie Sylvain Venayre Note de contenu : Le XIXe siècle, celui de la paix de cent ans. Vraiment ? Entre 1815 et 1914, les Européens ont bel et bien mené des guerres, mais au loin, en Amérique du Sud, en Afrique, en Chine. Indifférence ? Fascination ? Que ressentaient les hommes et les femmes à l'égard de conflits dont ils n'étaient pas les témoins directs ?
Siècle des révolutions, oui, de la modernité, des colonisations et de la presse, assurément, mais siècle de la guerre ? Pris entre les guerres napoléoniennes et la Première Guerre mondiale, les conflits du XIXe siècle font pâle figure, qui ont légué si peu de noms propres à la mémoire collective : que sont Sedan, Sébastopol ou Solferino à côté de Verdun ? C'est pourtant sous l'angle de la guerre que Sylvain Venayre choisit ici de déployer l'histoire de ce siècle qu'il connaît si bien. Après tout, Melvin Small et J. David Singer dénombraient en 1982 pas moins de 362 conflits armés dans le monde entre 1815 et 1914 : comment se fait-il alors que ces conflits aient si peu contribué à l'image que nous nous faisons d'un XIXe siècle assurément moins pacifique qu'on ne l'a dépeint ? La clé de cette énigme ne réside pas seulement dans l'ombre écrasante que projettent, sur ces conflits, les guerres mondiales du siècle suivant. L'officier britannique Charles Edward Callwell n'avait d'ailleurs pas attendu la Première Guerre mondiale pour les qualifier, en 1896, de « petites guerres », dans un ouvrage intitulé Small Wars. Their Principles and Practice. Encore leur reconnaissait-il la qualité de guerres, là où si souvent le XIXe siècle les avait euphémisés en « campagnes », « expéditions », « punitions », « vengeances » ou « représailles » - voire, par un singulier oxymore, en efforts de « pacification ».
Qu'avaient donc de commun ces « petites guerres », qui permît de douter qu'elles fussent véritablement des guerres ? Elles se jouaient au loin. Sylvain Venayre met ainsi au jour l'histoire du statut à part que les guerres lointaines ont endossé au XIXe siècle dans les imaginaires et les débats politiques européens, comme des idéaux dont elles se sont parées alors. Elle s'ouvre sur le mouvement abolitionniste car, dès les premières années du XIXe siècle, c'était au nom de la liberté et de l'humanité que, dans les océans Atlantique puis Indien, la Grande-Bretagne organisait des expéditions punitives contre les navires négriers. Elle se poursuit avec le parcours de ces volontaires partis, dès les années 1810, prendre part, au nom de la liberté, aux guerres d'indépendance de l'Amérique latine ; puis, auprès des indépendantistes, dans une Grèce certes moins lointaine au cours des années 1820. Comme les abolitionnistes avaient su le faire avant eux, les philhellènes mobilisèrent alors les « crimes » et les « atrocités » turcs pour pousser les gouvernements européens à intervenir contre la barbarie ottomane. « Atrocités turques » et « horreurs bulgares » serviraient encore, dans les années 1860 et 1870, à justifier de nouvelles interventions contre l'Empire ottoman, pour lesquelles les juristes inventeraient l'« intervention d'humanité ». Plus largement, ce sont de semblables prétextes humanitaires - articulés bien souvent à la défense du libre-échange - qui, partout dans le monde, serviraient jusqu'à la fin du siècle à justifier « politique de la canonnière », méthodes terroristes de « contre-guérilla », répressions armées et « pacification ».
« Scandales coloniaux »
Ce n'est encore là, toutefois, que la moitié de l'histoire : car, pour qu'on se souciât de les défendre, encore fallait-il que s'élèvent des voix pour dénoncer ces guerres au loin. Les mêmes armes médiatiques qui permettaient, par la dénonciation d'atrocités barbares, de justifier de semblables expéditions en exposaient les crimes et les abus à l'opinion publique européenne. Enfumade des grottes du Dahra, discréditant en 1845 l'armée française en Algérie, répression britannique de la révolte de 1865 en Jamaïque, violences de la guerre franco-chinoise en 1883, exactions de Stanley en 1890 ou de la mission Voulet-Chanoine en 1899, mains coupées du Congo belge et génocides ordonnés en 1904, dans le Sud-Ouest africain, par le général allemand Lothar von Trotha contre les Herero puis les Nama : l'essor des « scandales coloniaux » - bien souvent évacués comme un simple effet des climats tropicaux, quand on ne les imputait pas aux troupes indigènes - constituait, au crépuscule du XIXe siècle, le revers indissociable des « guerres sauvages de la paix » chantées par Rudyard Kipling.
En cela, l'histoire qu'exhume Sylvain Venayre n'est pas tant celle d'une distance de la guerre, d'une indifférence pour des conflits à l'autre bout du monde, que celle de leur présence jusqu'en Europe, et des méthodes employées pour les y importer. Toiles philhellènes d'Eugène Delacroix ; campagne menée, à Londres, par les contrebandiers d'opium Jardine et Matheson pour obtenir, en 1839, l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne contre la Chine ; médiatisation, au début des années 1840, des exploits de Garibaldi dans la République du Rio Grande do Sul, puis en Uruguay ; échos des expéditions dans les noms de rues des capitales ; recours croissant à la photographie pour exhiber les atrocités lointaines - qu'elles justifient ou condamnent les guerres au loin...
Comment ne pas penser, dès lors, aux guerres de notre XXIe siècle, dont l'éloignement est redevenu une évidence telle qu'on peine à croire qu'un conflit ait pu éclater de nouveau sur le sol européen, et dont pourtant les images nous assaillent de toute part - qu'elles justifient opérations de maintien de la paix et autres coalitions militaires, ou dénoncent les atrocités commises en leur nom ? S'ils lui confèrent une indéniable actualité, ces échos n'épuisent pas pour autant un ouvrage dont le foisonnement compte autant, sans doute, que la démonstration d'ensemble. En mobilisant une abondance de travaux récents, Sylvain Venayre propose aussi, sur l'histoire du XIXe siècle, une synthèse originale dont la découpe n'est ni celle de l'histoire européenne ni celle de l'histoire mondiale, pas plus qu'elle n'adopte les frontières de l'impérialisme européen - un concept dont l'historien rappelle d'ailleurs tout ce que la genèse a dû, dans les années 1870, à l'histoire des ces guerres au loin.
Mot clé :
LIVRES
* Clément Fabre est ater à l'université Paris-Est-Créteil.
Les Guerres lointaines de la paix. Civilisation et barbarie depuis le XIXe siècle, Sylvain Venayre, Gallimard, 2023, 368 p., 22,50 €.Guide Livres : Contre l'homme le plus puissant du monde / Michel WINOCK in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
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Titre : Guide Livres : Contre l'homme le plus puissant du monde Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel WINOCK, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Germaine de Saël influence Napoléon Annie Jourdan Note de contenu : Annie Jourdan fait revivre le conflit méconnu entre Napoléon et Germaine de Staël.
Les relations entre Mme de Staël et Napoléon Bonaparte sont un beau sujet de roman historique, mais c'est à un vrai livre d'histoire que nous avons affaire ici. La fille de Necker a d'abord tenté de le séduire. Mais il détestait les femmes de son espèce : un bas bleu qui s'occupait de politique. Mme de Staël ne se découragea pas d'emblée ; elle approuva même, en compagnie de son amant Benjamin Constant, le coup d'État du 18 Brumaire, s'illusionnant sur le républicanisme du général. Elle s'aperçut de son erreur et comprit que les Français étaient soumis au despotisme.
Dès lors commença une « petite guerre » entre la romancière et le Premier Consul qui devint empereur. Lui la craint, car elle est intelligente, influente, et il n'aura de cesse de l'éloigner de Paris, jusqu'à lui infliger la résidence surveillée à Coppet en Suisse. En 1812, Germaine de Staël réussit à tromper la surveillance et à gagner l'Angleterre au temps du blocus continental au prix d'une équipée bravant tous les dangers en passant par la Russie et la Suède. A la fin, Napoléon perd, par deux fois, en 1814 et en 1815, mais Mme de Staël ne souhaite pas sa défaite : elle le voudrait à la fois vainqueur, pour épargner à la France l'occupation et l'humiliation, et bel et bien mort, pour éviter le retour de l'autocratie.
Annie Jourdan retrace de manière accomplie les épisodes mouvementés de ce duel au sommet grâce à une connaissance impeccable de l'époque et un véritable art de la narration. Elle se prête aussi à une comparaison piquante entre la célèbre écrivaine et l'homme le plus puissant du monde. Ils ont des points communs : leur soif de renommée, leur caractère dominateur, leur conviction d'avoir toujours raison et leur démesure. Mais ce qui les divise, ce sont leurs convictions politiques. Là où le maître provisoire de l'Europe n'a jamais songé qu'à acquérir la toute-puissance, Germaine de Staël a pensé et agi en faveur du bonheur des hommes, qui ne pouvait être fondé, pour elle, que sur la justice et la liberté.
Mot clé :
LIVRES
Le Rendez-vous manqué. Germaine de Staël, une femme d’influence face à Napoléon, Annie Jourdan, Flammarion, 2023, 350 p., 23,90 €.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 86[article] Guide Livres : Contre l'homme le plus puissant du monde [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel WINOCK, Auteur . - 2023 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 86
Mots-clés : livre lecture Germaine de Saël influence Napoléon Annie Jourdan Note de contenu : Annie Jourdan fait revivre le conflit méconnu entre Napoléon et Germaine de Staël.
Les relations entre Mme de Staël et Napoléon Bonaparte sont un beau sujet de roman historique, mais c'est à un vrai livre d'histoire que nous avons affaire ici. La fille de Necker a d'abord tenté de le séduire. Mais il détestait les femmes de son espèce : un bas bleu qui s'occupait de politique. Mme de Staël ne se découragea pas d'emblée ; elle approuva même, en compagnie de son amant Benjamin Constant, le coup d'État du 18 Brumaire, s'illusionnant sur le républicanisme du général. Elle s'aperçut de son erreur et comprit que les Français étaient soumis au despotisme.
Dès lors commença une « petite guerre » entre la romancière et le Premier Consul qui devint empereur. Lui la craint, car elle est intelligente, influente, et il n'aura de cesse de l'éloigner de Paris, jusqu'à lui infliger la résidence surveillée à Coppet en Suisse. En 1812, Germaine de Staël réussit à tromper la surveillance et à gagner l'Angleterre au temps du blocus continental au prix d'une équipée bravant tous les dangers en passant par la Russie et la Suède. A la fin, Napoléon perd, par deux fois, en 1814 et en 1815, mais Mme de Staël ne souhaite pas sa défaite : elle le voudrait à la fois vainqueur, pour épargner à la France l'occupation et l'humiliation, et bel et bien mort, pour éviter le retour de l'autocratie.
Annie Jourdan retrace de manière accomplie les épisodes mouvementés de ce duel au sommet grâce à une connaissance impeccable de l'époque et un véritable art de la narration. Elle se prête aussi à une comparaison piquante entre la célèbre écrivaine et l'homme le plus puissant du monde. Ils ont des points communs : leur soif de renommée, leur caractère dominateur, leur conviction d'avoir toujours raison et leur démesure. Mais ce qui les divise, ce sont leurs convictions politiques. Là où le maître provisoire de l'Europe n'a jamais songé qu'à acquérir la toute-puissance, Germaine de Staël a pensé et agi en faveur du bonheur des hommes, qui ne pouvait être fondé, pour elle, que sur la justice et la liberté.
Mot clé :
LIVRES
Le Rendez-vous manqué. Germaine de Staël, une femme d’influence face à Napoléon, Annie Jourdan, Flammarion, 2023, 350 p., 23,90 €.Guide Livres : Le doux conquistador / Yves Saint-Geours in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
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Titre : Guide Livres : Le doux conquistador Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Yves Saint-Geours, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture voyage Amérique indienne sociétés découverte Note de contenu : Qui se souvient de ce conquérant, soucieux de décrire les sociétés découvertes en
Nùñez Cabeza de Vaca occupe une place singulière dans la découverte du Nouveau Monde. D'abord parce qu'il fut le premier à explorer l'espace des États-Unis d'aujourd'hui : la Floride, le nord du golfe du Mexique et le sud de la Californie. Ensuite parce que, loin d'être une conquête, ce fut plutôt une longue errance (1528-1536). L'expédition de 600 hommes au départ de l'Espagne fut réduite à 4 survivants, dont le serviteur marocain Estebanico, premier Africain à avoir mis le pied en Amérique du Nord. Surtout, à cause de l'empathie exprimée par Cabeza de Vaca à l'égard des autochtones, si éloignée de ce qui se passe alors au Mexique et dans les Andes. Revenu en Espagne, il écrit une « relation » à Charles Quint, publiée en 1542 (Naufragios). Si ce récit est plein du souci de porter la parole catholique au Nouveau Monde, c'est aussi un voyage spirituel à la découverte des populations rencontrées et une recherche pour entrer en contact autrement que par la force.
C'est cette histoire que raconte Andrés Reséndez, historien mexicain-américain, dans un ouvrage publié en 2006 et enfin traduit. Chaque étape de l'aventure est analysée avec soin. Son origine, liée aux conflits entre conquistadors et aux arbitrages de la Couronne espagnole. Son organisation et ses déboires : désertions, querelles, un ouragan à Trinidad, le naufrage et la mort de Narvàez, chef de l'expédition (remplacé par Cabeza de Vaca, son trésorier), etc. Les diverses expériences des survivants, en fonction des groupes amérindiens rencontrés : de longues années d'un quasi-esclavage, puis le passage à un autre statut, celui de guérisseurs, de chamanes, d'« hommes-médecine ».
La dernière partie donne au récit toute sa profondeur : la rencontre des survivants avec des Espagnols « chasseurs d'esclaves », médusés devant ces hommes peu vêtus et aux cheveux très longs. Et, très vite, l'incompréhension qui s'installe entre ceux qui « guéri[ssaient] les malades » et ceux qui « tu[aient] ceux qui étaient en bonnes santé ».
Un si étrange pays. Le voyage extraordinaire de Cabeza de Vaca dans l’Amérique indienne, Andrés Resendez, trad. de l’anglais par Paulin Darel, Anacharsis, 2022, 352 p., 24 €.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 86[article] Guide Livres : Le doux conquistador [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Yves Saint-Geours, Auteur . - 2023 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 86
Mots-clés : livre lecture voyage Amérique indienne sociétés découverte Note de contenu : Qui se souvient de ce conquérant, soucieux de décrire les sociétés découvertes en
Nùñez Cabeza de Vaca occupe une place singulière dans la découverte du Nouveau Monde. D'abord parce qu'il fut le premier à explorer l'espace des États-Unis d'aujourd'hui : la Floride, le nord du golfe du Mexique et le sud de la Californie. Ensuite parce que, loin d'être une conquête, ce fut plutôt une longue errance (1528-1536). L'expédition de 600 hommes au départ de l'Espagne fut réduite à 4 survivants, dont le serviteur marocain Estebanico, premier Africain à avoir mis le pied en Amérique du Nord. Surtout, à cause de l'empathie exprimée par Cabeza de Vaca à l'égard des autochtones, si éloignée de ce qui se passe alors au Mexique et dans les Andes. Revenu en Espagne, il écrit une « relation » à Charles Quint, publiée en 1542 (Naufragios). Si ce récit est plein du souci de porter la parole catholique au Nouveau Monde, c'est aussi un voyage spirituel à la découverte des populations rencontrées et une recherche pour entrer en contact autrement que par la force.
C'est cette histoire que raconte Andrés Reséndez, historien mexicain-américain, dans un ouvrage publié en 2006 et enfin traduit. Chaque étape de l'aventure est analysée avec soin. Son origine, liée aux conflits entre conquistadors et aux arbitrages de la Couronne espagnole. Son organisation et ses déboires : désertions, querelles, un ouragan à Trinidad, le naufrage et la mort de Narvàez, chef de l'expédition (remplacé par Cabeza de Vaca, son trésorier), etc. Les diverses expériences des survivants, en fonction des groupes amérindiens rencontrés : de longues années d'un quasi-esclavage, puis le passage à un autre statut, celui de guérisseurs, de chamanes, d'« hommes-médecine ».
La dernière partie donne au récit toute sa profondeur : la rencontre des survivants avec des Espagnols « chasseurs d'esclaves », médusés devant ces hommes peu vêtus et aux cheveux très longs. Et, très vite, l'incompréhension qui s'installe entre ceux qui « guéri[ssaient] les malades » et ceux qui « tu[aient] ceux qui étaient en bonnes santé ».
Un si étrange pays. Le voyage extraordinaire de Cabeza de Vaca dans l’Amérique indienne, Andrés Resendez, trad. de l’anglais par Paulin Darel, Anacharsis, 2022, 352 p., 24 €.Guide Livres : Éros combattant in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Guide Livres : Éros combattant Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture antiquité combattants Note de contenu : Le Bataillon sacré, James Romm, trad. de l’anglais par Christophe Beslon, Bouquins, 2022, 318 p., 22,90 €.
Pendant près de quarante ans et jusqu'en 338 av. J.-C., la cité de Thèbes joue les premiers rôles dans le monde grec. Elle a pu se libérer de la tutelle de Sparte et d'Athènes et prendre l'ascendant sur ses rivales grâce à son « bataillon sacré ». C'est à l'histoire de ce corps d'élite que s'attache l'Américain James Romm dans un récit éblouissant.
L'entreprise n'allait pas de soi, tant la suite des événements, reconstituée à partir de Xénophon et de Plutarque, est complexe. La cité thébaine, occupée depuis trois ans par une garnison spartiate, s'en délivre en 379. Après cet exploit, Gorgidas, l'un des chefs de l'opération, recrute une unité spécialisée d'infanterie, composée de 150 couples masculins. Renforçant l'armée régulière, ce groupe est soudé par la force d'éros, qui empêche « les amants de se décevoir entre eux ». Ces 300 chasseront les Spartiates hors de la Béotie. Le rêve que faisait Platon, dans le Banquet, de combattants amoureux invincibles devenait réalité.
Après la victoire de Leuctres en 371, Thèbes envahit la Laconie qu'elle pille, sans pouvoir toutefois s'emparer de Sparte. Elle libère la Messénie, relève Mantinée de ses ruines et fonde Mégalopolis. Elle s'attaque ensuite à l'hégémonie athénienne en mer Égée. Mais, en 364, son meilleur stratège, Pélopidas, est tué au combat en Thessalie. Deux ans plus tard, le roi de Sparte Agésilas affronte Épaminondas en Arcadie. Le général thébain remporte la victoire à Mantinée, mais il meurt de ses blessures sur le champ de bataille. Ayant perdu leur guide, les Thébains s'enlisent dans une série de « guerres sacrées » dont l'enjeu est le contrôle du sanctuaire de Delphes. Ce qui fournit à Philippe de Macédoine une première occasion d'intervenir, avant d'affronter à Chéronée une coalition de 35 000 hommes.
Le père confia à son fils Alexandre, âgé de 18 ans, la tâche d'anéantir le bataillon sacré. Il le fit sans état d'âme, comme le montrent des vestiges archéologiques découverts au XIXe siècle. La fouille conduite en 1880 a révélé une sépulture collective et exhumé près de 260 individus. Ce sont les restes des combattants du « Bataillon sacré ». Leurs ossements portent les traces d'effroyables blessures. Plusieurs squelettes ont été retrouvés, comme enlacés dans la mort.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 87[article] Guide Livres : Éros combattant [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 87
Mots-clés : livre lecture antiquité combattants Note de contenu : Le Bataillon sacré, James Romm, trad. de l’anglais par Christophe Beslon, Bouquins, 2022, 318 p., 22,90 €.
Pendant près de quarante ans et jusqu'en 338 av. J.-C., la cité de Thèbes joue les premiers rôles dans le monde grec. Elle a pu se libérer de la tutelle de Sparte et d'Athènes et prendre l'ascendant sur ses rivales grâce à son « bataillon sacré ». C'est à l'histoire de ce corps d'élite que s'attache l'Américain James Romm dans un récit éblouissant.
L'entreprise n'allait pas de soi, tant la suite des événements, reconstituée à partir de Xénophon et de Plutarque, est complexe. La cité thébaine, occupée depuis trois ans par une garnison spartiate, s'en délivre en 379. Après cet exploit, Gorgidas, l'un des chefs de l'opération, recrute une unité spécialisée d'infanterie, composée de 150 couples masculins. Renforçant l'armée régulière, ce groupe est soudé par la force d'éros, qui empêche « les amants de se décevoir entre eux ». Ces 300 chasseront les Spartiates hors de la Béotie. Le rêve que faisait Platon, dans le Banquet, de combattants amoureux invincibles devenait réalité.
Après la victoire de Leuctres en 371, Thèbes envahit la Laconie qu'elle pille, sans pouvoir toutefois s'emparer de Sparte. Elle libère la Messénie, relève Mantinée de ses ruines et fonde Mégalopolis. Elle s'attaque ensuite à l'hégémonie athénienne en mer Égée. Mais, en 364, son meilleur stratège, Pélopidas, est tué au combat en Thessalie. Deux ans plus tard, le roi de Sparte Agésilas affronte Épaminondas en Arcadie. Le général thébain remporte la victoire à Mantinée, mais il meurt de ses blessures sur le champ de bataille. Ayant perdu leur guide, les Thébains s'enlisent dans une série de « guerres sacrées » dont l'enjeu est le contrôle du sanctuaire de Delphes. Ce qui fournit à Philippe de Macédoine une première occasion d'intervenir, avant d'affronter à Chéronée une coalition de 35 000 hommes.
Le père confia à son fils Alexandre, âgé de 18 ans, la tâche d'anéantir le bataillon sacré. Il le fit sans état d'âme, comme le montrent des vestiges archéologiques découverts au XIXe siècle. La fouille conduite en 1880 a révélé une sépulture collective et exhumé près de 260 individus. Ce sont les restes des combattants du « Bataillon sacré ». Leurs ossements portent les traces d'effroyables blessures. Plusieurs squelettes ont été retrouvés, comme enlacés dans la mort.Guide Livres : Clovis et Mélusine in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
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Titre : Guide Livres : Clovis et Mélusine Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Moyen-Age Note de contenu : Dictionnaire du Moyen Age imaginaire. Le médiévalisme, hier et aujourd’hui, Anne Besson, William Blanc, Vincent Ferré (dir.), Vendémiaire, 2022, 468 p., 30 €.
D'« Afrique » à « Western » : la première et la dernière entrée de ce dictionnaire résument bien l'étendue des aires et des domaines couverts ici par 72 contributeurs et contributrices. Après une courte introduction présentant le « médiévalisme » (concept derrière celui de « Moyen Age imaginaire »), les 124 notices alternent entre thématiques attendues (« dragons », « Graal », « Mélusine », « sorcières », « Tolkien ») et sujets plus surprenants, montrant les évolutions des perceptions de la période médiévale au fil des siècles. Le lecteur pourra ainsi se plonger dans des régions qu'il n'associe pas forcément (à tort) au Moyen Age (« Brésil » ou « Inde »).
Plusieurs textes montrent également l'ampleur du phénomène et ses ramifications, à travers par exemple la science-fiction ou les super-héros, sans oublier tout ce qui touche aux récupérations politiques et idéologiques (« nationalisme », « progressisme »). La dimension ludique n'est pas oubliée, qu'il s'agisse du « cinéma d'animation et de fantasy », des « jeux de rôle » ou « jeux vidéo », des « sports et pratiques physiques » ou des « fêtes médiévales » et « séries télévisées ». Au fil des pages se mêlent ainsi des figures emblématiques du Moyen Age (Charlemagne, Clovis, Jeanne d'Arc, Gengis Khan) et d'autres moins connues (les Hildegarde de Bingen). Un cahier iconographique en couleurs, organisé par grands thèmes, vient utilement appuyer le propos. Au total, un livre foisonnant qui, sans prétendre à une exhaustivité totalement impossible, mêle personnages, pays, concepts, genres pour proposer un voyage très stimulant dans des Moyen Age imaginaires aussi divers que fascinants.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 87[article] Guide Livres : Clovis et Mélusine [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 87
Mots-clés : livre lecture Moyen-Age Note de contenu : Dictionnaire du Moyen Age imaginaire. Le médiévalisme, hier et aujourd’hui, Anne Besson, William Blanc, Vincent Ferré (dir.), Vendémiaire, 2022, 468 p., 30 €.
D'« Afrique » à « Western » : la première et la dernière entrée de ce dictionnaire résument bien l'étendue des aires et des domaines couverts ici par 72 contributeurs et contributrices. Après une courte introduction présentant le « médiévalisme » (concept derrière celui de « Moyen Age imaginaire »), les 124 notices alternent entre thématiques attendues (« dragons », « Graal », « Mélusine », « sorcières », « Tolkien ») et sujets plus surprenants, montrant les évolutions des perceptions de la période médiévale au fil des siècles. Le lecteur pourra ainsi se plonger dans des régions qu'il n'associe pas forcément (à tort) au Moyen Age (« Brésil » ou « Inde »).
Plusieurs textes montrent également l'ampleur du phénomène et ses ramifications, à travers par exemple la science-fiction ou les super-héros, sans oublier tout ce qui touche aux récupérations politiques et idéologiques (« nationalisme », « progressisme »). La dimension ludique n'est pas oubliée, qu'il s'agisse du « cinéma d'animation et de fantasy », des « jeux de rôle » ou « jeux vidéo », des « sports et pratiques physiques » ou des « fêtes médiévales » et « séries télévisées ». Au fil des pages se mêlent ainsi des figures emblématiques du Moyen Age (Charlemagne, Clovis, Jeanne d'Arc, Gengis Khan) et d'autres moins connues (les Hildegarde de Bingen). Un cahier iconographique en couleurs, organisé par grands thèmes, vient utilement appuyer le propos. Au total, un livre foisonnant qui, sans prétendre à une exhaustivité totalement impossible, mêle personnages, pays, concepts, genres pour proposer un voyage très stimulant dans des Moyen Age imaginaires aussi divers que fascinants.Guide Livres : Gouverner, c'est parler in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
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Titre : Guide Livres : Gouverner, c'est parler Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 87 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Moyen-Age pouvoir Note de contenu : Cicéron et la Commune. Le rhéteur comme modèle civique. Italie, XIIIe-XIVe siècle, Carole Mabboux, École française de Rome, 2022, 536 p., 37 €.
L'effervescence des communes italiennes, l'invention d'institutions et de procédures destinées à désigner leurs élites dirigeantes et à assurer la participation des citoyens, grâce aux élections et au tirage au sort, et la fabrique d'une langue politique capable de dire les fins de la Cité, les principes du Bon Gouvernement, les qualités exigibles de ceux qui devaient le servir, ont donné à la rhétorique une importance centrale à partir du XIIe siècle. Gouverner une cité-État, c'était s'exprimer devant des assemblées et des conseils, plus ou moins larges et dociles, en suivant des règles oratoires particulières.
On se félicitera donc de la publication de deux livres qui rappellent les enjeux et les codes de cette compétence oratoire devenue inséparable de l'exercice du pouvoir. En retraçant les formes changeantes de la réception de Cicéron, Carole Mabboux montre bien comment le maître de l'éloquence et le moraliste font place au sénateur engagé dans les affaires de la Cité. On comprend comment s'invente progressivement le « Cicéron communal » ou politique, dont les élites s'inspirent dans leurs stratégies de légitimation qui exaltent la concorde, la vertu civique et l'amitié.
Ilaria Taddei inscrit elle aussi son enquête passionnante dans une réflexion sur la culture politique des Républiques italiennes, les remplois de la tradition chrétienne et antique, l'apport de l'humanisme aux savoirs du pouvoir communal. A raison, elle s'arrête plus longuement sur une période cruciale de la république florentine, le gouvernement des Albizzi (XIVe-XVe siècle). Une double chronologie, qui lui permet de saisir la place de l'exigence de Prudentia dans les bouleversements politiques. L'historienne entre ainsi dans le détail des sources de la pratique et de la parole en action, en exploitant un triple corpus : les Consulte e Pratiche, ces commissions où se discutaient les affaires de la Cité entre membres des élites, les discours publics (Protesti) et les instructions aux ambassadeurs. La Prudence y occupe une place centrale, qui en fait un des fondements de la science du gouvernement, une manière de légitimer les cercles de la nouvelle classe dirigeante et de justifier la transformation de Florence en pouvoir territorial.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 87[article] Guide Livres : Gouverner, c'est parler [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 87.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 87
Mots-clés : livre lecture Moyen-Age pouvoir Note de contenu : Cicéron et la Commune. Le rhéteur comme modèle civique. Italie, XIIIe-XIVe siècle, Carole Mabboux, École française de Rome, 2022, 536 p., 37 €.
L'effervescence des communes italiennes, l'invention d'institutions et de procédures destinées à désigner leurs élites dirigeantes et à assurer la participation des citoyens, grâce aux élections et au tirage au sort, et la fabrique d'une langue politique capable de dire les fins de la Cité, les principes du Bon Gouvernement, les qualités exigibles de ceux qui devaient le servir, ont donné à la rhétorique une importance centrale à partir du XIIe siècle. Gouverner une cité-État, c'était s'exprimer devant des assemblées et des conseils, plus ou moins larges et dociles, en suivant des règles oratoires particulières.
On se félicitera donc de la publication de deux livres qui rappellent les enjeux et les codes de cette compétence oratoire devenue inséparable de l'exercice du pouvoir. En retraçant les formes changeantes de la réception de Cicéron, Carole Mabboux montre bien comment le maître de l'éloquence et le moraliste font place au sénateur engagé dans les affaires de la Cité. On comprend comment s'invente progressivement le « Cicéron communal » ou politique, dont les élites s'inspirent dans leurs stratégies de légitimation qui exaltent la concorde, la vertu civique et l'amitié.
Ilaria Taddei inscrit elle aussi son enquête passionnante dans une réflexion sur la culture politique des Républiques italiennes, les remplois de la tradition chrétienne et antique, l'apport de l'humanisme aux savoirs du pouvoir communal. A raison, elle s'arrête plus longuement sur une période cruciale de la république florentine, le gouvernement des Albizzi (XIVe-XVe siècle). Une double chronologie, qui lui permet de saisir la place de l'exigence de Prudentia dans les bouleversements politiques. L'historienne entre ainsi dans le détail des sources de la pratique et de la parole en action, en exploitant un triple corpus : les Consulte e Pratiche, ces commissions où se discutaient les affaires de la Cité entre membres des élites, les discours publics (Protesti) et les instructions aux ambassadeurs. La Prudence y occupe une place centrale, qui en fait un des fondements de la science du gouvernement, une manière de légitimer les cercles de la nouvelle classe dirigeante et de justifier la transformation de Florence en pouvoir territorial.Guide Livres : L'Europe château branlant in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
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Titre : Guide Livres : L'Europe château branlant Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 88 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture union européenne construction rêve Note de contenu : Les Rêves d’un Européen au XXIe siècle, 1999-2022, Geert Mak, trad. du néerlandais par Guillaume Deneufbourg, Gallimard, 2022, 605 p., 33 €.
Conter l'histoire de la construction de l'Union européenne depuis 1957, on le sait, endort les potaches et désespère les libraires. Geert Mak, lui, devrait les réveiller. Journaliste, écrivain, historien, homme de télévision, curieux de tout, l'enfant des abords de Rotterdam sait bavarder, s'indigner, traîner ses guêtres dans les palais, les bureaux et les officines du Tout-Europe. Il côtoie des élus et des technocrates, des électeurs désabusés et la piétaille populiste. Il ose dire « je », sa mémoire vivace multiplie les anecdotes et il écrit comme on filme. Bref, il orchestre ce qu'on nommait joliment jadis de l'histoire « immédiate ».
On connaît mal son oeuvre en France, où il n'est guère traduit, et l'on se souvient à peine de sa belle monographie du village de Jonwerd, Que sont devenus les paysans ? (Autrement, 2005) ou de son Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle (Gallimard, 2007). Mais cette fois-ci, bingo, bravo au traducteur et à l'éditeur ! Déjà best-seller aux Pays-Bas, Rêves d'un Européen cogne dur et sonne juste. Et le sang et les larmes des Ukrainiens scellent tragiquement son propos.
Il détaille « ces années-ci, les vingt premières du XXIe siècle, où la machine à fabriquer l'histoire tourne à plein régime et fait de nouveau vaciller notre monde européen bien ordonné, fondé sur la paix et la prospérité ». En latitude, le voyage commence à Kirkenes, recoin boréal de la Norvège, future Singapour peut-être sur une route maritime Shanghai-Rotterdam bientôt libérée des glaces, paradis de pêcheurs où débarquent les hommes d'affaires chinois, carrefour d'espions, de radars et de sous-marins face à la Mourmansk de M. Poutine. Il s'achève à Lesbos, face à la Turquie, ou à Lampedusa, en vue de la côte tunisienne, avec leurs migrants, leurs passeurs et leurs camps de fortune.
Les années défilent en zigzag, avec force parties de poker menteur entre l'Europe des États, celle des bureaux et celle des citoyens. L'euro en billets au distributeur juste après le 11 septembre de New York, la résistible ascension de Messieurs Poutine, Erdogan et Orbán, le « oui » étatique de Lisbonne en 2007 après le « non » populaire de 2005, la tempête financière de 2008 et le désarroi grec, la Bosnie et la Serbie en rade, les terroristes à l'oeuvre, des migrants aux oubliettes, l'Ukraine livrée aux oligarques escrocs, la misère des fermiers de la Frise, la rouerie des rois du pétrole, Angela Merkel ouvrant la porte aux réfugiés en 2015 et Salvini fustigeant le pape qui lui aussi voulait en accueillir, les sketches burlesques de Boris Johnson en plein Brexit, Trump refusant en 2017 l'accord de Paris sur le climat, etc. : oui, hélas, l'Europe est seule, ses nationalistes paradent, ses « illibéraux » et ses racistes aussi, les crises et les angoisses s'y chevauchent. Elle est devenue un maillon faible du monde.
Pendant ce temps, les Ukrainiens résistent, la Covid-19 guette, la planète surchauffe, les distributeurs de billets crachent. Et Geert Mak entend encore sonner un peu la cloche de son village.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 88[article] Guide Livres : L'Europe château branlant [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 88.
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in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 88
Mots-clés : livre lecture union européenne construction rêve Note de contenu : Les Rêves d’un Européen au XXIe siècle, 1999-2022, Geert Mak, trad. du néerlandais par Guillaume Deneufbourg, Gallimard, 2022, 605 p., 33 €.
Conter l'histoire de la construction de l'Union européenne depuis 1957, on le sait, endort les potaches et désespère les libraires. Geert Mak, lui, devrait les réveiller. Journaliste, écrivain, historien, homme de télévision, curieux de tout, l'enfant des abords de Rotterdam sait bavarder, s'indigner, traîner ses guêtres dans les palais, les bureaux et les officines du Tout-Europe. Il côtoie des élus et des technocrates, des électeurs désabusés et la piétaille populiste. Il ose dire « je », sa mémoire vivace multiplie les anecdotes et il écrit comme on filme. Bref, il orchestre ce qu'on nommait joliment jadis de l'histoire « immédiate ».
On connaît mal son oeuvre en France, où il n'est guère traduit, et l'on se souvient à peine de sa belle monographie du village de Jonwerd, Que sont devenus les paysans ? (Autrement, 2005) ou de son Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle (Gallimard, 2007). Mais cette fois-ci, bingo, bravo au traducteur et à l'éditeur ! Déjà best-seller aux Pays-Bas, Rêves d'un Européen cogne dur et sonne juste. Et le sang et les larmes des Ukrainiens scellent tragiquement son propos.
Il détaille « ces années-ci, les vingt premières du XXIe siècle, où la machine à fabriquer l'histoire tourne à plein régime et fait de nouveau vaciller notre monde européen bien ordonné, fondé sur la paix et la prospérité ». En latitude, le voyage commence à Kirkenes, recoin boréal de la Norvège, future Singapour peut-être sur une route maritime Shanghai-Rotterdam bientôt libérée des glaces, paradis de pêcheurs où débarquent les hommes d'affaires chinois, carrefour d'espions, de radars et de sous-marins face à la Mourmansk de M. Poutine. Il s'achève à Lesbos, face à la Turquie, ou à Lampedusa, en vue de la côte tunisienne, avec leurs migrants, leurs passeurs et leurs camps de fortune.
Les années défilent en zigzag, avec force parties de poker menteur entre l'Europe des États, celle des bureaux et celle des citoyens. L'euro en billets au distributeur juste après le 11 septembre de New York, la résistible ascension de Messieurs Poutine, Erdogan et Orbán, le « oui » étatique de Lisbonne en 2007 après le « non » populaire de 2005, la tempête financière de 2008 et le désarroi grec, la Bosnie et la Serbie en rade, les terroristes à l'oeuvre, des migrants aux oubliettes, l'Ukraine livrée aux oligarques escrocs, la misère des fermiers de la Frise, la rouerie des rois du pétrole, Angela Merkel ouvrant la porte aux réfugiés en 2015 et Salvini fustigeant le pape qui lui aussi voulait en accueillir, les sketches burlesques de Boris Johnson en plein Brexit, Trump refusant en 2017 l'accord de Paris sur le climat, etc. : oui, hélas, l'Europe est seule, ses nationalistes paradent, ses « illibéraux » et ses racistes aussi, les crises et les angoisses s'y chevauchent. Elle est devenue un maillon faible du monde.
Pendant ce temps, les Ukrainiens résistent, la Covid-19 guette, la planète surchauffe, les distributeurs de billets crachent. Et Geert Mak entend encore sonner un peu la cloche de son village.Guide des bandes dessinées : Adèle, suite et fin in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Guide des bandes dessinées : Adèle, suite et fin Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 92 Langues : Français (fre) Mots-clés : bd lecture Adèle Blanc-Sec Note de contenu : Le dixième volume des Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec clôt la série commencée il y a quarante-six ans.
Sous ses airs révolutionnaires, Tardi est un homme de tradition. En 1976 il commençait - à l'incitation de Jean-Paul Mougin, patron du magazine (A suivre) en cette lointaine époque - une série d'albums cartonnés en format Casterman, 22,7 x 30,3 cm, intitulée Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec.
Quarante-six ans et seulement neuf volumes après, il nous adresse, avec le tome X, annoncé comme le dernier de la série, un cadeau de Noël bien à sa manière : anar, maniaque, expressionniste.
Adèle s'est imposée dans le paysage de la BD comme une entreprise systématique de subversion des codes du roman-feuilleton. Au vrai, subversion ou simple parodie ? Depuis le début, la question est là, comme en témoigna le partage du public et de la critique. D'un point de vue - osons le mot - commercial, le succès fut, au moins jusqu'à la fin du XXe siècle, au rendez-vous. Avec une bonne longueur d'avance sur la vogue du steampunk et sur des bases culturelles nettement distinctes de celles d'un Tim Burton, Jacques Tardi conquit un large public, moins soucieux de ses choix politiques que séduit par l'ironie de son rocambolesque et le baroque de son imaginaire, peuplé de savants fous, de momies en folie et de ptérodactyles envahissants. Le tout donna même, en 2010, un film signé de - rien de moins mais aussi rien de plus - Luc Besson.
Charme rétro
Une petite minorité, qui accompagnait Tardi depuis ses débuts, fit la fine bouche, retrouvant de moins en moins, dans cet enchevêtrement, la somptuosité graphique du Démon des glaces ou l'efficace propagande pacifiste des albums de la Grande Guerre (Putain de guerre !). Le volume d'aujourd'hui confortera sans doute les réserves de la minorité.
Effet de conclusion oblige, l'album numéro dix prend la forme d'un final avec toute la troupe, bien propre à laisser sur le bord de la route les malheureux qui prendraient l'histoire en marche. A proprement parler, l'intrigue est incompréhensible et la distribution des personnages, pléthorique. Comme le tout est saisi ici en cours de développement, le mal s'aggrave de multiples références en bas de page, renvoyant aux albums précédents - à vrai dire, la tendance était déjà nette dans les derniers volumes, comme si, depuis un bon quart de siècle, l'auteur consacrait l'essentiel de son énergie à essayer de conclure une histoire qui lui aurait été imposée.
Reste, à l'arrivée, le charme rétro d'un décor parisien plus IIIe République que nature, hérissé de statues allégoriques et de gardiens de la paix à pèlerine, un art de la caricature grotesque très achevé et un pessimisme absolu dont témoigne bien le personnage d'Adèle, toujours placide, et toujours renfrogné. Assurément, l'espoir brille comme le brin de paille au fond de l'étable puisqu'un baiser est échangé in extremis entre l'héroïne et sa « brave momie » - aristocrate séduisant et fort élitiste -, mais le leitmotiv final, emprunté à une chanson de la compagne de Tardi, Dominique Grange, « N'effacez pas nos traces », peut difficilement passer pour un slogan mobilisateur.
Le Bébé des Buttes-Chaumont, Jacques Tardi, Bruxelles, Casterman, 2022.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 92[article] Guide des bandes dessinées : Adèle, suite et fin [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 92.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 92
Mots-clés : bd lecture Adèle Blanc-Sec Note de contenu : Le dixième volume des Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec clôt la série commencée il y a quarante-six ans.
Sous ses airs révolutionnaires, Tardi est un homme de tradition. En 1976 il commençait - à l'incitation de Jean-Paul Mougin, patron du magazine (A suivre) en cette lointaine époque - une série d'albums cartonnés en format Casterman, 22,7 x 30,3 cm, intitulée Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec.
Quarante-six ans et seulement neuf volumes après, il nous adresse, avec le tome X, annoncé comme le dernier de la série, un cadeau de Noël bien à sa manière : anar, maniaque, expressionniste.
Adèle s'est imposée dans le paysage de la BD comme une entreprise systématique de subversion des codes du roman-feuilleton. Au vrai, subversion ou simple parodie ? Depuis le début, la question est là, comme en témoigna le partage du public et de la critique. D'un point de vue - osons le mot - commercial, le succès fut, au moins jusqu'à la fin du XXe siècle, au rendez-vous. Avec une bonne longueur d'avance sur la vogue du steampunk et sur des bases culturelles nettement distinctes de celles d'un Tim Burton, Jacques Tardi conquit un large public, moins soucieux de ses choix politiques que séduit par l'ironie de son rocambolesque et le baroque de son imaginaire, peuplé de savants fous, de momies en folie et de ptérodactyles envahissants. Le tout donna même, en 2010, un film signé de - rien de moins mais aussi rien de plus - Luc Besson.
Charme rétro
Une petite minorité, qui accompagnait Tardi depuis ses débuts, fit la fine bouche, retrouvant de moins en moins, dans cet enchevêtrement, la somptuosité graphique du Démon des glaces ou l'efficace propagande pacifiste des albums de la Grande Guerre (Putain de guerre !). Le volume d'aujourd'hui confortera sans doute les réserves de la minorité.
Effet de conclusion oblige, l'album numéro dix prend la forme d'un final avec toute la troupe, bien propre à laisser sur le bord de la route les malheureux qui prendraient l'histoire en marche. A proprement parler, l'intrigue est incompréhensible et la distribution des personnages, pléthorique. Comme le tout est saisi ici en cours de développement, le mal s'aggrave de multiples références en bas de page, renvoyant aux albums précédents - à vrai dire, la tendance était déjà nette dans les derniers volumes, comme si, depuis un bon quart de siècle, l'auteur consacrait l'essentiel de son énergie à essayer de conclure une histoire qui lui aurait été imposée.
Reste, à l'arrivée, le charme rétro d'un décor parisien plus IIIe République que nature, hérissé de statues allégoriques et de gardiens de la paix à pèlerine, un art de la caricature grotesque très achevé et un pessimisme absolu dont témoigne bien le personnage d'Adèle, toujours placide, et toujours renfrogné. Assurément, l'espoir brille comme le brin de paille au fond de l'étable puisqu'un baiser est échangé in extremis entre l'héroïne et sa « brave momie » - aristocrate séduisant et fort élitiste -, mais le leitmotiv final, emprunté à une chanson de la compagne de Tardi, Dominique Grange, « N'effacez pas nos traces », peut difficilement passer pour un slogan mobilisateur.
Le Bébé des Buttes-Chaumont, Jacques Tardi, Bruxelles, Casterman, 2022.
Guide des Classiques : « Campagnes lombardes au Moyen Age » de François Menant / Patrick BOUCHERON in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Guide des Classiques : « Campagnes lombardes au Moyen Age » de François Menant Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Patrick BOUCHERON, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 93 Langues : Français (fre) Mots-clés : livre lecture Moyen-Age Lombardie Note de contenu :
A contre-courant des médiévistes qui s'intéressaient surtout aux cités italiennes, François Menant a décrit, avec sa monographie sur la Lombardie, l'essor d'un pays rural et riche.
LA THÈSE
Issu de cette ancienne thèse d'État qu'on appela longtemps « d'Ancien Régime », le livre de François Menant, paru en 1993, adopte l'allure monumentale des vastes monographies régionales dont les médiévistes s'emparèrent après Georges Duby et Pierre Toubert, sur un modèle qui trouvait d'abord son inspiration dans la grande tradition de la géographie régionale.
C'est d'ailleurs sur des critères de paysages et de mise en valeur de terroirs et non de circonscriptions urbaines (les fameux contadi) que François Menant a découpé son terrain d'étude. La Lombardie orientale ne correspond en effet ni à une région naturelle ni à une entité politique, mais à une bande de terres qui, des Préalpes à la plaine du Pô, étage quatre milieux spécifiques : montagne, collines, hautes terres sèches et basse plaine humide. Irrigation des hauteurs, bonification de la Bassa : la maîtrise des eaux est la clé de l'artificialisation des paysages, qui connaît trois à-coups : vers 1100-1130, dans le dernier tiers du XIIe siècle, autour des années 1200.
Suivant l'allongement des seriole (canaux d'irrigation) et l'étalement des parcours de transhumance, l'historien décrit la « naissance d'un pays riche », fondé à la fois sur une agriculture savante qui contourne les fatalités naturelles et sur l'énergie politique que scande le regroupement de la population en habitat fortifié, parfois perché (l'incastellamento). François Menant s'inscrivait alors dans les débats sur les structures des féodalités méridionales, caractérisées par l'articulation entre pouvoir seigneurial et autonomie communale, l'un comme l'autre renforçant la domination sociale d'une aristocratie guerrière dont il ne craignait pas de décrire la férocité. Mais l'originalité de son enquête résidait plutôt dans la mise en valeur du dynamisme des échanges économiques et du marché de la terre, attirant l'attention des médiévistes sur la capacité d'agir des communautés paysannes.
CE QU'IL EN RESTE
Les Campagnes lombardes ont donc proposé aux médiévistes un modèle dynamique d'articulation entre essor rural et développement commercial, en rupture avec l'urbanocentrisme traditionnel des études sur l'Italie médiévale. Certains historiens italiens ont pu s'en étonner. François Menant compléta bien vite le tableau, en se faisant historien de la vie communale à Bergame et Crémone, devenant l'un des meilleurs spécialistes internationaux de l'histoire urbaine de l'Italie communale. C'est que ses nouveaux terrains de recherche, autour du crédit et de l'endettement notamment, mettaient le rapport ville-campagne au coeur de sa réflexion sur les scansions économiques et sociales du Moyen Age occidental, dont il était, ultimement, l'un des grands historiens généralistes.
Patrick Boucheron est professeur au Collège de France
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 93[article] Guide des Classiques : « Campagnes lombardes au Moyen Age » de François Menant [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Patrick BOUCHERON, Auteur . - 2023 . - p. 93.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 93
Mots-clés : livre lecture Moyen-Age Lombardie Note de contenu :
A contre-courant des médiévistes qui s'intéressaient surtout aux cités italiennes, François Menant a décrit, avec sa monographie sur la Lombardie, l'essor d'un pays rural et riche.
LA THÈSE
Issu de cette ancienne thèse d'État qu'on appela longtemps « d'Ancien Régime », le livre de François Menant, paru en 1993, adopte l'allure monumentale des vastes monographies régionales dont les médiévistes s'emparèrent après Georges Duby et Pierre Toubert, sur un modèle qui trouvait d'abord son inspiration dans la grande tradition de la géographie régionale.
C'est d'ailleurs sur des critères de paysages et de mise en valeur de terroirs et non de circonscriptions urbaines (les fameux contadi) que François Menant a découpé son terrain d'étude. La Lombardie orientale ne correspond en effet ni à une région naturelle ni à une entité politique, mais à une bande de terres qui, des Préalpes à la plaine du Pô, étage quatre milieux spécifiques : montagne, collines, hautes terres sèches et basse plaine humide. Irrigation des hauteurs, bonification de la Bassa : la maîtrise des eaux est la clé de l'artificialisation des paysages, qui connaît trois à-coups : vers 1100-1130, dans le dernier tiers du XIIe siècle, autour des années 1200.
Suivant l'allongement des seriole (canaux d'irrigation) et l'étalement des parcours de transhumance, l'historien décrit la « naissance d'un pays riche », fondé à la fois sur une agriculture savante qui contourne les fatalités naturelles et sur l'énergie politique que scande le regroupement de la population en habitat fortifié, parfois perché (l'incastellamento). François Menant s'inscrivait alors dans les débats sur les structures des féodalités méridionales, caractérisées par l'articulation entre pouvoir seigneurial et autonomie communale, l'un comme l'autre renforçant la domination sociale d'une aristocratie guerrière dont il ne craignait pas de décrire la férocité. Mais l'originalité de son enquête résidait plutôt dans la mise en valeur du dynamisme des échanges économiques et du marché de la terre, attirant l'attention des médiévistes sur la capacité d'agir des communautés paysannes.
CE QU'IL EN RESTE
Les Campagnes lombardes ont donc proposé aux médiévistes un modèle dynamique d'articulation entre essor rural et développement commercial, en rupture avec l'urbanocentrisme traditionnel des études sur l'Italie médiévale. Certains historiens italiens ont pu s'en étonner. François Menant compléta bien vite le tableau, en se faisant historien de la vie communale à Bergame et Crémone, devenant l'un des meilleurs spécialistes internationaux de l'histoire urbaine de l'Italie communale. C'est que ses nouveaux terrains de recherche, autour du crédit et de l'endettement notamment, mettaient le rapport ville-campagne au coeur de sa réflexion sur les scansions économiques et sociales du Moyen Age occidental, dont il était, ultimement, l'un des grands historiens généralistes.
Patrick Boucheron est professeur au Collège de France
Guide des Sorties : Expositions - Images préhistoriques / Jules Masson Mourey in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Expositions - Images préhistoriques Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Jules Masson Mourey, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 94-95 Langues : Français (fre) Mots-clés : exposition Paris préhistoire image Paléolithique Note de contenu : Le musée de l'Homme met à l'honneur les artistes du Paléolithique et l'ancienneté du sens esthétique.
Ce sont presque 100 pièces originales venues des quatre coins de la France et de l'Europe (Pologne, Allemagne, Suisse, Espagne, Italie) que le musée de l'Homme réunit à l'occasion d'une très riche exposition dédiée aux manifestations graphiques et plastiques de la Préhistoire.
A contre-courant du lieu commun - d'ailleurs erroné - selon lequel la figuration humaine serait rarissime parmi l'imagerie paléolithique, le parcours s'ouvre d'abord sur un visage masculin gravé dans le calcaire. La sûreté des lignes impressionne, la modernité du portrait stupéfie. Et la valeur scientifique d'un tel vestige apparaît évidemment inestimable. Ces marques sur la joue du personnage, par exemple, pourraient bel et bien attester, dès le Magdalénien (moment d'apothéose de l'art des temps glaciaires, il y a environ 17 000 ans), la pratique de scarifications ou de tatouages tribaux...
Aux statuettes féminines et à leurs formes voluptueuses - célèbres Vénus de Tursac, de Lespugue, d'Ölknitz, de l'abri Pataud, de Laussel ou de Grimaldi -, qui ont inspiré tant d'artistes, dont Picasso lui-même, succède le thème des images animalières, représentations majoritaires dans l'iconographie du Paléolithique. Le bestiaire est varié, parfois surprenant. Ici, un cachalot finement incisé sur une pendeloque en os, là, une salamandre sculptée dans du bois de renne. De nouveau, les oeuvres fameuses abondent. Entre autres merveilles, l'émouvant Petit Cheval de Lourdes, d'une admirable qualité d'exécution, la Sauterelle d'Enlène, plus ancienne figuration d'insecte au monde, ou le superbe propulseur dit du Faon aux oiseaux, reproduit dans tous les manuels de préhistoire et véritable fantasme pour des générations d'archéologues.
Devenir un peintre de Lascaux
Que dire, encore, du Mammouth de la Madeleine ? Derrière cette vitrine, se trouve ni plus ni moins que l'acte de naissance de la science préhistorique, établi en 1864. Au milieu du XIXe siècle, en effet, les ossements d'animaux préhistoriques restent relativement exceptionnels et la coexistence d'espèces éteintes avec les premiers hommes fait l'objet d'ardents débats. Mais grâce à la découverte cruciale de ce dessin de proboscidien réalisé sur l'ivoire d'une défense, le doute n'est plus permis : non seulement nos ancêtres ont cotoyé des animaux aujourd'hui disparus mais ils étaient même capable de les représenter.
L'exposition du musée de l'Homme ne se limite pas au Vieux Continent et sa dernière partie brosse un utile panorama de l'art rupestre et pariétal sur l'ensemble de la planète, depuis les sociétés paléolithiques de chasseurs-collecteurs il y a 30 000 ou 40 000 ans jusqu'à celles des premiers agriculteurs-éleveurs néolithiques, quelques millénaires avant le début de notre ère. Les images défilent et l'on voyage ainsi des symboles de la forêt indonésienne aux signes du désert libyen, en passant par les rivières du sud de la Chine ou les canyons de l'Utah.
La scénographie élaborée par les deux commissaires scientifiques, Éric Robert et Patrick Paillet (professeurs au Muséum national d'Histoire naturelle), est particulièrement soignée et didactique. Notamment, les nombreux supports numériques interactifs raviront les jeunes visiteurs. Le clou de la visite, pour terminer ? Un grand écran, vierge, qui invite à se prendre un instant pour un peintre de la grotte de Lascaux...
Jules Masson Mourey est docteur en Préhistoire de l'université d'Aix-Marseille.
A voir
Arts et Préhistoire. Jusqu'au 22 mai 2023 au musée de l'Homme, Paris.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 94-95[article] Guide des Sorties : Expositions - Images préhistoriques [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Jules Masson Mourey, Auteur . - 2023 . - p. 94-95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 94-95
Mots-clés : exposition Paris préhistoire image Paléolithique Note de contenu : Le musée de l'Homme met à l'honneur les artistes du Paléolithique et l'ancienneté du sens esthétique.
Ce sont presque 100 pièces originales venues des quatre coins de la France et de l'Europe (Pologne, Allemagne, Suisse, Espagne, Italie) que le musée de l'Homme réunit à l'occasion d'une très riche exposition dédiée aux manifestations graphiques et plastiques de la Préhistoire.
A contre-courant du lieu commun - d'ailleurs erroné - selon lequel la figuration humaine serait rarissime parmi l'imagerie paléolithique, le parcours s'ouvre d'abord sur un visage masculin gravé dans le calcaire. La sûreté des lignes impressionne, la modernité du portrait stupéfie. Et la valeur scientifique d'un tel vestige apparaît évidemment inestimable. Ces marques sur la joue du personnage, par exemple, pourraient bel et bien attester, dès le Magdalénien (moment d'apothéose de l'art des temps glaciaires, il y a environ 17 000 ans), la pratique de scarifications ou de tatouages tribaux...
Aux statuettes féminines et à leurs formes voluptueuses - célèbres Vénus de Tursac, de Lespugue, d'Ölknitz, de l'abri Pataud, de Laussel ou de Grimaldi -, qui ont inspiré tant d'artistes, dont Picasso lui-même, succède le thème des images animalières, représentations majoritaires dans l'iconographie du Paléolithique. Le bestiaire est varié, parfois surprenant. Ici, un cachalot finement incisé sur une pendeloque en os, là, une salamandre sculptée dans du bois de renne. De nouveau, les oeuvres fameuses abondent. Entre autres merveilles, l'émouvant Petit Cheval de Lourdes, d'une admirable qualité d'exécution, la Sauterelle d'Enlène, plus ancienne figuration d'insecte au monde, ou le superbe propulseur dit du Faon aux oiseaux, reproduit dans tous les manuels de préhistoire et véritable fantasme pour des générations d'archéologues.
Devenir un peintre de Lascaux
Que dire, encore, du Mammouth de la Madeleine ? Derrière cette vitrine, se trouve ni plus ni moins que l'acte de naissance de la science préhistorique, établi en 1864. Au milieu du XIXe siècle, en effet, les ossements d'animaux préhistoriques restent relativement exceptionnels et la coexistence d'espèces éteintes avec les premiers hommes fait l'objet d'ardents débats. Mais grâce à la découverte cruciale de ce dessin de proboscidien réalisé sur l'ivoire d'une défense, le doute n'est plus permis : non seulement nos ancêtres ont cotoyé des animaux aujourd'hui disparus mais ils étaient même capable de les représenter.
L'exposition du musée de l'Homme ne se limite pas au Vieux Continent et sa dernière partie brosse un utile panorama de l'art rupestre et pariétal sur l'ensemble de la planète, depuis les sociétés paléolithiques de chasseurs-collecteurs il y a 30 000 ou 40 000 ans jusqu'à celles des premiers agriculteurs-éleveurs néolithiques, quelques millénaires avant le début de notre ère. Les images défilent et l'on voyage ainsi des symboles de la forêt indonésienne aux signes du désert libyen, en passant par les rivières du sud de la Chine ou les canyons de l'Utah.
La scénographie élaborée par les deux commissaires scientifiques, Éric Robert et Patrick Paillet (professeurs au Muséum national d'Histoire naturelle), est particulièrement soignée et didactique. Notamment, les nombreux supports numériques interactifs raviront les jeunes visiteurs. Le clou de la visite, pour terminer ? Un grand écran, vierge, qui invite à se prendre un instant pour un peintre de la grotte de Lascaux...
Jules Masson Mourey est docteur en Préhistoire de l'université d'Aix-Marseille.
A voir
Arts et Préhistoire. Jusqu'au 22 mai 2023 au musée de l'Homme, Paris.
Guide des Sorties : Cinéma - Tragédie libanaise à hauteur de femmes / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Guide des Sorties : Cinéma - Tragédie libanaise à hauteur de femmes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 96-97 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma film Liban femmes Israël conflits Michale Boganim Note de contenu : Michale Boganim réalise une oeuvre poignante sur le quotidien des conflits qui ont déchiré le Liban.
De 1982 à 2006, le nouveau film de la cinéaste israélienne Michale Boganim tisse ses liens entre deux familles - l'une libanaise, l'autre israélienne -, deux espaces - le sud Liban et la côte nord de l'État hébreu -, et une frontière. En 1948, les Nations unies, pour donner naissance à l'État d'Israël, dessinent cette frontière là où elle n'existait pas. Ce lieu devient un no man's land ouvert aux combats, au passage des armées, puis fermé aux échanges entre populations.
Quand, en 1982, l'armée israélienne bombarde le Liban, la situation se dégrade vite : les troupes occupent jusqu'à Beyrouth un territoire assez largement détruit et mis sous tutelle où éclatent cependant émeutes et attentats. L'armée israélienne collabore avec la milice chrétienne (ALS), financée, soutenue et informée par Tsahal, faisant face au Hezbollah, milice chiite en lutte contre l'occupation.
Une famille libanaise vit là, non loin de la frontière : Nour, la mère chrétienne, ses deux filles, l'une curieuse de tout, l'autre plutôt peureuse, et Fouad, le père membre de l'ALS, qui vivote en tentant d'organiser le chaos. Yossi, soldat israélien d'occupation, se lie d'amitié avec Fouad et trouve une seconde famille, ce qui entraîne soupçons et tensions dans le bourg. Yossi, de son côté, a laissé en Israël sa première famille, qu'il rejoint régulièrement, le temps des permissions : Myriam, une femme enceinte qui l'attend et se désespère d'une guerre qui ne dit pas son nom. Au Liban, le drame se noue lorsque Nour succombe à une roquette tirée par on ne sait qui.
Dix-sept ans plus tard. Les deux soeurs ont grandi dans l'adversité d'une histoire orpheline. L'aînée s'est mariée au sein de la communauté chrétienne. La cadette, Tanya, fréquente un jeune Arabe qu'elle côtoie depuis l'enfance. Alors que l'armée israélienne se retire du Liban, les représailles commencent immédiatement : les miliciens chrétiens sont pourchassés comme traîtres vendus à l'occupant. Ils doivent fuir dans la précipitation, ils n'ont que quelques heures avant la fermeture définitive de la frontière. Fouad et Tanya suivent le mouvement, laissant toute leur vie libanaise et leurs proches, soeur, amis et amoureux.
Renouer le dialogue
La deuxième partie du film de Michale Boganim raconte ce quotidien déraciné des Tsadal, ces milliers de Libanais installés dans le nord d'Israël. Il leur est impossible de retourner chez eux, mais ils sont considérés comme des parias par la société locale, logés dans des baraquements de fortune. Fouad s'étiole peu à peu, vidé de toute énergie par une maladie des reins, le coeur saignant de la « nostalgie du cèdre ». Tanya, qui ne peut voir sa soeur qu'à travers le grillage de la frontière, part bientôt, dans la chaleur de l'été 2006, à la recherche de Yossi, l'ancien ami, désormais médecin dans un hôpital de la banlieue de Tel-Aviv, qui veut bien donner quelques médicaments mais ne souhaite pas retrouver son ami malade et un passé qui le hante.
Sa femme, Myriam, inquiète et sans nouvelles de son fils, mobilisé dans l'armée israélienne, veut bien suivre Tanya. Elles remontent toutes les deux en voiture vers Haïfa et le nord du pays, apprenant à se connaître malgré les soupçons et l'histoire qui les déchire, quand éclate, soudain, la deuxième guerre du Liban. A nouveau l'armée israélienne envahit le sud du pays pour combattre le Hezbollah...
Michale Boganim, née et élevée à Haïfa, a été marquée in situ par ces répétitions pathétiques de l'histoire ; elle a vu, enfant, la solitude de sa mère privée d'un mari en mission au Liban : « J'ai été profondément choquée, dit-elle, par cette escalade de la violence ; cela m'a laissé un goût amer qui ne quittera jamais ma mémoire. » Tel-Aviv-Beyrouth est une façon sensible et douloureuse de faire rejouer l'histoire sur un écran intérieur, en projetant la guerre sur la vaillance de femmes qui osent affronter leur histoire. La tragédie qui se partage alors permet à deux pays (et deux cinémas) qui ne se parlent plus de renouer enfin un dialogue.
À VOIR
Tel-Aviv-Beyrouth M. Boganim, en salle le 1er février 2023.
Pour nos abonnés
Projection du film Tel-Aviv-Beyrouth de Michale Boganim, le 7 février 2023 à 20 heures, au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une rencontre avec Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma et Michale Boganim, la cinéaste..
40 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Cinéma Le Champo
51, rue des Ecoles,
75005 Paris
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 96-97[article] Guide des Sorties : Cinéma - Tragédie libanaise à hauteur de femmes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2023 . - p. 96-97.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 96-97
Mots-clés : cinéma film Liban femmes Israël conflits Michale Boganim Note de contenu : Michale Boganim réalise une oeuvre poignante sur le quotidien des conflits qui ont déchiré le Liban.
De 1982 à 2006, le nouveau film de la cinéaste israélienne Michale Boganim tisse ses liens entre deux familles - l'une libanaise, l'autre israélienne -, deux espaces - le sud Liban et la côte nord de l'État hébreu -, et une frontière. En 1948, les Nations unies, pour donner naissance à l'État d'Israël, dessinent cette frontière là où elle n'existait pas. Ce lieu devient un no man's land ouvert aux combats, au passage des armées, puis fermé aux échanges entre populations.
Quand, en 1982, l'armée israélienne bombarde le Liban, la situation se dégrade vite : les troupes occupent jusqu'à Beyrouth un territoire assez largement détruit et mis sous tutelle où éclatent cependant émeutes et attentats. L'armée israélienne collabore avec la milice chrétienne (ALS), financée, soutenue et informée par Tsahal, faisant face au Hezbollah, milice chiite en lutte contre l'occupation.
Une famille libanaise vit là, non loin de la frontière : Nour, la mère chrétienne, ses deux filles, l'une curieuse de tout, l'autre plutôt peureuse, et Fouad, le père membre de l'ALS, qui vivote en tentant d'organiser le chaos. Yossi, soldat israélien d'occupation, se lie d'amitié avec Fouad et trouve une seconde famille, ce qui entraîne soupçons et tensions dans le bourg. Yossi, de son côté, a laissé en Israël sa première famille, qu'il rejoint régulièrement, le temps des permissions : Myriam, une femme enceinte qui l'attend et se désespère d'une guerre qui ne dit pas son nom. Au Liban, le drame se noue lorsque Nour succombe à une roquette tirée par on ne sait qui.
Dix-sept ans plus tard. Les deux soeurs ont grandi dans l'adversité d'une histoire orpheline. L'aînée s'est mariée au sein de la communauté chrétienne. La cadette, Tanya, fréquente un jeune Arabe qu'elle côtoie depuis l'enfance. Alors que l'armée israélienne se retire du Liban, les représailles commencent immédiatement : les miliciens chrétiens sont pourchassés comme traîtres vendus à l'occupant. Ils doivent fuir dans la précipitation, ils n'ont que quelques heures avant la fermeture définitive de la frontière. Fouad et Tanya suivent le mouvement, laissant toute leur vie libanaise et leurs proches, soeur, amis et amoureux.
Renouer le dialogue
La deuxième partie du film de Michale Boganim raconte ce quotidien déraciné des Tsadal, ces milliers de Libanais installés dans le nord d'Israël. Il leur est impossible de retourner chez eux, mais ils sont considérés comme des parias par la société locale, logés dans des baraquements de fortune. Fouad s'étiole peu à peu, vidé de toute énergie par une maladie des reins, le coeur saignant de la « nostalgie du cèdre ». Tanya, qui ne peut voir sa soeur qu'à travers le grillage de la frontière, part bientôt, dans la chaleur de l'été 2006, à la recherche de Yossi, l'ancien ami, désormais médecin dans un hôpital de la banlieue de Tel-Aviv, qui veut bien donner quelques médicaments mais ne souhaite pas retrouver son ami malade et un passé qui le hante.
Sa femme, Myriam, inquiète et sans nouvelles de son fils, mobilisé dans l'armée israélienne, veut bien suivre Tanya. Elles remontent toutes les deux en voiture vers Haïfa et le nord du pays, apprenant à se connaître malgré les soupçons et l'histoire qui les déchire, quand éclate, soudain, la deuxième guerre du Liban. A nouveau l'armée israélienne envahit le sud du pays pour combattre le Hezbollah...
Michale Boganim, née et élevée à Haïfa, a été marquée in situ par ces répétitions pathétiques de l'histoire ; elle a vu, enfant, la solitude de sa mère privée d'un mari en mission au Liban : « J'ai été profondément choquée, dit-elle, par cette escalade de la violence ; cela m'a laissé un goût amer qui ne quittera jamais ma mémoire. » Tel-Aviv-Beyrouth est une façon sensible et douloureuse de faire rejouer l'histoire sur un écran intérieur, en projetant la guerre sur la vaillance de femmes qui osent affronter leur histoire. La tragédie qui se partage alors permet à deux pays (et deux cinémas) qui ne se parlent plus de renouer enfin un dialogue.
À VOIR
Tel-Aviv-Beyrouth M. Boganim, en salle le 1er février 2023.
Pour nos abonnés
Projection du film Tel-Aviv-Beyrouth de Michale Boganim, le 7 février 2023 à 20 heures, au cinéma Le Champo.
La séance sera suivie d'une rencontre avec Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma et Michale Boganim, la cinéaste..
40 places sont offertes aux abonnés de L'Histoire.
Inscription : privilege-abonnes@histoire.presse.fr
Cinéma Le Champo
51, rue des Ecoles,
75005 Paris
Carte blanche : En bleu et jaune / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Carte blanche : En bleu et jaune Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : drapeau Ukraine symbole France Note de contenu : Le succès du drapeau ukrainien invite à s'interroger sur la signification de la couleur de ces symboles nationaux.
Deux bandes horizontalement superposées. Deux couleurs : bleu azur en haut, jaune doré en bas. Le ciel au-dessus d'un champ de blé mûr. Ni sigle, ni blason, ni symbole, ni devise, ni armoiries. On ne fait pas plus simple. Cela suffit-il à expliquer la puissance symbolique et l'extraordinaire popularité du drapeau ukrainien accroché un peu partout dans le monde depuis un an ? Il est partout jusques et y compris sur la façade de grandes entreprises, les réseaux sociaux ou la tour Eiffel. Ce n'est pourtant qu'une pièce d'étoffe reproduite à des millions d'exemplaires ; mais lorsque le président Volodymyr Zelensky en visite à Washington l'offre au Congrès américain, elle revêt soudainement une valeur inestimable.
On retient d'autant mieux ce drapeau qu'il évite le rouge et le blanc, qui sont les deux couleurs les plus usitées dans les drapeaux nationaux. Eût-il été surchargé de tout un arsenal symbolique lourd et complexe qu'il aurait certainement rencontré moins de succès. Les métamorphoses de son drapeau racontent souvent en concentré une grande partie de l'histoire d'un pays. Le drapeau russe, qui date du règne du tsar Pierre le Grand (1682-1725), est à l'origine des couleurs panslaves (blanc, bleu, rouge), très répandues dans nombre de drapeaux des Balkans. Le drapeau ukrainien, adopté en 1918 lors de la première indépendance du pays, aux couleurs de l'actuel et orné d'un trident, puis remplacé par celui bien plus rouge de la République socialiste soviétique d'Ukraine, a ressurgi en 1991 après l'effondrement de l'URSS. Depuis 2004, l'Ukraine célèbre, tous les 23 août, la Journée du drapeau national. On ne saurait mieux sanctuariser ce bout de tissu dont les combattants ukrainiens ont fait un simple brassard noué à la diable à leur bras mais pour lequel ils sont prêts à mourir.
Si les premiers drapeaux nationaux datent de la fin du XVIIIe siècle - les couleurs étant censées sonner le glas du système héraldique -, ils remontent en fait à la préhistoire chinoise (1500 av. n. è.). C'est de cette civilisation-là que nous viennent les plus anciens drapeaux connus. Des symboles animaliers y marquaient une hiérarchie dans la société. Par la suite ils ont essaimé en Occident de toutes formes, matières et dimensions. Attaché à une hampe, le drapeau est l'emblème d'une nation. Surtout ne pas le considérer comme un étendard, une bannière, un pavillon : le premier est réservé à une personne, la deuxième à une faction et le troisième à la marine. Les confondre offenserait la sensibilité de la Société française de vexillologie fondée en 1985, société savante regroupant vexillophiles et vexillologues (néologisme issu du latin vexillum, « emblème »). Il y a un savoir-vivre vexillaire : on ne laisse pas flotter un drapeau la nuit, ni enroulé autour de la hampe, ni sale ou dégradé et en aucun cas touchant le sol.
Monopolisé par l'extrême droite depuis bon nombre d'années avant que les manifestants de toutes obédiences politiques et les supporteurs de football s'en emparent, le drapeau français est un mythe de fondation dont Raoul Girardet rappelle dans Les Lieux de mémoire (sous la direction de Pierre Nora) qu'il « implique une certaine conception unitaire et conciliatrice du destin national ». Le drapeau est issu de la Révolution, même si chacune des trois couleurs a eu son histoire propre sous l'Ancien Régime. Il est né en tant que tel de la cocarde. Après s'être imposé à partir de 1830 et de la monarchie de Juillet comme drapeau national, il a influencé nombre de jeunes pays par sa disposition en trois bandes verticales de trois couleurs. Depuis lors, ses nuances ont toujours été le bleu sombre, le blanc et le rouge-orangé vif. Avec une parenthèse toutefois entre 1974 et 1981. Par souci de les « démartialiser » et de les « européaniser », le président Giscard d'Estaing fit éclaircir tout cela. Une petite révolution à laquelle le président Macron mit un terme en 2020 en revenant aux fondamentaux de notre drapeau. Étrangement, ce retour à l'ordre est bien le seul à n'avoir pas suscité de manifestations.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il a notamment publié Le Paquebot (Gallimard, 2022)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 98[article] Carte blanche : En bleu et jaune [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2023 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 98
Mots-clés : drapeau Ukraine symbole France Note de contenu : Le succès du drapeau ukrainien invite à s'interroger sur la signification de la couleur de ces symboles nationaux.
Deux bandes horizontalement superposées. Deux couleurs : bleu azur en haut, jaune doré en bas. Le ciel au-dessus d'un champ de blé mûr. Ni sigle, ni blason, ni symbole, ni devise, ni armoiries. On ne fait pas plus simple. Cela suffit-il à expliquer la puissance symbolique et l'extraordinaire popularité du drapeau ukrainien accroché un peu partout dans le monde depuis un an ? Il est partout jusques et y compris sur la façade de grandes entreprises, les réseaux sociaux ou la tour Eiffel. Ce n'est pourtant qu'une pièce d'étoffe reproduite à des millions d'exemplaires ; mais lorsque le président Volodymyr Zelensky en visite à Washington l'offre au Congrès américain, elle revêt soudainement une valeur inestimable.
On retient d'autant mieux ce drapeau qu'il évite le rouge et le blanc, qui sont les deux couleurs les plus usitées dans les drapeaux nationaux. Eût-il été surchargé de tout un arsenal symbolique lourd et complexe qu'il aurait certainement rencontré moins de succès. Les métamorphoses de son drapeau racontent souvent en concentré une grande partie de l'histoire d'un pays. Le drapeau russe, qui date du règne du tsar Pierre le Grand (1682-1725), est à l'origine des couleurs panslaves (blanc, bleu, rouge), très répandues dans nombre de drapeaux des Balkans. Le drapeau ukrainien, adopté en 1918 lors de la première indépendance du pays, aux couleurs de l'actuel et orné d'un trident, puis remplacé par celui bien plus rouge de la République socialiste soviétique d'Ukraine, a ressurgi en 1991 après l'effondrement de l'URSS. Depuis 2004, l'Ukraine célèbre, tous les 23 août, la Journée du drapeau national. On ne saurait mieux sanctuariser ce bout de tissu dont les combattants ukrainiens ont fait un simple brassard noué à la diable à leur bras mais pour lequel ils sont prêts à mourir.
Si les premiers drapeaux nationaux datent de la fin du XVIIIe siècle - les couleurs étant censées sonner le glas du système héraldique -, ils remontent en fait à la préhistoire chinoise (1500 av. n. è.). C'est de cette civilisation-là que nous viennent les plus anciens drapeaux connus. Des symboles animaliers y marquaient une hiérarchie dans la société. Par la suite ils ont essaimé en Occident de toutes formes, matières et dimensions. Attaché à une hampe, le drapeau est l'emblème d'une nation. Surtout ne pas le considérer comme un étendard, une bannière, un pavillon : le premier est réservé à une personne, la deuxième à une faction et le troisième à la marine. Les confondre offenserait la sensibilité de la Société française de vexillologie fondée en 1985, société savante regroupant vexillophiles et vexillologues (néologisme issu du latin vexillum, « emblème »). Il y a un savoir-vivre vexillaire : on ne laisse pas flotter un drapeau la nuit, ni enroulé autour de la hampe, ni sale ou dégradé et en aucun cas touchant le sol.
Monopolisé par l'extrême droite depuis bon nombre d'années avant que les manifestants de toutes obédiences politiques et les supporteurs de football s'en emparent, le drapeau français est un mythe de fondation dont Raoul Girardet rappelle dans Les Lieux de mémoire (sous la direction de Pierre Nora) qu'il « implique une certaine conception unitaire et conciliatrice du destin national ». Le drapeau est issu de la Révolution, même si chacune des trois couleurs a eu son histoire propre sous l'Ancien Régime. Il est né en tant que tel de la cocarde. Après s'être imposé à partir de 1830 et de la monarchie de Juillet comme drapeau national, il a influencé nombre de jeunes pays par sa disposition en trois bandes verticales de trois couleurs. Depuis lors, ses nuances ont toujours été le bleu sombre, le blanc et le rouge-orangé vif. Avec une parenthèse toutefois entre 1974 et 1981. Par souci de les « démartialiser » et de les « européaniser », le président Giscard d'Estaing fit éclaircir tout cela. Une petite révolution à laquelle le président Macron mit un terme en 2020 en revenant aux fondamentaux de notre drapeau. Étrangement, ce retour à l'ordre est bien le seul à n'avoir pas suscité de manifestations.
Pierre Assouline est membre du comité scientifique de L'Histoire, il a notamment publié Le Paquebot (Gallimard, 2022)
Guide des Revues : Écrits et écritures populaires in L'Histoire, N° 504 (Février 2023)
[article]
Titre : Guide des Revues : Écrits et écritures populaires Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 90 Langues : Français (fre) Mots-clés : revue lecture écriture graffitis placards Note de contenu : Lettres, graffitis, placards : une histoire interdisciplinaire pour donner à entendre les voix des classes populaires du XIXe siècle.
Les écritures populaires : programme ambitieux du dernier numéro de la Revue d'histoire du XIXe siècle, coordonné par Alexandre Frondizi et Emmanuel Fureix. Ambitieux mais aussi épineux, ce qu'ils ne manquent pas de rappeler en introduction : qu'entend-on par « populaire » ? Une histoire des subalternes (femmes, esclaves, immigrés...) ? Une histoire des relations de pouvoir ? Ici, les auteurs proposent plutôt d'imaginer une « histoire populaire centrée sur les écrits et les écritures subalternes » pour y déceler une historicité, des luttes, des imaginaires et des processus de domination. Surtout, ces documents permettent de retrouver les voix des classes populaires, sans les singer ou les cantonner à un rôle illustratif. Le dossier contient d'ailleurs un riche entretien croisé où anthropologie (Béatrice Fraenkel), histoire (Michèle Riot-Sarcey, Martyn Lyons) et philosophie (Jacques Rancière) se mêlent pour éclairer l'historiographie du champ.
Mais il est surtout question d'archives. Le XIXe siècle est celui de l'alphabétisation de masse, même si le processus est sinueux et inégal. Les individus produisent des documents, qui parfois survivent jusqu'à nous : écritures quotidiennes, lettres, rares autobiographies...
Leurs supports varient, comme le rappelle Manuel Charpy dans un article sur des graffitis et placards de Paris entre 1872 et 1885. Parfois collés aux murs à l'aide de pastilles de farine, ils mobilisent autant des papiers écrits à la craie que des toiles brodées. L'écrit investit même parfois la peau, comme pour les tatouages des prostituées italiennes de la fin du long XIXe siècle, étudiés par Alessio Petrizzo.
Langue et contextes de production comptent aussi, on le voit bien dans l'étude de Juan Pedro Viqueira Albán sur les Indiens du Chiapas entre 1770 et 1930. A partir de l'indépendance mexicaine de 1821, ceux-ci furent contraints à l'usage de l'espagnol pour présenter leurs doléances, notamment en recourant à des porte-plume. Enfin, même le document le plus humble peut se révéler bavard : Anaïs Albert propose l'analyse touchante du livre de comptes de son arrière-arrière-grand-père. Le tout constitue un appel à l'inventivité et à la considération de tous les types de documents, aussi petits et anecdotiques puissent-ils sembler.
Revue d'histoire du XIXe siècle n° 65, 2022/2.
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 90[article] Guide des Revues : Écrits et écritures populaires [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 90.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 504 (Février 2023) . - p. 90
Mots-clés : revue lecture écriture graffitis placards Note de contenu : Lettres, graffitis, placards : une histoire interdisciplinaire pour donner à entendre les voix des classes populaires du XIXe siècle.
Les écritures populaires : programme ambitieux du dernier numéro de la Revue d'histoire du XIXe siècle, coordonné par Alexandre Frondizi et Emmanuel Fureix. Ambitieux mais aussi épineux, ce qu'ils ne manquent pas de rappeler en introduction : qu'entend-on par « populaire » ? Une histoire des subalternes (femmes, esclaves, immigrés...) ? Une histoire des relations de pouvoir ? Ici, les auteurs proposent plutôt d'imaginer une « histoire populaire centrée sur les écrits et les écritures subalternes » pour y déceler une historicité, des luttes, des imaginaires et des processus de domination. Surtout, ces documents permettent de retrouver les voix des classes populaires, sans les singer ou les cantonner à un rôle illustratif. Le dossier contient d'ailleurs un riche entretien croisé où anthropologie (Béatrice Fraenkel), histoire (Michèle Riot-Sarcey, Martyn Lyons) et philosophie (Jacques Rancière) se mêlent pour éclairer l'historiographie du champ.
Mais il est surtout question d'archives. Le XIXe siècle est celui de l'alphabétisation de masse, même si le processus est sinueux et inégal. Les individus produisent des documents, qui parfois survivent jusqu'à nous : écritures quotidiennes, lettres, rares autobiographies...
Leurs supports varient, comme le rappelle Manuel Charpy dans un article sur des graffitis et placards de Paris entre 1872 et 1885. Parfois collés aux murs à l'aide de pastilles de farine, ils mobilisent autant des papiers écrits à la craie que des toiles brodées. L'écrit investit même parfois la peau, comme pour les tatouages des prostituées italiennes de la fin du long XIXe siècle, étudiés par Alessio Petrizzo.
Langue et contextes de production comptent aussi, on le voit bien dans l'étude de Juan Pedro Viqueira Albán sur les Indiens du Chiapas entre 1770 et 1930. A partir de l'indépendance mexicaine de 1821, ceux-ci furent contraints à l'usage de l'espagnol pour présenter leurs doléances, notamment en recourant à des porte-plume. Enfin, même le document le plus humble peut se révéler bavard : Anaïs Albert propose l'analyse touchante du livre de comptes de son arrière-arrière-grand-père. Le tout constitue un appel à l'inventivité et à la considération de tous les types de documents, aussi petits et anecdotiques puissent-ils sembler.
Revue d'histoire du XIXe siècle n° 65, 2022/2.





