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N° 507 - Mai 2023 - 1075 - Réforme grégorienne - L'Eglise prend le pouvoir en Occident : De Nuremberg à V13. Les procès filmés [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 98 p. Réforme, disent-ils... L'édito Forum (mai 2023) Forum Le progrès à Toulouse On va en parler On va en parler (mai 2023) On va en parler Les gens (mai 2023) On va en parler La vie de l’édition (mai 2023) On va en parler Aksoum : l'invention d'une ville sainte Événement Trocadéro, 1823 : la France intervient en Espagne Actualité Italie, des bébés à tout prix ACTUALITÉ Inflation, le retour ? Actualité L'interminable affaire Seznec Actualité « Bayadère de carnaval ! » CARTE BLANCHE de Pierre Assouline La réforme grégorienne DOSSIER L'Église et le nouvel ordre du monde DOSSIER Pourquoi les prêtres ne doivent pas se marier DOSSIER Combats et compromis DOSSIER Un renouveau culturel en Occident DOSSIER V13 : un procès pour l'histoire ? L'Atelier des CHERCHEURS Les Juifs, la lettre de change et la foire de Lyon L'Atelier des chercheurs La légende d'Aristide le Juste L'Atelier des chercheurs Coca-Cola : anatomie d'une bouteille Décryptage d'image L'histoire coloniale, côté jardin GUIDE La princesse et la mort GUIDE Croire, c'est faire GUIDE Souffrances humaines GUIDE Vive la sociologie ! GUIDE Comment devenir saint ? GUIDE Vietnamiens ordinaires GUIDE Jean Moulin vivant GUIDE « Les Altérés » GUIDE Sur les traces d'Husayn GUIDE Le « dossier » Pasteur GUIDE Le coût des colonies GUIDE « Russie eurasiatique » GUIDE Histoires pénitentiaires GUIDE Les usages du vampire GUIDE Algérie, la somme bilan GUIDE Le neveu et l'oncle GUIDE De Clovis à Robert le Pieux GUIDE Le nageur d'Auschwitz GUIDE Alpins, 7 000 ans d'histoire GUIDE Les lunettes à la loupe GUIDE Archives de la nature GUIDE Sans-abrisme GUIDE Antiquité-monde GUIDE Racisme institutionnel GUIDE « Sage-femme » de la science GUIDE 1791, scène incandescente GUIDE « Les Fondements géographiques de l'histoire de l'islam » de Xavier de Planhol GUIDE Normandie : les vikings débarquent GUIDE De la guerre à la tolérance GUIDE Dans les musées (mai 2023) GUIDE Des siècles de « Fake news » GUIDE Radio-télé, podcasts (mai 2023) GUIDE Le maître des estampes GUIDE Cavale à l'italienne GUIDE Louis Malle, cinéaste des années sombres GUIDE Langues : Français (fre)
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| HIS | Livres | Bibliothèque HELMo Campus des Coteaux | Histoire | P9792 | Disponible |
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[article]
Titre : L'Edito - Réforme, disent-ils... Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 3 Langues : Français (fre) Mots-clés : réforme évêques église pureté Note de contenu :
Dans le cursus des études d'histoire, c'était souvent tenu pour un sujet ennuyeux : la « querelle des Investitures ». Il y avait bien, pour le pimenter, la scène d'humiliation d'un souverain pieds nus, venu demander au pontife, dans le château de Canossa, la levée de son excommunication. Mais la question de savoir qui, du pape ou de l'empereur, possédait alors la légitimité d'installer les évêques semblait bien poussiéreuse, relevant de l'histoire institutionnelle d'une Église préoccupée, à intervalles réguliers, de faire le ménage parmi ses membres dépravés, accusés de crimes mystérieux (« simonie », « nicolaïsme »).
On voit aujourd'hui les choses autrement. La réforme à laquelle la postérité a accolé le nom du pape Grégoire VII (1073-1085) est évidemment bien plus qu'un coup de balai dans une institution en pleine expansion. En cette fin du XIe siècle, nous dit Florian Mazel, c'est le destin de l'Europe qui bascule. La date de 1075 (en couverture) n'est bien sûr qu'un jalon commode : cette année-là, le Dictatus papae affirme la primauté du pontife, « le seul homme dont tous les princes baisent les pieds ». Mais il y a déjà alors près d'un demi-siècle que des papes énergiques ont pris en main la réforme. Ce sera un big bang.
Comme nous le montre le beau manuscrit du Mont-Cassin (p. 31) figurant une Église couronnée et protectrice, administrant les clercs (à sa droite) et à sa gauche la foule indifférenciée des laïcs, c'est une nouvelle lecture de la société qui se met alors en place. Munie d'une arme (le salut) et d'un bras armé (les évêques), l'Église se donne les moyens d'encadrer la vie des chrétiens, c'est-à-dire de tout le monde, de la naissance (le baptême) à la mort (l'extrême-onction), au long d'années rythmées par une liturgie implacable, dans un espace (la paroisse) organisé autour de l'église (pour les vivants) et du cimetière (pour les morts qui le méritent). Malheur aux autres, Juifs, hérétiques, suicidés ou pécheurs impénitents, condamnés aux tourments éternels.
Dans cette organisation idéale, la sexualité est centrale : aux clercs la chasteté maintenant imposée, le célibat, la pureté des mains seules autorisées à toucher le corps du Christ dans l'eucharistie ; le troupeau des laïcs est voué à la procréation, étroitement limitée cependant au cadre du mariage devenu sacrement, donc indissoluble, et toujours suspecte d'être pécheresse. La confession y veille, fouillant jusqu'aux tréfonds des âmes. Qui dira que cette injonction d'introspection, cette idée de la faute et cette « volonté de savoir » n'ont pas durablement structuré l'Occident ?
Tout cela n'alla pas sans résistances : évêques violentés par des foules assoiffées de pureté ou rebelles défendant à coups de pierres les « honnêtes mariages des prêtres ». Dans la course à la radicalité, tous les dérapages sont possibles. Dominique Barthélemy, qui conteste l'idée d'une révolution totale, nuance la part de la réforme dans les mutations de ces années de braise.
Reste une prise de pouvoir qui transforma une religion, le christianisme, en un nouvel ordre politico-religieux à vocation universelle. Lorsqu'en 1095, devant les évêques réunis à Clermont, le nouveau pape Urbain II appelle à arracher aux infidèles le tombeau du Christ, il est bien devenu, sans armée, du fait de son seul pouvoir spirituel, le chef de la Chrétienté.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 3[article] L'Edito - Réforme, disent-ils... [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 3.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 3
Mots-clés : réforme évêques église pureté Note de contenu :
Dans le cursus des études d'histoire, c'était souvent tenu pour un sujet ennuyeux : la « querelle des Investitures ». Il y avait bien, pour le pimenter, la scène d'humiliation d'un souverain pieds nus, venu demander au pontife, dans le château de Canossa, la levée de son excommunication. Mais la question de savoir qui, du pape ou de l'empereur, possédait alors la légitimité d'installer les évêques semblait bien poussiéreuse, relevant de l'histoire institutionnelle d'une Église préoccupée, à intervalles réguliers, de faire le ménage parmi ses membres dépravés, accusés de crimes mystérieux (« simonie », « nicolaïsme »).
On voit aujourd'hui les choses autrement. La réforme à laquelle la postérité a accolé le nom du pape Grégoire VII (1073-1085) est évidemment bien plus qu'un coup de balai dans une institution en pleine expansion. En cette fin du XIe siècle, nous dit Florian Mazel, c'est le destin de l'Europe qui bascule. La date de 1075 (en couverture) n'est bien sûr qu'un jalon commode : cette année-là, le Dictatus papae affirme la primauté du pontife, « le seul homme dont tous les princes baisent les pieds ». Mais il y a déjà alors près d'un demi-siècle que des papes énergiques ont pris en main la réforme. Ce sera un big bang.
Comme nous le montre le beau manuscrit du Mont-Cassin (p. 31) figurant une Église couronnée et protectrice, administrant les clercs (à sa droite) et à sa gauche la foule indifférenciée des laïcs, c'est une nouvelle lecture de la société qui se met alors en place. Munie d'une arme (le salut) et d'un bras armé (les évêques), l'Église se donne les moyens d'encadrer la vie des chrétiens, c'est-à-dire de tout le monde, de la naissance (le baptême) à la mort (l'extrême-onction), au long d'années rythmées par une liturgie implacable, dans un espace (la paroisse) organisé autour de l'église (pour les vivants) et du cimetière (pour les morts qui le méritent). Malheur aux autres, Juifs, hérétiques, suicidés ou pécheurs impénitents, condamnés aux tourments éternels.
Dans cette organisation idéale, la sexualité est centrale : aux clercs la chasteté maintenant imposée, le célibat, la pureté des mains seules autorisées à toucher le corps du Christ dans l'eucharistie ; le troupeau des laïcs est voué à la procréation, étroitement limitée cependant au cadre du mariage devenu sacrement, donc indissoluble, et toujours suspecte d'être pécheresse. La confession y veille, fouillant jusqu'aux tréfonds des âmes. Qui dira que cette injonction d'introspection, cette idée de la faute et cette « volonté de savoir » n'ont pas durablement structuré l'Occident ?
Tout cela n'alla pas sans résistances : évêques violentés par des foules assoiffées de pureté ou rebelles défendant à coups de pierres les « honnêtes mariages des prêtres ». Dans la course à la radicalité, tous les dérapages sont possibles. Dominique Barthélemy, qui conteste l'idée d'une révolution totale, nuance la part de la réforme dans les mutations de ces années de braise.
Reste une prise de pouvoir qui transforma une religion, le christianisme, en un nouvel ordre politico-religieux à vocation universelle. Lorsqu'en 1095, devant les évêques réunis à Clermont, le nouveau pape Urbain II appelle à arracher aux infidèles le tombeau du Christ, il est bien devenu, sans armée, du fait de son seul pouvoir spirituel, le chef de la Chrétienté.
Forum (mai 2023) in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Forum (mai 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 4 Langues : Français (fre) Mots-clés : forum note Incas révolution archives terre tremblements Note de contenu :
Le retour des Incas :
Notre dossier de mars sur les « Incas. Un empire à 3 000 mètres d'altitude » (L'Histoire n° 505) a suscité de nombreuses réactions - et propositions de compléments. Bruno Léandri s'interroge : « Il est écrit, page 40, qu'en 1533, à Cajamarca, le corps d'Inca Atahualpa a été "déposé dans l'église du village". Comment pouvait-il y avoir déjà une église alors que les conquistadors étaient arrivés dans ce village l'année précédente ? Un an était-il suffisant pour la bâtir ? » Bernard Adloff s'étonne quant à lui du fait que les Incas ne connaissaient pas la roue : « Pourtant les Incas avaient bien construit un réseau de communications sophistiquées, et étaient d'habiles bâtisseurs. Comme quoi, un empire puissant peut avoir son talon d'Achille. » De son côté, Barthélémy Billette de Villemeur a souhaité apporter deux petites précisions : « Page 50, il est question des mines de Potosí et de Huancavelica comme abritant de l'or et de l'argent. Potosí est bien une mine d'argent, mais Huancavelica était une mine de mercure. L'amalgame au mercure permettait en effet d'extraire l'argent du minerai. Par ailleurs, dans les mots clés de la page 53, il y a la définition de créole, qui s'oppose d'après vous à un métropolitain. Ce terme de "métropolitain" est impropre pour le monde hispanique, où l'on parle de "péninsulaire" pour évoquer un Espagnol venant d'Espagne. »
La réponse de la rédaction
Huancavelica était bien une mine de mercure. Vous avez tout à fait raison quant à la définition de créole. Concernant la roue, celle-ci était connue des Incas, mais inutilisée du fait de l'absence d'animal de trait et de la topographie accidentée du relief. Au sujet de la présence d'une église à Cajamarca en 1533, nous avons repris le terme employé dans les chroniques et dans les sources. Il serait certainement plus pertinent de parler de lieu sacré où l'on déposait les morts.
Mauvaise position
Je me permets une micro-remarque concernant l'article « Le scandale Renan » (n° 505, mars 2023). Dans la légende de l'illustration du Petit Journal, il est écrit que la statue de Renan fait face à la cathédrale de Tréguier. Et c'est bien ce qui semble être figuré sur le dessin, la statue apparaissant sur la droite. Or, aujourd'hui, la statue est bien sur la place de la cathédrale, mais pas « face à », car il me semble que la positionner de cette manière aurait été une vraie provocation antireligieuse. Ce qui, pour moi, aurait trahi l'oeuvre de Renan. La position actuelle suggère plutôt que Renan ne regarde pas la cathédrale, mais à côté, au-delà...
Daniel Corvasier
La Terre a toujours tremblé
J'ai lu avec beaucoup d'attention l'article rédigé par Annie Sartre-Fauriat et Maurice Sartre « Comment faire face aux séismes ? » (n° 506, avril 2023). Il me semble qu'il faudrait également citer un livre important sur le sujet, à savoir Quand la terre tremblait, écrit par Emanuela Guidoboni et Jean-Paul Poirier (Odile Jacob, 2004), et retraçant l'histoire des séismes de l'Antiquité jusqu'au Moyen Age. Je recommande particulièrement le troisième chapitre, qui met en avant le savoir et les croyances qu'avaient les contemporains.
Eliott Alfonsi
La Révolution et les archives
Dans le compte rendu sur l'exposition aux Archives nationales (n° 506, avril 2023), la façon dont vous créditez les révolutionnaires de la création des Archives en omettant les destructions considérables des archives royales voulues par ces mêmes révolutionnaires m'a troublé. L'attention portée aux Archives a été majoritairement le fait des régimes qui ont suivi. Il aurait été plus juste de rappeler que le maelström révolutionnaire a certes rassemblé et unifié, mais aux prix de pertes notables.
Olivier Espeisse
La réponse de la rédaction
La destruction (prétendument massive) des archives de l'Ancien Régime par la Révolution est une question lancinante. A l'origine du malentendu : la loi de 1790 qui crée les Archives nationales pour recueillir les documents officiels du présent et de l'avenir, non ceux du passé. Cette mission ne leur est officiellement confiée que sous l'Empire. En réalité, un nombre assez limité de fonds a été volontairement détruit. Le rattachement des archives des institutions centrales aux Archives nationales, dès 1796, a commandé leur conservation, parfois intégrale.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 4[article] Forum (mai 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 4.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 4
Mots-clés : forum note Incas révolution archives terre tremblements Note de contenu :
Le retour des Incas :
Notre dossier de mars sur les « Incas. Un empire à 3 000 mètres d'altitude » (L'Histoire n° 505) a suscité de nombreuses réactions - et propositions de compléments. Bruno Léandri s'interroge : « Il est écrit, page 40, qu'en 1533, à Cajamarca, le corps d'Inca Atahualpa a été "déposé dans l'église du village". Comment pouvait-il y avoir déjà une église alors que les conquistadors étaient arrivés dans ce village l'année précédente ? Un an était-il suffisant pour la bâtir ? » Bernard Adloff s'étonne quant à lui du fait que les Incas ne connaissaient pas la roue : « Pourtant les Incas avaient bien construit un réseau de communications sophistiquées, et étaient d'habiles bâtisseurs. Comme quoi, un empire puissant peut avoir son talon d'Achille. » De son côté, Barthélémy Billette de Villemeur a souhaité apporter deux petites précisions : « Page 50, il est question des mines de Potosí et de Huancavelica comme abritant de l'or et de l'argent. Potosí est bien une mine d'argent, mais Huancavelica était une mine de mercure. L'amalgame au mercure permettait en effet d'extraire l'argent du minerai. Par ailleurs, dans les mots clés de la page 53, il y a la définition de créole, qui s'oppose d'après vous à un métropolitain. Ce terme de "métropolitain" est impropre pour le monde hispanique, où l'on parle de "péninsulaire" pour évoquer un Espagnol venant d'Espagne. »
La réponse de la rédaction
Huancavelica était bien une mine de mercure. Vous avez tout à fait raison quant à la définition de créole. Concernant la roue, celle-ci était connue des Incas, mais inutilisée du fait de l'absence d'animal de trait et de la topographie accidentée du relief. Au sujet de la présence d'une église à Cajamarca en 1533, nous avons repris le terme employé dans les chroniques et dans les sources. Il serait certainement plus pertinent de parler de lieu sacré où l'on déposait les morts.
Mauvaise position
Je me permets une micro-remarque concernant l'article « Le scandale Renan » (n° 505, mars 2023). Dans la légende de l'illustration du Petit Journal, il est écrit que la statue de Renan fait face à la cathédrale de Tréguier. Et c'est bien ce qui semble être figuré sur le dessin, la statue apparaissant sur la droite. Or, aujourd'hui, la statue est bien sur la place de la cathédrale, mais pas « face à », car il me semble que la positionner de cette manière aurait été une vraie provocation antireligieuse. Ce qui, pour moi, aurait trahi l'oeuvre de Renan. La position actuelle suggère plutôt que Renan ne regarde pas la cathédrale, mais à côté, au-delà...
Daniel Corvasier
La Terre a toujours tremblé
J'ai lu avec beaucoup d'attention l'article rédigé par Annie Sartre-Fauriat et Maurice Sartre « Comment faire face aux séismes ? » (n° 506, avril 2023). Il me semble qu'il faudrait également citer un livre important sur le sujet, à savoir Quand la terre tremblait, écrit par Emanuela Guidoboni et Jean-Paul Poirier (Odile Jacob, 2004), et retraçant l'histoire des séismes de l'Antiquité jusqu'au Moyen Age. Je recommande particulièrement le troisième chapitre, qui met en avant le savoir et les croyances qu'avaient les contemporains.
Eliott Alfonsi
La Révolution et les archives
Dans le compte rendu sur l'exposition aux Archives nationales (n° 506, avril 2023), la façon dont vous créditez les révolutionnaires de la création des Archives en omettant les destructions considérables des archives royales voulues par ces mêmes révolutionnaires m'a troublé. L'attention portée aux Archives a été majoritairement le fait des régimes qui ont suivi. Il aurait été plus juste de rappeler que le maelström révolutionnaire a certes rassemblé et unifié, mais aux prix de pertes notables.
Olivier Espeisse
La réponse de la rédaction
La destruction (prétendument massive) des archives de l'Ancien Régime par la Révolution est une question lancinante. A l'origine du malentendu : la loi de 1790 qui crée les Archives nationales pour recueillir les documents officiels du présent et de l'avenir, non ceux du passé. Cette mission ne leur est officiellement confiée que sous l'Empire. En réalité, un nombre assez limité de fonds a été volontairement détruit. Le rattachement des archives des institutions centrales aux Archives nationales, dès 1796, a commandé leur conservation, parfois intégrale.
On va en parler - Le progrès à Toulouse in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : On va en parler - Le progrès à Toulouse Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 6 Langues : Français (fre) Mots-clés : Toulouse histoire science festival Note de contenu :
« Il était une fois le progrès ». Sous ce titre délibérément provocateur, le festival toulousain L'histoire à venir, désormais bien installé dans le paysage historique - c'est sa 6e édition -, pose des questions taraudantes : le progrès est-il toujours positif et souhaitable ? Le progrès d'une époque n'est-il pas parfois la catastrophe de la suivante ?
Toutes les sciences sociales, mais aussi des sciences « dures », sont convoquées pour examiner les différentes facettes d'un terme polysémique, grâce à des tables rondes, ainsi que des ateliers ou des visites.
Avec L'Histoire, on retrouvera notamment - en partenariat avec le Collège de France - Antoine Lilti, titulaire de la chaire « Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle » au Collège de France, Catherine Rideau-Kikuchi, spécialiste des débuts de l'imprimerie en Europe, et Stéphane Van Damme, qui enseigne l'histoire des sciences à l'École normale supérieure, pour une table ronde « De la boussole à la machine à vapeur : un palmarès du progrès ? ». Et encore François Jarrige pour « On arrête (parfois) le progrès ».
Le programme des 90 manifestations scientifiques et festives à retrouver lhistoireavenir.eu.
L'histoire à venir du 24 au 28 mai à Toulouse.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 6[article] On va en parler - Le progrès à Toulouse [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 6.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 6
Mots-clés : Toulouse histoire science festival Note de contenu :
« Il était une fois le progrès ». Sous ce titre délibérément provocateur, le festival toulousain L'histoire à venir, désormais bien installé dans le paysage historique - c'est sa 6e édition -, pose des questions taraudantes : le progrès est-il toujours positif et souhaitable ? Le progrès d'une époque n'est-il pas parfois la catastrophe de la suivante ?
Toutes les sciences sociales, mais aussi des sciences « dures », sont convoquées pour examiner les différentes facettes d'un terme polysémique, grâce à des tables rondes, ainsi que des ateliers ou des visites.
Avec L'Histoire, on retrouvera notamment - en partenariat avec le Collège de France - Antoine Lilti, titulaire de la chaire « Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle » au Collège de France, Catherine Rideau-Kikuchi, spécialiste des débuts de l'imprimerie en Europe, et Stéphane Van Damme, qui enseigne l'histoire des sciences à l'École normale supérieure, pour une table ronde « De la boussole à la machine à vapeur : un palmarès du progrès ? ». Et encore François Jarrige pour « On arrête (parfois) le progrès ».
Le programme des 90 manifestations scientifiques et festives à retrouver lhistoireavenir.eu.
L'histoire à venir du 24 au 28 mai à Toulouse.
On va en parler (mai 2023) in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : On va en parler (mai 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : expos mai 2023 France Note de contenu :
Gengis Khan
L’EXPO (ENFIN) !
Annoncée pour 2021 et annulée après une intervention des autorités chinoises, l'exposition consacrée à Gengis Khan se tient du 14 octobre 2023 au 5 mai 2024 au château des ducs de Bretagne-musée d'Histoire de Nantes, sous le commissariat de Marie Favereau, Jean-Paul Desroches et Bertrand Guillet. Le titre annonce la couleur : « Gengis Khan. Les Mongols ont changé le monde ». Des mots interdits par la Chine. Le musée de Mongolie-Intérieure de Hohhot, en Chine, a refusé le prêt de 225 pièces. Le nouveau musée Gengis-Khan, ouvert le 11 octobre 2022 à Oulan-Bator, en Mongolie, en enverra d'aussi précieuses.
Genève
HISTOIRE ET CITÉ
La 9e édition du festival, qui se déroulera du 16 au 21 avril 2024 à Genève, Lausanne et Neuchâtel, aura pour thème : « La rue ».
Acadie
LA LANGUE EN JEU
La seule université acadienne du Nouveau-Brunswick porte le nom, sans le k, du général britannique Monckton, responsable du Grand Dérangement de 1755, soit la déportation de milliers de colons français. Autour de Jean-Marie Nadeau, une pétition a été lancée pour qu'un nouveau nom réaffirme les valeurs positives de l'Acadie et de la francophonie.
Besançon
ART DES DÉPORTÉS
Le musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon rouvre le 8 septembre 2023. Dans la citadelle, plus de 100 résistants furent exécutés sous l'Occupation. Le fonds d'art en déportation regroupe 600 dessins, petites peintures et statuettes réalisés clandestinement.
Renseignement
ON RECRUTE !
Le Centre français de recherche sur le Renseignement (CF2R) lance un appel à contributions pour le cinquième tome de son Histoire mondiale du renseignement. Date limite : 15 octobre 2023. Renseignements.
Marseille
VOYAGES EN UTOPIES
Tel sera le thème de la 4e édition du festival de sciences sociales Allez savoir organisé par l'EHESS et la Ville de Marseille du 20 au 24 septembre 2023 ; 60 manifestations libres et gratuites invitent à réfléchir aux valeurs des utopies.
Pour en savoir plus.
Prix d’histoire du Sénat
LES FINALISTES SONT
Un monde sans ressources de Mathieu Arnoux (Albin Michel), Les Illuminati de Pierre-Yves Beaurepaire (Tallandier) et Stupéfiant Moyen-Orient de Jean-Pierre Filiu (Seuil). Les comptes rendus des ouvrages finalistes du 21e prix du Sénat du livre d'histoire sont en ligne sur le site de L’Histoire.
Le vainqueur recevra son prix le 20 juin.
Agenda
9 et 23 mai
Paris, centre Malher
Dans le cadre du cycle « Histoire de l’art européen au XVIe siècle », Philippe Sénéchal évoque « L’essor de la sculpture en bronze » (le 9) et Thierry Crépin-Leblond analyse « Les grands décors » (le 23).
11-12 mai
Pais, Institut de France Sorbonne et Société de géographie
« Pierre Loti écrivain et voyageur », un colloque international avec notamment Hervé Duchêne.
12-14 mai
Paris, Institut du monde arabe
Lors des Journées de l’histoire de l’IMA, L’Histoire organise une table ronde intitulée « La « bédouinisation » du monde islamique après l’an 1000 : comment le pastoralisme a bouleversé les paysages du Proche- et du Moyen-Orient ». Avec Maël Crépy, Simon Dorso et Camille Rhoné-Quer.
15 et 22 mai
Paris, Sorbonne
L’Association des historiens invite, dans son cycle « Anatomie de l’Europe moderne », Laurent Tatarenko pour « L’Europe orientale et slave au XVIe siècle » (le 15) et Évelyne Oliel-Grausz pour « Les Juifs dans l’Europe du XVIe siècle » (le 22).
23-26 mai
Toulouse, université Jean-Jaurès
147e congrès du Comité des travaux historiques et scientifiques (CHTS).
Renseignements.
24-26 mai
Nancy, université, site Libération
« Les évêques en leur monde : réseaux, communautés, influences, X-XIIIe siècle » avec Véronique Gazeau, Jacques Péricard, Thierry Pécout.
1er juin
Paris, Centre Pierre-Mendès-France
« Industrie, développement et souveraineté » avec Élias Burgel, Patrick Fridenson et Pascal Griset.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 8[article] On va en parler (mai 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 8
Mots-clés : expos mai 2023 France Note de contenu :
Gengis Khan
L’EXPO (ENFIN) !
Annoncée pour 2021 et annulée après une intervention des autorités chinoises, l'exposition consacrée à Gengis Khan se tient du 14 octobre 2023 au 5 mai 2024 au château des ducs de Bretagne-musée d'Histoire de Nantes, sous le commissariat de Marie Favereau, Jean-Paul Desroches et Bertrand Guillet. Le titre annonce la couleur : « Gengis Khan. Les Mongols ont changé le monde ». Des mots interdits par la Chine. Le musée de Mongolie-Intérieure de Hohhot, en Chine, a refusé le prêt de 225 pièces. Le nouveau musée Gengis-Khan, ouvert le 11 octobre 2022 à Oulan-Bator, en Mongolie, en enverra d'aussi précieuses.
Genève
HISTOIRE ET CITÉ
La 9e édition du festival, qui se déroulera du 16 au 21 avril 2024 à Genève, Lausanne et Neuchâtel, aura pour thème : « La rue ».
Acadie
LA LANGUE EN JEU
La seule université acadienne du Nouveau-Brunswick porte le nom, sans le k, du général britannique Monckton, responsable du Grand Dérangement de 1755, soit la déportation de milliers de colons français. Autour de Jean-Marie Nadeau, une pétition a été lancée pour qu'un nouveau nom réaffirme les valeurs positives de l'Acadie et de la francophonie.
Besançon
ART DES DÉPORTÉS
Le musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon rouvre le 8 septembre 2023. Dans la citadelle, plus de 100 résistants furent exécutés sous l'Occupation. Le fonds d'art en déportation regroupe 600 dessins, petites peintures et statuettes réalisés clandestinement.
Renseignement
ON RECRUTE !
Le Centre français de recherche sur le Renseignement (CF2R) lance un appel à contributions pour le cinquième tome de son Histoire mondiale du renseignement. Date limite : 15 octobre 2023. Renseignements.
Marseille
VOYAGES EN UTOPIES
Tel sera le thème de la 4e édition du festival de sciences sociales Allez savoir organisé par l'EHESS et la Ville de Marseille du 20 au 24 septembre 2023 ; 60 manifestations libres et gratuites invitent à réfléchir aux valeurs des utopies.
Pour en savoir plus.
Prix d’histoire du Sénat
LES FINALISTES SONT
Un monde sans ressources de Mathieu Arnoux (Albin Michel), Les Illuminati de Pierre-Yves Beaurepaire (Tallandier) et Stupéfiant Moyen-Orient de Jean-Pierre Filiu (Seuil). Les comptes rendus des ouvrages finalistes du 21e prix du Sénat du livre d'histoire sont en ligne sur le site de L’Histoire.
Le vainqueur recevra son prix le 20 juin.
Agenda
9 et 23 mai
Paris, centre Malher
Dans le cadre du cycle « Histoire de l’art européen au XVIe siècle », Philippe Sénéchal évoque « L’essor de la sculpture en bronze » (le 9) et Thierry Crépin-Leblond analyse « Les grands décors » (le 23).
11-12 mai
Pais, Institut de France Sorbonne et Société de géographie
« Pierre Loti écrivain et voyageur », un colloque international avec notamment Hervé Duchêne.
12-14 mai
Paris, Institut du monde arabe
Lors des Journées de l’histoire de l’IMA, L’Histoire organise une table ronde intitulée « La « bédouinisation » du monde islamique après l’an 1000 : comment le pastoralisme a bouleversé les paysages du Proche- et du Moyen-Orient ». Avec Maël Crépy, Simon Dorso et Camille Rhoné-Quer.
15 et 22 mai
Paris, Sorbonne
L’Association des historiens invite, dans son cycle « Anatomie de l’Europe moderne », Laurent Tatarenko pour « L’Europe orientale et slave au XVIe siècle » (le 15) et Évelyne Oliel-Grausz pour « Les Juifs dans l’Europe du XVIe siècle » (le 22).
23-26 mai
Toulouse, université Jean-Jaurès
147e congrès du Comité des travaux historiques et scientifiques (CHTS).
Renseignements.
24-26 mai
Nancy, université, site Libération
« Les évêques en leur monde : réseaux, communautés, influences, X-XIIIe siècle » avec Véronique Gazeau, Jacques Péricard, Thierry Pécout.
1er juin
Paris, Centre Pierre-Mendès-France
« Industrie, développement et souveraineté » avec Élias Burgel, Patrick Fridenson et Pascal Griset.
On va en parler - Les gens (mai 2023) in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : On va en parler - Les gens (mai 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : gens mai 2023 France prix Note de contenu : Maurice Sartre
En Italie
Il reçoit le Premio Cherasco Storia le 19 mai à Cherasco, dans le Piémont.
Patrick Mallet et Paul Marcel
Prix Annie-Peysson
Le prix Annie-Peysson de la BD antiquisante les récompense pour Toutankhamon. L'Odyssée d'Howard Carter (Les Arènes BD, 2022).
Emmanuel Coquery
A la BNF
Il devient directeur du développement culturel et du musée de la BNF à compter du 22 mai.
Romain Castellesi et Claire-Lise Gaillard
Prix jeune chercheur
L'association Historiennes et historiens du contemporain (H2C) a décerné son prix à Romain Castellesi, pour « "Ils détruisent notre vie, ils cassent nos usines". Désindustrialisation et (dé)mobilisations ouvrières à Romans et Autun, 1949-2017 », publié dans 20 & 21. Revue d'histoire, et à Claire-Lise Gaillard, pour « Dans les coulisses d'une agence matrimoniale. Paris, 1842-1847 », publié dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine.
Marie Lavandier
Présidente du CMV
Directrice du Louvre-Lens depuis 2016, elle prend la tête du Centre des monuments nationaux.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 8[article] On va en parler - Les gens (mai 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 8
Mots-clés : gens mai 2023 France prix Note de contenu : Maurice Sartre
En Italie
Il reçoit le Premio Cherasco Storia le 19 mai à Cherasco, dans le Piémont.
Patrick Mallet et Paul Marcel
Prix Annie-Peysson
Le prix Annie-Peysson de la BD antiquisante les récompense pour Toutankhamon. L'Odyssée d'Howard Carter (Les Arènes BD, 2022).
Emmanuel Coquery
A la BNF
Il devient directeur du développement culturel et du musée de la BNF à compter du 22 mai.
Romain Castellesi et Claire-Lise Gaillard
Prix jeune chercheur
L'association Historiennes et historiens du contemporain (H2C) a décerné son prix à Romain Castellesi, pour « "Ils détruisent notre vie, ils cassent nos usines". Désindustrialisation et (dé)mobilisations ouvrières à Romans et Autun, 1949-2017 », publié dans 20 & 21. Revue d'histoire, et à Claire-Lise Gaillard, pour « Dans les coulisses d'une agence matrimoniale. Paris, 1842-1847 », publié dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine.
Marie Lavandier
Présidente du CMV
Directrice du Louvre-Lens depuis 2016, elle prend la tête du Centre des monuments nationaux.
On va en parler - La vie de l’édition (mai 2023) in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : On va en parler - La vie de l’édition (mai 2023) Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 8 Langues : Français (fre) Mots-clés : édition mai 2023 Note de contenu :
Réponse à tout
Pourquoi l'esclave Zamor fit-il guillotiner sa maîtresse sous la Révolution ? Pourquoi Léon Blum voulut-il créer l'ENA ? Au total, 82 questions (et leurs réponses) qui résonnent avec l'actualité rassemblées dans Le Pourquoi du comment. Mieux vivre grâce à l'histoire, de Gérard Noiriel chez Michel Lafon-France Culture. Le livre reprend le podcast à succès que l'historien a conçu pour l'émission de Xavier Mauduit « Le Cours de l'histoire » sur France Culture.
Sciences humaines en BD
La collection « La Découverte-Delcourt », dirigée par Sylvain Venayre, se propose de décrire et d'expliquer notre société en bande dessinée. Histoire, anthropologie, sociologie, économie et autres sciences humaines et sociales y trouveront place. Parmi les premiers titres, Cerveaux augmentés (humanité diminuée ?), du philosophe Miguel Benasayag mis en images par Thierry Murat, Le Genre du capital des sociologues Céline Bessière et Sibylle Gollac, dessinée par Jeanne Puchol.
Livre en ligne
Le livre en ligne Le Goût de l'archive à l'ère numérique, expérimentation d'une écriture en public, itérative, discutée, aujourd'hui riche de 21 chapitres, vient de recevoir son point final.
Pour en savoir plus.
Jankélévitch : l’honneur de L’Herne
Les prestigieux Cahiers de L'Herne consacrent leurs 296 pages à Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe, écrivain, pianiste, musicologue, résistant, témoin et victime de la Seconde Guerre mondiale, auteur de La Mort (1966) ou de Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien (1980).
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 8[article] On va en parler - La vie de l’édition (mai 2023) [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 8.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 8
Mots-clés : édition mai 2023 Note de contenu :
Réponse à tout
Pourquoi l'esclave Zamor fit-il guillotiner sa maîtresse sous la Révolution ? Pourquoi Léon Blum voulut-il créer l'ENA ? Au total, 82 questions (et leurs réponses) qui résonnent avec l'actualité rassemblées dans Le Pourquoi du comment. Mieux vivre grâce à l'histoire, de Gérard Noiriel chez Michel Lafon-France Culture. Le livre reprend le podcast à succès que l'historien a conçu pour l'émission de Xavier Mauduit « Le Cours de l'histoire » sur France Culture.
Sciences humaines en BD
La collection « La Découverte-Delcourt », dirigée par Sylvain Venayre, se propose de décrire et d'expliquer notre société en bande dessinée. Histoire, anthropologie, sociologie, économie et autres sciences humaines et sociales y trouveront place. Parmi les premiers titres, Cerveaux augmentés (humanité diminuée ?), du philosophe Miguel Benasayag mis en images par Thierry Murat, Le Genre du capital des sociologues Céline Bessière et Sibylle Gollac, dessinée par Jeanne Puchol.
Livre en ligne
Le livre en ligne Le Goût de l'archive à l'ère numérique, expérimentation d'une écriture en public, itérative, discutée, aujourd'hui riche de 21 chapitres, vient de recevoir son point final.
Pour en savoir plus.
Jankélévitch : l’honneur de L’Herne
Les prestigieux Cahiers de L'Herne consacrent leurs 296 pages à Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe, écrivain, pianiste, musicologue, résistant, témoin et victime de la Seconde Guerre mondiale, auteur de La Mort (1966) ou de Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien (1980).
Evénement - Aksoum : l'invention d'une ville sainte / Bertrand Hirsch in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Evénement - Aksoum : l'invention d'une ville sainte Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Bertrand Hirsch, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 12-19 Langues : Français (fre) Mots-clés : ville sainte Aksoum Ethiopie règne Note de contenu :
Aksoum apparaît aujourd'hui comme une modeste ville du Tigré, région d'Éthiopie en proie à la guerre civile. Mais elle fut au coeur d'un royaume antique au bord de la mer Rouge, où, dit la légende, ont été conservées les tables de la Loi. Retour sur l'histoire d'un nom devenu une pièce centrale du récit national éthiopien, né au XVe siècle et qui s'est cristallisé au XIXe siècle.
Début novembre 2022, le cessez-le-feu conclu à Pretoria, en Afrique du Sud, par l'Éthiopie et le Front populaire de libération du Tigré (FPLT) a permis d'entamer un fragile processus de paix destiné à mettre un terme à deux ans de guerre dans la région du Tigré, logée au nord du pays à la frontière avec l'Érythrée et dont Aksoum, avec 50 000 habitants, est l'une des villes.
L'origine du conflit remonte à 1991, lorsque la dictature militaire alliée à Moscou, connue sous le nom de Derg, avait été chassée par une rébellion dirigée par ce même FPLT, avec le soutien du Front populaire de libération de l'Érythrée (FPLE), deux mouvements très proches issus de la guérilla et partageant la même idéologie « révolutionnaire ». Le FPLT tigréen avait alors pris le pouvoir en Éthiopie pour le conserver pendant presque trente ans, tandis que le FPLE dirigeait une Érythrée indépendante depuis 1993. Devenus les maîtres incontestés de ces deux pays souverains, les anciens com ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 12-19[article] Evénement - Aksoum : l'invention d'une ville sainte [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Bertrand Hirsch, Auteur . - 2023 . - p. 12-19.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 12-19
Mots-clés : ville sainte Aksoum Ethiopie règne Note de contenu :
Aksoum apparaît aujourd'hui comme une modeste ville du Tigré, région d'Éthiopie en proie à la guerre civile. Mais elle fut au coeur d'un royaume antique au bord de la mer Rouge, où, dit la légende, ont été conservées les tables de la Loi. Retour sur l'histoire d'un nom devenu une pièce centrale du récit national éthiopien, né au XVe siècle et qui s'est cristallisé au XIXe siècle.
Début novembre 2022, le cessez-le-feu conclu à Pretoria, en Afrique du Sud, par l'Éthiopie et le Front populaire de libération du Tigré (FPLT) a permis d'entamer un fragile processus de paix destiné à mettre un terme à deux ans de guerre dans la région du Tigré, logée au nord du pays à la frontière avec l'Érythrée et dont Aksoum, avec 50 000 habitants, est l'une des villes.
L'origine du conflit remonte à 1991, lorsque la dictature militaire alliée à Moscou, connue sous le nom de Derg, avait été chassée par une rébellion dirigée par ce même FPLT, avec le soutien du Front populaire de libération de l'Érythrée (FPLE), deux mouvements très proches issus de la guérilla et partageant la même idéologie « révolutionnaire ». Le FPLT tigréen avait alors pris le pouvoir en Éthiopie pour le conserver pendant presque trente ans, tandis que le FPLE dirigeait une Érythrée indépendante depuis 1993. Devenus les maîtres incontestés de ces deux pays souverains, les anciens com ...
Evénement - Trocadéro, 1823 : la France intervient en Espagne / Sylvain Veynare in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Evénement - Trocadéro, 1823 : la France intervient en Espagne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sylvain Veynare, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 20-21 Langues : Français (fre) Mots-clés : Trocadéro rassemblement France guerre territoire Espagne Note de contenu : Pour mettre fin à l'expérience libérale espagnole, les troupes françaises sont chargées de rétablir l'ordre de l'autre côté des Pyrénées.
On se souvient peut-être qu'en 2022 le candidat à l'élection présidentielle Éric Zemmour organisait un rassemblement sur la place du Trocadéro, comme François Fillon en 2017 et Nicolas Sarkozy en 2012. Tout se passe comme si, en ce début du XXIe siècle, le Trocadéro remplaçait la Concorde en tant que symbole de la droite à Paris.
Rien d'étonnant, dira-t-on. Tirant son nom de la victoire militaire des « cent mille fils de Saint Louis », commandés par le duc d'Angoulême, neveu de Louis XVIII et fils du futur Charles X, cependant que Chateaubriand était ministre des Affaires étrangères, le Trocadéro n'est-il pas un souvenir réactionnaire ? Une continuité s'établirait entre l'expédition d'Espagne de 1823 et le virage politique actuel d'une partie de la droite.
Oui et non. L'expédition d'Espagne, qui avait pour première cause la volonté des puissances européennes de rétablir le pouvoir du roi Ferdinand VII, était certes très éloignée des principe ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 20-21[article] Evénement - Trocadéro, 1823 : la France intervient en Espagne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sylvain Veynare, Auteur . - 2023 . - p. 20-21.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 20-21
Mots-clés : Trocadéro rassemblement France guerre territoire Espagne Note de contenu : Pour mettre fin à l'expérience libérale espagnole, les troupes françaises sont chargées de rétablir l'ordre de l'autre côté des Pyrénées.
On se souvient peut-être qu'en 2022 le candidat à l'élection présidentielle Éric Zemmour organisait un rassemblement sur la place du Trocadéro, comme François Fillon en 2017 et Nicolas Sarkozy en 2012. Tout se passe comme si, en ce début du XXIe siècle, le Trocadéro remplaçait la Concorde en tant que symbole de la droite à Paris.
Rien d'étonnant, dira-t-on. Tirant son nom de la victoire militaire des « cent mille fils de Saint Louis », commandés par le duc d'Angoulême, neveu de Louis XVIII et fils du futur Charles X, cependant que Chateaubriand était ministre des Affaires étrangères, le Trocadéro n'est-il pas un souvenir réactionnaire ? Une continuité s'établirait entre l'expédition d'Espagne de 1823 et le virage politique actuel d'une partie de la droite.
Oui et non. L'expédition d'Espagne, qui avait pour première cause la volonté des puissances européennes de rétablir le pouvoir du roi Ferdinand VII, était certes très éloignée des principe ...
Actualité : Italie, des bébés à tout prix / Chloé La Barre, de in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Actualité : Italie, des bébés à tout prix Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Chloé La Barre, de, Auteur ; Gilles Narcy, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 22-23 Langues : Français (fre) Mots-clés : Italie natalité démographie extinction génération Note de contenu :
L’arrivée au pouvoir de la droite de Giorgia Meloni en octobre 2022 a marqué le retour de la question démographique. Son discours nataliste révèle des angoisses identitaires anciennes.
Le gouvernement de Giorgia Meloni a choisi de rebaptiser le ministère de l’Égalité des chances et de la Famille en ministère « de la Famille, de la Natalité et de l’Égalité des chances ». Un triptyque qui en dit long sur les préoccupations de la coalition au pouvoir, la plus à droite de l’histoire de l’Italie républicaine. L’Italie est confrontée à un déclin démographique : en 2021, le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,25, contre 1,83 en France. Le Sud, dont les familles nombreuses ont longtemps compensé la faible natalité du Nord, est le plus durement atteint par le phénomène : les naissances ont chuté de 9,7 % dans la province de Naples entre 2002 et 2022. Le différentiel entre les morts et les naissances était supérieur à 300 000 en 2021. Depuis 2014, le solde migratoire positif ne permet plus de compenser ces pertes : seulement 157 000 habitants supplémentaires en 2021 [1].
Pour parer à ce que le sociologue Henri Mendras ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 22-23[article] Actualité : Italie, des bébés à tout prix [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Chloé La Barre, de, Auteur ; Gilles Narcy, Auteur . - 2023 . - p. 22-23.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 22-23
Mots-clés : Italie natalité démographie extinction génération Note de contenu :
L’arrivée au pouvoir de la droite de Giorgia Meloni en octobre 2022 a marqué le retour de la question démographique. Son discours nataliste révèle des angoisses identitaires anciennes.
Le gouvernement de Giorgia Meloni a choisi de rebaptiser le ministère de l’Égalité des chances et de la Famille en ministère « de la Famille, de la Natalité et de l’Égalité des chances ». Un triptyque qui en dit long sur les préoccupations de la coalition au pouvoir, la plus à droite de l’histoire de l’Italie républicaine. L’Italie est confrontée à un déclin démographique : en 2021, le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,25, contre 1,83 en France. Le Sud, dont les familles nombreuses ont longtemps compensé la faible natalité du Nord, est le plus durement atteint par le phénomène : les naissances ont chuté de 9,7 % dans la province de Naples entre 2002 et 2022. Le différentiel entre les morts et les naissances était supérieur à 300 000 en 2021. Depuis 2014, le solde migratoire positif ne permet plus de compenser ces pertes : seulement 157 000 habitants supplémentaires en 2021 [1].
Pour parer à ce que le sociologue Henri Mendras ...
Actualité : Inflation, le retour ? / Michel-Pierre Chelini in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Actualité : Inflation, le retour ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel-Pierre Chelini, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 24-25 Langues : Français (fre) Mots-clés : inflation hausse prix guerre Rentenmark Note de contenu : Alors qu'on la pensait disparue depuis plus d'une génération, l'inflation a refait son apparition en 2021. Retour sur un phénomène qui fut chronique au XXe siècle.
L'année 2021 a marqué un retour de l'inflation dans le monde. Après quarante ans de relative stabilité, les prix sont repartis à la hausse, renouant avec une tendance forte du siècle dernier. Car si le XIXe siècle fut peu inflationniste, le XXe le fut de deux manières. L'une, tendancielle, accompagne en bruit de fond la croissance mondiale entre 1900 et 2000 (2 % par an en moyenne), l'autre surgit comme des phases éruptives de moyenne durée.
Cette hausse s'explique en large partie par les grands conflits militaires. A l'échelle planétaire, les deux périodes les plus inflationnistes ont entouré les deux guerres mondiales : de 1914 à 1926 pour la Première, et de 1936 au début des années 1950 pour la Seconde. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont eu un effet inflationniste bien moindre. Ainsi, en France, les prix ont été multipliés par 7 entre 1914 et 1926, par 25 entre 1936 et 1952, mais seulement par 3 entre 1973 et 1983. A eux seuls, ces trois épisodes re ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 24-25[article] Actualité : Inflation, le retour ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel-Pierre Chelini, Auteur . - 2023 . - p. 24-25.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 24-25
Mots-clés : inflation hausse prix guerre Rentenmark Note de contenu : Alors qu'on la pensait disparue depuis plus d'une génération, l'inflation a refait son apparition en 2021. Retour sur un phénomène qui fut chronique au XXe siècle.
L'année 2021 a marqué un retour de l'inflation dans le monde. Après quarante ans de relative stabilité, les prix sont repartis à la hausse, renouant avec une tendance forte du siècle dernier. Car si le XIXe siècle fut peu inflationniste, le XXe le fut de deux manières. L'une, tendancielle, accompagne en bruit de fond la croissance mondiale entre 1900 et 2000 (2 % par an en moyenne), l'autre surgit comme des phases éruptives de moyenne durée.
Cette hausse s'explique en large partie par les grands conflits militaires. A l'échelle planétaire, les deux périodes les plus inflationnistes ont entouré les deux guerres mondiales : de 1914 à 1926 pour la Première, et de 1936 au début des années 1950 pour la Seconde. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont eu un effet inflationniste bien moindre. Ainsi, en France, les prix ont été multipliés par 7 entre 1914 et 1926, par 25 entre 1936 et 1952, mais seulement par 3 entre 1973 et 1983. A eux seuls, ces trois épisodes re ...
Actualité : L'interminable affaire Seznec / Michel Pierre in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Actualité : L'interminable affaire Seznec Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Michel Pierre, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 26-27 Langues : Français (fre) Mots-clés : affaire Seznec verdict disparition procès Note de contenu :
Depuis 1923, l'affaire Seznec a enfiévré les imaginations et passionné les médias au point de perdre tout lien avec une réalité qu'il n'est pas inutile de rappeler.
Tout commence le 25 mai 1923 entre Rennes et Paris. Pierre Quéméneur, négociant à Landerneau et conseiller général de Sizun, et Guillaume Seznec, maître de scierie à Morlaix, vont vendre à la capitale une Cadillac issue des stocks américains laissés en France après la victoire de 1918.
Le 28 mai au matin, Seznec rentre seul à Morlaix au volant du véhicule. Début juin, sans nouvelle, la soeur de Quéméneur se rend auprès de Seznec qui lui explique avoir laissé son frère au soir du 25 en gare de Dreux d'où il voulait prendre un train pour Paris. Les jours passent et Quéméneur ne réapparaît pas. Un télégramme déposé dans un bureau de poste du Havre le 13 juin, précisant « Ne rentrerai Landerneau que dans quelques jours, tout va pour le mieux », ne rassure pas la famille du disparu car il est signé « Quéméneur » et non de son prénom comme il avait l'usage de le faire.
L'inquiétude augmente lorsque sa valise est retrouvée à la gare du Havre le 20 ju ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 26-27[article] Actualité : L'interminable affaire Seznec [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Michel Pierre, Auteur . - 2023 . - p. 26-27.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 26-27
Mots-clés : affaire Seznec verdict disparition procès Note de contenu :
Depuis 1923, l'affaire Seznec a enfiévré les imaginations et passionné les médias au point de perdre tout lien avec une réalité qu'il n'est pas inutile de rappeler.
Tout commence le 25 mai 1923 entre Rennes et Paris. Pierre Quéméneur, négociant à Landerneau et conseiller général de Sizun, et Guillaume Seznec, maître de scierie à Morlaix, vont vendre à la capitale une Cadillac issue des stocks américains laissés en France après la victoire de 1918.
Le 28 mai au matin, Seznec rentre seul à Morlaix au volant du véhicule. Début juin, sans nouvelle, la soeur de Quéméneur se rend auprès de Seznec qui lui explique avoir laissé son frère au soir du 25 en gare de Dreux d'où il voulait prendre un train pour Paris. Les jours passent et Quéméneur ne réapparaît pas. Un télégramme déposé dans un bureau de poste du Havre le 13 juin, précisant « Ne rentrerai Landerneau que dans quelques jours, tout va pour le mieux », ne rassure pas la famille du disparu car il est signé « Quéméneur » et non de son prénom comme il avait l'usage de le faire.
L'inquiétude augmente lorsque sa valise est retrouvée à la gare du Havre le 20 ju ...
Dossier : La réforme grégorienne in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Dossier : La réforme grégorienne Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 28-57 Langues : Français (fre) Mots-clés : réforme grégorienne église pouvoir mouvement Grégoire VII Note de contenu : Comment l'Église a pris le pouvoir en Occident
Ce mouvement, dont le nom est forgé sur celui du pape Grégoire VII (1073-1085), aboutit à une transformation de l'Église, qui s'autonomise du pouvoir temporel au XIe-XIIe siècle. Mais il ne se limite pas à une réforme de l'institution. En opérant une nette distinction entre les clercs (qui doivent renoncer à toute sexualité) et les laïcs (voués au mariage et à la procréation), l'Église prend le contrôle de la société. Non sans résistances. C'est un nouveau Moyen Age qui s'ouvre.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 28-57[article] Dossier : La réforme grégorienne [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 28-57.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 28-57
Mots-clés : réforme grégorienne église pouvoir mouvement Grégoire VII Note de contenu : Comment l'Église a pris le pouvoir en Occident
Ce mouvement, dont le nom est forgé sur celui du pape Grégoire VII (1073-1085), aboutit à une transformation de l'Église, qui s'autonomise du pouvoir temporel au XIe-XIIe siècle. Mais il ne se limite pas à une réforme de l'institution. En opérant une nette distinction entre les clercs (qui doivent renoncer à toute sexualité) et les laïcs (voués au mariage et à la procréation), l'Église prend le contrôle de la société. Non sans résistances. C'est un nouveau Moyen Age qui s'ouvre.Dossier : La réforme grégorienne - L'Église et le nouvel ordre du monde / Florian Mazel in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Dossier : La réforme grégorienne - L'Église et le nouvel ordre du monde Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Florian Mazel, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 30-41 Langues : Français (fre) Mots-clés : réforme grégorienne église XIè siècle simonie chrétienté Canossa chasteté liens évêques Note de contenu :
Avec la réforme grégorienne lancée au XIe siècle, la nature et la place de l'Église dans le monde latin changent en profondeur : c'est un tournant qui bouleverse à la fois la société, le pouvoir, l'économie, l'espace et le temps.
On désigne, classiquement, par « réforme grégorienne » la période qui s'ouvre au milieu du XIe siècle avec le pontificat de Léon IX (1049-1054) et court jusqu'au concordat de Worms (1122) et au premier concile du Latran (1123). Elle doit son nom au pape Grégoire VII (1073-1085), qui en fut l'une des figures les plus intransigeantes, notamment vis-à-vis de l'autre pouvoir à prétention universelle au sein de la chrétienté : l'empereur. Mais la réforme grégorienne va bien au-delà. Initié par la papauté, ce vaste mouvement toucha non seulement l'institution ecclésiastique mais aussi l'ensemble de la société chrétienne, qu'il transforma sur le plan religieux, bien sûr, mais aussi politique, économique, social, juridique et culturel.
Or, cette réforme, qui tient lieu aujourd'hui de tournant dans l'histoire de la chrétienté médiévale, a longtemps été résumée à deux phénomènes. Certains historiens ont mis en avant l'affrontement entre le pape et l'empereur pour le contrôle de l'Égli ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 30-41[article] Dossier : La réforme grégorienne - L'Église et le nouvel ordre du monde [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Florian Mazel, Auteur . - 2023 . - p. 30-41.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 30-41
Mots-clés : réforme grégorienne église XIè siècle simonie chrétienté Canossa chasteté liens évêques Note de contenu :
Avec la réforme grégorienne lancée au XIe siècle, la nature et la place de l'Église dans le monde latin changent en profondeur : c'est un tournant qui bouleverse à la fois la société, le pouvoir, l'économie, l'espace et le temps.
On désigne, classiquement, par « réforme grégorienne » la période qui s'ouvre au milieu du XIe siècle avec le pontificat de Léon IX (1049-1054) et court jusqu'au concordat de Worms (1122) et au premier concile du Latran (1123). Elle doit son nom au pape Grégoire VII (1073-1085), qui en fut l'une des figures les plus intransigeantes, notamment vis-à-vis de l'autre pouvoir à prétention universelle au sein de la chrétienté : l'empereur. Mais la réforme grégorienne va bien au-delà. Initié par la papauté, ce vaste mouvement toucha non seulement l'institution ecclésiastique mais aussi l'ensemble de la société chrétienne, qu'il transforma sur le plan religieux, bien sûr, mais aussi politique, économique, social, juridique et culturel.
Or, cette réforme, qui tient lieu aujourd'hui de tournant dans l'histoire de la chrétienté médiévale, a longtemps été résumée à deux phénomènes. Certains historiens ont mis en avant l'affrontement entre le pape et l'empereur pour le contrôle de l'Égli ...
Dossier : La réforme grégorienne - Pourquoi les prêtres ne doivent pas se marier / Isabelle Rosé in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Dossier : La réforme grégorienne - Pourquoi les prêtres ne doivent pas se marier Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Isabelle Rosé, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 42-46 Langues : Français (fre) Mots-clés : réforme grégorienne église prêtre chasteté pureté sacerdoce Note de contenu : Le christianisme n'a pas toujours exigé le célibat des clercs. Si dès l'Antiquité tardive la chasteté est valorisée, ce n'est qu'en 1059 que le pape Nicolas II cherche à imposer l'abstinence sexuelle au clergé. Une décision dont les motifs n'étaient pas que spirituels.
Depuis les années 2000, la révélation de scandales de pédocriminalité ou d'emprise sexuelle au sein de l'Église catholique soulève régulièrement la question de la légitimité du célibat des prêtres. Cette particularité du christianisme romain, qui exige de ses clercs une continence perpétuelle, c'est-à-dire l'abandon de toute vie sexuelle, semble anachronique, et ce d'autant plus que l'orthodoxie et les protestantismes, encouragent le mariage et la procréation de leur clergé.
Le catholicisme a, de fait, une conception singulière de la médiation du sacré, qui doit être assurée par des hommes (au sens masculin du terme), qui renoncent à ce qui marque le quotidien des autres (le mariage avec une épouse, des enfants) et s'en distinguent donc radicalement. Cette distinction est le résultat d'un lent processus au terme duquel, en Occident, les femmes se sont trouvées exclues des fonctions sacerdotales, mais aussi de l'entourage des clercs, auxquels on a interdit toute forme de vie c ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 42-46[article] Dossier : La réforme grégorienne - Pourquoi les prêtres ne doivent pas se marier [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Isabelle Rosé, Auteur . - 2023 . - p. 42-46.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 42-46
Mots-clés : réforme grégorienne église prêtre chasteté pureté sacerdoce Note de contenu : Le christianisme n'a pas toujours exigé le célibat des clercs. Si dès l'Antiquité tardive la chasteté est valorisée, ce n'est qu'en 1059 que le pape Nicolas II cherche à imposer l'abstinence sexuelle au clergé. Une décision dont les motifs n'étaient pas que spirituels.
Depuis les années 2000, la révélation de scandales de pédocriminalité ou d'emprise sexuelle au sein de l'Église catholique soulève régulièrement la question de la légitimité du célibat des prêtres. Cette particularité du christianisme romain, qui exige de ses clercs une continence perpétuelle, c'est-à-dire l'abandon de toute vie sexuelle, semble anachronique, et ce d'autant plus que l'orthodoxie et les protestantismes, encouragent le mariage et la procréation de leur clergé.
Le catholicisme a, de fait, une conception singulière de la médiation du sacré, qui doit être assurée par des hommes (au sens masculin du terme), qui renoncent à ce qui marque le quotidien des autres (le mariage avec une épouse, des enfants) et s'en distinguent donc radicalement. Cette distinction est le résultat d'un lent processus au terme duquel, en Occident, les femmes se sont trouvées exclues des fonctions sacerdotales, mais aussi de l'entourage des clercs, auxquels on a interdit toute forme de vie c ...
Dossier : La réforme grégorienne - Combats et compromis / Dominique Barthélemy in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Dossier : La réforme grégorienne - Combats et compromis Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Dominique Barthélemy, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 48-53 Langues : Français (fre) Mots-clés : réforme grégorienne église pape empereur combats Note de contenu : Dominique Barthélemy conteste l'idée d'un mouvement qui aurait duré cent cinquante ans. La montée des tensions a été suivie d'apaisements qui ont laissé de côté certains éléments radicaux. Il s'interroge sur les liens de la réforme avec les autres mutations de l'an 1100.
Il existe une crise grégorienne sans équivalent qui se joue entre 1049 et 1123. Elle a une histoire qui peut se raconter, qui la rend intelligible, en la distinguant d'autres étapes de l'histoire de l'Église latine : les efforts des générations suivantes l'ont poursuivie tout en déplaçant les accents. La réforme a eu des combats spécifiques, avant de les arrêter et de conclure des compromis. Sans doute sommes-nous loin d'avoir toute la documentation nécessaire pour apprécier la gravité des troubles qu'elle a provoqués ou exploités, et pour mesurer la part exacte qu'elle a eue dans les changements sociaux et politiques des abords de l'an 1100 - ou dans leur limitation. Mais nous en savons assez pour distinguer trois étapes de son développement. Elle n'est à proprement parler « grégorienne » que dans la deuxième (1073-1099), allant du pontificat de Grégoire VII à celui d'Urbain II, qui est une phase critique après des préludes (1049-1073) et avant des compromis (1100-1123).
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 48-53[article] Dossier : La réforme grégorienne - Combats et compromis [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Dominique Barthélemy, Auteur . - 2023 . - p. 48-53.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 48-53
Mots-clés : réforme grégorienne église pape empereur combats Note de contenu : Dominique Barthélemy conteste l'idée d'un mouvement qui aurait duré cent cinquante ans. La montée des tensions a été suivie d'apaisements qui ont laissé de côté certains éléments radicaux. Il s'interroge sur les liens de la réforme avec les autres mutations de l'an 1100.
Il existe une crise grégorienne sans équivalent qui se joue entre 1049 et 1123. Elle a une histoire qui peut se raconter, qui la rend intelligible, en la distinguant d'autres étapes de l'histoire de l'Église latine : les efforts des générations suivantes l'ont poursuivie tout en déplaçant les accents. La réforme a eu des combats spécifiques, avant de les arrêter et de conclure des compromis. Sans doute sommes-nous loin d'avoir toute la documentation nécessaire pour apprécier la gravité des troubles qu'elle a provoqués ou exploités, et pour mesurer la part exacte qu'elle a eue dans les changements sociaux et politiques des abords de l'an 1100 - ou dans leur limitation. Mais nous en savons assez pour distinguer trois étapes de son développement. Elle n'est à proprement parler « grégorienne » que dans la deuxième (1073-1099), allant du pontificat de Grégoire VII à celui d'Urbain II, qui est une phase critique après des préludes (1049-1073) et avant des compromis (1100-1123).Dossier : La réforme grégorienne - Un renouveau culturel en Occident / Joël Chandelier in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Dossier : La réforme grégorienne - Un renouveau culturel en Occident Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Joël Chandelier, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 54-57 Langues : Français (fre) Mots-clés : réforme grégorienne foi vérité science Note de contenu : La réforme grégorienne est concomitante de la diffusion de l'écrit et du développement des sciences et de la philosophie dans tout l'Occident. La raison est valorisée, ainsi que l'expression des émotions et des pratiques intériorisées de dévotion. L'Église a accompagné, amplifié, et même parfois déclenché, le mouvement.
En 1077, alors que le pape Grégoire VII rencontre l'empereur Henri IV à Canossa pour l'événement le plus célèbre de la querelle des Investitures, non loin de là, à l'abbaye du Mont-Cassin, se met au travail un moine venu de l'autre côté de la Méditerranée. Ce Constantin dit « l'Africain » entame alors, sous le patronage de son abbé (le futur pape Victor III), une longue série de traductions de textes médicaux arabes seulement interrompue par sa mort, en 1087. Il traduit en latin des ouvrages qui deviendront essentiels à l'éducation médicale de l'Occident jusqu'au XVIe siècle : l'Isagoge, une introduction à la médecine de Hunayn ibn Ishaq, le Pantegni, adapté d'une somme générale par Al-Majusi, ou encore les traités sur le régime et les fièvres du médecin juif de Kairouan Isaac Israeli. Au même moment, à l'abbaye du Bec en Normandie, le théologien Anselme rédige ses ouvrages majeurs, le Monologion (1076) et le Proslogion (1077). Il y propose, pour ...
Pour lire l’int
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 54-57[article] Dossier : La réforme grégorienne - Un renouveau culturel en Occident [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Joël Chandelier, Auteur . - 2023 . - p. 54-57.
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Mots-clés : réforme grégorienne foi vérité science Note de contenu : La réforme grégorienne est concomitante de la diffusion de l'écrit et du développement des sciences et de la philosophie dans tout l'Occident. La raison est valorisée, ainsi que l'expression des émotions et des pratiques intériorisées de dévotion. L'Église a accompagné, amplifié, et même parfois déclenché, le mouvement.
En 1077, alors que le pape Grégoire VII rencontre l'empereur Henri IV à Canossa pour l'événement le plus célèbre de la querelle des Investitures, non loin de là, à l'abbaye du Mont-Cassin, se met au travail un moine venu de l'autre côté de la Méditerranée. Ce Constantin dit « l'Africain » entame alors, sous le patronage de son abbé (le futur pape Victor III), une longue série de traductions de textes médicaux arabes seulement interrompue par sa mort, en 1087. Il traduit en latin des ouvrages qui deviendront essentiels à l'éducation médicale de l'Occident jusqu'au XVIe siècle : l'Isagoge, une introduction à la médecine de Hunayn ibn Ishaq, le Pantegni, adapté d'une somme générale par Al-Majusi, ou encore les traités sur le régime et les fièvres du médecin juif de Kairouan Isaac Israeli. Au même moment, à l'abbaye du Bec en Normandie, le théologien Anselme rédige ses ouvrages majeurs, le Monologion (1076) et le Proslogion (1077). Il y propose, pour ...
Pour lire l’intL'Atelier des CHERCHEURS - V13 : un procès pour l'histoire ? / Sylvie Lindeperg in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - V13 : un procès pour l'histoire ? Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Sylvie Lindeperg, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 58-63 Langues : Français (fre) Mots-clés : procès accusés terrorisme ProMeTe filmer tribunal Note de contenu : Au procès des attentats du 13 novembre 2015 (connu désormais comme V13), la présence des caméras dans le prétoire était autorisée afin de constituer des archives pour l'histoire. Analyse à chaud des procédés utilisés.
La place des historiens dans le prétoire a fait l'objet de nombreuses analyses depuis les années 1980. Elles se concentrent toutefois sur leur rôle à la barre, comme témoins experts, et non dans la salle, comme observateurs. Cette dernière expérience me fut offerte lors du procès des attentats terroristes du vendredi 13 novembre 2015. J'ai suivi les audiences de ce procès, nommé « V13 », aux côtés de juristes, politistes, sociologues et anthropologues du droit réunis autour du programme de recherche ProMeTe. Nous étions trois historiennes1 dans cette équipe interdisciplinaire rodée à l'étude de terrain. L'aventure intellectuelle fut passionnante ; l'exercice de désorientation, périlleux.
Notre discipline, en effet, n'est pas une science de l'observation, mais une connaissance par traces. L'historien construit son industrie à partir d'empreintes muettes, rappelle Michel de Certeau : vestiges de ce qui a « définitivement passé », elles ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 58-63[article] L'Atelier des CHERCHEURS - V13 : un procès pour l'histoire ? [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Sylvie Lindeperg, Auteur . - 2023 . - p. 58-63.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 58-63
Mots-clés : procès accusés terrorisme ProMeTe filmer tribunal Note de contenu : Au procès des attentats du 13 novembre 2015 (connu désormais comme V13), la présence des caméras dans le prétoire était autorisée afin de constituer des archives pour l'histoire. Analyse à chaud des procédés utilisés.
La place des historiens dans le prétoire a fait l'objet de nombreuses analyses depuis les années 1980. Elles se concentrent toutefois sur leur rôle à la barre, comme témoins experts, et non dans la salle, comme observateurs. Cette dernière expérience me fut offerte lors du procès des attentats terroristes du vendredi 13 novembre 2015. J'ai suivi les audiences de ce procès, nommé « V13 », aux côtés de juristes, politistes, sociologues et anthropologues du droit réunis autour du programme de recherche ProMeTe. Nous étions trois historiennes1 dans cette équipe interdisciplinaire rodée à l'étude de terrain. L'aventure intellectuelle fut passionnante ; l'exercice de désorientation, périlleux.
Notre discipline, en effet, n'est pas une science de l'observation, mais une connaissance par traces. L'historien construit son industrie à partir d'empreintes muettes, rappelle Michel de Certeau : vestiges de ce qui a « définitivement passé », elles ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Les Juifs, la lettre de change et la foire de Lyon / Francesca Trivellato in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Les Juifs, la lettre de change et la foire de Lyon Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Francesca Trivellato, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 64-69 Langues : Français (fre) Mots-clés : Juif économie finance lettre de change calculateur Note de contenu : Avec la naissance des mécanismes du crédit à l'Époque moderne sont également nées des angoisses suscitées par une économie invisible, que peu de personnes comprenaient. Ces peurs se sont greffées sur l'hostilité envers les « Juifs convertis ». Analyse de la fabrique d'une fausse nouvelle.
Juifs et capitalisme : quoi de neuf sur le sujet ? Ne connaît-on pas le moindre recoin des idées reçues qui, depuis des siècles, attribuent aux Juifs un talent inné pour le profit et une cupidité sans limite ? En creusant là où l'on s'y attend le moins, on découvre que ce sujet complexe, aux conséquences souvent dramatiques, nous réserve encore quelques surprises.
Quand et pourquoi le stéréotype médiéval du Juif usurier, prêteur sur gages à qui les chrétiens dans le besoin confiaient leurs pauvres biens en échange de quelques piécettes à des taux d'intérêt exorbitants, s'est-il transformé, dans l'imaginaire européen, en cliché du capitaliste tirant les ficelles de la finance mondiale ? Comment est-on passé de la diabolisation de Shylock, l'usurier juif du Marchand de Venise de Shakespeare, à celle des Rothschild (et, plus récemment, à celle de George Soros) ? Il est vrai que les deux caricatures sont les deux faces d'une même médaille : le Juif opér ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 64-69[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Les Juifs, la lettre de change et la foire de Lyon [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Francesca Trivellato, Auteur . - 2023 . - p. 64-69.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 64-69
Mots-clés : Juif économie finance lettre de change calculateur Note de contenu : Avec la naissance des mécanismes du crédit à l'Époque moderne sont également nées des angoisses suscitées par une économie invisible, que peu de personnes comprenaient. Ces peurs se sont greffées sur l'hostilité envers les « Juifs convertis ». Analyse de la fabrique d'une fausse nouvelle.
Juifs et capitalisme : quoi de neuf sur le sujet ? Ne connaît-on pas le moindre recoin des idées reçues qui, depuis des siècles, attribuent aux Juifs un talent inné pour le profit et une cupidité sans limite ? En creusant là où l'on s'y attend le moins, on découvre que ce sujet complexe, aux conséquences souvent dramatiques, nous réserve encore quelques surprises.
Quand et pourquoi le stéréotype médiéval du Juif usurier, prêteur sur gages à qui les chrétiens dans le besoin confiaient leurs pauvres biens en échange de quelques piécettes à des taux d'intérêt exorbitants, s'est-il transformé, dans l'imaginaire européen, en cliché du capitaliste tirant les ficelles de la finance mondiale ? Comment est-on passé de la diabolisation de Shylock, l'usurier juif du Marchand de Venise de Shakespeare, à celle des Rothschild (et, plus récemment, à celle de George Soros) ? Il est vrai que les deux caricatures sont les deux faces d'une même médaille : le Juif opér ...
L'Atelier des CHERCHEURS - La légende d'Aristide le Juste / Patrice Brun in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - La légende d'Aristide le Juste Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Patrice Brun, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 70-75 Langues : Français (fre) Mots-clés : Aristide stratège ostraciser Athènes Note de contenu : Figure de l'aristocratie athénienne au tournant des VIe e t Ve siècles avant notre ère, acteur des guerres médiques, Aristide obtint, après sa mort, un statut de citoyen modèle. Pourtant, le peu que nous savons de sa vie ne corrobore en rien cette légende construite ultérieurement.
L'Athénien Aristide (vers 530-467 avant notre ère) possède l'insigne honneur d'avoir été distingué par Plutarque qui, au début du IIe siècle de notre ère, l'a choisi pour être l'une des grandes figures du passé grec dans ses Vies. Il partage avec Thémistocle, Cimon, Périclès, Alcibiade et Nicias la gloire d'une biographie. Admiré par les auteurs des époques hellénistique (IIIe-Ier siècle avant notre ère) puis romaine pour ses immenses qualités morales, il demeure pourtant un personnage mal connu, peu cité par les sources littéraires contemporaines. Il est difficile de mesurer l'impact politique réel qu'il a pu avoir sur les événements dramatiques qu'Athènes a traversés : les guerres médiques contre l'Empire perse. Personnage majeur de l'histoire ou personnalité fabriquée par les textes, Aristide reste un mystère.
Sa vie est entourée d'un halo d'incertitudes. Son père, Lysimachos, est seulement connu par une inscription qui le montre trésorier d'Athé ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 70-75[article] L'Atelier des CHERCHEURS - La légende d'Aristide le Juste [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Patrice Brun, Auteur . - 2023 . - p. 70-75.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 70-75
Mots-clés : Aristide stratège ostraciser Athènes Note de contenu : Figure de l'aristocratie athénienne au tournant des VIe e t Ve siècles avant notre ère, acteur des guerres médiques, Aristide obtint, après sa mort, un statut de citoyen modèle. Pourtant, le peu que nous savons de sa vie ne corrobore en rien cette légende construite ultérieurement.
L'Athénien Aristide (vers 530-467 avant notre ère) possède l'insigne honneur d'avoir été distingué par Plutarque qui, au début du IIe siècle de notre ère, l'a choisi pour être l'une des grandes figures du passé grec dans ses Vies. Il partage avec Thémistocle, Cimon, Périclès, Alcibiade et Nicias la gloire d'une biographie. Admiré par les auteurs des époques hellénistique (IIIe-Ier siècle avant notre ère) puis romaine pour ses immenses qualités morales, il demeure pourtant un personnage mal connu, peu cité par les sources littéraires contemporaines. Il est difficile de mesurer l'impact politique réel qu'il a pu avoir sur les événements dramatiques qu'Athènes a traversés : les guerres médiques contre l'Empire perse. Personnage majeur de l'histoire ou personnalité fabriquée par les textes, Aristide reste un mystère.
Sa vie est entourée d'un halo d'incertitudes. Son père, Lysimachos, est seulement connu par une inscription qui le montre trésorier d'Athé ...
L'Atelier des CHERCHEURS - Coca-Cola : anatomie d'une bouteille / Didier Nourrisson in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : L'Atelier des CHERCHEURS - Coca-Cola : anatomie d'une bouteille Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Didier Nourrisson, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 76-77 Langues : Français (fre) Mots-clés : Coca-Cola bouteille Root Glass forme Note de contenu : C'est en 1885 qu'un pharmacien d'Atlanta, en Géorgie, John S. Pemberton, reprend une recette de boisson alcoolisée à base de vin, de feuilles de coca, de noix de kola, de sucre : le French Wine Mariani. L'année suivante, la vague prohibitionniste interdisant toute boisson alcoolisée, le vin a été changé en... eau gazeuse ; il s'agit d'un sirop livré en fût aux exploitants de fontaines à soda, distributeurs installés dans les drugstores d'Atlanta. La boisson est rebaptisée « Coca-Cola », par, dit-on, le comptable de Pemberton : Frank M. Robinson. La bouteille n'est définitivement réalisée qu'en 1915. Les prototypes ont été nombreux depuis la fin du XIXe siècle dans l'industrie américaine du verre à la demande de la Coca-Cola Company, dirigée à partir de 1889 par Asa G. Candler. Il s'agit de réaliser une bouteille immédiatement reconnaissable et représentative de la marque.
Plusieurs essais ont lieu. En 1915 la société Root Glass de Terre Haute, en Indiana, pa ..
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 76-77[article] L'Atelier des CHERCHEURS - Coca-Cola : anatomie d'une bouteille [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Didier Nourrisson, Auteur . - 2023 . - p. 76-77.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 76-77
Mots-clés : Coca-Cola bouteille Root Glass forme Note de contenu : C'est en 1885 qu'un pharmacien d'Atlanta, en Géorgie, John S. Pemberton, reprend une recette de boisson alcoolisée à base de vin, de feuilles de coca, de noix de kola, de sucre : le French Wine Mariani. L'année suivante, la vague prohibitionniste interdisant toute boisson alcoolisée, le vin a été changé en... eau gazeuse ; il s'agit d'un sirop livré en fût aux exploitants de fontaines à soda, distributeurs installés dans les drugstores d'Atlanta. La boisson est rebaptisée « Coca-Cola », par, dit-on, le comptable de Pemberton : Frank M. Robinson. La bouteille n'est définitivement réalisée qu'en 1915. Les prototypes ont été nombreux depuis la fin du XIXe siècle dans l'industrie américaine du verre à la demande de la Coca-Cola Company, dirigée à partir de 1889 par Asa G. Candler. Il s'agit de réaliser une bouteille immédiatement reconnaissable et représentative de la marque.
Plusieurs essais ont lieu. En 1915 la société Root Glass de Terre Haute, en Indiana, pa ..Guide Livres : L'histoire coloniale, côté jardin / Clément Fabre in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
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Titre : Guide Livres : L'histoire coloniale, côté jardin Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Clément Fabre, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 78-79 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre jardins coloniaux Note de contenu : Pourquoi tant de jardins botaniques, entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XXe siècle, dans l'ensemble des empires coloniaux ? Des institutions politiques, économiques et savantes, qu'Hélène Blais constitue ici en un précieux observatoire du fait colonial.
Là se trouvent confondues avec les productions du pays celles de la Perse, de la Chine, du Pégu [sic], de Java, de Ceylan, des Moluques, des Canaries, du Brésil : à côté des fleurs qui ornent les bosquets de la France on voit les arbrisseaux curieux de l'Australie ; ici sont les hôtes des montagnes de Gate, là des plantes qui naquirent sur les rives de l'Indus et du Gange. Les sables arides de l'Arabie, les plaines marécageuses de Madagascar, les bords brûlants du Niger, les vallées délicieuses de Cachemire, les coteaux parfumés d'Yémen ont aussi payé leurs tributs à Montplaisir, et telle est l'intelligence qui a présidé à la réunion et à la disposition de ces plantes diverses, qu'il n'en est pas une qui ne contribue à l'effet synoptique de ce magnifique jardin. » Nombreux sont, comme en 1839 Ferdinand Magon de Saint-Élier sur l'île Maurice, les visiteurs à s'émerveiller, tout au long du XIXe siècle, de la richesse végétale que condensent et organisent les jardins botaniques coloniaux.
Inspirés des jardins médicinaux de l'Europe moderne dont ils prolongent l'ambition savante, influencés par des traditions horticoles extra-européennes sur lesquelles bien souvent ils viennent se greffer, jardins botaniques, jardins des plantes, pépinières, jardins d'acclimatation, stations botaniques et stations d'essai se multiplient, de la deuxième moitié du XVIIIe siècle aux premières décennies du XXe, dans l'ensemble des empires coloniaux européens. Hélène Blais ne se contente pas ici, en synthétisant les monographies produites sur la question depuis plusieurs décennies, de reconstituer les réseaux plus ou moins centralisés de jardins botaniques qui charpentent les empires, ni les circulations de plantes, d'hommes, de correspondances et de catalogues qui relient entre eux ces réseaux horticoles. C'est l'histoire tout entière du fait colonial qu'elle éclaire à partir de ces jardins.
Les lieux mêmes, dans leur agencement, leur mise en scène et les descriptions qu'ils suscitent, aussi bien que dans les pratiques qu'ils abritent, se révèlent riches d'enseignements. Organisés en général de manière à contraster le tableau de la nature sauvage et celui d'une nature domestiquée, les jardins sont censés mettre en scène l'opulence naturelle des colonies en même temps que leur efficace mise en valeur sous la tutelle coloniale. Si l'ouvrage rejoint ainsi les travaux, nombreux déjà, qui ont su nourrir l'étude de la « mission civilisatrice » européenne de perspectives environnementales, Hélène Blais confronte aussitôt cette rhétorique coloniale au quotidien des jardins botaniques.
Vols, dégradations, incivilités
Les terrains sont accaparés à coups d'expropriations et les populations colonisées sont écartées, bien souvent, de havres destinés - par l'ombre qu'ils offrent comme par les concerts, fanfares et activités sportives qu'ils accueillent - à atténuer chez les expatriés européens la nostalgie de la métropole lointaine. Règlements et archives administratives trahissent les vols, les dégradations, les incivilités - langage vulgaire, nudité, dépôt d'ordures ou violences contre les animaux - qui émaillent la vie des jardins. Loin de la mise en scène grandiose d'un colonialisme civilisateur et triomphant, L'Empire de la nature qui se fait jour au fil des pages est grevé de violences, de fragilités, de contestations.
En historienne des sciences et des savoirs en situation coloniale, c'est, ensuite, comme lieux de savoirs qu'Hélène Blais examine ces jardins. Elle révèle, à côté du rôle souvent exagéré que s'attribuent des directeurs soucieux surtout de laisser leur nom dans les taxonomies botaniques, celui du personnel subalterne des jardins, européen ou non. L'historienne parvient alors à exhumer, avec le rôle d'intermédiaires rarement nommés et souvent invisibilisés, la place des savoirs et des expertises vernaculaires dans la vie savante des jardins. Elle montre également combien s'articulent, dans cette vie savante, recherche botanique (matérialisée par les catalogues, les herbiers, les bibliothèques et les musées d'histoire naturelle rattachés aux jardins), oeuvre pédagogique (à destination des planteurs et des colons comme des populations colonisées) et recherche appliquée sur l'acclimatation des plantes et les maladies qui les frappent.
C'est que les jardins botaniques coloniaux - contrairement aux jardins médicinaux de l'Europe moderne - sont avant tout des maillons cruciaux dans la logistique des économies coloniales. L'une de leurs fonctions premières est en effet de stimuler la mise en valeur économique des colonies en identifiant les espèces végétales acclimatables aux différents climats coloniaux, ainsi que les meilleures manières de les cultiver. Eucalyptus à Melbourne, canne à sucre dans les Caraïbes et à l'île Maurice, thé et opium à Calcutta, quinquina en Inde et à Java, hévéa à Singapour : les principaux succès des jardins coloniaux se mesurent aux profits qu'ils permettent de générer. Aussi leur histoire est-elle également celle d'entreprises lucratives. Hélène Blais détaille enfin le modèle économique - entre dons aux planteurs, ventes et distributions charitables aux populations colonisées - comme le statut, le salaire et le quotidien des travailleurs qu'elles emploient - depuis le salariat jusqu'à l'esclavage et au travail forcé.
Histoire coloniale totale des jardins botaniques, synthèse panoramique d'un champ de recherche en plein essor (marqué notamment, en 2021, par l'excellent Enraciner l'empire de Maxime Bellégo, Museum national d'histoire naturelle), L'Empire de la nature réussit ainsi la gageure d'une histoire transimpériale des jardins botaniques coloniaux qui ne perd jamais de vue ni l'échelle globale des réseaux économiques et savants dans lesquels ils s'inscrivaient ni celle, locale, des dynamiques urbaines et sociales qui en rythmaient le quotidien.
* Clément Fabre est ater à l'université Paris-Est-Créteil.
L’Empire de la nature. Une histoire des jardins botaniques coloniaux, fin XVIIIe siècle-années 1930, Hélène Blais, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2023, 380 p., 26 €.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 78-79[article] Guide Livres : L'histoire coloniale, côté jardin [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Clément Fabre, Auteur . - 2023 . - p. 78-79.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 78-79
Mots-clés : lecture livre jardins coloniaux Note de contenu : Pourquoi tant de jardins botaniques, entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XXe siècle, dans l'ensemble des empires coloniaux ? Des institutions politiques, économiques et savantes, qu'Hélène Blais constitue ici en un précieux observatoire du fait colonial.
Là se trouvent confondues avec les productions du pays celles de la Perse, de la Chine, du Pégu [sic], de Java, de Ceylan, des Moluques, des Canaries, du Brésil : à côté des fleurs qui ornent les bosquets de la France on voit les arbrisseaux curieux de l'Australie ; ici sont les hôtes des montagnes de Gate, là des plantes qui naquirent sur les rives de l'Indus et du Gange. Les sables arides de l'Arabie, les plaines marécageuses de Madagascar, les bords brûlants du Niger, les vallées délicieuses de Cachemire, les coteaux parfumés d'Yémen ont aussi payé leurs tributs à Montplaisir, et telle est l'intelligence qui a présidé à la réunion et à la disposition de ces plantes diverses, qu'il n'en est pas une qui ne contribue à l'effet synoptique de ce magnifique jardin. » Nombreux sont, comme en 1839 Ferdinand Magon de Saint-Élier sur l'île Maurice, les visiteurs à s'émerveiller, tout au long du XIXe siècle, de la richesse végétale que condensent et organisent les jardins botaniques coloniaux.
Inspirés des jardins médicinaux de l'Europe moderne dont ils prolongent l'ambition savante, influencés par des traditions horticoles extra-européennes sur lesquelles bien souvent ils viennent se greffer, jardins botaniques, jardins des plantes, pépinières, jardins d'acclimatation, stations botaniques et stations d'essai se multiplient, de la deuxième moitié du XVIIIe siècle aux premières décennies du XXe, dans l'ensemble des empires coloniaux européens. Hélène Blais ne se contente pas ici, en synthétisant les monographies produites sur la question depuis plusieurs décennies, de reconstituer les réseaux plus ou moins centralisés de jardins botaniques qui charpentent les empires, ni les circulations de plantes, d'hommes, de correspondances et de catalogues qui relient entre eux ces réseaux horticoles. C'est l'histoire tout entière du fait colonial qu'elle éclaire à partir de ces jardins.
Les lieux mêmes, dans leur agencement, leur mise en scène et les descriptions qu'ils suscitent, aussi bien que dans les pratiques qu'ils abritent, se révèlent riches d'enseignements. Organisés en général de manière à contraster le tableau de la nature sauvage et celui d'une nature domestiquée, les jardins sont censés mettre en scène l'opulence naturelle des colonies en même temps que leur efficace mise en valeur sous la tutelle coloniale. Si l'ouvrage rejoint ainsi les travaux, nombreux déjà, qui ont su nourrir l'étude de la « mission civilisatrice » européenne de perspectives environnementales, Hélène Blais confronte aussitôt cette rhétorique coloniale au quotidien des jardins botaniques.
Vols, dégradations, incivilités
Les terrains sont accaparés à coups d'expropriations et les populations colonisées sont écartées, bien souvent, de havres destinés - par l'ombre qu'ils offrent comme par les concerts, fanfares et activités sportives qu'ils accueillent - à atténuer chez les expatriés européens la nostalgie de la métropole lointaine. Règlements et archives administratives trahissent les vols, les dégradations, les incivilités - langage vulgaire, nudité, dépôt d'ordures ou violences contre les animaux - qui émaillent la vie des jardins. Loin de la mise en scène grandiose d'un colonialisme civilisateur et triomphant, L'Empire de la nature qui se fait jour au fil des pages est grevé de violences, de fragilités, de contestations.
En historienne des sciences et des savoirs en situation coloniale, c'est, ensuite, comme lieux de savoirs qu'Hélène Blais examine ces jardins. Elle révèle, à côté du rôle souvent exagéré que s'attribuent des directeurs soucieux surtout de laisser leur nom dans les taxonomies botaniques, celui du personnel subalterne des jardins, européen ou non. L'historienne parvient alors à exhumer, avec le rôle d'intermédiaires rarement nommés et souvent invisibilisés, la place des savoirs et des expertises vernaculaires dans la vie savante des jardins. Elle montre également combien s'articulent, dans cette vie savante, recherche botanique (matérialisée par les catalogues, les herbiers, les bibliothèques et les musées d'histoire naturelle rattachés aux jardins), oeuvre pédagogique (à destination des planteurs et des colons comme des populations colonisées) et recherche appliquée sur l'acclimatation des plantes et les maladies qui les frappent.
C'est que les jardins botaniques coloniaux - contrairement aux jardins médicinaux de l'Europe moderne - sont avant tout des maillons cruciaux dans la logistique des économies coloniales. L'une de leurs fonctions premières est en effet de stimuler la mise en valeur économique des colonies en identifiant les espèces végétales acclimatables aux différents climats coloniaux, ainsi que les meilleures manières de les cultiver. Eucalyptus à Melbourne, canne à sucre dans les Caraïbes et à l'île Maurice, thé et opium à Calcutta, quinquina en Inde et à Java, hévéa à Singapour : les principaux succès des jardins coloniaux se mesurent aux profits qu'ils permettent de générer. Aussi leur histoire est-elle également celle d'entreprises lucratives. Hélène Blais détaille enfin le modèle économique - entre dons aux planteurs, ventes et distributions charitables aux populations colonisées - comme le statut, le salaire et le quotidien des travailleurs qu'elles emploient - depuis le salariat jusqu'à l'esclavage et au travail forcé.
Histoire coloniale totale des jardins botaniques, synthèse panoramique d'un champ de recherche en plein essor (marqué notamment, en 2021, par l'excellent Enraciner l'empire de Maxime Bellégo, Museum national d'histoire naturelle), L'Empire de la nature réussit ainsi la gageure d'une histoire transimpériale des jardins botaniques coloniaux qui ne perd jamais de vue ni l'échelle globale des réseaux économiques et savants dans lesquels ils s'inscrivaient ni celle, locale, des dynamiques urbaines et sociales qui en rythmaient le quotidien.
* Clément Fabre est ater à l'université Paris-Est-Créteil.
L’Empire de la nature. Une histoire des jardins botaniques coloniaux, fin XVIIIe siècle-années 1930, Hélène Blais, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2023, 380 p., 26 €.
Guide Livres : La princesse et la mort / Anne CAROL in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Livres : La princesse et la mort Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Anne CAROL, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre princesse russe Père-Lachaise Note de contenu : Enquête sur des lettres adressées au cimetière du Père-Lachaise entre 1893 et 1937.
C'est une étude passionnante que nous offre Stéphanie Sauget, spécialiste de l'histoire des lieux et des espaces (les gares parisiennes, les maisons hantées), qui prend pour objet une légende urbaine de la fin du XIXe siècle, encore active aujourd'hui notamment sur les réseaux sociaux.
Rappelons-en les grands traits : une riche princesse russe aurait offert une très forte somme d'argent à quiconque accepterait, un an durant, de veiller auprès de son cercueil de verre dans un caveau du Père-Lachaise, à Paris. Cette rumeur suscite des lettres de candidatures qui affluent jusqu'en 1937 - parfois de très loin dans le monde - sur le bureau du conservateur du Père-Lachaise, et dont ne subsiste qu'un échantillon (environ 60) dans les Archives de Paris.
Le corpus est bien mince, dira-t-on ; mais c'est tout l'art de l'historienne que d'en exploiter les pistes et de susciter un halo d'intelligibilité de cette culture fin-de-siècle. La rumeur permet en effet, à travers une étude fine de sa diffusion et de sa réception, de déplier une histoire de la mondialisation de l'information et de la presse. Son analyse ouvre aussi sur un autre pan de l'histoire culturelle combinée à l'histoire du genre : celle de la figure troublante de la belle morte/endormie, qui irrigue le conte, la littérature, les musées anatomiques ou les arts plastiques à la même époque. Elle fournit, de même, l'occasion d'une réflexion très originale sur les rapports entre le temps, la mort et l'argent.
Ce travail croise d'ailleurs et surtout plusieurs champs de l'histoire de la mort, mobilisant les travaux sur les imaginaires sociaux autour de la mort apparente, des cimetières modernes et des tombes, mais aussi en initiant une histoire inédite et fascinante des cercueils. Mener « une enquête ouverte à toutes les ressources possibles et imaginables », et débusquer le familier dans l'étrange et l'anecdotique : tel était le pari de ce livre, et il est parfaitement tenu.
Anne Carol est professeure à l'université d'Aix-Marseille.
Le Cercueil de verre du Père-Lachaise, Stéphanie Sauget, CNRS Éditions, 2023, 336 p., 23 €.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 80[article] Guide Livres : La princesse et la mort [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Anne CAROL, Auteur . - 2023 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 80
Mots-clés : lecture livre princesse russe Père-Lachaise Note de contenu : Enquête sur des lettres adressées au cimetière du Père-Lachaise entre 1893 et 1937.
C'est une étude passionnante que nous offre Stéphanie Sauget, spécialiste de l'histoire des lieux et des espaces (les gares parisiennes, les maisons hantées), qui prend pour objet une légende urbaine de la fin du XIXe siècle, encore active aujourd'hui notamment sur les réseaux sociaux.
Rappelons-en les grands traits : une riche princesse russe aurait offert une très forte somme d'argent à quiconque accepterait, un an durant, de veiller auprès de son cercueil de verre dans un caveau du Père-Lachaise, à Paris. Cette rumeur suscite des lettres de candidatures qui affluent jusqu'en 1937 - parfois de très loin dans le monde - sur le bureau du conservateur du Père-Lachaise, et dont ne subsiste qu'un échantillon (environ 60) dans les Archives de Paris.
Le corpus est bien mince, dira-t-on ; mais c'est tout l'art de l'historienne que d'en exploiter les pistes et de susciter un halo d'intelligibilité de cette culture fin-de-siècle. La rumeur permet en effet, à travers une étude fine de sa diffusion et de sa réception, de déplier une histoire de la mondialisation de l'information et de la presse. Son analyse ouvre aussi sur un autre pan de l'histoire culturelle combinée à l'histoire du genre : celle de la figure troublante de la belle morte/endormie, qui irrigue le conte, la littérature, les musées anatomiques ou les arts plastiques à la même époque. Elle fournit, de même, l'occasion d'une réflexion très originale sur les rapports entre le temps, la mort et l'argent.
Ce travail croise d'ailleurs et surtout plusieurs champs de l'histoire de la mort, mobilisant les travaux sur les imaginaires sociaux autour de la mort apparente, des cimetières modernes et des tombes, mais aussi en initiant une histoire inédite et fascinante des cercueils. Mener « une enquête ouverte à toutes les ressources possibles et imaginables », et débusquer le familier dans l'étrange et l'anecdotique : tel était le pari de ce livre, et il est parfaitement tenu.
Anne Carol est professeure à l'université d'Aix-Marseille.
Le Cercueil de verre du Père-Lachaise, Stéphanie Sauget, CNRS Éditions, 2023, 336 p., 23 €.
Guide Livres : Croire, c'est faire / Hervé DUCHÊNE in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Livres : Croire, c'est faire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Hervé DUCHÊNE, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 80 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Grèce Dieux rituels Note de contenu : Que se passait-il lors des rituels, quand les Grecs entraient en contact avec les dieux ?
La religion grecque antique était moins un ensemble de dogmes qu'une série de rituels. Croire, c'était d'abord faire. Les expériences du sensible sont ainsi au coeur de la pratique spirituelle des anciens Grecs. Adeline Grand-Clément commence par le récit d'un séjour contemporain au sud de l'Inde, en pays tamoul. Ce contact avec des traditions religieuses foisonnantes prépare à un exercice d'ethnographie comparée en dix chapitres passionnants. Hommes et femmes en pays grec n'ont jamais cessé de solliciter leurs divinités. Mais cette rencontre attendue, espérée, est un moment dangereux. Il faut la préparer de manière à satisfaire le plaisir des dieux. Ce face-à-face avec le surnaturel est d'autant plus efficace qu'il se produit dans un univers choisi de sons, de couleurs, de lumières et de paysages.
Un premier chapitre démontre cette idée, comme par l'absurde, en présentant la figure du superstitieux décrit par Théophraste (v. 372-v. 288 av. n. è.). Ce dévot ridicule est malheureux, car il est effrayé par le fait que les puissances invisibles peuvent se manifester partout. Trois monographies soulignent ensuite l'importance du cadre cultuel pour ces apparitions. Comme le chante l'hymne homérique consacré à Déméter partie à la recherche de sa fille, les dieux vivent sur l'Olympe, mais ils sont attachés aux sanctuaires que les hommes leur préparent sur Terre. Une tablette peinte de Pitsa rappelle qu'une place particulière est faite aux grottes, théâtres de pratiques thérapeutiques ou oraculaires. Avec Ion à Delphes et dipe à Colone, c'est le quotidien de la vie des sanctuaires qui se découvre : celui des prières et des manipulations d'objets sacrés. Un autre ensemble d'études introduit à la pharmacopée des rituels, à l'usage du vin et à celui des psychotropes. Viennent enfin des réflexions sur les conduites à tenir face au sacré : se taire ou crier, être avec ou sans ses chaussures, porter un costume de telle ou telle couleur.
L'ensemble de ce volume très original se clôt sur la manière dont la peinture européenne de la fin du XIXe siècle, notamment celle de Lawrence Alma-Tadema, a mis en scène les rituels religieux antiques : pour en montrer une beauté indissociable d'une certaine sensualité.
Hervé Duchêne est professeur émérite à l'université de Bourgogne (Dijon).
Au plaisir des dieux. Expériences du sensible dans les rituels en Grèce ancienne, Adeline Grand-Clément, Toulouse, Anacharsis, 416 p., 26 €.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 80[article] Guide Livres : Croire, c'est faire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Hervé DUCHÊNE, Auteur . - 2023 . - p. 80.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 80
Mots-clés : lecture livre Grèce Dieux rituels Note de contenu : Que se passait-il lors des rituels, quand les Grecs entraient en contact avec les dieux ?
La religion grecque antique était moins un ensemble de dogmes qu'une série de rituels. Croire, c'était d'abord faire. Les expériences du sensible sont ainsi au coeur de la pratique spirituelle des anciens Grecs. Adeline Grand-Clément commence par le récit d'un séjour contemporain au sud de l'Inde, en pays tamoul. Ce contact avec des traditions religieuses foisonnantes prépare à un exercice d'ethnographie comparée en dix chapitres passionnants. Hommes et femmes en pays grec n'ont jamais cessé de solliciter leurs divinités. Mais cette rencontre attendue, espérée, est un moment dangereux. Il faut la préparer de manière à satisfaire le plaisir des dieux. Ce face-à-face avec le surnaturel est d'autant plus efficace qu'il se produit dans un univers choisi de sons, de couleurs, de lumières et de paysages.
Un premier chapitre démontre cette idée, comme par l'absurde, en présentant la figure du superstitieux décrit par Théophraste (v. 372-v. 288 av. n. è.). Ce dévot ridicule est malheureux, car il est effrayé par le fait que les puissances invisibles peuvent se manifester partout. Trois monographies soulignent ensuite l'importance du cadre cultuel pour ces apparitions. Comme le chante l'hymne homérique consacré à Déméter partie à la recherche de sa fille, les dieux vivent sur l'Olympe, mais ils sont attachés aux sanctuaires que les hommes leur préparent sur Terre. Une tablette peinte de Pitsa rappelle qu'une place particulière est faite aux grottes, théâtres de pratiques thérapeutiques ou oraculaires. Avec Ion à Delphes et dipe à Colone, c'est le quotidien de la vie des sanctuaires qui se découvre : celui des prières et des manipulations d'objets sacrés. Un autre ensemble d'études introduit à la pharmacopée des rituels, à l'usage du vin et à celui des psychotropes. Viennent enfin des réflexions sur les conduites à tenir face au sacré : se taire ou crier, être avec ou sans ses chaussures, porter un costume de telle ou telle couleur.
L'ensemble de ce volume très original se clôt sur la manière dont la peinture européenne de la fin du XIXe siècle, notamment celle de Lawrence Alma-Tadema, a mis en scène les rituels religieux antiques : pour en montrer une beauté indissociable d'une certaine sensualité.
Hervé Duchêne est professeur émérite à l'université de Bourgogne (Dijon).
Au plaisir des dieux. Expériences du sensible dans les rituels en Grèce ancienne, Adeline Grand-Clément, Toulouse, Anacharsis, 416 p., 26 €.
Guide Livres : Jean Moulin vivant / Bénédicte Vergez-Chaignon in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Livres : Jean Moulin vivant Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Bénédicte Vergez-Chaignon, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 82 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Jean Moulin biographie Note de contenu : Pour marquer le 80e anniversaire de la mort de Jean Moulin - le 8 juillet 1943 à Metz selon un médecin SS, dans un convoi pour l'Allemagne où les nazis l'avaient jeté après l'avoir torturé bestialement à Lyon puis à Paris - Flammarion réédite à l'identique ce livre paru il y a cinq ans.
Seule l'image de couverture a changé et c'est heureux, tant elle « colle » au projet d'écriture de Bénédicte Vergez-Chaignon. L'homme n'a plus l'écharpe et le feutre de « la » photo. Le voici au contraire tête nue, en 1930, déjà sous-préfet à 31 ans, bien coiffé et cravaté, petit sourire de gentil garçon. Oui, c'est bien d'ouvrir le livre avec cette évocation de l'ami de Max Jacob, du caricaturiste déjà lancé, du fou d'art moderne, de ski et d'aviation, du haut fonctionnaire efficace et malin qui adore les soirées à Montparnasse et roule en petit bolide rouge, une Amilcar Grand Sport.
Vingt-cinq « journées particulières »
En souvenir du film d'Ettore Scola, le livre est un montage de 25 de ses « journées particulières », quand le fracas de la rue dévoile chaque être et le rend à sa condition humaine, debout face à l'adversité. Voici l'enfant assistant à Béziers, en juin 1907, à la mutinerie du 17e de ligne. Le jeune marié aussitôt divorcé. Le 6 février 1934 face au pont de la Concorde, le chef de cabinet du ministre de l'Air, son ami Pierre Cot, qui voit les fascistes hurler. En 1936, le même chef de cabinet faisant livrer en douce des avions aux Espagnols abandonnés. Le préfet d'Eure-et-Loir « républicain de combat » célébrant le 150e anniversaire de la Révolution en mars 1939. Le même en juin 1940, refusant de céder aux Allemands qui calomnient nos soldats sénégalais et poussé au suicide pour sauver l'honneur. Le même encore, déjà clandestin mais courant à Riom défendre Pierre Cot. Le 25 octobre 1941 à Londres, ce déjeuner pendant lequel il expose ses plans d'action à de Gaulle ébloui par ce « très grand bonhomme, grand de toutes façons » et qui en fait aussitôt son représentant en zone libre. Puis, dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942, « Rex » parachuté en Provence.
Sur l'unificateur acharné et pragmatique de la Résistance, Bénédicte Vergez-Chaignon pouvait être intarissable, elle qui assista longtemps Daniel Cordier attelé à écrire sur son ancien patron et qui a tant publié sur l'Occupation. Elle choisit au contraire de ne détailler que quelques journées révélatrices de 1943. Celle de février où il ouvre sa galerie d'art à Nice juste avant de repartir pour Londres. Celle du 27 mai rue du Four à Paris où il met en place, non sans peine, la première réunion du Conseil de la Résistance. Celle du 21 juin où la Gestapo le rafle à Caluire.
Puis vient ce 19 décembre 1964 où la « psalmodie hurlée » de Malraux l'accompagne au Panthéon. A 16 ans, dans une composition française, le héros, lui, avait dit son amour pour Vercingétorix, « notre première gloire nationale » qui « employa toute sa vie à affranchir la Gaule du joug des Romains ».
Jean Moulin l’affranchi, Bénédicte Vergez-Chaignon, Flammarion, 2023, 416 p., 24,90 €.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 82[article] Guide Livres : Jean Moulin vivant [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Bénédicte Vergez-Chaignon, Auteur . - 2023 . - p. 82.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 82
Mots-clés : lecture livre Jean Moulin biographie Note de contenu : Pour marquer le 80e anniversaire de la mort de Jean Moulin - le 8 juillet 1943 à Metz selon un médecin SS, dans un convoi pour l'Allemagne où les nazis l'avaient jeté après l'avoir torturé bestialement à Lyon puis à Paris - Flammarion réédite à l'identique ce livre paru il y a cinq ans.
Seule l'image de couverture a changé et c'est heureux, tant elle « colle » au projet d'écriture de Bénédicte Vergez-Chaignon. L'homme n'a plus l'écharpe et le feutre de « la » photo. Le voici au contraire tête nue, en 1930, déjà sous-préfet à 31 ans, bien coiffé et cravaté, petit sourire de gentil garçon. Oui, c'est bien d'ouvrir le livre avec cette évocation de l'ami de Max Jacob, du caricaturiste déjà lancé, du fou d'art moderne, de ski et d'aviation, du haut fonctionnaire efficace et malin qui adore les soirées à Montparnasse et roule en petit bolide rouge, une Amilcar Grand Sport.
Vingt-cinq « journées particulières »
En souvenir du film d'Ettore Scola, le livre est un montage de 25 de ses « journées particulières », quand le fracas de la rue dévoile chaque être et le rend à sa condition humaine, debout face à l'adversité. Voici l'enfant assistant à Béziers, en juin 1907, à la mutinerie du 17e de ligne. Le jeune marié aussitôt divorcé. Le 6 février 1934 face au pont de la Concorde, le chef de cabinet du ministre de l'Air, son ami Pierre Cot, qui voit les fascistes hurler. En 1936, le même chef de cabinet faisant livrer en douce des avions aux Espagnols abandonnés. Le préfet d'Eure-et-Loir « républicain de combat » célébrant le 150e anniversaire de la Révolution en mars 1939. Le même en juin 1940, refusant de céder aux Allemands qui calomnient nos soldats sénégalais et poussé au suicide pour sauver l'honneur. Le même encore, déjà clandestin mais courant à Riom défendre Pierre Cot. Le 25 octobre 1941 à Londres, ce déjeuner pendant lequel il expose ses plans d'action à de Gaulle ébloui par ce « très grand bonhomme, grand de toutes façons » et qui en fait aussitôt son représentant en zone libre. Puis, dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942, « Rex » parachuté en Provence.
Sur l'unificateur acharné et pragmatique de la Résistance, Bénédicte Vergez-Chaignon pouvait être intarissable, elle qui assista longtemps Daniel Cordier attelé à écrire sur son ancien patron et qui a tant publié sur l'Occupation. Elle choisit au contraire de ne détailler que quelques journées révélatrices de 1943. Celle de février où il ouvre sa galerie d'art à Nice juste avant de repartir pour Londres. Celle du 27 mai rue du Four à Paris où il met en place, non sans peine, la première réunion du Conseil de la Résistance. Celle du 21 juin où la Gestapo le rafle à Caluire.
Puis vient ce 19 décembre 1964 où la « psalmodie hurlée » de Malraux l'accompagne au Panthéon. A 16 ans, dans une composition française, le héros, lui, avait dit son amour pour Vercingétorix, « notre première gloire nationale » qui « employa toute sa vie à affranchir la Gaule du joug des Romains ».
Jean Moulin l’affranchi, Bénédicte Vergez-Chaignon, Flammarion, 2023, 416 p., 24,90 €.
Guide Revues : Alpins, 7 000 ans d'histoire in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Revues : Alpins, 7 000 ans d'histoire Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 86 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture revue montagne Alpes Note de contenu : Vingt-cinq ans et 100 numéros : retour sur une revue montagnarde.
En 1998 l'éditeur André Pitte et Jean Guibal, directeur du Musée dauphinois, lancent à Grenoble avec Jacques Glénat, fondateur de la maison d'édition du même nom, et le soutien du département de l'Isère, la revue trimestrielle L'Alpe. Entre livre et revue, sciences et journalisme, la ligne éditoriale est claire : traiter des Alpes, oui, mais des Alpes humaines dans toute leur diversité culturelle. Avec l'accent mis sur l'illustration - tout particulièrement la photographie - qui se doit d'être belle et précise. Et voilà, vingt-cinq ans après sa fondation, le 100e numéro. Le numéro 1 accompagnait l'exposition de longue durée du Musée dauphinois Gens de l'Alpe. Le numéro 100 est le parfait écho de la nouvelle exposition, déjà de référence, que le musée propose à partir du 29 avril 2023 (cf. L'Histoire n° 506 et www.lhistoire.fr).
Cette livraison anniversaire balaie près de 7 000 ans de culture alpine en se focalisant sur des moments-charnières comme autant d'arrêts sur image : le tournant du Néolithique, la romanisation, l'affranchissement de certaines vallées au Moyen Age, ou l'accélération des mutations socio-économiques du XIXe siècle à aujourd'hui.
Sophie Boizard, rédactrice en chef de L'Alpe, l'annonce d'entrée : « Fil rouge de ce numéro, l'adaptation. » Se voit ainsi déconstruite l'idée reçue d'un monde alpin isolé, replié sur lui-même et hostile aux innovations. Se dégage au contraire l'image d'une société montagnarde en constante mutation, ouverte sur l'extérieur. D'une société qui sait s'adapter aux défis rencontrés.
Anne Montenach, professeure à l'université d'Aix-Marseille, étudie ainsi l'étonnante « République des Escartons », belle expérience de démocratie locale en Dauphiné, qui dura de 1343 à la Révolution française, soit cinq vallées réunies en assemblée décidant de la levée de contributions (escartonner en franco-provençal) et luttant contre les tentatives d'empiètement de la monarchie et de ses représentants... Laurence Fontaine, directrice de recherche au CNRS, montre aussi toute l'importance du réseau (jusqu'en Amérique latine) formé par les libraires et colporteurs du Briançonnais au XVIIIe siècle : l'utilisation des routes de montagne permet d'éviter les contrôles et de braver la censure.
De façon générale, fait remarquer Sophie Boizard, les sociétés alpines se sont construites face à une montagne tout à la fois hostile et nourricière. Ce qui donne à penser dans un monde qui doit redéfinir son rapport avec la nature. On ne peut que souhaiter longue vie à L'Alpe.
L'Alpe n° 100
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 86[article] Guide Revues : Alpins, 7 000 ans d'histoire [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] . - 2023 . - p. 86.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 86
Mots-clés : lecture revue montagne Alpes Note de contenu : Vingt-cinq ans et 100 numéros : retour sur une revue montagnarde.
En 1998 l'éditeur André Pitte et Jean Guibal, directeur du Musée dauphinois, lancent à Grenoble avec Jacques Glénat, fondateur de la maison d'édition du même nom, et le soutien du département de l'Isère, la revue trimestrielle L'Alpe. Entre livre et revue, sciences et journalisme, la ligne éditoriale est claire : traiter des Alpes, oui, mais des Alpes humaines dans toute leur diversité culturelle. Avec l'accent mis sur l'illustration - tout particulièrement la photographie - qui se doit d'être belle et précise. Et voilà, vingt-cinq ans après sa fondation, le 100e numéro. Le numéro 1 accompagnait l'exposition de longue durée du Musée dauphinois Gens de l'Alpe. Le numéro 100 est le parfait écho de la nouvelle exposition, déjà de référence, que le musée propose à partir du 29 avril 2023 (cf. L'Histoire n° 506 et www.lhistoire.fr).
Cette livraison anniversaire balaie près de 7 000 ans de culture alpine en se focalisant sur des moments-charnières comme autant d'arrêts sur image : le tournant du Néolithique, la romanisation, l'affranchissement de certaines vallées au Moyen Age, ou l'accélération des mutations socio-économiques du XIXe siècle à aujourd'hui.
Sophie Boizard, rédactrice en chef de L'Alpe, l'annonce d'entrée : « Fil rouge de ce numéro, l'adaptation. » Se voit ainsi déconstruite l'idée reçue d'un monde alpin isolé, replié sur lui-même et hostile aux innovations. Se dégage au contraire l'image d'une société montagnarde en constante mutation, ouverte sur l'extérieur. D'une société qui sait s'adapter aux défis rencontrés.
Anne Montenach, professeure à l'université d'Aix-Marseille, étudie ainsi l'étonnante « République des Escartons », belle expérience de démocratie locale en Dauphiné, qui dura de 1343 à la Révolution française, soit cinq vallées réunies en assemblée décidant de la levée de contributions (escartonner en franco-provençal) et luttant contre les tentatives d'empiètement de la monarchie et de ses représentants... Laurence Fontaine, directrice de recherche au CNRS, montre aussi toute l'importance du réseau (jusqu'en Amérique latine) formé par les libraires et colporteurs du Briançonnais au XVIIIe siècle : l'utilisation des routes de montagne permet d'éviter les contrôles et de braver la censure.
De façon générale, fait remarquer Sophie Boizard, les sociétés alpines se sont construites face à une montagne tout à la fois hostile et nourricière. Ce qui donne à penser dans un monde qui doit redéfinir son rapport avec la nature. On ne peut que souhaiter longue vie à L'Alpe.
L'Alpe n° 100
Guide Bande dessinée : 1791, scène incandescente / Philippe-Jean Catinchi in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Bande dessinée : 1791, scène incandescente Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Philippe-Jean Catinchi, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 88 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture BD 1791 révolution Note de contenu : Le deuxième tome de la fresque révolutionnaire de Grouazel et Locard projette le lecteur entre février et juillet 1791.
Un face-à-face nocturne incongru. Marie, une fillette borgne, vêtue en garçon pour survivre dans les bas-fonds d'un Paris en effervescence perpétuelle. Louis, un gamin travesti en fille pour déjouer les soupçons policiers quand il accompagne ses parents en fuite aux frontières du royaume. Et l'aumône du Dauphin, en route vers Varennes, à la mendiante apporte un contrepoint paisible dans une partition toute de fureurs et de doutes.
Pour le deuxième volet de Révolution, le temps n'est plus aux déflagrations fondatrices, si bien annoncées par le pistolet brandi en couverture du premier tome Liberté (cf. L'Histoire n° 458). On y suivait, de fin avril à fin octobre 1789, l'émergence d'un ordre politique nouveau, né du refus de l'arbitraire et de l'exaspération populaire. Six mois qui s'étalaient du pillage de la manufacture Réveillon et de sa sanglante répression au retour de Louis XVI à Paris et au vote de la loi martiale visan ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 88[article] Guide Bande dessinée : 1791, scène incandescente [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Philippe-Jean Catinchi, Auteur . - 2023 . - p. 88.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 88
Mots-clés : lecture BD 1791 révolution Note de contenu : Le deuxième tome de la fresque révolutionnaire de Grouazel et Locard projette le lecteur entre février et juillet 1791.
Un face-à-face nocturne incongru. Marie, une fillette borgne, vêtue en garçon pour survivre dans les bas-fonds d'un Paris en effervescence perpétuelle. Louis, un gamin travesti en fille pour déjouer les soupçons policiers quand il accompagne ses parents en fuite aux frontières du royaume. Et l'aumône du Dauphin, en route vers Varennes, à la mendiante apporte un contrepoint paisible dans une partition toute de fureurs et de doutes.
Pour le deuxième volet de Révolution, le temps n'est plus aux déflagrations fondatrices, si bien annoncées par le pistolet brandi en couverture du premier tome Liberté (cf. L'Histoire n° 458). On y suivait, de fin avril à fin octobre 1789, l'émergence d'un ordre politique nouveau, né du refus de l'arbitraire et de l'exaspération populaire. Six mois qui s'étalaient du pillage de la manufacture Réveillon et de sa sanglante répression au retour de Louis XVI à Paris et au vote de la loi martiale visan ...
Guide des Classiques : « Les Fondements géographiques de l'histoire de l'islam » de Xavier de Planhol / Julien Loiseau in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide des Classiques : « Les Fondements géographiques de l'histoire de l'islam » de Xavier de Planhol Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Julien Loiseau, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 89 Langues : Français (fre) Mots-clés : lecture livre Islam fondements thèse Note de contenu : Julien Loiseau dans mensuel 507
Le géographe a posé les jalons d'une histoire du paysage en Islam (à retrouver à l'Institut du monde arabe, les 12-14 mai, cf. p. 8).
LA THÈSE
Les terres passées sous la domination de l'Islam, qui forment une grande diagonale aride et semi-aride de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale, ont connu, au Moyen Age, une régression spectaculaire de la vie sédentaire. Après l'apogée atteint dans l'Antiquité tardive, avant les reconquêtes agricoles qui commencent au XVIIIe siècle et s'accélèrent avec la colonisation européenne et russe, le long Moyen Age de l'islam a été marqué par l'extension du pastoralisme et le règne des nomades. Or cela ne s'explique pas, selon Xavier de Planhol, par l'histoire du climat, l'aridité croissante et la détérioration des milieux, mais par l'affinité « géo-anthropologique » entre l'islam et le nomadisme.
Civilisation urbaine méprisant la vie agricole, l'islam s'est appuyé sur les villes et le négoce à longue distance, livrant ses immenses espaces au pastoralisme : la « bédouinisation » (des sols, des paysages, des sociétés) est un corollaire de l'islamisation ...
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 89[article] Guide des Classiques : « Les Fondements géographiques de l'histoire de l'islam » de Xavier de Planhol [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Julien Loiseau, Auteur . - 2023 . - p. 89.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 89
Mots-clés : lecture livre Islam fondements thèse Note de contenu : Julien Loiseau dans mensuel 507
Le géographe a posé les jalons d'une histoire du paysage en Islam (à retrouver à l'Institut du monde arabe, les 12-14 mai, cf. p. 8).
LA THÈSE
Les terres passées sous la domination de l'Islam, qui forment une grande diagonale aride et semi-aride de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale, ont connu, au Moyen Age, une régression spectaculaire de la vie sédentaire. Après l'apogée atteint dans l'Antiquité tardive, avant les reconquêtes agricoles qui commencent au XVIIIe siècle et s'accélèrent avec la colonisation européenne et russe, le long Moyen Age de l'islam a été marqué par l'extension du pastoralisme et le règne des nomades. Or cela ne s'explique pas, selon Xavier de Planhol, par l'histoire du climat, l'aridité croissante et la détérioration des milieux, mais par l'affinité « géo-anthropologique » entre l'islam et le nomadisme.
Civilisation urbaine méprisant la vie agricole, l'islam s'est appuyé sur les villes et le négoce à longue distance, livrant ses immenses espaces au pastoralisme : la « bédouinisation » (des sols, des paysages, des sociétés) est un corollaire de l'islamisation ...
Guide Sorties : Expositions - Normandie : les vikings débarquent / Huguette MEUNIER in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Sorties : Expositions - Normandie : les vikings débarquent Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Huguette MEUNIER, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 90-91 Langues : Français (fre) Mots-clés : expositions Normandie France Vikings Normands Note de contenu : Deux expositions reviennent sur les Normands, à la lumière des recherches récentes.
Pour l'occasion, les musées de Rouen ont uni leurs forces. Et sous un titre apaisé rendent un bel hommage à ces « hommes du Nord » qui ont donné le nom à la province : « Migrants, conquérants, innovateurs ». Tout est dit : on sortira enfin de la légende. Il faut commencer par le musée des Antiquités qui présente le contexte de l'expansion sur l'ensemble du continent européen, vikings sur la côte atlantique, Varègues dans la partie orientale de l'Europe jusqu'à Kiev. Experts en navigation et dans le domaine des armes comme l'attestent les épées et haches retrouvées dans le lit de la Seine ou une pointe de flèche de la résidence seigneuriale de Rubercy.
L'exposition s'intéresse également au droit coutumier normand qui dure jusqu'à l'Époque moderne : un Grand Coutumier de Normandie enluminé suivi de la charte accordée en 1315 par Louis X en témoigne. Le magnifique musée des Beaux-Arts raconte quant à lui l'installation des vikings en Normandie puis l'expansion normande des XIe et XIIe siècles : Roger II, roi de Sicile et d'Italie en 1130, en est une des figures les plus connues.
Figure romantique
Les Normands iront jusqu'en Terre sainte, faisant naître la principauté d'Antioche (actuelle Antakya) en 1098 et celle de Galilée. Car ces excellents marins furent aussi de bons chrétiens, développant un art religieux raffiné, reliquaires (la châsse de saint Thomas Becket), psautiers. On retrouvera aussi des objets profanes de grande qualité, bijoux, fibules, tête de guerrier en bois d'élan trouvée en Suède ou un olifant d'ivoire dit « cor de Roland » offert selon la tradition par le Normand Robert Guiscard au comte de Toulouse au XIe siècle.
Le château de Caen, à travers 150 objets issus de collections très diverses, fait lui place aux imaginaires. Le tableau monumental d'Henri-Georges Charrier Les Normands revenant du pillage (v. 1880) plante le décor : de farouches guerriers rapportent sur leurs bateaux le butin d'une ville incendiée ainsi qu'une captive. Une image qui court jusqu'au XVIe siècle, où les royaumes scandinaves redécouvrent les sagas et leur passé culturel, et surtout au XIXe siècle où naît la figure romantique du viking, brave et libre. Une autre légende débute alors, souvent négative comme dans l'imagerie de la IIIe République, parfois valorisée, dans le mobilier et les arts décoratifs, en particulier grâce aux Expositions universelles.
Les fêtes du millénaire
En Normandie, cette figure renouvelée devient un motif de fierté : les fêtes des millénaires qui embrasent Rouen en 1911 et Coutances en 1933 - on revoit ici la maquette du bateau construit pour l'occasion et dont on sait aujourd'hui qu'il ne faut plus l'appeler « drakkar » - attirent des foules.
La dernière section de ce voyage à travers la littérature, la BD, le cinéma, les séries, les jeux, la musique (viking metal inclus) nous rappelle que les vikings fascinent toujours. Plus ludique, la petite exposition de MuséoSeine, construite autour d'un bateau scandinave traditionnel, le faering, explique très concrètement une expédition viking.
À VOIR
Normands. Migrants, conquérants, innovateurs jusqu'au 13 août aux musées des Antiquités et des Beaux-Arts de Rouen ;
Des vikings et des Normands. Imaginaires et représentations jusqu'au 1er octobre au musée de Normandie, château de Caen ;
Vikings ! Tempête sur la Seine du 1er juin au 30 novembre au MuséoSeine, Caudebec-en-Caux/Rives-en-Seine.
À LIRE
La synthèse sur les vikings qui ont mis en contact la Scandinavie avec les mondes franc, arabe et byzantin :
L'Histoire Collection n° 98, janvier-mars 2023.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 90-91[article] Guide Sorties : Expositions - Normandie : les vikings débarquent [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Huguette MEUNIER, Auteur . - 2023 . - p. 90-91.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 90-91
Mots-clés : expositions Normandie France Vikings Normands Note de contenu : Deux expositions reviennent sur les Normands, à la lumière des recherches récentes.
Pour l'occasion, les musées de Rouen ont uni leurs forces. Et sous un titre apaisé rendent un bel hommage à ces « hommes du Nord » qui ont donné le nom à la province : « Migrants, conquérants, innovateurs ». Tout est dit : on sortira enfin de la légende. Il faut commencer par le musée des Antiquités qui présente le contexte de l'expansion sur l'ensemble du continent européen, vikings sur la côte atlantique, Varègues dans la partie orientale de l'Europe jusqu'à Kiev. Experts en navigation et dans le domaine des armes comme l'attestent les épées et haches retrouvées dans le lit de la Seine ou une pointe de flèche de la résidence seigneuriale de Rubercy.
L'exposition s'intéresse également au droit coutumier normand qui dure jusqu'à l'Époque moderne : un Grand Coutumier de Normandie enluminé suivi de la charte accordée en 1315 par Louis X en témoigne. Le magnifique musée des Beaux-Arts raconte quant à lui l'installation des vikings en Normandie puis l'expansion normande des XIe et XIIe siècles : Roger II, roi de Sicile et d'Italie en 1130, en est une des figures les plus connues.
Figure romantique
Les Normands iront jusqu'en Terre sainte, faisant naître la principauté d'Antioche (actuelle Antakya) en 1098 et celle de Galilée. Car ces excellents marins furent aussi de bons chrétiens, développant un art religieux raffiné, reliquaires (la châsse de saint Thomas Becket), psautiers. On retrouvera aussi des objets profanes de grande qualité, bijoux, fibules, tête de guerrier en bois d'élan trouvée en Suède ou un olifant d'ivoire dit « cor de Roland » offert selon la tradition par le Normand Robert Guiscard au comte de Toulouse au XIe siècle.
Le château de Caen, à travers 150 objets issus de collections très diverses, fait lui place aux imaginaires. Le tableau monumental d'Henri-Georges Charrier Les Normands revenant du pillage (v. 1880) plante le décor : de farouches guerriers rapportent sur leurs bateaux le butin d'une ville incendiée ainsi qu'une captive. Une image qui court jusqu'au XVIe siècle, où les royaumes scandinaves redécouvrent les sagas et leur passé culturel, et surtout au XIXe siècle où naît la figure romantique du viking, brave et libre. Une autre légende débute alors, souvent négative comme dans l'imagerie de la IIIe République, parfois valorisée, dans le mobilier et les arts décoratifs, en particulier grâce aux Expositions universelles.
Les fêtes du millénaire
En Normandie, cette figure renouvelée devient un motif de fierté : les fêtes des millénaires qui embrasent Rouen en 1911 et Coutances en 1933 - on revoit ici la maquette du bateau construit pour l'occasion et dont on sait aujourd'hui qu'il ne faut plus l'appeler « drakkar » - attirent des foules.
La dernière section de ce voyage à travers la littérature, la BD, le cinéma, les séries, les jeux, la musique (viking metal inclus) nous rappelle que les vikings fascinent toujours. Plus ludique, la petite exposition de MuséoSeine, construite autour d'un bateau scandinave traditionnel, le faering, explique très concrètement une expédition viking.
À VOIR
Normands. Migrants, conquérants, innovateurs jusqu'au 13 août aux musées des Antiquités et des Beaux-Arts de Rouen ;
Des vikings et des Normands. Imaginaires et représentations jusqu'au 1er octobre au musée de Normandie, château de Caen ;
Vikings ! Tempête sur la Seine du 1er juin au 30 novembre au MuséoSeine, Caudebec-en-Caux/Rives-en-Seine.
À LIRE
La synthèse sur les vikings qui ont mis en contact la Scandinavie avec les mondes franc, arabe et byzantin :
L'Histoire Collection n° 98, janvier-mars 2023.
Guide Sorties : Expositions - De la guerre à la tolérance / Alban Wilfert in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Sorties : Expositions - De la guerre à la tolérance Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Alban Wilfert, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 92 Langues : Français (fre) Mots-clés : expositions Paris France guerre religion Note de contenu :
Si les guerres de Religion ont fait couler le sang, elles ont aussi fait naître l'État moderne.
D'un côté, le plastron d'un officier germanique forgé au milieu du XVIe siècle, sur lequel est gravée l'image d'un homme d'armes priant à genoux le Christ en croix. De l'autre, celui d'un gentilhomme espagnol, orné d'une Vierge à l'enfant. Il a été réalisé une vingtaine d'années plus tard en réaction à la Réforme qui rejetait le culte marial. Difficile de trouver, parmi les pièces d'armure, plus saisissante illustration des guerres provoquées par la fracture religieuse qui bouleverse l'Europe moderne et déchire la société française durant cinq décennies. Mais l'exposition du musée de l'Armée est loin de se limiter à un étalage d'armements.
Ces années furent traversées de batailles, de sièges - figurés sur des tapisseries et plans légendés - et de massacres. Celui perpétré en 1562 contre des huguenots dans une grange de Wassy donne lieu à un cycle de violences qui culmine dix ans plus tard, avec la Saint-Barthélemy. Une salle entière est consacrée à ces « matines sanglantes » qui suscitent encore bien des interrogations (cf. L'Histoire n° 496, juin 2022). Les exactions donnent lieu, dans les deux camps, à une production écrite et visuelle sans précédent, notamment des portraits exposés au château de Chantilly.
Toutefois, cette longue crise - marquée par des trêves et des manoeuvres diplomatiques - est d'abord politique. Débutée par la mort d'Henri II en 1559, elle donne lieu à des intrigues comme à des réflexions nouvelles sur la nature et le fonctionnement de la monarchie. Là où William Reynolds, membre de la Ligue catholique, fait de tout roi hérétique un tyran, Hubert Languet promeut un contrat entre peuple et souverain en vue du bien commun...
Après bien des tentatives de pacification, l'ordre public est restauré en 1598 avec l'édit de Nantes. En 1610, pourtant, Henri IV est assassiné, mais la régence est assurée et la société aspire à la paix : l'État absolu est désormais garant de la liberté de conscience.
À VOIR
La Haine des clans. Guerres de Religion, 1559-1610 jusqu'au 30 juillet au musée de l'Armée, hôtel national des Invalides, Paris.
Visages des guerres de Religion jusqu'au 21 mai au château de Chantilly (60).
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 92[article] Guide Sorties : Expositions - De la guerre à la tolérance [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Alban Wilfert, Auteur . - 2023 . - p. 92.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 92
Mots-clés : expositions Paris France guerre religion Note de contenu :
Si les guerres de Religion ont fait couler le sang, elles ont aussi fait naître l'État moderne.
D'un côté, le plastron d'un officier germanique forgé au milieu du XVIe siècle, sur lequel est gravée l'image d'un homme d'armes priant à genoux le Christ en croix. De l'autre, celui d'un gentilhomme espagnol, orné d'une Vierge à l'enfant. Il a été réalisé une vingtaine d'années plus tard en réaction à la Réforme qui rejetait le culte marial. Difficile de trouver, parmi les pièces d'armure, plus saisissante illustration des guerres provoquées par la fracture religieuse qui bouleverse l'Europe moderne et déchire la société française durant cinq décennies. Mais l'exposition du musée de l'Armée est loin de se limiter à un étalage d'armements.
Ces années furent traversées de batailles, de sièges - figurés sur des tapisseries et plans légendés - et de massacres. Celui perpétré en 1562 contre des huguenots dans une grange de Wassy donne lieu à un cycle de violences qui culmine dix ans plus tard, avec la Saint-Barthélemy. Une salle entière est consacrée à ces « matines sanglantes » qui suscitent encore bien des interrogations (cf. L'Histoire n° 496, juin 2022). Les exactions donnent lieu, dans les deux camps, à une production écrite et visuelle sans précédent, notamment des portraits exposés au château de Chantilly.
Toutefois, cette longue crise - marquée par des trêves et des manoeuvres diplomatiques - est d'abord politique. Débutée par la mort d'Henri II en 1559, elle donne lieu à des intrigues comme à des réflexions nouvelles sur la nature et le fonctionnement de la monarchie. Là où William Reynolds, membre de la Ligue catholique, fait de tout roi hérétique un tyran, Hubert Languet promeut un contrat entre peuple et souverain en vue du bien commun...
Après bien des tentatives de pacification, l'ordre public est restauré en 1598 avec l'édit de Nantes. En 1610, pourtant, Henri IV est assassiné, mais la régence est assurée et la société aspire à la paix : l'État absolu est désormais garant de la liberté de conscience.
À VOIR
La Haine des clans. Guerres de Religion, 1559-1610 jusqu'au 30 juillet au musée de l'Armée, hôtel national des Invalides, Paris.
Visages des guerres de Religion jusqu'au 21 mai au château de Chantilly (60).
Guide Médias : Des siècles de « Fake news » / Olivier Thomas in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Médias : Des siècles de « Fake news » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Olivier Thomas, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 93 Langues : Français (fre) Mots-clés : médias France Info fake news Note de contenu : France Info et la fondation Descartes produisent des podcasts sur les fausses informations.
Fake news, désinformation et mésinformation circulent dans le même espace que l'information, et tendent à être privilégiées de façon pulsionnelle », écrit le spécialiste des médias Bruno Patino, dans un court essai S'informer, à quoi bon ? (La Martinière, 2023). Et d'ajouter que « la première victime de la déstablisation générale, c'est la confiance, entre institutions et citoyens ».
La manipulation des faits n'est pas une invention récente, qui serait seulement apparue il y a quelques années avec Internet, et plus encore, avec les réseaux sociaux. Pour décrypter ses mécanismes et apporter un éclairage dans la longue durée, France Info s'est associée à la Fondation Descartes, institut dédié aux enjeux liés à l'information, pour créer un podcast intitulé « Les infox de l'histoire ».
Consacré à un cas en particulier, chaque épisode d'une vingtaine de minutes - en tout huit du Moyen Age à nos jours - est animé par Patrice Gélinet qui reçoit un spécialiste du sujet. Ils analysent ensemble les ressorts du complotisme, de la rumeur, de la calomnie et la manière dont s'enclenche l'emballement médiatique.
Historien et directeur adjoint du Centre Jeanne-d'Arc, Olivier Bouzy est ainsi amené à pourfendre les légendes les plus rocambolesques qui circulent sur la « Pucelle d'Orléans » depuis six cents ans. Arnaud Teyssier décrypte, lui, la manière dont des rumeurs ont, en 1968, impliqué la femme de Georges Pompidou dans l'affaire Markovic et ont transformé ce fait divers sordide en une affaire d'État. Professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Institut français de presse, Arnaud Mercier montre comment l'ignorance des causes, de la gravité et du mode de transmission du Sida ont permis aux infox et aux théories complotistes les plus fantaisistes de se développer bien longtemps après l'apparition de la maladie en 1981. Évelyne Lever, quant à elle, revient sur les pamphlets orduriers qui ont fait de Marie-Antoinette la femme la plus détestée de France, de son arrivée à Versailles jusqu'à sa mort sous la guillotine.
Un rappel bienvenu pour aiguiser notre sens critique face au déluge d'informations dont nous sommes quotidiennement abreuvés.
À ÉCOUTER
Les infox de l'histoire, France Info
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 93[article] Guide Médias : Des siècles de « Fake news » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Olivier Thomas, Auteur . - 2023 . - p. 93.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 93
Mots-clés : médias France Info fake news Note de contenu : France Info et la fondation Descartes produisent des podcasts sur les fausses informations.
Fake news, désinformation et mésinformation circulent dans le même espace que l'information, et tendent à être privilégiées de façon pulsionnelle », écrit le spécialiste des médias Bruno Patino, dans un court essai S'informer, à quoi bon ? (La Martinière, 2023). Et d'ajouter que « la première victime de la déstablisation générale, c'est la confiance, entre institutions et citoyens ».
La manipulation des faits n'est pas une invention récente, qui serait seulement apparue il y a quelques années avec Internet, et plus encore, avec les réseaux sociaux. Pour décrypter ses mécanismes et apporter un éclairage dans la longue durée, France Info s'est associée à la Fondation Descartes, institut dédié aux enjeux liés à l'information, pour créer un podcast intitulé « Les infox de l'histoire ».
Consacré à un cas en particulier, chaque épisode d'une vingtaine de minutes - en tout huit du Moyen Age à nos jours - est animé par Patrice Gélinet qui reçoit un spécialiste du sujet. Ils analysent ensemble les ressorts du complotisme, de la rumeur, de la calomnie et la manière dont s'enclenche l'emballement médiatique.
Historien et directeur adjoint du Centre Jeanne-d'Arc, Olivier Bouzy est ainsi amené à pourfendre les légendes les plus rocambolesques qui circulent sur la « Pucelle d'Orléans » depuis six cents ans. Arnaud Teyssier décrypte, lui, la manière dont des rumeurs ont, en 1968, impliqué la femme de Georges Pompidou dans l'affaire Markovic et ont transformé ce fait divers sordide en une affaire d'État. Professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Institut français de presse, Arnaud Mercier montre comment l'ignorance des causes, de la gravité et du mode de transmission du Sida ont permis aux infox et aux théories complotistes les plus fantaisistes de se développer bien longtemps après l'apparition de la maladie en 1981. Évelyne Lever, quant à elle, revient sur les pamphlets orduriers qui ont fait de Marie-Antoinette la femme la plus détestée de France, de son arrivée à Versailles jusqu'à sa mort sous la guillotine.
Un rappel bienvenu pour aiguiser notre sens critique face au déluge d'informations dont nous sommes quotidiennement abreuvés.
À ÉCOUTER
Les infox de l'histoire, France InfoGuide Cinéma : Le maître des estampes / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Cinéma : Le maître des estampes Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 94-95 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma biographie Japon Hajime Hashimoto estampes Note de contenu : Hajime Hashimoto propose une biographie à la fois classique et originale de l'artiste japonais Hokusai.
Comment un processus de création s'inscrit-il dans le contexte historique qui l'a vu naître et se développer ? Tel est le principe de ce beau film qui, vu du Japon, propose d'Hokusai une « biographie en actes picturaux ».
Né en 1760 dans les quartiers populaires d'Edo - l'ancien nom de Tokyo -, le jeune homme montre des dispositions précoces. Dès l'âge de 14 ans, il entre dans un atelier de xylographie (technique de gravure sur bois). Après avoir rejoint puis quitté plusieurs écoles, souvent de façon tumultueuse, il prend à la quarantaine le nom d'Hokusai (référence à l'étoile polaire, signe probable du culte qu'il rend à une divinité bouddhique incarnée par cet astre). En 1815, voici le premier des quinze volumes des Hokusai Manga - première occurrence d'un terme devenu fameux -, varia de dessins mêlant faune, flore, combats, scènes quotidiennes, précieux témoignage sur la vie d'époque Edo. C'est en 1830, à l'âge de 70 ans, qu'il publie son chef-d'oeuvre, les Trente-six vues du mont Fuji, série d'estampes de paysages née de ses voyages à travers le Japon, dans lequel on trouve la Grande Vague de Kanagawa, son oeuvre la plus célèbre. Hokusai meurt à 89 ans en laissant 30 000 dessins.
Paysages et « sujets anodins »
Le film d'Hajime Hashimoto choisit trois partis, qu'il tient de bout en bout. D'abord, une contextualisation précise qui replace Hokusai dans le Japon du mitan de l'ère Edo (1600-1868), alors qu'une crispation autoritaire entraîne la dynastie impériale des Tokugawa à exercer un pouvoir de censure moralisatrice. Chasse aux images « licencieuses », descentes de police des moeurs, destructions d'ateliers, condamnations des maîtres, dispersions des élèves : les estampes offrent un théâtre d'ardentes luttes politiques. Cette crise autoritaire détermine la carrière d'Hokusai. Il se tourne vers le paysage et les « sujets anodins », même si ses goûts l'avaient orienté, jeune, vers la gravure de scènes burlesques ou l'estampe érotique, directement exposées à la censure pudibonde du régime. De plus, il négocie en permanence avec la politique isolationniste du moment en s'inspirant des seuls « étrangers » acceptés au pays du Soleil levant, les marchands hollandais, chez qui il découvre des images et des techniques picturales qui l'influencent. En retour, il reçoit des commandes de la part de Hollandais en visite au Japon, qui permettent de diffuser en Europe ses oeuvres les plus puissantes.
Le deuxième choix consiste à privilégier le récit biographique en quatre temps, suivant les saisons - découpage si présent dans les gravures du maître. Le jeune Hokusai, alors apprenti peintre sous le nom de Shunrô, incarne la vitalité du printemps et le premier épanouissement de l'été, tandis que le Hokusai vieillissant, puis impotent, est celui qui perd progressivement ses feuilles et passe de l'automne à l'hiver. A l'écran, les ellipses et les chassés-croisés entre les époques sont nombreux et souvent radicaux, ce qui peut surprendre mais donne au film une temporalité intéressante, faite à la fois de saccades, de brèches et de traversées, dont la clé est donnée par les évolutions des couleurs suivant les époques.
Enfin, le film est extrêmement minutieux sur les techniques utilisées. On comprend, par exemple, la particularité de chaque peintre à travers la façon dont il tient ses outils. Certains se servent d'un long pinceau manié par la souplesse du poignet, d'autres se collent à la feuille en oeuvrant à une calligraphie de proximité, tandis qu'Hokusai travaille par petites touches à la précision et à la rapidité stupéfiantes contrastant avec de larges aplats de couleurs. Il fait usage de la profondeur du bleu de Prusse, pigment récemment importé des Pays-Bas, qui choque et surprend alors au Japon, notamment pour la Grande Vague de Kanagawa, reine de l'ukiyo-e, ces « images du monde flottant », emblème du style qu'il finit par atteindre. Cette patience faite de maturité et d'apprentissage est soulignée par la représentation matérielle des gravures sur bois, scènes de fabrication d'estampes qui ponctuent le film.
Ainsi, la constitution d'un homme, l'évolution d'une oeuvre, entre art et artisanat, la texture d'un temps, se trouvent ici rendues par une plongée dans la fabrique des images.
Hokusai de Hajime Hashimoto, en salle le 26 avril 2023
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 94-95[article] Guide Cinéma : Le maître des estampes [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2023 . - p. 94-95.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 94-95
Mots-clés : cinéma biographie Japon Hajime Hashimoto estampes Note de contenu : Hajime Hashimoto propose une biographie à la fois classique et originale de l'artiste japonais Hokusai.
Comment un processus de création s'inscrit-il dans le contexte historique qui l'a vu naître et se développer ? Tel est le principe de ce beau film qui, vu du Japon, propose d'Hokusai une « biographie en actes picturaux ».
Né en 1760 dans les quartiers populaires d'Edo - l'ancien nom de Tokyo -, le jeune homme montre des dispositions précoces. Dès l'âge de 14 ans, il entre dans un atelier de xylographie (technique de gravure sur bois). Après avoir rejoint puis quitté plusieurs écoles, souvent de façon tumultueuse, il prend à la quarantaine le nom d'Hokusai (référence à l'étoile polaire, signe probable du culte qu'il rend à une divinité bouddhique incarnée par cet astre). En 1815, voici le premier des quinze volumes des Hokusai Manga - première occurrence d'un terme devenu fameux -, varia de dessins mêlant faune, flore, combats, scènes quotidiennes, précieux témoignage sur la vie d'époque Edo. C'est en 1830, à l'âge de 70 ans, qu'il publie son chef-d'oeuvre, les Trente-six vues du mont Fuji, série d'estampes de paysages née de ses voyages à travers le Japon, dans lequel on trouve la Grande Vague de Kanagawa, son oeuvre la plus célèbre. Hokusai meurt à 89 ans en laissant 30 000 dessins.
Paysages et « sujets anodins »
Le film d'Hajime Hashimoto choisit trois partis, qu'il tient de bout en bout. D'abord, une contextualisation précise qui replace Hokusai dans le Japon du mitan de l'ère Edo (1600-1868), alors qu'une crispation autoritaire entraîne la dynastie impériale des Tokugawa à exercer un pouvoir de censure moralisatrice. Chasse aux images « licencieuses », descentes de police des moeurs, destructions d'ateliers, condamnations des maîtres, dispersions des élèves : les estampes offrent un théâtre d'ardentes luttes politiques. Cette crise autoritaire détermine la carrière d'Hokusai. Il se tourne vers le paysage et les « sujets anodins », même si ses goûts l'avaient orienté, jeune, vers la gravure de scènes burlesques ou l'estampe érotique, directement exposées à la censure pudibonde du régime. De plus, il négocie en permanence avec la politique isolationniste du moment en s'inspirant des seuls « étrangers » acceptés au pays du Soleil levant, les marchands hollandais, chez qui il découvre des images et des techniques picturales qui l'influencent. En retour, il reçoit des commandes de la part de Hollandais en visite au Japon, qui permettent de diffuser en Europe ses oeuvres les plus puissantes.
Le deuxième choix consiste à privilégier le récit biographique en quatre temps, suivant les saisons - découpage si présent dans les gravures du maître. Le jeune Hokusai, alors apprenti peintre sous le nom de Shunrô, incarne la vitalité du printemps et le premier épanouissement de l'été, tandis que le Hokusai vieillissant, puis impotent, est celui qui perd progressivement ses feuilles et passe de l'automne à l'hiver. A l'écran, les ellipses et les chassés-croisés entre les époques sont nombreux et souvent radicaux, ce qui peut surprendre mais donne au film une temporalité intéressante, faite à la fois de saccades, de brèches et de traversées, dont la clé est donnée par les évolutions des couleurs suivant les époques.
Enfin, le film est extrêmement minutieux sur les techniques utilisées. On comprend, par exemple, la particularité de chaque peintre à travers la façon dont il tient ses outils. Certains se servent d'un long pinceau manié par la souplesse du poignet, d'autres se collent à la feuille en oeuvrant à une calligraphie de proximité, tandis qu'Hokusai travaille par petites touches à la précision et à la rapidité stupéfiantes contrastant avec de larges aplats de couleurs. Il fait usage de la profondeur du bleu de Prusse, pigment récemment importé des Pays-Bas, qui choque et surprend alors au Japon, notamment pour la Grande Vague de Kanagawa, reine de l'ukiyo-e, ces « images du monde flottant », emblème du style qu'il finit par atteindre. Cette patience faite de maturité et d'apprentissage est soulignée par la représentation matérielle des gravures sur bois, scènes de fabrication d'estampes qui ponctuent le film.
Ainsi, la constitution d'un homme, l'évolution d'une oeuvre, entre art et artisanat, la texture d'un temps, se trouvent ici rendues par une plongée dans la fabrique des images.
Hokusai de Hajime Hashimoto, en salle le 26 avril 2023Guide Cinéma : Louis Malle, cinéaste des années sombres / Antoine Baecque de in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Guide Cinéma : Louis Malle, cinéaste des années sombres Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Antoine Baecque de, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 96 Langues : Français (fre) Mots-clés : cinéma biographie Louis Malle cinéaste Note de contenu :
Cette rétrospective propose de revoir Lacombe Lucien et Au revoir les enfants.
La rétrospective « Louis Malle, gentleman provocateur 2 » s'intéresse au cinéaste de l'histoire. C'est à l'Occupation que le réalisateur consacre son énergie « historienne », en réalisant à treize ans de distance Lacombe Lucien (1974) puis Au revoir les enfants (1987). Louis Malle, qui fut, enfant, un « témoin bouleversé » de l'époque, notamment de la chasse aux Juifs menée dans le collège catholique où il étudiait, participe au retour de mémoire sur la Seconde Guerre mondiale qui marque l'historiographie et la société française au tournant des années 1970. La révélation d'une collaboration avec l'Allemagne à grande échelle et au plus haut niveau de l'État français met alors fin à l'unanimisme résistant de la légende gaulliste. Le livre de Robert Paxton, La France de Vichy, paraît aux États-Unis en 1972 puis au Seuil en janvier 1973.
Louis Malle ne juge pas
Le cinéma français accompagne cette mutation majeure. Le Chagrin et la Pitié (1969), documentaire de Marcel Ophuls, montre la réalité de la collaboration, sans minimiser pour autant les faits de Résistance, en reconstituant la chronique de l'Occupation à Clermont-Ferrand et dans sa région.
Lucien Lacombe, en juin 1944, demande à l'instituteur de son village de le faire entrer dans la Résistance. L'homme refuse, le trouvant trop jeune, méfiant vis-à-vis de son exaltation jugée suspecte. Lacombe, arrêté par hasard par la police, dénonce l'instituteur puis entre dans la Milice, pour laquelle il arrête et torture des résistants. Tombé amoureux d'une jeune femme, juive, il décide de fuir avec elle à la campagne.
Le personnage est négatif, brutal, faible ; mais sa vocation de bourreau est aussi le fruit d'un certain « hasard » ; il est « normal », représenté sans caricature, fragile, tendu, parfois même séduisant. Miliciens et résistants ne sont plus les deux faces absolument contraires du même mythe, celui qui tient ensemble, salauds et héros de la guerre. Malle ne porte aucun jugement et montre un individu dont l'engagement est essentiellement dû aux circonstances troublées d'un moment. Qu'est-ce qui décide, in fine, qu'on tombe du bon ou du mauvais côté de l'histoire ? Le film a le mérite de poser cette question au moment d'un fort retour sur les années 1940, ce qu'on nomma alors « la mode rétro ». Une violente polémique accueille Lacombe Lucien, accusant Louis Malle de « confusionnisme », de « salir la Résistance », voire d'une « vision de privilégié planqué ». Le film est même associé à Portier de nuit de Liliana Cavani, sorti simultanément, qui entretient sciemment l'ambiguïté politique et sexuelle entre victime et bourreau.
Cette controverse conduit Louis Malle à s'exiler aux États-Unis. Quand il revient, douze ans plus tard, c'est pour réaliser Au revoir les enfants, où il donne enfin corps au souvenir traumatisant de son enfance, témoin muet et impuissant de l'arrestation des Juifs de son collège.
Le film, Lion d'or à Venise en 1987, bouleverse l'opinion publique française, confirmant pour le grand public les remises en cause qui avaient profondément changé le milieu des historiens quinze ans auparavant. Louis Malle s'impose ainsi comme le cinéaste qui a transformé l'image que le grand public français s'est faite de l'Occupation.
Lacombe Lucien, Au revoir les enfants et Milou en mai, L. Malle, en salle le 10 mai 2023, rétrospective « Louis Malle gentleman provocateur 2 ».
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 96[article] Guide Cinéma : Louis Malle, cinéaste des années sombres [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Antoine Baecque de, Auteur . - 2023 . - p. 96.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 96
Mots-clés : cinéma biographie Louis Malle cinéaste Note de contenu :
Cette rétrospective propose de revoir Lacombe Lucien et Au revoir les enfants.
La rétrospective « Louis Malle, gentleman provocateur 2 » s'intéresse au cinéaste de l'histoire. C'est à l'Occupation que le réalisateur consacre son énergie « historienne », en réalisant à treize ans de distance Lacombe Lucien (1974) puis Au revoir les enfants (1987). Louis Malle, qui fut, enfant, un « témoin bouleversé » de l'époque, notamment de la chasse aux Juifs menée dans le collège catholique où il étudiait, participe au retour de mémoire sur la Seconde Guerre mondiale qui marque l'historiographie et la société française au tournant des années 1970. La révélation d'une collaboration avec l'Allemagne à grande échelle et au plus haut niveau de l'État français met alors fin à l'unanimisme résistant de la légende gaulliste. Le livre de Robert Paxton, La France de Vichy, paraît aux États-Unis en 1972 puis au Seuil en janvier 1973.
Louis Malle ne juge pas
Le cinéma français accompagne cette mutation majeure. Le Chagrin et la Pitié (1969), documentaire de Marcel Ophuls, montre la réalité de la collaboration, sans minimiser pour autant les faits de Résistance, en reconstituant la chronique de l'Occupation à Clermont-Ferrand et dans sa région.
Lucien Lacombe, en juin 1944, demande à l'instituteur de son village de le faire entrer dans la Résistance. L'homme refuse, le trouvant trop jeune, méfiant vis-à-vis de son exaltation jugée suspecte. Lacombe, arrêté par hasard par la police, dénonce l'instituteur puis entre dans la Milice, pour laquelle il arrête et torture des résistants. Tombé amoureux d'une jeune femme, juive, il décide de fuir avec elle à la campagne.
Le personnage est négatif, brutal, faible ; mais sa vocation de bourreau est aussi le fruit d'un certain « hasard » ; il est « normal », représenté sans caricature, fragile, tendu, parfois même séduisant. Miliciens et résistants ne sont plus les deux faces absolument contraires du même mythe, celui qui tient ensemble, salauds et héros de la guerre. Malle ne porte aucun jugement et montre un individu dont l'engagement est essentiellement dû aux circonstances troublées d'un moment. Qu'est-ce qui décide, in fine, qu'on tombe du bon ou du mauvais côté de l'histoire ? Le film a le mérite de poser cette question au moment d'un fort retour sur les années 1940, ce qu'on nomma alors « la mode rétro ». Une violente polémique accueille Lacombe Lucien, accusant Louis Malle de « confusionnisme », de « salir la Résistance », voire d'une « vision de privilégié planqué ». Le film est même associé à Portier de nuit de Liliana Cavani, sorti simultanément, qui entretient sciemment l'ambiguïté politique et sexuelle entre victime et bourreau.
Cette controverse conduit Louis Malle à s'exiler aux États-Unis. Quand il revient, douze ans plus tard, c'est pour réaliser Au revoir les enfants, où il donne enfin corps au souvenir traumatisant de son enfance, témoin muet et impuissant de l'arrestation des Juifs de son collège.
Le film, Lion d'or à Venise en 1987, bouleverse l'opinion publique française, confirmant pour le grand public les remises en cause qui avaient profondément changé le milieu des historiens quinze ans auparavant. Louis Malle s'impose ainsi comme le cinéaste qui a transformé l'image que le grand public français s'est faite de l'Occupation.
Lacombe Lucien, Au revoir les enfants et Milou en mai, L. Malle, en salle le 10 mai 2023, rétrospective « Louis Malle gentleman provocateur 2 ».
Carte blanche : « Bayadère de carnaval ! » / Pierre Assouline in L'Histoire, N° 507 (Mai 2023)
[article]
Titre : Carte blanche : « Bayadère de carnaval ! » Type de document : texte imprimé (livres, articles, périodiques) Auteurs : Pierre Assouline, Auteur Année de publication : 2023 Article en page(s) : p. 98 Langues : Français (fre) Mots-clés : Assouline Hergé Tintin racisme antisémitisme Note de contenu : Hergé est mort il y a quarante ans. Certains de ses albums sont accusés de véhiculer racisme et antisémitisme. Il avait déjà dû les réviser en 1946.
Flibustiers ! Moules à gaufres ! Autodidactes ! » Hergé (1907-1983) a été un pionnier à maints égards. Les célébrations de son oeuvre prévues à l'occasion du 40e anniversaire de sa mort ne manqueront certainement pas de le rappeler, bougre de cornichon déshydraté ! On a un peu oublié qu'il fut aussi pionnier en acceptant au lendemain de la guerre de réviser certains de ses albums. Nom d'une Fatma de Prisunic ! Euh non, justement, pas « Fatma de Prisunic » : plutôt « Bayadère de carnaval ». Relisez vos classiques, en l'espèce Coke en stock. Lui-même y mit la main à la pâte. Contraint et forcé.
L'initiative en revient à son éditeur Louis Casterman ainsi qu'en témoigne leur abondante correspondance à ce sujet dès 1946. Le dessinateur était déjà acquis au principe d'un « ajustement » de ses albums pour des raisons techniques de mise au format. Mais, cette fois, son éditeur américain Simon & Schuster exigea qu'il fît disparaître les Noirs, tous les Noirs, les bons comme les méchants. Casterman jugea opportun d'étendre la mesure à l'ensemble de sa production. Et Hergé, contre sa volonté, de « blanchir » Tintin en Amérique, Le Crabe aux pinces d'or. Dans la foulée, on lui fit déplacer également le quartier général des gangsters de New York à Sao Rico, capitale d'un État imaginaire, dans L'Étoile mystérieuse ; quant au nez assez crochu de leur chef, un banquier évidemment, il fut rectifié et ce Blumenstein fut rebaptisé « Bohlwinkel », comme on nomme les petites boutiques de confiserie en bruxellois (le dessinateur n'en dut pas moins essuyer une colère d'une Mme Bohlwinkel, veuve d'un déporté).
Hergé était acquis à la modernisation de ses dessins après coup comme ce fut le cas pour de nombreux détails de L'Ile Noire en 1965. Mais Georges Remi (son vrai nom) s'était bien gardé de s'engager. Il avait toujours été jusqu'alors un homme de droite, intimement lié depuis sa jeunesse à des dessinateurs et des journalistes qui s'illustreront pendant la guerre dans la collaboration ; ses relations et son statut au « Soir volé » (le surnom qu'on a donné au quotidien Le Soir sous la botte) lui permirent d'obtenir du papier pour publier ses albums ; mais si on put dire qu'il vécut mieux l'Occupation que la Libération, durant laquelle il fut un temps inquiété, il n'en demeura pas moins d'une fidélité à toute épreuve à ses amis condamnés.
Par la suite, tant dans Le Crabe aux pinces d'or que dans Coke en stock, il dut supprimer tout parler « petit-nègre », éviter de moquer les pèlerins en route pour La Mecque, substituer « par tous les diables » à « par la barbe de votre prophète », métamorphoser « moricaud » en « emplâtre » et « anthracite », tenu pour trop noir, en « doryphore ». Louis Casterman aurait bien retiré définitivement Tintin au Congo des librairies tant il craignait la réaction des Africains ; Hergé, qui le menaçait de le publier ailleurs, y voyait surtout la pression des intellectuels tiers-mondistes. Au vrai, il était hostile à tout chambardement lorsque celui-ci n'était que politique, sourd et aveugle aux injonctions de l'époque jusqu'à celles des écologistes, qui exigeaient, eux, une refonte de Tintin au Congo en raison des massacres de gazelles.
Des ayants droit devront peut-être affronter un jour des plaintes inattendues. Car, tout de même, « crétin des Alpes » devrait susciter des remous en Savoie. Pour ne rien dire du scandale qu'il y a à amalgamer dans une même bordée d'injures « esclavagiste » et « technocrate », nom d'un... ! Non, rien. A ses débuts, au lendemain du succès de Tintin au Co ngo, Hergé s'était empressé de le « déraciser » en le rendant moins belge et moins catholique. Son héros de papier n'en demeura pas moins « genré » : un adolescent blanc occidental au tempérament de boy-scout. Comme lui.
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 98[article] Carte blanche : « Bayadère de carnaval ! » [texte imprimé (livres, articles, périodiques)] / Pierre Assouline, Auteur . - 2023 . - p. 98.
Langues : Français (fre)
in L'Histoire > N° 507 (Mai 2023) . - p. 98
Mots-clés : Assouline Hergé Tintin racisme antisémitisme Note de contenu : Hergé est mort il y a quarante ans. Certains de ses albums sont accusés de véhiculer racisme et antisémitisme. Il avait déjà dû les réviser en 1946.
Flibustiers ! Moules à gaufres ! Autodidactes ! » Hergé (1907-1983) a été un pionnier à maints égards. Les célébrations de son oeuvre prévues à l'occasion du 40e anniversaire de sa mort ne manqueront certainement pas de le rappeler, bougre de cornichon déshydraté ! On a un peu oublié qu'il fut aussi pionnier en acceptant au lendemain de la guerre de réviser certains de ses albums. Nom d'une Fatma de Prisunic ! Euh non, justement, pas « Fatma de Prisunic » : plutôt « Bayadère de carnaval ». Relisez vos classiques, en l'espèce Coke en stock. Lui-même y mit la main à la pâte. Contraint et forcé.
L'initiative en revient à son éditeur Louis Casterman ainsi qu'en témoigne leur abondante correspondance à ce sujet dès 1946. Le dessinateur était déjà acquis au principe d'un « ajustement » de ses albums pour des raisons techniques de mise au format. Mais, cette fois, son éditeur américain Simon & Schuster exigea qu'il fît disparaître les Noirs, tous les Noirs, les bons comme les méchants. Casterman jugea opportun d'étendre la mesure à l'ensemble de sa production. Et Hergé, contre sa volonté, de « blanchir » Tintin en Amérique, Le Crabe aux pinces d'or. Dans la foulée, on lui fit déplacer également le quartier général des gangsters de New York à Sao Rico, capitale d'un État imaginaire, dans L'Étoile mystérieuse ; quant au nez assez crochu de leur chef, un banquier évidemment, il fut rectifié et ce Blumenstein fut rebaptisé « Bohlwinkel », comme on nomme les petites boutiques de confiserie en bruxellois (le dessinateur n'en dut pas moins essuyer une colère d'une Mme Bohlwinkel, veuve d'un déporté).
Hergé était acquis à la modernisation de ses dessins après coup comme ce fut le cas pour de nombreux détails de L'Ile Noire en 1965. Mais Georges Remi (son vrai nom) s'était bien gardé de s'engager. Il avait toujours été jusqu'alors un homme de droite, intimement lié depuis sa jeunesse à des dessinateurs et des journalistes qui s'illustreront pendant la guerre dans la collaboration ; ses relations et son statut au « Soir volé » (le surnom qu'on a donné au quotidien Le Soir sous la botte) lui permirent d'obtenir du papier pour publier ses albums ; mais si on put dire qu'il vécut mieux l'Occupation que la Libération, durant laquelle il fut un temps inquiété, il n'en demeura pas moins d'une fidélité à toute épreuve à ses amis condamnés.
Par la suite, tant dans Le Crabe aux pinces d'or que dans Coke en stock, il dut supprimer tout parler « petit-nègre », éviter de moquer les pèlerins en route pour La Mecque, substituer « par tous les diables » à « par la barbe de votre prophète », métamorphoser « moricaud » en « emplâtre » et « anthracite », tenu pour trop noir, en « doryphore ». Louis Casterman aurait bien retiré définitivement Tintin au Congo des librairies tant il craignait la réaction des Africains ; Hergé, qui le menaçait de le publier ailleurs, y voyait surtout la pression des intellectuels tiers-mondistes. Au vrai, il était hostile à tout chambardement lorsque celui-ci n'était que politique, sourd et aveugle aux injonctions de l'époque jusqu'à celles des écologistes, qui exigeaient, eux, une refonte de Tintin au Congo en raison des massacres de gazelles.
Des ayants droit devront peut-être affronter un jour des plaintes inattendues. Car, tout de même, « crétin des Alpes » devrait susciter des remous en Savoie. Pour ne rien dire du scandale qu'il y a à amalgamer dans une même bordée d'injures « esclavagiste » et « technocrate », nom d'un... ! Non, rien. A ses débuts, au lendemain du succès de Tintin au Co ngo, Hergé s'était empressé de le « déraciser » en le rendant moins belge et moins catholique. Son héros de papier n'en demeura pas moins « genré » : un adolescent blanc occidental au tempérament de boy-scout. Comme lui.




